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Full text of "Notger de Liège et la civilisation au 10e siècle"

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PURCHASED  FOR  THE 

UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 

FROM  THE 

CANADA  COUNCIL  SPECIAL  GRANT 


FOR 
MEDIEVAL    StuDIES 


NOTGER  DE  LIEGE 


LA    CIVILISATION    AU    X^"    SIÈCLE 


TOME  PREMIER. 


NAMII!. 


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),AMr.i;i;T  ■  m;  r.niMS.  lu  i:  nr.  l'anck 


'28. 


NOTGER  DE  LIÈGE 


l.l' 


LA  CIVILISATION  AU  X^  SIÈCLE 


l'AK 


GODEFROID   KURTH 


Lcgia,   lege  ligan»  cutn  praelatie   tibi   loses 
Notgeinni   Ciiristo,  Kotgero  cetera  dcbes. 


TOME    I 


PARIS 

ALPHONSE   riCARD  &  FILS,    ÉDITEURS 

82,  uiK  ii(i.\Ai'.\nTE.  S'I 

BRUXELLES  LIÈGE 

OSCAR    SCHEPENS 

.*lli\  A.NOX.  DE  LIBRAIQIE 


LOUIS    DEMARTEAU 


-10,    nVK   TRKlRE.\l!E)l(,,    MJ  ,;  12,    l'I.Ar.K   VKBÏE,    12 

1905 


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201 
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u  i.'^  r\ 


^■^'S  -  2  Î967 


A 
MONSIEUR    LE   CHANOINE 

LOUIS    GUILLAUME 

« 

CRÉATEUR  DE  LA  COLLECTION 
DES 

CLASSIQUES  COMPARÉS 
JE  DÉDIE  CE  LIVRE 

EN    COMMÉMORAISON    JUBILAIRE 
DE   TRENTE   ANNÉES    D'AMITIÉ 

G.   K. 


PREFACE. 


Il  peut  sembler  téméraire  d'écrire  tout  un  volume 
sur  l'évêque  Notger,  les  sources  directes  de  son  his- 
toire étant  à  peu  près  totalement  perdues. 

Je  l'ai  essayé  toutefois,  à  cause  de  l'extraordinaire 
intérêt  que  cette  physionomie  d'évêque  civilisateur 
garde  à  travers  les  nuages  qui  la  couvrent. 

La  tâche,  comme  pourront  s'en  convaincre  ceux 
qui  voudront  contrôler  mon  écrit,  était  malaisée.  Si 
elle  avait  dû  se  borner  à  combler,  à  force  de  patientes 
recherches  et  de  comparaisons  perpétuelles,  les 
lacunes  innombrables  du  sujet,  elle  aurait  pu  passer 
pour  agréable  et  pour  relativement  facile.  Mais  la 
grande  difficulté  était  ailleurs. 

L'histoire  du  pays  de  Liège  est  un  vrai  champ  de 
broussailles,  et  l'on  dirait  que,  depuis  Gilles  d'Orval, 
tous  ceux  qui  ont  entrepris  de  la  raconter  dans  son 
ensemble  n'ont  fait  qu'en  augmenter  la  confusion. 
Une  exubérante  végétation  de  légendes  s'est  emparée 
du  vieil  édifice,  implantant  ses  racines  dans  chaque 
tissure,  disjoignant  à  la  longue  les  assises  et  faisant 


II  PREFACE. 

disparaître  le  plan  de  la  construction  sous  l'opulence 
suspecte  de  ses  feuillages. 

L'imagination  populaire  a  la  moindre  part  de  res- 
ponsabilité dans  ces  ravages  de  la  légende;  ce  sont 
les  chroniqueurs  qui  sont  les  vrais  coupables.  Ils 
ont  semé  à  poignées  les  fables  érudites,  et  il  est  tel 
d'entre  eux  qui  n'a  pas  craint  d'y  associer  les  plus 
audacieuses  fictions.  Les  historiens  modernes  n'ont 
remédié  au  mal  que  d'une  manière  bien  incomplète. 
Sans  doute,  nous  possédons  un  certain  nombre  de 
très  bons  livres  sur  l'histoire  du  pays  de  Liège,  mais 
on  remarquera  que  ce  sont  toujours  des  monogra- 
phies dues  à  des  érudits  qui  n'avaient  pas  l'ambition 
de  raconter  les  annales  liégeoises  dans  leur  ensem- 
ble (i).  Ceux  qui  l'ont  eue,  par  contre,  n'ont  guère 
fait  que  reproduire  leurs  sources.  Les  meilleurs  sont 
encore  ceux  qui  écrivaient  dans  un  temps  où  la  cri- 
tique ne  faisait  que  de  naître,  je  veux  dire  Fisen  et 
Foullon,  mais  déjà  Bouille  leur  est  fort  inférieur. 
Les  narrateurs  du  XIX'^  siècle  se  sont  contentés,  en 
ce  qui  concerne  le  moyen-âge,  de  redire  ce   qu'ils 

(I)  Je  signalerai  surtout  quehiucs  travaux  de  longue  lialeine,  comme  : 

E.  Poullet,  l-^ssai  sur  L'Iii.ttoire  du  droit  criminel  doux  l'ancienne  imncipaulé  de 
Liège.  (Mémoires  de  l'Afadémie  Royale  de  Belgique,  collection  in-i»,  t.  XXXVIIl). 
Bruxelles  I87i. 

J.  de  Cheslret  de  IhuielVc  (le  baronj,  Nuinismalifiue  de  la  principauté  de  Liè(/e  et 
de  ses  dépendances.  (Mémoires  de  l'Académie  Royale  de  Belgique,  collection  in-4", 
t.  L).  Bruxelles  18i)0. 

C.  de  Borman  (le  chevalier).  Les  éclierins  de  la  souveraine  justice  de  I.iè(/.e, 
2  volumes  in-4",  Liège  i8i)'2-189l).  (Publication  de  la  Société  des  Bibliophiles 
liégeois). 

Th.  Gobert,  Les  rues  de  Livije,  A  volumes  in-i".  Liège  1884-1904. 

S.  Balau  (l'abbé),  l-^tude  critiijue  des  sources  de  l'histoire  du  pai/s  de  Liège  au 
vioi/en-df/e,  Bruxelles  dDO^-inOo.  (Mémoires  couronnés  de  lAcadémie  Royale  de 
Belgique,  t.  LXI). 

J.  Ilelbig.  La  peinture  au  paijs  de  Liège  et  sur  les  bords  de  la  Meuse.  Nouvelle 
édition  considérablement  augmentée.  Liège,  i'J03. 


PRKFACK.  II  r 


lisaient  dans  leurs  devanciers.  Ainsi  ont  procédé 
Dewez,  de  Gerlache  (i),  Polain,  Ferdinand  Henaux. 
Leurs  livres  «nous  font  relire  les  chroniqueurs  dans 
une  rédaction  modernisée,  mais  ne  nous  mènent  pas 
plus  loin  (2).  Et  quand  il  s'agit  d'une  histoire  comme 
celle  de  Notger,  qui  est  tout  entière  à  constituer 
fragment  par  fragment,  ils  ne  servent  qu'à  rendre 
plus  difficile  la  tâche  de  la  critique. 

Avant  de  raconter  l'histoire  de  Notger  telle  qu'on 
la  trouvera  dans  ce  livre,  j'ai  eu  à  démolir  celle 
qu'il  a  plu  aux  chroniqueurs  d'accréditer.  Un  compi- 
lateur sans  critique,  Gilles  d'Orval,  avait  commencé 
de  la  défigurer,  en  interpolant  ses  deux  principales 
sources.  J'ai  dû  dégager  de  ces  empâtements  l'une 
de  mes  sources  principales,  je  veux  dire  le  Vita 
Notgeri,  qu'on  trouvera  reproduit  dans  l'appendice 
de  ce  livre  et  qui,  combiné  avec  la  chronique 
d'Anselme,  fournira  désormais  une  base  solide  aux 
investigations  des  érudits.  Après  Gilles  d'Orval  était 
venu  Jean  d'Outremeuse,  dont  l'immense  chronique 
intitulée  Ly  Myreur  des  Histors  a  brouillé  pour  des 
siècles  toute  l'historiographie  liégeoise  du  moyen- 
âge.  La  boiteuse  justice  de  la  postérité  a  fini  par 
atteindre  ce  chroniqueur  peu  scrupuleux.  C'est  désor- 
mais sa  destinée  que  quiconque  veut  arriver  à  la 
vérité  historique  doit  lui  passer  sur  le  corps. 

(1)  Je  tiens  d'ailleurs  a  rendre  un  liommage  mérité  à  de  Gerladie  :  la  partie  de 
son  livre  qui  concerne  l'époque  moderne  contient  les  meilleures  pages  qui  aient  été 
écrites  sur  l'histoire  du  pays  de  Liège. 

(2)  Les  vastes  travaux  de  M.  le  chanoine  Daris,  duquel  on  peut  dire  qu'il  a  lu 
toutes  les  sources  tant  manuscrites  qu'imprimées,  ont  surtout  de  l'intérêt  pour  les 
quatre  derniers  siècles  de  l'historiographie  liégeoise.  Dans  ceux  qui  sont  relatifs  à 
l'époque  traitée  dans  ce  livre,  la  critique,  par  endroits  fort  clairvoyante,  pèche 
souvent  par  un  conservatisme  trop  prudent  pour  n'être  pas  quelquefois  de  la 
timidité. 


IV  PREFACIÎ. 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu,  si  séduisante  que  soit  la 
tâche,  de  démontrer  que  Jean  d'Outremeuse  n'est 
autre  chose  qu'un  chroniqueur  doublé  d'un  roman- 
cier, ou,  pour  parler  plus  exactement,  un  romancier 
doublé  d'un  chroniqueur.  Obligé  de  m'enfermer 
dans  les  limites  de  mon  sujet,  je  dois  ajourner  l'exa- 
men critique  de  cet  auteur,  qui  n'aura  rien  perdu 
pour  attendre  (i),  et  je  me  contente  de  montrer  ce 
qu'il  a  fait  de  l'histoire  de  Notger.  Par  ce  seul 
exemple,  j'espère  faire  comprendre  au  lecteur  ce 
qu'est  devenue,  sous  sa  plume,  l'histoire  de  Liège. 

Et  d'abord,  Jean  d'Outremeuse  est  tellement  igno- 
rant qu'il  prétend  que  lorsque  Otton  I  mourut,  en 
1006,  le  chagrin  que  Notger  en  ressentit  le  conduisit 
lui-même  au  tombeau  :  voilà  ce  qui  donne  une  idée 
de  sa  chronologie.  J'ai  eu  l'occasion,  dans  les  notes, 
de  rectifier  une  multitude  de  contre-sens  et  de  bévues 
que  commet  cet  auteur,  lorsqu'il  parle  de  faits  histo- 
riques avérés.  Ce  que  je  n'ai  pu  entreprendre,  c'est  de 
perdre  mon  temps  à  démontrer  le  caractère  fabuleux 
de  l'histoire  telle  qu'il  la  raconte  :  elle  se  place  telle- 
ment en  dehors  de  l'histoire  vraie,  qu'on  peut  n'en 
pas  tenir  compte  et  qu'on  ne  la  rencontre  jamais.  Je 
me  suis  borné  à  résumer  ici  les  principales  inventions 
dont  l'histoire  de  Notger  est  l'objet  chez  Jean  d'Ou- 
tremeuse. Sont  donc  inventées  de  toutes  pièces  les 
parties  suivantes  du  Myreur  des  Histors  ft.  IV)  : 

La  généalogie  royale  de  Notger,  p.  i32. 

(\)  En  attendant,  je  renvoie  à  une  bonne  étude  de  M.  S.  Balau,  Comment  Jeun 
d'Outremeuse  écrit  l'histoire,  liCliH,  t.  LXXI,  pp.  227-259,  et  à  mes  propres  indica- 
tions dans  mes  articles  intitulés  :  Renier  de  Ihnj,  auteur  véritable  des  fonds  baptis- 
maux de  Saint-Bnrtliélemtj  de  Lièf/c  et  le  pri'tendii  Lambert  Fatras  et  ^ote  sur  le 
nom  de  Lambert  l'atrus  [UAliU,  190^). 


PREFACE.  V 

L'histoire  d'Henri  de  Marlagiie  ci  des  25G  brigands 
pendus  avec  lui  par  ordre  de  Notger,  p.  i38. 

La  fondation,  par  Notger,  d'un  petit  hôpital  près 
de  Saint-Christophe,  p.  i5i. 

La  régence  du  royaume  d'Allemagne  confiée  à 
Notger  par  Otton  I,  qui  le  nomme  vicaire  impérial, 
p.  i53;  la  colère  de  l'empereur  quand  Notger  lui 
rendit  ses  comptes  à  Nurnberg,  et  la  manière  dont 
Notger  parvint  à  l'apaiser,  p.  i56. 

La  guerre  de  Notger  contre  le  comte  de  Hainaut 
qui  avait  détruit  Dinant,  la  victoire  de  Notger  à 
Fontaine-l'Évêque,  et  la  cession  de  Thuin  et  de 
Fosse  par  le  comte  au  prélat,  pp.  1 58- 161. 

La  tutelle  d'Otton  II  confiée  par  Otton  I  à  Notger, 
qui  amène  le  jeune  prince  à  Liège,  p.  ny. 

La  paix  ménagée  par  Notger  entre  le  roi  Lothaire 
de  France  et  Otton  II,  en  998,  à  Liège,  p.  167  (1). 

La  guerre  de  Lambert  de  Louvain  contre  Notger, 
pour  lui  reprendre  le  comté  de  Huy,  avec  les  exploits 
personnels  de  Notger,  qui  bat  le  comte  et  va  ravager 
le  Brabant,  pp.  167-168,  172. 

La  composition  brillante,  au  temps  de  Notger,  du 
chapitre  de  Liège,  qui  comptait  six  fils  de  roi,  treize 
fils  de  duc  et  vingt-trois  fils  de  comte,  p.  171. 

La  paix  conclue,  à  l'intervention  du  roi  Lothaire  de 
France,  entre  Notger  et  le  comte  de  Louvain,  p.  174. 

L'histoire  des  exploits  de  Colin  Maillard,  Hutois 
que  le  roi  de  France  arma  chevalier  et  qui  devint 
maïeur  de  la  Sauvenière,  à  Liège,  p.  169. 

Et  c'est  loin  d'être  tout. 

Si  malfaisant  qu'ait  été  le  rôle  de  Jean  d'Outre- 
Ci)  A  cette  date,  les  deux  princes  étaient  morts,  Otton  II  depuis  quinze  ans, 
Lothaire  depuis  douze. 


VI  PREFACi:. 

meuse,  il  y  a  dans  l'historiographie  liégeoise  un 
autre  nom  qui  mérite  d'être  traité  plus  sévèrement 
encore  par  la  critique  :  c'est  celui  de  Ferdinand 
Henaux. 

Il  pouvait  être  permis,  au  XIV^  siècle,  de  confon- 
dre l'histoire  avec  le  roman  de  chevalerie;  il  ne 
l'était  plus,  au  XIX^,  de  l'identifier  avec  le  pam- 
phlet. Et  c'est  ce  qu'a  fait  Henaux.  La  ditîérence 
essentielle  que  je  vois  entre  lui  et  Jean  d'Outremeuse, 
c'est  que  celui-ci  a  égaré  les  historiens,  tandis  que 
Henaux  n'a  pu  égarer  que  le  grand  public,  les 
historiens  de  nos  jours  étant  armés  contre  les  mysti- 
ficateurs. 

Je  ne  ferai  pas  ici  en  détail  le  procès  de  Henaux. 
Grand  liseur,  mais  totalement  dénué  d'esprit  critique 
et  au  fond  ignorant  parce  qu'il  manquait  de  culture 
générale,  Ferdinand  Henaux  est  en  outre  affecté  d'une 
espèce  d'incurable  daltonisme  scientifique,  maintes 
fois  stigmatisé  dans  ces  derniers  temps  par  de  bons 
juges  (i).  Selon  lui,  toutes  les  sources  de  l'histoire 
de  Liège  doivent  être  réputées  pour  suspectes  parce 
qu'elles  émanent  de  prêtres,  de  moines  ou  de 
nobles,  c'est-à-dire  de  gens  de  parti;  il  ne  faut 
consulter  que  les  écrits  émanés  des  bourgeois,  parce 
que  les  bourgeois  seuls  sont  des  esprits  dégagés  de 
préjugés  et  de  passions.  Mais  comme  les  bourgeois 

(1)  V.  H.  Pireniie,  Histoire  de  la  conatitiilion  de  la  ville  de  Dinant  au  mnijcn-âfjr, 
p.  39  :  «  Le  l'ccil  de  Henaux est  ladicaleinenl  faussé  par  les  idées  pré- 
conçues de  l'auteur  ».  —  H.  Lonoliay,  Biuijraphie  tiationale,  t.  XUI,  art.  Guillaume 
de  La  Mark,  p.  320  :  «  Il  faut  l'étrange  partialité  de  Henaux  pour  voir  un  patriote 
dans  cet  audacieux  chef  de  bande  ». 

Cf.  .1.  Dcniartcau,  Quchiuoi  rhapiinx  d'unr  Histoirk  DU  PAYS  DE  L\vx,v.,  de 
Ferdinand  Henaux,  Liège,  1873,  où  r<m  raille  spirituellement,  et  avec  une  érudition 
de  bon  aloi,  un  certain  nombre  de  thèses  développées  par  Henaux  sur  les  ori" 
gines  de  la  principauté  et  sur  les  premiers  siècles  de  l'histoire  liégeoise, 


PREFACE.  VII 


ne  commencent  à  tenir  la  plume  que  vers  le  XVI I'^ 
siècle,  et  qu'ils  se  bornent  à  reproduire,  pour  tout 
le  moyen-àge,  les  légendes  de  Jean  d'Outremeuse 
agrémentées  de  nouvelles  erreurs,  il  s'ensuit  que 
Henaux  oppose  d'ordinaire  aux  sources  des  compila- 
tions sans  valeur,  qu'il  appelle  en  bloc  les  Chroniques 
de  Liège,  et  auxquelles  il  accorde  la  foi  qu'il  refuse 
à  un  Anselme,  à  un  Hocsem,  à  un  Hemricourt. 

On  peut  deviner  ce  que  deviendra  dans  de  pareilles 
mains  l'histoire  de  Notger.  Ce  ne  sera  plus  le  roman 
amusant  et  à  multiples  facettes  où  Jean  d'Outremeuse 
fait  chatoyer  toutes  les  couleurs  de  l'arc  en  ciel,  ce 
sera  le  pédantesque  factum  à  tendances  politiques, 
brouillant  les  notions  les  plus  claires,  détournant  de 
leur  vrai  sens  les  textes  les  plus  limpides,  jetant  au 
hasard,  avec  une  audace  sans  pareille,  les  affirma- 
tions les  plus  extravagantes,  jonglant  avec  le  voca- 
bulaire technique  de  l'histoire  sans  le  comprendre, 
et  aboutissant  à  la  plus  monstrueuse  caricature  de 
la  vérité  historique.  Au  sortir  de  cette  lecture,  on 
peut  se  demander  si,  roman  pour  roman,  il  ne 
valait  pas  mieux  s'en  tenir  à  celui  de  Jean  d'Outre- 
meuse, qui  avait  au  moins  le  mérite  de  n'être  pas 
ennuyeux.  J'aurais  grossi  singulièrement  ce  volume 
si  j'avais  dû  entreprendre  de  réfuter  pas  à  pas  toutes 
les  erreurs,  contre-sens  et  contre-vérités  qui  fourmil- 
lent dans  le  livre  de  Henaux.  On  en  jugera  d'ailleurs 
par  le  spécimen  suivant. 

«  Liège,  écrit  Henaux,  était  resté  dans  l'obédience 
de  l'Empire.  L'ambitieux  Notger  résolut  de  se  sou- 
mettre la  ville  épiscopale  (i). 

fl)  Pùur  bien  comprendro  ce  passage,  il  faut  se  rappeler  que,  d'après  Henaux, 
la  commune  de  Liège  daterait  de  Tépoque  d'Auguste,  qu'elle  jouissait  dés  lors  de 


Vlll  PREFACE. 

»  Déjà  l'évêque  Éracle,  en  969,  en  avait  fait  la 
tentative,  mais  les  habitants  y  avaient  répondu  par 
une  révolte.  Ils  avaient  assailli  et  saccagé  son  ma- 
noir, et  ils  avaient  fait  coulera  flots,  dans  la  Meuse, 
tout  le  vin  de  ses  celliers.  Ils  avaient  ainsi  forcé  le 
prélat  à  respecter  leurs  lois  et  leurs  usages. 

»  Notger  s'en  prit  au  Comte  et  au  Vicomte,  les 
protecteurs-nés  de  la  Cité  (1). 

»  En  987,  il  entra  dans  Liège  à  la  tête  de  gens 
armés,  et  mit  le  feu  au  Châtelet  de  la  Sauvenière, 
qui  était  la  demeure  du  Vicomte. 

»  Il  lui  restait  un  rival  en  autorité,  le  Comte,  qui 
exerçait  la  Juridiction  militaire.  C'était  un  Seigneur 
de  noble  extraction.  Il  résidait  près  de  Liège,  à 
Chèvremont,  Burg  florissant  et  renfermant  un  Palais 
qu'avaient  habité  les  Princes  Pippiniens,  une  Abbaye 
célèbres  et  deux  Oratoires. 

»  Afin  de  s'emparer  du  château,  l'Evêque  eut 
recours  à  la  ruse. 

))  Il  s'y  achemina  un  matin  (993),  pour  adminis- 
trer le  baptême  au  fils  du  Seigneur.  Il  était  précédé 
d'une  longue  procession  de  moines  encapuchonnés 
et  psalmodiant,  qui  se  transformèrent,  arrivés  dans 
la  place,  en  gens  d'armes  ayant  le  casque  en  tête  et 

l'autonomie  municipale,  et  quelle  avait  deux  consuls  qu'on  retrouve  au  moycn-àgc 
sous  le  nom  de  maîtres.  Henaux  emprunte  toutes  ces  rêveries  aux  publicistes  du 
XVIIc  siècle,  qui  les  empruntaient  eux-mêmes  à  un  humaniste  du  XVIc,  Hubert 
Thomas,  et  qui  appuyaient  sur  elles  les  prétentions  de  la  Cité  au  titre  de  Ville 
Libre  impériale. 

(1)  Note  de  Henaux  a  Le  principal  acteur  dans  tout  ceci,  Notger,  était  Jik  du  dur. 
de  Souabc  ;  il  riait  neveu  tic  Louix  d'OiUrrmer  et  de  l'oiipcrrur  Otlon  I,  et  cousin 
finiiinin  d'Otton  II,  père  d'Otton  IlL  En  HOO,  il  avait  été  admis  dans  le  chapitre  de 
Saint-Lumbvrt  et  on  s'était  empressé  de  le  revêtir  de  la  dignité  d'archidiacre  de 
Campine,  puis,  en  972.  de  celle  d'évêque  n.  Tout  ce  qui  est  souligné  dans  ce  passage 
n'est  qu'un  tissu  de  fables  empruntées  à  Jean  d'Outremeuse. 


PRÉFACE.  IX 

l'épée  au  poing.   Tous  ceux  qui  résistèrent  furent 
tués.  Chèvremont,  pillé,  fut  ruiné  à  rez-terre. 

))  Notger  rentra  triomphalement  à  Liège.  Il  y  fut 
dès  lors  le  seul  Seigneur.  Il  redressa  les  murailles 
de  la  Cité,  et  en  agrandit  l'enceinte  en  y  renfermant 
le  quartier  de  l'Ile.  Etc.,  etc.  »  (i). 

Tout  est  faux  dans  cette  tirade  hérissée  de  majus- 
cules. 

Il  est  faux  qu'après  980  Liège  fût  «  resté  sous 
l'obédience  de  l'Empire  »  dans  le  sens  où  l'entend 
Henaux,  c'est-à-dire  qu'il  relevât  directement  de 
l'empereur  sans  l'intermédiaire  du  prince-évêque. 
Et  Notger  n'eut  aucunement  besoin  de  «  se  soumet- 
tre la  ville  épiscopale  »  pour  la  bonne  raison  que, 
comme  on  le  verra,  elle  était  depuis  longtemps  sou- 
mise à  ses  prédécesseurs. 

Il  est  inexact  encore  de  dire  que,  «  dès  969, 
l'évêque  Éracle  avait  fait  la  tentative  de  soumettre 
la  ville  ».  Il  y  a  là  une  interprétation  étonnamment 
abusive  d'un  passage  d'Anselme  racontant  —  sans  date 
—  une  émeute  qui  éclata  à  Liège  sous  Éracle,  et  dont 
le  chroniqueur  ne  nous  fait  pas  connaître  le  motif. 

Affirmer  qu'à  cette  occasion  les  Liégeois  «  forcèrent 
le  prélat  à  respecter  leurs  lois  et  leurs  coutumes  » 
est  une  simple  pantalonnade.  A  l'époque  d' Eracle. 
les  Liégeois  n'avaient  pas  d'autres  lois  et  pas  d'autres 
coutumes  que  le  reste  de  la  principauté,  et  le  prélat 
ne  songeait  pas  à  leur  manquer  de  respect. 

Notger  ne  s'en  prit  pas  au  «  comte  »  et  au 
«  vicomte  »,  attendu  qu'il  n'y  avait  à  Liège  ni  comte 
ni  vicomte. 

(1)  Fciilinand  Henaux,  Histoire  du  Pays  de  Liège,  3^  édition,  t.  I,  p.  107. 


X  PREFACE. 

Dire  qu'en  987  «  Notger  entra  à  Liège  à  la  tête  de 
gens  armés  et  mit  le  feu  au  Châtelet  de  la  Sauvenière, 
qui  était  la  demeure  du  vicomte  »,  c'est  accumuler 
comme  à  plaisir  autant  d'extravagances  qu'il  est 
possible  d'en  faire  tenir  dans  une  phrase.  L'expédition 
dont  parle  Henaux  est  un  fruit  de  son  imagination. 
Notger  ne  put  pas  mettre  le  feu  au  Châtelet  de  la 
Sauvenière,  attendu  que  le  Châtelet  de  la  Sauvenière 
n'a  pas  plus  existé  que  son  prétendu  habitant. 

Placer  la  résidence  de  l'imaginaire  comte  de  Liège 
à  Chèvremont  est  une  plaisanterie,  et  les  déplorables 
raisonnements  auxquels  Henaux  se  livre  à  ce  sujet 
ne  rendent  son  invention  que  plus  bizarre» 

Il  est  inutile  de  rompre  une  lance  contre  la  légende 
de  Chèvremont,  dont  il  sera  parlé  plus  loin  en  son 
lieu.  Mais  je  ferai  remarquer  qu'au  temps  où  Henaux 
écrivait  les  lignes  que  j'ai  citées,  plusieurs  érudits  en 
avaient  déjà  fait  justice  (1).  Si  Henaux  atfecte  de  les 
ignorer,  cela  ne  prouve  pas  en  faveur  de  sa  critique, 
ni  peut-être  môme  de  sa  bonne  foi. 

Notger  n'a  point  pu  redresser  les  murailles  de 
la  Cité  de  Liège,  attendu  que  la  Cité  de  Liège 
n'avait  jamais  eu  de  murailles  avant  lui,  et  qu'il  fut 
le  premier  à  les  bâtir.  Et  lorsque  Henaux  ajoute, 
dans  une  note,  que  le  prélat  «  n'entoura  de  murailles, 
en  quelque  sorte,  que  le  quartier  de  l'Ile  »,  il  joue 
de  malheur,  car  c'est  précisément  le  quartier  de  l'Ile 
que  Notger  a  laissé  en  dehors  de  son  enceinte. 

Une  autre  note  ajoute,  par  manière  d'épiphonème, 
ce  jugement  final  sur  le  grand  homme  dont  j'entre- 
prends d'écrire  l'histoire  : 

(i)  V,  (;i-de;<SOus,  \>.  i!Ji. 


PRÉFACE.  Xf 

«  Depuis  la  renaissance  de  la  critique,  on  n'a  plus 
ose  faire  l'apologie  de  ce  prélat,  coupable  de  si 
odieuses  violences,  et  qui  a  laissé  de  si  pénibles  sou- 
venirs. » 

Est-il  besoin  de  le  dire?  c'est  précisément  depuis 
la  naissance  de  la  critique  (qu'est-ce  donc  que 
Henaux  appelle  renaissance?)  qu'on  a  été  obligé  de 
réhabiliter  la  mémoire  de  Notger.  On  en  aura  la 
preuve  dans  ce  livre,  dont  le  lecteur  comprendra 
maintenant  l'opportunité.  Il  en  excusera  aussi  l'al- 
lure, qui  sera  nécessairement  arrêtée  à  chaque  pas 
par  le  besoin  de  redresser  les  innombrables  erreurs 
dont  le  sujet  a  été  défiguré  par  le  romancier  du 
XIV*^  siècle  et  par  le  pamphlétaire  du  XIX^.  Il  excu- 
sera l'incessante  transformation  du  récit  en  disser- 
tation, les  innombrables  notes  qui  encombrent  le 
bas  des  pages,  la  sécheresse  inévitable  de  l'exposé. 
S'il  veut  bien  se  contenter  des  résultats,  j'espère  qu'il 
n'aura  pas  lieu  d'être  mécontent.  En  comparant  ce 
volume  avec  Y  Essai  de  Villenfagne  et  avec  VÉloge 
de  Malherbe,  il  verra  que  quelques  progrès  ont  été 
réalisés  (  i). 

Je  n'ai  plus  qu'un  mot  à  ajouter.  Ce  livre  a  été 
ébauché  par  moi  avec  les  élèves  de  mon  cours  de 
critique  historique.  Il  est  donc,  comme  VHistoire 
poétique  des  Mérovingiens,  le  fruit  de  mon  enseigne- 
ment. Commencé  avant  ce  dernier  ouvrage,  il  a  dû 

(1)  Villenfagne,  Esxai  Iiistorùiue  nur  la  Vie  de  Xottjer,  piincc-cvàiuc  tic  Lièije. 
(Couronné  par  la  Société  d'Émulation  de  LiétjeJ 

Malherbe,  Eloiie  lùstorique  dr  Notijer,  princr-évàpie  de  Lièt/r.  (Honoré  d'un  accessit 
|)ar  la  Société  d'Emulation  de  Liège  J 

Ces  deux  écrits  ont  paru  dans  les  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de  Liège. 
Maestriclit,  178.).  Celui  de  Villenfagne  a  été  réimprimé  dans  ses  Mélanges  de  littéra- 
ture et  d'histoire,  Liège,  I T8S, 


XU  PREFACE. 


être  abandonne,  à  deux  reprises,  pour  des  travaux 
plus  urgents,  et  il  est  resté  une  quinzaine  d'années 
dans  mon  portefeuille.  Il  y  a  plutôt  perdu  que  gagné, 
n'en  déplaise  au  précepte  d'Horace,  et  les  défauts  de 
composition  qu'on  y  relèvera  s'expliquent  par  là. 

En  terminant,  je  me  fais  un  devoir  de  remercier 
Monseigneur  Monchamp,  vicaire  général  de  l'évêque 
de  Liège,  qui  a  bien  voulu  relire  mes  épreuves  et 
à  qui  je  suis  redevable  de  plus  d'une  judicieuse  obser- 
vation. 

Liège,  premier  dimaucbe  de  l'Avent  1904, 

G    K. 


LISTE  DES  OUVRAGES  CITÉS  EX  ABREGE. 

SiGLES. 


AAAB,  Annales  de  r Académie  d'Archéologie  de  Belgique. 
AA.  SS,  Acta  Sanctorum  des  Bollandistes. 
AHEB,  Analectes  pour  servir  à  riiistoire  ecclésiastique  de  la  Bel- 
gique. 
AS  AN,  Annales  de  la  Société  Archéologique  de  Namur. 
BARB,  Bulletin  de  VAcadémie  Royale  de  Belgique. 
BCRAA,  Bulletin  de  la  Lommission  Royale  d'Art  et  d'Archéo- 
logie. 
BCRH,  Bulletin  de  la  Commission  royale  d'histoire. 
BIAL,  Bulletin  de  l'Institut  archéologique  liégeois. 
BSAHL,  Bulletin  de  la  Société  d'Art  et  d'Histoire  du  diocèse  de 

Liège. 
DU.  I,  DO.  I,  Sickel,  Conradi,  Reinrici  I  et  Ottonis  I  Diplomata, 

Hanovre  1879-1884.  MGH,  section  Diplomata. 
DO.  II,  DO.  m,  Sickel,  Ottonis  II  et  III  Diplomata.  Hanovre 

1888.  (Même  collection). 
DU.  II,  Bressiau  et  Bloch,  Ileinrici  II  et  Arduini  Diplomata 

Hanovre,  1903.  (Même  collection). 
GC,  Gallia  Christiana. 

MABB,  Mémoires  de  F  Académie  royale  de  Belgique. 
MCARB,  Mémoires  couronnés  de  l'Académie  Royale  de  Belgique. 
MGH,  Monumenta  Germaniae  Historica.  Quand  ce  sigle  n'est 
suivi  d'aucune  autre  indication,  il  désigne  la  section  Scriptores. 
MIOG,  Mittheilwigen  des  Instituts  fur  osterreichische  Geschichte. 
ISA,  Neues  Archiv  der  Gesellschaft  fiir  altère  deutsche  Geschichts- 

hinde. 
PL,  Patrologie  Latine. 

SRM^  Scriptores  Rerum  Merovingicarum.  Cette  collection  fait 
partie  des  MGU. 


XIV  LISTE   DÉS    OUVRAGES   CITES   EN    ABREGE. 


I.  Sources. 

Adalbold,  Vita  sancti  Ucinrici  H,  MGÏI,  IV. 

Adam  de  Brème,  Gesta  llammaburgemis  ecdesiae  iiontificum, 

MGII,  Vil. 
Albéric  de  Troisfoiitaines,  Chronkon,  MGH,  XXIII. 
Alpert,  De  diversitate  temporum,  MGII,  JV. 
Alpert,  De  Episcopis  MeUensihm,  MGII,  IV. 
Allfrid,  Vita  sancti  Liudgeri,  MGH,  II. 
Annales  Altahenscs  Majores,  MGII,  XX. 
Annales  Bertiniani,  MGII,  I. 
Annales  Blandinienses,  MGII,  V. 
Annales  Einhardi,  MGH,  I. 
Annales  Elnonenses  majores,  MGII,  V. 
Annales  Fossenses,  MGH,  IV. 
Annales  Fiildenses,  MGH,   I.  Nouvelle   édition    in-8°    par   Fr. 

Kurzc,  Hanovre,  1891. 
Annales  Hihlesheimenses,  MGII,  III. 
Annales  Ilincmari,  MGH,  I. 
Annales  Laubienses,  MGH,  IV. 
Annales  Laurisscnses  majores,  MGII,  I. 
Annales  Leodienses,  MGII,  IV. 
Annales  Lobbienses,  MGII,  II  et  XIII. 
Annales  Magdelmrgenses,  MGII,  XVI. 
Annales  Quedlinburgenses,  MGH,  III. 
Annales  Bodenses,  MGH,  XVI. 
Annales  Sancti  Bavonis,  MGII,  II. 
Annales  Sancti  Jacobi,  MGII,  XVt. 
Annales  Weissenbnrgenses,  MGII,  III. 
Annalista  Saxo,  MGII,  VI. 
Anselme,  Gesta  pontificnm  Trajectensium  et  Leodiensium,  MGII, 

VII. 
Arnoul  de  Saint-Emmeram,  AA.  SS.,  t.  III  de  juin. 
Berlarius  de  Verdun,  llistoria  brevis  episcoporum  Virdunensium, 

MGII,  IV. 
Bormans  et  Schoolmeesters,  Cartulaire  de  Véglise  Saint- Lambert 

de  Liège,  Bruxelles,  1803-1900. 


LtSTE    λES    OUVRAOTÎS   CITKS    EN    ARIIEGE.  XV 

Capilnlaria  Uciium  Francoruw,  édition  lîorctiiis,  t.  I,  dansi)/^'//, 

Lcgcs. 
Cartulaire  ou  Recueil  de  chartes  et  de  documents  anciens  de 

réijUse  collégiale  de  Saint-Paul,   actuellement  cathédrale  de 

Liège,  Liège,  1878. 
Chapeavillo,   Gesta  Pontificum    Tungrensium,   Trajectensium  et 

Leodiensium,  Liège,  1612-iGIG. 
Chronica    regia    Coloniensis  =■  Annales    colonienses    Ma.vbni, 

MGIl,  XVIL 
Chronicon  Cladhacense,  MCI!,  IV. 
Chronicon  episcoporum  Hildesheimensium,  MOU,  VIL 
Chronicon  rhythmicum  Leodiense,  MGII,  XII. 
Ghronicon  Sancti  Andreae  Castri  Cameracesii,  MGH,  VII. 
Chronicon  Sancti  Hîiberti  sive  Cantatorium,  MGH,  VIL 
Chronicon  Sancti  Laurentii,  MGU,  VIII. 
Chronicon  Walciodorense,  MGIl,  XIV. 

Chronique  Liégeoise  de  i402  (La),  éditée  par  E.   Baclia,   Bru- 
xelles, 1900. 
Constantin,  Vita  Adalberonis  II  Metensis,  MGH,  IV. 
De  Fundatione  et  Lapsu  monasterii  lobbiensis,  MGH,  XIV. 
Eginhard,  Translatio  ss.  Marcellini  et  Pétri,  dans  Einhardi  Opéra, 

éd.  Teulet,  Paris,  1840-1843.  Voir  aussi  Annales  Einhardi. 
Eigil,   Vita  sancti  Sturmi,  MGH,  IL 
■  Ekkehard,  Casus  Sancti  Galli,  MGH,  IL 
Ermoldus  Nigellus,  Carmina,  MGH,  IL 
Flodoard,  Annales,  MGH,  III. 

Flodoard,  Historia  Remensis  ecclesiae,  éd.  Lejeune,  Reims,  1854. 
Folcuin,  Gesta  abbatum  lobbiensium,  MGH,  l.  IV. 

Continuat-o,  MGH,  XIII. 
Gerbert,  Lettres,  édition  de  Julien  Havet,  Paris,  1889. 
Gerhard,  Vita  sancti  Oudalrici,  MGH,  IV. 
Gesta  abbatum  Fontanellensium,  MGH,  IL  Nouvelle  édition  in-8'' 

par  Loewenfeld,  Hanovre,  1886. 
Gesta  abbatum  Trudonensium,  auctore  Rudolfo.  MGH,  X. 
Gesta  episcoporum  Leodiensium  abbreviata,  MGH,  XXV. 
Gesta  episcoporum  Cameracensium,  MGH,  VIL 
C.esta  Treverorum,  MGH,  VIII. 
Gilles  d'Orval,  Gesta  episcoporum  Leodiensium,  MGH,  XXV. 


XVl  LISTE   DES   OUVRAGES   CITÉS   EN    ABREGE. 

Gislebert  de  i^ïons,  La  Chronique  de  Gislebert  de  Mons,  nouvelle 

édition  par  L.  Van  der  Kindere.  Bruxelles,  1904. 
Gozechin,  Kpistola  ad  Wakherum  scolasticum  (Mabillon,  Vetcra 

Analecta,  édil.  in-folio), 
Grégoire  de  Tours,  Historia  Francorum,  MGlf,  SRM. 
Hartzheim,  Concilia  Gcrmaniae,  Cologne,  1750-1790. 
Hériger,  llerigcri  et  Amelmi  Cesta  episcoporum  Tunijrensium, 

Trajectcnsium  et  Leodicnsium,  MGll,  VII. 
Le  même,  Translatio  sancti  Landoaldi  et  sociorum,  A  A.  SS., 

t.  III  de  mars. 
Historia  Mojiasterii  Mosomensis,  MGIJ,  XIV. 
Hugues  de  Flavigny,  Chronicon,  MGU,  VIII. 
Hugues  de  Lobbes,  Fundatio  monasterii  Lobbiensis,  MGU,  XIV. 
Jean  d'Outremeuse.  /.;(/  Myreur  des  Histors,  éd.  A.  Borgnet  et  St. 

Bormans.  Bruxelles,  18G4-1887. 
Jocundus,  Translatio  sancti  Servatii,  MGU,  XII. 
Lacomblct  (Th.-J.),  Urkiindenbuch  fiir  die  Geschichle  des  Niedcr- 

rheins,  Dûsseldorf,  1848. 
Lambert  de  Hersfeld,  Annales,  MGIJ,  III. 
Liber  Historiae  Francorum,  MGH,  SUU. 
Luitprand,  Antapodosis,  MGH,  lîl. 
Liïnig,  Spicilegium  ecclesiasticum,  Leipzig,  1716-1721. 
^labillon,  Acta  Sanctorum  Ordinis  sancti  Benedicti. 
Liber  ojjic'wr uni  eccles'ae  Leodiensis,  BCRJI,  Paris,  1(')68-1701. 
Mansi,  Sacroriim  conciliorum  nova  et  amplissima  Collectio,  Flo- 
rence et  Venise,  17o9. 
Martène  et  Durand,  A.  C.  Veterum  Scriptorum  amplissima  Col- 
lectio, Paris,  1724. 
Miracula  sancti  Gangulfi,  MGH,  XV. 
Miracula  sancti  Hubert i,  AA.  SS.,  t.  I  de  novembre. 
Miracula  sancti  Jlemacli,  AA.  SS.,  t.  1  de  septembre. 
Miracula  .sancti  Wicberti,  MGH,  VIIL 
Mira'us  et  Foppens,  Auberli  Mirœi  Opéra  diplomatica,  éd.  F. 

Foppens.  Louvain,  Bruxelles,  1723-1748. 
Moine  de  Saint-Gall  (Le),  De  Geslis  Karoli  Magni,  MGH,  II 
Nicolas  (le  chanoine),  Gesla  sancti  Lamberti,  Chapeaville,  t.  î. 
Nizo,  Vita  sancti  Frederici  Leodiensis,  MGH,  XII. 
Nortberl,  Vita  liennonis  episcopi  Osnabrugeusis,  MGH,  XII. 


LISTE    DES   OUVRAGES   CITES   EN    ABREGE.  XVII 

Orderic  Vital,  Historia  ecclesiastica,  Migne,  PL,  CLXXXVIII. 
Othlon,  Vita  sancti  Wolfgangi  Batisponensis  MGH,  IV. 
Pez,  Thésaurus  aiiecdotorum  iiovissimus,   Augsbourg,  ITâl. 
Poeta  Saxo,  Vita  Caroli  Maipii,  MGH,  \. 
Kaoul  Glaber,  Les  cinq  livres  de  ses  histoires,  éd.  M.  Prou,  Paris, 

1886. 
Rathier,  Opéra  omnia,  Migne,  PL,  CXXXVI. 
Reginon,  Chronicon,  MGH,  I. 
Reginonis   Continuatio,   MGH,  I.    Nouvelle  édition    in-S"   par 

Kurze.  Hanovre,  1890. 
Règle  de  saint  Chrodegang,  Migne,  PL,  t.  LXXXIX. 
Renier  de  Saint-Jacques,  Annales,  MGH,  XVI. 
Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  Evracli.  Le  même,  Vita  Reginardi. 

Le  même,  Vita  Wolbodonis,  MGH,  XX. 
Richer,  Historiarum  libri  IV,  MGH,  III. 
Ruotgerus,  Vita  Brunonis,  MHG,  IV. 
Rupert  de  Deutz  [alias  de  Saint-Laurent),  Chronicon  Sancti  Lau- 

rentii,  MGH,  VIII. 
Sedulius,  Carmina,  éd.  Di'immler,  dans  Poetae  Latini  aevi  Caro- 

Uni,  t.  III,  MGH. 
Sigebert  de  Gembloux,  Chronographia,  MGH,  VI. 
Sigebert  de  Gembloux,  De  Scriptoribus  ecclesiasticis,  Migne,  PL, 

CLX. 
Sigebert  de  Gembloux,  Gesta  abbatum  Gemblacensiiim ,  MGH, 

VIII. 
Sigebert  de  Gembloux,  Vita  Deoderici  episcopi  Mettensis,  MGH, 

IV. 
Stepelinus,  Miracula  sancti  Trudonis,  Mabillon,  rlJ.SS.  O.S.B., 

VI,  2. 
Thangmar,  Vita  sancti  Berrnvardi,  MGH,  t.  IV. 
Thietmar  de  Mersebourg,  Chronicon,  MGH,  III,  Nouvelle  édition 

in-8",  par  Fr.  Kurze,  Hanovre,  1889. 
Triumphus  sancti  Lamberti  in  Steppes  (par  l'archidiacre  Hervard), 

MGH,  XXV.  Cf.  G.  Kurth,  BCBH,  LXXII. 
Triumphus  sancti  Lamberti  de  Castro  Biillonio,  MGH,  XX. 
Triumphus  sancti  Bemacli  de  Malmundariensi  coenobio,  MGH, 

XI. 
Vita  Odiliae,  Analecta  Bollandiana,  t.  XIII. 


XVUl  LISTE   DES   OUVRAGES   CITES   EN   ABREGE. 

YUa  ou  Vamo  sancti  Adalberti.  Il  y  en  a  deux,  l'une  par  Cana- 
parius,  l'autre  par  Brunon;  toutes  deux  MGH,  t.  IV. 

Vita  sancti  Anno7iis,  MGH,  XI, 

yita  Balderici  II  Icodiensis,  MGH,  t.  IV. 

YUa  sancti  Burchardi,  MGH,  IV. 

Yita  sancti  Desiderii  episcopi  Cadiircensis,  MGH,  SRM,  IV. 

Yita  sancti  Gerardi  TuUensis,  MGH,  IV. 

Yita  sancti  Godehardi,  MGH,  IV. 

Yita  sancti  Hiribcrti  Coloniensis,  MGH,  t.  IV. 

Yita  sancti  Huberti,  A  A.  SS,  t.  I  de  novembre. 

Yita  sancti  Joannis  Gorziensis,  MGH,  IV. 

Yita  sancti  Lamberti  {\^?iY  un  anonyme  contemporain),  A  A.  SS., 
t.  V  de  septembre. 

Yita  sancti  Lambei^ti,  par  le  chanoine  Nicolas,  o.  c. 

Yita  sancti  Landoaldi,  A  A.  SS.,  t.  ITI  de  mars. 

Yita  Notgeri,  publié  par  G.  Kurth  dans  BCPJl  et  reproduit  ci- 
dessous,  appendice  II. 

Yita  sancti  Popponis,  MGH,  XI. 

Yita  sancti  Richardi  abbatis  Sancti  Yitoni,  MGH,  XI. 

Yila  sancti  Theodardi,  AA.  SS.  t.  III  de  septembre. 

■\Vidukind,  Res  gestae  Saxonicae,  MGH,  III. 

Wipo,  Yita  Chiwnradi,  MGH,  XI. 

II.  Travaux  modernes. 

Alberdingk  Thijm  (P.),  Karel  de  Groote  en  zijne  eeuw.  La  Haye, 

Amsterdam,  1867. 
Balau  (S.),  Etude  critique  des  sources  de  lliistoire  du  pays  de  Liège 

au    moyen-âge,   Bruxelles,    1902-1903.    {MCARB,   t.    LXI. 

coll.  in-4"). 
Beissel  (St.\  Der  heilige  Bermvard  von  Hildesheim  als  Kùnstler 

und  Fôrderer  der  deutschen  Kunst,  Hildesheim,  1895. 
Berlram  (A.),  Gesckichte  des  Bisthums  Hildesheim,  t.  I.  Hildes- 
heim, 1899. 
Bittner  (A.),  ^Yazo  und  die  Schulen  von  LiUtich,  Breslau,  1879 

(diss). 
Bôhmer,  (H.),  Willigis  von  Mainz,  Leipzig,  1895  (Leipziger  Stu- 

dien,  fasc.  3). 


LISTE    DES    OUVRAGES   CITES   EX    ABREGE.  XIX 

Bôhmer  (F.),  Rcgesta  chronolugico  d/plomatica  rcgum  alque  impe- 

ratorutn,  Francfort,  1831. 
Bôhmer-Mutilbacher,   Die  Jiefiestcn  des  Kaiserreichs  unter  den 

KaroUmjern.  Innsbrùck,  1885). 
Bouille  (le  P.  Th.),  Histoire  de  la  ville  et  pays  de  Liège,  Liège, 

17-25-1732. 
Bouquet  (dom\  Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  delà  France. 
BovY,  Promenades  historiques  dans  le  pays  de  Liège.  Liège,  1838- 

1841. 
Clerval  (A.),  Les  écoles  de  Chartres  au  moyen-âge,  Paris,  1895, 

(Dans  quelques  citations  de  cet  auteur,  on  a  imprimé  par  erreur 

Clairval). 
Cramer  (F.),  Geschichte  der  Erziehung  und  des  Unterrichts  in  den 

Niederlanden  wàhrend  des  Mittelalters,  Stralsund,  1843. 
Daris  (J.),  Histoire  du  diocèse  et  de  la  principauté  de  Liège  depuis 

leur  origine  jusqu'au  XIIP  siècle,  Liège,  1890. 
Dcvaulx  (F.),  Mémoires  pour  servir  à  rhistoire  ecclésiastique  du 

pays  et  du  diocèse  de  Liège.  5  volumes  in-folio  (En  manuscrit  à 

la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège). 
Dieckmeyer,  Die  Stadt  Cambrai.  Verfassungsgeschichtliche  Unter- 

snchungen  von  dem  X""  bis  gegen  Ende  des  XIL""'  Jahrhiinderts. 

Icna,  1889. 
Dute,  Die  Schulen  im  Bisthum  Liittich  im  XI  Jahrhundert.  Mar- 

bourg,  1882  (programme). 
Ennen  (L.),  Geschichte  der  Stadt  Kôln,  Cologne,  1863-1880. 
Essai  historique  sur  Véglise  de  Saint-Paul,  ci-devant  collégiale, 

aujourd'hui  cathédrale  de  Liège,  Liège,  1867. 
Fisen  (B.),  Flores  ecclesiac  Leodiensis,  Lille,  1647. 
Fisen  (B.),  Sancta  Legia,  Romanae  ecclesiae  (ilia,  sive  Historiarum 

ecclesiae  Leodiensis  partes  duae,  2*  édition,  Liège,  1691.  (La 

1'^^  édition,  citée  rarement,  est  de  1642). 
Foullon  (J.-E.),  Historia  Leodiensis  per  episcoporum  et principum 

seriem  digesta,  Liège,  1735-1737. 
Ghesquière  (J.-H.),  Acta  Sanctorum  Belgii selecta,  Bruxelles,  1783- 

1794. 
Giesebrecht  (W.),   Geschichte  der  deutschen  Kaiserzeit,  Bruns- 
wick, 1855. 
Giesebrecht  (W.),  Jahrbiicher  des  deutschen  Reichs  unter  der 

Herrschaft  Kaiser  Otto's  IL  Berlin,  1840. 


XX  LISTE   DES    OUVRAGES    CITES   EN   ABREGE. 

Grandgagnage  (Cli,),  Mémoire  sur  les  anciens  noms  de  lieux  de 

la  Relgiqtw  orientale,  AICARB,  L  XXVI,  coll.  in-4«. 
Hauck  (A.),  Kirchengeschichte  Deutschlands .  Leipzig,  4887-1903. 
Hefele  (C.-J.  von),  Conciliengeschichte,  ^2"  édition.  Fribourg  e.  B., 

1873- 
Hinschius  (P.>,  Das  Kirchenrecht  der  Katholiken  und  Protestan- 

ten  in  Deutsc/iland.  Berlin,  1869-1897. 
Kirsch  (S.),  Jahrbikiier  der  deiitschen  Geschichte  unter  Heinrich 

If,  1862-1875. 
Histoire  Littéraire  de  la  France,  par  les  religieux  bénédictins  de 

la  congrégation  de  Saint- Maur. 
Jade  (Ph.),  Regesta  iJontificum  Romanorum,  2^  édition,  Leipzig, 

1883-1888. 
Kehr  (P.),  Znr  Geschichte  Otto" s  III.  Historische  Zeitschrift, 

t.  LXVL 
Kurth{G.),  Le  comte  Immon,  BARB,  1898. 
Lair  (J.),  Bulle  du  pape  Sergius,  Lettres  de  Gerbert,  Paris,  1899. 

(T.  FI  des  Études  critiques  sur  divers  textes  des  X^et  A'/"  siècles). 
Lot  (F.),  Ixs  derniers  Carolingiens,  Paris,  1891. 
Maître  (L.),  Les  écoles  épiscopales  et  monastiques  de  r Occident, 

Paris,  1866. 
Mabillon,  Annales  Ordinis  sancti  Benedicti.  Paris,  1703-1739. 
Malherbe,  Éloge  historique  de  Notger  {Mémoires  pour  servir  à 

l'histoire  de  Liège),  Maestricht  et  Liège,  1875. 
Martin  (K.),  Beitrdge  zur  Geschichte  Brujw's  I  von  Koln.  Icna, 

1878. 
Moll  (W.),  Kerkgeschiedenis  van  Nederland  vôôr  de  Ilervorming. 

Tome  L  Utrecht,  1864. 
Pirenne  (H.),  Sedulius  de  Liège,  BARB. 
i'Iacentius  (J.),  Catalogus  omnium  antistitum,  Tungarorum,  Tra- 

jectensium  ac  Leodiensium.  Anvers,  1529. 
Reinecke  (W.),  Geschichte  der  Stadt  Cambrai.  Marbourg,  1896, 

in-8". 
Richter  (G.),  Annulen  der  deutschen  Geschichte  im  Mittelalter. 

Halle,  1873-1898. 
Sickel,  (Th.  von),    Lrlaiiterungen  zu  den   Diplomen  Otto's  IL 

MIÔG,  Lrgïinzungsband,  IL  —  Erlaiiterungen  zu  den  Diplo- 
men Otto's  IIL  MIÔG,  XII, 


LISTE    DES    OUVRAGES   CITES   EN    ABREGE.  XXI 

Trilhcini,    Chronicon    Monasterii    Ilirsaxigiensis.   Bàle,    looO. 

Lemèmc, Catalogusscriptorum  ccch'siasticorwn,  Coloj2;ne,  1531 . 
Speclit  (F. -A.),  Geschichte  der  Unterrichtsiveseiis  in  neutsc/ilaml 

von  den  nltesten  Zeiten  bis  zur  Mitte  des  dreizehnten  Ja/irhun- 

derts.  Stuttgart,  488o. 
Stumpf  (F.),  Die  lieichskanzler.  Innsbriick,  1865-1881. 
Uhlirz  (K.),  Jahrbiicher  des  deutschen  Reiches  unter  Otto  II  luid 

Otto  III,  t.  I.  Leipzig,  190-2. 
Van  der  Kindere  (L.),  La  Formation  Territoriale  des  imndjjautés 

beliies  au  moyen-âge.  Bruxelles,  190:2. 
Villenfagne  (le  baron  de).  Essai  historique  sur  la  vie  de  I\'otger. 

{Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de  Liège).  Maestricht,  1785. 

Réimprimé  dans  ses  Mélanges  de  littérature  et  dliistoire. 

Liège,  1788. 
Vogel  (A.),  Ratherius  von  Verona  und  das  Zehnte  .fahrhundert. 

léna,  1854. 
Voigt  (E.),  Egberts  von  Luttich  Fecunda  Ratis.  Halle-a-S.,  1889. 
Vos,  (J.),  Lobbes,  son  chapitre  et  son  abbaye.  Louvain,  1865. 
Wattenbach  (W.),  Deutschlands  Ceschichtsquellen  im  Mittelalter, 

6"  édition.  Berlin,  1894. 
Wauters  (A.),  Table  chronologique  des  chartes  et  diplômes  imprimés 

concernant  l'histoire  de  la  Belgique. 
Wilmans  (R.),  Jahrbucher  des  deutschen  Reichs  unter  der  Ilerr- 

schaft  Kônig  und  Ka  ser  Otto's  III.  Berlin,  1840. 
Witte  (D.  J.),  Lothringen  in  der  zweiten  Hdlfte  des  X'^"  .lahrhun- 

derts.  Gôttingen  1869  (diss). 
Wohlwill  (A.),  Die  Anfdnge  der  landstdndischen  Verfassung  im 

Bisthum  Luttich.  Leipzig,  1867. 


I 


NOTGER  DE  LIÈGE 


ET 


LA  CIVILISATION  AU  X'^  SIÈCLE 


CHAPITRE  PREMIER. 


INTRODUCTION. 


C'est  un  beau  spectacle  que  présente  le  royaume  d'Alle- 
magne au  X*^  siècle.  Sous  la  conduite  d'une  dynastie  intelli- 
gente et  active,  il  marche  à  pas  de  géant  dans  les  voies  de 
la  civilisation.  Ce  siècle  qui  fut,  pour  d'autres  pays,  un  siècle 
de  fer,  fut  pour  l'Allemagne,  Leibniz  l'a  dit  avec  raison,  un 
siècle  (l'or  (i).  Et  déjà  Sigebert  de  Gembloux,  le  plus  grand 
chroniqueur  du  XI''  siècle,  proclamait  heureux  l'âge  des  Ottons. 

La  raison  que  Sigebert  donne  de  son  admiration  pour 
cette  époque  est  aussi  celle  qu'a  reconnue  l'histoire.  Quand 
on  clicrche  à  se  rendre  compte  des  causes  qui  ont  produit 
l'étonnante  prospérité  du  royaume  d'Allemagne  à  une  époque 
où  les  pays  voisins  étaient  plongés  dans  la  nuit,  on  s'aperçoit 
bientôt  que  les  souverains  qui  présidaient  à  ses  destinées 

(1)  Neque  Geniiania  .sibi  Ipsi  coniiinrata  iinquam  magis  bello  et  pace,  arniis  et 
moribus  et  (si  iiovissinias  binas  annoiuni  ceiilurias  demas,  qiiibus  nuitata  est  faciès 
generis  humani)  etiam  lltteris  floniit,  qiiani  setiilo  Ottonuni,  id  est  decimo,  qtiod 
alite  geiites  ab  hodieniis  suis  moribus  diversis,  Galli  torpore,  Itali  etiam  probris 
infâme  fecere.  Leibniz,  Annales  Impcrii  t.  III  ad  a.  1002,  p.  802. 

I.  1 


2  CHAPITRE    PREMIEIl. 

ont  été  aclinirublement  servis.  Une  pléiade  de  grands  évêques 
ont  été,  dans  les  ])r()vinces,  les  soutiens  du  tronc  et  les  intel- 
ligents collaborateurs  des  rois. 

»  D'illustres  prélats  et  des  hommes  doués  de  sagesse  res- 
tauraient FKtat,  rendaient  la  paix  aux  églises,  restituaient  à 
la  religion  sa  pureté  première.  On  pouvait  constater,  par  les 
faits,  la  vérité  de  cet  adage  d'un  philosophe,  qu'heureux  est 
l'Ktat  où  les  rois  sont  des  sages,  où  les  sages  sont  rois.  Ce 
n'étaient  pas  des  mercenaires,  c'étaient  de  vrais  pasteurs  qui 
étaient  assis  alors  sur  les  sièges  épiscopaux  »  (1). 

Ces  paroles  contiennent  l'expression  d'une  vérité  qui 
a  frappé  les  historiens  du  XIX"  siècle  autant  que  les  chroni- 
queurs du  XP.  «  Le  clergé,  écrit  l'un  d'eux,  avait  seul  le 
sens  de  l'intérêt  public,  et  seul  lui  avait  montré  un  véritable 
dévouement  (2).  » 

»  Jamais,  dit  un  autre,  l'Allemagne  n'a  possédé  un  épis- 
copat  à  ce  point  distingué  par  l'intelligence,  par  la  culture 
d'esprit  et  par  les  qualités  morales  (3).   » 

Et  un  troisième  ajoute,  presque  dans  les  mêmes  termes  : 
«  Januùs  plus,  par  la  suite,  l'Eglise  d'Allemagne  ni  aucune 
autre  n'a  pu  se  glorifier  d'un  épiscopat  aussi  riche  en  prélats 
pieux  et  zélés  (4).  » 

Si  l'on  veut  contrôler  ces  affirmations  générales,  il  est 
facile  d'en  constater  la  justesse.  On  peut  dire  que  chaque 
siège  épiscopal,  pour  ainsi  dire,  eut  alors  son  grand  homme, 
et  parfois  plus  d'un.  A  leur  tête,  il  faut  mentionner  leur 
modèle  et  leur  maître  à  tous,  saint  Brunon  de  Cologne,  qui 
aura  d'ailleurs  un  digne  continuateur  dans  saint  Iléribert. 
A  Trêves,  nous  rencontrons  Henri  et  Egbert;  à  Mayence,  il 
faut  mentionner  Guillaume  et  Willigis.  Les  sulïragants  sont 

(1)  Jure  felicia  tlixerim  Ottonis  tcnipora,  cuin  claris  pnesulibus  et  sapiontibus 
viris  resjjiiblica  sil  rcfonnala,  pax  a'ccelosianini  rd'orinala,  lioncslas  religionis 
riMlinlograta.  Erat  vidcre  cl  rcipsa  probaro,  vcruiii  esse  illiid  pbilosopbi  :  fortuna- 
taiii  esse  reiiipublicain,  si  vel  reges  sapèrent  vel  rcgnai-ent  sapientes.  Prœerant 
eiiiiii  populo  regni  non  mcrcennarii  scd  pastorcs  clarissimi.  Sigeberl,  Mta  Dcodcr. 
Mcttnisis  e.  7,  ]).  407. 

(2)  Giesebreclit,  Geschichte  (1er  deiitschen  Kaiserzcit  III,  p.  7. 

(3)  Kraiis,  (ïcsrliichlc  drr  cliiistlirhcii  Kuimt,  {.,  Il,  p.  ',V^. 

(i)  Ralzingcr,  tiiscliiclilc  dcr  Kirclilicluii  .ir)iuiipj!rijc,  p.  2î)2, 


INTRODUCTION.  6 

(lignes  des  métropolitains.  Pour  ne  pas  sortir  de  la  Lotha- 
ringie, nous  nommerons  saint  Ansfrid  à  Utrecht,  Thierry  à 
Metz,  AViefrid  à  Verdun,  saint  Gérard  à  Toul.  Le  reste  de 
l'Alleuiagne  n'est  pas  moins  riche  en  prélats  do  haute  sain- 
teté et  de  première  valeur  coinme  chefs  d'T^tat;  il  sullit  de 
citer  saint  l'iric  à  Augsbourg,  saint  AVolCgang  à  Ratisbonne, 
Reginald  à  Eichstaett,  Piligriui  à  Passau,  saint  Bernward  et 
saint  Godehard  à  Hildesheim,  saint  Meinwerk  à  Padcrborn. 
Tel  est  le  sénat  épiscopal  au  milieu  duquel  Notger,  évoque 
de  Liège,  tient  dignement  sa  place. 

C'est  l'œuvre  collective  de  ces  hommes  qui  fait  la  beauté 
du  règne  des  rois,  leurs  maîtres.  Ceux-ci  ont  eu  le  mérite 
très  grand  de  les  deviner,  de  les  mettre  en  valeur,  de  les 
sertir  comme  des  joyaux,  en  quelque  sorte.  L'épiscopat  alle- 
mand a  levé,  si  je  puis  ainsi  parler,  dans  l'atmosphère  de 
paix  et  de  quiétude  que  la  forte  épée  des  princes  saxons  a 
fait  régner  sur  l'Allemagne.  Le  souille  printanier  qui  passe 
sur  le  jeune  royaume  ottonien  ravive  la  sève  du  vieux  tronc 
taillé  et  greffé  par  saint  Boniface  et  par  Charlemagne  ;  une 
poussée  de  progrès  se  fait  sentir  dans  tous  les  domaines; 
la  vie  intellectuelle,  morale  et  matérielle  reprend  au  sortir 
de  la  crise  qui  a  secoué  la  civilisation  du  IX''  siècle  expirant. 

Les  évoques  allemands  sont  donc  dignes  de  la  confiance 
de  la  royauté  qui  les  appelle  au  partage  de  leur  autorité  tem- 
porelle. Les  principautés  ecclésiastiques  naissent  autour  de 
leurs  crosses,  et  ils  sentent  peser  sur  leurs  épaules  un  double 
fardeau.  On  se  tromperait  beaucoup  si  l'on  se  persuadait 
que  tous  ont  vu  avec  le  même  plaisir  cet  accroissement  de 
leur  responsabilité.  Plus  d'un  en  éprouva  de  la  répugnance, 
et  il  en  fut,  comme  Ulric  d'Augsbourg,  qui  demandèrent  à  être 
soulagés.  Il  ne  manquait  pas  d'esprits,  au  X'^  siècle,  qui  blâ- 
maient le  cumul  des  attributions  religieuses  et  politiques,  et 
un  écrivain  quelque  peu  olîiciel  a  cru  devoir  répondre  à 
leurs  objections  (1).  Plus  tard,  il  est  vrai,  on  s'habitua  à  la 

(1)  Causanhii'  forlc  aliqiii  diviiia'  ilisix'nsatioiiis  igiiari,  qiiai'C  cpiscopus  rom 
popiili  et  pei-ii'ula  bclli  Iractavcrit,  cum  animanim  tantunimodo  curain  susceperil. 
Quibus  res  ipsa  facile,  si  quid  samini  sapiunt,  safisl'acit,  etc.,  Ruolgeriis,  c.  23,  p. 
203.  Cf.  aussi  Widukiiid  1,  31,  p.  'i30,  ([iii  invoque  l'exemple  de  Samuel. 


4  CHAPITRE    PREMIIiR. 

nouveauté  ;  les  évoques  s'aecomodèrcnt  de  leur  rôle  de 
princes,  et,  plus  d'une  fois,  le  prince  prima  Tévéque  au  grand 
détriment  de  l'Église  et  de  la  religion. 

Il  n'en  fat  pas  ainsi  dans  ce  siècle  d'or  de  la  monarchie 
allemande.  Les  caractères  du  prince  et  du  prélat  se  fon- 
daient harmonieusement  dans  le  môme  homme.  Beaucoup 
d'évêques  de  ce  temps  ont  été  des  saints;  plusieurs  ont  l'au- 
réole, beaucoup  d'autres  la  méritent.  Nous  les  connaissons 
surtout  comme  princes,  parce  que  leur  activité  extérieure  est 
celle  qui  a  le  plus  frappé  leurs  contemporains.  Mais  quand 
on  veut,  guidé  par  les  indications  trop  parcimonieuses  des 
biographes,  pénétrer  dans  l'intimité  de  ces  hommes  de  gou- 
vernement, on  rencontre  à  la  base  de  toute  leur  existence 
la  conception  chrétienne  du  but  de  la  vie  et  des  devoirs 
qu'elle  impose  à  l'homme  ici-bas. 

Il  est  frappant  de  voir  combien,  la  tâche  civilisatrice  se 
présentant  la  même  partout,  la  carrière,  l'activité   de   ces 
hommes  sont  identiques   dans   leurs  grandes   lignes.   Tous 
agrandissent  et  protègent  la  propriété  ecclésiastique,  bâtissent 
et  restaurent  des  églises,  pourvoient  aux  besoins  des  pauvres 
par  d'abondantes  fondations  charitables,  ontau  }>lus  haut  degré 
l'amour  des  études,  multiplient  les  écoles  et  vont  jusqu'à  en- 
seigner eux-mêmes,  protègent  les  arts  et  parfois  les  cultivent. 
Tous  font  la  guerre  aux  abus,  soumettent  les  factieux,  forti- 
fient leurs  A'illes,  abattent  les  chàteaux-forts  des  pillards  ou 
en  bâtissent  d'autres  pour  les  tenir  en  respect,  ont  la  passion 
de  la  justice  et  sont  zélés  pour  le  service  du  roi.  Leur  souve- 
nir s'imprime  profondément  dans  la  mémoire  populaire;  on 
leur  fait  des  légendes  })our  ainsi  dire  dès  leur  vivant.  Et, 
d'autre  part,  les  écrivains  s'emparent  de  leur  vie,  et  la  bio- 
graphie épiscopale  s'élève  à  la  hauteur  d'un  genre  littéraire. 
Notger  est  une  des  figures  à  la  fois  les  plus  intéressantes 
et  les  moins  connues  de  celte  famille  ecclésiastique.  Il  fut 
pour  la  dynastie  des  Ottons  un  agent  fidèle  aux  jours  de  la 
prospérité,  un  conseiller  sûr  dans  les  moments  de  crise,  un 
défenseur  courageux  aux  heures  mauvaises.  Par  lui,  la  mo- 
narchie allemande  trouva  pour  un  siècle,  dans  la  principauté 
de  Liège,  son  plus  solide  boulevard  en  Lotharingie. 


IXTRODUCTION.  O 

?.Liis  le  rôle  joue  par  Notg'ci*  dans  rcmi[)ir3  ne  nuu:3  révèle 
qu'un  aspect  de  sa  pliysionomie.  Il  nous  intéressera  davan- 
tage encore  si  nous  l'envisageons  comme  fondateur  de  l'élat 
liégeois.  Ici,  il  ne  travaille  pas  en  sous-ordre  et,  en  quelque 
sorte,  pour  le  compte  d'autrui.  Il  est  souverain  ;  c'est  son 
initiative  que  nous  rencontrons  partout,  ce  sont  ses  idées 
originales  et  civilisatrices  qui  trouvent  leur  expression  dans 
cette  Aille  qu'il  crée,  dans  cet  état  dont  la  trame  s'ourdit 
sous  ses  mains.  La  scène,  sans  doute,  n'est  pas  si  vaste  que 
celle  de  l'Empire,  mais  l'intérêt  n'est  pas  diminué  par  les 
proportions  du  cadre  :  il  semble  même  que,  pouvant  plus 
facilement  embrasser  du  regard  le  tableau,  on  le  comprenne 
mieux  et  on  l'admire  davantage. 

La  difficulté,  pour  un  livre  qui  veut  faire  revivre  cette 
physionomie,  c'est  de  fondre  en  une  seule  figure  historique 
les  traits  du  feudataire  impérial  et  ceux  du  chef  d'Etat,  Je 
m'y  suis  employé  comme  j'ai  pu.  Si,  dans  mon  exposé,  le  chef 
d'État  apparaît  plus  souvent  que  le  feudataire,  c'est  d'abord 
la  nature  de  mes  matériaux  qui  l'a  voulu  ainsi;  Notger,  comme 
chef  d'Etat,  a  attiré  l'attention  de  l'histoire;  Notger,  connne 
feudataire,  n'a  laissé  sa  trace  que  dans  quelques  diplômes. 
C'est  ensuite  la  proportion  môme  des  deux  rôles  qu'il  a 
rempli.  Dans  l'Empire,  il  est  au  quatrième  ou  au  cinquième 
rang;  à  Liège,  il  occupe  le  premier.  Là,  il  apporte  son  con- 
cours à  une  tâche  commune,  dont  le  programme  ne  lui 
appartient  pas;  ici,  il  exécute,  pendant  un  long  règne,  un 
plan  qui  est  le  sien,  et  qui  nous  donne  la  vraie  mesure  de 
sa  valeur. 

Notger  cependant  est  inconnu,  que  dis-je  ?  il  est  méconnu. 
Si,  au  dernier  siècle,  quelques  Liégeois  ont  fait,  dans  une 
certaine  mesure,  réparation  à  sa  mémoire,  c'a  été  seulement 
pour  la  laver  d'une  accusation  infamante,  et  leur  voix  n'a 
pas  eu  d'écho  à  l'étranger.  Les  titres  de  gloire  de  Notger 
l'cstent  plongés  dans  l'oubli,  et  les  légendes  calomnieuses 
continuent  de  circuler.  Sous  ce  rapport,  il  y  aura  quelque 
plaisir  pour  le  lecteur  à  voir  reparaître  graduellement,  dans 
ces  pages,  la  figure  authentique  d'un  grand  homme  qui 
peut  se  dire  le  créancier  de  l'histoire. 


CHAPITRE  II. 


L  ETAT     LIEGEOIS     AVANT     NOTGER. 


De  tous  les  royaumes  issus  du  morcellement  de  Ihcritage 
de  Charlemagne,  la  Lotharingie  était  celui  qui  contenait  le 
plus  d'éléments  de  vitalité,  et  ce  fut  au  contraire,  grâce  à  un 
concours  de  circonstances  tragiques,  le  plus  éphémère  et  le 
plus  malheureux.  Sa  dynastie  nationale  s'éteignit  avec  son 
premier  roi  (869).  A  partir  de  cette  date,  elle  est  ballottée 
entre  la  France  et  l'Allemagne,  qui,  tantôt,  essayent  de  se 
l'arracher  lune  à  l'autre,  tantôt,  se  la  partagent,  jusqu'à  ce 
qu'enfin,  en  879,  elle  reste  à  l'Allemagne  seule.  Grâce  à  la 
tendresse  du  roi  Arnoul  pour  son  lils  Zwentibold,  qu'il 
voulait  mettre  à  la  tête  d'un  royaume,  la  Lotharingie  re- 
trouva son  autonomie  nationale  en  895.  Mais  cette  seconde 
phase  d'indépendance  nationale  fut  encore  plus  courte  que 
la  première  :  Zwentibold  périssait  dès  900,  en  luttant  contre 
les  grands  révoltés,  et  le  pays  était  de  nouveau  rattaché  à 
l'Allemagne  en  911.  Peu  après,  il  se  jetait  encore  une  fois 
dans  les  bras  de  la  France,  lorsque  l'extinction  des  Carolin- 
giens d'Outre-Rhin  fournit  à  l'aristocratie  un  prétexte  pour 
changer  de  suzerain.  Mais  la  France  ne  devait  pas  garder 
longtemps  une  possession  qui  avait  été  de  sa  part  l'objet  de 
tant  de  convoitises  ;  dès  924,  le  roi  d'Allemagne,  Henri  I, 
devenait  le  maître  de  la  Lotharingie,  et,  cette  fois,  le  pays 
entrait  définitivement  dans  rorI)ite  du  plus  puissant  des 
rovaumcs  francs.  Les  Carolingiens  de  France  ne  s'v  rési- 
gnèrent  pas  facilement;  jusqu'à  la  fin,  comme  on  le  voit  par 


l'état  liégeois  avant  \otger. 


les  tentatives  désespérées  du  roi  Lolhairc,  ils  révèrent  de 
regagner  ce  qu'ils  appelaient  alors  l'héritage  de  leurs  pères, 
ce  que  leurs  successeurs  devaient  appeler  les  frontières  du 
Rhin.  Ce  fut  peine  perdue  :  la  Lotharingie  demeura  à  TAlle- 
magne. 

Mais  le  sentiment  national  était  resté  vivacc  dans  le  pays, 
et  ses  nouveaux  maîtres  surent  le  respecter.  Alors  qu'en  879, 
lors  de  sa  première  annexion  à  l'Allemagne,  il  n'avait  été 
pour  celle-ci  qu'un  accroissement  de  territoire,  qu'une  i)ro- 
vince  de  plus,  il  n'en  fut  pas  ainsi  après  la  mort  de  Zwen- 
tibold.  La  restauration  de  l'indépendance,  si  précaire  qu'elle 
eût  été  sous  ce  roi,  avait  ravivé  le  patriotisme  dans  l'an- 
cien royaume  de  Lothaire  ;  on  ne  voulait  pas  renoncer  à  ce 
titre,  et  les  nouveaux  souverains  respectèrent  les  suscep- 
tibilités de  nos  ancêtres  en  leur  laissant  l'apparence  de  l'au- 
tonomie. Le  royaume  de  Lotharingie  garda  donc,  de  900  à 
911,  sa  chancellerie  propre  et  ses  plaids  nationaux  distincts 
de  ceux  de  l'Allemagne;  et  il  en  fut  de  même  de  911  à  923, 
pendant  les  quelques  années  qu'il  fut,  pour  la  dernière  fois, 
rattaché  au  royaume  de  France  (1). 

Cette  situation  ne  se  maintint  pas,  il  est  vrai,  à  partir 
d'Henri  I  ;  toutefois,  pendant  tout  le  X'^  siècle  et  pendant  une 
bonne  partie  du  XP,  la  Lotharingie  resta  un  royaume  dans 
la  pensée  ou  dans  le  langage  de  ses  enfants  et  de  ses  voisins. 
Elle  est  le  royaume  de  Lothaire  pour  la  plupart  des  chroni- 
queurs contemporains,  et  l'usage  est  ici  un  indice  trop  signi- 
ficatif pour  qu'on  puisse  n'en  pas  tenir  compte  :  il  atteste 
tout  au  moins  qu'on  a  gardé  la  conscience  de  certains  carac- 
tères nationaux  propres,  qui  ne  permettent  pas  de  voir  dans 
notre  pays  un  simple  prolongement  de  l'Allemagne  (2). 


(1)  11.  Piuisot,  Le  roijauinc  de  Lorraine  soun  les  Carolinyiciis,  p.  o58. 

(2)  Viiici  ([iicliiues  passages  qui  aUestent  la  survivance  de  l'usage  de  qualifier  la 
Lotharingie  de  royaume  : 

9i(3.  Olto  «  rex  Lotharicnsium  et  Francigenum  »  DO.  /p.  IGl. 

900.  Otio rex  Lothar'iensium  Francorum  atque  Germanensiuiii  IX).  I,  \k  289. 

Piiiher  III,  07  :  Otto  a  Germanis  Belgisque  rex  creatus  est. 

901.  Reginonis  Continuatio  :  Olto  (II) eleclione  omnium  Lofiiariensium  Aquis 

rex  ordinalus. 


8  CHAPITRE    H. 

Il  n'en  faut  pas  douter  :  c'est  sur  ce  sentiment  national 
que  s'appuya  la  famille  de  Régnier  au  Long  Col,  au  cours 
de  ses  incessantes  rébellions  contre  les  souverains  français 
et  allemands.  Quand  on  voit  cette  maison,  dont  l'ambition 
était  si  grosse  de  menaces  pour  la  liberté  et  pour  le  patri- 
moine de  tant  d'autres,  soulever  à  diverses  reprises,  contre 
les  rois,  un  ensemble  si  imposant  de  forces,  n'en  faut-il 
pas  conclure  qu'elle  disposait  d'un  mobile  assez  puissant 
pour  contrebalancer  toutes  les  jalousies  et  toutes  les  inquié- 
tudes qu'elle  devait  inspirer  ?  Et  ce  mobile,  quel  pouvait-il 
être,  sinon  ce  que  nous  avons  le  droit  d'appeler  le  patrio- 
tisme lotharingien  ? 

C'est  cet  esprit  national,  souvent  fourvoyé,  il  est  vrai,  ou 
mis  au  service  d'ambitions  personnelles,  qui  fut  toujours  le 
grand  danger  de  l'autorité  des  rois  d'Allemagne  en  Lotha- 
ringie. Il  régnait  spécialement  dans  la  partie  occidentale 
du  pays,  celle  que  le  partage  de  870  avait  assignée  à  la  France, 
et  qui  d'ailleurs,  à  plusieurs  égards,  se  distinguait  nettement 
de  l'orientale.  Somme  toute,  la  Lotharingie  orientale  et  la 
Lotharingie  occidentale  appartenaient  à  deux  groupes  eth- 
niques différents  :  la  première  était  germanique  et  la  seconde 
romaine  (1),  et  malgré  les  efforts  de  la  politique  pour  ignoi*er 
ou  pour  pallier  cette  opposition  nationale,  elle  s'affirmait  en 
dehors  de  la  vie  officielle  avec  une  force  croissante  (:2).  Tant 


VitaAdalberonis  UMcttemisVô,]i.  6C3  :  Doininus  IIenriciis(lI)rcx  —  inlota  Ger- 
mania  quœ  citra  Rhenum  est  et  in  Lotharii  regno  ([uod  ris  Rlienuiii  est  succcsserat. 

Une  muUilude  d'écrivains  de  la  seconde  moitié  du  X"  et  du  XI^  siècle  nomment 
la  Lotharingie  rajmtm  LoUiarii,  rcrimnn  Lotharievr.c,  rcgnuni  Lnthoricwn,  etc.  Je 
cite,  parexcinplo,  Ituotiienis  c.  loet24,  p.  îo'J  et  2fJi;  Flodoard,  .l))7;«fcv9."J9;  Ger- 
bert.  Lettres  p]).  28,  'A'v,  ;;i,  Oi,  l^i,  242;  lle;ihiii)ih  Continiiatio  ann.  917,  924, 
939,  9GG;  Vita  Ridiardi  c.  7.  Encore  au  XII«  siècle.  Renier,  dans  le  Triimiphiis 
Sancti  Lamberti  de  Castro  Dnllonio,  p.  499,  dit  que  Bouillon  est  silué  intcr  conjinia 
duoruin  rcjnorum,  Francorum  scilicct  et  Luthurintjonun. 

(-1)  Cette  opposition  de  langage  trouve  bien  son  expression  dans  Widukind,  II,  17, 
p. 443,  oii  Ton  voit  que,  dans  la  bataille  de  Biricn  contre  le  duc  Giselbert  révolté,  le 
saîO'e  (/Mi  pt'uf  est  crié  en  français  pardcsSr.xonspouriuetli'ecn  fuite  les  soldats  du  duc. 

(2)  Voir  dans  le  tome  II  de  mon  livre  intitulé  :  La  frontière  Umjuistiqitc  en  Bel- 
gique et  datis  le  nord  de  la.  France,  pp.  42-1  i-,  les  [)i'euvcs  de  findinéience  iiolitiquc 
du  temps  pour  les  frontières  linguistiques. 


l'état  liégeois  avaxt  xotger.  9 

qu'on  n'en  était  pas  venu  à  bout,  tant  qu'on  n'avait  pas  donne 
une  autre  direction  au  puissant  courant,  les  rois  d'Allemagne 
n'étaient  clicz  nous  que  des  conquérants  étrangers,  dont  l'au- 
torité était  toujours  menacée  i)ar  «  rindom]>table  bai'baric  » 
des  provinces  occidentales  du  royaume  de  Lotliairc  (1). 

Les  rois  firent  ce  qu'ils  purent;  ils  imaginèrent  de  s'atta- 
clier  les  grands  du  i)ays  par  des  mariages  (2),  mais  cela  ne 
réussit  point.  Il  fallut  l'arrivée  de  saint  Brunon  pour  sau- 
ver la  situation.  Otton  le  Grand  fut  bien  inspiré  le  jour  où 
il  confia  à  son  frère ,  avec  la  chancellerie  du  royaume 
d'Allemagne,  le  gouvernement  de  cette  orageuse  et  turbulente 
Lotharingie.  Les  dix  années  (9oo-96o)  pendant  lesquelles, 
sans  titre  ofïiciel  d'ailleurs  (3"),  l'archevêque  de  Cologne 
tint  en  mains  les  rênes  du  pays  furent  décisives  pour  l'ave- 
nir de  celui-ci.  Brunon  sut  concilier  à  la  dynastie,  par  sa 
douceur,  et  dompter,  par  sa  fermeté,  un  peuple  habitué  aux 
révolutions  et  ennemi  de  ses  maîtres.  Il  mit  fin  au  schisme 
funeste  de  la  Lotharingie  romane  et  de  la  Lotharingie 
germanique,  en  renversant  l'axe  du  j)artage  de  cette  vaste 
contrée,  et  en  la  divisant  géograpliiqueinent  en  Haute  et  en 
Basse.  Ce  partage  fut  décisif;  à  partir  de  ce  jour,  mises  cha- 
cune sous  l'autorité  de  ducs  diiférents,  la  Haute  et  la  Basse 
Lotharingie  n'eurent  plus  rien  de  commun  entre  elles.  Le 
Lothier,  qui  correspond  à  la  Basse,  et  la  Lorraine,  qui  est  le 
nom  delà  Haute,  suivront  désormais  des  destinées  différentes. 

Pour  longtemps,  l'opposition  nationale  entre  les  popula- 
tions de  race  diverse  que  chacune  contenait  dans  son  sein 
cessa  de  se  faire  sentir.  Mais  ce  n'était  pas  encore  assez. 
Mémo  réduite  dans  ces  proportions,  même  désorientée 
par   ces   combinaisons  nouvelles,   l'autorité  ducale  pouvait 

(I)  Ei-at  namqiic  in  occidcntalibus  regni  Lolharici  fiiiibus  velut  iinlomila  bar- 
baries. Ruotirerus,  c.  37,  p.  209. 

(9)  Nolaminent  par  le  mariage  du  «lue  Giselbert  avec  Gcrberge,  (ille  d'Henri  I. 

(o)Il  n"est  jiliis  nécessaire d'appi-endre  àpersonne,  je  p.ensc,  que  le  fiire  (ïarcJudur 
qu'on  a  longtemps  cru  être  celui  de  Brunon,  repose  sur  la  mésintelligence  d'un  pas- 
sage de  Ruotgcrus,  c.  20,  p.  2G1  :  (Oito)  fratrem  suum  Brunonem  occidenti  tulorem 
e!  provisorem  et,  ntita  dicam,  arcbiducem,  in  tam  periculoso  fempore  misit.  Le  ut  Un 
ilicam  et  le  fait  que  Piuotgerus  ali'ectionne  l'emploi  de  termes  grecs  sullisenl  pour 
enlever  toute  valeur  à  ce  litre  d'archiduc,  qui  d'ailleurs  n'existait  pas  au  m  oycn-àge 


10  CHAPITRE    II. 

rester  redoulabic,  cl  la  suite  le  fit  bien  voir.  (  Kic  denibarras 
ne  causèrent  pas  aux  Ottons  les  remuants  descendants  de 
Régnier  au  Long  Col  !  Mais,  s'il  ne  put  entièrement  les  bri- 
der, Brunon  sut  leur  donner  des  contrepoids.  En  face  de  ces 
grandes  familles  laïques  qui  étaient  la  terreur  des  rois,  il 
plaça  les  puissances  ecclésiastiques,  dont  la  fidélité  ne  se 
démentit  pas.  Il  y  avait  en  Lotliier  trois  sièges  épiscopaux  : 
ceux  de  Cambrai,  de  Liège  et  d'Utrecht.  Brunon  voulut 
qu'ils  fussent  autant  de  citadelles  impériales.  Il  devint  l'àme 
de  cet  excellent  épiscopat  qui  présida  pendant  la  plus  grande 
partie  du  X"  et  du  XP  siècles  aux  destinées  du  pays.  Maître 
de  la  chancellerie  du  rovaume  allemand,  il  v  formait  sous  ses 
yeux  les  hommes  de  valeur  qui  devaient  ensuite,  sur  les  sièges 
épiscopaux,  travailler  avec  lui  à  consolider  la  dynastie,  le 
royaume,  la  religion.  Formés  et  façonnés  à  son  école  long- 
temps après  cj[u'il  aura  disparu,  les  évèques  de  l'époque 
ottonienne  y  apprendront  l'amour  des  lettres,  le  dévouement 
à  la  famille  royale,  le  sens  des  choses  publiques  (1).  Et  c'est 
ainsi  que  de  la  Lotharingie,  qu'il  avait  trouvée  si  barbare, 
Brunon  fit  une  province  pacifique  et  civilisée  (2). 

Le  diocèse  de  Liège  se  ressentit  particulièrement  de  la 
sollicitude  de  ce  grand  homme.  A  deux  reprises,  il  y  pla(;a 
des  hommes  lettrés  et  austères  qui  sortaient  de  son  entourage 
et  dont  le  caractère  lui  inspirait  toute  confiance.  Le  premier 
ne  parvint  pas  à  se  maintenir,  et  l'on  peut  dire  que  son  échec 
fut  le  seul  insuccès  de  la  carrière  politique  du  saint.  Mais 
l'insuccès  ne  fut  pas  de  longue  portée,  et  ce  sont  encore  des 
hommes  selon  le  cœur  de  Brunon  qui,  après  sa  mort,  conti- 
nueront à  Liège  l'œuvre  à  laquelle  il  avait  consacré  sa 
vie. 

(1)  L'importancp  de  celle  partie  du  rùle  de  ?ainl  Brunon  est  bien  mise  en  lumière 
par  ces  paroles  de  Ruolgerus  c.  37,  p.  2G9:  Qutfsivil  inlei'ea  summa  dilii;enlia  ])ius 
paslor  Bruno,  verilatis  asscrlor,  evangelii  propagalor,  navos  el  iiidusliius  vin>s,  qui 
rem  publicam  sue  quisquc  loco  lide  el  viribus  luerenlur. 

(2)  Mulla  sunt  alia  et  prope  inlinila,  quie  in  brevi  non  in  Lolhariorum  lantum- 
modu  populo,  {[uem  ipse  ex  inlej,n'o  susceperat  gubernandum,  quem  eliain,  sicut 
in  pi'a'seuliai'uin  (•{■rnilui',  ex  iiicuihj  el  fero  |)a(aluin  reddidil  el  inansuetum,  sed 
eliaiu  [lei'  toluin  regnuiu  gloriosissiiui  impcraloi'is  sui  in  Dei  rébus  el  salule  locius 
populi  strennuissime  oi)eralus  csl.  l'iuutgcrus,  c.  39,  p.  270. 


l'ktat  liégeois  avant  notoer.  11 

L'histoire  de  saint  Brunon  est,  de  la  sorte,  comme  Tintro- 
duction  de  celle  de  Notger  :  on  ne  comprendra  bien  celui-ci 
qu'en  se  rappelant  le  milieu  d'où  il  est  sorti  et  les  influences 
qui  ont  formé  sa  personnalité.  D'autre  part,  on  ne  se  rendra 
bien  compte  du  rôle  joué  par  le  premier  prince-évèque  de 
Liège  que  si  l'on  connaît  le  domaine  dans  lequel  va  s'exercer 
son  activité.  C'est  pourquoi  l'aperçu  que  nons  venons  de 
présenter  de  la  carrière  lotharingienne  de  saint  Brunon  sera 
suivi  logiquement  d'un  coup  d'œil  sur  l'histoire  de  l'état 
liégeois  avant  Notger. 


L'État  liégeois  n'est  pas  seulement  ecclésiastique  par  son 
caractère,  il  l'est  aussi  par  son  origine.  Il  doit  sa  naissance 
au  diocèse  dont  il  faisait  partie,  et  dans  lequel,  petit  à  petit, 
s'est  constitué  son  domaine  temporel.  Ce  diocèse,  qui  avait 
pour  tète  la  ville  de  Tongres,  était  identique,  au  point  de  vue 
territorial,  avec  la  cité  romaine  du  même  nom,  qui  était  elle- 
même  l'une  des  subdivisions  de  la  seconde  Germanie.  Qui 
connaît  les  frontières  du  diocèse  peut  tracer  exactement  celles 
de  la  civitas.  Celle-ci  était  immense,  ayant  été  formée  de  la 
réunion  des  territoires  de  plusieurs  peuplades  dont  les  unes, 
comme  les  Éburons,  avaient  été  exterminées  par  les  Romains, 
et  dont  les  autres  étaient  trop  petites  pour  constituer  chacune 
une  cité  à  elle  seule.  Le  diocèse  ou  la  cité  de  Tongres  — 
c'est  tout  un  au  point  de  vue  territorial  —  comprit  donc, 
jusqu'en  loo9,  année  de  son  morcellement,  toute  la  Belgique 
orientale  jusqu'à  la  Semois  inférieure  avec  des  parties  consi- 
dérables des  provinces  limitroplies,  c'est-à-dire  du  Brabant 
septentrional,  du  Limbourg  hollandais,  de  la  Prusse  rhénane 
et  du  Grand-Duché  de  Luxembourg.  Il  s'étendait  du  nord  au 
sud,  de  Bois-le-Duc  à  Bouillon,  et  on  aura  tracé  ses  confins  en 
y  comprenant  Bcrg-op-Zoom,  Bois-le-Duc,  Venlo,  Ruremonde, 
Wassenberg,  Aix-la-Chapelle,  Eupen,  Stavelot,  Saint-Vith, 
Bastogne,  Bouillon,  Chimay,  Thuin,  Nivelles,  Louvain, 
Arendonck,  Eeckeren.  On  peut  préciser  quelques  points.  A 
l'est,  la  limite  passait  entre  Stavelot  et  Malinedy,  entre 
Aix-la-Chapelle    et   Borcette;    à   l'ouest,    elle    passait   entre 


12  CHAPITRE    TI. 

Thuiii  et  Lobbcs,  cuire  Nivelles  et  Bornivaî,  entre  Louvain 
et  lièrent,  entre  Arendonck  et  Turnhout.  Au  nord,  le  dio- 
cèse était  liiuitc  par  le  cours  de  la  Meuse  (1).  Neuf  diocèses 
se  partagent  aujourd'hui  le  vaste  territoire  sur  lequel  régnait 
la  crosse  de  saint  Servais  et  de  ses  successeurs  (2). 

De  bonne  heure,  la  libéralité  des  rois  francs,  des  évoques 
eux-mêmes  et  des  fidèles  avait  fait  passer  dans  le  patrimoine 
de  l'église  de  Tongres  des  fractions  considérables  de  ce  beau 
domaine.  Au  X'^  siècle,  l'église  de  Liège  possédait  encore 
dans  ses  archives  des  actes  qui  attestaient  ces  largesses, 
celles  de  saint  Remacle  notamment  (3). 

Il  est  fort  probable  que  des  évèques  qui  possédaient  leur 
patrimoine  dans  le  pays,  comme  saint  Monulfe  (4),  saint 
Jean  l'Agneau  (o),  saint  Lambert  (6),  peut-être  encore  saint 
Perpète  et  saint  Domitien  (7),  et  d'autres  saints  personnages 
issus  de  riches  familles  hesbignonnes,  comme  saint  Trond, 
saint  Bavon,  saint  Chrodegang  de  Metz,  n'ont  pas  oublié 

(1)  Daris,  llist.  du  diuc.  et  de  la  princip.  de  Liùge  jusqu'au   Xlll'^  siècle,  p.   29. 

(2)  Ce  sont  :  Liège,  Uurcîiionde,  Bois-lc-Duc,  Bréda,  Malines,  Touniai,  Naniur, 
Luxembourg  et  Cologne. 

(3)  Velut  traditio  inagnanim  possessionum  ejus  (se.  Remacii)  tam  Tungrcnsi 
eeclesi83  quam  nostro  monasterio  (se.  Stabulensi)  facta,  vel  ab  ipso  vcl  a  prolicrc- 
dibus  ejus  vel  efiani  a  regia  sublimitatc  testatur.  Multa  etenim  seripîa  ex  eisdcni 
rébus  i)er  iiiulla  annorum  curricula  a  nobis  possessis,  in  uti'aruuKiue  eecclesiarum 
(se.  Leodiensis  el  Stabulensis)  adhuc  reîinenfur  arehivis.  Keriger,  c.  41,  p.  181. 

(4)  Deonanlum  dcinde  visitaluiu  (MonuU'us)  castrum  liercditaric  suuni Pon- 

tifex  vero  Monuifus  Deonanto  rediens,  omnium  priedioi'um  suoruni  bcatum  Serva- 

tiuDi  scripsit  heredem addidit   l'amiliain   et  prœdia,  quia  in  liiis  terris  erat 

jocupletissimus.  Gilles  d'Orval  I,  o3,  d"après  une  Vie  de  saint  Monulfe  par  Jocundus, 
(XI"  siècle),  encore  inédile. 

(o)  Nobilis  siquidem  erat  et  mullis  magnarum  possessionum  reditibus  abundabal, 
quod  si  cui  forte  videatur  ambiguum,  lestanlur  etiam  pra'dia  ab  eodem  nostrae 
aeeclesiac  collala,  a  majoribus  nostris  et  nobis  adbuc  possessa,  et  de  quibus  domi- 
nicani  ilecimalionem  saneti  Cosmae  rctinet  aecclesia  pro  ejusdem  sancti  viri  sepul- 
tura.  lici-iger,  c.  ÎÎO,  p.  177. 

(G)  Glorio.stis  vir  Landcbcrtus  pontifex  oppido  Trajeclensi  oriundus  fuit  et  alUis 
ex  parentibus  lociqdefibus  secundum  dignilatem  seculi  inter  présides  vencrandis  et 
longa  prosapia  clii'islianis.  Vitu  sancti  Lamherti,  2,  p.  o74  D. 

(7)  C'est  eiicui-e,  le  fabuleux  .Jocundus  (jui  nous  fourni!  (judijucs  renseignemenls 
sur  ces  deux  sainis;  ils  ne  sont  d'aillcars  pas  de  nalure  ;i  inspii'cr  une  entière  con- 
liance. 


l'état  liégeois  avant  NOTGEU.  '13 

dans  leurs  libéralités  le  diocèse  de  Tongres.  Nous  en  dirons 
autant  des  rois  mérovingiens.  Ils  s'intéressaient  à  ce  pays, 
qui  était  pour  eux  la  terre  des  aïeux;  ils  y  avaient,  dans  la 
iiiboveuse  Ardenne,  des  villas  rovales  où  ils  aimaient  à  rési- 
der,  comme  Longlier  (1)  et  Bcssling  (2),  qu'ils  visitaient 
souvent  à  la  saison  des  grandes  chasses,  et  nous  connaissons 
le  séjour  que  deux  d'entre  eux  ont  fait  dans  la  ville  de  Maes- 
triclit  (3),  qui  était  pour  lors  la  résidence  des  évoques.  C'est 
un  prince  de  cette  dynastie,  SigeJjert  II,  qui  a  donné  à  saint 
Remacle,  évOque  de  Tongres,  les  vastes  solitudes  où  il  bâtit 
les  abbayes  de  Stavelot  et  de  jNîalmedy  (4).  Qui  ne  voit 
qu'une  donation  de  cette  importance  en  laisse  dcA'iner  bien 
d'autres  qui  nous  sont  restées  inconnues?  Le  crédit  dont  on 
sait  que  saint  Lambert  jouissait  auprès  du  roi  Childéric  II  et 
de  ses  successeurs  n'a  pas  laissé  de  profiter  à  son  église  (5). 
Ce  ne  sont  pas  ici  de  simples  conjectures  :  au  XIP  siècle,  on 
possédait  encore  à  Liège  le  diplôme  par  lequel  le  roi 
Glovis  III  (OOl-GOo),  à  la  demande  du  saint,  avait  confirmé  à 
l'église  de  Tongres  ses  possessions  avec  la  jouissance  de  l'iin- 
mvniité  (G).  Or,  un  domaine  territorial  considérable,  soustrait 


(1)  Clotaire  II  à  Longlier,  lÀber  Ilistoriœ,  c.  41. 

("2)  Cliildcbcrt  II  à  Bessling  (Belsonanco)  en  îiSo  avec  sa  mère  Brunehaut.  Gré- 
goire de  Tours,  Ilist.  Francorum,  VIII,  21. 

{'?>)  Cliildebei'l  II  en  o9G.  Capitichir.  llcij.  Franconcii,  I.  p.  13.  Cliiidêric  II  en 
GG7.  ŒGÏI.  Diphmata,  p.  29). 

(^ij  MGll.  Diploinata  t.  I,  p.  22. 

(o)  Apud  regeni  vero  summum  tenebat  locum.  Vita  sancti  Lamherti ,  u,  p.  -oVÔ  A. 

(G)  Quantœ  autem  existimationis  et  aucloritatis  beatus  Lambei'tus  apud  regem 
fuerit,  manifeste  patet  cum  cum  idem  pacifieus  rex  non  solum  episeopum  sed  et 
palrem  et  apostolicum  virum  appcilet  in  eo  privilégie  quod  promulgavit,  ipso  sancto 
liresuie  petente,  pro  immunilate  et  possessionibus  ccclesie  sancte  Marie  perpétue 
virginis,  in  cujus  nomine  et  lionore  eo  tempore  Trajeeti  vigebat  post  Tungris  que- 
dam  dignitas  pontificalis  catbedre.  Quod  privilegium  usque  bodie  apud  nos  conser- 
vari  non  dubium  est.  Nicolas,  Gesta  sancti  Lmnbcrti  dans  Cbapeaville,  I.  p.  380. 
Les  termes  dans  lesquels  Nicolas  analyse  le  document  ne  iiermettcnt  pas  de 
douter  qu'il  en  ait  lu  le  texte.  Yillentagne,  dans  son  Essai  historique  sur  la  vie  de 
.\iii<ier,  p.  2,  dit  que  «  Tliéodcbert,  roi  (d"Austrasie),  publia,  en  considération  de  notre 
évêque  Euchère  II,  un  édit  par  lequel  il  ordonna,  sous  des  peines  rigoureuses,  de 
restituer  des  dîmes,  des  prairies,  des  cbàteaux  ou  des  maisons  qui  avaient  été  usur- 
pées sur  l'église  de  Tongres  depuis  la  dévastation  des  iluns.  (Mémoires  pour  servir 


14  CHAPITRE    II. 

par  rimmunitc  àriiitcrventiondes  officiers  royaux,  qu'était-ce 
autre  chose  qu'une  principauté  ecclésiastique  en  germe  ? 

Les  Carolingiens  ne  se  montrèrent  pas  moins  généreux 
envers  l'église  de  Tongres  que  les  Mérovingiens.  Plus  encore 
que  ceux-ci,  ils  étaient  attachés  à  la  Belgique  orientale,  qui 
était  le  berceau  de  leur  famille  et  le  centre  de  leurs  pro- 
priétés territoriales.  Leurs  libéralités  étaient  consignées 
dans  un  grand  nombre  de  diplômes  conservés,  à  coté  de 
ceux  des  descendants  de  Glovis,  dans  les  archives  de  l'église 
cathédrale.  Au  dixième  siècle,  elle  pouvait  exhiber  encore 
ceux  de  Pépin  le  Bref,  de  Charlemagne,  de  Louis  le  Débon- 
naire, de  Lothaire  P'"  et  de  Charles  le  Gros,  et  il  s'en  faut 
que  cette  énumération  fut  complète  (l).  Les  actes  de  Pépin 
et  de  Charlemagne  étaient  perdus  dès  le  XIIP  siècle,  à  l'é- 
poque où  l'on  compila  le  cartulaire  de  l'église  de  Liège, 
puisqu'ils  n'y  ont  pas  été  transcrits  ;  toutefois,  il  est  à  remar- 
quer   que  l'on    connaissait   encore,    en   '1250,    un    diplôme 

à  ridsstoirc  de  Liège.  Maeslriclil,  178S).  Je  ne  sais  où  est  puisé  ce  renseignement, 
d'ailleiirs  très  suspect.  L'Euchère  qui  figure  dans  le  catalogue  épiscopal  de  Liège, 
s'il  a  jamais  été  évêque,  a  occupé  ce  siège  avant  le  règne  de  Théodebert  (334-348). 
Cf.  Fisen,  Sancta  Ln/ia,  I,  p.  73,  qui  exprime  le  regret  d'avoir  vainement  clierclié 
ce  diplôme;  FouUon,  llist.  Leod.  I,  pp.  132  et  197;  Léo,  Zivulf  Di'iclier  Nicder- 
Itieudisclier  Gescliidile,  I,  p.  1G9. 

C'est  pour  avoir  ignoré  ou  négligé  ces  faits  que  WoJdwill,  Die  Anfiinijc  dcr 
IdiidxtaïKli.scheii  yerfas.tinKj  iiii  Bixthuni  IJ'itlicli,  p.  72.  lii'e  de  l'absence  du  nom  de 
Liège  dans  les  diplômes  les  plus  anciens  la  preuve  que  cette  ville  n'aurail  pas  appar- 
tenu à  l'église.  Quant  aux  raisonnements  de  M.  Demarteau  (Bulletin  de  la  Socicié 
d'art  et  d'histoire  du  diocèse  de  Liège,  t.  VII,  p.  31)  iiiii  snjijiose  (pie  l'église  Sainte- 
Marie  dont  il  s'agit  dans  le  diplôme  de  Clovis  111  est,  non  celle  de  Tongres  ou  de 
Jlaestrichl,  ([ui  étaient  l'une  de  droit,  et  l'autre  de  fait,  les  catliédi'ales  du  diocèse, 
mais  la  petite  église  du  même  vocable  cpii  aui-ait  existé  dès  lors  à  Liège,  ils  ne  me 
paraissent  pas  fondés.  A  la  date  où  fut  émis  le  dij)lôme  de  Cliildéi-ic  II,  Liège  n'était 
qu'un  des  nombreux  villages  possédés  par  les  évêques  de  Tongres  dans  leui-  dio- 
cèse; il  n'est  pas  même  prouvé  qu'il  y  existait  dès  lors  une  église. 

(i)  Ces  diplômes  furent  mis  sous  les  yeux  de  l'empereui'  Ollun  II,  en  980,  par 
Notger,  comme  l'empereur  l'atteste  à  la  date  du  0  janvier  de  cette  année  :  «  Vene- 
rabilis  episcopus  Leodicensiuni  Noikerus  precepla  qucdam  noslris  obtulit  obtutibus 
quae  ab  anteccssoribus  nostris  Pi|iino  Karolo  Ludovico  Lothario  et  item  Karolo 
rcgibus  Francorum  collala  eraiit  ecclesie  Sancte  Marie  et  Sancti  Laniberli,  et  insuper 
a  paire  nosti'o  Ollone  imperatore  confirmata.  »  Bormans  et  Sclioolmeeslers,  (Uirtu- 
laire  de  l'église  Saint-Lambert  à  Liège  t.  I  j).  20. 


L*ÉTAT   LIÉGEOIS    AVANT    NOTGER.  lo 

(le  Cliarlomagne  pour  révoque  A^illVid  (i).  Les  actes  de 
Louis  le  Débonnaire  ont  disparu  également  (2).  De  Charles 
le  Gros  enfin,  le  cartulaire  de  Saint-Lambert  n'a  conservé 
qu'un  acte  de  88'i  par  lequel  il  donne  à  l'église  de  Tongres 
la  terre  de  Maidières  au  pays  de  Cliarpeigne,  avec  les  serfs 
qui  lui  appartiennent  à  Tongres  et  à  Liège  (3). 

Mais,  si  les  documents  visés  par  Otlon  II  ont  entièrement 
disparu  (sans  doute  parce  qu'ils  étaient  écrits  sur  papyrus), 
les  archives  de  Saint-Lambert  ont  conservé  un  certain 
nombre  d'actes  émanés  de  rois  carolingiens  dont  il  n'est 
point  parlé  dans  les  diplômes  des  Ottons. 

Cette  nouvelle  série  s'ouvre  par  la  riche  donation  de  l'em- 
pereur Arnoul,  qui,  en  888,  confirma  à  l'église  de  Liège  la 
possession  de  la  grande  abbaye  de  Lobbes,  avec  le  château  de 
ïliuin  et  153  villages,  et  elle  se  continue  au  cours  des  années 
suivantes  par  d'autres  libéralités  importantes  (4).  En  894, 
Charles  le  Simple  restitue  à  lévcque  Francon  la  terre 
d'Arches  (Charleville)  dans  le  Porcien  (o).  En  898,  le  roi 
Zwentibold  lui  fit  don  de  Theux  (G).  Vers  ce  môme  temps, 
Gisèle,  fille  du  roi  Lothaire  II, lui  donna  l'abbaye  de  Fosse(7). 
En  908,  Louis  l'Enfant  lui  conlirma  la  possession  du  droit 

(I)  Sub  islo  Agllfrido  ecclosia  Loodionsis  miilla  actiiiisivit,  siriit  tesîaiitur  privi- 
légia a  voge  Karolo  sibi  colluta.  Gilles  d"Oi-val,  II,  ?>'2.  Cf.  Sickel.  .irlu  Kunilhwniin, 
II,  373. 

(2j  11  y  a  à  la  vérilé,  trois  actes  émanés  de  cet  empereur  qui  iigurent  dans  le 
Carlulaire  de  Saint-Lambert,  mais  le  premier  est  apocrypbe,  le  second  confirme  un 
échange  de  terres  en  Hesbaye  entre  Walcaud  et  un  seigneur,  le  troisième  donne  la 
lerre  de  Pont-de-Loup  et  de  Marcbiennes  à  un  nommé  Ekkard,  dont  les  héritiers 
l'ont  l'ait  [lassoi',  à  une  date  inconnue,  mais  avant  llo5,  à  l'église  de  Liège.  Aucun 
ne  mentionne  une  donation  impériale  faite  à  celle-ci.  Il  faut  donc  croire  que 
cette  église  possédait  d'autres  diplômes  de  Louis  le  Débonnaire  qu'elle  soumit  à 
Otton  II,  à  moins  que  ce  souverain  ne  fasse  simplement  allusion  à  Tapocryplie, 
chose  peu  vraisemblable. 

(3)  IJormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  (J. 

(A)  Miraeus  et  Foppons,  Opéra  diplomatica,  t.  II,  p.  GuO. 

(o)  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  7. 

((3)  Les  mêmes,  p.  8.  Probablement,  dit  M.  Vanderkindere,  La  Furmation  terri- 
toriale de  la  BeUjique,  t.  II,  18o,  à  la  suite  des  confiscations  faites  sur  Régnier  II. 

()7  L'acte  est  perdu,  mais  nous  en  avons  la  confirmation  par  Louis  l'Enfant  en 
907,  Bormans  et  Schoolmeesters,  p.  10. 


16  CHAPITRÉ   11. 

de  monnaie  et  de  lonlieu  à  Macstriclit.  (1)  En  008 -91o, 
Charles  le  Simple  lui  accorda  l'abbaye  d'Haslières  et  lui 
coniîrma  la  possession  de  celle  de  Malines  (2).  En  9io,  le 
même  roi  lui  concéda  le  Joresiiini  de  Tîieux,  con^piétant 
ainsi  la  donation  de  Zwenlibold  (3).  Enfin,  en  932,  Otton  I" 
ajouta  à  toutes  ces  richesses  la  donation  de  l'abbaye  d'Alden- 
eyck(4). 

Le   domaine  territorial  de   l'église  de   Liège   formait  un 
vaste  ensemble  de  terres  non  pas   contiguës,  à  la  manière 
d'un  État  moderne,  mais  disséminées  et  isolées,  comme  le 
sont  d'ordinaire  celles  qui  constituent  les  patrimoines  privés. 
Et  cela  n'a  rien  d'étonnant,  puisqu'en  somme  il  s'était  con- 
stitué comme  ces  derniers,  par  des  donations,  par  des  achats 
et  par  des  échanges.   Ce  qui  faisait  l'unité   de  ce  domaine 
épiscopal,  c'était,   outre  la  personnalité  du  propriétaire,  la 
situation  juridique  spéciale  qui  lui  était  assurée.  Cette  situa- 
tion était  désignée  par  le  nom  d'immunité.  L'immunité  était 
un  privilège  très  précieux,  dont  un  grand  nombre  de  terres 
ecclésiastiques  et  quelques  laïques  jouissaient  dès  l'époque 
mérovingienne.  Il  consistait,  comme  on  sait,  en  ce  qu'aucun 
oflicier  public,  ni  le  comte  ni  aucun  de  ses  agents,  ne  pouvait 
entrer  dans  le  domaine  immunitaire  sous  quelque  prétexte 
que  ce  fût,  soit  pour  juger  des  procès,   soit  pour  lever  des 
amendes,  soit  pour  prendre  des  fidéjusseurs,  soit  pour  exer- 
cer le  droit  de  gîte,  soit  pour  percevoir  des  impôts.    C'est 
l'immuniste  lui-même,  ou  l'agent  choisi  par  lui,  qui  procé- 
dait à  tous  ces  actes  de  la  vie  publique.  Nous  avons  des  for- 
mules du  YIF  siècle  qui  nous  montrent  que  tous  les  droits 
enlevés  j)ar  les  actes  d'immunité  aux  agents  royaux  sont  con- 
férés aux  propriétaires    exemptés.    Et  il  n'est   pas   douteux 
que  les  évoques  de  Liège  n'aient  été  de  très  bonne  heure  au 
nombre   de    ces   derniers.   Non    seulement    cela  résulte  de 
l'existence  du  diplôme  de  Clovis  III,  mais  les  actes  impériaux 
qui,    sous   Notger,    viennent   confirmer  les   droits    de    nos 

(1)  Donnans  et  Schoolmccslei-s,  p.  12. 

(2)  Les  mûmes  p.  IG. 

(3)  Les  mêmes,  p.  1  i. 
(4-)  Les  mêmes,  p.  M. 


L  ETAT    LIEGEOIS    AVANT    NOTGER.  17 

évèqucs,  le  font  avec  des  expressions  empruntées  aux  plus 
anciens  documents  qui  conlcraient  l'innnunitc.  Il  est  mani- 
leste  qu'ils  se  bornent  à  copier  des  documents  do  l'époque 
mérovingienne  (1). 

L'évoque  de  Liège  était  donc,  depuis  quelques  siècles  au 
moins,  un  grand  seigneur  inimuniste.  Entre  lui  et  le  souve- 
rain, il  n'y  avait  personne.  Il  était  lui-même,  dans  ses  terres, 
l'olHcier  royal,  et  il  exerçait  sur  toute  la  population  qui  dé- 
pendait de  lui  les  pouvoirs  de  ce  dernier,  soit  directement, 
soit  par  l'intermédiaire  d'un  agent  de  son  choix  (2).  La  juri- 
diction que  son  immunité  interdisait  à  tout  autre  ollicier 
royal^  c'est  lui  qui  l'exerçait.  Son  pouvoir  judiciaire  faisait 
partie  de  sa  qualité  d'immuniste  (3). 

Cette  situation  était  belle;  toutefois,  elle  était  bien  loin 
d'être  exempte  d'ennuis  et  même  de  dangers.  Ln  un  temps 
d'anarchie  et  de  violence,  les  richesses  de  l'église  tentaient 
beaucoup  de  gens,  et  connue  il  n'y  avait  personne  pour  la 
défendre,  elle  était  à  la  merci  de  tous  les  déprédateurs.  La 
vie  même  des  évêques  n'était  pas  toujours  protégée.  Coup 
sur  coup,  deux  évêques  de  ïongres,  saint  Tliéodard  et  saint 
Lambert,  périrent  pour  avoir  voulu  défendre  contre  les  pil- 


(1)  Ces  actes  sont  le  diplôme  d'Odon  II  en  980,  celui  d'OUon  III  en  98o  el  celui 
d'Henri  11  en  lOÛG.  On  les  trouve  fréquemment  édités,  notamment  par  Bormans  et 
Sclioolineesters,  t.  I  pp.  19-27.  On  y  ])eut  joindre  le  diplôme  de  987  accordant  à 
Téglise  de  Liège  l'abbaye  de  Gembloux  {ibid.  p.  23).  Ces  diplômes  nous  apprennent 
(juils  ne  font  ({ue  confirmer  ceux  de  Pépin-le-Brel",  de  Charlemagne,  de  Louis-le- 
Débonnaire,  de  Lothaire  (I  ou  II)  el  de  Charles  le  Gros. 

(2)  C'est  ce  que  dit  déjà  le  plus  ancien  diplôme  d'immunité  accordé  à  l'église  de 
Liège,  celui  d'Otton  II  en  980  :  precipimus  ut  nuUus  cornes,  nullus  judex,  nisi  cui 
episciipus  commiserit,  audeat  potestatem  exercere  super  ea  loca  iicque  placitum 
habere  etc.  (Bormans  et  Scliooîmeesters,  I  p.  19.)  Cette  disposition  est  reprise  dans 
le  i)rivilège  de  987  :  crceptis  eis  qui  ub  rpiscopo  suffccti  fueriiit  (o,  c.  I  p.  21)  et 
dans  celui  de  1000  :  )iisi  cui  episcopiis  commiserit.  (o.  c.  p.  2G). 

(3)  Ce  point  étant  prouvé,  en  ce  qui  concerne  Liège,  par  la  note  qui  précède,  je 
me  crois  dispensé  de  rentrer,  pour  ma  \yAvi,  dans  l'interminable  discussion  relative 
à  la  juridiction  de  l'immuniste.  Cette  juridiction  a  d'ailleurs  été  affirmée  et  prouvée 
par  les  meilleures  autorités,  notamment  par  "Wuitz,  !>ar  W.  Sickel,  par  Fusiel  de 
Coidanges,  par  Beaucliet,  par  Solim,  ([ui  a  abandonné  sa  première  opinion,  el  pai- 
Brunner,  Dcutiche  rœchta-jeschichtr  1.  II,  [).  298.  Cf.  cet  auteur  pour  la  bibliogra- 
phie du  sujet. 

I.  2 


lÔ  ciTÀPiTiiT:  li. 

lards  rinlc'grilc  du  patrimoine  ecclésiastique  (1).  Mais  la 
mort  de  saint  Lambert  devait  amener  un  changement  consi- 
dérable. L'extraordinaire  aiïluence  des  lîdèles  autour  de  son 
tombeau,  donna  en  peu  d'années  à  la  modeste  bourgade  de 
Liège  une  importance  sullisante  pour  lui  valoir  le  premier 
rang  dans  le  diocèse.  Treize  ans  après  la  mort  du  saint,  son 
successeur  Hubert  y  transférait  le  siège  de  révôclié. 

C'était  là  une  détermination  grave.  Elle  fut  exécutée  d'une 
manière  solennelle  et  en  quelque  sorte  avec  le  caractère 
d'une  véritable  exode.  Quelles  raisons  saint  Hubert  avait-il 
d'abandonner  les  deux  chefs-lieux  du  diocèse,  non  seulement 
la  vénérable  ville  de  Tongres,  qui  en  était  le  siège  olliciel, 
mais  la  belle  Maestricht,  où  s'élevaient  de  si  nobles  sanc- 
tuaires, et  où  la  tombe  de  saint  Servais  semblait  avoir  à 
jamais  fixé  la  résidence  de  ses  successeurs?  S'il  est  permis 
de  chercher  ailleurs  que  dans  une  inspiration  de  la  piété 
l'origine  de  la  migration  de  saint  Hubert,  je  ferai  remarquer 
qu'à  Liège,  les  évoques  étaient  chez  eux,  sur  un  sol  qui  leur 
appartenait,  tandis  qu'à  Maestricht,  dont  ils  ne  possédèrent 
jamais  que  la  moitié,  ils  avaient  pour  voisins  gênants  et  sou- 
vent pour  rivaux  et  pour  ennemis  les  comtes  francs.  Cette 
considération  ne  doit  pas  être  restée  indifférente  à  saint 
Hubert.  A  Liège,  il  put  désormais  exercer  en  toute  liberté 
l'autorité  presque  illimitée  attribuée  à  l'évèque  sur  la  vie 
sociale  de  ses  diocésains.  Il  fut,  dans  une  certaine  mesure, 
le  créateur  de  la  ville  de  Liège,  et  l'on  voit  vaguement,  sous 
lui,  s'ébaucher  la  principauté  future  (2). 

(1)  Dans  mon  mémoire  de  487G  sur  Saint  Lambert  et  son  premier  biographe 
(Amialcs  de  l'Académie  d'ArchéoIoijie  de  Delt/iriiic,  Uh'  série,  I.  III),  j'ai  encoi'C  tlé- 
l'ciulu  l'aullienticilé  de  la  Iradilion  liégeoise  svir  la  mort  de  saint  Lambert;  depuis 
lors,  mes  études  m'ont  amené  à  la  conclusion  (juil  faut  s'en  tenir  à  la  version  du 
premier  biogi'aplie.  Cf.  Balau,  Les  Sutirces  de  l'Iii.stoirr  du  pays  dr  Liège  {MCAUD, 
t.  LXI.  pp.  37  et  38). 

(2)  Ipse  prinium  in  huniili  Leodio,  Deo  opihilante,  religionis  posuil  fundamentum, 
unam  tanfum  a?ccleciani  ordinando,  ean(li'm([ue  pro  leiiiiioris  oportunitate  fabricis 
ceterisque  insignibus  adornando.  Jus  civile  oppidanis  tribuil,  vitam  et  mores 
ipsorum  disci|)linae  freno  composuit  (compescuit  ?j,  libram  panis,  libram  vini 
modiumque,  qii;e  nobisoum  persévérant  usque  hodie,  sapienler  constiluit.  Anselme 
c.  Kl,  p.  198. 


i/étaï  liéokois   avant  NOÏGEU.  19 

Les  conditions  crexistcncc  du  diocèse  et  du  domaine 
ecclésiastique  ne  se  niodilicrent  pas  d'une  manière  essentielle 
sous  le  règne  de  Charles-Martel.  L'église  de  Liège,  comme 
toutes  les  autres,  dut  donner  en  fief  une  quantité  de  ses 
biens,  et  gagna  à  ce  prix  un  certain  nondjre  de  vassaux. 
D'autre  part,  la  dynastie  carolingienne,  (jui  s'appuyait  sur  la 
grande  propriété  et  sur  l'I^giise,  ne  cessa  de  favoriser 
celle-ci,  confirma  ou  multiplia  ses  imumnités,  lui  lit  des 
concessions  territoriales.  L'église  de  Liège  possédait  des 
diplômes  d'immunité  qui  lui  avaient  été  concédés  par  tous 
les  rois  carolingiens  depuis  Pépin  le  Bref  et  son  frère  Gar- 
loman  (1)  jusqu'aux  deux  Lotliaire  et  à  Charles  le  Gros  (2). 
Elle  prenait  donc  de  plus  en  plus,  et  par  ces  concessions 
réitérées  du  pouvoir  souverain,  et  par  les  inféodations  aux- 
quelles elle  avait  dû  se  prêter,  le  caractère  dune  institution 
féodale,  reflétant  ainsi  dans  son  )node  d'existence  les  condi- 
tions générales  de  la  société  dont  elle  faisait  partie.  Et  ni  les 
troubles  qui  éclatèrent  après  la  mort  de  Louis  le  Débonnaire, 
ni  les  partages  réitérés  mais  précaires  de  la  Lotharingie,  ni 
les  terribles  ravages  des  Normands  ne  changèrent  rien  à  la 
situation  territoriale  des  évcques.  On  voit  au  contraire  pro- 
gresser leur  influence,  et  la  royauté  se  dépouiller  de  plus  en 
plus  en  leur  faveur. 

Dès  le  X''  siècle,  nous  ti'ouvons  l'église  de  Liège  en  pos- 
session de  privilèges  nouveaux,  qui  accentuent  sa  marche 
lente  et  graduelle  vers  la  souveraineté.  Nous  avons  déjà  vu 
qu'en  908,  en  vertu  d'une  donation  de  Louis  l'Enfant,  elle 
possédait  à  Maestricht  le  droit  de  tonlieu  ou  de  marché  et 
celui  de  monnaie  (3).  Nous  savons  aussi  qu'à  une  date  que 
nous  ne  pouvons  préciser,  elle  avait  reçu  également  le  droit 
de  tonlieu  et  de  monnaie  à  Huy  (4).  Ce  droit  régalien  n'était 

(1)  Sur  les  donations  de  Carloman,  v.  lo  Vita  saiicti  Huberti  c.  22  p.  803  E  :  cuni 
muneribiis  suis  ditavit,  oum  palliis  alque  vasa  argentca,  et  de  jure  liaeredilalis  suac 
cuni  hiiiiiinibus,  lum  tei-ris  ti-adiilit  ei  et  per  instruiiienla  eai'laruni  deiegavit  ad 
basilicain  ubi  sanctus  Dei  exaltalur  in  gloria  ([uiescens  tuniuluni. 

(2)  Ils  sont  menlionnés  notamment  dans  le  diplôme  ilOdon  II  poui-  Liège  en 
980.  Bormans  et  Sehoolmeesters,  t.  I,  p.  19. 

(3)  Bormans  et  Selioolmeesters,  I,  p.  12. 

(4)  El  quia  quud  reli(iuum  erat  régie  ditionis,  in  moncla  sciiieel  et  lelonco  reli- 


20  CIIAPIÏRK    II. 

pas  de  ceux  qui  faisaient  paiHie,  jusqu'alors,  des  concessions 
d'immunité  :  il  appartenait  essentiellement  au  pouvoir  sou- 
verain, et  Gliarlemagnc  se  l'était  toujours  réservé.  C'est 
Louis  le  Débonnaire  qui  donna  le  premier  l'exemple  de  l'a- 
bandonner (1),  et  peut-être  est-ce  à  ce  prince  que  l'église  de 
Liège  devait  celui  qu'elle  exerçait  à  Huy.  Il  faut  noter  ici 
l'étroite  connexité  qu'il  y  avait  entre  les  droits  de  marclié, 
de  tonlieu  et  de  monnaie.  Abandonner  à  un  évèque  celai  de 
marché,  c'était  lui  céder  les  redevances  payées  au  prince  du 
ciicf  des  transactions  commerciales,  et  c'est  ce  qu'on  appe- 
lait droit  de  tonlieu.  C'était  lui  céder  aussi  la  police  du  mar- 
clié et  le  droit  de  punir  les  infractions,  en  d'autres  termes 
le  droit  de  ban.  C'était,  enfin,  lui  donner  la  haute  main  sur 
une  institution  dont  ne  pouvait  se  passer  aucun  marché,  à 
savoir,  l'établissement  qui  transformait  en  numéraire  les 
métaux  servant  aux  transactions  commerciales,  et  qui  rem- 
plissait en  l'espèce  l'ollice  d'une  vraie  banque  d'échange  (2). 
Sous  le  nom  de  droit  de  marché,  il  faut  donc  comprendre 
en  général  ce  triple  droit  de  tonlieu,  de  ban  et  de  monnaie, 
qui,  sans  être  toujours  exprimé  complètement  dans  les  con- 
cessions de  marché,  n'en  est  cependant  pas  séparable  (3). 

Qui  ne  voit  qu'un  pareil  droit  dépassait  de  beaucoup  la 
portée  de  l'immunité?  Par  celle-ci,  un  grand  propriétaire 
était  déclaré  seul  intermédiaire  entre  la  population  de  son 
domaine  et  le  souverain.  Par  le  droit  de  marché,  au  contraire, 
une  partie  essentielle  des  droits  du  souverain  était  détachée 
du  pouvoir  royal  et  livrée  au  concessionnaire.  Aussi  voyons- 
nous  qu'en  908,  pour  enlever  à  l'ollicier  royal  de  Maestricht, 

(|uls([iie  redditibiis,  magnificentia  rogiim  et  imperatoruin  et  predecessonini  iiostro- 
niiii  ecclesie  sancte  Marie  Lcodio  vel  llolo  posile  jam  cesserai.  Diitlome  dOltoii  III 
en  983  dans  Bormans  et  Schoolmeesters,  I,  i».  21. 

(•1)  W'aitz,  Deutsche  Vcrfassinirjsgeschichte,  2«^  édition,  (.  IV.  p.  9a. 

(2)  Waitz,  0.  c.  t.  IV,  p.  94. 

(3)  Waitz,  o.c.  t.  VII,  p.  187.  Cf.  K.  Hegel,  Euistcl.iniij  des  daiisrhcn  Stadtcivcsem, 
p.  30  :  Markt,  Mùnze  und  Zoll  gehoren  zusammen.  Denn  der  Markt  bedarf  derMunze 
fiir  den  ('.cldvcikelir  und  ini  Zoll  liegt  dasllauptei'triigniss  dcsMarkfes.  Daherwerden 
in  der  Regel  aile  drei  zusammen  bewilligl,  und  wenn  Zoll  und  Miinze  allein  verlic- 
hen  werden,  ist  das  Dasein  des  Marktcs  vorau.sgesetzt.  Dazu  konnnt  viertcns  der 
Bann. 


i/ktat  ltkceois  avant  xoTr.r.n.  21 

c'est-à-dire  au  coiuto  Alhoin,  une  [)orliori  aussi  coiisidc'i-able 
de  ses  attributions,  le  roi  crut  devoir  commencer  par  prendre 
son  consentement  (1). 

Au  moment  donc  où  s'éteignait  la  dynastie  carolingienne, 
les  cvcques  de  Liège,  comme  un  grand  nombre  de  leurs  col- 
lègues allemands,  n'étaient  plus  de  simples  immunistcs,  et, 
s'ils  n'étaient  pas  encore  de  A'rais  princes,  ils  tendaient  sans 
relàclic  à  le  devenir.  Déjà  ils  étaient  en  voie  de  sup[)Ianter 
l'autorité  comtale  dans  les  principales  villes  de  leur  diocèse  : 
Macstricht,  Huy  et  probablement  Tongres.  Leurs  droits 
domaniaux  d'une  part,  leurs  naissantes  attributions  politiques 
de  l'autre,  constituaient  une  double  autorité  sur  laquelle  se 
posait  le  prestige  de  leur  dignité  religieuse.  Quand  on  les 
voit,  déjà  sous  Hartgar  (S41-8oo)  et  sous  Francon  (8o6-903) 
marcher  contre  les  Normands  à  la  tcte  de  leurs  propres 
troupes,  et  remporter  des  victoires  sur  ces  redoutables  enva- 
hisseurs (2),  ce  ne  sont  plus  seulement  des  pasteurs,  ce  sont 
des  princes  qu'on  reconnaît  en  eux. 

Aussi  l'élection  d'un  évèque  de  Liège  était-elle  une  affaire 
dont  personne  ne  se  désintéressait,  et  qui,  le  cas  échéant, 
prenait  les  proportions  d'un  intérêt  international.  Ce  fut  le 
cas  lorsque  mourut  l'évéque  Etienne  en  920.  Il  y  eut  deux 
candidats  en  présence,  alliés  l'un  et  l'autre  aux  plus  puis- 
santes familles  de  France  et  d'Allemagne.  L'un,  Hiîduin, 
était  i)arent  des  comtes  d'Arles  et  de  Provence  ;  l'autre, 
Richaire,  abl:)é  de  Prûm,  avait  pour  frères  les  fameux  comtes 
Gérard  et  Matfried,  qui,  en  900,  avaient  triomphé  du  roi 
Zwentibold.  Toute  la  Lotharingie  prit  parti  dans  cette 
querelle,  qui  bientôt  se  transforma  en  une  rivalité  de  nations, 
l'Allemagne  appuyant  Hilduin  et  la  France  Richaire.  C'est 
ce  dernier  qui  l'emporta,  parce  qu'il  avait  pour  lui  le  souve- 
rain du  pays,  alors  Charles  le  Simple,  et  qu'il  fut  reconnu 
par  le  pape.  Mais  la  lutte  si  âpre  et  si  longue  qui  s'était 
livrée   pour  la  possession  du  siège  épiscopal  entre  les  deux 

(5j  Tcloncum  ac  monelam  do  Trajeclo  noslra  donatione  cum  conseiisu  Alboini  eo 
teinjioiv  illius  coniitis  conce.'^sani.  lîmiiiitiis  et  Sdioolmeesters,  I.  p.  13. 

i'.i\  Anselnip,  c.  19.  p.  1!)9.  Scdiiliiis,  II,  \iii,  Ad  Ilartijarium  et  Xl.v  De  Stnifje 
yor)ii(uin(in(in  dans  Poctœ  Latini  Acvi  Cnrolini,  III,  pp.  17G  et  208  (MGllJ. 


99 


CHAPITRE    11. 


factions  prouve  bien  que  dès  lors  l'évêché  était  un  pouvoir 
qui  ne  laissait  plus  personne  indiflërent  (1). 

L'avènement  des  rois  d'Allemagne  en  Lotharingie  accéléra 
le  développement  de  ce  pouvoir  temporel  qui,  depuis  plus 
d'un  siècle,  se  formait  peu  à  peu  autour  du  siège  épiscopal 
de  Liège.  Incessamment  en  lutte  avec  la  maison  de  Régnier 
au  Long  Col  et  avec  ses  nombreux  adliérents,  la  royauté 
trouvait  dans  les  évèques  ses  meilleurs  appuis,  ses  plus 
fidèles  serviteurs.  Aussi  Liège  devint-il,  avec  Caml^rai  et 
Utrecht,  la  citadelle  où  le  pouvoir  impérial  aAait  ses  arse- 
naux et  ses  refuges.  Les  évèques  accompagnaient  l'empereur 
dans  ses  expéditions  ;  nous  rencontrons  Rathier  et  Eracle  à 
la  suite  d'Otton  I"  en  Italie,  et  nous  lisons  dans  un  docu- 
ment de  980  que  l'église  de  Liège  envoie  à  l'armée  impériale, 
cette  année,  un  contingent  de  soixante  hommes  d'armes 
vêtus  de  la  cuirasse  ou  hroigne  (2).  Les  deux  évèques  dont 
il  vient  d'être  question  ont  bien  déjà  l'air  de  princes  :  des 
émeutes  éclatent  contre  eux  ;  le  premier  est  renversé  et  chassé 
par  les  grands,  et  du  second  il  est  dit  qu'il  fut  tellement 
doux  qu'il  ne  punit  pas  les  coupables  (3).  Et,  dès  les  pre- 
mières années  de  son  règne,  Notger  peut  affirmer  son  autorité 
souveraine  à  Liège  :  on  nous  dit  qu'il  punit  avec  la  dernière 
sévérité  les  perturbateurs  qui  avaient  troublé  la  vieillesse  de 
son  prédécesseur  Eracle  (4).  Tous  ces  faits  attestent  que  la 
principauté  ecclésiastique  de  Liège  n'est  pas  née  tout  d'un 
coup,  qu'elle  s'est  formée  à  la  longue,  sous  l'action  du  milieu 

(1)  Flodoanl,  Annalrs '^10,  921;  Richer,  I,  2o;  Folciiin,  Grata  ibtuit.  Lohb. 
c.  li),  ]).  ()3  ;  ;  Luifpraïul,  Autapodu.sis  III,  42,  p.  312;  lipistolœ  .Jaiuiiiis  papœ  dans 
I?oui[ui'l,  IX,  p.  21o.  Cf.  l'exposé  (le  P».  Pai'isot,  Le  roijainiic  de  Lorraine  mnis  les 
Carolingiens,  \)[).  0oi-(j39. 

(2)  MGll.  Coustitiitinnes  impcnttdnnn,  t.  I,  p.  (133.  Di\j;i  on  DGI,  saint  liiiinon  de 
Cologne  avait  envoyé  à  son  fi'ère  Ollon  P'',  jjarlant  imiir  rilalic,  un  contingenl  de 
Lotliaringiens  pesaminent  armés,  lîiiotgeriis  c.  41,  p.  270. 

CA)  -Mulla  idem  cpiscriims  a  suis  siepe  perpessus,  ciim  reli'ihiierc  pussel,  nim 
paticntia  superavit,  nullam  ]n-o  injuila  smi  rcddcrc  vnleiis  vindi(lai!i.  Anselme, 
c.  24,  p.  202. 

(4)  Clobum  enim  obdaralionis  corum  qui  ad  versus  dominnm  suum  I.eodiensem 
e|)iscopum  dominum  Everaelium  se  conflavei'anf  judiciaria  vii-|ule  eontrivil  et  eos 
penali  discipline  usque  ad  dignain  correctioneni  subjccit.  Mia  ?iotijcri,  c.  1. 


l'état    liégeois    avant    XOT^Ell.  23 

ambiant,  et  que  les  diplùmcs  dimmunilô  qu'elle  reçut  des 
Ottons  consacrent  plutôt  qu'ils  ne  créent  leur  autorité  terri- 
toriale. 

llendons-nous,  si  possible,  un  compte  exact  de  cette  situa- 
tion, à  la  veille  des  faits  qui  vont  donner  un  cachet  oiricicl  à 
l'existence  de  la  principauté.  Nous  verrons  que  l'église  de 
Liège  est  un  grand  propriétaire  immuniste  qui,  comme  tous 
ses  semblables,  a  donné  en  lief  une  bonne  partie  de  ses 
terres  :  celles-ci  ont  dès  lors  cessé  de  faire  partie  de  son 
domaine  direct  pour  aller  enrichir  la  classe  déjà  nombreuse 
des  vassaux  de  l'église.  Le  mouvement  féodal  qui  détermi- 
nait ces  aliénations  de  territoire  était  si  intense  que,  dès  le 
IX"  siècle,  la  royauté  chercha  à  en  modérer  les  excès.  C'est 
ainsi  qu'en  884,  Charles  le  Gros,  en  faisant  don  d'une  terre 
à  l'église  de  Liège,  stipulait  qu'elle  ne  pourrait  jamais  être 
donnée  en  rief(l).  "Slais  il  était  impossible  de  remonter  le 
courant,  pour  la  raison  qu'il  était  universel,  et  qu'il  y  avait 
pour  l'église  autant  d'avantages  que  d'inconvénients  à  y 
céder.  Si,  en  eflet,  d'une  part,  elle  se  voyait  privée  de  la 
jouissance  de  plus  d'un  domaine  par  les  laïques  avides  aux- 
quels elle  était  obligée  de  l'inféoder,  de  l'autre,  c'est  l'inféo- 
dation  seule  qui  lui  procurait  les  vassaux  formant  son  armée. 
Aussi  voyons-nous  les  églises,  à  cette  époque,  travailler  à  se 
procurer  le  plus  grand  nombre  possible  de  vassaux,  et  celle 
de  Liège,  au  commencement  du  XP  siècle,  continuait  de  faire 
de  même  (2).  Dès  la  seconde  moitié  du  X*^,  ces  vassaux 
ecclésiastiques,  sous  le  nom  de  milites,  apparaissent  fré- 
quemment dans  nos  textes.  Chaque  diocèse,  chaque  abbaye 
a  les  siens,  en  nombre  plus  ou  moins  considérable  selon 
l'importance  de  ses  propriétés  territoriales.  Les  uns  sont  des 
hommes  libres  qui  se  sont  fait  céder  des  terres  ecclésiastiques 
en  lîef  pour  s'enrichir  et  à  qui  l'église  n'ose  pas  les  refu- 

(1)  Nullusque  rjiisdom  ccclesia'  episcoiius  deinceps  benefaciendi  eas  (res)  habcat 
licenliani.  lîui'inans  et  Schoolmecsters,  t.  I,  p.  6. 

(i)  Vitn  Ihilderici  II,  c.  2,  p.  72o  :  Non  enim  in  acquii'cndis  miinicipiis  rt  iircijr 
opei'ani  adhibebal,  ut  plcrisquc  cpiscopis  est  constictudo,  licet  et  in  bis  inililina 
qufedani  utilitas  et  tam  privatorum  quam  publicarum  reruni  vidcaluf  osse  defensio, 
sed  tûtum  ad  ccclo.siastica  coinmoda  contulerat  studium. 


24  CHAPITRE    II. 

scr  (1)  :  pour  eux,  le  vassclagc  et  le  serment  de  {idclitc  prêté 
au  saint  (2)  ne  sont  guère  que  des  formalités,  ou  du  moins 
ne  représentent  pas  leur  vraie  relation  avec  lui.  I^es  autres, 
au  contraire,  sont  des  hommes  non  libres  sur  lesquels  Téglise 
exerce  une  aulorité  plus  réelle,  et  dont  elle  fait  des  vassaux 
pour  avoir  en  eux  des  défenseurs.  L'armée  épiscopale  était 
ainsi  composée  d'un  double  élément,  que  les  chartes  ont  soin 
de  distinguer  :  les  premiers  sont  les  hommes  libres  (liheri 
homines),  les  propriétaires  d'alleux  qui  se  font  accorder  des 
fiefs;  de  l'autre,  ce  sont  des  gens  de  l'église  (homines  de  fa- 
milia,  on  homines  ecclcsiastici,  ou  ministeriales)  (3).  Mais  ces 
deux  catégories,  si  distinctes  à  l'origine,  tendent  à  se  fondre 
rapidement;  dès  le  XIIP  siècle  elles  n'en  forment  plus  qu'une 
seule,  celle  des  barons  et  chevaliers.  Tous  seront  nobles  sans 
distinction  d'origine,  ennoblis  par  le  fief  et  par  le  service 
militaire  qu'il  implique. 

Disséminés  sur  toute  l'étendue  du  domaine  ecclésiastique 
ou  groupés  dans  les  villes  et  les  bourgades,  ces  vassaux  for- 
maient l'élément  militaire  de  la  nation.  Exclusivement  pré- 
occupés de  leurs  intérêts  de  caste,  ils  étaient  pour  l'évéque 
aussi  dangereux  qu'utiles.  Ils  aimaient  à  intervenir  dans 
toutes  les  affaires  publiques,  principalement  dans  les  élec- 
tions épiscopales,  pour  favoriser  les  candidats  desquels  ils 
attendaient  des  augmentations  de  bénéfices  (4).  Ils  ne  ces- 
saient d'en  réclamer,  de  s'en  faire  accorder  par  l'évOque 
de  gré  ou  de  force  (o).  Les  chroniqueurs  du  temps  ne  taris- 
sent pas  sur  leurs  exactions,  leurs  rébellions.  A  Cambrai,  où 
le  y)ouvoir  épiscopal  fut  de  tout  temps  désarmé  vis-cà-vis 
d'eux,  les  évéques  eurent  beaucoup  à  souiTrir  de  leur  inso- 

(1)  Anselme,  c.  2i,  p.  202,  dil  il'lù-icle  :  Et  (iii;uiivis  iiimimeiis  prenicrotiir 
molestiis  et  niulla  fumiliaris  roi  :iiigiisli;i,  (|iii[ipe  ([ui  a  viris  iiiilitarihus  cpiscupio 
appendiciis  i)rivalns  cssct  villis. 

(2j    Vlta  Cdalriri,  c.  22,  p.  -iOT-ÎOH;  Crsla  cpp.  Caiii.  lil,  2,  p.  iGG. 

(3)  Celte  double  couiposition  (l"iii!c  ai'inéc  cpiseopale  apparaît  bien  d;)iis  le  Vita 
sa?icii  Rcrnwardi  c.  r)2,  p.  "72,  oii  l'on  volt  Tabbesse  Sopliie  de  Ganderslieim  con- 
voquer «  eunttos  videlicet  quos  vel  de  vassatieo  archiepiseopi  vcl  de  faiiiilia  illius 
convocarc  poterat  »,  sans  compter  ses  amis  à  elle  et  les  gens  de  sa  propre  familia. 

(4)  Vita  sancti  i'il/tlrici,  e.  28,  p.  ilo. 
(o)  Ibid.  p.  il 7. 


I,  ITAT    î.ir.r.EOTS    AVANT    N'OTr.rR. 


2.' 


Icncc.  Bércngcr  et  Ansljcrt  durent  recourir  l'un  et  l'autre 
à  la  protection  du  comte  de  Flandre  (1);  quant  à  Theudon 
(072-970),  il  fut  littc-ralemont  mystifié  par  eux,  et  son  ponti- 
ficat lui  devint  tellement  insupportable  qu'un  beau  jour  il 
se  sauva  pour  retourner  dans  sa  chère  Cologne  (2).  Il  n'allait 
pas  si  mal  partout,  mais  partout  les  vassaux  ecclésiastiques 
étaient  prépondérants  dans  les  diocèses,  et  tout  pouvoir  avait 
besoin  de  leur  adhésion  (3). 

Ce  qui  faisait  la  force  et  l'audace  de  tous  ces  vassaux 
vis-à-vis  de  leurs  suzerains,  c'est  que,  de^iuis  un  siècle  envi- 
ron, ils  étaient  retranchés  et  protégés  contre  tout  venant. 
Au  cours  des  invasions  des  Normands,  le  besoin  de  la  défense 
avait  fait  surgir  partout,  sur  les  hauteurs  abruptes,  dans  les 
plaines  marécageuses,  des  chàteaux-forts  qui,  en  cas  de 
détresse,  servaient  de  refuge  non  seulement  au  seigneur, 
mais  à  toute  la  population  des  environs,  souvent  même  à 
des  monastères  entiers  qui  s'y  réfugiaient  avec  les  chasses 
de  leurs  saints.  Le  danger  passé,  le  pays  se  trouva  hérissé 
d'une  multitude  de  bastilles  qui,  après  l'avoir  défendu  contre 
l'ennemi,  protégèrent  désormais  les  feudataires  contre  leurs 
voisins  et  contre  leur  prince.  La  puissance  de  l'aristocratie 
féodale  s'en  trouva  accrue  démesurément,  et  rien  ne  contribua 
plus  à  détraquer  les  rouages  de  l'aduiinistration,  à  modifier 
les  cadres  des  divisions  territoriales.  Aussi  le  mouvement  de 
construction  de  chàteaux-forts,  loin  de  se  ralentir  après  la 
période  des  invasions,  continua-t  il  avec  plus  d'entrain  que 
jamais.  Pendant  un  siècle  environ,  de  880  à  980,  il  surgit  de 
terre  une  multitude  de  donjons  féodaux  (4).  Non  seulement 
chaque  seigneur  voulait  avoir  le  sien,  mais  certains  en  possé- 
daient un  bon  nombre  (o).  On  peut  dire  que  dans  les  Pays- 
Bas,  et  en  particulier  sur  les  bords  inférieurs  du  Rhin  et  de 

(1)   Gcsta  epp.  Ctnn.  1,  88, 

(2)  Md.  I,  9?>-nn. 

(3)  Vita  sancti  lUribcrti,  c.  \.  p.  7'io. 

(4)  Nous  ne  possédons  ([wc  rarcnirnt  l;i  (hilc  de  la  cniislruclion  de  ces  forteresses. 
Le  cliàtenu  de  Mii'WMi-t,  près  de  Saint-Ihibeft,  l'iit-  bâti  en  ÎJoiJ  par  un  eoinlc 
Etienne.  V.  Minirula  S'inrti  Uidnrti,  II,  2.  20  p.  827. 

(o)  C'est  ainsi  que  la  chronique  de  Waulsort  c.  4  p.  oOG  (cf.  c.  12  p.  olO;,  veut 
que  le  comte  Eilbcrt  en  ait  bâti  jusqu'à  sept. 


26  CHAPITRE    II. 

la  Meuse,  ce  sont  les  clifitcaux-forts  qui  sont  les  clefs  de 
toutes  les  situations  politiques  (1).  C'est  là  que  se  passent  à 
peu  près  toutes  les  scènes  de  la  résistance  des  vassaux  à 
leurs  suzerains.  Régnier  au  Long  Col  à  Durfoz,  Giselbcrt  à 
Harburc  et  à  Ghèvremont,  les  fils  de  Régnier  à  Roussoit, 
Raudouin  IV  à  Gand,  tiennent  tète  aux  rois  et  aux  empe- 
reurs (2). 

Ces  rois,  qui  bâtissaient  eux-mêmes  nombre  de  châteaux, 
n'avaient  pas  de  plus  grand  souci  que  d'abattre  ceux  de  leurs 
vassaux.  Le  mot  d'ordre  de  la  royauté  du  X''  siècle,  comme 
celui  des  révolutionnaires  du  XVIII''  siècle,  c'est  guerre  aux 
châteaux!  Dès  86i,  par  le  capitulaire  de  Pitres,  Charles  le 
Chauve  avait  ordonné  à  ses  comtes  de  détruire  les  châteaux- 
forts  de  leurs  circonscriptions  et  défendu  d'en  bâtir  de  nou- 
veaux (3).  Et  cette  politique  fut  celle  de  tous  les  princes  qui 
entendaient  régner  :  du  roi  Lothaire,  que  nous  voyons 
abattre  un  chàteau-fort  sur  la  Chiers  (4);  de  son  fils  Louis  V, 
qui  somme  l'archevêque  de  Reims  de  détruire  ses  châteaux 
de  Mouzon  et  de  Mézières,  bien  que  situés  en  terre  d'Em- 
pire (o),  de  saint  Rrunon  qui,  préposé  au  gouvernement 
général  de  la  Lotharingie,  ne  trouva  pas  de  moyen  plus  eiii- 
cace  pour  y  rétablir  l'autorité  royale  que  de  faire  abattre  les 
châteaux  (G).  Ce  qui  prouve  jusqu'à  quel  point  les  mesures 
prises  par  saint  Rrunon  entraient  dans  le  vif  des  diilicultés 
politiques,  c'est  qu'elles  déterminèrent  en  Lotharingie  un 
soulèvement  général,  auquel  s'associèrent  même  ceux  des 
vassaux  qui  avaient  été  jusqu'alors  les  plus  fidèles  (7). 

(1)  Lire  par  cxemiile  dans  Alperl,  De  f//('fc.s7V«?^  to»pon(w  II,  l-IO,  p.  700-717, 
l'histoire  des  rivalités  de  Wicmaiin  et  de  Baldéric,  qui  n'est  qu'une  suite  de 
cliâtcaux-forts  assiégés,  pris  ou  rendus,. puis  démolis  et  enfin  i-eoonstruits. 

(2)  V.  Flodoard,  Atmalcs  922;  Riclierl,  37  et  38;  p.  S79; Continuât.  Reginon  939. 
(o)  MGII.  I.riirx.    p.    '199.    Cf.   Fustol   de  Conlanges,   1rs  TriinuforDiations  de  la 

Roijmitp,  p.  082. 

(4)  93G.  Lotharins  vt'\  iimnilioni'in  quaindaia  sujier  Cliaruin  fluviiiiii  ([uam  lîage- 
narius  cornes  l'rsioni  cuidam  Rciiiensis  ecclesiie  niiliti  abstulerat  pugnando  l'ecepil 
ipsunupie  rastrum  dircptuin  incendit.  Floiloard  Annctics,  cf.  V.  Lot,  p.  20,  n. 

(o)  Lettres  de  Ccrbert,  n"  89,  p.  80;  cf.  n"  94,  p.  80. 

(fi)  Flodoard,  .tntKilrs,  9G0. 

(7)  Flodoard,  Auunlcn  ;  Ruolgcrus,   c,  Cf.  C.  Knitli,  Le  comte  humon,  p.  328. 


l'état    LIKCfEOIS    AVANT    NOTOER.  27 

Les  évèqucs  se  firent  les  agents  énergiques  de  la  politique 
royale,  dont,  en  roccurence,  les  intérêts  se  confondirent 
avec  les  leurs.  Tout  en  bâtissant  des  châteaux  là  où  ils  le 
pouvaient,  ils  ne  cessèrent  de  travailler  à  abattre  les  bas- 
tilles féodales. 

C'est  certes  une  page  bien  curieuse  de  l'histoire  du  temps, 
celle  qui  nous  montre  ces  princes  crosses  et  mitres  qui  mon- 
tent à  l'assaut  des  donjons,  en  attendant  que,  plus  heureux, 
ils  trouvent  dans  la  création  des  Trèves-Dieu  un  emploi  non 
moins  eHicace,  mais  plus  digne  d'eux,  de  leur  zèle  pastoral. 
La  plupart  des  évoques  de  ce  temps  sont  des  briseurs  de 
bastilles;  je  citerai  notamment  Adalbéron  II  de  Metz  (1), 
Adalbéron  de  Reims  (2),  Rothard  de  Cambrai  (3). 

Or,  les  bastilles  ne  manquaient  pas  au  pays  de  Liège. 
Elles  hérissaient  les  hauteurs  abruptes  du  Condroz  et  de 
l'Ardenne,  elles  abondaient  dans  les  plaines  marécageuses 
de  la  Hesbaye  (4).  Les  prédécesseurs  de  Notger.  enserrés  de 
toutes  parts  dans  le  cercle  de  1er  qu'elles  traçaient  autour 
deux,  avaient  été  littéralement  à  la  merci  des  châtelains,  et, 
si  les  annales  de  ce  temps  étaient  plus  explicites,  elles  nous 
feraient  assister  à  bien  des  scènes  de  violence  et  d'iniquité 
impunies.  En  033,  Richaire  se  crut  assez  fort  pour  entre- 
prendre de  mettre  à  la  raison  un  de  ces  rebelles,  et  il  alla  en 
personne  démolir  le  château  qu'un  certain  Bernard  avait 
bâti  à  Arches  (aujourd'hui  Charleville),  dans  le  comté  de 
Porcien,  sur  une  terre  appartenant  à  l'église  de  Liège  (o). 

(1)  Vita  Addlbcmnis  II  Mctemis,  c.  20.  p.  OGo. 

(2)  Historia  Mt»ia.strrii  Mosnmensis,  c.  7  Pt  8. 
(o)   Gegtii  epp.  Camcrac.  I,  -103,  p.  443. 

(4)  In  paludibus  sivc  rupibiis  firmissima  s^ibi  rcccptacula  LOinunnieranl. 
Anselme  c.  oo,  p.  222. 

(5)  Richarius  episcopus  Tiingrensis  quoddain  caslcllum  Bernardi  comiti.s,  qiiod 
i|)se  Bernardus  apud  Marceias  in  pairo  Porcinso  consfnixei'at  cvertit,  eo  quod  in 
snap  octlpsiae  terra  sidini  e?set.  Flddoai'd,  AnnaUx.  a.  fl33.  La  terre  d'Arcbes 
avait  été  acquise  pai'  i'évèqne  ri'ancuii  en  vertu  d'un  mutrat  de  précaire  sdus 
le  roi  Lotliaire  II,  mais  il  en  avait  été  dépouillé  par  la  .suite.  En  SOi,  cette  terre 
lui  fut  rendue  par  Cliarics  le  Simple.  Bormans  et  Scboolmecsters.  t.  I,  p.  7. 
Ci.  diiui  A.  Noél,  Notice  hi.stori'jiic  sur  le  canton  de  Cliarlerille,  Reims  1890.  p.  I!) 
et  suivantes. 


28  CHAPITRE    II. 

Mais,  poui'  liu  ou  dtnix  succès  de  ce  genre,  que  iannalistc 
n'aurait  pas  enregistrés  s'ils  ne  se  présentaient  à  lui  comme 
des  faits  extraordinaires  et  exceptionnels  (1),  que  de  ren- 
contres dans  lesquelles  l'autorité  du  roi  et  celle  de  l'évoque, 
son  représentant,  étaient  foulées  aux  pieds  !  L'édit  de  saint 
Brunonne  fut  certainement  pas  exécuté,  ou  ne  le  fut  que  d'une 
manière  partielle  dans  le  diocèse  de  Liège,  s'il  en  faut  juger 
par  l'exemple  que  voici.  En  9oo,  un  certain  comte  du  nom 
d'Etienne,  dans  lequel  on  s'accorde  à  voir  un  ascendant  de 
la  maison  de  Ghiny,  avait  bâti  le  château  de  Mirwart  sur  une 
terre  que  l'abbaye  de  Saiiit-IIubert  revendiquait  comme 
sienne  (2).  Mir^vart,  malgré  l'édit  de  9o9,  resta  debout;  le 
comte  Etienne  se  contenta  de  dédommager  l'abbaye  pour  le 
tort  qu'il  pouvait  lui  avoir  causé,  et  c'est  seulement  au  milieu 
du  XP  siècle  que  la  forteresse  fut  détruite  au  cours  de  la 
lutte  entre  le  duc  Godefroi  IV  et  l'empereur  Henri  IIÎ  (3), 
pour  être  d'ailleurs  rebâtie  quelques  années  ensuite. 

Les  féodaux  étaient  donc  à  peu  près  les  maîtres  des 
terres  cpiscopales,  et  il  est  naturel  qu'ils  aient  considéré  la 
dignité  épiscopale  elle-même  comme  une  proie  qui  leur  était 
réservée.  Ce  qui  se  passait  vers  cette  époque  à  Rome,  où, 
depuis  le  milieu  du  IX''  siècle,  la  tiare  pontificale  était  livrée 
à  toutes  les  rivalités  de  l'aristocratie,  se  retrouvait  en  petit 
dans  les  diocèses.  Il  y  avait  longtemps  qu'à  Liège  les  grandes 
familles  du  pays  se  transmettaient  l'une  à  l'autre  les  insi- 
gnes é[)iscopaux.  AValcaud  sortait  d'un  l'iclie  lignage  do  la 
Famenne  (4):  Hartgar  était  certainement  de  haute  naissance; 
Francon  appartenait  à  la  noblesse  et  avait  fréquenté  l'école 
du  palais;  Etienne,  son  successeur,  était  aj)parenté  aux 
Carolingiens. 

A  partir  du  jour  oii  la  Lotharingie  fut  rattachée  à  l'Alle- 

(1)  On  |icut  ri'.ppi'ocher  de  lu  prise  d'Arches  par  Ricliaire  celle  de  Warcq  par 
rarchevêiitie  de  lîfiiiis  Adalbéron  on  071.  Ilistaria  M(ni(istcrii  M(<.<timiensi.<:,  c.  7  cl  8. 

(2)  Vuir  les  ducunicnls  réunis  pai'  T..  Kurlli,  CJuirtcs  de  l'ahlntiic  de  Saint  Hubert 
en  Ardauie,  t.  I.  p.  !l.  Ci.  le  iiiriiie  Les  jirrmirrs  siècles  de  l'iihlidijc  de  Siiiiit- 
Jliihert.  ilCiUl.  V"  série,  t.  VIII  (1898),  p.  72  et  suivanles. 

(;■))  Chroiiiro)!  Snnrli  Jlnbcrti.  c.  o,  p.  y71. 

(4)  Gilles  d'Orval  II,  oi.  Cf.  ti.  Kiirtii,  Les  premiers  siècles  de  l'al)ba>je  de  Suint 
Hubert,  jip.  do  et  30. 


l'état  likgeois  avant  notgeu.  29 

magne  (925),  il  n'en  JiHa  [)lus  ainsi.  La  dynastie  était  forte 
et  avait  conscience  de  ses  droits  ;  elle  se  rendait  compte  de 
l'importance  politique  des  cvcques,  et  elle  se  réserva  de  les 
choisir  elle-méine.  Ce  furent  alors  des  personnages  étran- 
gers au  x^ays,  ou  du  moins  à  son  aristocratie,  qui  occupèrent 
successivement  le  siège  de  saint  Lambert.  Les  rois  en  pour- 
vurent tour  à  tour  Hugues,  abbé  de  Saint-Maximin  de 
Trêves,  Faraberl,  abijé  île  Prûm  dans  le  même  diocèse, 
Uathier,  né,  il  est  vrai,  dans  le  pays,  mais  issu  de  petite 
noblesse. 

Comme  on  peut  le  croire,  les  grands  ne  se  résignèrent 
pas  à  être  évincés  de  cette  manière  systématique.  Profitant 
des  troubles  qu'avait  suscités  en  Lotharingie  la  révolte  du 
duc  Conrad  (954),  ils  déterminèrent  un  soulèvement  à  Liège 
pendant  l'absence  de  l'évèque,  et  ils  introduisirent  à  sa 
place  Baldéric,  un  parent  de  Régnier  au  Long  Col  et  du 
duc  Giselbert  (9oo).  Le  coup  était  d'une  hardiesse  sans 
pareille,  et  il  trahissait  l'intention  de  faire  l'etomber  toute  la 
Lotharingie  sous  le  joug  de  cette  famille  puissante  qui  avait 
tant  de  fois  trahi  le  souverain  et  balancé  son  autorité.  Tou- 
tefois, aux  prises  avec  des  diliicultés  presque  inextricables, 
et  tremblant  qu'une  attitude  plus  résolue  ne  poussât  les 
séditieux  à  quelque  mesure  désespérée,  Brunon  crut  prudent 
de  céder  :  il  sacrifia  à  regret  Uathier  et  laissa  Baldéric 
prendre  possession  du  siège  (1),  après  avoir  obtenu  des 
grands  la  promesse  qu'à  ce  prix  ils  défendraient  avec  zèle 
les  intérêts  de  l'Eglise  et  ceux  de  l'empereur  (2).  L'épiscopat 
de  Baldéric  fut  digne,  au  surplus,  de  son  origine  :  il  livra  le 
diocèse  à  ses  parents,  à  son  oncle,  Régnier  de  Ilainaut,  sur- 
tout, et  l'on  se  souvint  longtemps  à  Lobbes  des  déprédations 
et  des  violences  de  ce  dernier  (3). 

(1)  Piuolirenis.  c.  38,  p.  270  ;  Ualliier,  Pi'ir('iir.sis,j)roœinii(m,  1;  Folcuiii,  Gcsta 
abbut.  Ijibl).,  c.  '23,  p.  C.']  ;  Anselme,  c.  23,  p.  2()l. 

Los  cominentâire.s  de  Riiotgerus  sur  l'expulsion  de  Ralliier  montrent  combien  le 
saint  dut  sentir  vivement  ce  premier  échec  de  sa  politique. 

(2)  Obstricti  sunt  sacraiiientorum  iide  spontanei,  ut  si  accipere  mererentur  epis- 
copuiii  ([uem  petebant,  inviclu  exinde  firmitate  aucloritatem  ecclesiœ  et  jus  impera- 
torium  tuerentur.  Folcuin,  o.  c.  c.  23,  p.  Go. 

(3j  Y.  Folcuin,  o.  c.  c.  20.  pp.  07-CS. 


âÔ  CHAPITRÉ   II. 

La  mort  précoce  de  Baldéric,  arrivée  le  20  avril  959  (1), 
fut  pour  l'archevêque  de  Cologne  l'occasion  d'une  revanche 
iuipaticmnient  attendue  :  il  en  prolita  pour  donner  l'évcché 
de  Liège  à  un  de  ses  compatriotes  saxons,  le  savant  Li'acle, 
prévôt  de  l'église  de  Bonn.  L'aristocratie  lotharingienne, 
qui  venait  d'être  humiliée  dans  la  personne  de  Régnier  au 
Long  Col,  arrêté  comme  coupable  de  haute  trahison,  ne  put 
ou  n'osa  s'opposer  à  la  nomination,  et,  de  nouveau,  la  royauté 
eut  sur  le  trône  pontifical  de  Liège  un  sujet  fidèle  à  la  place 
d'un  vassal  remuant.  Eracle,  il  est  vrai,  ne  connut  guère  de 
sa  haute  position  que  les  angoisses  et  les  épreuves.  Savant 
distingué  pour  son  époque  et  professeur  admirable,  il  ne 
paraît  pas  avoir  possédé  au  môme  degré  les  qualités  de 
l'homme  de  gouvernement.  Il  vit  les  terres  de  son  église 
pillées  et  confisquées  par  les  grands  seigneurs  sans  pouvoir 
s'opposer  à  leurs  déprédations,  et,  privé  de  ses  revenus,  il 
se  trouva  plus  d'une  fois  dans  la  détresse.  Il  faillit  môme 
partager  finalement  la  destinée  de  son  prédécesseur  et  ancien 
maître  Uathier  :  un  jour,  déchaînée  sans  doute  par  les 
grands,  une  émeute  furieuse  assaillit  son  palais  épiscopal 
sur  le  Mont  Saint-Martin,  à  Liège;  les  tonneaux  (2)  de  sa 
cave  furent  défoncés,  et  des  Ilots  de  vin  de  Woimus  rouge 
coulèrent  jusque  dans  la  Meuse,  qui  baignait  le  pied  de  la 
colline.  Telle  fut  la  première  émeute  dont  l'histoire  de  la 
ville  de  Liège  fasse  mention.  L'évoque,  ajoute  le  chroni- 
queur, supporta  patiemment  ces  épreuves  et  ne  chercha  pas 
à  tirer  vengeance  des  rebelles  :  apparemment,  il  y  avait  dans 
cette  longanimité  autant  d'impuissance  que  de  vraie  man- 
suétude. 

De  tout   ce  qui  vient  d'être   dit,    on  peut  déduire  quelle 

(1)  C'est  par  erreur  que  M.  Lot,  dans  Les  deniicru  Carolinijicns,  p.  iG,  le  fait 
mourir  de  la  peste  en  950,  sur  la  foi  de  Flodoard.  L'année  939  est  donnée  par 
Folt'uin,  c.  27,  par  les  Annales  Luiibienses cl  leurs  succédanés,  les  Annales  Leodienses 
et  les  Annales  Sancti  Jacubi  ;  le  jour,  par  l'obituaii'e  de  Saint-Lambert,  autorité 
plus  siire  que  Gilles  d'Orval,  qui  dit  AT /.<(/.  tiuv.  II.  AU;  cf.  Fouilon,  I,  p.  -180. 

(2)  Anselme,  c.  2i,  p.  202.  A  Cologne,  loi'S  de  rémeute  de  lOT-'t  contre  Tarche- 
vè([uc  Annon,  c'est  également  le  palais  épiscopal  qu'on  pille,  et  on  défonce  les 
tonneaux  de  vin  dans  les  caves.  V.  Ennen,  Gescliichte  der  Studt  KiUn,  t.  I,  p.  332, 
d'après  Lambert  d'ilersfeld,  pp.  211-213  et  le  Yita  Annonis,  p  493. 


L^ÉTAT    LIEGEOIS    AVANT    NOTGËU.  3l 

était  vers  le  milieu  du  X''  siècle  lu  situation  des  évoques  de 
Lièjçe.  Ce  sont  des  ii^rands  seigneurs  entourés  de  toute  une 
ax'Uiée  de  vassaux  à  lidélité  incertaine,  désarmés  comme  prin- 
ces et  comme  évcques,  et  dont  le  pouvoir  a  ])lus  d'éclat  que 
de  solidité.  Ils  sont  à  la  merci  de  leurs  grands  :  sont-ils  choi- 
sis sans  Taveu  de  ceux-ci,  on  leur  rendra  la  vie  impossible.  On 
se  permettra  tout  vis-à-vis  d'eux,  on  dépècera  graduellement 
le  patrimoine  de  leur  église,  on  leur  substituera,  si  l'on  peut, 
des  usurpateurs  laïques  qui,  comme  Albéric  l'a  fait  à  Home, 
géreront  à  leur  gré  le  patrimoine  de  leur  église. 

Assurément,  ce  ne  sont  pas  là  des  conditions  favorables  à 
1  éclosion  d'une  puissance  ecclésiastique,  et  si  Ton  avait  du, 
à  cette  époque,  pronostiquer  l'avenir  du  i^ays  de  Liège,  on 
se  le  serait  figuré  plutôt  sous  l'aspect  d'une  interminable 
anai'chie  féodale  de  laquelle  aurait  émergé,  finalement,  la 
prépondérance  de  quelque  grand  seigneur  laïque.  Il  fallait, 
pour  changer  la  tournure  des  événements,  une  force  capable 
de  réagir  puissamment  et  de  donner  à  la  politique  royale  un 
appui  solide  dans  le  Lothier.  Cette  force  s'appelait  Notger. 


CHAPITRE  III. 


NOTGER    AVANT    l'ÉPISCOPAT. 


Nous  ne  savons  presque  rien  de  l'origine  et  de  la  jeunesse 
de  Notgei'  (1).  Son  histoire  ne  commence,  à  proprement  par- 
ler, que  le  jour  où,  dans  la  pleine  maturité  de  1  àg'c,  il  monta 
sur  le  siège  cpiscopal  de  Liège.  Des  témoignages  contempo- 
rains parfaitement  dignes  de  foi  nous  apprennent  qu'il  était 
né  en  Souabe  (2),  et  son  biographe  ajoute  qu'il  était  de  noble 
extraction  (3).  Il  n'y  a  pas  lieu  de  révoquer  en  doute  ce  der- 
nier renseignement  :  à  l'époque  où  vivait  Notger,  ce  n'est 
guère  qu'à  titre  exceptionnel  que  des  hommes  d'origine  plé- 

(1)  Il  règne  la  plus  grande  divcrsilé  au  sujet  de  Fortliograplie  de  ce  nom.  On 
rencontre  les  tonnes  suivantes  :  NutLcrus,  AodLeruft,  yotlilienis,  Aotfjeriis,  !^otli<jenis, 
ÎSotcjerius,  Sutakariiis,  ?îutc!;c>iHS,  Nothecherius,  ?\ote<jariits,  ÎS'otherm.1,  yocheni.i, 
iSocherius,  Nortichcrus. 

Si,  nous  attachant  de  préférence  aux  fornies  les  plus  anciennes  et  aux  documents 
les  [)lus  oiiiciels,  et  (jue,  paimi  ceux-ci,  nous  distiiiguions  les  originaux  des  coi)ies, 
alors  c'est  la  fiu'me  Nolkei'us  (avec  la  variante  Nodkerus  une  fois  employée)  qui 
remporte;  elle  se  rencontre  sur  l'ivoire  de  Notger,  sur  son  sceau,  dans  l'en-lêle  de 
l'original  du  Vita  Lumloaldi,  et  dans  quatorze  diplômes  originaux;  c'est  d'ailleurs 
la  forme  haut-allemande,  c'est-à-dire  celle  qui  était  usitée  dans  le  pays  de  notre 
évoque.  La  forme  Notgerus  apparaît  dans  six  diplômes  originaux.  Toutefois  j'ai  cru 
devoir  garder  la  forme  i\'ot(;cr,  qui  est  consacrée  par  l'usage  et  plus  conforme  au 
génie  de  la  langue  dans  laquelle  j'écris.  Cf.  Foerslemann,  AUdeutsclies  yamcnbucli, 
2«  édition,  t.  I,  col.  -IICO,  et  FouUon  I,  p.  l!);i. 

(2)  Kotkerus gêner  quidem  Alemannus.  Anselme  c.  2o,  p.  203.  Ip.se  igitur  in  Suevia 
natus.  Vitu  Xotijcri  c.  1.  Non  sine  multis  querellis  atque  conviciis  recurrit  ad  epis- 
co|)um,  illum  jjerlidiae  accusât  et  fraudis  Alemannicic.  Id.  c.  20. 

(3)  Nobilitatem  gencris  scientia  et  moribus  illuslravil.  Vita  yotgeri  c.  1. 


NOTGER    AVANT   l'ÉPISCOPAT.  33 

béienne  revêtaient  les  insignes  pontificaux  (1),  et  les  chroni- 
queurs avaient  grand  soin  de  relever  la  noblesse  du  sang  de 
leurs  héros  (~). 

A  Liège  même,  il  n'y  eut  à  cette  époque  que  Durand  (3) 
et  Wazon]  (4)  qui  fussent  de  petite  naissance,  et  l'on  s'é- 
merveilla longtemps  de  voir  la  crosse  épiscopale  dans 
les  mains  de  Durand  (10i21-1025),  qui  était  d'origine  servile 
et  qui  avait  eu  poiu'  seigneur  le  prévôt  de  sa  propre  cathé- 
drale (o). 

Mais,  si  la  noblesse  de  Notger  n'est  pas  douteuse,  la  généa- 
logie que  lui  ont  forgée  divers  chroniqueurs  peu  dignes  de 
foi  doit  ctrc  reléguée  dans  le  domaine  des  fables.  (G)  La  manie 

(1)  On  cite  'NVilligis  de  Mayenco,  Godciiard  de  Hildeslieim,  Wolfgaiig  de  Ratis- 
boiino. 

(2)  Cf.  Biltiior,  ir«:o  7iml  die  Scliulen  ron  Lïittich,  p.  08.  De  saint  Woll'gang  on 
disait  :  Qui  lieri  polosl  ut  istc  [jaupcr  et  ignolus  ad  lionorem  tanli  episeo[ialus  (se. 
lladisponensis)  merealui-  pei'lingere,  cuni  jani  iioniiulht'  eelebros  cognitiorcsqiie 
pcrsonse  hune  sibi  apiul  iiui)oratui'eiu  dignius  valeant  acquirere?  Vitu  s.  Wolfijnngi, 
c.   14,  p.  o;-]I  etc.  21,  p.  ;j?.5. 

(3)  Anselme,  c.  3G,  p.  200. 

(4)  Id.,  1.  c. 

(ÎJ)  Anselme  I.  c.  et  Gilles  d'Orval,  II,  71  p.  G9,  qui  donne  son  ('pilaplie  : 
Paupcris  in  nido  palrimoni  natiis  et  altus 

Ingenio  summos  evolat  ad  proceres. 
Quos  tulerat  dominos  Iiisdem  famulantibus  usus. 
In  tlieatro  mundi  fabula  quanta  fuit  ! 
(G)  Voici  celle  qu'a  fabriquée  Jean  d'Uutremeuse,  IV,  p.  132  : 

Henri  I 


Otton  I  Hélène,  épouse 

i      ■  Guyon  duc  de  Souabe 

Otton  II  I  I 

]  Kûtgec  Elissent, 


Otton  III. 


comtesse  de  Boulogne 


Robert, 
prévôt  de  Liège. 

De  ce  Guy  on  Guyon,  des  copistes  distraits  ont  fait  Gnayon,  comme  Placontlus, 

et  ce  Gnayon  est  devenu  Grayon  dans  notre  quatrième  Vie  deNotger,(V.  l'Appendice). 

Quand  celle-ci  ajoute  que  le  père  de  Notger  est  comte  d'Ottingen,  il  ne  faut  voir 

dans  ce  nom  iiu'un  jeu  de  mots  :  les  membres  de  la  famille  de  Saxe  .sont  t(.us  de?; 

Ottingcn,  c'est-à-dire  des  parents  crotton.  Celle  lilialion  fabuleuse  a  été  reproduite 

I.  3 


34  CilAPITRE    lil. 

cyclique,  si  je  puis  mexprimer  ainsi,  qui  a  porté  les  poètes 
épiques  de  tous  les  temps  à  rattacher  entre  eux  les  héros 
populaires  par  des  liens  de  parenté,  nos  chroniqueurs,  dont 
les  procédés  ressemblent  sous  beaucoup  de  rapports  à  ceux 
des  poètes,  en  ont  été  possédés  aussi,  et  nul  n'y  a  plus  large- 
ment payé  son  tribut  que  le  bon  Jean  d'Outremeuse,  auteur 
responsable  de  toutes  les  fictions  qui  depuis  cinq  siècles  font 
de  l'histoire  du  pays  de  Liège  un  champ  de  broussailles. 
Bornons-nous  à  constater  que  la  famille  de  Notgcr  nous 
reste  totulemcut  inconnue  :  elle  était  noble  et  elle  habitait  la 
Souabe,  voilà  tout  ce  que  nous  avons  le  droit  dallirmer. 

Ce  n'est  que  par  des  conjectures  que  l'on  peut  arriver  à 
fixer   très    approximativement  la  date  de   la  naissance  de 
Notger,  aucun  document  ne  nous  fournissant  à  ce  sujet  la 
moindre  indication.  Mort  en  1008,  après  trente-six  ans  d'épis- 
copat,  il  était,  selon  toute  apparence,  un  homme  d'âge  mûr 
quand  il  devint  évoque,  et  il  n'est  pas  téméraire  de  lui  attri- 
buer une  quarantaine  d'années  en  972,  ce  qui  reporterait  sa 
naissance  aux  environs  de  930.  Il  y  aurait  lieu  de  reculer 
notablement  cette  date,    si  l'on   devait   reconnaître  Notger 
dans  le  Notkeims  notariiis  qui,  le  7  avril  940,  à  Quedlinburg, 
procéda  à  la  place  de  l'archichancelier  à  la  récognition  d'un 
diplôme  d'Otton  I  pour  l'abbaye  de  Saint-Gall  (1).   Mais  il 
est  à  peine  besoin  de  faire  remarquer  qu'à  ne  donner  à  ce 
notaire  qu'un  âge  de  23  ans  —  chiffre  bien  minime  pour 
l'importance  des  fonctions  qu'il  remplit  —   il   faudrait,    si 
on  voulait  l'identifier  avec   l'évoque  de  Liège,  faire  naître 
celui-ci  en  913    et   le  faire   mourir   à   92  ans.    Or,    si   l'on 
réfléchit  que  jusque  dans  les  dernières   années   de   sa   vie, 
Notger  déploya  une  activité  presque  juvénile,  qu'il  fit  son 
dernier  voyage  d'Italie  en  997,  qu'il  y  remplit  des  missions 


non  seulement  par  tous  les  écrivains  dénués  de  eriliquc,  comme  Placenlius  dans 
son  Catalogus,  Adolplie  Ilappart,  dans  sa  CJiri)ni(pic  de  Saint- Ihibcvt,  Ms.  à  l'Uni 
versilc  de  Liège,  et  F.  Ilenaux,  BIAL,  (.  1  (1852)  p.  iiS  nofe.  mais  aussi,  bien 
qu'avec  des  réserves,  par  l'Histoire  littéraire  de  la  France,  l.VII,  p.  208.  Par  con- 
tre, elle  a  été  repoussée  ])ar  Foullon,  t.  I,  p.  195,  (jui  d'ailleurs  ne  la  connaît  que 
par  Placent ius. 

(I)  Sickel  1)0.  1,\).  M 5. 


NOT(îKIl    AVAXT    ï.  ÉPISCOPAT.  35 

importantes  et  qu'on  le  trouve  encore  en  1007  au  plaid  impé- 
rial de  Mayence,  on  sera  d'accord  pour  reconnaître  que  cette 
conjecture  est  hautement  improbable.  Le  notaire  Notkerus 
qui  a  rédigé  le  diplôme  du  7  avi-il  i)M)  n'est  qu'un  notaire  de 
circonstance  qui  ne  reparaît  plus  dans  la  chancellerie  d'Ot- 
ton  I;  tout  indique  que  son  rôle  est  purement  local,  occa- 
sionnel, et  ce  n'est  pas  s'aventurer  que  d'attribuer  la  paternité 
de  l'acte  qui  porte  son  nom  à  Notger  le  médecin,  surnommé 
Grain  de  Poivre,  qui,  en  940,  llorissait  à  l'abbaye  de  Saint- 
Gall  (1). 

On  ne  sait  où  le  futur  évéque  de  Liège  fît  ses  études.  Une 
source  à  peu  près  contemporaine  laisse  entendre  que  ce  l'ut 
à  Saint-Gall,  puisqu'elle  dit  que  Notger  l'ut  moine  et  môme 
prévôt  de  cette  maison  (2).  IMais  quelque  valeur  qu'il  faille 
attribuer  aux  Ajmales  de  Hildesheiin,  ce  renseignement  est 
fort  sujet  à  caution.  Anselme  (3),  qui  a  ici  une  bien  autre 
autorité,  ne  sait  rien  des  fonctions  monastiques  remplies  par 
Notger  avant  son  épiscopat,  et  il  est  peu  probable  qu'il  aurait 
omis  de  signaler  une  circonstance  si  importante  à  son  point  de 
vue.  Quant  au  Vita  Notgeri,  il  contredit  implicitement  les 
Annales  de  Hildesheini  en  nous  apprenant  que  Notger,  ayant 
brillé  dans  ses  études  dès  ses  plus  tendres  années,  mérita 
d'être  transféré  de  l'école  au  palais  des  empereurs  (4).  On 
ne  peut  guère  nier  qu'Anselme  et  l'auteur  du  Vita  aient  été 
mieux  renseignés  au  sujet  de  la  jeunesse  de  leur  héros  qu'un 
auteur  qui  écrivait  h  une  assez  bonne  distance  et  de  Saint- 
Gall  et  de  Liège,  et  qui,  n'ayant  pas  le  même  intérêt  à  se 
renseigner  d'une  manière  exacte  sur  le  point  qui  nous 
occupe,  a  fort  bien  pu  se  tromper  ici.  Selon  toute  appa- 
rence, il  aura  confondu  l'évêque  de  Liège  avec  l'un  des  trois 

(1)  V.  y  eues  Ar  cil  h'  I,  pp.  4G0  et  401,  oii  Sickel  se  rallie  à  cet  avis,  émis  la 
première  fois  par  Jleyer  vou  Knonau. 

(2)  A.  1008.  Notligerus  [irepositus  nioiiaslei'ii  Sancli  f.alli  L^oilicensis  presiil  ad 
Chrisiiiin  iiiigravit.  Annales  llildeshciincnses.  Cl'.  Wallenljacli,  Ikiitsclilunds  Ue- 
schicUtsquellen,  G^  édition,  t.  I  p.  380. 

(3)  Anselme,  c.  23,  p.  203. 

(4)  A  liltcrali  ergo  scienlia  moriini  qnof[iio  ornanionla  accoi)il  et  in  ul raque 
disciplina  iaiulabililei-  |h-(iiiuiIiis  de  seolis  ad pahitiuiit  Ininsfeni  iiii'iuil.  Vitu  Matijeri 
c.  1. 


36  CHAPITRE  m. 

personnages  de  Saint-Gall  qui  ont  rendu  le  nom  de  Nolger 
célèbre  dans  l'histoire  littéraire  du  moyen-àge  (1).  Entre  ce 
nom  et  celui  de  leur  abbaye,  il  y  avait  comme  une  association 
d'idées  qui  évoquait  naturellement  l'un  quand  on  rappelait 
l'autre,  si  bien  que  prononcer  le  nom  de  Notger,  c'était  faire 
penser  à  Saint-Gall.  Encore  au  XYI*"  siècle,  nous  voyons  que 
le  plus  illustre  érudit  monastique  du  temps,  ïritlieim,  s'y  est 
laissé  prendre  ;  il  confond  totalement  l'évèque  de  Liège  avec 
l'abbé  Notger-le-Bègue,  et,  grclfant  une  erreur  chronologique 
sur  cette  confusion  de  personnes,  il  fait  mourir  ce  double 
personnage  en  850  (2)  !  Si  une  telle  confusion  a  pu  être  faite 
par  un  homme  à  qui  son  érudition  fournissait  tant  de  moyens 
de  contrôle,  à  combien  plus  forte  raison  ne  s'explique-t-elle 
pas  chez  l'annaliste  de  iïildesheim,  qui  ne  disposait  pas  de 

(1)  Ces  trois  personnages  sont  : 

-1"  Notgci-  le  Bègue  (t  912)  célèbre  par  ses  séquences; 

2o  Nolger  Grain-ile-Poivre,  ilit  aussi  le  médecin  (f  97o)  ; 

3°  Notgei'-à-la-Lèvre  (Lubeo),  (-[-  1022),  réputé  pour  ses  traductions  allemandes. 

La  confusion  avec  un  de  ces  frois  personnages  était  d'autant  plus  facile  pour 
l'annaliste  qu"il  savait  qu'Otton  le  Grand  avait  clé  reçu  à  Saint-Gall  (le  14  août  972) 
par  l'abbé  Notger,  et  qu'il  se  montra  plein  de  prévenance  pour  IS'otgcr  Grain-de- 
Poivre.  V.  Diimrnler,  Olto  der  Grosse,  p.  '188. 

(2)  Tritlieim,  Clmmic.  Hinau<i.  a.  Soi,  t.  I,  p.  22  (Saint-Gall,  1090)  écrit  : 
Ilisdem  (pioque  temporibus  claruit  Nollvcrus  e\  inonacho  vel  abbate  ccenobli  Sancti 
Galli  in  Sucvia,  episcopus  Leodiensis  in  Gallia,  vir  doctus  atquo  sanctissimus,  qui 
multorum  Iratrum  ante  Wandelbcrtum  preceptor  in  codem  loco  exstitcrat,  quos  in 
omni  scientia  nobiliter  erudivit.  Scripsit  libruin  sequentiarum  ad  Lutwardum  epis- 
copum  Yercellensem  adhuc  juvcnis  tempore  Caroii  Magni.  De  nuisica  etiam  et  sym- 
plionia  librum  unum,  de  cxpositionibus  sacrte  scriplur;e  libruin  unum,  epislolarum 
ad  diverses  librum  nnum,  et  alia  plura  composuit  quœ  in  manus  nostras  minime 
pervenerunt.  Ejus  prosas  sive  sequentias  Nicolaus  papa  primus  confirniavit  et  ad 
missam  cantandas  ecclesiis  Galiicanis  induisit,  nam  Itali  suscipere  ilias  usque  in 
prtesens  despiciunl. 

Le  même,  Catalorjus  Scriptor.  ecdesiastic,  f.  LVII  v.  refait  cette  notice  à  peu 
près  dans  les  mêmes  termes  et  aggrave  son  erreur  :  Qui  propter  scicntias  et  vilie 
claritalem  primum  abbas,  deinde  in  senectute  sua  episcopus  consecratus,  decimus  in 
ordaie  Leodiensis  ccclesiîe  regimini  prœfuit,  sub  Lotliario  imperatore  liiio  Ludovic!, 
anno  Domini  DCCCL,  sub  quo  et  moritur  non  sine  opinionc  sanctitatis. 

L'origine  de  l'erreur  de  Tritlieim  sur  la  chronologie  de  Notger  de  Liège  vient 
sans  doute  de  ce  que,  le  sachant  auteur  d'une  vie  de  saint  Remacle,  il  a  confondu 
cet  écrit  avec  la  première  vie  du  saint,  qui  fut  etrcctivement  écrite  au  IX^  siècle 
pur  un  moine  de  Stavehit. 


NOTCIEU    AVANT    l/lh'ISCOl'AT.  »W 


CCS  moyens  crinformution  et  que  personne  ne  pouvait  cor- 
riger en  temps  utile  ! 

Mais,  si  nous  devons  renoncer  à  croire  avec  les  Annales 
de  Hlldesheini  (jue  Not.'j^er  a  été  prévôt  de  Saint-Gall,  pou- 
vons-nous conserver  une  partie  quclcon([ue  de  son  inibrma- 
tion  et  admettre  tout  au  moins  que  Notger  a  l'ait  ses  études 
dans  cette  célèbre  maison  ?  Je  crois  que  rien  ne  serait  plus 
contraire  aux  régies  d'une  bonne  critique.  Si  le  renseignement 
est  le  résultat  d'une  méprise,  il  disparaît  tout  entier  (1).  Qu'a- 
près cela  on  admette,  pour  des  raisons  purement  internes  et 
d'ailleurs  peu  probantes,  que  Notger  a  étudié  à  Saint-Gall  (2), 
je  ne  m'y  opposerai  pas,  encore  bien  qu'on  puisse  croire  avec 
la  même  vraisemblance  que  c'est  à  Reiclienau  ou  dans  n'im- 
porte quel  autre  monastère  de  la  Souabe. 

S'il  n'est  imllemcnt  établi  que  Notger  ait  jamais  été  moine 
à  Saint-Gall,  il  est  absolument  faux  qu'il  ait  été  écolàtre  de 
Stavelot.  C'est  Fisen  qui  a  le  premier  avancé  cette  assertion, 
soutenant  môme  que,  d'abord  moine  à  Saint-Gall,  Notger  fut 
appelé  ensuite  à  Stavelot,  où  il  dirigea  les  écoles  pendant 
huit  ans,  et  que  de  là  il  retourna  à  Saint-Gall  pour  prendre 
en  mains  la  direction  de  l'abbaye  (3).  Je  crois  savoir  où  Plsen 
a  pris  ce  petit  roman,  que  jMabillon,  sans  se  prononcer  sur 
le  fond,  a  précisé  en  ajoutant,  par  voie  de  conjecture  chrono- 
logique, que  dans  ce  cas  Notger  aura  été  appelé  à  Stavelot 
par  l'abbé  Odilon  (4).  Fisen  a  trop  bien  lu  son  Tritheim. 
Celui-ci  avait,  par  erreur,  attribué  à  Notger  la  première  Vie 


(1)  Voir  Devaulx,  t.  II,  pp.  7-11,  qui  consacre  (outc  une  dissertation  à  la  ques- 
tion (lu  nionachisme  de  Nolper  et  qui  conclut  négativement. 

(2)  C'est  Topinion  de  Dûniiuler,  Otto  der  Grosse,  p.  .j-lO,  note  de  Voigl,  lùjberts 
V01I  Lùttkli  Fecunda  Ratis,  p.  XV,  et  du  chanoine  Daris,  Histoire  du  diocèse  et  de  la 
■princi-pautè  de  Lièye  depuis  leurs  origines  jiis(iu  au  Xllle  siècle,  p.  280.  — llirscli, 
Heinrich  [f,  t.  I,  p.  403,  dit  avec  plus  de  prudence  :  «  Ans  der  Scliule,  viclleiclit 
von  Sankt-r.allen,  kani  ec  in  den  Palast.    »  Voilà  la  noie  juste. 

(3)  Fisen,  Flores,  p.  20.5,  et  Sancta  Lerjin,  t.  I,  p.  1  i-7  :  «  Monasiicen  ad  Sancti 
Gain  in  Ilelvetiis  |)rorcssum  fuisse  aiunt,  ubi  tantam  eruditionis  opinionem  coile- 
gerit,  ut  Slabuletum  scholis  ca  tempestale  celeberrimuni  evocatus  fuerit  ad  altiores 
disciplinas  auditorihus  eo  concurrentibus  tradendas.  A  Sangallensibus  deinde  nio- 
nachis  abbas  creatus,  annos  octo  sic  eo  nuinere  funclus  est,  etc. 

(4)  Mabillon,  Annales,  livre  XLIII,  n"  40,  p.  41o,  reproduit  par  Marlène  et  Durand, 


38  CHAPITRE    III. 

de  saint  Remacle,  écrite  au  IX®  siècle;  Fiscn,  constatant  que 
cette  Vie  a  été  écrite  à  Stavelot,  en  a  tiré  la  conclusion 
que  Notger  avait  été  moine  de  cette  abbaye  (1).  La  conclusion 
est  très  naturelle,  mais  la  prémisse  était  fausse.  Notger  n'étant 
pas  l'auteur  de  la  première  vie  de  saint  Remacle,  les  déduc- 
tions de  Fisen  croulent  avec  l'hypothèse  de  Tritheim  (2). 

Ce  qui  paraît  probable,  c'est  que  Notger  n'a  jamais  été 
moine.  Aucun  trait  monastique  ne  reparaîtra  plus  tard  dans 
sa  physionomie.  Ses  fondations  religieuses  seront  toutes 
exclusivement  réservées  au  clei^gé  séculier  ;  ce  grand  bâtis- 
seur ne  fondera  pas  un  seul  monastère,  il  ne  terminera  pas 
même  celui  de  Saint-Laurent,  laissé  inachevé,  aux  portes  de 
sa  ville  épiscopale,  par  son  prédécesseur  immédiat,  et  l'on 
verra  que  c'est  par  erreur  qu'on  lui  a  attribué  la  fondation 
des  prieurés  clunisiens  de  son  diocèse.  Et  lorsque,  plus  tard, 
il  voudra  connaître  le  charme  de  ces  heures  bénies  dans 
lesquelles  l'àmc  se  dérobe  à  toutes  les  préoccupations  du 
monde  pour  ne  vivre  qu'en  Dieu,  ce  n'est  pas  derrière  les 
murailles  d'un  monastère,  c'est  dans  le  cloître  de  sa  chère 
collégiale  de  Saint-Jean,  à  Liège,  qu'il  se  retirera.  S'il  a  été 
assis,  dans  son  enfance,  sur  les  bancs  de  quelque  école 
monastique  de  la  Souabe,  ce  n'a  dû  être  que  pour  y  faire  ses 
premières  études. 

On  ne  sait  comment  il  attira  sur  lui  l'attention  de  l'empe- 
reur ou  peut-être  de  saint  Brunon  (3),  qui  l'appela  ou  le 
trouva  à  la  chancellerie  impériale.  Il  n'est  pas  le  seul  exem- 

A.  C,  l.  II,  praefat.  17,  par  l'Histoire  littéraire  de  France,  t.  YII,  p.  208  ;  pai"  Jloréri, 
Dictionnaire,  s.  v.  Nolger,  t.  VII,  p.  1081  ;  par  Daris,  o.  c.  p.  280  ;  ce  dernier  a 
seuieiiienl  le  tort  de  mettre  sur  le  compte  de  Fisen  la  mention  d'Odilon. 

(1)  Je  fais  remarquer,  simjili'menl  pour  la  curiosité,  (jue  le  nom  de  Notger  n'était 
pas  inconnu  au  IX*^  et  au  X<^  siècle  à  Stavelot;  nous  le  voyons  porté  par  un  paysan 
qui  appartenait  à  Va  familia  de  l'abbaye,  v.  AA.  SS.  i.  I  de  septembre,  p.  (j!)0  E. 
En  011,  un  lidéjusseui-  de  Stavelot  s'api)elle  Notgerus.  Chartes  de  Stavclot-Malmédij, 
édil.  Halkin  et  Roland,  p.  12;!.  En  MTG.  un  échevin  de  Liège  p(U'te  aussi  le  nom 
(le  Nolger;  De  Borman,  Les  échevins  delà  soiirerainr  justice  de  Liètjc,  t.  1,  p.  27. 

(2)  Fi.sen  renvoie  encore  à  Bruscliius,  Mimastcrioruni  Ccnturitr.  Mais  celui-ci  ne 
dit  rien  de  la  double  ([uaiilé  attribuée  à  Nolger;  v.  f.  M4-,  verso.  VA.  V.  Pc  Buck, 
Acta  Sanctoritm  I.  MI  d'octobre,  p.  72,3,  et  Devaulx,  I.  11,  p.  8  et  suivantes. 

(.3)  Cette  conjecture  de  l'Histoire  Littéraire  de  la  France,  I.  VII  p.  208,  n'a  rien 


XOTCtER    avant    l/ÉPlSCOI'AT.  39 

pic  iruii  clerc  passant  du  cloître  au  palais,  pour  échanger 
ensuite  le  palais  contre  un  siège  épiscopal.  La  chancellerie 
allait  nu'me  prendre  dans  leur  cellule  des  moines,  comme 
lîoson,  moine  de  Saint-l'mmeram  de  Ratisbonne,  qui  après 
son  service  à  la  chancellerie,  lut  nommé  ensuite,  en  1)70, 
évcque  de  Mersebourg  (1).  Le  second  successeur  de  Notger, 
AValbodon,  eut  une  carrière  semblable  à  celle  de  Boson  :  sa 
jeunesse  s'était  écoulée  à  l'ombre  du  cloître  de  Saint-Martin 
d'Utrecht,  où  il  s'éleva  même  aux  fonctions  de  prévôt; 
l'empereur  Henri  III  l'arracha  malgré  lui  à  ce  doux  nid  pour 
l'attaclier  à  sa  chancellerie,  et  lorsqu'en  1018  le  siège  épisco- 
pal de  Liège  fut  devenu  vacant,  il  l'y  fit  monter  (2). 

La  chancellerie  impériale  était  si  bien  le  vestibule  de  l'épis- 
copat  qu'Anselme  croit  devoir  dire  que  lorsque  Wazon  y 
entra,  il  le  fit  sans  intention  d'acquérir  un  évcclié  (3).  Et 
comme  il  n'y  était  resté  que  neuf  mois,  les  courtisans  vou- 
lurent s'opposer  à  sa  nomination,  alléguant  qu'il  ne  méritait 
pas  un  tel  honneur,  puisqu'il  n'avait  jamais  peiné  à  la  cour 
du  roi  (4). 

Notger,  à  la  chancellerie,  fut  le  collègue  de  WiUigis,  le 
futur  archevêque  de  Mayence,  de  l'intrigant  Giselbert  de 
Mersebourg  (o)  et  du  célèbre  Gerbert  d'Aui'illac,  le  futur 
pape  Sylvestre  II,  l'une  des  plus  fortes  tètes  de  ce  siècle. 
La  chancellerie  exigeait  des  hommes  sûrs  et  des  esprits  cul- 
tivés :  Notger  s'y  distingua,  c'est  Otton  III  qui  l'atteste  (6), 
et   les   fonctions    épiscopales    que   lui    confia   Otton   I  sont 

d"!nvraisomhI;tble,  si  l'on  réflécliil  que  depuis  9.')5  suint  Brunon  l'emplisstiif  les 
l'onclions  (raicliichancclier.  V.  Diimniler,  (Jtto  der  Grosac,  p.  211. 

(1)  Thietmar  de  Mersebourg  II,  3G  (23). 

(2)  Anselme  c.  32  et  33,  p.  207.  Les  deux  premiers  successeurs  de  Notger, 
Baldcric  II  cl  Walbodon,  étaient  des  clercs  de  la  capclla.  De  même,  Héribert  de 
Cologne  sort  de  la  capella  [Vita,  c.  i,  p.  742).  On  pourrait  mulliplier  ces  exemples. 

(3)  Nullo  ad([iiircndi  cpiscopatus  desidcrio.  Anselme,  c.  43,  p.  216. 

(4)  Ex  capellanis  i)otius  episcopum  constiluendnm,  Wazonem  nun(iaam  in  cuiia 
régis  desudasse,  ut  lalem  promereretur  honorem.  Anselme,  c.  50,  p.  210. 

(5)  H.  Bolimer,  Willifiis  vo»  Mdinz,  pp.  V>  et  8. 

(0)  Diplôme  d'Olton  111  du  0  aviil  007  :  in  récompensai ione  videiicef  servi! il 
avo  patriqnc  meo  el  milii  exliibiti.  Sur  rauthenlicité  de  cet  acte,  voiries  considéra- 
lions  de  Sickel  DO.  Ilf,  p.  Oo8,  e(  cellesdeBloch,  \eiies  Archiv.,  t.  XXIII,  pp.  I4o-Io8. 


40  CHAPITRE    Î!I. 

la  preuve  éloquente  que  ce  prince  fut  content  de  ses  ser- 
vices. 

Nous  ne  savons  d'ailleurs  pas  autre  chose  de  cette  partie 
de  la  carrière  de  Notger.  Il  en  serait  autrement  si  l'on  pou- 
vait se  fier  à  une  indication  d'Uglielli.  D'après  cet  érudit,  un 
chapelain  impérial,  qu'il  nomme  Norticherus,  fut,  en  934, 
détaché  par  l'empereur  Otton  I  d'auprès  de  sa  personne, 
pour  aller  à  Gaëte  apaiser  un  conflit  qui  avait  éclaté  entre 
l'évèque  Bernard  et  une  partie  de  la  population.  Le  document 
sur  lequel  Ughelli  s'appuie  est  une  lettre  des  ouailles  de  Ber- 
nard à  leur  évoque,  dans  laquelle  elles  rappellent  qu'Otton  I 
avait  délégué,  en  qualité  de  missus,  son  chapelain,  un  clerc 
du  nom  de  Norticherus,  qui  vint  à  Gaëte,  à  Traetto  et  à 
Argenti,  et  devant  lequel  fut  jugé  tout  le  débat  (1).  Plusieurs 
historiens  (2)  ont  vu  dans  ce  personnage  le  futur  évèque  de 
Liège.  Mais  il  est  établi  aujourd'hui  que  le  diplôme  auquel 
Ughelli  donne  la  date  de  9o4  est  en  réalité  de  999  (3).  Il 
faut  donc  biiler  de  l'histoire  de  Notger  le  seul  épisode  qui 
nous  donnât  l'espoir  de  jeter  quelque  lumière  sur  les  pj'e- 
mières  années  de  sa  carrière  publique  (4). 

C'est  seulement  en  gravissant  les  marches  du  trône  épis- 

(1)  Qui  vidclicet  (Otto)  dédit  vobis  suum  mlssiim  et  capellamini  simrn  clcricum 
nominc  Norticherum,  qui  venit  vobiscum  in  Cajela  et  in  Trajctto  et  in  Argenti. 
L'gheUi,  Italia  sacra,  I,  p.  530. 

(2)  Entre  autres  Di'immler,  Otto  der  Grosse,  p.  }G3  et  34.j. 

(3)  Le  document  en  question  contient  cette  formule  chronoIogi(iue  :  Imperantc  D. 
nostro  piissimo  perpétue  Augusto  a  Deo  coronato  magno  pacitico  imperatore  Ottone 
cxcellentissimo,  anno  iniperii  ejus  18,  menso  martio,  ind.  XII.  Or,  dès  ITùi', 
Gatlola  CAd  historiam  abtniticc  Cassincnds  acrcssiones  Venise  I73i,  Pars  prima, 
p.  112  :  Exrnrsus  de  Bernardi  Cajetani  cpiscop:  nrtatej,  en  republiant  le  diplôme 
d'Ughclli  dans  un  texte  plus  authentique,  et  après  lui  les  èdileurs  du  Codex  Diplo- 
maticus  Cnjctanus,  Monl-Cas.sin,  1887-189!,  in-if,  t.  I,  p.  188,  n.  100  ont  prouvé 
que  celte  formule,  où  il  faut  corriger  Uitpcvii  en  reijni  et  -18  en  lu,  se  rapporte  à 
la  If)"  année  du  règne  d'Otton  III,  c'est-à-dire  à  l'année  999;  ils  ont  rappelé  aussi 
que  l'évèque  Bernard  de  Gaote  n'a  pris  possession  du  siège  pontifical  qu'en  993.  Ces 
conclusions  ont  passé  dans  Hiibner,  Ccrirhtsiirhiimlen  dcr  frânldschcn  Zeit  (Zcil- 
schrift  der  Saviijuy-Stiftumj,  XIV,  Ànluimi.  p.  123. 

(4)  On  verra  plus  loin  s'il  y  a  lieu.,  tmit  au  moins,  de  reporler  à  la  On  de  la  car- 
rière de  Notger  l'épisode  relatif  à  Nortirhenis,  en  d'aulros  termes,  si  ce  dernier  doit 
être  idenlilié  avec  l'évèque  de  Liège. 


XOTCEU    AVAXT    l,"ri'IS(;OPAT.  41 

copal  (le  Lièc^c  que  le  grand  lionime  dont  nous  retraçons 
rexistcnce  devait  émerger  des  ténèbres  du  X"  siècle.  Au 
témoignage  de  nos  sources,  il  passa  directement  de  la  clian- 
celleric  impériale  sur  le  siège  épiscopal  (l),  et  il  est  parfaite- 
ment superflu  de  réfuter  ici  Jean  d'Outrcmcuse,  qui  croit 
savoir  qu'il  fut  dabord  chanoine  de  Saint-Lambert  et  que 
])endant  deux  ans  il  remplit  les  fonctions  d'archidiacre  de 
Gampine  (2). 

Le  siège  avait  été  laissé  vacant  le  28  octobre  971  par  la 
mort  de  l'évêque  Eracle  (3).  On  sait  comment,  en  pareille 
occasion,  les  choses  se  passaient  dès  le  temps  d'Otton  L  Le 
clergé  de  l'église  veuve  portait  la  crosse  du  défunt  à  l'em- 
pereur (4),  et  celui-ci  faisait  choix,  pour  lui  succéder,  d'un 
personnage  à  son  gré.  D'ordinaire  il  le  prenait  parmi  les 
clercs  de  sa  chancellerie,  cpii,  attachés  à  sa  personne  et 
initiés  à  sa  politique,  lui  semblaient  présenter  des  garanties 
supérieures.  II  faisait  ensuite  coimaître  son  choix  à  l'église 
intéressée,  et  celle-ci  s'empressait  d'élire  à  son  tour  l'homme 
qui  était  déjà  l'élu  du  roi.  Parfois,  sans  attendre  que  le 
souverain  lui  manifestât  sa  volonté,  le  clergé  de  l'église 
veuve  se  réunissait,  faisait  un  choix  canoniaue,  et  envovait 
prier  le  souverain  de  le  ratifier  (o).  A  prendre  à  la  lettre 

(1)  De  scolis  ad  palatium  IransfeiTi  meniit---  de  palatio  ad  regimen  Leodicnsis 
ecclesi»,  Vita  ^otyeri,  c.  1. 

(2)  Jean  d'Outreineiise,  t.  IV,  p.  132,  suivi  par  F.  Henaux,  UIAL,  1. 1  (  18u2)  p.  o8no(e. 
{?>)  Cette  date  est  solidement  établie,  quant  à  l'année,  par  les  Annales  de  Lobbcs, 

p.  21 1,  suivies  par  Reinerus,  Viia  EracU,  c.  •!2  p.  364  et  par  Gilles  d'Orval  II,  49, 
I».  o7.  Sur  le  jour,  tandis  (jue  les  sources  (jui  viennent  d'être  citées,  d'accord  avec 
rObituaire  de  Stavelot  cité  par  Koepke,  préf.  à  Anselme,  c.  24,  p.  202,  note  2o)  don- 
nent VI  Kal.  nov.,  c'est-à-dire  le  2"  octobre,  TObiluaire  de  St-Lambert  (aux  Archives 
de  l'État  à  Liège),  et  ceux  de  Notre-Dame  de  Maestrichl  (Franquincl,  [nrcriiaris  ran 
het  !<(ipittelv(in().  L.  r/v);»."/.e;7.-,  Maestriclil,  1870,  t.  I,  p.  10,  n"  4),  donnent  l'A'*//. 
niir.  (28  oct.i.  On  ne  saurait  hésiter  un  seul  instant  entre  les  données  concordantes 
de  ces  témoignages  authentiques  et  celles  que  fournissent  des  narrateurs  postérieurs, 
même  appuyés  sur  l'Obituaire  de  Slavelot.  Les  j-aisons  ([ui  peuvent  avoir  fait  adopter 
à  Bûcher,  suivi  par  Fisen,  p.  144,  la  date  de  970,  sont  de  nulle  valeur. 

(4)  Ainsi  à  Worms,  Vitn  Diirchardi,  c.  4,  p.  834;  à  Augsbourg,  Vita  Udalriri, 
c.  28,  p.  41o.  Cf.  Hauck  III.  pp.  ;;2-34. 

fo)  Ainsi,  à  la  morl  de  AVicfi'id  de  Cologne,  on  clioisil  ([ualre  prcires  et  quatre 
laïques  pour  aller  demander  au  palais  un  nouvel  évêque  et  dire  qu"on  est  unanime 


42  cHAPiïRîî  m. 

les  paroles  du  Vifa  Notgeri,  on  serait  tenté  de  croire  que 
c'est  ce  dernier  procédé  qui  a  été  suivi  pour  l'éleclion  de 
Notger.  C'est,  dit-il,  à  la  demande  du  clergé  et  du  peuple  et 
par  la  faveur  du  prince  que  Notger  passa  du  palais  impérial 
au  siège  épiscopal  de  Liège.  Mais  les  formules  de  ce  genre 
étaient  en  quelque  sorte  de  style,  et  pouvaient  fort  bien  se 
concilier  avec  le  cas  d'une  désignation  royale  antérieure, 
suivie  d'une  élection  pro  forma  par  le  clergé  et  le  peuple 
du  diocèse.  Ceux-ci,  en  elFet,  après  avoir  procédé  à  l'élec- 
tion, en  demandaient  encore  la  confirmation  au  roi,  tout 
comme  s'ils  n'avaient  pas  connu  les  intentions  de  celui-ci. 
11  est  d'ailleurs  bien  peu  probable  que,  si  l'église  de  Liège 
avait  eu  l'entière  liberté  de  son  choix,  elle  eût  jeté  les  yeux 
sur  un  étranger,  qu'elle  ne  connaissait  pas  et  dont  peut-être 
elle  ignorait  même  l'existence.  Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que 
lorsqu'elle  apprit  le  nom  de  lévêque  qu'on  lui  destinait, 
elle  s'empressa  de  se  conformer  à  la  volonté  royale  en  por- 
tant sur  lui  ses  suffrages. 

Ce  fut  au  mois  d'avril  972  que  Notger  fut  consacré 
évcque  dans  l'église  de  Bonn,  par  les  mains  de  son  mé- 
tro[)olitain  Géron  de  Cologne.  Toutes  les  sources  sont 
unanimes  sur  l'année  (1),  et  cette  date  s'accorde  avec  les 
autres  témoignages.  En  premier  lieu,  avec  la  date  de  la  mort 
d'Eracle,  que  nos  documents,  comme  on  vient  de  le  voir, 
placent  au  28  octobre  971.  En  second  lieu,  avec  le  cliiffre 
de  3G  ans  de  pontificat  que  les  deux  meilleures  sources 
de  l'histoire  de  Notger  attribuent  à  ce  prélat  (2).  En  elfet, 
Notger  étant  mort  le  10  avril  1008,  il  a  bien  gouverné  3() 
années  si  l'on  fait  commencer  son  pontificat  au  printemps 
de  972.  En  troisième  lieu,  avec  le  témoignage,  concluant 
à  coup  sur,  de  Notger  lui-même,  qui,  le  19  juin  980,  écri- 
vant à  l'abbé  Womar  de  Gand,  dit  être  dans  la  neuvième 


sur  Brunon,  et  iiuliiiclleMiciil  Ollon  I  consent,  llufitijcrus,  c.  l'i.  p.  2uS.  On  |)Ciil 
penser  toutefois  que  le  clergé,  en  pareil  cas,  ne  faisait  cette  (lémai'chc  que  parce 
ipi'il  avait  la  ccrtitiidi;  do  la  voir  accueillir. 

(1)  AinKiles  Lobicnses;  Folcuin,  c.  28;  Atni'ilcs  l.riKlini.ic.i. 

(2)  Voir  les  Iciiioignages  à  l'endroit  oii  nous  parlons  de  la  inorl  de  Not|3''er. 


XOTCrEn    AVANT    l'ÉPISCOPAT.  43 

année  de  son  pontificat  (1).  Cela  est  absolument  exact  si 
nous  faisons  courir  la  ])rcmière  année  du  pontificat  de  Not- 
ijer  à  partir  d'avril  1)72,  et  ne  l'est  plus  si  nous  admettons 
une  autre  année. 

Les  Annales  de  Lobbes  ont  voulu  nous  apprendre  le  jour 
précis  de  la  consécration,  et  elles  le  font  en  ces  termes  : 

972.  Donilniis  nostev  Notkerus  mense  apr'ill octav'is paschœ 
et  9  kalend.  mail  apiid  Bonnam  a  domino  Gerone  archlepis- 
copo  inslituitur  Leodicensiiini  episcopiis. 

Cette  indication  est  contradictoire.  En  972,  l'octave  de 
Pâques  tombait  le  14  avril  et  non  le  23  (9  kal.  niaii),  comme 
le  veulent  les  Annales  de  Lobbes.  C'est  en  971  qu'elle  coïn- 
cide avec  le  23  avril.  L'erreur  est  facile  à  expliquer.  L'anna- 
liste, qui  semble  avoir  puisé  à  de  bonnes  sources,  y  a  lu 
que  Not^er  fut  consacré  en  972,  le  jour  de  l'octave  de 
Pâques.  En  cherchant  dans  sa  table  pascale  le  jour  du  mois 
qui  correspondait  à  cette  indication  liturgique,  il  aura,  par 
mégarde,  lu  une  ligne  trop  haut,  et  sera  tombé  sur  le  jour 
qui  correspond  à  l'octave  de  Pâques  971.  Voilà  l'explication 
toute  simple  dune  difliculté  qui  était,  dans  tous  les  cas,  le 
résultat  d'une  erreur,  et  qui  disparaît  si  l'on  parvient  à 
découvrir  l'origine  de  celle-ci. 

Est-il  besoin,  après  cela,  de  réfuter  longuement  l'opinion 
des  érudits  qui,  dans  le  témoignage  des  Annales  de  Lobbes, 
se  sont  attachés  surtout  à  la  date  du  23  avril,  et  qui,  voyant 
qu'elle  ne  concorde  qu'avec  971,  ont  imaginé  de  placer  en 
cette  dernière  année  le  couronnement  de  Notger  ?  Nous 
ne  le  pensons  pas,  bien  que  cette  date  ait  rallié  le  suffrage 
de  plusieurs  érudits  (2).  Pour  l'adopter  à  notre  tour,  il 
nous  faudrait  corriger  tous  les  annalistes  qui  font  mourir 
Eracle  en  971 ,  et  placer  sa  mort  en  970  ;  il   nous  faudrait 

(1)  Daduii  13  kitl.  julii,  anno  doininicic  incariKilionis  980,  indictione  8,  impc- 
rantc  tlonino  Oltmie  |>os(  morlein  patris  anno  8,  episcopatus  nostri  anno  '.).  Vita 
S.  Landoaldi  ,  p.  30  A. 

(2)  Bûcher,  Chronicun  episruponnn  Trajecteiisiiim  ad  Mosam  seii  Leodietisium  ail 
ann.  971,  dans  Cliapeavillc,  Gesta  Pontijicum,  t.  I  ;  Fisen  dans  ses  deux  éditions  de 
Kîi'i  ,  p.  2;!G,  ol  de  109G,  p.  l-'iT,  ainsi  (pie  dans  son  Flores  paru  en  16i7,  p.  20,"), 
de  Tlieux,  l.c  Chapitre  de  S.  I.amlicri,  l.  1,  |).  ;);)  ;  Koejike,  préface  à  Anselme, 
p.  13o;  Heller  à  Cilles  d'Orval,  11,  oO. 


44  CHAPITUE    ITI. 

ensuite  donner  un  démenti  à  toutes  les  sources  qui  nous 
racontent  ravénement  de  Notger.  Qui  ne  voit  qu'au  lieu  d'un 
tel  tissu  de  conjectures  il  est  bien  préférable  de  suivre  les 
sources  pas  à  pas,  comme  fait  Foullon  (1)? 

Nous  concluons  donc,  en  ne  faisant  subir  à  notre  principale 
source  qu'une  modification  très-légère,  que  Notger  a  été 
consacré  à  Bonn,  le  14  avril  972,  jour  qui  coïncidait  cette 
année  avec  celui  de  l'octave  de  Pâques. 

Le  nouvel  évoque  de  Liège  héritait  d'une  situation  trou- 
blée. Le  pontificat  de  son  prédécesseur  avait  été  attristé  par 
l'émeute.  Lui-même,  nouveau  venu  et  étranger  dans  le  i^ays, 
il  ne  saA^ait  pas  la  langue  d'une  moitié  de  ses  ouailles  (2),  et, 
quant  à  l'autre,  il  ne  pouvait  s'adresser  à  elle  que  dans  le 
dialecte  liaut-alleiuand,  fort  dificrent  du  thiois  parlé  dans  les 
Pays-Bas.  Il  appartenait  d'ailleurs  à  une  peuplade  qui  était 
l'objet,  de  la  part  des  autres  Allemands,  de  lazzi  sans  nom- 
bre. Les  Souabes  avaient  cliez  les  Allemands  du  Nord  la 
réputation  que  les  Gascons  ont  en  France  :  hâbleurs  avec 
l'esprit  en  moins  et  une  certaine  lourdeur  en  plus.  Anselme 
écrit  en  termes  formels,  au  début  de  la  notice  qu'il  consacre 
à  Notger  :  «  C'était,  à  la  vérité,  un  Souabe,  mais,  pour  le 
reste,  un  homme  des  plus  distingués  (3)  ».  Et  l'on  entendra 
plus  tard  un  seigneur  liégeois,  en  querelle  avec  son  évêque, 
lui  reprocher  «  sa  mauvaise  foi  de  Souabe  »  (4). 

Mais  même  s'il  n'eût  pas  été  Souabe,   il  était  étranger,  et 

(1)  Foullon,  I,  190,  d'après  Placentius,  qui  garde  aussi  972;  de  même  le  G((Uia 
C'iristiana,  t,  III,  col.  843;  Vtli.stoire  Littéraire,  I.  VII,  p.  209;  Daris,  p.  280,  qui 
garde  cependant  la  fausse  indication  du  2o  avril. 

(2)  Cela  résulte  d'un  passage  de  Riclier,  IV,  100,  où  Ton  voit  qu"au  concile  de 
Mouzon,  tenu  par  les  évêqucs  d'Allemagne  pour  juger  la  cause  deOerbert,  cl  auquel 
Nofger  assisia,  le  r;ipport  sur  l'artaiie  lui  confie  à  rcv("'([ue  Haimon  de  Verdun,  co 
qmid  ilntjuam  (jallicam  norat.  De  même  Tlicudon  de  Cambrai,  qui  est  de  Cologne, 
ignore  la  langue  do  .sa  ville  Opiscopale  :  utpole  siniplici  viro  et  lingute  regionis 
ignaro.  Gest.  epp.  Cam.  I,  99,  p.  Ail. 

fo)  Génère  quidcm  Alcmannus,  sed  admodum  omni  morum  eleganlia  insignilus. 
Anselme,  c.  2o,  p.  20o. 

(4)  llluiu  pcrlidia'  accusnl  cl  fraudis  Alemannicic.  Anselme  c.  2(!,  p.  20i  ;  Cf. 
Piuperl  (le  Saint-Laurent,  Chrouicon,  c.  9,  p.  205  :  de  pessimà  gentc  Alamannoi'um. 
Cf.  le  Vita  Aiiuouix,  c.  1,  p.  i07  et  i  ji.  i08. 


xotctF.u  avaxt  l'kpiscopat.  45 

co  Jéfaul  devait  lai  ôtro  diriicilcnient  pardonné  par  une 
noblesse  remuante  et  aniljitieuse  qui  voulait  voir  dans  la 
dignité  épiscopale  l'apanage  de  ses  cadets,  et  qui,  dans  les 
vingt  dernières  années,  avait  chassé  un  évcque  et  troublé  le 
pontificat  d'un  autre. 


CHAPITRE  IV 


PREMIÈRE    ANNÉE    d'ÉPISGOPAT. 


La  carrière  de  Nolgcr  ne  s'annonçait  pas  riante,  on  vient 
de  voir  pourquoi. 

Etranger  coninie  Eraele,  et,  comme  lui,  représentant  au 
milieu  d'une  aristocratie  turbulente  le  pouvoir  impopulaire 
de  la  royauté,  il  pouvait  s'attendre  à  passer  par  des  expé- 
riences semblables  à  celles  de  ses  prédécesseurs.  Mais 
Notger  possédait  à  un  degré  éminent  les  qualités  qui  avaient 
manqué  à  Rathier  et  à  Eraele.  Il  se  distinguait  du  premier 
par  un  tact  et  par  une  prudence  qui  conjurèrent  plus  d'un 
conflit,  et  du  second,  par  une  énergie  de  1er  qui  avait  raison 
des  résistances  les  plus  déterminées.  Au  surplus,  s'il  ren- 
contra des  dillicultés,  ce  fut  surtout  dans  le  début  de  sa 
carrière,  lorsqu'il  eut  à  recueillir  l'héritage  quelque  peu 
dangereux  d'Eracle ,  puis  encore  après  la  mort  d'Otton  II 
(983),  pendant  les  quelques  années  si  orageuses  qui  ou- 
vrirent le  règne  d'Otton  III. 

Son  épiscopat  n'aurait  j^as  été  si  merveilleusement  fécond 
en  œuvres  de  paix,  s'il  avait  été  constamment  troublé  par 
l'anarchie  féodale,  et  si  le  grand  bâtisseur  et  le  grand 
pédagogue  avait  dû  souvent  échanger  la  truelle  ou  la  férule 
contre  lépée. 

Planter  et  arracher,  tel  fut,  selon  l'énergique  expression 
d  une  de  nos  sources,  le  programme  du  pontilicat  de 
Notger,   et   ce  programme  fut  rempli   (1).   Notger  déploya 

(1)  Cop-noscpiis  prgo  se  vocaliim  non  ad  dignitaleiii  tantum  sod  in  opiis  niinis- 
terii  sibi  ri'cditi  ad  desli'iiendiiiii  ot  cradicaiiduiii,  ad  itlantaudiiiii  el  edilicaiuluin,  etc. 
}'it(i  .\iitijfn',  c.   1.  CA.  J('Tt''iiiif',  1.   lu. 


rnr.^riKnK  AXxrK  d'épi^copaï.  47 

une  grande  énergie  dans  la  répression  des  abus  et  dans 
la  soumission  des  rebelles. 

«  Il  i'ut,  dit  Anselme,  terrible  pour  les  riches  orgueilleux, 
redoutable  pour  les  hommes  factieux  et  iniques  ».  (1) — «  Par 
la  vigueur  de  sa  justice,  dit  de  son  côté  l'auteur  du  Vit  a 
Notgei'L  il  brisa  l'obstination  de  ceux  qui  avaient  troublé 
les  jours  dl'lracle,  et  leur  inlligea  de  justes  châtiments, 
jusqu'à  ce  qu'il  eut  obtenu  leur  correction  complète.  Il  avait 
deux  armes  dans  la  main  :  ranathènie  spirituel  et  la  ré- 
pression par  la  force  ;  il  les  mania  Tune  et  l'autre  »(2).  Enfin, 
l'auteur  du  poëuie  anonyme  résume  en  quelques  mots  sa 
cai'rière  de  justicier  :  «  Tous  ceux  qui  troublaient  l'ordre 
étaient  d'abord  frappés  de  l'anathème  et  exclus  de  la  com- 
munion; s'ils  refusaient  de  s'amender,  ils  devaient  partir 
pour  l'exil.  Les  incorrigiljles  étaient  ou  pendus,  ou  mutilés. 
Il  était  sans  pitié  pour  les  parjures,  les  voleurs,  les  bri- 
gands ;  nul  d'entre  eux  ne  pouvait  paraître  devant  lui  (3).  » 

On  le  voit,  nos  sources  sont  d'accord  sur  l'énergie  dé- 
ployée par  Notger  dans  sa  lutte  contre  les  perturbateurs, 
et,  si  ceux-ci  ne  sont  pas  désignés  plus  expressément,  c'est 
parce  que  personne,  au  moment  où  écrivaient  ces  auteurs, 

(1)  Erat.  eiiiiii  |iaupcribu.s  iiiitis,  supei'bis  divitibiis  terribilis,  bonis  quibusque 
mansuetus,  iniciiiis  et  facliosis  hominibus  nicliipiiilus,  etc.  Anselme,  c.  30,  p.  200. 

(2)  Globiun  oniiii  obdiifationis  eorum  qui  adversus  dominum  suiun  Loodiensem 
cpiscopum  dominum  Eraclium  se  conllavcrant  judiciaria  virtiite  contrivit  et  eos  pe- 
nali  discipline  usque  ad  dignam  correplionem  subjecit.  Vita  Xutrieri,  c.  l.  Ita  sermn 
Dei  vivus  et  efficax  et  penetrabiiior  omni  gladio  aii(i|)iti  in  eo  fuit,  ul  quisquis  dccie- 
lorum  ecclesie  violator  exstitisset,  si  post  foinmonitionem  conlumax  et  quasi  lapi- 
tiatus  cordis  duricia  fuisset,  penam  obdurationis  sue  portaret  in  quem  episeopali 
auctoi-itale  maledicta  congessisset.  Id.  c.  8. 

(3j  Nam  (sumus  experti)  quicumque  fuit  violaloi- 

Ecclesie,  postquam  hune  feriens  anatheniate  vinxit 
Corpore  et  exclusif  sacro  vel  sanguine  Cbristi, 
Ivit  in  exilium,  resipiscere  ni  properasset. 
Si  rabic  caruit  sed  non  porrigine  turpi 
Kl  rciiqua  scabie,  quam  postea  neino  piarol. 
Aut  fregit  collum  vel  amatos  [icrdidil  arlus, 
Talis  erat  reprobis,  tam  fonnidabilis  omni 
Perjuro  prsedoni  furi  ;  non  perfidus  ausus 
In  faciem  venisse  suam.  Vitd  Xotijcri,  c.  S. 


48  CHAPITRE    IV. 

ne  pouvait  s'y  Iromper.  Il  s'agissait  de  ineiubres  de  l'aris- 
toeratie.  Anselme,  qui  les  désigne  comme  des  riches  orgueil- 
leux, ne  laisse  pas  do  doute  à  cet  égard,  et  l'auteur  du 
poëme  anonyme,  en  pai'lant  de  séditieux  qui  sont  d  abord 
frappés  danathènie  et  ensuite  envoyés  en  exil,  est  au  fond 
d'accord  avec  Anschne.  Et  lorsque  le  même  auteur  fait 
allusion  à  la  peine  de  la  hart  ou  de  la  mutilation  réservée 
aux  coupables,  il  vise  apparemment  la  tourbe  des  individus 
de  bas  étage  que  les  grands  avaient  à  leur  service,  et  qui 
organisaient  les  émeutes  comme  celle  qui  fit  tomber  Ratliier, 
ou  celle  qui  menaça  du  même  sort  l'autorité  d'Eracle.  En 
somme  donc,  malgré  le  vague  et  l'imprécision  peut-cire 
intentionnelle  de  leurs  expressions,  nos  sources  principales 
ne  laissent  pas  de  lever  discrètement  le  voile  qui  couvre 
la  partie  la  plus  orageuse  et  la  plus  délicate  de  la  carrière 
de  Notger  :  ses  luttes  pour  forcer  les  grands  seigneurs  à 
reconnaître  l'autorité  du  prince  légitime,  et  à  respecter  les 
droits  de  l'Eglise  et  ceux  de  la  population  désarmée  (1). 

Un  épisode  plus  fameux  dans  la  légende  que  dans  l'his- 
toire nous  fait  connaître  le  nom  d'au  moins  un  des  chàteaux- 
forts  dont  l'évêque  de  Liège  parvint  à  se  débarrasser  pour  la 
plus  grande  sécurité  des  habitants  de  sa  ville  :  c'est  celui  de 
Ghèvremont.  Situé  à  sept  kilomètres  en  amont  de  Liège,  dans 
la  pittoresque  et  profonde  vallée  de  la  Yesdre,  ce  château 
était  Ijien  le  plus  redoutable  voisin  de  nos  princes.  On 
voyait,  des  portes  de  la  ville,  sa  sombre  silhouette  se  profiler 

(1)  Cf.  r.uotgerus,  c.  ?A-,  ]).  34.  Jean  d'Outremcuse,  IV,  p.  138  veut  en  savoir 
plus  long,  mais  il  prouve  qu'il  ne  comprend  rien  à  cette  situation.  D"api'ès  lui, 
Notger  s'attaqua  d"emblée  à  un  chef  de  brigands  nommé  Henri  de  Marlagne,  le  même 
<iui  avait  troublé  le  règne  d'Eracle,  et  qui  continuait  de  désoler  la  ville  de  Liège. 
H  alla  le  soir  avec  .ses  gens  mettre  le  feu  aux  maisons  de  ces  brigand.s,  s'empara 
de  leurs  personnes  et  les  lit  pendre  au  nombre  de  230  ;  le  plus  haut  gibet  fut  réservé 
a  Henri  de  Jlarlagne,  leur  chef.  Notger,  continuant  le  cours  de  ses  répressions, 
a  tous  maisfaiteurs  justement  enquérit  ;  XII'=  trestouz  à  moit  les  metit  cl  à  leur 
liusserie  les  pendoit,  etc.  »  Il  est  inutile  de  dire  que  tout  cela  e.st  du  roman, 
attestant  seulement  la  fécondité  de  l'imagination  de  notre  chroniqueur.  On  peut  lui 
accorder  cpie  Notger  a  sévi  contre  les  brigands,  puisque  toutes  les  sources  le  disent; 
mais  ces  brigands  sont  les  membres  de  l'aristocratie  féodale,  et  non  de  pauvres 
diables  courant  les  bois  et  les  cliamps  pour  détrousser  les  passants. 


Première  année  d'episcopaï.  49 

à  riiorizon,  et  plus  d'un  évêque  de  Liège  eût  pu  dire  ce  qu'au 
rap[)ort  de  Suger,  Philippe  I,  roi  de  France,  disait  à  son  fils 
Louis  VI  en  lui  montrant  la  tour  de  Montlhéry  :  «  Voilà  une 
tour  qui  m'a  l'ait  vieillir  dans  les  inquiétudes  ;  jamais  elle  ne 
m'a  permis  de  goûter  une  vraie  paix  (1)  ».  Du  haut  de  la 
montagne  inaccessible  dont  les  parois  descendaient  presque 
verticalement  dans  la  rivière,  et  abordable  seulement  par 
l'isthme  étroit  qui,  du  côté  du  nord,  la  rattachait  au  plateau, 
le  château  de  Chèvremont  se  dressait  comme  une  menace 
perpétuelle  à  l'horizon.  Cette  vaste  et  puissante  forteresse 
n'était  pas  antérieure  à  l'époque  mérovingienne  ;  selon  toute 
apparence,  elle  avait  été  bâtie  par  Pépin  d'Herstal  ;  au  VHP 
et  au  IX''  siècle,  elle  portait  encore  le  nom  de  Glu\teau-neuf 
(ÏVoçum  Castelliun).  Dans  son  enceinte  était  comprise  une 
église  Sainte-Marie,  desservie  par  un  corps  de  chanoines 
réguliers;  les  rois  francs,  à  partir  de  Pépin,  se  plurent  à 
l'enrichir,  de  leurs  libéralités  (2).  Grifon  y  fut  enfermé  en 
741  par  son  frère  Gai'loman  (3)  ;  l'empereur  Lothaire  I  y 
résida  en  854  et  Lothaire  II  en  862  (4).  Dans  les  premières 
années  du  X^  siècle,  Ghèvrcmont,  (c'est  le  nom  qui  dès  lors 
vient  remplacer  l'appellation  de  Ghàteau-neuf)  (u)  passa  aux 
mains  des  ducs  de  Lotharingie,  qui  prirent  dans  nos  contrées 
la  place  des  rois  et  occupèrent  leur  domaine.  En  922,  le 
château  est  occupé  par  le  duc  Giselbert  (G),  et,  après  sa  mort 
tragique  en  939,  nous  y  voyons  sa  veuve  réfugiée.  Quelque 
temps  après,  les  derniers  tenants  de  la  cause  de  Giselbert  en 
étaient  expulsés  par  le  comte  Immon,  qui,  paraît-il,  garda 
la  place  et  qui,  révolté  à  son  tour,  y  tint  bon  en  960  contre 
saint  Brunon  (7).  Gomme,  peu  de  temps  après,  il  se  récon- 

(1)  Sugei",  Vie  de  Louis  le  Gros,  éd.  A.  Molinier,  p.  18. 

(2)  V.  ci-dessous,  p.  ul,  note  i. 

(3)  Annules  Einharili  -à.  741  :  in  Novo  Castello,  quod  juxta  Arduennam  situni  est. 

(4)  Marlône  et  Durand,  A.  C,  t.  I,  col.  188  et  t.  H,  cul.  11. 

(o)  La  plus  ancienne  mention  de  Vabbatiu  Caprœuions  est  dans  un  diplôme  de 
Zwentibold  en  897  ;  on  y  voit  aussi  son  identité  avec  Novum  Castellum;  v.  Laconiblet 
t.  I,  p.  42.  Cf.  Miiacula  sauctl  Remacli,  p.  440,  et  deux  diplômes  de  Louis  ["Enfant 
en  902  et  910  dans  Lacomblet,  I,  pj).  44  et  47. 

(G)  Flodoard,  Annales,  p.  371  ;  Cf.  Hiclier,  I,  39,  p.  580. 

(7)  Flodoard,  Annales,  p.  403. 


50  CHAPITRE    lY. 

ciliti  avec  l'empereur,  et  qu'on  avait  appris  à  connaître  à  la 
fois  et  son  lialntuellc  lidélité  et  le  danger  qu'il  y  avait  à 
l'aliéner,  nous  devons  croire  qu'il  aura  conservé  la  paisible 
possession  de  ses  biens,  et  que  Chèvremont  ne  lui  aura  pas 
été  enlevé.  Nous  savons  qu'il  vivait  encore  en  9G8  :  c'est 
donc  à  tout  le  moins  jusqu'à  cette  date  que  le  château  sera 
resté  entre  ses  mains  (1). 

La  forteresse  passait  pour  imprenable,  et  non  sans  raison, 
car  les  flancs  abrupts  de  ses  rochers  et  les  parois  massives 
de  ses  murailles  avaient  bravé  plus  d'un  ennemi.  En  882,  les 
moines  de  Stavelot,  fuyant  la  fureur  des  Normands,  y  avaient 
trouvé  un  refuge  avec  les  reliques  de  leur  saint  (2).  En  922, 
le  duc  Giselbert  y  avait  tenu  te  te  au  roi  Charles  le  Simple  (3), 
en  939,  il  y  avait  soutenu  leflort  des  armées  du  roi  Olton  le 
Grand  (4),  et  depuis  lors,  comme  on  vient  de  le  voir,  les 
armes  royales  l'avaient  vainement  assiégé  à  plusieurs  reprises  : 
on  n'avait  pu  s'en  rendre  maître  que  par  la  ruse  (o).  Telles 
étaient  les  annales  militaires  de  la  redoutable  fortei*esse  (G). 

(1)  Voir  G.  Kurlh,  Le  comte  Immon  (DMIB.  Illf  série,  1.  XXXV,    1898,  p.  332). 

(2)  Mir.  K.  Jiciuacli,  p.  410. 

(3)  Voir  la  note  G  de  la  page  précédente. 

(i)  Continuât.  liefjinonis,  Widukiiul,  II,  22  ,p.  iii;  Cf.  Liulprand,  Antapi)- 
ddsis,  IV,  33,  p.  320. 

(o)  Widukiiul,  II,  28,  p.  AVÔ. 

(G)  Comme  on  pouvait  s'y  attendre,  Chèvremont  a  eu  de  bonne  heure  son  histoire 
légendaire.  Une  vie  de  sainte  Begge  qui  semble  du  XII''  siècle,  cl  qui  paide  de  Chè- 
vremont comme  n'existant  plus  (voir  les  imprécations  de  la  sainte  à  la  poterne  jiar 
où  elle  s'enfuit  du  château  :  jam  in  R^ternuin  non  exeat  aut  ingrediatur  quisrjuam 
transiens  pcr  te.  Quod  postmodum  etiam  compertum  est)  veut  qu'Anségise  y  ait 
demeuré  avec  sa  femme  sainte  Begge,  et  y  ait  été  assassiné  par  son  fils  adoptif  Gun. 
duinus  fVUa  S.  Degf/ae  dans  Ghesquière,  Acta  Sunctoriiin  Uebjii,  t.  V).  Cette  légende, 
dont  l'hisloricitc  est  admise,  avec  quelque  hésitation,  par  M.  J.  Demarteau  (yoti-e- 
Dame  de  Chèvremont,  nouvelle  édition,  Liège,  i888,  ])p.  9-17)  n'a  pas  sutll  à  .Jean 
d'OuIremeuse.  Pour  lui,  le  château  de  Chèvremont  a  été  bâti  par  Sedros,  roi  de 
Tongrcs,  t.  I,  pp.  244),  saint  .Materne  y  bâtit  les  églises  Notre-Dame  et  .Saint- 
Jean  et  mit  vingt  chanoines  dans  chacune  (I,  .^32)  ;  saint  Martin  de  Tongres 
porta  ce  nombre  à  trente  dans  chacun  des  deux  sanctuaires  (II,  37)  ;  saint  Do- 
mitien  bâtit  au  pied  du  château  la  chapelle  des  ss.  Cosmc  et  Damion  (II,  230)  ; 
saint  Monulfe  acheta  le  château  de  Chèvremont  avec  Matines  et  Jnpille,  pour  la 
somme  de  mille  livres,  au  duc  (Juynn  d'Ardenne,  son  pai'cnl,  descendant  des  ,'in- 
ciens  l'ols  de  Tongres,  ipi'il  l'cnrontra  auprès  du  lit  de  mnladedeson  père  à  Uinaiil. 


PREMIÈRE    ANNÉE    d'ÉPISCOPAT.  51 

Dès  SOU  avéneaient,  nous  voyous  Notgcr  se  préoccuper  de 
ce  qu'où  pourrait  appeler  la  (jucslion  de  Chèvremont;  je 
crois  en  trouver  la  preuve  dans  le  fait  suivant.  Il  était  à 
peine  depuis  quelques  mois  sur  le  siège  de  saint  Landiert 
qu'un  acte  impérial,  daté  de  Pavie  le  1*^'  août  1)72,  faisait  don 
à  l'église  Notre-Dame  d'Aix-la-Chapelle  de  l'abbaye  de 
Chèvremont,  c'est-à-dire  de  l'église  annexée  au  château  et 
comprise  dans  son  enceinte  (1).  L'intention  ici  est  transpa- 
rente. L'octroi  de  l'abbaye  de  Chèvremont  à  une  église 
étrangère,  s'il  n'équivalait  pas  à  la  sentence  de  mort  du 
château,  en  était  au  moins  le  prélude.  Notger  n'avait  pas 
perdu  son  temps,  et  ce  simple  diplôme,  où  son  nom  n'est 
pas  même  prononcé,  témoigne  éloquemment,  et  de  son  crédit 
auprès  de  l'empereur,  et  de  la  singulière  énergie  de  sa  vo- 
lonté. Pour  le  reste,  il  pouvait  attendre,  et  préparer  tranquil- 
lement le  coup  suprême  qu'il  se  proposait  de  porter  à  la 
bastille  féodale. 


Jt'an  (rOutrcmeuse  a  L-viilciiiinciit  nssish!'  à  l'eiil revue;  il  nous  reproduil  les  propos 
échanges  el  les  clauses  du  marché  (il,  2;)!)).  Mais  il  faut  renoncer  à  suivre  l'in- 
ventif conteur  pour  ne  pas  alhiiiger  cette  note,  et  pour  dii-e  quelques  mots  d'un 
autre  conteur  plus  moderne,  aussi  inventif  et  moins  amusant.  Ferdinand  Henaux 
veut  que  le  château  ail  été  une  véritable  ville,  une  «  bonne  ville  »,  comme  il  dit 
(BIAL,  I,  \\\).  liO-o'i).  Son  ai'i^umenl  pi'incipal  est  le  passage  de  Widukind  qui,  à 
deux  reprises  (II,  22  et  23)  donne  le  liti-e  iVuiiis  à  Chèvremont.  Mais  en  quoi  ce 
chi'oniqucur  qui  écrit  sur  les  bords  du  Wéser  peut-il  infirmer  le  témoignage  una- 
nime des  écrivains  liégeois  parlant  de  leur  pays?  Si  Henaux  avait  connu  l'historio- 
graphie du  X*^  siècle,  il  aurait  su  que  les  écrivains  saxons  donnent  régulièrement  à 
des  châteaux  le  nom  (Viirhs  et  même  de  riritax.  De  même  fait  Thielmar  de  Mer- 
sebourg,  III,  G  (i),  qui  donne  le  nom  de  ciriiax  au  château  de  Boussoit-sur-llaine, 
(v.ci-  dessous,  p.  '68.)  Cf.  Rietschcl,  Die  Chittis  uuf  deutschem  Boden,  p.  43;  Keul- 
gen,   i'ntcrsurhioujcn    ïiber   den  L'rspniini    dcr   dciitschcn    Stddferfa.isniiui,   Leipzig, 

i8i)o,  p.  n. 

(1)  Sickel,  1)0.  I,  p.  ;>G9.  L'abbaye  de  Chèvremont  (ecclcsia  Sunctac  Marutc, 
rclluln  Sdtictiic  Mariae,  abbutitt  CiipraciiK^n.t,  k'ircnmnit,  inona.^tcrlion  CiiliraciiiouKj 
parait  être  contemporaine  du  château  ;  elle  tenait  des  donations  de  Pil'pin  d'Iler- 
stal  mais  ne  pouvait  pas  exhiber  son  diplôme,  tout  comme  Saint-Hubert  en  Ardenne. 
Elle  reçut  des  libéralités  de  Charlemagne  (779),  de  Louis-Ie-Débonnaire,  de  Lo- 
thaire  I  (8W).  de  Zwentibold  (897),  de  Louis-l'Knfant  (902,  910)  et  d'OKon-le- 
Orand  (917).  C'était,  comme  Saint-Hubert,  un  établissement  de  chanoines  irgu- 
liers;  on  connaît  deux  de  ses  abbés  :  KrnuMihardus  en  770,  Lolliaiie  en  8i4. 
(V.  Lacomblel,  t.  I,  pp.  I,  2G,  42,  44,  47,  08.) 


82  CtlAPiTRE   IV. 

Une  autre  dinicullé,  et  d'un  caractère  beaucoup  plus 
urgent,  réclama  toute  la  sollicitude  de  Notger  dès  les 
premiers  jours  de  son  avènement  :  c'était  la  situation  cri- 
tique de  l'abbaye  de  Lobbes.  Cette  grande  maison  mo- 
nastique, qui  faisait  partie  du  diocèse  de  Cambrai,  relevait 
au  temporel  des  évèques  de  Liège,  depuis  la  donation  que 
l'empereur  Arnoul  en  avait  faite,  en  888,  à  l'évèque  Francon. 
Elle  avait  un  domaine  immense,  qui  comprenait  en  8G8- 
869,  lorsque  fut  dressé  son  polyptyque,  un  total  de  174 
villages,  avec  le  château  de  ïhuin  qui  lui  servait  de  forte- 
resse et  de  l'efuge  (1).  Ses  abbés  se  glorifiaient  d'avoir  eu, 
au  VHP  siècle,  le  rang  et  le  titre  d'évêques  (2).  Livrée 
successivement,  pendant  le  IX*^  siècle,  à  des  abbés  laïques 
de  famille  princière,  elle  avait  vu  sa  prospérité  religieuse 
et  matérielle  déchoir  en  même  temps  sous  des  chefs  aussi 
indignes  que  Hubert,  beau-frère  de  Lolhaire  II,  Carloman, 
lîls  de  Charles-le-Chauvc,  et  Hugues,  bâtard  de  Lothaire  II 
(864-885).  Les  évèques  de  Liège,  devenus  les  héritiers  de 
ces  déprédateurs  sans  conscience,  n'avaient  qu'en  partie 
fermé  les  plaies.  Se  considérant,  de  par  la  donation  du 
roi,  comme  les  abbés  du  monastère,  ils  l'avaient  gouverné 
par  des  prévôts,  et  pris  pour  eux  la  moitié  de  ses  reve- 
nus (3).  Cette  situation  dura  environ  un  siècle,  et,  au  témoi- 


(1)  Voir  ce  polyptyque  dans  Vos,  Lobbes,  son  abbaijc  et  son  eliapitre,  l.  I,  p.  418. 
Je  donne  le  chiffre  de  cet  auteur,  p.  17o;  moi-même,  j'étais  arrivé  à  celui  de  lOi- 
en  énumérant  les  noms  repi'is  dans  le  polyptyque.  Le  traite  De  Fundatione  et 
lapsu  mouasterii  Lobiemis,  qui  est  de  la  fin  du  Xll"  siècle,  donne  un  total  de  'Iî>3, 
mais  dans  le  diocèse  de  Liège  seulement  :  possidebat  enim  ecdesia  Lobiensis  villas 
ad  centum  quinquaginta  très  in  dioecesis  pagis.  pICJl.  t.  XIV,  p.  550). 

(2)  De  Fitmlatione  et  lapsu,  p.  ooo  infra. 

(3)  Voir  le  diplôme  d'Arnoul  de  Cai-inthic  du  lu  novembre  880  :  ut  mcdielate  ejus 
abbatiœ,  quam  llucbcrtus  abbas,  ut  nunc  scimus,  plus  cupiens  prseesse  quam  pro- 
desse,  monacliis  solum  reliquerat,  reliqua  utilitati  régis  genitoris  nosfri  serviturus, 
ipsa  pra-dicta  medictate  monaciii  nunquam  privenlur  (Vos,  t.  1,  p.  427).  Ce  texte 
semble  altéré.  Le  Fitndatio  monasterii  Lobbiemis,  (p,  S43)  œuvre  du  prieur  Hugues, 
dit,  sans  doute  d"après  cette  cliarle  :  Franco...  abbatiam  Lobbiensem  petit  et  acci])!!, 
mediam  partem  reddituum  relinquens  monachis,  aliam  vero  relinens  sibi  et  posleris 
p.  î)45).  De  même  parle  le  De  Ftindatione  et  Lapsu,{p.  ÎJuO),  qui  dit  que  Francon 
garda  dans  sa  ])art  le  cliàleau  de  Thuin. 


PREMIl'cHE     VXXÉE    d'ÉPISCOPAT.  83 

gnagc   (les  écrivains  Ju    lieu,   elle   l'ut  Jcsastrcusc   [)oui'  la 
discipline  et  pour  la  prospérité  de  rabbavc. 

Tout  fut  à  vendre  sous  des  prélats  comme  Ilichairc  et 
Farabert,  qui,  bien  qu'ayant  été  moines  eux-mêmes,  gou- 
vernèrent dans  un  sens  bien  peu  monastique  (1).  Les 
choses  en  vinrent  à  un  état  de  crise  aiguë  lorsque  l'évêque 
Baldéric  I  eut  envoyé  de  Gembloux  le  prévôt  Erluin,  qui, 
déjà  suspect  à  cause  de  son  origine  étrangère  et  de  son 
accointancc  avec  le  comte  Régnier  de  Hainaut,  se  rendit 
bientôt  odieux  aux  moines  de  Lobbes  par  sa  sévérité  outrée. 
Krluin,  vénéré  comme  un  saint  à  Gembloux,  faillit  laisser 
la  vie  sous  les  coups  de  ses  religieux  exaspérés,  qui  lui 
arrachèrent  les  yeux  et  lui  coupèrent  la  langue.  Ces  choses 
se  passaient  vers  958  (2).  Instruit  par  de  pareilles  expé- 
riences, et  pacifique  en  toutes  choses,  Eracle  avait  rendu 
à  Lobbes  ses  abbés,  et  cet  acte,  en  y  affermissant  l'autorité, 
y  avait  ramené  le  calme  (3).  L'abbé  Alétran  avait  eu  un 
règne  paisible  et  prospère,  et  l'abbatiat  de  son  successeur 
Folcuin  avait  commencé  sous  les  meilleurs  auspices,  lorsque 
le  retour  au  pays  d'un  ancien  moine  de  la  maison,  le  fa- 
meux Rathier,  déchaîna  de  nouveaux  orages.  L'évoque 
détrôné  voulut  se  refaire  un  petit  royaume  dans  ce  coin 
de  terre  qui  avait  été  labri  de  sa  jeunesse;  il  y  eut  bientôt 
son  parti,  il  parvint,  à  ce  qu'il  paraît,  à  gagner  Eracle 
lui-même,  et  l'abbé  Folcuin  n'eut  plus  qu'à  céder  le  terrain 
à  son  remuant  rival,  qui  s'installa  aussitôt  à  Lobbes  comme 
dans  son  héritage_(4). 

(1)  Folcuin,  c.  19  et  21,  pp.  63  el  Gk 

(2)  Folcuin.  c.  2(j,  p.  70.  Cf.  un  fragment  de  la  supplique  tl'EiIuin  à  Otton  I, 
oii  il  parle  de  sa  mutilation,  cilé  par  Hampe,  Nciics  Avchiv,  t,  XXIII  (1808)  p.  387. 

(I!)  Hic  (Evracus)  domnum  Aletrannum  in  Laubiis  prœfecit  abbatcm.  Fuicuin, 
c.  27.  p.  09.  Cf.  le  Compendiiiin  manuscrit  de  Lobbes,'citéj)ar  Vos,  t.  I,  p.  283,  n.  2. 

It'aulie  part,  le  Vita  Nutgcri  attribue  à  Notgei"  le  mérite  d'avoir  rétabli  à  Lobbes 
ia  dignité  abbatiale  :  In  qna  (Lobiensi  ecclesia)  ctiam, abbatcm  consliluit,  quia 
visum  est  ei  quod  episcopalis  sollicitude,  que  debebatur  pluribus,  non  salis  expc- 
dila  esset  ad  vacandum  monachis  in  cotidianïs  oportunitatibus. 

(4)  Folcuin,  c.  28,  p.  70.  Vos,  t.  I,  p.  2o7,  voudrait  faire  croire  que  ce  récit  de 
Folcuin  est  faux,  mais  lui-même  en  accepte  la  partie  qui  lui  convient,  à  savoir 
l'expulsion  de  Folcuin  el  son  remplacement  par  Hatliier, 


54  CHAPITRE    IV. 

Les  choses  en  éluient  là  lorsque  Eraele  mourut,  laissant 
à  Notger  une  situation  aussi  embrouillée  à  Lobbes  qu'à 
Liège.  Mais  Notger  était  à  la  hauteur  de  toutes  les  clifli- 
cultés.  La  pacification  de  Lobbes  semble  être  devenue  le 
premier  objet  de  son  activité  épiscopalc.  S'adjoignant  une 
commission  qui  comprenait,  outre  quelques  moines  de 
Lobbes,  les  abbés  Werinfrid  de  Stavelot  et  Heribert  de 
Saint-Hubert,  il  vint  lui-même  à  Fabbaye  pour  faire  une 
enquête  sur  l'origine  des  troubles.  Il  ne  lui  fut  pas  diillcile 
de  la  constater,  mais  il  ne  devait  pas  être  aussi  facile  de 
la  faire  disparaître.  Par  quel  prodige  d'adresse  et  d'énergie 
parvint-il,  non  seulement  à  réconcilier  les  moines  avec  leur 
abbé,  mais  encore  à  décider  Rathier  à  lâcher  prise?  On  ne 
sait,  mais  il  faut  considérer  comme  un  vrai  triomphe  du 
génie  de  Notger  d'avoir  à  tel  point  apprivoisé  ce  naturel 
amer,  qu'il  se  réconcilia  avec  Folcuin  et  qu'il  se  retira  de 
bon  gré  à  l'abbaye  d'Aulne.  L'abbé  reprit  possession  de 
son  autorité;  il  nous  a  raconté  lui-môme,  avec  un  accent 
de  reconnaissance  mêlé  d'admiration,  tout  ce  qu'il  dut  à 
l'évêque  animé  du  véritable  esprit  de  Dieu  (1).  En  ell'et,  à 
partir  de  cette  heureuse  intervention  de  Notger,  l'ordre  ne 
fut  plus  troublé  à  Lobbes,  et  cette  belle  abbaye  eut  désor- 
mais des  jours  de  prospérité  et  d'éclat  qu'elle  n'avait  pas 
encore  connus  auparavant.  En  973,  à  la  demande  de  Notger, 
le  nouveau  souverain,  Otton  II,  de  résidence  à  Aix-la-Cha- 
pelle, fixa  la  situation  de  l'abbaye  et  la  prit  sous  sa  pro- 
tection. La  charte  impériale  consacra  les  mesures  réforma- 
trices de  Notger  et  attesta  en  même  temps  que  son  crédit 
n'était  pas  moindre  auprès  du  fils  d'Otton  I  qu'il  ne  l'avait 
été  auprès  du  père  (2).  Au  reste,  le  voyage  de  Lobbes 
n'avait  pas  été  sans  heureux  fruits  pour  l'évêque  lui-même, 
s'il  est  vrai,  comme  on  l'a  supposé,  qu'il  fit  à  cette  occasion 
la  connaissance  de  Ilerigcr  (3). 

Tous  ces  soins  consacrés  au  bien  de  son  diocèse  n'em- 
pêchèrent pas  Notger  de  se  trouver,  le  17  septendjrc,  au 

(1)  Folcuin,  c.  28,  p.  70. 

(2)  Sickfl,  J)  O.  n.  p.  (i;!. 

(3)  Voir  Dcvauix,  (.  Il,  p.  1  i-. 


«.«  M 


puemip:uk  AWKi:  n  i:i'is<:oiv\t.  oo 

concile  nalional  triiiyi'l!iciin.  où  prcscruc  Ions  les  évci|ucs 
du  royaume  (VAlleniagne  étaient  réunis  autour  d'Otton  1 
revenant  d'Italie.  Son  nom  figure  au  bas  des  actes  de  cette 
assemblée,  sur  laquelle  nous  ne  sonmics  d'ailleurs  informés 
que  par  un  document  de  valeur  douteuse  (1). 

Ainsi,  depuis  la  mi-avril,  date  de  sa  consécration,  jusque 
vers  la  mi-se[)teinbrc,  cest-à-dire,  en  l'espace  de  cinq  mois, 
le  prince  avait  mis  la  main,  avec  un  remarquable  succès, 
aux  alTaires  les  plus  épineuses  de  sa  princi[)auté,  et  l'évcque 
avait  participé  aux  préoccupations  de  l'Eglise  d'Allemagne. 
Va\  ce  court  espace  de  temps,  il  avait,  selon  les  paroles  de 
son  biogra[)lie,  dcinoli  et  édifié,  arraché  et  planté.  On 
pouvait  attendre  beaucoup  d'un  pareil  début. 


(1)  Sickcl,  DO.  I,  \).  o'o.  Cf.  Hcfflé,  Concilicmjeschichte,  t.  IV,  p.  G31. 


CHAPITRE  V. 


NOTGER    AU    SERVICE    D  OTTON   II. 


Si  nous  avons  pu,  dans  les  pages  qui  précèdent,  retracer 
au  moins  en  partie  la  première  année  du  pontificat  de 
Notger,  ce  n'est  là  qu'une  heureuse  exception  :  les  sources 
ont  oublié,  le  plus  souvent,  de  dater  les  principaux  faits 
par  lesquels  s'est  manifestée  sa  vaste  activité,  et  nous 
devrons  nous  contenter,  en  général,  de  les  classer  dans  un 
ordre  logique.  L'ordre  chronologique  n'apparaît  que  dans 
ceux  de  ses  actes  qui  ont  été  consacrés  au  service  des 
princes,  parce  que  ceux-là  nous  sont  connus  par  des  di- 
plômes et  par  d'autres  documents  datés.  Cette  dillerence 
dans  le  degré  de  précision  des  dates  de  la  carrière  de  notre 
héros  nous  oblige  à  partager  en  deux  parties  le  tableau 
de  sa  vie  :  dans  la  première,  nous  exposerons  au  jour  le 
jour  sa  participation  aux  affaires  de  l'Empire;  dans  la  se- 
conde, nous  grouperons  sous  quelques  rubriques  générales 
ses  actes  de  gouvernement  et  d  administration.  11  sera  facile 
au  lecteur  de  constater  que  cette  division  n'est  pas  pure- 
ment formelle  :  tout  au  contraire,  elle  correspond  bien 
exactement  à  la  réalité.  Entre  le  rôle  du  vassal  d'Empire 
et  celui  de  prince  de  Liège,  il  y  a  une  telle  ligne  de  démar- 
cation, qu'on  pourrait  presque  étudier  séparément  chacun 
d'eux  sans  rencontrer  l'autre. 

Sous  les  empereurs  de  la  maison  de  Saxe,  un  évoque 
était,  pour  ainsi  dire,  un  gouverneur  de  province.  Il  était 
commis  par  le  prince  à  la  garde  des  intérêts  royaux 
dans    sa    région.    Il   avait    pour   tâche   d'y  faire  respecter 


NOTGEU    AU    SEUVICK    d'oTTON    II.  57 

l'autorité  de  son  muitrc,  de  riiiforiiicr  de  tout  ce  qui  s'y 
passait,  d'y  combattre  par  tous  les  moyens,  et  au  l)Csoin  par 
la  force,  les  ennemis  de  la  couronne.  Il  continuait  d'ailleurs  de 
faire  partie  de  la  cour,  bien  que  relégué  à  un  poste  éloigné. 
Il  y  devait  paraître  à  intervalles  périodiques,  en  qualité  de 
grand  vassal  fidèle.  Il  avait  aussi  Tol^ligation  d'accompagner 
le  prince  dans  ses  expéditions,  à  moins  d'empêchement 
légitime,  et  d'y  mener  les  hommes  de  ses  fiefs.  Tout  cela 
lui  créait  des  obligations  qui  n'étaient  pas  toujours  compa- 
tibles avec  ses  devoirs  spirituels.  Mais,  lorsqu'il  y  avait 
conflit,  c'était  ces  derniers  qui  passaient  à  l'arrière-plan  : 
l'évéque  était  vassal  avant  d'être  pasteur. 

Il  faut  connaître  cette  situation  si  l'on  veut  se  rendre 
compte  du  tableau  que  nous  allons  dérouler  sous  les  yeux 
du  lecteur  dans  ce  chapitre  et  dans  les  trois  suivants. 
î\lais  il  faut  en  même  temps  se  souvenir  qu'il  ne  fait  con- 
naître qu'un  des  aspects  de  la  carrière  de  Notger,  et  n'ap- 
précier celle-ci  que  lorsqu'on  aura  envisagé  l'autre. 

Notger,  on  l'a  vu,  occupait  depuis  une  année  son  siège 
épiscopal  lorsque  son  bienfaiteur,  Otton  I,  mourut  le  7  mai 
973.  Il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  reçu  à  Liège  même  la  visite 
du  jeune  Otton  II,  ce  prince,  associé  au  trône  du  vivant 
de  son  père,  n'ayant  pas  eu  besoin  de  faire,  comme  nou- 
veau souverain,  la  tournée  des  diverses  provinces  de  son 
royaume  (1).  Mais,  du  21  au  26  juillet  973,  nous  trouvons 
Otton  II  à  Aix-la-Chapelle,  où  Notger  vint  lui  faire  sa 
cour,  et  d'où,  à  la  requête  de  l'évéque,  il  émit  le  diplôme 
confirmant  l'immunité  de  l'abbaye  de  Lobbes.  Dans  ce 
document,  le  souverain  parle  de  Notger  en  termes  fort 
élogieux;  il  l'appelle  le  soutien  et  l'auxiliaire  de  ses  volontés, 
et  l'on  voit  que  ce  sont  les  deux  impératrices,  Adélaïde  et 
Tliéopliano,  qui  ont  fait  au  prélat  l'honneur  d'intervenir 
en  faveur  de  sa  demande  (2). 

Notger  eut  bientôt  l'occasion  de  montrer  que  son  jeune 
maître  n'avait  jyas  fait  de  lui  un  éloge  exagéré.  La  mort 
d'Otton  I   avait  rendu  courage,  un  peu  partout,   aux  vas- 

(1)  Ihliiz,  Jdlirhi'tcfier  des  dciitxchni  [Iriilicst  miter  Oito  II  utnl  (Htii  lll,  I.  I,  p.  32. 

(2)  Sickcl  DO,  II,  p.  G3.  Nostrie  voluntalis  faulor  simul  et  adjutor. 


o8  CIIAPITUE    V. 

saux  rcijcllcs,  et  notamment,  en  Belgique,  à  la  remuante 
famille  de  Régnier  au  Long  Col.  Les  deux  arrière -petits-fds 
de  ce  dernier,  Régnier  IV  et  Lambert,  étaient  rentrés  en 
Lothicr  dès  l'automne  de  973,  et  avaient  vaincu  et  tué,  dans 
une  bataille  livrée  à  Péronne  près  de  Binche,  Garnier  et 
Rainald,  auxquels  Otton  I  avait  donné  une  partie  de  leurs 
biens  confisqués  (1).  Après  cela,  les  deux  frères  sétaient 
solidement  établis  dans  le  chàteau-fort  de  Boussoit-sur- 
llaine  (2).  Il  importait  pour  le  prestige  du  nouveau  règne  et 
pour  la  sécurité  du  Lothier  que  cette  entreprise  fût  enrayée 
sans  retard.  Malgré  l'hiver  —  on  était  en  janvier  —  Otton 
accourut  et  mit  le  siège  devant  le  château  de  Boussoit.  Les 
deux  frères,  désespérant  de  résister,  se  résignèrent  à  capi- 
tuler. INJaître  de  la  place,  Otton  la  livra  aux  flammes  et 
emmena  ses  prisonniers  en  Saxe  (3).  Le  21  janvier  974, 
Otton  était  encore  à  Boussoit,  d'où  il  délivra,  à  cette  date,  un 
diplôme  en  faveur  de  Tabbaye  de  Saint-Bavon  à  Gand  (4). 

Il  est  fort  probable  que  Notger  avait  accompagné  l'em- 
pereur en  Hainaut  avec  les  contingents  liégeois.  Prince 
d'empire,  il  n'était  pas  seulement  tenu  de  participer  à  une 
expédition  qui  avait  lieu  sur  ses  frontières,  il  était  encore 
intéressé  à  voir  la  paix  régner  dans  un  pays  si  voisin.  Il 
devait,  de  plus,  tenir  grandement  à  la  soumission  de 
la  famille  de  Régnier,  qui  tyrannisait  son  abbaye  de  Lobbes. 
En  954,  lorsque  les  moines,  fuyant  l'invasion  des  Hongrois, 

(1)  Annales  Laubienses  et  Annales  Leoclienses,  17.  Annales  S.  Jacobi  Leodiensis, 
G37;  Sigebcrl  de  C.enibloux,  Chnmicon  a.  973.  p.  3ol;  Gesta  epp.  Camerac.  I, 
93,  p.  440. 

(2)  Les  sources  ne  nous  permellent  pas  do  dire  avec  une  absolue  ccrlitude  si 
c'est  Boussoit  prés  de  Mons  ou  Boussu  près  de  Saint-Gliislain.  Ces  deux  localités 
sont  Tune  cl  l'autre  sur  la  Haine  (super  llagnani);  la  l'orme  moderne  du  nom  de 
l'un  et  de  l'autre  peut  également  dériver  du  nom  ancien  (Busciid,  Dusmd,  liuautli, 
lUisciilit,  Uosiiiit);  toutes  deux  oui  un  (  liàleau  d'anliquilé  immémoriale,  cl  la  situa- 
lion  géograpliiiiue  de  chacun  lui  permet  d'avoir  été  le  lliéàlre  de  la  lutte.  Mais 
Boussoit,  étant  situé  près  de  Péronne,  semble  mériter  la  |)rél'érence.  Cf.  Lot  o.  c, 
1>.  78  note  4,  à  Topinion  duquel  je  me  rallie  et  l'hlirz,  o.  c.  t.  I,  p.  40,  donl  les 
i-aisons  linguistiques  pour  préférer  Boussu  sont  sans  valeur. 

(.3)  Gcxta  cpp.  Cam.  l.  r.  ;  Tliielmar  de  Mei'sebdurg,  III,  i;  Annales  Wcissenbur- 
(jenses;  Annales  Altalicnses  Majores. 

(4)  Sickel,  IK).  U,  p.  82  (n»  G9).  Sur  toute  colle  guerre,  cf.  Lot  o.  c.  p|).  78-79. 


xoTGK[i  Ai;  sKiivicr,  d'otïon  h.  39 

avaient  voulu  se  réfugier  au  château  de  Tliuin,  lléguier  III 
les  avait  empêchés  de  Ibrtilier  cette  citadelle,  quoiqu'elle 
iVit  leur  propriété  (1).  Pour  toutes  ces  raisons,  nous  croyons 
probable  que  Notger  assista  à  la  reddition  du  château  du 
Boussoit,  avec  son  confrère  Theudon,  cvéque  de  Cami)rai, 
dont  la  présence  y  est  attestée  (2). 

C'est  pendant  le  siège  de  Boussoit  que  semblent  s'être 
nouées,  entre  Otton  II  et  l'abbaye  de  Saint-Bavon,  des  rela- 
tions très  intimes,  qu'il  y  a  lieu  d'exposer.  Gand  était  un 
{)Oste  stratégique  de  la  plus  haute  importance;  selon  que 
les  comtes  étaient  les  amis  ou  les  ennemis  de  l'empereur,  ils 
défendaient  ou  ils  menaçaient  l'extrémité  occidentale  de  l'Em- 
l)ire,  et,  de  cette  forteresse  qui  dominait  le  cours  de  l'Escaut, 
ils  pouvaient,  en  s'alliant  avec  les  rebelles  du  Lothier,  tou- 
jours sûrs  de  l'appui  de  la  France,  devenir  un  sérieux 
danger  (3).  Il  était  donc  de  bonne  politique,  pour  les  empe- 
reurs, de  se  ménager  des  intelligences  du  côté  de  la  Flandre. 
Or,  il  se  trouvait  précisément  que  l'abbaye  de  Saint-Bavon  à 
Gand  avait  besoin  de  son  appui.  Womar,  qui  gouvernait 
cette  maison  ainsi  que  celle  de  Saint-Pierre  au  Mont-Blan- 
din,  s'était  déjà  adressé  précédemment  à  l'empereur  Otton  I, 
en  le  priant  de  restituer  à  Saint-Bavon  des  biens  que  l'abbaye 
possédait  dans  l'Empire,  aux  pagiis  de  Campine,  de  Brabant, 

(1)  Folcuin,  c.  25,  p.  66. 

(2)  Gesta  rpp.  Camerac.  I,  flo,  p.  440. 

(3)  La  légende  qui  veut  qu'Olton  I  ail  l'ail  en  946  une  expédition  en  Flandre 
pour  punir  le  comte  Arnoul,  se  soit  emparé  de  Gand,  ait  creusé  le  Ottegracht  ou 
Fossé  dOtton  et  enlevé  à  la  couronne  de  France  tout  le  pays  situé  à  di'oite  de  ce 
fossé,  qu'il  aurait  confié  à  un  Saxon  du  nom  de  Wiclimann,  est  absolument  con- 
trouvée.  Elle  ne  repose  que  sur  le  témoignage  sans  autorité  du  chroniqueur  Jean  de 
Tliielrode,  qui  écrivait  dans  les  dernières  années  du  Xin«  siècle.  Voici  le  passage  : 
Otlo  iinperalor  de  Scaldi  l'ossalum  ante  pontem  Sancti  Jacobi  usque  in  mare  exten- 
suni  a  nomine  suo  OUingam  nominavit,  que  regni  Francorum  et  imperii  orienla- 
liuMi  fines  delerminavit  elc.  Van  Lokeren,  Clironùiue  de  Saiiit-Darun  à  Gand,  par 
.Iriui  de  Thirlrodc,  Gand,  1835,  p.  10  ;  .1/67/,  t.  XXV,  p.  363.  Surcelle  légende,  admise 
jusque  dans  les  derniers  tenqis  par  tous  les  historiens,  v.  A.  De  Vlaminek,  De  atud 
en  de  lieerlijkheid  van  Dendeniiimdc,  {Annales  du  Cercle  arcliéoloiiiinte  de  Terniondc, 
1I«  série,  1.  I,  pp.  126-178  (1868);  Messai/er  des  Srienrcs  liistoriques,  1876,  i)p.  158- 
163;  le  même,  MAUB,  collection  iu-8",  t.  XLV,pp.  09-  76;  Waulers,  DARD,  III'" série, 
1.  A7,  pp.  165,  t,  LX,  1  (ISOOj,  p.  138-139. 


60  CHAPITRE   V. 

de  Hesbavc,  de  Rven  et  ailleurs  encore.  Otloii  I  avait 
accueilli  cette  demande  en  principe,  mais,  prévenu  par  la 
mort,  il  n'avait  pas  eu  le  temps  de  faire  dresser  un  acte  en 
règle.  Womar  profita  de  la  présence  dOtton  II  dans  le 
pays  pour  renouveler  sa  demande,  à  laquelle  l'empereur 
s'empressa  de  faire  droit  par  son  diplôme  daté  de  Boussoit 
le  21  janvier  074.  L'abbaye  témoigna  sa  reconnaissance  à 
l'empereur  en  le  recevant  dans  sa  communauté  de  prières, 
faveur  spirituelle  très  appréciée  à  cette  époque  (1).  Et  elle 
n'eut  qu'à  se  féliciter,  par  la  suite,  de  s'être  procuré  un 
confrère  de  cette  importance  :  trois  autres  diplômes  impé- 
riaux, datés,  les  deux  premiers  de  97G,  le  dernier  de  977, 
lui  apportèrent,  avec  la  confirmation  de  ses  privilèges,  la 
restitution  de  plusieurs  domaines  qui  lui  avaient  été  en- 
levés, entre  autres  celui  de  Wintersliovcn  en  Ilesbaye, 
détenu  pour  lors  par  un  des  propres  chapelains  de  l'em- 
pereur (2). 

Il  n'est  pas  douteux  que  le  soin  des  graves  intérêts  de 
son  abbaye  n'ait  amené  au  camp  devant  Boussoit  l'abbé 
de  Saint-Bavon  en  personne,  et  qu'à  cette  occasion,  Notger 
n'ait  fait  la  connaissance  de  ce  dernier.  C'est,  en  effet,  peu 
de  temps  après  l'expédition  d'Otton  II  en  Hainaut  que 
l'évêque  de  Liège,  sollicité  par  l'abbé,  consentit  à  écrire 
pour  lui  l'histoire  de  saint  Landoald,  dont  les  moines  de 
Saint-Bavon  venaient  de  transférer  les  reliques  de  Win- 
tershoven  à  Gand  (3). 

Le  dévouement  que  Notger  avait  montré  à  l'empereur  au 
cours  de  la  campagne  de  Hainaut  ne  devait  pas  tarder  à 

(1)  Voir  Tramlatio  s.  Landualdi  dans  AA.  SS.  t.  III  de  mars,  p.  43  B  :  Otto 
nis  imperatoris  jnnioi'is,  (lui  tune  temporis  visiis  est  oblinere  nostnc  consortium 
konfratemitutis.  Et  Viia,  Appcndix,  12  p.  12  C  :  Impcrator  novitcr  in  fralernitateni 
Irutrum  susceptus.  Atwalcs  S.  Davonia  ad  (inn.  !t83.  p.  188  :  Secundus  Otto, 
impci-ator  Uomanonim,  qui  socictatem  fralernilatis  frali'uin  C.andensis  cœnobii  desi- 
dcrantei'  adcptiis  fucrat. 

(2)  Voir  les  diplômes  impériaux  dans  Sickcl,  UO.  II.  \\\).  82,  lit,  112,  UJ(J. 
Saint-Bavon  était-il  en  Flandfe  ou  en  Lotharingie,  c'est-à-dii-e  en  France  ou  en 
Allemagne?  Vandi'rkindore,  Formation  tcrritoriulr,  t.  I,  p.  J!!*,  expose  avec  sagacité 
les  i-aisons  qui  plaident  pour  la  dernièi-e  iiy|)olliése. 

(3)  Voir  plus  loin, 


NOTGER    AU    SERVICE    d'oTTOX    II.  61 

recevoir  sa  récompense.  Dans  les  derniers  jours  de  juin  de 
la  même  année,  Ollon  II,  se  trouvant  à  Krfurt,  émit  un 
diplôme  par  lequel  il  conlirinait  à  l'évcque  de  Liège  la  pos- 
session du  marche  et  de  la  monnaie  de  la  ville  de  Fosse  (1). 

Mais  on  n'en  avait  pas  fini  avec  Régnier  et  Lambert, 
lléfugiés  en  France,  ils  se  préparaient  à  un  nouvel  assaut 
contre  le  Lotliier.  Le  roi  Lotliaire  les  appuyait  sous  main  : 
dans  son  ardent  désir  de  remettre  ce  pays  sous  l'autorité  de 
la  France,  il  croyait  devoir  encourager  toutes  les  tentatives 
destinées  à  y  ébraider  le  pouvoir  des  rois  allemands.  Deux 
grands  seigneurs  de  son  royaume,  son  propre  frère  Charles 
et  Ollon  de  Vermandois  prêtèrent  leur  concours  aux  exilés. 
Ainsi  renforcés,  Régnier  et  Lambert  avaient  couru  assiéger 
dans  Mons  Arnoul  et  GodeiVoi,  qui  gouvernaient  le  Hainaut 
pour  le  compte  d'Otton  depuis  la  mort  de  Garnier  et  de  llai- 
nald.  Les  assiégés  firent  une  sortie  le  19  avril  97G,  jour  du 
mercredi  saint,  et  un  sanglant  combat  l'ut  engagé  entre  eux 
et  les  envahisseurs.  Godel'roi  fut  blessé  dans  la  rencontre  ; 
Arnoul  s'enfuit  à  bride  abattue,  mais  il  ne  paraît  pas  que  la 
bataille  ait  eu  un  résultat  décisif  (2).  La  frontière  de  l'empire 
restait  compromise  toutefois,  et  plus  menacée  que  jamais  par 
les  intrigues  et  les  entreprises  du  parti  français. 

Dans  ces  conjonctures,  Otton  II  se  résolut  à  une  mesure 
qui  eût  pu  paraître  téméraire,  si  elle  n'avait  été  inspirée  par 
une  profonde  connaissance  des  hommes  et  des  choses  :  il 
conlia  le  duché  de  Lothier,  alors  vacant,  à  ce  même  Charles 
de  France  qui  venait  de  le  ravager  et  qui,  frère  du  roi  Lo- 
tliaire, avait  été  jusque  là  l'instrument  le  plus  actif  des  visées 

(1)  Sickcl  DO.  II,  p.  100.  Chapeaville,  qui  a  piiblié  le  premier  cet  acle,  le  date 
ei  TOiuMiiont  (le  99i  (Gcsta  Episcoj).  Lcod.  t.  I,  p.  208)  et  il  a  été  suivi  par  Liinig-, 
Spkilefiiuni,  t.  II, p.  190  et  par  Waulcrs,  Table,  t.  I,  ]).  427.  Jlais  déjà  Bûcher  avait 
i-eclifié  Terreur  en  invoquant  les  notes  chronologiques  du  diplôme  lui-même 
(Cliapeaville,  appendice  de  l'o.  c,  ad  ann.  974).  Fisen  l'avait  suivi  et  complété 
p.  108;  ils  ont  été  suivis  par  Borgnet,  Cartulairc  de  Fusses,  par  Bnrnians  et  School- 
meeslers,  Cartitlaue  de  S.  Lambert  t.  I,  p.  18,  par  Stumpf,  par  Wauters,  se  corri- 
geant lui-même,  Table,  supplémevt,  t.  VU]  p.  i07.  Sickel,  Erlauterungcn,  pp.  MO  et 
117  expose  les  raisons  qui  lui  font  adopter  la  date  de  974. 

(2)  Gesta  epp.  Camerac.  I,  9G.  p.  440;  Annales  Laubienses  et  A'inales  Leodlenses 
\).  17;  Fludiiard,  Contiiiiint.  p.  U)7. 


62  CHAPITRE   V. 

de  ce  dernier  (I).  Charles  était  jeune,  entreprenant,  ambi- 
tieux ;  il  soudVait  d'avoir  été  écarté  du  pouvoir  par  son 
frère  (2),  qui  ne  lui  avait  pas  même  constitué  d'apanage  ;  à 
tout  prix,  il  cherchait  à  se  faire  une  situation  politique,  et  il 
ne  pouvait  espérer  de  la  trouver  en  France.  Quoi  de  plus 
habile,  en  pareille  circonstance,  que  de  l'attacher  à  la  fortune 
de  la  maison  de  Saxe  et  de  le  brouiller  définitivement  avec 
son  frère,  en  lui  donnant  à  défendre  les  provinces  que  celui- 
ci  convoitait  le  plus  ?  L'expédient  réussit,  et  Charles  de 
France  devint  le  fidèle  vassal  d'Otton  II.  Si  je  raconte  ces 
faits,  c'est  à  cause  de  la  part  prépondérante  qu'à  mon  sens 
y  a  prise  Notger.  d  n'est  pas  un  jeune  souverain  tdors  âgé 
de  23  ans  au  plus,  inexpérimenté  et  sans  connaissance  spé- 
ciale du  pays,  qui  aui*ait  seul  conçu  un  plan  politique  à  aussi 
longue  portée,  et  il  n'y  a  pas  de  témérité  à  en  faire  honnem* 
aux  conseils  de  l'homme  qui  était  le  mieux  en  situation  et 
pour  l'élaborer  et  pour  le  faire  adopter  (3). 

Lothaire  ressentit  vivement  le  coup  qui  venait  de  lui 
être  porté  :  ardent  et  vindicatif,  et,  sans  doute,  poussé  par 
les  fils  de  Régnier  (4),  il  rêva  de  se  venger  sans  retard. 
Brusquement,  sans  avoir  laissé  transpirer  rien  de  son  projet, 
il  apparut  avec  une  armée  en  Lothier  vers  la  fin  de  juin  978 
et  courut  droit  sur  Aix-la-Chapelle,  où  résidait  alors  Otton  II 


(1)  Gcsta  cpp.  Camcrac.  I,  101,  |).  iiS;  Sigeberl,  Chroiiito)!,  n.  977,  p.  ?iG2;  Hugues 
(le  Flavigny  dans  Bouquet,  VIII,  29G. 

(2)  C'est  dans  ce  sens  ((u'il  faut  entendre  le  liret  ciiim  a  fratre  de  vcijno  pnlsim 
itiiu  que  Riclier,  IV,  9  met  dans  la  bouche  de  Ciiarles  (|uand  il  brigue  le  Irùne  après 
la  mort  de  Lolliaire.  C'est  se  tromper  cpie  dy  voir  ([ue  Charles  aui-ait  été  exilé  pai- 
son  fréi-e,  comme  l'ait  M.  Lot,  Les  derniers  Caroliiuiiens,  j).  88  et  91. 

(3)  M.  Lot  écrit  p.  9!2  :  «  Peut-être  est-il  exagéré  d'attribuer  à  l'ompei'eur  de 
profonds  desseins  politiques;  il  n'agit  peut-être  ainsi  que  par  faiblesse,  pour  se 
délivrer  des  tracas  que  lui  causait  incessamment  la  Lorraine  (//«■:  ;  le  Lothier). 
Qu'il  fût  dû  à  son  habileté  ou  au  hasard,  le  résultat  n'en  fut  pas  moins  heureux 
pour  l'Empire,  etc.  >>  Il  serait  vraiment  étrange  ([u'une  combinaison  à  la  fois  ingé- 
nieuse et  hardie,  et  dont  on  reconnaît  les  résultats  heureux,  fût  l'ieuvre  du  hasard 
plutôt  que  des  hommes  de  talent  qui  entouraient  Ollon  II  :  j'imagine  qu'ils  savaient 
aussi  bien  que  nous  ce  qui  convenait  à  leur  maître. 

(i)  iiuvep\U)h\{,\(>\y  .iiDiales  Allalunises  Majores  a.  978  et  cf.,  jiar  contre,  Matha-i, 
I>ie  llaeiidrl  (lltii  I  mit  l.iit.'iriin/ni  iiiiil  Fnuil.reiih,  llaile  s.  S.  1882,  p.   13. 


jIoTGER   au   service   d'oTÏON   II.  03 

avec  sa  rcnime  Tlicopliano,  qui  (Hail  ciicoiiilc.  La  nouvelle 
tic  l'arrivée  du  roi  de  France  tondja  comme  un  coup  d(;  Ibu- 
drc  sur  la  ville  impériale.  Ollon,  d'abord,  n'en  voulut  rien 
croire,  puis,  forcé  de  se  rendre  à  l'évidence,  il  s'enfuit  préci- 
pitannnent  à  Cologne,  abandonnant  ses  bagages  et  ses  tables 
encore  dressées.  Le  roi  de  France  put  impunément  ravager 
le  pays  et  se  donner  la  satisfaction  de  manger  le  dîner  pré- 
paré pour  son  adversaire.  Il  en  eut  une  seconde,  plus  vive 
encore,  qui  consista  à  retourner  du  côté  de  la  Germanie 
l'aigle  qui  surmontait  le  palais  de  Charlemagne.  Trois  jours 
après  cette  démonstration,  et  sans  avoir  rien  fait  pour  justi- 
fier ce  symbole  de  ses  conquêtes  futures,  il  reprenait  le  clie- 
min  de  la  France  (1). 

Quel  avait  été  le  but  de  cette  singulière  expédition?  In- 
contestablement, Lotliaire  voulait  mettre  la  main  sur  la 
personne  d'Otton  II,  qu'il  savait  alors  aux  confins  de  son 
royaume  :  ce  qui  le  prouve,  c'est  que,  n'ayant  pas  réussi 
à  s'emparer  de  lui,  il  repartit  aussitôt.  S'il  ne  le  poursuivit 
pas  jusqu'à  Cologne,  c'est  apparemment  parce  que,  comp- 
tant faire  un  coup  de  main,  il  n'avait  pas  amené  assez  de 
troupes  pour  tenir  la  campagne.  Il  ne  faut  pas  ajouter  foi 
aux  assertions  de  Richer,  d'après  lequel  Lotliaire  s'était 
fait  accompagner  d'une  armée  de  20,000  hommes  :  un  pareil 
rassemblement  de  forces  ne  pouvait  avoir  lieu,  à  cette 
époque  surtout,  sans  de  longs  préparatifs,  dont  on  n'aurait 
pas  manqué  d'avoir  vent  en  Allemagne,  et  l'extrême  dé- 
sarroi qui  régna  à  Aix-la-Gliapelle,  lorsqu'on  y  apprit  l'équi- 
pée du  roi  de  France,  dénient  implicitement  l'iiypollièse 
d'une  expédition  en  règle  (2). 

Nous  ne  nous  serions  pas  occupé  de  cet  incident  liéro'i- 
comique,  si  Xotger  n'avait  dû  s'y  trouver  impliqué.    C'est 

(1)  Rkher  m,  G8-71.  Gcsta  epp.  Canirrar.,  I,  !tT,  p.  iiO;  Alpoit,  De  rpiscopis 
Mcttensibus,  1,  p.  G97  ;  Aiimiles  Altulicnscs  a.  !)78;  Annales  Laubicn.ses  et  Anuale.i 
l.eoiUemcs,  p.  17;  Tliieiinar  de  Mersebourir,  III,  G. 

(■2;  Cf.  \\-à\{±^[c'm,(Mnuulun(i  desfraiizosisclien  KunitjUtiiiiis  iialer  ilnt  Kapctinijoi, 
Leipzig,  1877,  p.  3il,  w.  I  et  Loi,  Les  derniers  Carolùif/iens,  p.  93,  qui  trouve  le 
iliillVc  de  Riclier  exagéré.  Riclitei-,  Anualcn  der  deutsclien  Ccsdiiclite  im  Millrlalter, 
111,  p.  l.SO,  croit  qu'il  n'y  a  aucune  raison  pour  le  révoquer  en  doute.  Quant  à 
Ciiesebrerlit,  Kuiscr-eit,  t.  I,  p.  :j^l,  il  parle  de  30,000  hommes,  ce  qui  n'est  peut- 


64  CHAPITRE    V. 

son  pays  que  traversait  rarnice  des  envahisseurs,  et  s'il  n'a 
pu  prévenir  en  temps  utile  son  souverain  de  ce  qui  se  pré- 
parait contre  lui,  c'est  une  preuve  de  plus  du  caractère 
soudain  et  iuiprévu  de  l'attaque.  Gomme  aucun  chroniqueur 
liégeois  n'en  a  conservé  le  souvenir,  et  qu'il  ne  devait  ctre 
ni  dans  le  plan  ni  dans  l'intérêt  de  l'envahisseur  de  perdre 
du  temps  à  soumettre  des  villes,  au  risque  de  laisser  échap- 
per le  prince  allemand  qu'on  voulait  surprendre,  il  est  assez 
vraisemblable  que  Lothaire  aura  pris  un  chemin  qui  ne 
passait  pas  par  Liège.  Il  n'aura  eu  qu'à  suivre  la  chaussée 
romaine  qui,  de  Bavay,  court  à  travers  les  plaines  du  llai- 
naut  et  de  la  Hesbaye,  et  se  dirige  sur  Cologne  en  passant 
par  Tongres  et  Maestricht.  En  la  quittant  à  partir  de  cette 
dernière  ville,  on  était  au  bout  de  quelques  heures  à  Aix-la- 
Chapelle.  C'était  le  chemin  que  suivirent,  en  sens  inverse, 
tous  les  envahisseurs  de  la  Gaule  septentrionale;  récemment 
encore,  en  954,  il  avait  conduit  les  Hongrois  au  cœur  du 
Lothier  (1), 

Liège  fut  donc  probablement  épargnée  par  l'incursion 
française;  mais,  en  revanche,  les  campagnes  de  la  Ilcsbaye 
durent  souHVir  cruellement  de  ce  passage  d'une  armée  enne- 
mie qui  n'avait  rien  à  ménager.  Il  y  eut  sans  doute  quelque 
résistance  à  certains  endroits,  car  nous  savons  qu'un  homme 
de  l'armée  du  roi  de  France  périt  en  978  a  dans  la  guerre  de 
Hesbaye  »  (2),  On  sait  comment,  dès  le  mois  d'octobre  de  la 
même  année,  Otton  rendit  à  Lothaire  l'étrange  visite  qu'il 
en  avait  reçue.  Notger  fut  probablement  de  l'expédition, 
mais  aucun  chroniqueur  ne  parle  de  lui  à  cette  occasion.  On 
peut  croire  que  la  crainte  du  retour  d'une  pareille  attaque, 
dans  laquelle  sa  ville  épiscopale  ne  serait  plus  épargnée,  ne 


êti'C  qu'une  faute  d'impression.  Ulilirz,  JaUrbûcher,  I,  p.  107,  l'LproJuit  stins  com- 
moiUaire  le  liiillVc  de  Richer. 

(1)  Cf.  Lot,  Les  derniers  CaroliiKjk'ns,  p.  ',)?,,  note  o,  qui  défend  le  même  itiné- 
raire pour  d'autres  raisons  non  moins  probantes,  mais  dont  il  n'y  a  pas  lieu  de 
faire  état  ici.  Lhlirz,  p.  107,  croit  que  l'armée  française  aura  passé  la  Meuse  entre 
Liège  et  Maestricht,  peut-être  à  Visé. 

(2)  C'est  Tizekinus,  père  de  saint  Poppon,  homme  du  pays  de  la  Lys.  Vitu  Pup- 
ponis,  c.  1,  p.  2'Ju. 


NOTGER    AU    SERVICE    D  OTTOX    H.  OÔ 

doit  pas  avoir  peu  contribué  au  projet  de  fortifier  Liège,  que 
nous  le  verrons  réaliser  au  cours  de  son  règne. 

Désormais  aussi,  les  yeux  de  l'évêque  restèrent  fixes  sur 
la  frontière  française,  où  était  le  point  le  plus  vidnérable  de 
la  monarchie  oUonienne.  (^aniJjrai,  qui  aurait  dû  en  être  le 
boulevard  occidental,  était  le  sujet  dïternelles  inquiétudes 
et  le  théâtre  de  troubles  permanents.  Les  évoques  y  étaient 
à  la  merci  des  comtes,  véritables  tyrans  locaux,  qui  se 
désintéressaient  entièrement  de  l'Empire.  On  y  avait  eu, 
depuis  le  règne  d'Otton  I,  une  série  de  pontificats  troublés, 
et  Theudon,  qui  occupait  le  siège  épiscopal  depuis  972,  avait 
été  à  la  lettre  le  souiïVe-douleur  de  ses  vassaux.  Ce  pauvre 
homme  fiiible  et  naïf  ne  cessait  de  regretter  sa  chère  église 
Saint-Séverin  de  Cologne,  dont  il  avait  été  le  prévôt,  et  se 
considéz^ait  comme  un  exilé  en  pays  barbare  :  à  la  fin,  n'y 
tenant  plus,  il  abandonna  son  diocèse  et  revint  mourir  à 
Cologne.  C'était  en  979. 

Notger  avait  bien  des  raisons  pour  se  préoccuper  du  choix 
de  son  successeur.  Non  seulement  il  était,  avec  son  collègue 
de  Cambrai,  le  principal  représentant  de  l'empereur  en  Lo- 
thier,  mais  il  avait  un  intérêt  direct  à  ce  que  Theudon  fut 
bien  remplacé  :  si  l'on  voulait  préserver  Liège  des  attaques 
du  roi  de  France,  c'est  à  Cambrai  qnil  fallait  la  défendre. 
Ajoutons  qu'à  peine  la  mort  de  Theudon  connue,  le  duc  de 
Lothier  était  accouru,  à  la  demande  des  comtes  Godefroi  et 
Arnoul,  pour  protéger  la  ville  contre  le  roi  de  France.  En 
réalité,  il  s'y  était  comporté  en  maître,  et  il  fallait  aviser  sans 
retard.  Malgré  les  rigueurs  de  l'hiver,  Notger  courut  trou- 
ver l'empereur  à  Pœhlde  en  Saxe,  où  la  cour  passait  les  fêtes 
de  Noël,  et  lui  recommanda  vivement  son  ancien  élève  llo- 
tliard  (1).  Déférant  au  vœu  de  son  fidèle  conseiller,  l'empereur 
donnal'évôché  de  Cambrai  au  protégé  de  l'évoque  de  Liège  (2). 
Rothard  était  de  famille  noble  et  semble  avoir  été  populaire  à 
Cambrai,  où  l'on  avait  demandé  sa  nomination  à  l'empereur. 
On  espérait,  dit  le  chroniqueur,  que  l'am.énité  du  nouvel 
évoque  adoucirait  le  peuple  de  cette  ville;  en  d'autres  termes, 

(1)  Gesta  epp.  Corn.  I,  102,  p.  «3  ;  Anselme,  c.  20,  p.  205. 

(2)  Gesta  epp.  Ccim.  I.  c. 

I.  i> 


C6  CHAPITRE    V. 

on  voulait  rattacher  plus  étroitement  à  la  cause  de  l'Empire 
une  population  dont  la  iidélité  était  peut-être  branlante  (1). 

Rothard  ne  trompa  point  les  espérances  de  son  protec- 
teur :  un  de  ses  premiers  actes,  ce  fut  la  destruction  du  fort 
de  Yinchy,  construit  à  quatre  milles  de  sa  ville  épiscopale 
par  Eudes  de  Vermandois,  qui  menaçait  de  devenir  le  tyran 
de  l'évêché  (2).  Rothard  montrait  de  la  sorte  à  son  ancien 
maître  Notger  comment  il  fallait  se  comporter  envers  ces 
forteresses  féodales.  «  C'est  ainsi,  dit  un  historien  moderne, 
que  la  nomination  de  Rothard  et  l'échec  de  son  neveu  Eudes 
tirent  perdre  à  Lothaire  toute  influence  sur  ce  pays  de  Gam- 
brésis,  qui  s'enfonçait  comme  un  coin  dans  son  royaume  (3)  ». 
Le  fait,  dans  tous  les  cas,  atteste  et  le  crédit  dont  Notger 
jouissait  à  la  cour,  et  la  perspicacité  de  son  coup  d'œil  poli- 
tique. Aussi  voyons-nous  son  séjour  auprès  du  souverain 
marqué  par  une  nouvelle  faveur  accordée  à  son  église  ; 
par  un  diplôme  daté  de  Grona  le  G  janvier  980,  Otton  II  lui 
confirmait  la  possession  de  tous  ses  biens  et  la  jouissance 
de  l'immunité  (4). 

Il  ne  faudrait  cependant  pas  exagérer,  comme  l'ont  fait 
quelques-uns,  la  position  que  Notger  occupait  à  la  cour 
impériale,  et  la  comparer  à  celle  dont,  grâce  à  d'éminents 
services,  il  devait  jouir  sous  le  règne  suivant.  Sans  doute, 
nous  le  trouvons  parmi  ceux  qui  ont  la  confiance  du  roi  ; 
toutefois,  plusieurs  personnages  le  dépassèrent  en  influence 
sous  ce  règne,  et  nous  apprenons  par  les  documents  diplo- 
matiques que  ce  furent  Gisilher  de  Magdebourg,  Pierre  de 
Pavie  et  Thierry  de  Metz  (o). 

A  pai'tir  des  premiers  jours  de  980  jusqu'à  la  fin  du  règne 
d'Otton  II  (983),  le  nom  de  Notger  disparaît  d'ailleurs  des 
diplômes  impériaux.  Nous  voyons  qu'il  passa  une  bonne 
partie  de  l'année  980  dans  son  diocèse.  Le  25  mars,  il  était  à 
Lobbes,  où  il  prenait  des  mesures  pour  assurer  à  cette  abbaye 

(1)  Ibul.  1.  c. 

(2)  Ibid.  V.  i03,\>.  US. 

(3)  Lot,  p.  -lii. 

.  (4)  Sickel,  1)0.  II,  p.  288. 
(ii)  Sur  ce  point,  voir  Kelir  dans  V llistorischc  Zeitschrift,  t.  LXVI,  p.  ilo. 


NOTGER    AIT    SERVICK    d'oTTOX    TT.  QH 

la  paisible  possession  de  certaines  redevances  (1).  Peu  de 
temps  après,  il  assistait  à  un  concile  d'Ingellieim  qui,  sous 
les  yeux  de  lempereur,  confirmait  l'union  des  abbayes  de 
Stavelot  et  de  Malmedy,  et  précisait  le  privilège  de  la  pre- 
mière en  matière  d'élections  abbatiales  (2).  Selon  toute  appa- 
rence, il  accompagna  l'empereur  à  Margut  sur  le  Ghiers,  où  ce 
prince  eut  avec  le  roi  de  France  une  entrevue  qui  établit  des 
relations  pacilîqucs  entre  les  deux  souverains;  c'était  en  mai. 
De  là,  il  sera  revenu  avec  l'empereur,  que  nous  trouvons  le 
l"  juin  à  Aix-la-Gliapelle.  Dans  tous  les  cas,  dès  le  19  juin, 
il  était  de  retour  dans  son  diocèse,  car  c'est  à  cette  date  qu'il 
envoya  à  son  ami,  l'abbé  Womar  de  Saint-Bavon,  la  vie  de 
saint  Landoald,  dont  les  reliques  venaient  d'être  transférées 
à  Gand  (3). 

Nous  ne  sommes  pas  si  bien  renseignés  sur  l'emploi  qu'il 
fit  des  années  981  et  982.  Il  n'accompagna  pas  le  monarque 
en  Italie,  dans  cette  expédition  fatale  qui  devait  se  terminer 
par  le  désastre  de  Rossano.  Nous  possédons  un  document 
de  980  ou  981,  contenant  l'énumération  des  soldats  à  cuirasse 
que  l'empereur  demandait  aux  divers  princes  ecclésiastiques 
et  laïques.  Les  uns  de  ces  grands  vassaux  devaient  partir 
eux-mêmes  avec  leurs  contingents,  d'autres  pouvaient  se 
borner  à  les  envover,  et  Notger  est  au  nombre  de  ces  der- 
niers.  «  L'évêque  de  Liège,  dit  la  circulaire  impériale, 
enverra  soixante  hommes  avec  Ilerman  ou  Ammon  (4).  »  Il 
est  donc  certain  que  Notger  fut  laissé  à  son  diocèse  pendant 
les  années  981  et  982.  Mais  la  catastrophe  qui  frappa  les 
armées  allemandes  pendant  cette  dernière  année  devait  dé- 
terminer de  la  part  des  princes  un  mouvement  de  loyalisme 
extraordinaire  :  la  plupart,  répondant  à  l'appel  de  leur  sou- 
verain en  détresse,  accoururent  se  ranger  autour  de  lui  dans 
la  diète  qu'il  réunit  à  Vérone  pendant  les   premiers   jours 

(1)  Voir  le  diplôme  publié  par  Vos,  t.  I,  p.  433. 

(2)  Voir  Sickel,  DO.  Il,  p.  248  (diplôine  impérial  du  i  juin  1)80). 

(3)  Voir  plus  loin. 

(4)  Leodicensis  episcopus  LX  mitlat  cum  Hermuniio  aut  Ammone.  Monumenta 
Bambergensia  dans  Jaffé,  Bibliotheca  Rertim  rjermanicin-um  t.  V.,  p.  i72.  Sur  la  date 
du  document,  voir  le  même,  p.  471. 


68  CHAPITRE   t. 

de  juin  983  (1).  Notgcr,  cette  fois,  se  trouva  au  rendez-vous. 

Ce  fut  là  qu'il  reçut  de  l'empereur  la  dernière  marque  de 
sa  faveur  :  Otton  lui  conférait  par  diplôme  du  o  juin  983 
le  droit  de  marché  à  Visé,  en  récompense,  dit  l'acte,  de  sa 
fidélité  et  de  son  dévouement  éprouvés.  Thierry  de  Metz  et 
la  duchesse  Béatrice  étaient  intervenus,  et  c'est  probable- 
ment Béatrice  qui  avait  provoqué  la  donation,  car  c'est  de 
ses  mains  que  le  droit  de  marché  passait  dans  celles  de 
l'évoque  (2). 

La  diète  de  Vérone  avait  eu  un  double  but  :  d'une  part, 
elle  devait  rassurer  les  populations  en  leur  montrant,  au 
lendemain  du  revers,  l'empereur  inébranlable  dans  son 
attitude;  de  l'autre,  il  s'agissait  de  faire  reconnaître  Otton  III, 
enfant  encore,  comme  successeur  de  son  père.  Ce  double 
but  atteint,  Otton  II,  appuyé  surtout  sur  les  milices  ita- 
liennes, reprit  la  campagne  contre  les  musulmans,  pendant 
que  les  archevêques  de  Mayence  et  de  Ravenne,  auxquels, 
sans  doute,  se  joignit  Notger,  menaient  l'enfant  royal  en 
Allemagne  pour  le  faire  couronner  à  Aix-la-Chapelle.  La 
cérémonie  eut  lieu  le  jour  de  Noël  989.  Une  fête  joyeuse,  à 
laquelle  Notger  dut  assister  en  qualité  d'évêque  du  dio- 
cèse (3),  réunissait  les  princes  et  les  prélats  autour  de  leur 
jeune  souverain,  lorsqu'on  reçut  de  Rome  la  triste  nouvelle 
de  la  mort  d'Otton  II.  Il  disparaissait  à  l'âge  de  28  ans, 
emporté  par  les  fatigues,  par  les  ardeurs  d'un  climat  méri- 
dional et  aussi  par  le  chagrin  que  lui  causaient  ses  revers, 
laissant  le  royaume  dans  la  situation  la  plus  critique,  sous 
l'autorité  d'un  prince  âgé  de  quatre  ans. 


(1)  Voyez  parLiculicremenl  Tliielmar  de  Mersebourg,  111,  '11,  p.  7G6  et  Annalex 
Maijdebrinjemcs  iu\.  ann.  983,  p.  lo7;  et  cf.  Ricliter,  Annalcn  dcr  Deut.ichen  Gc- 
schichtr  im  Mittdalhr  III,  p.  139,  et  Ciesebreclit,  Deutsche  Kaiserzcit,  t.  I,  p.  570. 

(•2;  Sickcl,  1)0.  Il,  p.  SGo  :  Proptcr  siipradati  Notkeii  episcopi  in  omnibus  extra 
(loinique  spectalam  ruleni  erga  nostrte  fidelitatis  executionem. 

(3)  Daris.  p.  28i. 


CHAPITRE  \'I. 


\OTGER    PENDANT    LA    MINORITE    D  OTTON    III. 


La  mort  prématurée  d'Otton  II  avait  créé  une  situation 
des  plus  difliciles  à  son  fils  Otton  III.  Souverain  de  plein 
droit,  en  vertu  de  son  sacre,  il  était  censé  régner  en  fait,  le 
droit  germanique  ne  connaissant  pas  les  régences.  Seule- 
ment, comme  le  règne  d'un  enfant  n'est  en  réalité  qu'une 
fiction  juridique,  il  fallait  l)ien  que  quelqu'un  gouvernât 
pour  lui  pendant  sa  minorité,  et  ce  quelqu'un,  c'était  évi- 
demment celui  qui  se  mettrait  en  possession  de  l'enfant 
royal.  Pendant  que  les  plus  fidèles  serviteurs  de  la  maison 
ottonienne  se  ralliaient  autour  de  la  reine-mère  et  ne  vou- 
laient pas  quon  lui  enlevât  son  fils,  Henri  de  Bavière,  le 
plus  proche  parent  masculin  du  jeune  roi,  essaya  de  faire 
valoir  ses  prétentions. 

Henri,  que  l'histoire  connaît  sous  le  nom  de  Querelleur, 
était  à  bon  droit  suspect  aux  loyalistes  :  il  s'était  soulevé  à 
plusieurs  reprises  contre  son  cousin  Otton  II,  qui  avait 
fini  par  le  destituer  de  son  duché  de  Bavière  et  par  l'en- 
voyer en  exil  à  Utrecht,  où  il  vivait  depuis  cinq  ans  sous 
la  garde  de  l'évèque  Folcmar.  Les  plus  perspicaces  disaient 
que  cet  ambitieux  et  remuant  personnage  ne  se  contenterait 
pas  de  gouverner  sous  le  nom  de  son  jeune  parent,  mais 
qu'une  fois  maître  de  sa  personne,  il  le  mettrait  à  l'ombre 
et  s'emparerait  de  la  couronne  royale.  D'autres,  au  con- 
traire, préoccupés  exclusivement  des  dangers  d'une  tutelle 


/()  CHAPITRE    VI. 

féminine  et  persuades  qu'il  fallait  au  royaume  menace  le 
concours  d'un  bras  puissant,  sensibles  d'ailleurs  aux  argu- 
ments tirés  de  la  proche  parenté  d'Henri,  penchaient  à  le 
reconnaître  comme  l'arbitre  du  royaume. 

Henri  ne  laissa  pas  aux  partis  le  temps  de  peser  et  de 
discuter  ses  droits.  A  peine  informé  de  la  mort  d'Otton  II, 
il  eut  le  talent  de  se  faire  mettre  en  liberté  par  Tévèque 
d'Utrecht,  son  gardien,  X3uis,  sans  perdre  de  temps,  il  cou- 
rut à  Cologne,  où  il  décida  Tarchevêque  Warin  à  lui  livrer 
la  personne  du  royal  orphelin.  Maître  de  l'enfant,  il  pou- 
vait déjà  se  considérer  comme  maître  du  royaume.  Peu  de 
temps  après,  l'archevêque  de  Trêves  Egbert  et  son  suf- 
fragant  Thierry,  évêque  de  Metz,  se  prononcèrent  en  sa 
faveur,  et  il  se  trouva  à  la  tête  d'un  parti  assez  puissant 
pour  lui  permettre  de  tout  espérer.  Son  intention  manifeste 
était  dès  lors  de  se  faire  associer  au  trône  (1),  sans  doute 
avec  Tarrière-pensée  de  se  substituer  plus  tard  au  jeune  roi. 
Tous  ses  partisans  ne  s'aperçurent  pas,  peut-être,  de  ces 
visées  lointaines.  Plus  d'un  put,  sans  scrupule,  se  pronon- 
cer en  faveur  de  ses  prétentions,  en  considération  des  maux 
que  devait  causer  à  l'empire  le  règne  d'un  enfant  et  pour 
éviter  les  horreurs  de  la  guerre  civile  (2). 

Mais  l'épiscopat  allemand  restait  fidèle  au  malheur,  et  ce 
fut  son  opposition  aux  x^rojets  du  Bavarois  qui  sauva  le 
trône  d'Otton  III.  Il  y  eut,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  deux 
foyers  de  résistance.  Le  centre  de  l'un,  ce  fut  Wiiligis  de 
Mayence,  qui  sut  grouper  les  Saxons  et  les  Francs,  les  deux 
tribus  sur  qui  surtout  s'appuyait  la  dynastie  ottonienne,  et 
qui  força  Henri  de  Bavière  à  renoncer  à  ses  prétentions.  Le 
rôle  de  Wiiligis,  un  peu  éclipsé  parce  qu'il  n'a  pas  laissé 
beaucoup  de  traces  dans  la  littérature,  a  été  remis  en  lumière 
récemment  et  mérite  de  rester  dans  l'histoire  (3). 

(1)  Y.  les  Lettres  de  Gcvbert,  ii"  2'2  htjiv.r,  p.  18  fllciiiriri  reiinii  sr  farrre  ruicntisj 
26,  p.  20  Cconregtiantem  institiiere) ;  33,  p.  32  (iirc  coiurf/ndiitoii  institucrcj ;  3*J, 
p.  38  (ncc  consortem  refjni faciasj  el  cf.  31,  p.  2o-29. 

(2)  V.  sur  les  menées  d'Henri  de  Bavière  les  lémoignages  recueillis  par  Ricliler, 
p.  142,  note  a. 

(3)  Cf.  le  livre  de  BiJluner  sur  Wiiligis. 


NoraEn  pendant  r. a  :\riNoiuTK  d'ottox  m.  71 

En  Lotharingie,  les  droits  du  roytil  orphelin  li'ouvaient 
des  partisans  résolus  parmi  les  membres  de  Tépiscopat. 
Pendant  qu'Egbert  de  Trêves  et  Tlnerry  de  Metz  embras- 
saient le  parti  d'IIcnri,  Nolger  et  son  ami  Rothard  de  Cam- 
brai, suivis  bientôt  par  Gérard  de  Toul,  se  prononcèrent  dès 
les  premiers  jours  pour  la  cause  du  souverain  légitime  et  de 
la  reine-mère.  Ils  trouvèrent  un  puissant  appui  dans  Adalbé- 
ron,  archevêque  de  Reims,  et  dans  son  frère  Godefroi,  dont 
Otton  II  avait  autrefois  récompensé  les  services  en  lui  faisant 
don  des  terres  enlevées  dans  le  Hainaut  aux  fds  de  Régnier. 
Mais  l'a  me  de  la  résistance  au  Ravarois  fut  un  prêtre  fran- 
çais, Gerbert  d'Aurillac,  écolàtre  de  Reims,  qui  avait  des 
obligations  à  la  famille  royale  d'Allemagne  et  qui  lui  gardait 
un  attachement  profond.  Gerbert  était  le  confident  de  son 
archevêque;  par  lui,  le  siège  français  de  Reims  devint  le 
foyer  le  plus  actif  de  l'agitation  en  faveur  d'Otton  III. 

Il  ne  faut  pas  s'étonner  de  voir  Gerbert  s'engager  dans 
cette  cause  avec  un  zèle  qui  le  poussera  même,  plus  tard,  à 
combattre  son  propre  roi,  quand  celui-ci  voudra  tirer  parti 
de  la  situation  pour  son  compte.  L'empire,  à  cette  époque, 
n'avait  pas  encore  perdu  aux  yeux  des  hommes  ce  caractère 
d'internationalité  qui  faisait  comme  partie  de  son  essence;  il 
semblait  qu'il  intéressât  tout  le  monde,  et  que  l'empereur  fût, 
comme  le  pape,  chez  lui  dans  tous  les  pays.  Ce  qui  était  nou- 
veau au  X*  siècle,  c'étaient  les  nationalités,  c'était  cette  espèce 
de  patriotisme  qui  s'arrête  aux  frontières  d'un  royaume  et 
non  aux  confins  de  la  civilisation.  Dès  lors,  des  hommes  qui, 
comme  Gerbert  et  comme  Adalbéron  lui-même,  devaient  tant 
aux  empereurs,  pouvaient  se  croire  liés  à  eux  par  un  lien 
plus  sacré  que  celui  qui  les  rattachait  au  roi  de  France  (1). 

Nous  devons  à  une  bonne  fortune  bien  rare  de  pouvoir 
assister  au  lent  et  patient  travail  de  propagande  entrepris 
par  ces  hommes,  à  une  époque  qui  ne  semble  remplie  que 
de  batailles  et  de  violences,  pour  peser  sur  l'opinion  de 
leurs  contemporains  et  pour  les  gagner  à  la  cause  qu'ils 
crovaient  la  meilleure. 

(1)  .1.  Havet,  Lettres  de  Gerbert,  Introduclion,  p.  XIII,  expose  les  raisons  per 
sonnelles  qir Adalbéron  de  Reims  avait  pour  adhérer  à  Otton  III. 


72  ciiapitut;  vi. 

Les  lettres  de  Gerbert,  que  nous  avons  conservées,  s'en 
allaient  dans  toutes  les  directions,  encourageant  ou  stimulant 
les  uns,  gourmandant,  s'il  le  fallait,  les  autres,  déjouant  les 
intrigues  françaises  et  les  intrigues  bavaroises,  organisant 
et  centralisant  toutes  les  démarches  :  on  eût  dit  qu'il  était 
partout,  et  qu'il  avait  fait  des  intérêts  de  Théopliano  et  de 
son  fils  les  siens  propres.  C'est  en  toute  vérité  qu'il  pouvait 
écrire  à  un  ami,  en  le  chargeant  de  présenter  ses  hommages 
à  l'impératrice  :  «  Elle  est  souvent,  comme  de  juste,  présente 
à  mon  esprit;  j'ai  suscité  à  sa  cause  un  grand  nombre  de 
défenseurs;  tu  le  sais,  et  toute  la  Gaule  m'en  est  témoin  (1).  » 

Ainsi,  pendant  ces  années  critiques,  la  Lotharingie  fut 
le  champ  clos  où  se  jouèrent  les  destinées  de  l'Allemagne 
et  de  sa  dynastie.  L'attitude  de  Notger  avait  donc  dans  ce 
débat  une  importance  capitale.  Elle  a  été  jusqu'ici  peu  com- 
prise ou  pour  mieux  dire  peu  connue,  et  il  y  a  lieu  de  la 
mettre  en  lumière.  Notger,  nous  l'avons  déjà  dit,  n'avait  pas 
hésité  un  seul  jour  à  embrasser  une  cause  qui  était  pour  lui 
celle  de  la  justice;  tout  le  monde  connaissait  ses  sentiments, 
et  quand  on  voit  qu'un  homme  comme  Adalbéron  de  Reims, 
écrivant  à  notre  évêque,  se  croit  obligé  de  protester  de  son 
dévouement  au  jeune  prince,  on  devine  quelle  idée  ses 
contemporains  se  faisaient  de  sa  fidélité  dynastique  (2). 
Toutefois,  dans  l'origine,  cette  fidélité  n'eut  pas  le  même 
caractère  que  celle  de  Gerbert,  et  la  politique  de  Notger 
diffère  sur  un  point  capital  de  celle  du  prêtre  de  Reims  et 
de  ses  alliés.  Gerbert  so  déliait  au  plus  haut  degré  d'Henri 
de  Bavière  et  voulait  à  tout  prix  éviter  la  régence  de  cet 
ambitieux,  dont  il  avait  probablement  pénétré  les  vues  se- 
crètes; c'est  contre  lui  qu'il  dirigeait  tous  ses  efforts,  le 
considérant  comme  infiniment  plus  dangereux  pour  son 
jeune  maître  que  le  remuant  et  versatile  roi  de  France.  Il 
se  flattait  d'avoir  gagné  à  la  cause  de  Théopliano  le  duc 
Charles  de  Lothicr,  bien  plus,  il  croyait  y  avoir  rallié 
Lothaire  lui-même. 


(4)  Lettres  de  Gerbert,  n"  37,  p.  'SI 
(2)  V.  ci-dessous,  p.  74,  note  1. 


XOTGER   PENDANT    LA    MINORITÉ    d'oTTON   III.  73 

«  Dites  bien  à  riinj^cratricc  Tliéopliano,  maiulait-il  â  une 
grande  dame  de  ses  correspondantes,  que  les  rois  de  France 
sont  acquis  à  son  fils,  et  qu'ils  n'ont  d'autre  anihilion  que 
de  détruire  la  domination  usur])atrice  du  duc  Henri,  qui 
essaie  de  se  faire  roi  »  (1).  Jusqu'à  quel  point  Gerbert  était- 
il  convaincu  de  la  sincérité  de  Lothaire?  On  n'oserait  le 
dire,  et  la  seule  chose  qu'il  soit  permis  d'aflirmer,  c'est  que, 
dans  sou  ardeur  à  écarter  la  candidature  de  l'homme  qui  lui 
seuiblait  le  plus  redoutable  rival  d'Otton  III,  il  ne  craignit 
pas  d'accepter  ou  de  paraître  accepter  l'alliance  d'un  tiers 
qui,  tout  aussi  ambitieux,  lui  paraissait  pourtant  moins  à 
craindre. 

Pour  Notger,  le  véritable  ennemi,  ce  n'était  pas  le  duc  de 
Bavière,  c'était  le  roi  de  France.  Henri,  après  tout,  était  un 
membre  de  la  iamillc  impériale,  et,  tant  qu'on  ne  pouvait 
pas,  avec  quelque  raison,  l'accuser  de  nourrir  une  ambition 
criminelle,  il  était  plus  adroit  de  le  ménager  que  de  rompre 
avec  lui.  Lothaire,  par  contre,  était  l'ennemi  né  du  Lothier, 
tout  autant  que  de  la  dynastie  impériale.  Le  souvenir  de 
son  invasion  de  978  était  récent  encore,  et  on  avait 
tout  lieu  de  craindre  qu'il  ne  voulût  profiter  de  la  mino- 
rité d'Otton  III  pour  s'emparer  de  cette  contrée,  qui  avait 
toujours  été  l'objet  de  ses  ardentes  convoitises.  Pour  cela, 
il  lui  suffisait  de  feindre  un  grand  zèle  pour  les  intérêts  du 
jeune  prince,  et  de  se  faire  le  protecteur  de  sa  cause.  Et 
déjà,  déçus  par  ses  protestations,  un  grand  nombre  de 
seigneurs  lotharingiens,  qui  envisageaient  sans  répugnance 
l'éventualité  d'une  tutelle  exercée  par  le  roi  de  France, 
s'étaient  ralliés  autour  de  son  nom  et  lui  avaient  donné  des 
otages  (2). 

Voilà  pourquoi,  tant  que  la  candidature  de  Lothaire  fut  à 
l'horizon,  Notger  pencha  visiblement  du  côté  d'Henri,  qu'il 

(1)  Lettres  de  Gerbert,  n»  22,  [i.  18  :  «  PiOges  Francofum  filio  suo  favere  dicile, 
iiiliil([uealiii(Jconari,nisitvTanni(lem  Hcinricivelleregemsefacerevolentissubnomine 
advocationis  destruere.  »  Les  ref/e.<  Francorum  dont  il  est  question  sont  Lothaire 
et  son  fils  et  associe  Louis,  qui  fut  son  successeur  et  le  dernier  des  monarques 
carolingiens.  Gerbert  écrit  dans  le  même  sens  à  Willigis  de  Mayencc,  n"  27,  j).  21  : 
Deniquc  reges  noslros  ad  auxiliuin  ejus  (Otlonis)  proinovimus. 

(2)  Lettres  de  Gerbert,  no  22  p.   18,  v.  la  note  précédente.  N"  3o  p.  3i  :  Adal- 


74  CHAriTHE   VI. 

considérait  comme  le  moindre  mal.  Les  partisans  de  celui-ci 
ne  réclamaient  d'ailleurs  pour  lui  qu'une  espèce  de  tutelle, 
et  il  semblait  nécessaire,  en  effet,  que,  pendant  la  minorité, 
les  affaires  lussent  dirigées  par  un  bras  fort.  Gela  étant, 
le  plus  proche  parent  du  roi  n'était-il  pas  le  plus  indiqué 
pour  remplir  cette  mission?  Notger,  à  ce  qu'il  paraît,  l'a 
cru  avec  beaucoup  d'autres. 

Cette  opposition  de  points  de  vue  entre  Liège  et  Reims 
éclate  dès  la  première  lettre  que  Gerbert  écrivit  à  Notger, 
de  la  part  de  son  maître  l'archevêque  Adalbéron.  Notger 
avait  convoqué  Godefroi,  le  frère  de  l'archevêque,  à  une 
réunion  qui  devait  se  tenir  à  Liège,  sans  doute  pour  aviser 
à  la  situation  politique.  Adalbéron  lui  écrivit  pour  excuser 
son  frère  de  n'y  avoir  pas  été,  à  cause  d'un  mal  de  pied,  et 
d'être  allé,  par  contre,  trouver  le  roi  de  France,  ce  qui 
n'était  nullement  convenu  avec  l'évêque  de  Liège.  Il  lui 
protestait  de  la  communion  de  sentiments  qui  le  liait  à  lui, 
dans  un  même  dévouement  à  la  cause  d'Otton  III,  et  lui  fixait 
un  rendez-vous  pour  le  H  juin  984  (1). 

Quelle  était  la  réunion  à  laquelle  Notger  avait  convié 
Godefroi  d'Ardenne?  On  ne  sait  au  juste,  mais  on  y  voit 
assister  Charles  de  Lothier,  alors  brouillé  avec  son  frère,  et 
l'évêque  Thierry  de  Metz,  ennemi  déclaré  de  l'impératrice 
Théophano  et  partisan  avéré  d'Henri  de  Bavière,  ainsi  qu'un 

bero duiii  a  Lothariensis  regni  primatibus  obsides  accipit,  dum  filio  iinpcra- 

loris  parère  cogit  sub  régis  Francorum  clientela  dumque  Hcinricum  in  Gallia  regnarc 

prohibet N"  57  p.  o4  :  Cum   agerefur  «t  senior  mens  (c'est  Lotliairo,  et  la 

lettre  est  écrite  au  nom  d'Adalbéron)  imperatoris  iilio  advocatus  foret  eâque  de 
causa  dati  obsidcs  essent.  Cf.  Havet  p.  18,  note  6. 

(l)  Lettres  de  Gerbert,  n«>  30  p.  24.  Les  raisons  données  par  M.  J.  Lair,  Bulle  du 
jxipp  Senjius  IV.  Lettres  de  Gerbert,  p.  III,  pour  contester  la  date  de  cette  lettre 
sont  faibles,  et  on  ne  voit  pas  davantage  pourquoi  il  doute  que  herilis  vestri  pi/rri 
désigne  Otton  III.  Quel  autre  était  donc  le  herilis  puer  de  l'évêque  de  Liège?  — 
Pour  M.  Loi,  p.  134,  il  voit  dans  notre  lettre  la  preuve  qu'Adalbci'on  et  Gerbert 
avaient  gagné  Ndiger  à  l'idée  de  donner  l'avouerie  du  Lothier  à  Lolhaire;  il 
traduit  comme  suit  :  «  IS"accusez  pas,  mon  père,  je  vous  en  prie,  mon  frère  Gode- 
froi d'avoir  désobligé  voti'e  amitié  en  n'allant  pas  trouver  le  roi  (Lotliaire)  comme 
cela  était  convenu,  et  en  ne  venant  pas  où  vous  désirez.  »  Le  texte  dit  tout  juste  le 
contraire  :  i  Ne  maie  mei-eri,  queso,  mî  pater,  de  vestra  exislimetis  amicitia  fralrem 
meum  G.  non  ex  condicto  regem  adiisse,  et  ex  condicto  quo  voluistis  non  venisse.  » 


NOTGER  pi:ni)AM'  r,A  :minokitk  n'oTTON  m.  715 

certain  nombre  de  personnages  de  second  ordre  (1).  Dans 
cette  réunion,  si  nous  en  croyons  le  témoignage  d'ailleurs 
suspect  de  lévcque  de  Metz,  celui-ci  aurait  obtenu  de 
Charles  de  Lothier  certains  engagements  en  faveur  d'Henri 
(2).  Toutefois,  la  rencontre  de  ces  personnages  chez  Notger, 
sous  les  yeux  duquel  ils  semblent  s'être  mis  d'accord  pour 
quelque  temps,  nous  permet  de  deviner  les  bons  sentiments 
qu'à  un  moment  donné  l'évcque  de  Liège  professa  pour  la 
cause  d'Henri  (3). 

Celui-ci  se  chargea  lui-même  d'ouvrir  les  yeux  des  hon- 
nêtes gens  par  une  de  ces  démarches  prématurées  et  mala- 
droites que  l'impatience  du  pouvoir  dicte  presque  toujours 
aux  ambitieux  vulgaires.  Le  IG  mars  98 i,  à  Magdebourg, 
dans  une  réunion  de  ses  partisans,  il  se  fît  saluer  du  titre  de 


(1)  Non  iiobilioribus,  lamcn  veritatc  excellentioribus  prsesentibus.  Lettres  de 
Gcrbert,  n»  31,  p.  21j. 

(2)  V.  dans  les  Lettres  de  Gerbert,  n"  31,  pp.  26-29,  les  reproches  de  Thierry 
de  Metz  à  Charles  de  Lothier,  ({ui  n'aurait  pas  tenu  le  serment  prêté  en  présence  do 
Notger  devant  l'autel  de  Saint-Jean.  L'éditeur,  J.  Havet,  p.  26,  note  1,  a  tort  de 
penser  ici  à  l'église  de  Chèvremont,  qui  n'était  pas  alors  au  pouvoir  de  Notger;  et 
je  ne  sais  si  l'on  peut  penser  à  l'église  Saint-Jean  de  Liège. 

(3)  Il  faut  cependant  se  garder  d'aller  trop  loin  et  d'admettre  avec  M.  Lot,  o.  c. 
p.  170,  que  Notger  reconnut  l'usurpateur  Henri  comme  roi.  M.  Lot  invoque  un 
di(dûme  dont  la  formule  de  date  est  la  suivante  :  Acta  sunt  haec  Leodii  publiée  V. 
kal.  uovcmbrlti  (amw  dominicœ  incarnationis  DCCCCLXXXVIllI,  indictinne  Xlf,  ini- 
perii  vero  lleinrici  anno  primo.)  (Dachéry,  Spicilcgium,  p.  320  ;  Ilariulf,  Chronique  de 
Saint-Riquier,  III,  30,  édit.  Lot,  p.  170).  A  première  vue,  on  ne  comprend  pas  bien 
comment  cet  acte  de  989  pourrait  prouver  que,  cinq  ou  six  ans  auparavant,  Notger 
a  reconnu  Henri  comme  roi;  c'est  que,  dit  M.  Lot,  la  date  est  altérée,  et  qu'en 
lisant  OSi  on  remet  d'accord  l'année  avec  l'indiction  XII.  .Mais,  cela  étant,  (jui 
garantit  que  984  vaille  mieux  que  999,  qui  concorde  aussi  avec  l'indiction  XII  et  qui 
ressemble  plus  à  989?  Sans  doute,  999  n'est  pas  la  première  année  de  l'empire 
d'Henri,  mais  984  ne  l'est  pas  davantage,  et  ce  n'est  pas  par  pure  distraction,  sans 
doute,  que  M.  Lot  confond  ici  imperium  et  reijnum.  On  verra  plus  loin  qu'en  réalité 
l'acte  est  de  1002,  qui  est  etfectivcment  la  première  année  du  règne  de  l'empereur 
Hciu'i  II.  Chose  cui'ieuse,  pendant  ([ue  M.  Lot  s'évei'tue  à  nous  faire  croire  que  Not- 
ger aurait  favorisé  Henri  jusqu'au  point  de  trahir  la  cause  du  jeune  roi,  M.  BiJlmier, 
p.  31,  écrit  que  Notger,  aussitôt  qu'il  se  fut  rendu  compte  des  intentions  d'Henri, 
adhéra  à  l'idée  de  confier  la  tutelle  au  roi  Lothaire.  11  invoque  pour  cela  la  lettre 
n"  30,  i>.  21,  pleine  d'allusions  qui  en  rendent  l'interprétation  dilTicile,  mais  qui 
dans  aucun  cas  ne  peut  être  interprélée  dans  le  sens  de  M.  Bohmer. 


76  CHAriTRE    VI. 

roi  (1).  Alors  tous  ceux  qui  avaient  adhéré  sincèrement  au 
régent  se  détournèrent  avec  indignation  de  Tusurpatcur. 

Lorsque,  avec  ses  Bavarois,  il  fut  arrivé  dans  le  i>ays  du 
Hhin,  à  Burstiidt  près  de  Worms,  il  y  rencontra  l'arche- 
vêque Willigis  de  Mayence  et  le  duc  Conrad  de  Franconic 
avec  leurs  adhérents  :  loin  de  les  rallier  à  sa  cause,  il  fut 
obligé  au  contraire  de  s'engager  vis-à-vis  d'eux  à  rendre  le 
jeune  Otton  III  à  sa  mère  (2).  Peu  décidé  à  tenir  cetle  pro- 
messe, il  se  porta  vers  la  Saxe,  mais,  à  Eythra,  il  tomba  sur 
une  armée  de  Saxons  et  de  ïhuringiens  partisans  d'Otton, 
qui  le  forcèrent  à  renouveler  sa  promesse.  Cette  fois,  il  lui 
fallut  s'exécuter,  et,  le  29  juin,  dans  l'entrevue  de  Rohr  près 
de  Meiningen,  il  remit  solennellement  le  jeune  prince  entre 
les  mains  de  sa  mère  (3).  Ainsi  la  fidélité  des  Lotharingiens 
d'une  part,  des  Francs  et  des  Saxons  de  l'autre  avait  rem- 
porté la  première  victoire. 

Si  le  Bavarois  avait  cru  ramener  l'esprit  public  par  cette 
ostentation  de  générosité,  il  avait  fait  un  faux  calcul.  Il  ne 
parvint  pas  à  regagner  la  confiance  de  ses  adversaires,  ni  à 
garder  celle  de  ses  partisans.  Privé  à  la  fois  et  de  cet  air  de 
fidélité  qu'il  avait  su  se  donner  longtemps,  et  du  gage  pré- 
cieux qu'il  avait  dans  la  personne  de  l'enfant  royal,  il  n'avait 
plus  ni  prestige  ni  force,  et  sa  cause  était  perdue.  Lui-même 
le  sentit  si  bien  que,  renonçant  à  s'appuyer  sur  la  nation,  il 
ne  compta  plus  que  sur  le  secours  de  l'étranger.  Le  roi 
Lothaire,  qu'on  lui  avait  jusqu'alors  opposé  comme  un  rival, 
allait  devenir  son  allié.  Entre  ces  deux  ambitieux  également 
déçus,  également  irrités,  un  rapprochement  se  fit.  Lothaire 
et  Henri  convinrent  dune  entrevue  qui  devait  avoir  lieu  à 
Brisach  sur  le  Rliin,  le  1*""  février  983,  pour  arrêter  un  projet 
commun  dont  les  lignes  maîtresses  étaient  les  suivantes  : 
Lothaire    aiderait   Henri   à  conquérir   la    couronne   d'Alle- 

(I)  Annales  Ifildesheimenses  p.  GG;  Annales  Quedlinbiinjenses  p.  00;  Tliietmar  de 
Jlersebour-,  IV,  2,  p.  7G7. 

(2j  V.  Thietiiiai-  de  Merseboiirg,  IV,  4  (3),  p.  7G8. 

(3)  Thietinar  de  Mersebourg,  IV,  7  (G)  et  8  p.  770;  ci.  IJOliiiicr,  pii.  34  et  3o; 
Lot,  p.  432;  Richter,  III,  p.  -143.  M.  Daris,  p.  285,  eroit  ([ue  Notger  fut  à  rentreviie 
de  Rohr;  c'est  une  supposition  qui  n'a  rien  d'invi'aisenibiable,  mais  (jui  man(iue 
de  preuve. 


NOTGEU  mN'OANT  T.  V  :mixoiîitt':  d'otton  Tri.  1i 

niagnc  (1);    Henri,    devenu  roi,    céderait   la    Lotharingie   à 
Lothaire  (2). 

Gerbert,  dont  il  n'était  pas  facile  de  prendre  la  vigilance 
en  défîiut,  eut  vent  du  projet.  Aussitôt  il  [)oussa  le  cri 
d'alarme  :  «  Veillez-vous,  père  de  la  patrie,  éerivit-il  à 
Notger,  vous  dont  la  fidélité  à  la  cavise  de  l'empereur  était 
autrelois  si  fameuse,  ou  bien  ctes-vous  aveuglé  par  la  for- 
tune et  par  l'ignorance  des  événements?  Xe  voyez- vous  X)as 
les  droits  divins  et  humains  bouleversés  à  la  fois?  Voilà 
qu'on  délaisse  ouvertement  celui  à  qui,  par  reconnaissance 
])Our  son  père,  vous  aviez  promis  votre  foi,  à  qui  vous  deviez 
la  conserver  une  fois  promise.  Les  rois  de  France  s'appro- 
chent en  secret  de  Brisach  allemand  sur  les  bords  du  Rhin; 
Henri,  déclaré  ennemi  pulîlic,  ira  à  leur  rencontre  le  L'""  fé- 
vrier. Prenez  toutes  les  mesures  de  résistance,  mon  père, 
[lour  empêcher  la  ligue  contre  votre  seigneur  et  votre 
Christ.  La  multitude  des  rois,  c'est  l'anarchie  des  royau- 
mes (3).  S'il  est  dillicile  de  la  conjurer  complètement,  choi- 
sissez au  moins  le  parti  le  meilleur.  Pour  moi,  qui,  à  cause 
des  bienfaits  d'Otton,  reste  fidèle  à  la  cause  de  son  lils,  je 
n'iiésite  pas  dans  mon  choix.  Nous  connaissons  les  projets 
ambitieux  d'Henri,  nous  savons  ce  qu'est  la  fougue  fran- 
çaise,   nous   n'ignorons   pas   ce    qu'ils   nous   préparent   (4). 

(1)  Selon  Richei",  III,  97-98,  p.  G28,  cette  entrevue  était  fixée  au  comniencemont 
(le  984,  et  il  est  suivi  par  Richter,  III,  p.  113.  Au  contraire,  selon  les  Lettres  de 
Gerbert,  n»  39,  p.  37,  l'entrevue  devait  avoir  lieu  le  1'^''  ievriei-  98.",  si  l'on  adopte 
le  classement  chronologique  de  Julien  Havct,  qui  est  le  bon.  M.  J.  Lair,  pp.  103- 
-lu9,  fait  des  efforts  énergiques,  mais  infructueux,  pour  se  débarrasser  du  témoignage 
de  la  lettre  n"  39,  qu'il  dit  corroinpuc,  iiiutilée  et  mal  datée;  il  n'est  point  pai'venu 
ù  me  convaincre. 

(2)  Lettres  de  Gerbert,  n»  39,  p.  3";  Uiclicr,  111,  97,  p.  G'28. 

(3)  Turba  rcr/nuns,  reynoruin  perturbât  tu.  La  pensée  de  Gerbert  est  claire  :  outre 
le  roi  légitime,  il  y  a  le  roi  de  France  et  le  duc  de  Bavière  qui  essaient  de  s'imposer  : 
de  là  l'anarchie.  C'est  dans  le  même  sens  (ju' Ulysse  dit  à  Thcrsite  :  Ojx  àyaOôv 
TtoXuxoipavîrj,  Iliade  II,  204.  M.  Lot  se  trompe  donc  en  traduisant  :  «  La  royauté 
de  la  foule,  c'est  l'anarchie  dans  les  royaumes,  n 

(4)  Noviinus  Henrici  alta  consiiia,  Francorum  inipctum,  sed  quem  finem  habeant 
non  ignoramus.  Après  avoir  opposé  la  fougue  française  à  l'esprit  calculateur  d'Henri, 
Gerbert  continue  en  disant  que  l'un  et  l'autre  tendent  au  même  but,  qui  est,  dans 
sa  pensée,  la  sp^dialifin  du  jeune  Otlun.  II  ndjure  donc  Notger  de  ne  pas  favoriser, 


78  CHAPITRE   Vi. 

Gardez-vous  de  faire  associer  au  trône  un  homme  que  vous 
ne  pourrez  plus  écarter,  une  fois  qu'il  y  sera  monté  (1).  » 

Nous  voyons  par  cette  lettre  combien,  à  Reims,  on  était 
préoccupé  de  combattre  la  prédilection  qu'on  attribuait  à 
Notger  pour  le  Bavarois.  Aussi  le  groupe  des  familiers  et 
des  partisans  de  l'archevêque  Adalbéron  multipliait-il  les 
avances  pour  entretenir  les  bonnes  dispositions  de  l'évêque 
de  Liège  et  pour  le  détacher  de  plus  en  plus  d'Henri.  Adal- 
béron lui-môme  le  mettait  au  courant  de  ses  démarches  auprès 
d'Egbert  de  Trêves  (2).  Godefroi  le  faisait  inviter,  en  no- 
vembre 984,  à  la  consécration  de  son  fils,  qui  venait  d'être 
élu  évoque  de  Verdun,  et  dont  l'inauguration  était  fixée  au 
3  janvier  985;  pour  être  sûr  de  sa  présence,  il  lui  mandait 
qu'il  le  ferait  prendre  le  28  décembre  (3).  Nul  doute  que 
cette  solennité  religieuse  ne  fût  destinée  à  couvrir,  dans  la 
pensée  des  princes  lotharingiens,  une  réunion  politique  des 
plus  importantes,  où  l'on  arrêterait  en  commun  une  ligne  de 
conduite. 

Cependant  le  danger  était  moins  du  côté  d'Henri  que  du 
côté  de  Lothaire.  Notger  n'aura  pas  manqué  de  le  dire  à  ses 
amis,  et  l'histoire  lui  a  donné  raison  sur  ce  point.  Le  rap- 
prochement des  deux  ennemis  de  Théophano,  tant  redouté 
de  Gerbert,  n'eut  pas  lieu.  Henri,  on  ne  sait  pour  quelle 
raison,  n'apparut  pas  au  rendez- vous  de  Lothaire  à  Brisach. 
Le  roi  de  France  revint  furieux,  se  considéi'ant  comme  joué, 
et  bien  décidé,  puisqu'il  le  fallait,  à  agir  seul  (4). 

Le  mois  de  février  n'était  pas  encore  écoulé  qu'il  s'empa- 
rait de  Verdun,  et,  cette  ville  ayant  été  reprise  par  les  Lotha- 
ringiens peu  après  son  départ,  il  vint  en  faire  une  seconde 

comme  il  semble  le  faire,  l'un  des  deux  conjurés.  M.  Lot,  qui  n'a  pas  compris  ce 
passage,  veut  que  l'on  bitte  le  non  devant  iijnoramus  et  traduit  :  (f  Quelle  en  sera 
l'issue,  nous  l'ignorons,  u  El  il  ajoute  en  note  :  «  Comment  C.erbert  aurait-il  su  à 
priori  la  suite  des  projets  de  Henri  et  de  Lothaire?  »  11  lui  sullisait  d'en  connaître 
le  but. 

(1)  Lettres  de  Gerbert.  n"  39,  p.  37.  .l'ai  emprunté  à  M.  Lot  la  traduction  qu'il 
donne  de  cette  lettre,  p.  143,  mais  non  sans  la  rectifier  par  endroits. 

(2)  Lettres  de  Gerbert,  n"  42,  p.  40. 

(3)  Lettres  de  Gerbert,  n»  43,  p.  41. 

(4)  Richer,  III,  98,  p.  G28. 


NOTfîIîn    PF.XnANT    LA    MINOniTK    d'oTTON    III.  79 

fois  le  siège  et  s'en  rendit  maître  au  mois  de  mars  985.  Ainsi 
le  roi  de  France  prenait  pied  en  Lothier,  et  le  désastre  pour 
la  maison  de  Saxe  était  d'autant  i)lus  grand  que  le  vaillant 
Godcfroi  de  Verdun,  son  frèz-e  Sigcfroi  de  Luxembourg  et 
d'autres  personnages  de  mar([ue  étaient  tombés  dans  les 
mains  du  vainqueur.  Adalbéron  de  Reims  fut  si  intimidé  de 
cet  échec  qu'il  n'osa  plus  faire  op[)osition  à  Lotliaire  ;  il  se 
laissa  même  entraîner  à  écrire  en  sa  faveur  aux  archevêques 
de  Mayence,  de  Trêves  et  de  Cologne  (1). 

Mais  Gerbei't  restait  à  la  cause  du  jeune  Otton  et  de  sa 
mère,  et,  sans  exagération,  on  peut  dire  que  Gerbert  sulli- 
sait.  Cette  fois  cependant,  la  tâche  était  rude,  car  il  avait  à 
combattre  son  métropolitain,  son  bienfaiteur,  son  chef  Adal- 
béron, et  ses  lettres  allaient  chez  les  correspondants  de 
celui-ci  détruire  l'elfet  des  messages  contraints  que  ce  prélat 
écrivait  sous  la  dictée  de  Lotliaire.  Voici  celle  que  reçut  Not- 
ger  :  a  Votre  nom  devient  éclatant  dans  un  temps  où  retentit 
si  rarement  l'éloge  de  la  probité,  mais  où  l'improbité  est  si 
souvent  proclamée.  Votre  ami  Godefroi  voit  maintenant  où 
sont  les  amis  qui  l'ont  aimé  plus  que  leurs  intérêts,  qui  au- 
raient été  fidèles  à  sa  femme  et  .à  ses  enfants  s'il  leur  avait 
été  enlevé  par  la  mort.  La  bonne  opinion  qu'a  de  vous  un 
homme  de  cette  valeur  est  à  elle  seule  la  preuve  du  haut  de- 
gré du  mérite  qui  brille  en  vous.  Il  exhorte  donc  et  il  engage 
ceux  qui  l'aiment,  ceux  qui  lui  sont  dévoués,  à  garder  leur 
foi  à  sa  souveraine  Théophano  et  à  son  fds,  à  ne  pas  se  lais- 
ser accabler  par  les  forces  de  l'ennemi  ni  épouvanter  par  les 
événements  ;  il  viendra  un  jour  d'allégresse  qui  fera  le  départ 
des  traîtres  et  des  amis  de  la  patrie,  réservant  à  ceux-là  de" 
châtiments,  à  ceux-ci  des  récompenses.  Ne  mandez  rien  de 
tout  ceci  à  votre  lidèle  ami  l'archevêque  Adalbéron  de 
Reims  :  il  est  victime  de  la  contrainte,  comme  en  font  foi  les 
lettres  qu'il  a  écrites  à  vos  archevêques.  Il  n'a  rien  écrit  qui 
vienne  de  lui;  tout  lui  a  été  arraché  par  la  violence  de  la 
tyrannie  (2)  ». 

(1)  Sur  tout  ceci  voir  Lot,  pp.  142- 14 i. 

(2)  Lettres  de  Herbert,  n°  49,  |).  4G. 


80  CHAPITRE   VI. 

Notgcr,  apparemment,  n'aAait pas  besoin  des  exhortations 
de  Gerbert  pour  se  mettre  sur  ses  gardes  contre  les  entre- 
prises du  roi  de  France,  que  l'on  peut  considérer  comme  son 
vieil  ennemi.  Aussi  bien  eut-il,  peu  de  temps  après,  la  satis- 
l'action  de  constater  que,  comme  il  l'avait  ])rcvu,  Lotliaire 
restait  seul  en  i'ace  du  jeune  Otton.  En  eiîet,  l'ambitieux 
Henri,  désespérant  de  ses  vastes  projets  et  voulant  avi  moins 
sauver  son  duché  de  Bavière,  venait  de  se  décider  à  faire 
une  paix  décisive  avec  les  deux  reines.  Cet  acte  important  se 
passa  en  98o  à  Francfort  sur-le-Mein  (1).  Une  conférence, 
convoquée  à  Metz  pour  le  mois  de  juillet  de  la  même  année, 
avait  pour  objet  de  sceller  cette  réconciliation.  Là  devaient 
se  rencontrer,  avec  les  inqiératrices  Adélaïde  et  Théophano, 
la  duchesse  Béatrice,  plusieurs  princes  parmi  lesquels  Henri, 
et  plusieurs  évcques  parmi  lesquels  Notger  (2).  On  ne  sait  si 
cette  conférence  eut  lieu  (3)  ;  dans  tous  les  cas,  les  résultats 
de  la  paix  de  Francfort  restèrent  acquis  :  Otton  III  garda 
son  royaume  sous  la  tutelle  de  sa  mère,  Henri  fut  rélabli 
dans  son  duché  de  Bavière. 

Notger  passa  une  partie  de  cette  année  985  à  la  cour  du 
roi.  Il  était  avec  lui  à  Francfort  le  28  juin,  et  il  intervint  dans 
l'acte  par  lequel  le  roi  accorda  en  propre  à  Ansfrid  tout  ce 
qu'il  tenait  de  lui  en  bénéfice  dans  la  Frise  (4).  Il  l'accom- 
pagna ensuite  à  Ingelheim,  où,  le  7  juillet,  il  se  fit  accorder 
tous  les  droits  qui  restaient  au  souverain  dans  le  comté  de 
Huy  (o). 

Seul,  le  roi  de  France,  mécontent  et  jaloux,  rêvait  de  de- 
mander aux  armes  une  revanche  de  ses  insuccès  diploma- 
tiques, et  préparait  une  nouvelle  invasion  du  Lothier.  C'est 
encore  par  la  correspondance  de  Gerbert  qu'on  en  fut  in- 
fo imié  en  Allemagne  ;  dès  la  fin  de  juin  9SG,  il  prévenait 
l'inq^érati'ice  Théophano  :  «  Un  complot  s'est  formé  ou  se 

(1)  Annales  QuedlinlnD-rjcnses  p.  C". 

(2)  Lettres  de  Gerbert,  n"  02  p.  Cl  ;  n»  GG  p.  04;  cf.  la  note  de  J.  llavet,  p.  (M, 
note  1. 

(3)  Lettres  de  Gerbert,  p.  01  note  1  ;  Lot,  p.  IGl  avec  la  note  4. 

(4)  Sickel,  DO.  III,  \>.  ilO. 
(3)  Sirkel.  1)0.  fil,  p.  4i;3. 


NOTGER    PENDANT   LA   MINORITÉ    d'oTTON    III.  <S1 

trame  en  ce  moment  contre  le  fils  de  César  et  contre  vous  ; 
il  comprend  non  seulement  des  princes,  entre  autres  le  duc 
Charles  qui  ne  s'en  cache  plus,  mais  encore  tous  ceux  des 
chevaliers  que  l'espérance  ou  la  crainte  peuvent  enchaîner... 
On  prépare  en  grand  secret  une  expédition  contre  vos  (idèles, 
mais  je  ne  sais  lesquels  (1).  « 

En  même  temps,  Ilothard  de  Canibrai  apprenait  que  les 
deux  postes  menacés,  c'étaient  sa  ville  épiscopale  et  celle  de 
Notger.  Liège  et  Cambrai  étaient  en  eflet  les  boulevards  de 
la  puissance  ottonienne  en  Lothier;  les  conquérir,  c'était 
enlever  tout  le  pays  à  l'Allemagne.  Cette  fois,  l'évèque 
de  Cambrai  ne  fut  plus  à  la  hauteur  de  la  situation  :  à  la  nou- 
velle des  projets  de  Lothaire,  il  accourut  s'humilier  devant 
lui  et  obtint  la  promesse  que  le  roi  ne  lui  demanderait  sa  sou- 
mission qu'après  c[u"il  aurait  obtenu  celle  de  Liège  et  des 
principaux  grands  du  pays  (2).  Vaines  terreurs!  L'heure 
approchait  où  le  remuant  roi  de  France  ne  serait  plus  un 
danger  pour  personne.  Le  2  mars  98G,  ce  prince,  dans  lequel 
revivaient  toutes  les  vastes  ambitions  des  rois  carolingiens, 
expirait  à  l'âge  de  44  ans,  et,  comme  dit  un  contemporain, 
«  les  Belges  pouvaient  respirer  »  (3). 

Sur  cette  période  de  luttes  sourdes  ou  ouvertes  déchaînées 
par  les  intrigues  de  deux  ambitieux,  la  correspondance  de 
Gerbert,  tout  intéressante  qu'elle  soit,  ne  nous  apporte  cepen- 
dant pas  toutes  les  indications  que  nous  souhaiterions.  Elle 
allume  notre  curiosité  plus  qu'elle  ne  la  satisfait,  elle  nous 
laisse  deviner  des  problèmes  dont  elle  ne  nous  donne  pas  la 
solution.  Cela  est  vrai  surtout  du  rôle  c{ue  notre  évoque  a 
joué  dans  ces  complications  internationales.  Nous  avons 
laissé  de  côté,  dans  notre  exposé,  plus  d'un  point  de  ce  rôle 
sur  lequel  nous  n'avons  que  des  allusions  vagues;  par 
exemple,  nous  n'avons  pas  essayé  de  préciser  quelles  sont 
au  juste  ses  relations  avec  Godefroi  de  Verdun,  qui  semble 
être  de  ses  fidèles  et  pour  qui  on  réclame  sa  protection. 

(1)  Lettres  de  Gerbert,  n"  o9,  p.  o8;  Lot,  p.  tG2,  note. 

(2)  Gesta  epp.  Cameruc.  I,  10.j,  p.  413.. 

(3)  Richer,  III,  108,  p.  G30  :  Sed  Divinitas  res  miindanas  dcterniiiuins,  et  lîelgis 
requiem,  et  liuic  (régi  Lolhario)  regnandi  linem  dédit. 

I.  G 


82  CHAPITRE    Vt. 

Plusieurs  écrivains  liégeois  ont  prétendu  que  Notger  fut  le 
tuteur  dOtton  III  et  le  régent  du  royaume  (1).  Il  n'en  est 
rien.  La  tutelle  a  été  gérée  par  riinpératrice  elle-même; 
quant  aux  études  du  jeune  prince,  elles  ont  été  dirigées,  d'a- 
bord par  le  comte  saxon  Hoico  et  par  Jean  de  Plaisance,  puis, 
après  la  retraite  de  ce  dernier  en  988,  par  saint  Cernward, 
évcque  de  Hildesheim.  Notger  lut  encore  moins  le  régent  du 
royaume,  puisqu'il  n'y  eut  pas  de  régence  à  proprement  par- 
ler, et  que  ceux-là  étaient  les  maîtres  du  pouvoir  qui  avaient 
la  garde  de  l'enfant  royal,  c'est-à-dire,  tout  d'abord  sa  mère 
Tliéopliano  et  sa  grand'mère  Adélaïde  (2). 


(1)  Ces  idées  n'apparaissent  pas  encore  dans  Anselme,  qui  se  contente  de  dire  : 

Quippe  qui in  palatio  Ollonis  III  adliiic  pucri  inter  primos  consiliarios  esset 

(c.  25);  et  plus  loin  :  Quem  summi  proceres,  antistes  dico  Romanae  urbis  pariter- 
que  imperator  tanto  honore  dignum  duxenint  ut  alter  eoruni,  papa  videlicet,  in 
disceptationibus  praesulum  cisalpinoruin  vice  sua  sequeslrem  saepe  esse  jusserit, 
imperator  vero  in  disponendis  regni  negotiis  ])rimum  habuerit.  Mais  déjà  le  Vita 
\ot{irri,  c.  7,  fait  de  notre  évûquc  le  tuleur  d'Otton  III  :  Praerogativà  bonae  lidei  et 
meritorum  constitutionc  principum  curia  fccit  eum  patronum  pucrilis  aelatis  Otlo- 
nis  imperatoris.  Cujus  studio  et  diligentia  quam  super  actatem  siiani  puer  ille 
profecerit  etc. 

Le  continuateur  III  de  la  Cironiquc  de  Saint- T rond,  III,  li,  p.  380,  fait  écho 
au  Vita  Notgeri  :  Leodiensis  episcopus  Noigerus  propter  sui  industriam  a  primori- 
bus  imperii  tutor  constituitur.  Jean  d'Outremeuse,  naturellement,  abonde  dans  le 
même  sens  et  raconte  à  ce  sujet  des  fables  bizarres,  t.  IV  p.  -153  et  iM-.  Enfin,  on 
lit  dans  le  Vitu  Notrjeri  de  Langius  ce  vers  dont  je  ne  connais  pas  l'âge  : 
A  Suevo  regitur  rcx  magnus  tertius  Otio. 

Parmi  les  modernes,  Fisen,  I,  p.  loS,  et  Foullon,  I,  p.  199,  croient  à  la  tutelle  ; 
Daris,  p.  28,'),  à  un  conseil  de  tutelle  sur  la  foi  d'Anselme,  qui  ne  dit  rien  de  sem- 
blable. 

(2j  V.  Kelii',  0.  c. 


CHAPITRE  VII. 


NOTGER    AU    SERVICE    I)  OTÏON    III. 


Le  zèle  que  notre  évèque  avait  déployé  pour  la  défense 
des  droits  de  son  souverain  légitime  devait  trouver  une 
récompense.  Il  devint,  sous  Otton  III,  un  des  hommes  les 
plus  influents  de  l'empire,  un  des  conseillers  les  plus  écoutés 
de  la  couronne.  Sans  égaler  la  situation  d'un  Willigis  de 
Mayence  et  d"un  Plildebold  de  Wornis,  qui  remplissaient 
respectivement  les  fonctions  d'arclùchancelier  et  de  chan- 
celier du  royaume,  il  occupait,  immédiatement  après  eux, 
le  premier  rang  à  la  cour  et  dans  le  royaume,  et  les  di- 
plômes impériaux  du  règne  d'Otton  III  nous  apportent  un 
témoignage  oiiiciel  de  sa  haute  situation. 

C'est  lui  que  l'empereur  consultait  sur  tout  ce  qui  regar- 
dait les  aflaires  du  Lothier.  Sous  ce  rapport,  on  peut  dire 
que  notre  évoque  reproduit,  bien  qu'avec  moins  d'autorité 
et  de  prestige,  la  iigurc  de  saint  Brunon  de  Cologne.  C'est 
lui,  on  le  verra,  qui  disait  le  mot  décisif  dans  la  nomination 
des  évêques  de  Cambrai  et  d'Utrecht;  c'est  sou  intervention 
qui  était  mentionnée  dans  les  diplômes  des  libéralités  faites 
par  l'empereur  aux  églises  ou  aux  grands  de  ce  pays. 
Nous  rencontrons  son  nom  dans  treize  actes  impériaux  qui 
s'échelonnent  entre  les  années  985  et  997  :  sur  ces  treize 
documents,  il  y  en  a  huit  qui  reviennent  au  Lothier,  quatre 
à  d'autres  régions  de  l'Empire  cL  un  à  l'Italie.  C'est  Notgei", 
les  actes  en  font  foi,  qui  a  procuré  la  faveur  du  souverain 
à  l'église  de   Cambrai  (1),  ainsi  c£u'aux  abbayes  de  Stave- 

(1)  SicUel,  1)0.  Ul,  \)\).  179  et  oTO  (actes  du  '28  mai  931  et  du  23  avril  99C.) 


84  CHAPITRE    Vit. 

lot  (1),  de  Brogne  (2),  de  Nivelles  (3)  et  de  Villich  (4)  ;  c'est 
grâce  à  son  intervention  aussi  que  le  comte  Ansfrid  a 
obtenu  de  l'empereur  d'importantes  concessions  en  Frise  (o). 
Ces  actes  seraient  plus  nomiireux  encore  si,  plus  d'une  fois, 
sous  le  règne  d'Otton  III,  des  missions  importantes  n'avaient 
tenu  Notger  éloigné  de  la  cour  pendant  un  temps  assez 
considérable  (G),  mais  ils  suffisent  pour  nous  permettre  de 
dire,  avec  les  diplomatistes,  que  lorsqu'il  s'agissait  d'affaires 
lotharingiennes,  la  cour  n'écoutait  personne  plus  volontiers 
que  lui  (7). 

Nous  en  avons  une  preuve  bien  éclatante  dès  l'année  98G. 
Notger  en  passa  une  grande  partie,  ainsi  que  le  commence- 
ment de  la  suivante,  auprès  de  son  jeune  souverain.  11  l'ac- 
compagna à  Duisbourg,  où  il  intervint  le  29  novembre  dans  le 
diplôme  pour  l'abbaye  de  Saint-Remi  de  Reims  (8)  ;  il  le  sui- 
vit à  Cologne,  où,  le  27  décembre,  il  joua  le  même  rôle  dans 
une  donation  impériale  pour  l'abbaye  de  Saint-Gérard  de 
Brogne  (9)  ;  à  Andernacli,  où  il  fat  intervenant  pour  l'abbaye 
de  Villich  à  la  date  du  18  janvier  987  (10),  et  à  Nimègue,  où 


(1)  1(1.  ibid.  p.  432  (acle  du  27  février  987.) 

(2)  Id.  ibid.  1».  429  cl  502  (actes  du  27  décembre  98G  et  du  31  mars  992.) 

(3)  Id.  ibid.  p.  501  (acte  du  8  avril  992.) 

(4)  Id.  ibid.  p.  431  (acte  du  18  janvier  987.) 
(y)  Id.  ibid.  p.  410  (acte  du  2G  juin  985.) 

(6)  J'admets,  en  effet,  avec  Bresslau,  Uumllmch  dcr  l'i-l;vndenlchrc  fur  DeiiHtch- 
latid  und  Italien,  t.  I,  p.  793,  que  l'intervenant  n"est  mentionné  que  dans  les 
diplômes  à  l'émission  desquels  il  assiste.  L'élude  des  interventions  de  Notger  con- 
lirme  cette  doctrine;  elles  se  produisent  partout  où  nous  avons  soit  la  preuve,  soit 
un  indice  sérieux  de  sa  présence;  elles  s'interrompent  chaque  fois  qu'on  peut  établir 
par  les  textes  qu'il  est  éloigné  de  son  souverain.  Ainsi  d'ailleurs  s'explique  le  mieux 
du  monde  l'évolution  qui,  dans  les  diplômes  inqiériaux,  substitue  les  témoins  aux 
intervenants.  Cf.  Fickcr,  BeitriUje  zur  i'rkundcnlclire,  t.  I,  pp.  232  et  suivantes; 
Pflugk-Harttung,  Diplomatiscli-liistorixche  Forschungcn. 

(7)  Kehr,  Ilistorisclic  Zeilsclirift,  t.  LXVI  p.  427;  Wilmans,  Otto  III,  p.  71; 
Richter,  t.  III  p.  151. 

(8)  Sickel,  1)0.  III,  p.  417. 

(9)  Id.,  ibid.  p.  430. 

(10)  Id.,  ibid.  p.  431.  L'auteur  du  Vita  Notaeri,  qui  a  passé  à  l'abbaye  de  Villich, 
y  a  vu  le  diplôme  ottonien  portant  mention  de  l'intervention  de  Notger;  mais  il 
s'est  persuadé,  sans  doute  parce  qu'il  n'a  parcouru  l'acte  que  d'une  manière  super- 


NOTGRR    AU   SKUVICi:    n'oTTO.V    Uî.  So 

son  nom  figure  le  27  février  dans  une  donation  à  l'aljbaye  de 
Stavelot  (1). 

Pendant  ce  séjour  prolongé  auprès  de  ses  souverains,  il 
eut  le  temps  et  l'occasion  d'entretenir  l'impératrice  régente 
des  intérêts  de  son  pays  de  Liège.  Une  expérience  cruelle 
avait  ouvert  les  yeux  de  cette  princesse  sur  la  nécessité  de 
rentbrcer  dans  ce  pays  de  i'rontière  l'autorité  de  l'Empire,  en 
y  fortifiant  la  situation  d'un  vassal  aussi  dévoué  que  Notger, 
et  c'est  sans  doute  cette  considération  qui  la  détermina  à  lui 
prêter  main  forte  en  987  pour  la  démolition  de  Ghèvremont. 
Des  documents  contemporains  nous  la  montrent  occupée  au 
siège  de  cette  forteresse  vers  le  commencement  de  l'été  de 
cette  année  (2). 

Un  projet  hardi  germa  alors  dans  l'esprit  d'Eudes  de  Blois 
et  de  Herbert  de  ïroyes.  Ces  deux  seigneurs  français  s'étaient 
rendus  fameux  par  la  capture  du  comte  Godefroi  de  Verdun. 
Se  souvenant  que,  quelques  années  auparavant,  le  coup  de 
main  de  Lothaire  sur  Aix-la-Chapelle  avait  été  bien  près  de 
réussir,  ils  imaginèrent  d'aller  surprendre  et  enlever  l'impé- 
ratrice. Adalbéron  de  Reims,  ou  pour  mieux  dire  Gerbert, 
qui  avait  un  service  d'informations  hors  ligne,  eut  le  temps 
de  prévenir  cette  princesse  :  c'était  quelques  jours  après  le 
17  juin  (3).  Théopliano,  sans  doute,  déjoua  le  complot;  mal- 
heureusement, nous  ne  savons  rien  de  plus  à  ce  sujet,  et, 
sans  une  allusion  fortuite  conservée  dans  la  correspondance 
de  Gerbert,  nous  ignorerions  et  le  siège  de  Ghèvremont,  et 
la  part  qu'y  a  prise  limpératrice. 

Si  l'histoire  de  la  destruction  de  Ghèvremont,  sur  laquelle 
nous  devons  revenir  plus  loin,  atteste  une  fois  de  plus  le 
crédit  dont  Notger  jouissait  à  la  cour,  le  fait  suivant  est  une 
preuve  non  moins  frappante  de  l'espèce  de  patronage  qui 

liciellc,  que  c'est  notre  évciiue  qui  a  fondé  ce  monastère  :  Conatitiuo  super  lienum 
inoriit-sterio  sanctimonialium  in  villa  Vilica,  aient  pririlcgia  ejusdein  ccelcsie  in  bible 
coiiseripta  testantur,  Vita  Notgeri.  c.  8. 

(1)  Sickel,  DO.  m,  p.  432. 

(2)  Lettres  de  Gerbert,  u"  iO'2,  p.  91-  :  pi'opler  prcscntem  obsidionem  Caprimontis. 
Cf.  la  note  suivante. 

(3)  Ibid.,  n"  103,  p. 96:  Qui  nunc  furtivasjdelectorum  militum  conliaiiunl  copias, 
ul  in  vos,  si  apud  Caprimontem  estis,  impetum  faciant. 


86  CHAPITRE    VII. 

lui  était  dévolu  sur  les  affaires  du  Lotliier.  L'abbé  Erluin 
de  Gembloux  était  mort  le  10  août  986  ou  987  (1),  et  les 
moines  se  rendaient  à  la  cour  pour  obtenir  un  nouvel 
abbé.  Passant  par  Liège,  ils  ne  manquèrent  pas  d'aller 
demander  conseil  et  peut-être  appui  à  Notger,  qui  était 
d'ailleurs  leur  évcque  diocésain.  Notger  les  dissuada  vive- 
ment de  leur  démarclie.  Il  allégua  que  le  roi,  étant  éloi- 
gné souvent,  ne  pourrait  pas  les  protéger  elHcacement, 
et  que  ses  courtisans  ne  manqueraient  pas  cette  occa- 
sion de  leur  extorquer  de  l'argent;  il  leur  olî'rit  de  de- 
venir lui-même  leur  patron,  se  faisant  fort  d'obtenir  le 
consentement  de  l'empereur  à  cette  combinaison.  Les  moines 
se  laissèrent  convaincre,  et  ils  élurent  Herward,  à  qui 
Notger  imposa  les  mains.  L'évêque  voulut  récompenser  lab- 
baye  de  la  confiance  qu'elle  lui  avait  montrée  :  il  lui  lit 
diverses  donations  parmi  lesquelles  étaient  le  village  de  ïem- 
ploux,  qui  donnait  un  revenu  annuel  de  100  sous,  une  vigne 
à  Namur  et  d'autres  terres  (2).  Au  surplus,  il  n'avait  pas 
trop  présumé  de  son  crédit  à  la  cour;  peu  de  temps  après, 
Otton  III  confirmait  les  possessions  de  l'église  de  Liège  par 
un  diplôme  où  est  expressément  mentionné  Gembloux  (3). 
L'acte  n'est  pas  daté,  mais  comme  nous  trouvons  l'empereur 
à  Braine-lc-Comte  (4)  le  20  mai  988,  il  y  a  lieu  de  croire  qu'il 
aura  passé  par  Liège,  et  qu'il  aura  émis  le  diplôme  pendant 
son  séjour  dans  cette  ville  (o). 

(1)  GcsUi  abbatum  Gcmblaccns.,  c.  23,  p.  oSI.  Sickel,  DO.  III,  p.'iio,  admet 
la  date  de  987. 

(2)  Gesta  abbatum  Gemblacctis.,  1.  c. 

(3)  Sickel,  DO.  III,  p.  445. 

(4)  Id.  ibid.,  p.  444.  Est-ce  Brainc-le-Comfe,  comme  croit  Sickel,  ou  faul-il  pen- 
ser à  un  autre  Braine  :  Braine-le-Cliâteau,  Braine-l'AIleud,  ou  encore  Waulhier- 
Braine?  Je  ne  sais,  et  les  érudits  hennuyers  ne  nous  tirent  pas  d'embarras. 

(5)  Sickel,  DO.  III,  p.  445.  Ce  diplôme,  n'étant  pas  daté,  a  été  obligé,  par  les 
divers  érudits  qui  s'en  sont  occupés,  de  voyager  d'une  année  à  l'autre,  jusqu'à  ce 
que  Sickel  d'une  part,  Bormans  et  Schoolmee.sters  de  l'autre,  lui  aient  enfin  assigné 
sa  place,  bien  que  d'une  manière  approximative,  dans  la  chronologie  ottonienne. 
Cliapeaville,  I.  2H,  avait  prudemment  laissé  la  date  en  blanc;  Li'inig,  moins  avisé, 
eut  l'étrange  idée  d'en  faire  un  diplôme  d'Olton  I  et  de  le  placer  en  972;  Fisen  et 
Miraeus  admettaient  98i-,  Slumpf  et  Bormans,  Reaieil  etc.,  descendaient  jusqu'en 
985,  et  Wauters  même  allait  jusqu'en  995  environ.  Enfin,  revenant  sur  la  question 


xoTORP.  AU  s;:iivicE  d  ottox  iir. 


s: 


A  partir  du  printemps  de  988  jusqu'au  18  juin  1)90,  nous  ne 
rencontrons  plus  le  nom  de  Notger  dans  les  diplômes  d'Ot- 
ton  III.  C'est  une  longue  disparition,  dont  il  n'est  pas  néces- 
saire de  chercher  la  raison  fort  loin  :  les  Annales  de  Lobbes 
nous  apprennent  qu'il  était  parti  pour  l'Italie.  Apparemment 
il  y  accompagna  (1)  l'impératrice  ïhéophano,  qui  allait  alTer- 
mir  l'autorité  de  son  fils  dans  ce  pays,  où  le  pape  Jean  XV 
était  toujours  menacé  par  Grescentius  (2).  On  a  discuté  sur  la 
date  de  ce  voyage  de  l'impératrice,  mais  nous  savons  aujour- 
d'hui qu'elle  partit  dans  l'automne  de  989  (3),  et  rien  ne  per- 
met de  croire  que  Notger  l'aurait  précédée  au-delà  des  Alpes. 
On  comprend  quelle  importance  la  mère  du  jeune  roi  devait 
attacher  aux  services  d'un  prélat  à  la  fois  habile  et  énergique, 
qui  avait  déjcà  quelque  expérience  de  l'Italie  et  qui  savait  ce 
que  c'est  que  gouverner. 

L'évoque  de  Liège  emmenait  avec  lui  un  moine  savant  et 
vertueux  qui  jouissait  de  toute  sa  confiance  ;  c'est  Hériger, 
écolàtre  de  l'abbaye  de  Lobbes,  qui  lui  fut  toujours  d'un 
grand  secours  pour  expédier  toutes  les  aifaires,  tant  poli- 
tiques que  religieuses  et  littéraires  (4). 

C'est  pendant  que  Notger  était  en  route  pour  l'Italie  qu'il 


(liuis  l'édition  (lu  Cartuhiire  de  Sdiiit-Lainbert,  Bormaiis  et  Scliooliiieesfers  se  ren- 
dirent compte  que  l'acte  était,  dans  tous  les  cas,  postérieur  à  l'accord  des  moines 
de  Gembloux  avec  Notger,  dont  il  est  parlé  ci-dessus.  Et  cet  accord  lui-même  est 
postérieur  à  la  mort  d'Erluin,  qui  arriva  le  -10  août  de  986  ou  de  987. 

(1)  989.  Notkerus  episcopus  vadit  Romam;  H  (érigeras)  cum  eo.  Annales  Lau- 
bicnses,  p.  18.  Ivehr,  qui  ne  connaîf  pas  ce  texte,  argue  à  tort  du  silence  des  sources, 
pour  soutenir  CHistoriache  Zeitschrift,  t.  LXVI  p.  487,  note  1)  qu'on  ne  sait  rien 
d'une  mission  de  Notger  en  Italie  pendant  la  minorité  d'Otton  III. 

(2)  989.  Theopliania  mater  régis  Romam  perrexit  ibique  natalem  Domini  cele- 
bravit  et  omnem  regionem  sibi  subdit.  Annales  Hildeshtimoises,  p.  (J8. 

(3)  C'est  ce  qu'a  établi  Sickel,  MIÔG,  XVI,  pp.  231-243,  contre  Wilmans  p.  Go, 
suivi  par  .1.  Havet,  Lettres  de  Cerhert,  p.  LXXIV,  et  par  Richter,  III,  p.  Ii9,  qui 
admettaient  988. 

(4)  In  tantum  enim  (Herigerus)  praedicto  venerabili  episcopo  Notgero  cliarus  et 
familiaris  fuit,  ut  non  solum  in  domesticis  vel  ecclesiasticis  rébus,  sed  in  palafinis 
(|uu(iue  negotiis,  quorum  tune  temporis  praecipuus  erat  executor,  idem  episcopus 
inlcr  ])rimos  eum  semper  liabuerit,  nec  in  Lotharingia  solum  sed  et  in  Italia,  ubi 
Olloni  II[I]  adluic  puero  regnum  praepai-abat,  ejus  obsequiis  et  consiliis  usus  fuerit, 
Geslu  abbatum  Lobiensium  coiitinitala,  p.  309, 


88  CHAPITRE    VII. 

reçut  la  lettre  suivante,  dont  l'auteur  était  l'archevêque  Ar- 
noul  de  Reims,  qui  venait  de  succéder  à  Adalbéi'on  par  le 
choix  de  Hugues  Gapet  :  «  La  joie  que  j'avais  conçue  de 
faire  le  voyage  de  Rome,  et  que  rendait  plus  vive  l'espoir  de 
le  faire  en  votre  société  et  dans  l'escorte  de  l'impératrice 
Théophano  toujours  auguste,  est  troublée  par  la  défense  que 
me  fait  mon  seigneur.  Prenez  donc  ma  place  en  ami  ;  faites 
que  par  votre  entremise  nous  obtenions  du  seigneui*  pape  le 
palliiim,  et  que  nous  conservions  les  bonnes  grâces  de  notre 
souveraine,  après  les  avoir  conquises  grâce  à  vous.  Avec  la 
permission  de  Dieu,  nous  serons  à  son  service  à  Pâques,  et 
il  n'y  aura  personne  qui  puisse  nous  détacher  de  la  fidélité  à 
sa  personne  et  à  celle  de  son  fils  (1).  » 

Théophano  se  comporta  en  Italie  comme  une  vraie  sou- 
veraine ;  elle  prit  le  titre  d'empereur,  data  d'après  les  années 
de  son  règne,  envoya  des  missi  en  tournée  d'inspection  et 
siégea  en  justice  (2).  Elle  n'oublia  pas  les  intérêts  de  Not- 
ger,  puisqu'elle  obtint  du  j)ape  Jean  XV  une  bulle  direc- 
tement adressée  à  l'évêque  de  Liège,  et  renfermant  des  pri- 
vilèges pour  l'abbaye  de  Lobbes  (3).  Elle  resta  dans  la 
péninsule  jusqu'au  printemps  de  990.  Le  1"  avril  de  cette 
année,  elle  était  encore  à  lia  venue;  le  18  juin,  nous  la  ren- 
controns, ainsi  que  Notger,  à  Francfort,  où  ils  interviennent 
chacun  dans  un  acte  du  roi  daté  de  ce  jour,  lui  pour  Worins 
et  elle  pour  Aquilée  (4);  il  ne  semble  pas  douteux  qu'il  soit 
revenu  avec  elle. 

(1)  Lettres  de  Gerbert,  n»  IGO,  p.  142.  Le  destinataire  de  cette  lettre  n'est  pas 
désigné,  mais  je  pense  qu'aucun  lecteur  n'hésilera  à  y  reconnaître  Notger.  Puur  la 
date,  c'est  évidemment  989,  comme  il  résulte  des  constatations  de  Sickel  sur  la 
diplomatique  de  Théophano,  mais,  contrairement  à  l'opinion  de  Havct,  1.  c,  c'est 
plus  probablement  l'automne  que  le  printemps  de  cette  année.  J'attire  l'attenlion  du 
lecteur  sur  le  vocabulaire  politique  d'Arnoul,  qui  est  signilicatil'  :  Hugues  Capet 
n'est  poui'  lui  que  son  seigneur  (senior).  Thénphano  est  sa  souveraine  fdumina).  Ar- 
noul  semble  avoir  le  point  de  vue  international  de  Gerbert.  Cf.  ci-dessus,  p.  71. 

(2)  Giesebrecht,  t.  I,  p.  617;  Wilmans,  p.  GG. 

(3)  Vos,  t.  I.  p.  iSG. 

(4)  Sickel,  DO.  III,  p.  470  et  471.  Ici  l'intervention  semble  bien  prouver  la  pré- 
sence, car  on  n'admettra  pas  que  Notger  soit  intervenu  du  fond  de  l'Italie,  moins 
encore  ([ue  son  intervention  se  soit  produite  avant  son  départ  pour  ce  pays,  c'est- 
à-dire  deux  ans  avant  l'acte  diplomatique. 


N()T(;KR    au    SEMVICK    d'oTTON    I!1.  80 

A  peine  rentré  chez  lui,  Notger  y  apprenait,  avec  la  mort 
de  l'abbé  Foleuin  de  Lobbes,  la  nouvelle  que  les  moines  de 
cette  abbaye  désiraient  lui  donner  pour  successeur  son  fidèle 
Hériger,  qui  venait  de  l'accompagner  dans  son  voyage.  Bien 
qu'il  ait  dû  éprouver  de  la  peine  à  se  séparer  de  cet  excel- 
lent collaborateur,  il  déféra  toutefois  au  désir  qui  lui  était 
exprimé  dans  un  document  rempli  des  termes  les  plus  Ihit- 
teurs  pour  son  ami  (1),  et  Hériger  alla  prendre  à  Lobbes  la 
crosse  abbatiale,  qu'il  porta  jusque  vers  la  lin  du  pon- 
tificat de  Notger.  Il  n'est  pas  téméraire  de  croire  que  ce 
dernier  aura  assisté  à  la  consécration  abbatiale  ,  qui  eut 
lieu  à  Lobbes  le  21  décembre  990,  jour  de  la  fôte  de  saint 
Thomas,  par  les  mains  de  l'ordinaire  diocésain,  Rothard  de 
Cambrai. 

Dès  le  28  juin  991,  nous  retrouvons  Notger  près  de  l'em- 
pereur à  Nimègue,  où  il  intervient  dans  un  diplôme  en  fa- 
veur de  l'église  de  Cambrai  (2).  Pour  peu  que  son  séjour  à 
la  cour  se  soit  prolongé,  il  y  aura  été  témoin  de  la  mort  de 
sa  souveraine,  l'impératrice  ïliéophano,  qui  expira  dans 
cette  ville  le  lo  juin  de  cette  année,  à  l'âge  de  31  ans,  après 
un  veuvage  de  huit  ans  pendant  lequel  elle  avait  défendu 
avec  une  énergie  virile  et  un  dévouement  sans  bornes  les 
droits  de  son  fils  à  la  couronne.  Cette  princesse  byzantine, 
élégante  et  d'une  culture  supérieure  à  celle  du  milieu  où  elle 
fut  appelée  à  vivre,  n'y  a  pas  rencontré  les  sympathies  de 
tout  le  monde  ;  on  lui  a  reproché  ce  qu'on  appelait  son  faste 
byzantin;  on  a  pris  ombrage  de  sa  distinction  de  manières, 
qui  contrastait  avec  la  rudesse  des  moeurs  saxonnes;  on 
s'est  olfusqué  de  ses  procédés  de  gouvernement,  qui  ne  s'ins- 
piraient pas  de  la  tradition  germanique;  on  s'est  plaint  de 
l'éducation  trop  peu  nationale  qu  elle  donna  à  son  fils,  et  la 
calomnie  n'a  pas  toujours  respecté  sa  réputation  de  femme. 
Mais  Notger,  qu'elle  avait  honoré  de  sa  confiance  et  qui 
pai'tageait  son  dévouement  au  royal  orphelin,  dut  être  dou- 
loureusement frappé  par  sa  disparition,  et  de  toute  manière 

(1)  Ce  document  est  rt'pi'oduit  2«  extenso  dans  le  Cesta  epp.  Camerac.  I,  lOfi, 
p.  445. 

(2)  Sickel,  DO.  III,  p.  470. 


00  CHAPITRE    Vil. 

il  faut  croire  qu'il  assista  à  ses  funérailles,  qui  eurent  lieu  à 
Saint-Pantaléon  de  Coloji^ne  (1).  Otton  III  perdait  son  meil- 
leur appui  à  un  âge  où  il  avait  encore  grand  besoin  de 
guides  et  de  conseils,  et  sa  grand'mère  Adélaïde  ne  pouvait, 
malgré  son  dévouement,  suppléer  les  sollicitudes  d'une  mère. 
Le  rôle  de  Notger  auprès  du  jeune  roi  était  appelé  à  gran- 
dir dans  ces  conjonctures  ;  aussi  ne  faut-il  pas  s'étonner  de 
le  retrouver,  pendant  une  bonne  partie  du  printemps  de 
992,  aux  côtés  de  son  roval  maître. 

Le  11  mars  992,  il  est  à  la  cour  à  Boppard,  en  qualité 
d'intervenant  dans  trois  diplômes  émis  par  Otton  III  en  fa- 
veur de  l'abbaye  de  Selz,  fondation  favorite  de  sa  grand'mère 
l'impératrice  Adélaïde  (2).  De  là,  la  cour  se  transporta  à 
Aix-la-Chapelle,  où  elle  célébra  la  fête  de  Pâques  (27  mars). 
Nous  avons  une  preuve  du  séjour  de  Notger  dans  cette 
ville  le  8  avril  :  c'est  la  date  d'un  diplôme  par  lequel,  à  la 
demande  de  sa  grand'mère  et  de  Notger,  Otton  III  fît  don 
des  terres  d'Ardenelle  à  l'abbaye  de  Nivelles  (3). 

Pendant  ce  séjour  à  Aix-la-Chapelle,  Notger  fut  appelé  à 
intervenir  dans  une  affaire  retentissante,  qui  passionnait 
alors  tous  les  diocèses  de  France  et  d'Allemagne,  et  dont  le 
héros  était  son  ancien  correspondant  Gerbert. 

Gerbert  était  monté  sur  le  siège  archiépiscopal  de  Reims 
dans  des  conditions  très  discutées.  Son  prédécesseur  Arnoul, 
lors  des  troubles  causés  par  l'avènement  de  la  troisième  dy- 
nastie, avait  trahi  la  cause  de  Hugues  Capet  en  livrant  sa 
ville  à  Charles  de  Lorraine.  Après  la  défaite  du  prétendant, 
on  demanda  compte  au  prélat  de  sa  conduite,  et  un  synode 
réuni  à  Saint-Basle  le  déposa  et  élut  à  sa  place  Gerbert  (18 
juin  991).  Arnoul  en  appela  à  Rome,  et  le  jîape  Jean  XV  fit 
soumettre  l'affaire  à  un  nouvel  examen  par  un  de  ses  légats, 
qui  réunit  dans  ce  but  le  concile  d'Aix-la-Chapelle  (4). 

(1)  Thicliiiar,  IV,  iO,  p.  772;  Annales  Quedlinbiirr/nnsc/i,  p.  G8;  A)i)uiles  Ilildrslici- 
menaes  et  CJininicon  rcd'nnn  Qihmiac,  p.  7 il. 

(2)  Sickcl,  /;o.  ///,  i.j).  19'p-'f98. 

(3)  Sickel,  1)0.  ///,  p.  504.  Il  faut  lire  dans  le  texte  ArdbicUa  et  non  ArdivcUa 
comme  fait  Siclvci.  Anienelle  est  une  dépendance  île  Nivelles. 

(i)  Wilnians,  Otto  lll,  p.  o8.  llefelé,  Condliemjcschichtv,  t.  IV,  p.  GM,  ignore  tota- 
lement ces  deux  conciles. 


XOTGER    AL'    SKRVICE    d'oTTO.V    HI.  91 

«  Le  légat,  écrit  un  éruditdc  nos  jours,  n'osait  évidcmuient 
venir  en  France  même  attaquer  une  sentence  portée  avec 
rassentiment  du  roi  de  France  «  (1).  Il  est  inutile  de  dire 
qu'aucun  évcque  français  n'assista  à  cette  réunion  qui  de- 
vait juger  la  cause  d'un  évcque  français.  C'est  cette  circons- 
tance, sans  doute,  qui  infirma  d'avance  les  délibérations  du 
synode  sur  une  question  si  délicate  :  il  est  permis  de  croire 
qu'il  se  sépara  sans  avoir  pris  aucune  décision,  et  ainsi  s'ex- 
plique l'oubli  dans  lequel  il  est  tombé. 

Le  concile  doit  avoir  été  tenu  avant  la  fin  d'avril,  car,  dans 
les  derniers  jours  de  ce  mois,  nous  voyons  l'évcque  de  Liège 
accompagner  son  souverain  vers  les  frontières  occidentales 
de  l'Empire.  Etait-ce  une  entrevue  projetée  avec  le  roi  de 
France  qui  appelait  Otton  III  dans  les  vallées  de  la  Meuse 
et  du  Chiers,  ces  théâtres  historiques  de  tant  de  rendez- 
vous  royaux?  On  le  croirait,  mais  l'histoire  est  muette,  et 
nous  ne  pouvons  faire  que  des  conjectures.  Passant  par 
Brogne,  où  il  doit  avoir  été  le  30  avril  (2),  l'empereur,  accom- 
pagné de  Notger,  se  trouvait  le  19  mai  à  Laneuville-sur- 
Meuse  (3),  et  le  2o  du  même  mois  à  Margut  (4).  Dès  le  29,  il 
était  rentré  à  Trêves  (o),  d'où  il  regagna  la  Saxe. 

L'année  suivante,  Notger  eut  l'honneur  de  recevoir  Ot- 
ton III  à  Liège,  comme  on  le  voit  par  un  diplôme  impérial 
daté  de  cette  ville  le  2ô  mars  993  (6).  Le  17  avril  de  la  même 
année,  Notger  était  encore  auprès  du  souverain  à  Ingclheim, 
intervenant  dans  une  donation  impériale  en  faveur  de  Mag- 
debourg  (7). 

Cependant  le  légat  du  pape  ne  perdait  pas  de  vue  l'épi- 
neuse affaire  de  Gerbert,  et,  sous  ses  auspices,  un  second 
concile,  où  Notger  doit  s'être  trouvé,  se  tint  à  Ingelheim  en 


(1)  ,1.  Havpt,  Lettres  de  Gerbert  p.  XXVI. 

(2)  Sickel,  DO.  UI,  p.  on2.  Cf.  riippemlico. 

(3)  Sickcl,  li<i.  m,  p.  oOi.  Je  rectilie  le  nom  de  !a  localité,  ijne  Sickel  appelle 
erronémoiit  Neuville. 

(4)  Id.  ibid.  p.  oO.'i. 
(.")  Id.  ibid.  p.  viOfi. 
(G)  Id.  ibid.  p.  ;;28. 
(7j  Id.  ibid.  p.  329. 


î^2  CHAPITRE   VII. 

994  (1).  Les  évèques  français  y  firent  défaut  comme  à  Aix- 
la-Chapelle,  mais,  cette  ibis,  le  concile  décida  de  délil>ércr 
sans  tenir  compte  de  cette  espèce  de  protestation  tacite.  Il 
paraît  bien  que,  dès  le  principe,  les  évoques  du  royaume 
d'Allemagne  n'envisagèrent  pas  d'un  bon  œil  la  déposition 
d'Arnoul,  et  plusieurs  d'entre  eux,  Willigis  de  Mayence  à 
leur  tète,  avaient  réclamé  auprès  de  Jean  XV  (2).  Quel  était 
leur  mobile?  Etaient-ils  convaincus  que  les  prélats  français 
avaient  en  cette  matière  violé  les  droits  du  Saint-Siège,  ou 
voyaient-ils  quelque  danger  grave  à  procéder  contre  un 
évoque  comme  on  l'avait  fait  contre  Arnoul?  N'obéissaient- 
ils  pas  peut-être,  et  en  partie  à  leur  insu,  à  un  point  de  vue 
national  qui  les  indisposait  contre  toute  mesure  prise  en 
faveur  de  Hugues  Gapet?  On  peut  croire  que,  chez  plus  d'un 
d'entre  eux,  les  deux  raisons  auront  influé  à  la  fois.  Quoi 
qu'il  en  soit,  le  synode  d'Ingelheim  condamna  le  concile  de 
Saint-Basle,  qui  avait  déposé  Arnoul,  et  demanda  au  pape  de 
casser  sa  sentence.  Notger  ne  se  sépara  pas  de  ses  confrères 
dans  cette  occurrence,  et  peut-être  même  fut-il  de  ceux  qui  se 
prononcèrent  de  la  manière  la  plus  catégorique,  puisque, 
peu  de  temps  après,  Gerbert  se  plaignait  d'avoir  perdu  son 
amitié  et  entreprenait  de  la  reconquérir  (3). 

A  la  suite  du  synode  d'Ingelheim,  le  pape  crut  pouvoir 
s'avancer,  et  il  lança  une  sentence  d'excommunication  contre 
Gerbert.  Mais  l'énergique  lutteur  ne  céda  point,  et  un  con- 
cile français,  réuni  à  Ghelles  sous  les  auspices  du  roi  Robert, 
prit  résolument  parti  pour  lui  contre  les  rigueurs  de  l'épis- 
copat  d'Allemagne.  Il  devenait  évident  qu'un  débat  purement 
canonique  se  transformait,  grâce  aux  intérêts  qui  y  étaient 
engagés  de  part  et  d'autre,  en  une  querelle  nationale.  Le  pape 
le  comprit  :  renonçant  à  poursuivre  l'exécution  de  sa  sen- 
tence, il  essaya  d'une  nouvelle  réunion  des  évêques  allemands 
et  français,  qui  fut  préparée,  cette  fois,  avec  plus  de  pru- 
dence et  de  soin  que  les  deux  précédentes.  Le  choix  qu'on  fit 
de  Mouzon  comme  siège  de  cette  assemblée  était  excellent  : 

(1)  Wilmans,  Olio  III,  p.  GO. 

(2)  Richer,  IV,  9a,  p.  Co3. 

(3)  Lettres  de  Gerbert,  11°  193,  p.  183, 


N'OTGER    AU    SERVICE    d'oïïON    III.  i)o 

situé  aux  confins  do  la  France  et  de  l'Allemagne,  Mouzon 
appartenait  ])olili([ueuient  à  ce  dernier  pays,  mais  dépendait 
au  s[)irituel  de  Reims,  et  ne  pouvait  ius[)irer  aucune  in([uié- 
tuile  à  des  évèques  français.  Ceux-ci,  au  surplus,  soit  qu'ils 
eussent  été  habilement  travaillés,  soit  (qu'ils  se  t'ussenî  rendu 
compte  qu  ils  ne  pouvaient,  sans  imprudence  et  sans  injus- 
tice, se  dérober  plus  longtemps  aux  volontés  du  Souverain- 
Pontife,  étaient,  à  ce  qu'il  semble,  disposés  à  se  rendre  en 
grand  nombre  à  Mouzon,  où  Gerbert  lui-même  se  préparait  à 
comparaître  (1).  Mais  Hugues  Gapet  crut  devoir  intervenir 
avec  éclat  :  au  dernier  moment,  devinant  le  danger  que  cou- 
rait son  protégé,  il  lit  défense  à  ses  évèques  de  répondre  à 
l'appel  du  légat,  et  Gerbert,  bravant  l'interdiction  du  roi, 
partit  seul  pour  Mouzon  (2).  L'homme  qui  avait  tant  fait  pour 
allermir  le  trône  d'Otton  III  allait  donc  comparaître  devant 
un  tribunal  où  siégeaient  les  évèques  de  ce  jeune  prince,  dans 
une  question  où  il  y  allait  de  son  honnem',  de  sa  dignité,  du 
repos  de  toute  sa  vie.  Il  n'était  pas  résigné  à  se  laisser  écra- 
ser; une  lettre  qu'il  avait  écrite  quelque  temps  auparavant  à 
Notger  nous  en  fournit  la  preuve.  Dans  cette  lettre,  où  il  dit 
connaître  la  cause  du  changement  d'attitude  de  son  ancien 
ami,  il  lui  envoie  la  justification  qu'il  venait  décrire  à  la  de- 
mande de  Wiiderod,  évoque  de  Strasbourg,  et  il  déclare 
qu'il  fait  tous  ses  efforts  pour  obtenir  la  réunion  d'un  con- 
cile sinon  œcuménique,  du  moins  franco-allemand,  pour  y 
cire  jugé,  tant  il  a  confiance  dans  la  justice  de  sa  cause  et 


(1)  Lettres  de  Gerbert,  I.  c.  :  Et  mine  ad  votiiin  meonim  hosfium,  quia  ex  loto 
orbe  fioi-i  non  potest,  ex  tolo  principiim  nostrorum  regimine,  iil  universalc  co- 
galui-  conciliiini,  niodis  quibiis  valeo  elaboro.  Tanium  quippe  a  nobis  abesl  malefi- 
ciiun,  etc. 

("2)  Richer,  IV,  9G,  p.  Ch>?>,  Je  dis  au  dernier  moment;  il  est  difficile,  en  edet,  de 
croire  que  Gerbert  se  fût  présenté  devant  le  concile  de  Mouzon,  s'il  n'avait  eu  la  con- 
viction que  l'épiscopal  français  adhérait  à  cette  réunion.  D'autre  part,  l'interdiction 
prononcée  par  Hugues  Capet  n'aurait  eu  aucune  raison  d'être,  si  le  niènie  épiscopat 
avait  protesté  contre  l'idée  de  réunir  le  concile  à  Mouzon.  Et  il  est  fort  probable 
que  si  cette  interdiction  n'avait  pas  été  formulée  à  la  dernière  heure,  Gerbert  aurait 
eu  le  temps  de  concerter  son  attitude  avec  celle  des  autres  évoques  de  France. 
C'est  IVicher,  IV,  100,  p.  GoG,  qui  fait  dire  à  Gerbert  qu'il  est  venu  à  Mouzon  malgré 
Hugues  Capcl  frum  ipsr  etiam  proliibidis  arces^i-.critj 


lli  CHAPITRE   VU. 

dans  son  innocence.  «  Je  vous  en  supplie,  écrit-il  en  finissant, 
ne  vous  en  rapportez  pas,  sur  mon  compte,  à  mes  ennemis 
plutôt  qu'à  vous-même.  Voyez  si  je  suis  resté  ce  que  jetais, 
c'est-à-dire  dévoué  à  votre  personne,  prêt  à  votre  service,  en 
général  fidèle  à  mes  amis,  ami  passionné  de  la  justice  et  de 
la  vérité,  sans  dol  et  sans  superbe,  et  honoré  de  votre  amitié. 
Ne  l'ayant  pas  perdue  par  ma  faute,  je  la  redemande  à  votre 
droiture  ;  je  m'afîligerais  qu'elle  me  fût  refusée,  et  j'éprou- 
verai une  grande  joie  si  elle  m'est  rendue  (1).  y> 

Notger  dut  être  ému  de  ce  langage  de  l'homme  qu'il  avait 
connu  si  puissant,  et  qui  aujourd'hui,  dans  sa  détresse,  était 
obligé  d'invoquer  le  secours,  peut-être  la  pitié  de  ses  anciens 
amis.  Nous  le  trouvons  le  23  avril  de  cette  année  à  Aix-la- 
Chapelle,  où  il  intervient  dans  une  donation  impériale  en 
faveur  de  l'église  de  Cambrai  et  de  son  évoque  Rothard. 
Quelque  temps  après,  il  partait  pour  Mouzon,  où  le  concile 
devait  se  réunir  le  2  juin.  L'évèque  de  Liège  y  trouva  Suitger 
de  Munster,  Leodulf  de  Trêves,  et  Aymon  de  Verdun,  avec 
le  légat  Léon  (2)  et  le  comte  Godefroi.  Devant  cette  petite 
réunion,  Gerbert  se  défendit  avec  vigueur  et  habileté  ;  son 
discours,  dont  Richer  nous  a  conservé  le  texte,  et  dont 
l'authenticité  ne  semble  pas  douteuse,  était  en  réalité  un 
mémoire  rédigé  d'avance  (3).  Le  concile,  trop  peu  nombreux 
et  considérant  d'ailleurs  qu'en  l'absence  de  la  partie  adverse 
la  cause  ne  pouvait  pas  être  tranchée,  décida  de  se  proroger 
à  une  réunion  qui  devait  être  tenue  le  l*"''  juillet  à  Reims;  en 
attendant,  il  voulut,  pour  donner  une  preuve  de  déféi^ence 
au  pape  représenté  par  son  légat,  interdire  à  l'accusé  le  mi- 
nistère sacerdotal  et  la  communion;  mais,  celte  fois  encore, 
la  défense  de  Gerbert  fut  si  énergique  et  si  modérée,  qu'on 
se  contenta  de  la  promesse  qu'il  s'abstiendrait  du  sacrifice 
de  la  messe. 

(1)  Lettres  tic  Ccvbert,  n"  11)3.  p.  ISi-, 

(2)  Richer,  IV,  99,  p.  Go'k 

(3)  Gerberlus  surrexit  atijue  oralioncm  pro  se  scriptam  in  conciiio  mox  recitavit. 
Richer,  IV,  101.  Il  siidlt  (railleurs  de  comparer  les  discours  de  Gerbert  dans  cet 
auteur,  102-107,  avec  sa  lettre  à  Wilderod  de  Strasbourg  {Lettres  de  Gerbert,  n"  217, 
p.  203),  pour  reconnaître  rélroitc  parenté  des  deux  documents. 


NOTGER    AU    SERVICTÎ    d'oTTON    III.  i)o 

Xotger.  dans  toute  cette  aHairc,  ne  paraît  pas  avoir  joué 
de  rùle  prépondérant,  soit  parce  qu'il  croyait  devoir  à  sa 
dignité  de  s'enfermer  strictement  dans  sa  qualité  de  juge, 
soit  parce  que  Tévêquc  de  Verdun,  qui  fut  l'orateur  prin- 
cipal du  concile,  était  le  seul  de  l'assemblée  qui  possédât  la 
langue  française  (1).  Au  surplus,  l'affaire  de  Gerbert,  tou- 
jours reprise  et  toujours  ajournée,  ne  fut  jamais  terminée, 
et  son  départ  pour  l'Italie,  où  bientôt  après  il  fut  élevé  au 
siège  archiépiscopal  de  llavenne,  mit  lin  à  un  des  débats  les 
plus  embrouillés  de  ce  tenqjs. 

On  voudrait  savoir  quelle  inlluencc  ces  événements  ont 
pu  exercer  sur  les  relations  des  deux  anciens  amis,  et  l'on 
est  assez  tenté  de  supposer  que  Notger  aura  jugé  avec  sévé- 
rité le  cas  de  Gerbert,  quand  on  voit,  peu  de  temps  après,  un 
ancien  élève  et  protégé  de  l'évéque  rie  Liège,  Erluin,  qui 
avait  obtenu  l'évcclié  de  Cambrai  grâce  à  son  appui,  refuser 
de  se  faire  consacrer  par  Gerbert,  qu'il  considérait  connue 
un  intrus  (2).  Toutefois,  Gerbert,  devenu  pape  quelques 
annnées  après  sous  le  nom  de  Silvestre  II,  ne  garda  pas 
rancune  à  Notger,  et  c'est  lui-môme  qui  intervint  auprès 
d'Otton  III  pour  faire  accorder  une  libéralité  à  l'église 
Saint-Jean  l'Evangéliste,  que  l'évoque  de  Liège  venait  de 
fonder  dans  sa  ville  épiscopale  (3). 

Pendant  cette  môme  année  995,  la  haute  influence  dont 
Notger  jouissait  à  la  cour  s'aflîrma  à  deux  reprises,  à  l'oc- 
casion de  nominations  épiscopales.  L'évéque  Baudouin 
d'Utrecht  était  mort  le  10  mai  994,  et  l'évoque  Rothard  de 
Cambrai  l'avait  suivi  dans  la  tombe  le  20  septembre  99o. 
C'est  l'évoque  de  Liège,  qui,  en  sa  qualité,  de  conseiller  tou- 
jours écouté  de  l'empereur  pour  les  alfiiires  lotharingiennes, 
va  disposer  des  deux  sièges  vacants.  Celui  d'Utrecht  fut 
conféré,  en  995,  sur  sa  recommandation,  à  un  pieux  la'ique, 
le  comte  Ansfrid,  aussi  distingué  par  ses  vertus  chrétiennes 
que  par  ses  qualités   d'homme  de  guerre,  et  qui  avait  joui 

(1)  Episcopus  Virdunensis,  eo  qiiod  lingiiani  gallicam  norat,  causam  synodi  pio- 
laturus  siirrexit,  etc.,  Richer,  IV,  100,  p.  Gui 

(2)  Gestaepp.  Cam.  I,  c.  110-111,  pp.  i184'i9. 

(3)  Yoii-  plus  loin. 


Oo  CHAPITRE    VU. 

dans  sa  jeunesse  de  la  confiance  d'Otton  I  (i).  Le  siège  de 
Cambrai  fut  plus  dillicile  à  pourvoir,  et  les  rivalités  qui  se 
produisirent  à  ce  sujet  nous  permettent  de  nous  rendre 
compte  de  la  manière  dont,  à  l'époque  la  plus  brillante  de 
la  dynastie  de  Saxe,  on  parvenait  à  un  siège  épiscopal.  La 
succession  de  Rothard  fut  disputée  par  Erluin,  archidiacre 
de  Liège,  protégé  par  Notger  et  par  Azelin  de  ïronchienne, 
lils  naturel  du  comte  Baudouin  de  Flandre.  Erluin  était 
versé  dans  les  adaires  séculières  et  ecclésiastiques;  ayant 
fréquemînent  visité  les  antichambres  des  grands,  il  possédait 
beaucoup  d'utiles  relations.  De  plus,  Notger  le  recommanda 
à  Mathilde,  abbesse  de  Qucdlinbourg  et  tante  d'Otton  lîl, 
dont  elle  avait  la  confiance.  Azelin,  lui,  se  procura  à  pi'ix 
d'argent  l'appui  de  la  princesse  Sophie,  sœur  de  l'empereur 
et  abbesse  de  Gandenheim.  Ces  deux  influences  féminimes 
se  disputèrent  le  prince;  ce  fut  celle  de  Mathilde  qui  finit 
par  l'emporter,  et  Otton  donna  la  crosse  au  protégé  de  l'é- 
vcque  de  Liège  (2). 

L'année  suivante,  Otton  partit  pour  l'Italie,  où  il  allait 
chercher  la  couronne  impériale.  Les  princes  ecclésiastiques 
avaient  été  les  plus  empressés  à  lui  amener  leurs  contin- 
gents, Willigis  de  Mayence  à  leur  tète.  Notger  fut  aussi  au 
rendez-vous  à  Ratisbonne  (3)  :  c'était  le  troisième  voyage 
d'Italie  qu'il  entreprenait  pour  le  service  de  ses  rois.  En 
février  990,  l'armée  impériale  se  mit  en  route.  Par  le  col  du 
Brenner  encore  couvert  de  neige,  on  pénétra  en  Italie,  et 
l'on  descendit  par  la  vallée  de  l'Adige  sur  Vérone;  de  là  on 
gagna  Pavie,  où  le  roi  réunit  autour  de  lui  les  grands  du 
pays  et  où  il  passa  la  fête  de  Pâques.  C'est  là  qu'il  apprit 
la  nouvelle  de  la  mort  du  pape  Jean  XV  et  qu'il  lui  choisit 
pour  successeur  son  propre  cousin  Brunon,  qui  prit  le  nom 
de  Grégoire  V  (4). 

(1)  Voir  Thietmar  de  Mcrsoboui-g,  IV,  22-24,  pp.  777-778  :  ad  ppiscopaliiin  Tra- 
jeclensem  per  Nolgcrum,  Leodii  pontificem,  siimnia  ncccssilalc  vocatiis.  Cf.  Alpeil, 
De  diversitate  tevtporum,  I,  H- 10,  p[).  70u  et  siiiv. 

(2)  Gestaepp.  Cum.  I,  -110,  p.  iiS. 

(3)  Voir  la  preuve  plus  loin. 
^4)  Wilinans,  Oiio  lU,  p.  87. 


NOTGER    AU    SERVICE    d'oTTON    III.  97 

Le  nouveau  pape  semble  avoir  été  un  ami  personnel  de 
Notger  :  il  aAait  été  chapelain  de  l'empereur,  et,  comme  tel, 
il  avait  eu  l'occasion  de  le  rencontrer  plus  d'une  l'ois  à  la 
cour.  A  peine  consacré  —  ce  fut  entre  le  28  avril  et  le  9 
mai  (1)  —  nous  le  voyons  prendre  successivement  plusieurs 
mesures  dans  lesquelles  rinlluence  de  notre  évoque  est 
visible. 

Pendant  que  Grégoire  V  gagnait  Rome  pour  s'y  faire 
consacrer,  l'empereur  s'acheminait  à  petites  journées  vers 
la  Ville  étei-nelle.  Le  20  avril,  il  était  à  Crémone  (2),  et  le 
l^'  mai  à  Ravenne  (3).  Notger,  qui  l'avait  accompagné  dans 
cette  ville,  y  assista  au  plaid  général  convoqué  au  palais  de 
l'euipereur,  hors  la  porte  Saint-Laurent.  Ce  plaid  fut  des 
plus  solennels  :  neuf  évcques  et  un  grand  nombre  de  comtes 
et  d'abbés  y  prirent  part,  et,chose  remarquable,  c'est  le  nom 
de  Notger  qui  ouvre  la  longue  liste  de  tous  ces  dignitaires, 
comme  c'est  aussi  le  sien  qui  ligure  en  premier  lieu  parmi 
ceux  des  signataires  de  l'acte  (4), 

De  Ravenne,  l'empereur  et  sa  suite  gagnèrent  Rome,  où 
l'on  était  dès  le  22  mai.  Le  lendemain,  Otton  III  rcyut  la 
couronne  impériale  des  mains  de  son  cousin  Grégoire  V. 
Notger  avait  assisté  à  cette  cérémonie  grandiose.  Le  24, 
le  pape  émettait,  au  profit  de  l'abbaye  de  Villich,  fondation 
de  l'impératrice  Adélaïde,  une  bulle  de  privilèges  solli- 
citée par  Hildebold  de  AYorins  et  par  Notger  (5).  Puis,  il  con- 
sacra lui-même  Erluin  de  Cambrai,  élève  de  ce  dernier, 
qui,  nous  l'avons  dit,  avait  refusé  de  demander  l'ordination  à 


(1)  Jafle,  ncfiesta  pont.  Ihm.,  t.  I,  [>.  i!)U. 

(V)  Sickel,  DO.  III,  p.  599. 

(3)  1(1.  0.  c.  GOO. 

(■'i-)  Id.  0.  c.  p.  GOl.  Il  faut  remarquci-  que  sur  les  neuf  prélats,  Notger  est  le  seul 
ulti'amontain.  c'est-à-dire  le  seul  qui  ait  accompagné  Otton  III  dans  son  expédition  ; 
les  autres  occupent  des  sièges  italiens  et  n"onl  pas  de  rapports  intimes  avec  le 
souverain.  De  là,  sans  doute,  le  rang  honorifique  assigne  ici  à  Notger.  En  elTet, 
dans  la  bulle  pontificale  du  51  mai  !}!)(]  (voir  ci-dessous),  il  signe  sixième,  non  seu- 
lement après  les  archevêques  de  Mayence  et  de  Salzbourg,  mais  après  les  évêques 
de  Worms,  de  Strasbourg  et  de  Spire. 

(a)  Lacomblet.  t.  I.  p.  77. 

I.  7 


08  CITArîTRE    Vil. 

son  métropolitain  Gerbert  (1).  Le  2  juin,  le  pape  accorda  à 
l'abbaye  de  Stavelot  la  conlirniation  de  ses  biens,  et,  quoi- 
que Nolger  ne  soit  pas  nommé  dans  l'acte,  il  n'y  a  pas  lieu 
de  douter  qu'il  n'ait  appuyé  la  demande  de  ce  monastère, 
qui  était  de  son  diocèse  (2).  Enfin,  le  3  juin,  Notger  lut 
intervenant  dans  un  diplôme  impérial  pour  le  couvent  de 
Saint-Iîoniface  et  de  Saint- Alexis  sur  l'Aventin  (3). 

Pendant  son  séjour   à  Rome,  Notger  fit  la  connaissance 
d'un  bomme  qui  semble  avoir  occupé  une  grande  place  dans 
son  cœur  :  saint  Adalbert  de  Prague.  Fils  d'une  grande  fa- 
mille, jeune,  ricbe,  brillant  de  santé,  appelé,  semblait-il,  à 
toutes  les  joies  du  monde,  Adalbert   était   de  bonne  heure 
entré  dans  les  ordres  et   avait  été  appelé  sur  le  siège  épis- 
copal  de  Prague.  Mais  aucune  grandeur,  pas  même  celle  des 
dignités  ecclésiastiques,  n'avait  d'attrait  pour  le  ca>ur  du  jeune 
ascète.  Il  avait  fui  Prague  et  il  était  venu  s'enfermer  comme 
moine    dans    le    couvent    de     Saint-Alexis.    Rappelé    dans 
son    diocèse    par    les    instances    de    son    métropolitain,    il 
s'était  réfugié   de  nouveau  à    Saint-Alexis,  et,   une  seconde 
fois,  les  démarches  de  AVilligis  auprès  du  pape  le  forcèrent 
à   regagner  son   siège.   Il   quitta  en   pleurant   le  doux   nid 
de  l'Aventin  où  il  avait  trouvé  le  vrai  milieu  de  son  âme,  et 
il  prit  avec  accablement  le  chemin  qui  devait  le  ramener  au 
milieu  de  ses  barbares  ouailles  (4).  Ame  délicate  et  sensible, 
et,   de   plus,    imagination   enivrée  par  l'idée  des  héroïques 
renoncements  de  la  vie  monastique  et  des  sublimes  travaux 
de  l'apostolat,  il  ne  se  sentait  pas  fait  pour  le  gouvernement 
régulier  d'un  diocèse.  Mais  ce  qu'il  y  avait  de  poétique  et 
d'exalté  dans  sa  nature  était  fait  pour  séduire  ses  contem- 
porains, et  le  jeune  empereur  fut  un  des  premiers  amis  du 
jeune  prélat. 


(1)  Voir  ci-dessus,  p.  9Î>. 
•  (2)  Chartes  de  Stui'elot-Mabnedii,  éd.  llulkin  cl  lioland,  t.  1,  p.  19.'). 

(3)  Sickel,  I)(K  111,  n»  209  \>.  020.  Nouvel  excinjile  de  la  présence  de  ïintrrrcmtiit 
il  la  passation  de  l'acte. 

(4)  Ergo  niultis  lacrimis  fratrum  dulce  nionasterium  linquens,  eiun  siimmae 
discretionis  viro  Nollierio  episcopo  ullra  Alpes  |)roru-iscilur.  Vilu  s.  Adalbcrli, 
C.  22,  p.  591. 


NOTGKU    ATT    SERVICE    d'oTTOX    ITI.  99 

Notger,  lui  aussi,  semble  avoir  été  sous  le  charme  d'une 
nature  à  tant  cVécf.irds  dillcrente  de  la  sienne.  Il  avait  eu 
Toccasion  de  fréquenter  Adalbert  pendant  son  séjour  à 
Rome,  et  il  Taccompagna  à  son  retour  en  Allemagne.  Les 
deux  amis  liront  en  deux  mois  le  voyage  de  Rome  à 
Mayence,  où  l'empereur  les  rejoignit  vers  la  mi-sep  tem- 
bre(l).  Là,  ils  se  séparèreirt  pour  toujours.  La  cour  gagna 
le  nord  ;  le  18  décembre  9'.)G,  elle  était  à  Nimègue  (2),  le  8  fé- 
vrier 997,  à  Aix-la-Chapelle,  où  nous  la  retrouvons  encore  le 
23  mars,  ainsi  cpie  le  6  et  le  9  avril  (3).  C'est  le  9  que  l'empe- 
reur confirmait  l'église  de  Saint- Jean  de  Liège,  bâtie  par 
Notger,  dans  la  possession  de  ses  biens  de  Heerwaarden  (4). 

On  peut  croire,  puisqu'il  n'existe  aucun  témoignage  du 
contraire,  qu'après  cela  Notger  sei^a  resté  dans  son  diocèse, 
et  qu'il  aura  pu  y  passer  au  moins  quelques  mois,  pendant 
que  l'empereur  visitait  la  Saxe  et  les  pays  slaves.  Il  ne  jouit 
cependant  pas  longtemps  du  repos.  Du  1^'"  au  27  octobre, 
Otton  séjourna  à  Aix-la-Chapelle,  où  il  préparait  une  nou- 
velle expédition  en  Italie.  Dès  le  1'"''  du  même  mois,  Notger 
était  auprès  de  sa  personne,  intervenant  dans  un  diplôme 
impérial  en  faveur  de  l'église  de  Mantoue  (5).  Il  accompagna 
encore  son  maître  dans  ce  nouveau  voyage  d'Italie;  c'était 
la  quatrième  fois  qu'il  passait  les  Alpes.  Nous  retrouvons 
l'empereur  à  Trente  le  13  décembre  997;  du  31  décembre  au 
5  janvier  998,  il  était  à  Pavie  ;  le  19  janvier  il  fut  à  Crémone, 
où  Notger  assista  avec  lui  à  une  réunion  judiciaire  dans 
laquelle  l'authenticité  d'un  diplôme  de  l'église  de  Crémone 
fut  reconnue  (G).  Le  séjour  de  l'empereur  en  Italie  fut  long; 
il  y  passa  les  années  998  et  999  en  entier,  et  c'est  seulement 
le  1"  janvier  1000  qu'on  le  retrouve  à  Vérone,  sur  le  chemin 
du  retour.  En  avril  999,  il  avait  élevé  sur  le  siège  de  saint 

(1)  Vita  s.  Adalbcrti,  c.  23  p.  o9l.  Nous  voyons,  par  les  diplômes,  qu'Otlon  III 
était  encofc  à  Vérone  le  M  septembre  et  {[iie.  dès  le  l.'l,  il  se  trouvait  à  Ingelheim. 
Sickel,  1)0.  III,  pp.  Ci20  et  044. 

(2)  Sickel   DO.  III,  p.  G49. 

(3)  Idem,  o.  e.  p.  Go'2-Gol. 

(i)  Idem,  o.  c.,  p.  (i.')7.  Sur  ce  diplôme,  voir  plus  loin, 
(o)  Idem,  0.  c,  p.  (i71. 
(G)  Idem,  0.  c,  p.  087, 


lOO  CHAPITRE   VII. 

Pierre  son  ancien  maîtz^e  Gerbert,  qui  prit  comme  pape  le 
nom  de  Silvestre  IL 

Pendant  tout  ce  temps,  nous  perdons  presque  totalement 
de  vue  l'évèque  de  Liège.  Son  nom  ne  reparaît  plus  dans 
aucun  des  nombreux  diplômes  que  l'empereur  émit  depuis 
le  19  janvier  998  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le  23  janvier  1002. 
Et  cela  ne  laisse  pas  d'étonner,  quand  on  réfléchit  à  la  place 
qu'il  avait  conquise  dans  la  confiance  du  souverain,  et  au 
rang  éminent  que  nous  lui  voyons  occuper  dans  les  derniers 
actes  de  la  chancellerie  impériale  qui  font  mention  de  lui. 
Pourquoi  Notger,  qui,  pendant  les  douze  premières  années 
du  règne  d'Otton  III,  a  été  treize  fois  (1)  intervenant  dans  ses 
diplômes,  c'est-à-dire  en  moyenne  un  peu  plus  d'une  fois  par 
année,  n'intervient-il  plus  du  tout  pendant  les  cinq  deimières 
du  même  règne  ?  Il  ne  figure  même  pas  dans  les  actes  émis 
au  sujet  de  la  Lotharingie,  dont  il  était  en  quelque  sorte  le 
patron  à  la  cour.  L'empereur  instrumente  en  faveur  d'Utrecht, 
de  Metz,  d'Oeren  à  Trêves,  et  même  d'Aix-la-Chapelle,  sans 
qu'il  soit  parlé  de  Notger.  Bien  plus,  les  intérêts  de  son  ami 
Erluin  de  Cambrai  eux-mêmes  lui  semblent  devenus  indiffé- 
rents, puisque  l'acte  en  faveur  de  ce  prélat  daté  de  Ravenne 
le  21  avril  1001,   ne  fait  pas  mention  de  lui!  Ajoutons  que  ce 
n'est  pas  seulement  dans  les  actes  iuipériaux  passés  en  Italie 
que   nous   constatons    son   absence.   Pendant  le    cours    de 
l'an  1000,  Otton  III,  de  retour  en  deçà  des  Alpes,  émit  31 
diplômes,   et  l'évèque  de   Liège  ne  figure  dans  aucun.    Et 
cependant,  du  1^''  au  15  mai,  la  cour  résidait  à  Aix-la-Cha- 
pelle, à  quelques  lieues  de  Liège,  dans  le  diocèse  même  de 
Notger.  Se  persuadera-t-on  qu'il  eût  manqué  de  venir  saluer 
son  maître   s'il  avait  été  chez  lui  ?  Nous  croyons  pouAoir 
conclure  que,  pendant  les  années  998  et  999,  il  ne  fut  pas 
auprès  de  la  personne  de  l'empereur,  et  qu'en  l'an  1000,  il 
n'était  pas  dans  son  diocèse. 

Où  donc  était-il?  Tout  s'expliquera,   encore  une  fois,   si 

(1)  Ces  treize  interventions  se  répartissent  sur  un  cnsr-mble  de  208  diplômes 
émis  do  984  au  -19  janvier  998.  (V.  le  détail  ci-dessus,  p.  83).  Depuis  ce  jour  jus- 
qu'à sa  mort,  Otton  111  a  émis  encore  ll>7  diplômes  dont  aucun  ne  contient  plus  la 
meut  ion  de  Notger, 


xoTGKiî  AU  sîîuvict;  d'cvitox  iir.  101 

Ton  admet  que,  comme  en  989-990,  l'évcque  Je  Lic'go,  i)en- 
dant  les  années  998  à  1002,  eut  à  remplir  quelque  importante 
mission  politique  pour  l'empereur  dans  une  des  régions  de 
cette  Italie,  si  diilicile  à  pacifier  et  à  gouverner.  D'abord,  nous 
possédons  au  moins  une  trace  positive  de  la  présence  de 
Notger  en  Italie  pendant  cette  période.  A  la  Noël  1001,  il 
paraît  être  venu  faire  sa  cour  à  l'empereur,  qui  résidait 
alors  à  Todi  près  de  Spolète.  Du  moins,  le  27  du  mois  de 
décembre,  il  assista  au  concile  qui  y  tut  tenu  pur  les  évéques 
italiens,  auxquels  s'étaient  joints,  outre  lui-mcme,  deux  pré- 
lats allemands,  Sigefroi  d'Augsbourg  et  Hugues  de  Zeitz  (1). 
Ensuite,  il  semble  que  ce  soit  ici  le  lieu  de  se  souvenir  du 
diplôme  relatif  à  ce  niissiis  impérial  du  nom  de  Norticherus, 
que  l'empereur  Otton  aAait  chargé  de  pacifier  le  pays  de 
Traetto.  On  a  vu  plus  haut  que  ce  diplôme,  mal  daté  par  son 
premier  éditeur,  est  en  réalité  de  999.  Est-il  téméraire  de 
supposer  que  Notger,  en  qualité  de  commissaire  impérial, 
parcourait  alors  la  Basse-Italie,  avec  la  double  ndssion 
de  justicier  et  de  pacificateur?  (2).  Cette  séduisante  hypo- 
thèse semblerait  confirmée  par  la  circonstance  que  le  texte 
en  question  attribue  formellement  au  dit  missiis  la  qualité 
de  Lotharingien.  Est-il  admissible  qu'il  y  ait  eu  dans  notre 
pays,  sous  le  règne  d'Otton  III,  un  autre  personnage  du 
nom  de  Notger  qui  aurait  accompagné  l'empereur  en  Italie, 
qui  y  aurait  été  investi  de  missions  de  confiance,  et  dont 
l'histoire  aurait  totalement  oublié  le  nom?  Je  ne  le  pense 
pas,  et  le  fait  que  notre  document,  par  une  erreur  qui  s'ex- 
plique, donne  au  commissaire  impérial  le  titre  de  clej-c  et  de 
chapelain  de  l'empereur,  et  non  celui  d'évèque  (3),  ne  me 
semble  pas  suffisant  pour  écarter  une  identification  qui  vient 
d'elle-même  à  l'esprit. 

(1)  Tliangmar,  Vita  S.  Bcrnvavdi,  c.  36,  p.  774. 

(2)  V.  Wiliaans,  (Mo  III,  p.  109. 

(3)  Quâdam  die,  dum  predictus  imperator  augustus  Otlo  dirigeref  ^uiini  liiissuni 
aUiiic  capellaiium,  unum  clericum  iiomine  Noticheriuni,  genlis  Lotlieringorum 
in  hanc  civilatem  Gaietanam  propter  distringenduni  ac  derniiendiini  iiereditates  sacri 
ei»isc(jpii  sancte  Gaietanc  eeclesie.  Codex  diplomaticiis  Caietanns,  I  p.  191.  n"  101. 

Il  y  a  d'ailleurs  exagération  à  dire  avec  Gfroerer,  suivi  par  Daris,  p.  29G,  qu'en 


102 


CHAPITRE    VII. 


Cela  élanl,  on  entrevoit  pour  quelle  raison  notre  évoque 
est  si  souvent  appelé  à  accompagner  son  roi  dans  ses  voyages 
d'Italie.  Il  ne  partait  pas  simplement  pour  rehausser  par  sa 
présence  l'éclat  de  la  cour  et  pour  prendi'c  place  dans  un  cor- 
tège brillant  ;  il  ne  se  contentait  pas  d'être  l'un  des  conseil- 
lers les  plus  écoutés  du  prince,  il  devenait,  au-delà  des  Alpes, 
l'un  des  agents  de  la  politique  impériale;  il  parcourait  le 
pays  avec  des  pouvoirs  étendus,  à  la  manière  d'un  mis.siis 
doininiciis  de  Ciiarlemagne,  travaillant  avec  énergie  à  réa- 
liser dans  le  gouvernement  de  cette  contrée  le  programme 
qu'il  avait  contribué  à  arrêter  (1). 

On  peut  croire  qu'investi  d'une  mission  aussi  importante, 
Notger  aura  été  retenu  en  Italie  par  ses  fonctions  pendant 
que  l'empereur,  dans  les  premiers  jours  de  l'an  1000,  repas- 
sait les  Alpes  pour  aller  revoir  une  dernière  fois  l'Allemagne, 
et  faire  un  pèlerinage  au  tombeau  de  son  ami  Adalbert  à 
Gnesen.  Et  cette  longue  absence  de  son  diocèse  paraîtra  d'au- 
tant plus  vraisemblable,  qu'elle  est  suggérée  par  le  texte 
même  du  Vita  Notgeri.  Après  avoir  raconté  la  part  prise 
par  l'évêque  aux  actes  d'Otton  III  en  Italie  et  fait  un  récit 
sommaire  de  ce  règne,  il  ajoute  :  «  Notger  enfin,  après  tant 
de  travaux  par  lesquels  il  s'était  employé  heureusement  au 
service  de  l'empire  et  à  la  beauté  de  la  maison  de  Dieu,  ren- 
tra à  Liège  dans  un  âge  déjà  avancé,  et  là,  il  mit  tout  son 
zèle  à  l'éducation  de  son  clergé  et  de  son  peuple  (2)  ».  Ces 
lignes  sont  une  allusion  évidente  à  quehfue  longue  absence 
de  l'évêque,  après  laquelle  son  retour  à  Liège  a  eu  comme  la 
valeur  d'un  événement.  Elles  s'expliqueraient  moins  bien, 
s'il  fallait  les  entendre  dun  de  ses  retours  ordinaires  après 

999  Otlon  111  chargea  Noti;er  de  faire  la  conquêlc  des  villes  de  Gaëte,  Traelloel  Ar- 
genli  dans  la  CampaniL',  les(Hiel!cs  appartenaient  encore  à  rcnipereur  deConstanli- 
noplc,  et  qne  Notger  réussit  à  les  conquérir. 

(1)  lilumaliqnandoiniperalor  Uavennam  reliquerat  ad  rceoneiliandos  sibiindustriâ 
suâ  discordes.  Vita  x.  lleribcrti,  c.  4,  p.  74i2. 

(2)  Igitur  deductis  Notgerus  universis  laboi'ibns,  quibus  ad  honorem  imperii  et 
decorem  donuis  ecclesiae  Dci  bona  fide  et  bono  Une  diversis  in  locis  et  temporibus 

felicitei'  laboravit rediit  Leodium  jain  in  processà  aetate,  et  ibi  episco|)aii 

opère,  vcrbo  et  cxemplo  clerum  et  populum  ad  meliora  provehcre  sollicilus  fuit. 
Vita  Notfjeri,  c.  8. 


NOTGER     VU    SKP.VICK    l)*OTTO\    III.  103 

Tin  voyage  plus  court  clans  le  mcnic  pays  et  au  service  du 
même  prince. 

Si  notre  conjecture  est  fondée,  le  séjour  de  cinq  années 
Adl  par  Notger  en  Italie,  dans  un  poste  aussi  important  que 
celui  de  lieutenant  du  prince,  doit  avoir  laissé  plus  de  traces 
diplomatiques  qu'une  simple  mention  dans  un  acte  conservé 
par  hasard.  Qui  sait  si  riiistoirv3  locale,  judicieusement  con- 
sultée, ne  fournirait  pas  encore  de  ci  de  là  quelque  indication 
précieuse  (1)  ? 

Ainsi  que  nous  l'avons  dit,  Notger  assista  le  27  décembre 
1001  au  concile  de  Todi.  Cette  assemblée  devait  prononcei* 
entre  le  puissant  AVilIigis,  arclievèque  de  Mayence  et  archi- 
chancelier  de  l'empire,  et  l'illustre  évcque  saint  Bernward 
de  Hildeslieim,  au  sujet  de  leurs  prétentions  respectives  sur 
l'abbaye  de  Gantlersheim  en  Saxe.  La  cause  de  Willigis  ap- 
parut si  mauvaise  (|ue  les  évcques  italiens  se  montrèrent  tout 
disposés  à  le  condamner.  Ce  furent  sans  doute  Notger  et  ses 
deux  collègues  allemands  qui  obtinrent  un  délai  jusqu'à  l'ar- 
rivée de  l'archevêque  de  Cologne  et  d'autres  évèques  de  son 
pays.  On  prorogea  donc  le  concile  jusqu'au  G  janvier  1002, 
mais,  à  cette  date,  personne  ne  parut  et  rien  ne  put  être 
décidé  (2).  Peu  de  temps  après,  Otton  III,  mourait  dans  la 
Heur  de  sa  jeunesse,  à  Patevno,  l<;  24  janvier  1002  (3). 

Il  est  très  peu  probable  que  Xotger  ait  quitté  l'Italie  dans 
lintervalle  qui  s'écoula  entre  le  concile  de  Todi  et  la  mort 
du  jeune  empereur.  Selon  toute  apparence,  il  devait  siéger 
au  concile  du  6  janAder  1002,  et  il  est  certain,  tout  au  moins, 
qu'à  cette  date  il  était  en  Italie,  puisqu'il  assista  aux  funé- 
railles de  son  maître.  Un  coup  d'œil  sur  les  événements  est 
indispensable  pour  permettre  de  deviner  comment  se  sera 
passée  la  fin  du  long  séjour  de  notre  évcque  en  Italie. 

Otton  était  rentré  dans  ce  pays  au  mois  de  juin  1000  et 
était  arrivé  dès  le  mois  de  novembre  à  Rome.  On  eût  dit  que 


(t)  C'est  une  reclieivlie  ([u"il  iresl  guère  facile  crenlivi)i'eiuli'c  do  ce  eùlc  îles 
Alpes:  nous  formulons  toutefois  le  vieu  qu'elle  soit  faite  un  jour. 

(2)  Thangmar,  1.  c. 

(3)  Pour  la  date,  voir  Richter,  III,  p.  1G8, 


104  CHAPITRE    VII. 

les  troubles  n'attendaient  que  son  retour  pour  éclater.  Succes- 
sivement Capoue,  Tibur,puis  finalement  Rome  se  soulevèrent. 
L'empereur  dut  quitter  la  Ville  Éternelle  pour  se  rendre  à 
Ravenne,  d'où  nous  le  voyons,  au  commencement  de  l'été, 
courir  à  Béncvent  pour  dompter  une  rébellion.  En  revenant 
de  là,  il  regagna  la  Haute-Italie,  séjourna  tour  à  tour  à  Ra- 
vie et  à  Ravenne,  puis,  dans  les  premiers  jours  de  1002,  il 
vint  camper  dans  le  voisinage  de  Rome,  à  Paterno,  au  pied 
du  mont  Soracte,  avec  l'intention  de  réduire  la  Ville  Eter- 
nelle. On  ne  peut  douter  que  Notger  ait  eu  son  rôle  à  jouer 
dans  les  difficultés  que  nous  venons  d'énumérer,  et  qui  ne 
durent  pas  être  les  seules.  Il  fut  probablement  employé,  pen- 
dant ce  temps,  à  dompter  ou  à  tenir  en  respect  l'une  des  villes 
soulevées.  On  peut  croire  que,  voulant  disposer  de  toutes 
ses  forces  pour  briser  la  rébellion  romaine,  l'empereur  l'aura 
rappelé  auprès  de  sa  personne  dans  les  derniers  jours  de  sa 
carrière  (1),  et  que  Notger  aura  pu  fermer  les  yeux  du 
prince.  Toutefois,  il  n'est  pas  impossible  qu'il  n'ait  rejoint  la 
cour  qu'à  la  nouvelle  de  la  mort  de  l'emperem*,  lorsqu'il 
fallut  faire  un  suprême  eflort  pour  protéger  la  retraite  de 
l'armée  allemande  (2).  On  avait,  dans  l'entourage  du  prince, 
commencé  par  tenir  sa  mort  secrète,  et,  en  attendant,  on 
s'occupait  en  toute  bâte  à  rassembler  l'armée  dispersée  en 
divers  endroits. 

Ainsi  se  terminait  d'une  manière  mélancolique  le  long  sé- 
jour de  l'évêque  de  Liège  sur  la  terre  d'Italie.  C'était  le  qua- 
trième qu'il  y  faisait.  Il  en  revenait  vieilli,  fatigué,  attristé, 
mais  avec  la  conscience  des  services  qu'il  avait  rendus  à  son 
maître  et  à  l'Eglise.  Ce  long  contact  avec  la  terre  classique 
des  arts  et  de  la  religion  n'avait  pas  été  inutile  au  pays  de 
Liège  :  Notger  en  rapportait  des  enseignements  précieux  et 
aussi  des  reliques  clières  aux  Liégeois.  C'est  notamment  au 
cours  d'un  de   ses  voyages  en  Italie  qu'il  avait  acquis  les 

(1)  Convcnienfe  (uni  oum  Horiberto,  saiiftac  Agi-lpinae  episcopo,  plnrima  fideliuni 
turbû,  iniperator  laelîitur.  Thiotiiuu-  de  JFerscboiirg,  IV,  30,  p.  781. 

(2)  Hii  autem  qui  extremis  ejus  intererant,  haec  tamdiu  celabanl,  quoad  excr- 
cilus  undiqup  tuiii  dispersus  per  iiilernunlios  coiligerctur.  ThietinardeMersebourg, 
IV,  31,  p.  782. 


NOTOKH    Ai:    SKUVICE    d'oITON    lll.  lOo 

reliques  des  saints  Vincent,  Fabien  et  Sebastien  :  il  les  donna 
à  son  église  favorite  de  Saint-Jean  (I),  avec  ce  précieux  évan- 
géliaire  qui  est  encore  aujourd'hui  le  [)rinci[)al  souvenir  que 
la  ville  de  Liège  ait  gardé  de  lui. 


(1)  Vita  yoliicri,  c.  i.  Vers  l:i  iiiùme  épo(iuc,  nous  voyons  saint  Beniwaid  lap- 
poi'tei-  (le  Rome  les  corps  entiers  de  saint  Exsupérance  et  du  diacre  saint  Sabin, 
donnés  par  Tenipereur  Olton  III  à  la  ville  de  Goslar.  Vita  s.  Dermvardi  c.  27,  p.  770. 


CHAPITRE  VIII. 


NOTGER    AU    SERVICE    D  HENRI    II. 


De  nouveau  la  situation  de  l'empire  était  critique.  La 
mort  du  jeune  empereur,  qui  n'avait  pas  d'héritier  direct, 
laissait  rAllemagiie  en  proie  à  toutes  les  complications. 
L'Italie  était  hostile;  elle  se  préparait  manifestement  à 
secouer  le  jou2^  impérial,  et  déjà  Ardouin  commençait  à  se 
remuer.  Les  Allemands  étaient  comme  prisonniers  en  Italie; 
on  se  levait  pour  leur  fermer  le  chemin  du  retour  :  Bur- 
cliard  de  Worms  eut  grand' peine  à  se  dégager  à  Lucques  (1). 
Les  rebelles  ne  surent  pas  même  respecter  le  triste  cortège 
qui  reportait  dans  sa  patrie,  conformément  à  son  dernier 
désir,  le  corps  du  jeune  empereur  désabusé  de  cette  terre 
romaine  qu'il  avait  tant  aimée.  Il  fallut,  les  armes  à  la  main, 
frayer  au  cadavre  impérial  le  chemin  du  tombeau.  Notger 
était  de  ceux  qui  rendirent  au  défunt  ce  suprême  devoir  de 
fidélité,  avec  l'archevêque  de  Cologne,  les  évêques  d'Augs- 
bourg  et  de  Constance,  le  duc  Otton  de  Lothier  et  les 
comtes  Henri  et  Wichmann.  Après  sept  jours  de  marche  et 
plus  d'un  combat,  on  gagna  Vérone,  d'où  l'on  rentra  en  Alle- 
magne par  le  col  du  Brenner.  A  Polling  sur  l'Ammer  vint  à 
la  rencontre  de  l'empereur  défunt  son  cousin  Henri  de 
Bavière,  fils  du  remuant  personnage  qui,  une  vingtaine 
d'années  auparavant,  avait  essayé  d'enlever  au  jeune  souve- 
rain le  trône  de  ses  ancêtres.  Plus  fidèle  et  plus  heureux 

(I)   Vitas.  Burchardi,  c.  8,  p.  83(5. 


NOTOKR    AU    SERVICE    d'iIENUI    II.  107 

que  son  père,  Henri  voyait  s'ouvrir  devant  lui  respcrancc 
d'un  héritage  qu'il  ne  devait  qu'à  son  droit.  Il  était  accom- 
pagné d'une  grande  suite  d  evèques  et  de  comtes  qui,  avec 
lui,  grossit  le  funèbre  cortège.  C'est  ainsi  qu'on  arriva  à 
Augsbourg,  où,  pour  entrer  dans  la  ville,  Henri  voulut  por- 
ter le  cei'cueil  sur  ses  propres  épaules.  Après  que  les 
entrailles  du  dél'unt  curent  été  déposées  à  Saintc-Afra,  auprès 
du  tombeau  de  saint  Ulric,  Henri  accompagna  le  cortège 
jusqu'à  Neuberg  sur  le  Danube.  Là,  on  se  sépara,  le  futur 
empereur  allant  défendre  ses  intérêts  déjà  menacés,  pendant 
que  le  cercueil  continuait  son  itinéraire  jusqu'à  Aix-la- 
Chapelle,  où  le  petit-fds  d'Otton-le-Grand  alla  dormir  son 
dernier  sommeil  à  côté  de  Charlemagne  (1). 

Sans  doute,  Henri,  qui  était  le  plus  proche  parent  du  dé- 
funt, avait  profité  de  l'occasion  pour  se  recommander  aux 
évcques  du  cortège  et  pour  leur  demander  leur  voix.  Rien 
n'était  plus  important  pour  lui  que  de  se  réclamer  de  ceux 
qui  avaient  en  quelque  sorte  recueilli  le  dernier  souflïc  de 
l'empereur.  Mais  il  ne  paraît  pas  qu'alors  aucun  d'eux  se 
soit  catégoriquement  prononcé  en  sa  faveur,  sauf  l'évèque 
Sigefroi  d'Augsbourg(2).  Herinan  de  Souabe  avait  plusieurs 
partisans;  Héribert  de  Cologne  lui-même,  le  jour  des  funé- 
railles d'Otton  à  Aix-la-Chapelle  (o  avril  1002),  avait  chau- 
dement recommandé  cette  candidature.  On  ne  sait  ce  que 
pensa  et  fit  Notger,  mais  l'attitude  qu'il  garda  par  la  suite 
porte  à  croire  qu'il  se  rallia  de  bonne  heure  à  la  cause 
d'Henri.  Bientôt  le  parti  d'Herman  faiblit,  et,  le  fi  juin  1002, 
Henri  II  fut  couronné  roi  d'Allemagne  à  Mayence  par  Willi- 
gis.  A  partir  de  ce  moment,  sa  cause  ne  cessa  de  gagner  du 
terrain  (3).  Il  avait  précédemment  visité  la  Franconie,  la 
Souabe,  la  Saxe  ;  il  lui  restait  à  se  faire  reconnaître  en  Lotha- 
ringie. En  août  1002,  il  était  à  Duisbourg,  où  il  avait  convo- 
qué les  évcques  lotharingiens.  Notger  y  fut  des  premiers 
avec  son  ami  Erluin  de  Cambrai  ;  leurs  confrères  arrivèrent 

(I)  Adalbokl,  Vita  Ileinrici  II,  c.  ;)  et  4,  p.  G84;  Thielmar  de  Mersobourg,  IV.  3], 
p.  -m.  Cf.  Raoul  Glabor,  I,  l.j,  ('dilioii  Prou  et  Ilirscb,  I,  p.  193. 
(•2)  liii-sch,  1. 1  p.  19;;. 
(3)  Giesebrecht,  t.  II,  pp.  14-18. 


lOS  cuAPimr;  viii. 

plus  tard,  l'un  après  Tautro.  L'archevêque  de  Cologne  lui- 
même  n'osa  pas  manquer  au  rendez-vous  (1),  Suivi  des  évo- 
ques, le  roi  sacliemina  par  Nimègue  et  Utreclit  vers  Aix-la- 
Chapelle,  où  son  couronnement  solennel  eut  lieu  en  grande 
])ompe,  le  8  septembre  1002.  Dès  le  lendemain,  nous  voyons 
Notger  intervenir  dans  le  diplôme  par  lequel  Henri  II  con- 
firmait la  propriété  de  Kusel  à  l'abbaye  de  Saint-Remi  de 
Reims  (2). 

Rentré  à  Liège  après  le  couronnement,  Notger  pouvait  enfin 
se  donner  à  son  cher  diocèse,  qu'il  avait  quitté  depuis  cinq  ans. 
Il  s'y  prépara  tout  d'abord  à  recevoir  la  visite  de  son  au- 
guste maître.  D'Aix-la-Chapelle,  où  il  avait  assisté  le  24  jan- 
vier 1003  à  l'anniversaire  de  son  prédécesseur  (3),  l'empereur 
était  allé  vénérer  les  reliques  de  saint  Servais  à  Maestricht, 
puis  il  vint  à  Liège  faire  ses  dévotions  au  tombeau  de  saint 
Lambert.  C'est  là  qu'au  dire  d'un  chroniqueur,  il  obtint,  par 
l'entremise  de  ce  saint,  d'être  délivré  de  ses  soulTrances 
physiques  (4). 

Le  repos  du  vieil  évoque  de  Liège  ne  devait  être  que  relatif. 
Dès  1004,  il  assistait  à  un  concile  tenu  j)ar  l'empereur  on  ne 
sait  au  juste  où,  mais  très  probablement  dans  les  régions 
occidentales  de  l'empire  (o).  Dans  cette  réunion,  le  roi  s'éleva 


(1)  Adalbold  o.  c,  c.  12,  p.  686;  Thietmar  de  Mersebourg,  V,  12,  p.  796. 

(2)  Bresslau  et  Bloch,  DH.  Il,  p.  dS;  p.  o8.  Marlof,  Mctropolis  Rcmensis  lilstu- 
ria,  l.  II,  p.  o8. 

(3)  Hirsch,  Hcinrich  II,  l.  I,  p.  247. 

Itinéraire  :  Thionville  15  janvier  1003. 
Aix-la-ChapcIle  o  février. 
Cologne  9  février. 
Nimègue  23  et  28  févrcr. 
Minden  dO  ou  13  mars. 
(\)  Tliietmar  de  Mersebourg,  V,    17,  p.  798.  Cf.   GiesebrechI,  Gni-hirhtc    dcr 
deuluchcn  Kaiscrzcit,  II,  p.  io. 

(o)  Constantin,  Vita  Adalbcnnm,  c.  -l."-20,  pp.  6G3-66o.  Il  cilc  nommément  les 
cvêques  de  Strasbourg,  Spire,  Liège,  AVurzbourg,  Verdun,  Toul,  Metz  et  ajoute  : 
Aliicpie  quamplurcs  non  solum  ex  Lotharii  regno  verum  ex  omni  Gennania.  On  y 
discute  le  cas  du  duc  de  Franconic,  et  le  biographe  de  Tévêrpie  de  Metz  rapporte 
l'épisode  à  roccasion  de  ce  prince  :  autant  d'indices  que  le  concile  s'est  tenu  dans 
les  régions  occidentales  de  l'empire.  Hirscli,  t.  I,  p.  21  i,  croit  qu'il  siégea  à  Thion- 


XOTCxER    AU    SEUVICE    d'hKNRI    II.  100 

avec  force  contre  les  mariages  entre  proches  et  signala  le 
cas  de  Conrad,  duc  de  Franconie,  (jui  avait  épousé  sa  pa- 
rente. Ce  fut,  au  dire  d'un  contemporain,  l'occiision  d'une 
vive  querelle,  et  le  concile  fidllit  dégénérer  en  bagarre.  On 
comprendra  mieux  l'épisode  quand  on  saura  que  ce  Conrad 
était  le  gendre  d'IIerman  de  Souabe,  qu'il  avait  porté  les 
armes  contre  l'empereur  et  qu'au  zèle  pour  la  pureté  du  ma- 
riage se  joignait  probablement,  chez  Henri  II,  le  désir  de 
rompre,  si  possible,  le  lien  qui  rattachait  le  puissant  duc  de 
Franconie  à  ini  dangereux  rival. 

En  1005,  nous  retrouvons  Notger  à  la  cour  iuq^ériale  à 
Aix-la-Chapelle,  et  c'est  là  que,  le  5  avril,  Henri  II  lui  accor- 
dait un  diplôme  de  confirmation  pour  son  église  de  Sainte- 
Croix  (1).  Le  7  juillet  de  la  même  année,  l'évoque  de  Liège 
était  au  concile  de  DorLmund.  Le  roi  y  lit  prohiber  par  le 
synode  plusieurs  abus  qui  se  passaient  dans  l'Eglise.  Il  s'y 
fonda  aussi  une  association  de  prières  entre  les  évéques, 
les  prêtres  et  les  laïques  présents.  A  la  mort  de  chaque  évo- 
que, les  associés  devaient,  dans  le  délai  de  trente  jours,  célé- 
brer la  messe  pour  lui,  nourrir  trois  cents  pauvres,  donner 
trente  deniers  d'aumône  et  allumer  trente  cierges  ;  d'autres 
obligations  du  même  genre  étaient  faites  aux  prêtres  et  aux 
laïques.  Le  concile  détermina  aussi  les  jevmes  qui  auraient 
lieu  aux  Vigiles  et  aux  Quatre-temps  (2). 

L'empereur  Henri  II  accordait  à  l'évèque  de  Liège  une 
confiance  égale  à  celle  dont  il  avait  joui  sous  le  règne  du 
dernier  Otton.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  qu'il  le  choisit  en  lOOG 
pour  remplir  une  mission  des  plus  dilliciles  et  des  plus  hono- 
rables, en  l'envoyant  à  Paris  négocier  un  traité  avec  le  roi 
de  France  Robert  (3).  Il  s'agissait,  selon  toute  apparence, 

ville,  cl  de  lait  nous  savons  que  l'empereur  y  fut  le  lo  janvier;  du  coup  nous 
tiendrions  la  date  du  concile,  qu'il  faudrait  placer  encore  avant  le  couronnement. 
Mais  Bolimer,  p.  110,  établit  contre  llirsch  qu'on  ne  peut  pensera  ThionviUe,  et 
place  la  réunion  entre  les  10  et  18  juillet  1004. 

(1)  Fisen,  t.  I,  p.  170,  publie  ce  diplôme  en  partie;  Bressiau  et  Dloch,  DU.  U, 
(i.  117  viennent  de  le  publier  intégralement.  V.  dans  l'appendice  les  raisons  pour 
lesquelles  j'ai  cru  devoir  en  donner  une  nouvelle  édition. 

(2)  Thietmar  de  Mersebourg,  VI,  13,  p.  810. 

(3)  Anselme,  c.  29,  p.  205.  Cf.  llirsch,  t.  I,  p.  401.  Cet  auteur  croit  que  le  voyage 


110  CHAPITUE   Ylli. 

d'une  guerre  à  entreprendre  en  commun  contre  Baudouin  IV, 
comte  de  Frandre,  dont  l'ambition  offusquait  également  les 
deux  souverains.  En  renvoyant  sa  i'emme  Rozala-Suzanne, 
veuve  en  premières  noces  d'Arnoul  de  Flandre  et  belle-mère 
de  Baudouin,  le  roi  Robert  avait  jeté  entre  lui  et  son  puis- 
sant vassal  un  germe  d'inimitié,  ou,  tout  au  moins,  lui  avait 
fourni  un  prétexte  pour  légitimer  toutes  ses  entreprises. 
D'autre  part,  le  comte  venait  de  s'emparer  de  Valencienncs 
sur  l'Escaut;  il  menaçait  directement  le  Cambrésis,  où 
l'évêque  Erluin  continuait  de  soutenir  courageusement  la 
lutte  contre  tous  les  ennemis  de  l'empire.  Henri  II  ne 
pouvait  rester  impassible  devant  une  telle  insolence  :  s'il 
voulait  que  l'empire  fût  respecté  de  ses  voisins,  il  devait 
à  tout  prix  mettre  à  la  raison  l'outrecuidant  feudataire. 
En  outre,  Notger,  qui,  dans  les  derniers  temps,  avait 
inspiré  toutes  les  mesures  relatives  au  Cambrésis,  qui  était 
auprès  des  empereurs  le  patron  des  intérêts  lotharingiens, 
qui  était  de  plus  l'ami  particulier  d'Erluin,  ne  sera  certai- 
nement pas  resté  étranger  aux  délibérations  d'PIenri  II;  le 
choix  môme  que  l'empereur  fait  de  lui  pour  négocier  à 
Paris  semble  indiquer  qu'avant  de  préparer  la  mesure  il 
l'avait  conseillée  (1). 

C'est  pendant  son  séjour  à  Paris  que  Notger  eut  à  s'occu- 
per d'un  clerc  de  son  église,  nommé  Hucbald,  qui,  étant 
encore  adolescent,  s'était  enfui  de  Liège  dans  la  grande  ville 
française,  où  il  était  entré  à  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève,  et 
où  il  s'était  fait  une  brillante  réputation  comme  professeur. 
A  la  sollicitation  des  chanoines  de  la  célèbre  abbaye,  l'évêque 
de  Liège  consentit  à  reprendre  en  grâce  le  clerc  fugitif,  et 
même  il  lui  pei'mit  de  passer  trois  mois  de  l'année  dans 
l'abbaye  (2). 

lie  Nûtgci'  à  l'ai'is  n'est  pas  postéi-ieur  au  mois  de  mai,  parce  que,  dès  le  lU  juin, 
nous  trouvons  Notg-er  au|)ri'S  de  lleni'i  II  à  Ei'stcin,  et  que  le  diplôme  de  conlir- 
mation  qu'il  y  reeut,  du  l'oi  était  la  récompense  de  la  manière  dont  il  avait  rempli 
celte  ambassade. 

(1)  Cf.  Fisen,  t.  1,  p.  lo7,  ([ui  croit  (lue  la  gueri'c  de  Flandre  a  été  cnti-eprise 
sur  le  conseil  de  Notger. 

(2)  An.selme.  c.  29,  p.  2U,';. 


^'OTGEU    AL'    SERVICI::    D*IIEXni    II.  lli 

Ce  l'ait  est  [>lcin  d'intérêt  sans  doute,  mais  on  regrette  de 
n'être  pas  mieux  renseit;né  sur  les  négociations  de  Notger 
avee  la  eour  de  France,  (^e  qu'on  sait,  c'est  qu'elles  lurent 
couronnées  de  succès,  car,  peu  après  le  retour  de  Notger,  en 
juin  ou  en  juillet,  les  deux  souverains  eurent  mie  entrevue 
sur  les  bords  de  la  Meuse,  aux  conlins  de  leurs  royaumes 
respectifs  (1).  Là  fut  décidée  l'entreprise  commune  contre  le 
turbulent  comte  de  Flandre.  Il  faut  croire  que  l'empereur 
était  i)leinement  satisfait  des  services  que  Notger  lui  avait 
rendus  à  cette  occasion,  car,  le  10  juin  lOUIJ,  par  un  di[)lùme 
tlaté  d'iM'stein  en  Alsace,  il  lui  accordait  la  confirmation  de 
toutes  les  propriétés  de  l'église  de  Liège.  Si  cette  induction 
est  fondée,  nous  serons  aiiienés  à  placer  avant  le  mois  de 
juin  le  départ  de  l'évéque  pour  Paris. 

L'expédition  des  deux  rois  contre  la  Flandre  eut  lieu  au 
mois  de  septembre  de  la  même  année  (2);  le  but  immédiat  en 
était,  parait-il,  d'enlever  Valenciennes  au  comte.  Mais,  mal- 
gré les  elforts  réunis  des  forces  franc^-aises  et  allemandes, 
aidées  par  celles  du  duc  Richard  de  Normandie,  le  siège  fut 
infructueux,  et  Henri  dut  regagner  son  royaume  sans  avoir 
pu  châtier  l'orgueil  du  lier  Baudouin  (3),  Celui-ci,  enllé  de 
son  succès,  se  crut  assez  fort  pour  pouvoir  menacer  l'évéque 
Erluin  de  Cambrai,  dont  on  sait  la  fidélité  à  l'empire  (4) 
et  le  dévouement  à  Notger.  L'attaquer,  c'était  attaquer 
l'évéque  de  Liège  lui-môme,  et  dans  son  patriotisme  —  Erluin 
gardait  l'extrême  frontière  de  l'empire  —  et  dans  ses  amitiés 

(1)  L'entrevue  est  allestée  par  un  diplôme  du  roi  Robert  ainsi  daté  :  Actum 
liublice  supra  Mosam  apiid  regale  collû([uium  régis  Ilotbcrti  atque  Heinrici  régis. 
Mabillon,  Amutlcs  O.  S.  li.,  t.  IV,  p.  183.  Hirsch,  I,  401,  croit  pouvoir  placer  l'entrevue 
en  août,  après  le  retour  d'Henri  II  de  Bourgoijiic,  mais  il  est  à  remarquer  que 
Texpédilion  des  deux  rois  contre  la  Flandre  eut  lieu  dès  le  mois  de  septembre. 
V.  r.ichter,  111,  r,  p.  192,  et  cf.  Pfister,  [lobert-lc-Pieux,  p.  3G3. 

(2)  AuiKilcs  Ebioncnscs  majarcs,  a.  lOO.'i,  p.  H. 

(3)  Gestu  cpp.  Caïuerac.  I,  114,  p.  431  ;  Tliielmar  de  Mersebourg,  VI,  22,  p.  813; 
Annales  Qurdlinhiinjcnscx,  a.  lOOG,  p.  79)  ;  Sigeberl  de  Gembloux,  Cluoiiicon,  a.  lOOfi, 
|i.  ooi;  Annules  Klmmenxcs  majores,  a.  1003,  p.  12;  Annales  Leodirnses,  a.  1000,  p. 
18;  Annales  S.  Jacobi  Leodiensis,  a.  1000,  p.  038.  On  trouvera  tous  ces  textes 
réunis  dans  \'anderkinderc,    La  funnution  territoriale  des  iirincipaiités  hcliiett,  t.  I, 

p.  94  et  suivantes. 

(4)  Ccsta  epp.  Camerac,  1.  c. 


112 


chapitrt:  viiî. 


personnelles.  Aussi,  quand  l'cvèque  de  Cambrai  accourut  en 
toute  hâte  auprès  de  l'empereur  pour  l'appeler  au  secours, 
il  n'est  pas  douteux  qu'il  se  soit  arrêté  à  Liège  auprès  de  son 
ami  et  ancien  maître  Notger,  et  que  celui-ci  soit  énergique- 
ment  intervenu  à  la  cour  en  sa  faveur. 

Le  vigoureux  vieillard  était  alors  septuagénaire,  mais  son 
ardeur  au  service  de  l'Empire  restait  entière.  Le  25  mai  1007, 
jour  de  la  Pentecôte,  il  était  à  Mayence,  au  plaid  impérial 
dans  lequel  on  expédia  une  alTaire  qui  touchait  singuliè- 
rement au  cœur  de  l'empereur.  Henri,  évèque  de  Wûrz- 
bourg,  y  consentit  enfin,  moyennant  des  compensations,  à 
laisser  détacher  de  son  évêché  la  ville  de  Bamberg,  dont 
l'empereur  et  l'impératrice  avaient  richement  doté  l'église  et 
où  ils  voulaient  fonder  un  siège  épiscopal  (1).  L'évéque  de 
Liège  était  encore  à  la  cour  le  4  juin,  car,  à  cette  date,  il  fut 
intervenant  dans  un  diplôme  royal  en  faveur  de  l'abbaye  de 
Thorn  (2).  Nous  avons  le  droit  de  croire  qu'il  ne  laissa  pas 
oublier  à  Henri  II  les  intérêts  d'Erluin  et  la  nécessité  de 
châtier  le  comte  de  Flandre,  bien  que  ce  souverain  énergique 
n'eût  guère  besoin  qu'on  lui  rappelât  ses  amis  ni  ses  ennemis. 
Le  8  juillet,  suivi  sans  doute  de  Notger,  Henri  était  à  Aix- 
la-Chapelle,  où  se  réunissait  son  armée,  et  d'où  il  prit  le 
chemin  de  la  Flandre.  Cette  fois,  la  fortune  abandonna  Bau- 
douin :  après  avoir  attendu  vainement  son  ennemi  derrière 
l'Escaut,  dont  il  lui  disputa  le  passage,  il  le  vit  passer  le 
lleuve  grâce  à  un  stratagème  et  se  jeter  sur  Gand,  où  Henri 
entra  le  19  août  1007,  accueilli  en  souverain  par  les  moines 
de  Saint-Bavon.  Alors  Baudouin  sentit  l'impossibilité  de  con- 
tinuer la  lutte  :  il  restitua  Valenciennes  à  l'empereur,  lui 
donna  des  otages  et  lui  prêta  serment  de  fidélité.  L'empereur, 
préférant  avoir  en  lui  un  ami,  lui  rendit  plus  tard  Valen- 
ciennes en  fief  avec  les  îles  de  la  Zélande  (3). 

(1)  V.  MGII.  SS.  IV,  p.  70.",  note.  Cf.  Ilofelé,  Cmicilivuncschkhle,  (.  IV,  p.  GG4, 
eX  Hirscli,  t.  II,  p.G2.La  relation  reproduite  dans  MGIl,  l.c,  est  extraite  des  actes 
du  concile  de  Francfort  tenu  en  1007. 

(2)  ^lira'us  et  Foiipens,  Opéra  diplomatica,  t.  I,  p.  o07. 

(3)  Thictmar  de  Merscbourg,  VI,  22,  p.  813;  Annal.  Saxo,  annn  1001,  p.  CiJG; 
Annales  Ulnnilin.  ann.  1007  p.  2o;  Annales  Sancii  Bavonis  p»   189;  Sigcbert  de 


îs^OTGER   AU    SERVICE   d'uENRI    II.  113 

Notger  fut-il  des  deux  expéditions  de  Henri  II  contre  la 
Flandre  ?  On  est  assez  porté  à  croire  qu'à  moins  de  raisons 
graves,  comme  celles  qu'il  aurait  pu  tirer  de  son  grand  âge 
et  de  ses  infirmités,  il  n'a  pas  dû  manquer  à  des  luttes  où  la 
sécurité  de  son  propre  pays  était  si  nettement  engagée.  Nous 
serions  plus  alïii-matif,  au  moins  en  ce  qui  concerne  la 
seconde  expédition,  si  nous  pouvions  ajouter  foi  au  récit  d'un 
chroniqueur  liégeois  du  XIIP  siècle,  dont  l'autorité,  à  vrai 
dire,  est  bien  faible  pour  des  événements  du  XP.  D'après 
Gilles  d'Orval,  l'empereur,  ayant  échoué  dans  sa  première 
entreprise  sur  Valenciennes,  aurait  appelé  au  secours  Notger, 
et,  avec  l'aide  de  ce  prince,  serait  allé  prendre  Gand,  ce 
qui  aurait  déterminé  la  soumission  de  Baudouin  (1).  Il  est 
bien  inutile  de  s'attarder  à  réfuter  ce  récit,  mais  peut-être 
avons-nous  le  droit  de  voir  dans  la  tradition  conservée  par 


Gembloux,  ami.  1007,  p.  354.  Gctta  epp.  Camcrac,  I,  c.  llo,  p.  452.  Cf.  Van- 
derkindere,  La  Formation  territoriale,  etc.,  t.  I,  p.  95.  Sur  divers  souvenirs  de 
cette  expédition  laissés  dans  i'iiagiographie  locale,  v.  Hirsch,  t.  II,  p.  40. 

(i)  On  remarquera  que  la  relation  de  Gilles  d'Orvâl  est  empruntée  textuellement 
à  la  chronique  de  Sigebert  de  Gembloux,  mais  que  la  ligne  relative  à  Notger  a  été 
interpolée  :  voici  les  deux  textes. 

Gilles  d'Orval  :  Sigebert,  Chronique  : 

Castrum  preterea  Valentianas,  sifum  dOOG.  Castrum  Valentianas,  situm  in 

in  marchia  Francie  ac  Lotharingie,  quod  marcha  Franciae  et  Lolharingiae,  quod 
Balduinus  comes  Flandrensium  invase-  Balduinus  comes  Flandrensium  inva- 
rat,  imperator  Henricus  obsedit,  concur-  serat,  imperator  Heinricus  obsidet,  con- 
rentibus  ad  auxilium  ejus  Roberto  rege  currenlibus  ad  auxilium  ejus  Rotberto 
Francorum  et  Richario  comité  Norman-  rege  Francorum  et  Richarde  comité 
dorum.  Sed  quia  idem  rex  de  obsidione       Norlmannorum. 

redierat   inefficax,   vocato   in   auxilium  -1007.  Heinricus  imperator,   quia  de 

suum  predicto  episcopo  Nothgero,  contra  obsidione  Valentianensi  inefllcax  redie- 
Balduinum  proficiscitur  ejusque  auxilio  rat,  contra  Balduinumprofeclus,  castrum 
et  consilio  munitus  castrum  Gandavum  Gandavum  invadit,  et  depopulata  terra, 
invadit,  et  depopulata  terra,  aliquot  Flan-  aliquot  Flandrensium  primores  capil. 
drensiumprimorescapit.Unde Balduinus  L'nde  Balduinus  perterritus  imperatori 
perterritus  imperatori  satisfecit,  Yalen-  salisfacit,  Valentianas  reddit,  datisque 
tianas  reddidit  datisque  obsidibus  cum  obsidibus  cum  sacramento  fidelitatis, 
sacramento  fidelitatis,  manus  ei  dédit.         manus  ei  dédit. 

Le  renseignement  de  Gilles  d'Orval  a  été  reproduit  dans  la  C/(ro?;/r/!/e  (interpolée) 
de  Saint-Laurent  et  dans  la  Chroniipie  liégeoise  de  1402,  ce  qui  n'en  augmente  pas 
l'autorité. 

I.  8 


114  CHAPITRE   VIII. 

Gilles  dOrval  le  souvenir  de  la  participation  réelle  de  Notger 
à  la  dernière  guerre  contre  la  Flandre.  Si,  comme  nous  le 
supposons,  Notger  est  entré  à  Gand  avec  l'empereur,  il  y 
aura  retrouvé,  parmi  les  moines  de  Saint-Bavon,  quelques 
uns  des  amis  qu'il  s'y  était  faits  dans  les  jours  de  sa  jeunesse, 
lorsque,  une  génération  auparavant,  il  était  venu  visiter  cette 
même  ville  sous  les  drapeaux  d'un  autre  empereur.  Gand 
marquait  en  quelque  sorte  le  commencement  et  la  fin  de  sa 
carrière  d'homme  de  guerre. 

L'expédition  de  Flandre  fut,  dans  tous  les  cas,  la  dernière 
à  laquelle  il  prit  part,  et  il  ne  rentra  dans  sa  ville  épiscopale, 
si  l'on  peut  ainsi  parler,  que  pour  mourir  (1).  Il  avait  servi 
tous  les  princes  de  la  dynastie  de  Saxe,  à  part  le  premier, 
et  la  plus  grande  partie  de  son  existence  s'était  écoulée  à  leur 
service.  Il  avait  contribué  à  sauver  le  sceptre  du  troisième 
Otton  et  à  procurer  l'élévation  de  son  successeur;  il  avait 
été  quatre  fois  en  Italie,  et  il  s'était  écoulé  des  années  entières 
sans  que  la  sollicitude  des  affaires  publiques  lui  permît  de 
reprendre  le  chemin  de  son  pays.  Jusqu'à  sa  dernière  heure, 
l'Empire  eut  en  lui  un  de  ses  serviteurs  les  plus  intelli- 
gents, les  plus  énergiques,  les  plus  dévoués.  C'est  lui  qui 
désigna  au  choix  de  l'empereur  un  évoque  d'Utrecht  et  deux 
évèques  de  Cambrai.  Plusieurs  fois,  il  avertit  son  souverain 
des  menées  françaises,  et  on  peut  croire  que,  sans  sa  vigi- 
lance, Otton  II  serait  tombé  aux  mains  du  roi  Lothaire.  Il 
marcha  sous  les  drapeaux  de  l'empire  contre  tous  les  enne- 
mis, et,  dans  ce  Lothier  toujours  si  remuant,  il  créa,  par  son 
exemple  et  par  ses  œuvres,  une  atmosphère  de  respect  et  de 
prestige  autour  du  trône  impérial. 

(1)  Plusieurs  auteurs,  notamment  le  Gallta  Christianci,  t.  111,  col.  848,  Vllistoire 
littéraire  de  France,  t.  VII,  p.  210,  A.  Waufers,  Table  chronologique,  t.  I,  p.  449, 
Daris,  t.  I,  p.  300,  croient  que  Notger  assista  au  concile  de  Francfort  le  i  novem- 
bre 1007  (le  GC.  imprime  lOOG),  où  fut  sanctionné  l'accord  relatif  à  la  fondation 
de  l'évêché  de  Bamberg.  C'est  une  erreur  provenant  de  ce  qu'ils  ont  mal  lu  l'acte 
du  concile  de  Francfort.  Cet  acte  contient  :  i»  la  relation  des  négociations  qui 
eurent  lieu  le  25  mai  -1007  au  concile  de  Mayence,  où  Notger  assista  (v.  plus  haut); 
2"  une  confirmation  des  mesures  qui  y  furent  arrêtées,  signée  par  un  grand  nombre 
de  prélats  parmi  lesquels  Notger  ne  ligure  pas.  Les  auteurs  cités  ont,  par  dis- 
traction, mis  dans  le  second  acte  ce  qu'ils  lisaient  dans  le  premier. 


CHAPITRE  IX. 


FORMATION    DE    LA    PRINCIPAUTE    DE    LIEGE. 


Le  lecteui'  qui  s'est  rendu  compte,  par  le  chapitre  qui  pré- 
cède, de  la  part  que  Notger  a  prise  aux  affaires  générales  de 
l'empire,  se  sera  demandé  plus  d'une  fois  comment  il  a  pu 
trouver  le  temps  de  s'occuper  de  son  diocèse.  Les  diocésains 
du  grand  évoque  eussent  pu  renverser  la  question  et  deman- 
der comment  le  père  de  la  patrie  liégeoise,  le  créateur  de  la 
ville  et  de  la  principauté  a  trouvé  le  loisir  nécessaire  pour 
vaquer  aux  intérêts  de  l'empire  (i).  Rien,  semble -t-il,  ne 
peint  mieux  que  ce  simple  rapprochement  la  féconde  activité 
d'un  homme  qui  a  su,  en  quelque  sorte,  se  dédoubler,  et  accom- 
plir des  choses  également  grandes  à  l'intérieur  et  à  l'extérieur. 

On  est  généralement  d'accord  pour  voir  en  Notger  le  fon- 
dateur de  la  principauté  de  Liège.  Et  cela  est  vrai  en  ce  sens 
que  non  seulement  il  fut  le  premier  prince  de  ce  pays,  mais 
encore  que  son  initiative  personnelle  contribua  puissamment 
à  l'organisation  du  pouvoir  princier.  Mais  il  s'en  faut  de 
beaucoup  que  l'Etat  Liégeois,  non  plus  que  les  autres  princi- 
pautés ecclésiastiques  de  l'empire,  ait  été  créé  de  toutes  pièces, 
et  du  jour  au  lendemain.  Il  est,  au  contraire,  nous  l'avons 

(1)  Déjà  l'auteur  du  Vita  Nutgeri  a  eu  conscience  de  ce  contraste  :  Et  cum  tôt  et 
tanta  egerit  in  patria,  ut  non  immerito  pater  diceretur  patrie,  non  seinper  tamen 
totus  cessit  Leodiensi  ecclesie,  c.  7.  Le  Vita  BurcJutrdi,  c.  20,  p.  844,  relève  d'une 
manière  énergif[ue  les  difficultés  que  l'évêque  de  AVornis  trouvait,  dans  le  service 
du  roi,  à  raccomplissement  de  ses  travaux  dans  sa  ville  :  il  avait,  dit-il,  commencé 
à  bâtir  le  monastère  de  Saint-Martin,  sed  muro  ex  parte  peracto,  rcgalis  crebrositate 
serviminis  et  maxime  adsidua  infirmitatc  necnon  variis  adversitatibus  impeditus 
proh  dolor!  peragere  non  poluit. 


116 


CHAPITRE    IX. 


VU,  le  fruit  d'un  lent  développement,  qui  a  fait  passer  l'Eglise 
de  Liège  par  toutes  les  phases  que  la  grande  propriété  terri- 
toriale a  traversées  depuis  l'empire  romain  jusqu'au  XP 
siècle.  Notger  a  mis  le  sceau  à  ce  développement  en  joignant 
le  premier,  à  la  qualité  de  grand  seigneur  immuniste  pos- 
sédée par  ses  prédécesseurs,  celle  de  comte  et  de  prince 
d'empire  qui  lui  fut  conférée  par  ses  souverains. 

Jusque  là,  lévêque  était  loin  d'équivaloir  au  comte  comme 
autorité  publique.  Sans  doute,  il  était,  dans  le  domaine  de 
son  immunité,  entièrement  indépendant  de  celui-ci,  et  il  y 
exerçait  un  pouvoir  analogue  à  celui  du  comte  dans  son 
comté.  L'évèque  de  Liège,  avant  Notger,  jouissait  de  la 
haute  et  basse  justice  dans  les  terres  de  son  église  et  sur  la 
population  qui  en  dépendait.  Mais  ces  terres  étaient  dissé- 
minées, tandis  que  l'autorité  du  comte  s'exerçait  sur  une 
province  entière,  sur  de  vastes  territoires  contigus  et  sur 
tous  les  habitants  de  ceux-ci. 

Ce  fut  la  politique  des  rois  de  la  maison  de  Saxe  qui  lit 
franchir  au  pouvoir  des  évêques  les  deux  derniers  degrés  qui 
le  séparaient  de  celui  du  comte.  D'abord,  ils  leur  donnèrent 
les  droits  comtaux  sur  certains  territoires;  plus  tard,  ils 
leur  accordèrent  des  comtés  entiers,  avec  tous  les  droits 
qu'ils  impliquaient. 

Du  coup,  les  prélats  se  trouvèrent  à  la  tête  de  principautés 
véritables.  D'une  part,  au  lieu  de  terres  dispersées  et  sans 
autre  lien  entre  elles  que  la  personne  des  possesseurs,  ils 
eurent  sous  leurs  ordres  des  domaines  territoriaux  compacts 
et  d'un  seul  tenant,  qui  formaient  le  noyau  de  leur  temporel. 
De  l'autre,  au  lieu  de  n'avoir  dans  leurs  domaines  que  la 
juridiction  sur  leurs  hommes,  ils  furent  désormais  les  juges 
de  toute  la  population,  tant  libre  que  servile,  et  ils  rempla- 
cèrent les  comtes.  Enfin,  le  comté  étant  donné  à  leur  église 
et  non  seulement  à  leur  personne,  les  états  nouvellement 
constitués  eurent  la  perpétuité  et  l'indivisibilité  qui  étaient 
les  caractères  spéciaux  du  patrimoine  ecclésiastique.  On  peut 
dire  que  c'est  la  concession  de  comtés  entiers,  faite  pour  la 
première  fois,  d'une  manière  systématique,  aux  évêques  par 
les  princes  de  la  maison  de  Saxe,  qui  doit  être  considérée 


FORMATIOX    DE    LA    PRINCIPAUrK    DK    I.IKC.K.  117 

cojiinie  Tacte  constilutifdes  pi-incipautés  ecclésiastiques  (1). 
Il  en  fut  ainsi  à  Liège.  Parmi  les  nombreuses  libéralités 
que  les  euq)ereurs  firent  à  Notger,  nous  relevons  la  donation 
de  deux  comtés  :  celui  de  Huy  en  985  et  celui  de  Brugeron 
vers  la  même  date.  Rendons-nous  bien  compte  de  la  portée 
de  cette  double  libéralité.  Nous  savons  déjà  que  l'église  de 
Liège,  possédait,  dans  le  comté  de  Huy  et  dans  la  ville  même, 
des  biens  jouissant  de  Timmunité,  et  qu'elle  y  exerçait  aussi, 
en  vei'tu  d'une  concession  impériale,  le  droit  de  tonlieu  et  de 
monnaie.  L'évèque  partageait  donc  en  quelque  sorte  la  qua- 
lité de  comte  de  Huy  avec  le  titulaire  (2).  Il  la  posséda  seul 
à  partir  du  jour  où  le  comte  Ansfrid  lui  céda  ce  qui  lui  res- 
tait du  comté,  tant  dans  le  bourg  de  Huy  qu'en  dehors 
(infra  eiindein  çiciiin  vel  extra).  Cette  concession  fut  ratifiée 
par  l'empereur,  qui,  de  son  coté,  abandonna  à  Notger  ses 
droits  de  tonlieu  etde  marché  dans  la  pai*td"Ansfrid,  de  même 
que  les  autres  revenus  de  la  couronne  (3).  C'est  ainsi  qu'ajou- 
tant aux  biens  de  son  immunité  et  à  la  part  héréditaire  d' Ans- 
frid  les   droits  régaliens    qu'il   exerçait  déjà,    et  ceux    que 

(1)  Les  plus  anciennes  concessions  de  droits  comtaux  à  des  évêchés  sont  : 

887.  Langres,  par  Chai'les  le  Gros.  Bouquet,  VIII,  p.  643. 

927.  Toul,  par  Henri  I.  Sickel,  DH.  I,  p.  32. 

940.  Reims,  par  Louis  IV.  (Flodoard,  Annales,  940  ;  le  même,  Hist.  Rem. 

écoles.  IV,  24). 
948.  Cambrai,  DO.  I,  p.  182. 
Les  plus  anciennes  concessions  de  comtés  entiers  à  des  évêchés  sont  : 

974.  Le  comté  de  Cadore  donné  à  Tévêché  de  Frisingue.  DO.  Il,  p.  96. 
1001.  Les  cinq  comtés  de  Paderga,  Aga,  Treveresca,  Auga  et   Soretfeld 
donnés  par  Olton  III  à  l'évèché  de  Paderborn.  DO.  Ill,  p.  810. 

(2)  Des  cas  semblables  se  rencontrent  ailleurs.  A  Coire,  l'évèque  avait  le  ban  de 
la  moitié  de  la  ville,  avec  les  redevances  des  serfs  et  des  libres  de  la  campagne. 
Cl  Daraus  enstand  ein  sonderbares  Zwitterverhaltniss  zwischen  dem  Bischof  und  dem 
Grafen  von  Chur,  dem  nachlier  Otto  III  998  dadurch  ein  Ende  machte,  dass  er  der 
Kirche  von  Chur  die  ganze  Stadt  mit  Zoll,  Miinze  und  Bann  schenkte.  »  K.  Hegel, 
Die  Entstehumj  des  deutschen  Stàdtewesens,  pp.   73-74.  A  Cambrai,   l'évèque  et  le 

comte  avaient  chacun  la  moitié  de  la  ville  :  Tune  lemporis  Isaac  cornes abba- 

tiam  sanctissimi  Gaugerici tenebat,  dimidium  scilicet  Cameracae  urbis  castel- 

him,  cum  medietale  quoque  publicorum  vectigalium  simulque  etiam  altéra  monetâ. 
Gesta  epp.  Cam.  I,  71,  p.  420. 

(3)  Quiequid  camere  nostre  provenire  poterat  ex  comitatu  jain  dicto.  Sickel,  DO, 
II,  p.  414. 


lis  CIIAPITllE    IX. 

l'empereur  venait  de  lui  concéder,  Notger  se  trouva  devenu 
comte  de  Huy  par  accumulation. 

Le  comte  de  Huy  s'étendait  sur  les  deux  rives  de  la  Meuse, 
dans  le  Condroz  et  la  Famenne  d'une  part,  dans  la  Hesbaye 
et  le  Brabant  actuel  de  l'autre.  Parmi  les  localités  qui  en 
faisaient  partie,  nous  voyons  citer  :  JenelTe-en- Hesbaye, 
Seraing-le-Glititeau,  Braives,  Tourinnes-la-Ghaussée,  Grand- 
Rosière,  au  nord  de  la  Meuse  ;  et  au  sud  de  ce  fleuve  :  Honay, 
Wiesme,  Leiguon,  Barvaux-en-Gondroz,  Buzin  (Verlée), 
Fraiture-en-Gondroz  et  Somal  (MalTe)  (1). 

C'était  la  première  fois  qu'un  comté  tout  entier,  avec  tout 
son  territoire  et  avec  toutes  les  attributions  comtales,  tom- 
bait aux  mains  de  Tévêque  de  Liège.  Gette  superbe  acquisi- 
tion le  faisait,  d'emblée,  passer  du  rang  d'immuniste  à  celui 
de  prince.  Elle  devenait  le  noyau  qui  allait  assurer  l'unité 
territoriale  de  la  principauté,  en  rattachant  entre  elles  une 
bonne  partie  de  ses  possessions. 

L'acquisition  du  comté  de  Brugeron  suivit  de  près  celle  du 
comté  de  Huy,  si  elle  ne  la  précéda.  G'est  vers  988  que,  dans 
un  diplôme  où  il  est  question  de  plusieurs  autres  donations, 
Otton  III  confirma  à  l'église  de  Liège  la  possession  de  ce 
nouveau  domaine  (2),  et  tout  porte  à  croire  que  Notger  en 
sera  devenu  le  maître  en  vertu  de  négociations  semblables  à 
celles  qui  firent  passer  dans  ses  mains  le  comté  de  Huy. 

Le  comté  de  Brugeron  (Briinengeriiz)  s'étendait  de  Tirle- 
mont  à  Louvain;  il  était  borné  à  l'ouest  par  la  Dyle,  au  nord 
par  une  ligne  courant  de  Gorbeek-Dyle  par  Lovenjoul 
àBinckom,  à  Meensel-Kieseghem  etàPippinsvoort;  à  l'est,  la 
frontière  allait  de  Glabbeek  à  Pippinsvoort,  à  Grimde  et  à 


(1)  Sur  le  comté  de  Huy,  v.  Piot,  Les  Pagi  de  la  BcUjique,  p.  1 17  ;  J.  Demarteau. 
Les  origines  de  Ilinj,  etc.  Cùmférences  de  la  Société  d'art  et  d'histoire  du  diocèse  de 
Lièr/p,  l\<^  série,  pp.  12  61-13);  Vanderkinderc,  Formation  territoriale,  etc.,  t.  II, 
p.  213-221.  Il  faut  se  garder  de  confondre  ce  comté  de  Huy  avec  un  autre  comté  de 
Hoio,  qui  est  le  comté  de  la  Houille,  comme  fait  Grandgagnage,  Mémoire  sur  les  an- 
ciens noms  de  lieux  de  la  BeUjiquc  orientale,  p.  41,  suivi  par  Piot,  o.  c,  p.  118, 
note  3.  V.  sur  cette  question  Roland  dans  ASA^,  t.  XX,  pp.  77-78. 

(2)  Sickel,  DO.  III,  p.  440.  En  ce  qui  concerne  Tannée  où  fut  émis  cet  acte  non 
daté,  voir  ci-dessous,  p.  121,  note  2, 


FOnMATKIN    I)i;    T> A    rillXCIPAUTK    DE    HÈCxE.  110 

Ai'Jevoor;  au  sud,  elle  passait  entre  les  deux  Heylisscm, 
entre  Zctrud  et  Genville,  et  de  là  par  Mélin,  Roux-Miroir, 
Longueville  et  Chaumont,  elle  revenait  aboutir  à  la  Dyle, 
le  long  de  laquelle  elle  se  dirigeait  vers  Corbeek-Dyle,  déjà 
nommé  (1). 

(]ette  acquisition,  qui  étendait  singulièrement  le  domaine 
de  nos  évêques,  n'allait  pas  sans  inconvénients.  Les  puis- 
sants comtes  de  Louvain  voyaient  arriver  jusqu'aux  portes 
de  leur  capitale  un  voisin  dont  ils  jalousaient  la  richesse  et 
la  puissance  :  quoi  détonnant  si  les  évoques  de  Liège  eurent 
plus  d'une  fois  maille  à  partir  avec  eux,  et  si  le  premier 
successeur  de  Notger,  Baldéric  II,  se  vit  entraîné  dans  une 
guerre  calamiteuse  contre  le  comte  Lambert  ?  Vaincu,  il 
s'estima  heureux  d'acheter  la  paix  au  prix  de  l'engagère  du 
comté  à  son  redoutable  adversaire.  Plus  tard,  en  1096, 
l'évoque  Otbert  parvint  à  dégager  le  Brugeron  et  le  donna 
en  fief  au  comte  Albert  de  Namur,  mais,  après  la  mort  de  ce 
dernier,  qui  disparaît  de  l'histoire  vers  llOo,  le  domaine 
disputé  retourna  au  duc  Godefroi,  gendre  du  comte  de  Na- 
mur (2).  L'église  de  Liège  en  garda  quelques  parcelles  :  ce 
sont  Hougaerde,  Bauvechain,  Tourinne  et  Chaumont,  aux- 
quels on  peut  ajouter  le  château  de  Tirlemont  (3).  Tout  le 
reste  fut  j)erdu  définitivement  pour  la  principauté.  p]ntre 
deux  centres  d'attraction  de  force  à  peu  près  égale,  le  Bru- 
geron était  allé  se  perdre  dans  la  masse  dont  l'influence 
s'exerçait  de  plus  près. 

Là  ne   se   bornèrent  pas  les   acquisitions  que  l'église  de 

l'I)  Sur  le  comté  de  Brunengeruz,  lire  Gilles  d'Orval.  III,  13  p.  91,  et  cf.  Grand- 
gagnage,  Mémoire,  p.  106,  Moulaert,  BCRH,  série  II,  t.  X,  Waulers,  Géographie  et 
histoire  des  communes  belges.  Ville  de  Tirlemont,  p.  26  et  Vanderkindere,  La  For- 
mation territoriale,  t.  II,  p.  143-146.  Daris,  Notices,  t.  IX  et  Bets,  Histoire  de 
Tirlemont,  t.  I,  p.  26,  se  bornent  à  reproduire  Moulaert. 

Le  nom  de  Brunengeruz  (=  Bruninge  Rode)  signifie,  selon  toute  apparence,  le 
Sari  de  Bntnon  (cf.  Vanderkindere  1.  c),  mais  cela  ne  nous  renseigne  guère  sur 
l'origine  de  cette  circonscription,  qui  semble  le  résultat  d'un  partage  auquel  n'a 
présidé  aucune  considération  [lolitique  ni  géographique. 

(2)  Moulaert,  0.  c,  p.  168  et  169.  Il  y  aurait  beaucoup  à  dire  .sur  cet  exposé, 
mais  ce  n'est  pas  ici  la  place. 

(3)  Vanderkindere,  La  Formation  territoriale,  t.  II,  p.  -146, 


120  CHAPITRE   IX. 

Liège  fit  sous  l'épiscopat  de  Notger.  Dès  974,  Otton  III  lui 
avait  donné  le  marché  de  Fosse,  comprenant  le  droit  de  ton- 
lieu  et  de  monnaie  avec  celui  de  fabriquer  la  drêche  des 
brasseurs.  Maître  déjà  de  l'abbaye,  qu'il  tenait  de  la 
jîrincesse  Gisèle,  l'évêque  de  Liège  pouvait  dès  lors  se  con- 
sidérer comme  le  vrai  prince  de  la  localité  (1).  En  983,  le 
même  souverain  ajoutait  à  cette  libéralité  le  marché  de 
Visé  (2).  En  988,  l'évêque  devint  encore  le  maître  de  l'impor- 
tante abbaye  de  Gembloux  dans  des  conditions  que  nous 
avons  fait  connaître  (3).  En  997,  il  reçut  d'Otton  III  la  terre 
de  Heerwaarden  avec  ses  dépendances  pour  son  église  Saint- 
Jean,  nouvellement  fondée  (4).  Ajoutons  encore  que  Notger 
parvint  à  sauver  les  biens  que  son  prédécesseur  Eracle  avait 
légués  à  la  collégiale  Saint-Martin.  A  la  mort  de  cet  évêque, 
le  fisc  royal  les  avait  revendiqués,  comme  étant  de  simples 
précaires  dont  Eracle  n'avait  eu  la  jouissance  que  sa  vie 
durant.  Notger  sut  amener  l'empereur  à  se  désister,  et  Saint- 
Martin  resta  en  possession  de  son  domaine  (o). 

Pour  compléter  ce  tableau  des  acquisitions  territoriales  de 
Notger,  nous  empruntons  à  une  source  étrangère  l'histoire  de 
celle  qu'il  fit,  en  Hesbaye,  de  certains  domaines  appartenant 
à  l'abbaye  de  Saint-Riquier,  en  Picardie.  C'étaient  cinq  manses 
situés  à  Heers,  cinq  autres  à  Fumai,  un  à  Bois-ct-Borsu  et 
un  à  Gelinden.  L'abbaye,  se  trouvant  gênée  de  ces  posses- 
sions lointaines,  les  offrit  à  Notger,  qui  les  prit  en  gage  pour 


(i)  Sickel,  DO.  //,  p.  dOO. 

(2)  Le  même,  o.  c,  p.  36o. 

(3)  Le  même,  DO.  III,  p.  44o.  V.  ci-dessus,  p.  86.  Les  évoques  étaient  parfois 
les  avoués  des  monastères  situés  dans  leur  diocèse.  Ainsi,  l'archevêque  de  Cologne 
l'était  des  monastères  de  Laach,  Bitbourg,  Camp,  Meer.  V.  Blondel,  De  advocatiis 
ecctrsiasticis,  Paris,  1892,  p.  23. 

(i)  Le  même,  o.  c,  p.  637.  Sur  ce  diplôme,  voir  les  observations  do  cet  éditeur, 
celles  de  Bormans  et  Sclioolmeesters,  I,  24  et  de  Blocli  dans  NA.,  XX1II(1897),  I  io. 

(o)  Vita  ^oujeri,  c.  3.  Si  quidem  ecclesia  Sancii  Martini  in  bonis  relinendis 
que  ei  domimis  Eraclius  contulerat  laborabat.  In  tempore  enim  illo  tercius  Otto  ea 
lamquam  domino  Eraclio  prestita,  in  fiscum  regium,  eo  defuncto,  revocare  ceperat. 
Pontifex  et  opife.\  Notgerus  preclaris  meritis  suis  serenavit  principem,  et  prestita  in 
dati  et  rali  convertit  habitationem.  Ces  souvenirs  semblent  brouillés;  s'ils  contien- 
nent quelque  réalité,  il  ne  peut  être  question  que  d'Otton  I. 


FORMATION    DK    L\    PIUVCU'AUTÉ    DE    LIKCE.  121 

vingt  ans,  au  prix  de  trente-trois  livres  de  deniers  versées 
dans  les  mains  de  Tabbc  Ingclurd.  C'était  en  1002(1).  Nous 
possédons  l'acte,  daté  du  28  octobre,  par  lequel  notre  évoque 
l'ait  connaître  cette  condition;  il  est  revêtu  de  sa  signature, 
de  celles  du  prévôt  Godescalc  et  de  plusieurs  clianoines  et 
chevaliers  de  l'église  Saint-Lambert,  ainsi  que  de  l'abbé 
Ingelard,  de  deux  moines  et  de  trois  chevaliers  de  l'abbaye 
de  Saint-lliquier  (2).  A  peine  le  pacte  conclu  et  signé,  l'abbé, 
de  retour  chez  lui,  craignit  que  les  droits  de  sa  maison  ne 
fussent  pas  suflisammcnt  garantis,  attendu  qu'il  n'avait  pas 
fait  insérer  dans  le  contrat  une  clause  portant  qu'on  rendrait 
les  terres  dans  le  même  état  qu'on  les  avait  reçues.  Il  écrivit 
donc  à  Notgcr  une  lettre  que  la  chronique  de  Saint-Riquier 
nous  a  conservée,  le  priant  d'entretenir  lesdits  domaines, 
comme  on  dirait  aujourd'hui,  en  bon  ]»ère  de  famille,  c'est-à- 
dire  de  mettre  en  friche  les  terres  incultes,  de  rebâtir  les 
constructions  qui  tomberaient  en  ruines,  enfin,  de  prendre  des 
dispositions  j^i'ohibitives  à  l'endroit  de  ceux  de  ses  succes- 
seurs qui  s'aviseraient  d'abuser  du  gage.  Un  petit  morceau  en 
vers  adoniques,  contenant  des  souhaits  à  l'adresse  de  l'évêque 
de  Liège,  terminait  cette  épîtrc.  Notger  répondit  à  l'inquiet 
religieux  qu'il  était  entendu  qu'aucun  de  ses  successeurs  ne 
pourrait  entamer  le  gage,  mais  que  celui-ci  serait  restitué  à 
l'abbaye  n'importe  à  quel  moment  elle  rendrait  la  somme  de 
trente-trois  livres  ;  il  concluait  par  une  menace  d'anathème  à 
l'adresse  de  quiconque  porterait  atteinte  à  cette  convention(3). 
Lorsque  les  vingt  années  furent  écoulées,  l'abbé  Angelram, 

(1)  L'acte  est  daté  comme  suit  :  Acfa  siivt  hacc  Leodii  publiée  V  Kal.  nnvembris, 
anno  Dominicae  Incarnatianis  DCCCCLXXXVIII,  indiclione  XII,  imperii  vero  Ilenrici 
primo.  (Lot,  p.  171).  Celte  date  est  altérée.  La  I>e  année  de  Henri  II  est  1002,  et 
la  preuve  qu'il  faut  retenir  cette  année,  c'est  que  le  contrat  devait  être  renouvelé 
après  l'expiration  du  ternie  de  vingt  ans  qui  y  est  stipulé,  et  qu'il  le  fut  en  ePTet 
en  1022  (v.  ci-dessus).  M.  F.  Lot,  qui  n'a  pas  remarqué  cette  circonstance,  corrige 
d'abord  989  en  98Î-,  puis,  il  imagine  une  raison  fantastique  pour  expliquer  comme 
quoi  la  première  année  du  roi  Henri  II  tombait  en  984  :  Notger,  en  cette 
année,  aurait  reconnu  pour  roi  Henri  le  Querelleur,  duc  de  Bavière.  (Les  dcrnicr.i 
Caroliixjivns,  p.  143).  Wauters,  on  ne  sait  pourquoi,  assigne  à  l'acte  la  date  de  1007. 

(2)  Hariulf,  Chronique  de  l'abbaye  de  Sniiit-Uiquier,  éd.  F.  Lot,  III,  30,  pp.  170-174. 

(3)  Hariulf,  1.  c.  II  est  intéressant  de  noter  que  Fumai  et  Heers  se  retrouvent. 


1-2  CHAPITRE    IX. 

successeur  d'Ingelurd,  proposa  à  l'évèque  Duruiul,  U'oisiènie 
successeur  de  Notger,  de  renouveler  le  contrat,  ce  que 
Durand  lui  accorda  par  une  charte  du  18  septeuibrc  1022, 
reproduite  par  le  chroniqueur  (1). 

Ces  épisodes  se  rattachent  d'une  manière  trop  intime  à 
l'histoire  de  la  formation  territoriale  de  la  principauté  de  Liège 
pour  qu'on  puisse  omettre  de  les  raconter  ici.  Maintenant 
nous  revenons  à  l'histoire  du  temporel  de  Liège,  pour  lequel 
Notger  se  fit  accorder  quatre  confirmations  générales  par  les 
empereurs.  Ces  confirmations  générales  mettent  sous  la  pro- 
tection du  droit  public  de  l'empire  toutes  les  acquisitions 
de  l'église  de  Liège,  tant  celles  de  notre  évêque  lui-même 
que  celles  de  ses  prédécesseurs.  La  première  est  d'Otton  II 
et  porte  la  date  du  6  janvier  980;  les  deux  suivantes,  datées 
du  7  juillet  985  et  de  987  ou  988,  émanent  d'Otton  III;  la  der- 
nière enfin  fut  accordée  par  Henri  II,  le  10  juin  1006  (2).  Que 
ces  quatre  diplômes  ont  bien  le  caractère  de  confirmations 
générales  que  nous  leur  attribuons,  c'est  ce  qui  résulte  des 
termes  formels  dans  lesquels  ils  sont  conçus  (3).  Qu'ils  ne 
contiennent  pas  l'énumération  complète  des  biens  de  l'église 
de  Liège,  mais  seulement  la  mention  des  principaux,  c'est 
encore  ce  qu'ils  disent  eux-mêmes,  et  il  suffit  d'y  renvoyer 
une  fois  pour  toutes  (4). 

en  -1147,  parmi  les  localités  où  l'église  Saint-Jean  de  Liège  possédait  des  pro- 
priétés, et  il  est  vraisemblable  que  Notger  aura  attribué  la  jouissance  de  ces 
domaines  à  son  église  favorite.  Bulle  inédite  du  pape  Eugène  III,  conlirmant 
les  propriétés  de  l'église  Saint-Jean,  aux  Archives  de  l'État  à  Liège,  fonds  Saint- 
Jean. 

(1)  Hariulf,  o.  c,  IV,  3,  pp.  183  et  184. 

(2)  On  trouve  ces  actes  dans  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  pp.  d9,  21,  23, 
25;  dans  Sickel,  DO.  Il  el  DO.  III,  pp.  238,  413,  443,  ainsi  que  dans  Bressiau  et 
Bloch,  DH.  Il,  p.  141. 

(3)  Le  premier  :  Super  universas  possessiones  ejusdem  matris  ecclesiae,  quarum 
istae  sunt  capitales  —  —  et  super  cetera  loca.  —  Le  deuxième  :  Id  quod  ab  ante- 
cessoribus  nostris  regibus  vel  imperatoribus  ecclesiae  jam  dictae  Tongrensi  vel  Leo- 

diensi  concessum  fuerat concedimus.  —  Le  troisième  :  Ut  ea  omnia  quae  anle- 

ces.'iores  noslri  piissimi  Bomanorum  reges  et  imperatores  ecclesiae  sanctae  Mariae 

sanctique  Lambert! contulerant  et  nos  concederemus.  —  Le  quatrième  enfin 

déclare  être  la  conlirmalion  de  celui  de  980. 

(4)  Voir  la  première  citation  de  la  noie  précédente.  On  trouve  des  expressions 


FonMATioN  i)K  r.A  iMuxciPArri':  dk  likci:.  123 

Sous  le  bénéfice  de  cette  double  observation,  nous  allons 
exposer  ci-dessous,  en  un  tableau,  l'ensemble  des  domaines 
dont  se  composait  à  la  fin  du  pontificat  de  Notger  le  patri- 
moine de  l'église  de  Liège.  Les  dates  placées  à  côté  des  noms 
des  localités  sont  celles  de  leurs  plus  anciennes  mentions. 

LISTE  ALPHABÉTIQUE  DES  LOCALITÉS 
CITÉES   NOMMÉMENT   DANS   LES   DIPLÔMES 
COMME  AYANT  APPARTENU  A  L'ÉGLISE  DE  LIÈGE 
AYANT  OU  PENDANT 
LE   PONTIFICAT   DE  NOTGER    : 
Aldeneyck,  monastère  9.32 

Arches  894 

Brogne,  monastère  lOOG 

Brugeron  (Bninengeniz),  comté  987 

Celle,  monastère  1006 

Ciney  1006 

Dînant  985 

Fosse,  monastère  vers  900.  974,  980 

Gembloux,  monastère  987 

Hastière,  monastère  908-915 

Huy,  ville  980 

Huy,  comté  985 

Lobbes,  monastère  888,  973,  980 

Lustin  888 

Maestricht  908,  985 

Malines  915,  980 

Malonne,  monastère  1006 

Namur  985 

Saint-Hubert,  monastère  1006 

Theux  988 

Theux,  forêt  915 

Tongres  980 

"Ville-en-Hesbaye  831 

Visé  983 

identiques  ou  équivalenles  dans  le  texte  des  autres  diplômes;  pour  ne  pas  allonger 
outre  mesure  ces  notes,  je  me  borne  à  cette  citation  unique,  qui  tient  lieu  des 
autres. 


!2i  CHAPITRE    IX. 

Cette  liste  appelle  un  commentaire  sans  lequel  elle  risque- 
rait fort  de  rester  inintelligible  pour  plus  d'un  lecteur.  Telle 
qu'elle  se  présente  à  nous,  elle  se  compose  de  deux  groupes 
très  distincts  :  l'un,  forme  par  les  importants  domaines  énu- 
mércs  dans  les  actes  de  confirmation  générale,  l'autre,  [)ortant 
le  nom  de  quelques  acquisitions  d'importance  secondaire 
faites  au  cours  des  temps  par  l'église  de  Liège,  et  dont  nous 
devons  au  seul  hasard  d'avoir  conservé  le  souvenir.  Or, 
chacun  des  noms  de  la  première  catégorie,  sans  parler  des 
comtés,  n'est  que  l'expression  géographique  désignant  la 
réunion,  dans  les  mêmes  mains,  d'un  grand  nombre  de  loca- 
lités éparpillées  ou  groupées,  et  formant  elle-même  un 
domaine  considérable.  Voici  quelques  exemples.  La  seule 
abbaye  de  Lobbes,  aux  termes  d'un  pouillé  qui  en  fut  fait  en 
8G8,  ne  possédait  pas  moins  de  133  villages,  y  compris  le  fort 
de  TImin,  qui  lui  servait  de  citadelle  (1).  L'abbaye  de  Saint- 
Hubert  possédait  dès  l'époque  de  AValcaud  (817),  rien  que 
dans  le  diocèse  de  Liège,  vingt-deux  villages,  et  ce  nombre 
avait  été  peut-être  doublé  par  des  libéralités  nouvelles  au  IX^ 
et  au  X^  siècle.  La  forêt  (forestiim)  de  Theux  comprenait, 
avec  le  districtiis  du  même  nom,  à  peu  près  tout  l'ancien 
marquisat  de  Franchimont  (2). 

Toutes  les  autres  maisons  religieuses,  dont  malheureu- 
sement nous  ne  sommes  pas  en  état  de  dresser  le  terrier, 
avaient  une  situation  analogue  ;  l'entrée  de  l'une  d'elles  dans 
le  domaine  de  l'église  de  Liège  constituait  pour  celle-ci  un 
accroissement  considérable,  et  c'est  ainsi  que  se  multipliaient, 
sur  la  vaste  étendue  du  diocèse,  les  îlots  régis  par  la 
crosse.  Au  fur  et  à  mesure  que  croissait  leur  nombre,  ils  se 
rapprochaient,  ils  devenaient  contigus;  l'îlot  se  transformait 
en  île  et  la  principauté  grandissante  semblait  aspirer  à  s'iden- 

(1)  Vos,  t.  I.  pp.  41S-42G,  et  craprès  lui  Duvivier,  Uechcrclics  sur  le  Uainaut 
ancicu,  Bruxelles,  180o,  pp.  307-31o. 

(2)  M.  Vanderkindcrc,  Formation  territoriale,  t.  II,  p.  ^80,  éci'it  :  «  Nofger 
s'était  encore  empare  du  cliâteau  de  Franchimont.  »  Il  est  i)robablc  qu'il  existait 
déjà  un  (lifileau  de  Francliimont,  mais  il  faisait  partie  du  districtim  Tectis,  et 
celui-ci  appartenait  à  l'église  de  Liège  dès  9lo.  Notgern'a  don<'  pas  pu  «  s'en 
emparer  ». 


FORMATION    DE    LA    PRINCIPAUTÉ    DE    LIKGE.  l2o 

lifier  avec  le  diocèse.  Ce  ne  fut  jamais  le  cas,  même  au  temps 
de  la  plus  grande  splendeur  des  princes-évèques,  mais  on 
peut  dire  que  la  principauté  se  développa  dans  le  cadre  du 
diocèse  et  que  son  idéal  semble  être  de  le  couvrir.  D'ailleurs, 
elle  n'est  pas  tellement  enfermée  dans  ses  frontières  ecclésias- 
tiques que  dès  lors  elle  ne  les  franchisse.  Lobbes,  en  ellet, 
appartenait  au  diocèse  de  Cambrai.  Et,  par  contre,  certains 
domaines  situés  dans  le  diocèse  de  Liège  appartenaient  à 
des  principautés  ecclésiastiques  voisines.  Ainsi,  le  seul  évèque 
de  Metz  possédait  les  abbayes  de  Saint-Trond,  de  AVaulsort 
et  d'Hastière. 

Après  ce  qui  vient  d'être  dit,  le  lecteur  ne  sera  pas  surpris 
de  ne  pas  rencontrer  le  nom  de  Liège  sur  la  liste  des 
acquisitions  primitives  de  l'église  de  ïongres.  L'omission 
s'explique  d'une  manière  bien  simple.  Si  l'on  consulte  le 
tableau  ci-dessus,  on  remarquera  que  les  confirmations  im- 
périales ne  mentionnent,  à  deux  ou  trois  exceptions  près, 
que  des  comtés,  des  abbayes  et  des  villes,  c'est-à-dire  des 
domaines  considérables,  les  uns  par  leur  étendue  territoriale, 
les  autres  par  l'importance  de  leur  population.  Or,  Liège, 
avant  les  Carolingiens,  ne  pouvait  rivaliser,  ni  avec  les  riches 
abbayes,  ni  avec  des  localités  comme  Dinant,  Huy,  Maestricht, 
Namur  et  Tongres.  On  conçoit  donc  que  les  diplômes 
d'immunité  de  l'époque  mérovingienne  ne  l'aient  pas  men- 
tionnée, et  qu'elle  n'ait  pas  figuré  davantage  dans  les  diplômes 
carolingiens,  qui  ne  sont  que  la  répétition  des  précédents  (1). 

11  est  vrai  que,  dans  l'intervalle,  Liège  était  devenue  une 
ville  importante,  et  rien  ne  s'opposait  à  ce  qu'on  inter- 
calât désormais  son  nom  dans  l'énumération  oflicielle  des 
biens  de  l'église.  Mais,  à  partir  du  jour  où  saint  Hubert  eut 
transféré  la  résidence  épiscopale  de  Maestricht  à  Liège,  nul 
n'éprouva  plus  le  besoin  d'allirmer,  dans  un  acte  public,  les 

Cl)  Rien  n'est  plus  certain  que  la  fixité  des  formules  dans  les  diplômes  d'immu- 
nité ou  dans  leurs  confirmations  :  les  privilèges  ont  beau  s'étendre,  les  acles  les 
mentionnent  toujours  dans  les  termes  traditionnels.  Cf.  Waitz,  Deutsche  Ver/as. 
siimjKycschiclite,  t.  VII,  p.  244;  K.  Hegel,  Die  Entstelutmj  des  deutschen  Stâdtewexens , 
p.  71;  Slengel,  Die  Immunitàts-Urkunden    der  deutschen  Kmicje  vom  10  bis  zuin 

12  Juhrhundert.  Innsbriick,  4902  (dissertation). 


i2G 


CHAPITRE    IX. 


droits  de  l'église  sur  cette  ville  :  ils  allaient  de  soi,  ils  étaient 
sous-entendus  en  toute  rencontre  (1). 

Au  surplus,  tout  nous  autorise  à  croire  que  Liège  faisait 
partie  des  domaines  de  l'église  de  Tongres  dès  l'époque 
mérovingienne.  La  prédilection  de  saint  Lambert  jDour  ce 
village,  où  il  avait  une  habitation  et  où  il  crut  devoir  trans- 
porter les  reliques  de  son  prédécesseur  saint  Tliéodard, 
nous  en  est  un  indice  significatif,  et  la  translation  de  la  rési- 
dence épiscopale  dans  cette  localité  par  saint  Hubert  en  est 
un  autre  plus  éloquent  encore  (2).  A  Liège,  les  évoques 
étaient  chez  eux;  à  Maestriclit,  ils  étaient  chez  le  comte. 

A  ces  deux  indices,  nous  ajouterons  une  preuve.  Nous 
savons,  par  un  témoignage  très  digne  de  foi,  que  saint 
Lambert  avait  à  Liège  son  agent  (Jiidex),  qui,  comme  c'était 
l'usage  dans  les  domaines  privés  et  spécialement  dans  les 
immunités,  rendait  la  justice  au  nom  du  seigneur.  Ce  per- 
sonnage, à  qui  notre  source  donne  le  nom  d'Amalgisile, 
ouvre  la  série  des  ofticiers  du  prince  (avoués,  puis  grands 
maïeurs),  qui,  à  partir  du  VIP  siècle  jusqu'à  la  fin  de  la  patrie 
liégeoise,  ont  présidé  le  tribunal  des  échevins  de  Liège.  Et 
nous  n'avons  pas  besoin  d'un  autre  témoignage  que  la  seule 

(d)  Foullon  avait  entrevu  la  moitié  de  cette  vérité  lorsqu'il  écrivait,  I,  p.  497  : 
Intcr  loca  ecclesiae  Lcodiensi  donata  neque  hse  neque  aliie  unquam  Caesareae 
rcgiaeve  litterae  Leodii  meminerunt,  quia  semper  jam  ab  antique,  ante  alteram 
Francorum  regum  stirpem,  in  jus  episcoporum  Leodicensium  venerat,  propriaque 
eorum  et  immota  res  fuerat,  uti  supra  indicamus.  D'autre  part,  Rietschel,  parlant 
des  trois  évêchés  de  Passau,  de  Frisingue  et  de  Salzbourg,  écrit  :  «  In  allen  dreien 
ist  das  Bisthum  gegriindet  worden,  als  der  Ort  noch  schr  sclnvach  bevolkert  war. 
Der  Grund  und  Boden  war  von  Anfang  an  in  diesen  Orten  fast  ganz  bischoflich.  Des- 
halb  findet  sich  mit  Ausnahme  einer  Freisinger  Urkunde  keine  einzige  iiber  Gebiet 
ain  Bischofsort  selbst.  L'ebrigens  ist  auch  nicht  ausgeschlossen,  dass  inan  es  nichl 
l'iir  noelliig  hiell  die  Urkunden  liber  den  Bcsitz  am  Orte  selbst,  den  nian  ja  stetscon- 
troUieren  konntc,  in  die  Traditionsbiicher  aufzunehmen.  »  Die  Civiina  auf  deutschem 
Boden,  p.  83.  Chacune  de  ces  lignes  peut  s'appliquer  au  cas  de  la  ville  de  Liège. 

(2)  Je  ne  comprends  pas  M.  le  chanoine  Daris  disant,  p.  133,  que  Liège  aura  été 
donné  à  l'église  Saint-Lambert  par  Pépin  d'Herstal,  le  jour  de  la  consécration 
de  l'église.  De  quelle  église?  De  celle  qui  fut  bâtie  après  la  mort  de  saint  Lambert? 
Mais,  il  est  vraisemblable  que  le  saint  possédait  déjà  le  domaine  de  Liège  de  son 
vivant.  De  la  chapelle  qui  précéda  l'église?  Mais  nul  n'en  connaît  l'origine,  et  il 
semble  bien  qu'elle  soit  antérieure  à  Pépin  d'Herstal. 


FORMATION    DE    LA    PRINCIPAUTÉ    DE    LIEGE.  127 

mention  de  son  oflice  pour  en  pouvoir  conclure  que  saint 
Lambert  était  bien  le  maître  du  territoire  sur  lequel  il  avait 
un  juge  (1). 

Il  y  a  lieu  aussi  de  mentionner  un  acte  de  884,  par  lequel 
l'empereur  Charles-le-Gros  cède  à  l'église  de  Liège  tous  les 
serfs  fiscaux  demeurant  dans  cette  ville  et  dans  celle  de 
Tongres,  quel  que  fût  au  surplus  leur  lieu  d'origine.  11  s'agit 
ici  de  serfs  provenant  de  divers  domaines  royaux  où  ils 
étaient  attachés,  les  uns  à  l'exploitation  directe  du  prince,  les 
autres  aux  terres  données  par  lui  en  bénéfice  (2).  Leur  éta- 
blissement à  Tongres  et  à  Liège,  c'est-à-dire  dans  les  deux 
principales  villes  du  diocèse,  est  un  curieux  indice  de  l'af- 
lluence  des  populations  agricoles  dans  les  cités  épiscopales, 
où  la  vie  était  plus  douce  sous  la  crosse.  Et  si  ces  fiscalins 
—  c'est  le  nom  qui  les  désigne  souvent  —  sont  donnés  à 
l'église  de  Liège,  n'est-ce  pas  parce  que  celle-ci  possède  déjà 
les  terres  sur  lesquelles  ils  vivent?  Nous  le  savons  de  science 
certaine  en  ce  qui  concerne  Tongres,  que  les  diplômes  nous 
montrent  dans  le  patrimoine  de  Saint-Lambert  depuis  au 
moins  98(3  :  le  moyen  de  se  dérober  à  la  conclusion  qu'il  en 
était  de  même,  à  plus  forte  raison,  pour  la  ville  de  Liège? 

L'autorité  accordée  à  Notger  dans  les  deux  comtés  de 
Huy  et  de  Brugeron  n'était  pas  la  même  que  celle  dont  il 
jouissait  en  qualité  d'immunistc,  dans  les  terres  de  son 
domaine.  Dans  les  comtés,  il  était  investi  du  pouvoir  public; 
dans  le  domaine,  il  n'avait  que  la  situation  de  grand  pro- 
priétaire. Dans  les  comtés,  son  pouvoir  s'étendait  sur  toute 
la  population  indislinctement,  tant  libre  que  servile.  Dans 
le  domaine,  il  ne  commandait  qu'aux  gens  de  condition 
dépendante  qui  l'habitaient  et  le  cultivaient.  Toutefois,  cette 
dualité  de  pouvoir  ne  se  prolongea  pas.  Tout  porte  à  croire 
qu'en  même  temps  qu'il  fut  investi  des  droits  comtaux  dans 

(1)  Post  anni  cun-iculo  explelo  apparuit  sanclus  vir  Landeberlus  in  visionc  noc- 
turna  ad  teiisaurarium  nomine  Amalgisilum,  qui  oliiii  judcx  ejus  fuerat.  Vita  saucti 
Laiiilirrti  dans  .1.1.  SS.,  t.  V  de  septembre,  p.  o79  E. 

(2)  Mancipia  insuper  illa  utriusque  sexus,  que  in  Tongris  et  Leodio  residere  et 
manere  noscuntur,  de  quocunique  nostro  fisco  sint  aut  ex  dominicato  aut  ex  bene- 
ficiato.  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  6. 


l28  CHAPITRE    IX. 

les  comtés  de  Huy  et  de  Brugeron,  Notger  les  reçut  égale- 
ment dans  le  reste  de  son  domaine,  s'il  ne  les  possédait  pas 
déjà  auparavant.  Ses  diplômes,  il  est  vrai,  ne  nous  le  disent 
pas,  mais  il  ne  faut  pas  nous  en  étonner  :  les  diplômes  sont 
peu  explicites  et  ne  parlent  pas  de  tout;  nous  avons  déjà  fait 
remarquer  que,  sous  les  vieilles  formules  d'immunité  renou- 
velées au  X®  siècle,  se  cache  d'ordinaire  l'éclosion  d'une 
situation  juridique  toute  nouvelle.  Si  donc  aucun  diplôme 
liégeois  ne  nous  dit  que  les  empereurs  confèrent  à  nos 
évèques  le  ban,  c'est-à-dire  le  pouvoir  de  commander  en 
donnant  à  leurs  ordres  une  sanction  pénale,  il  ne  faut  nulle- 
ment s'en  prévaloir  pour  en  conclure  que  les  évéques  ne  l'ont 
pas  possédé  du  temps  de  Notger  (1).  Certains  faits  indiquent 
nettement  le  contraire.  Ainsi,  quand  le  panégyriste  à  peu 
près  contemporain  nous  parle  de  la  sévérité  avec  laquelle 
notre  évoque  châtiait  les  perturbateurs  de  l'ordre  public, 
faisant  pendre  les  uns  et  mutiler  les  autres,  tandis  qu'il  en 
envoyait  d'autres  en  exil,  c'est  bien  l'exercice  de  la  haute 
justice  que  nous  voyons  ici  dans  ses  mains.  Or,  il  n'est  pas 
douteux  que  ce  ban  judiciaire,  il  ait  eu  l'occasion  de  l'ajopli- 
quer  principalement  dans  les  premières  années  qui  suivirent 
la  mort  de  son  prédécesseur  Eracle  (2).  Pareillement,  quand 
le  document  de  980,  qui  énumère  les  contingents  à  fournir 
par  les  divers  diocèses,  taxe  celui  de  Liège  à  00  guerriers 
pesamment  armés,  c'est,  encore  une  fois,  le  ban  militaire  que 
nous  voyons  exercer  par  notre  évéque  (3).  Il  est  donc  établi 
qu'il  a  les  attributions  du  comte,  non  seulement  dans  ses 
deux  comtés,  mais  encore  dans  toutes  les  terres  de  son 
domaine.  Au  surplus,  ne  les  eût-il  pas  possédées  dès  lors, 
les  confirmations  générales  d'immunité  qu'il  obtint  à  partir 
de  980  (1)  les  lui  auraient  données  par  voie  d'extension. 

Ainsi  se  forma  la  principauté  ecclésiastique  de  Liège. 
L'acquisition  de  deux  comtés  d'une  part,  et,  de  l'autre,  celle 
du  ban  ou  autorité  comtale  dans  ses  propres  domaines,  tels 

(1)  Cf.  Doei'ing,  Beitràge  ziir  âlteren  Geschichtc  des  Bisthums  Metz,  p.  19. 

(2)  Voir  ci-dessus,  pp.  22,  47  et  48. 

(3)  V.  ci-dessus,  p.  22. 
(1)  V.  ci-dessus,  p.  22. 


t-ORMATION    DE    LA    PRINCIPAUTK    DE    LIEGE.  120 

furent  les  deux  actes  qui  firent  passer  l'évêque  de  Liège  de 
la  catégorie  des  grands  propriétaires  immunistcs  dans  celle 
des  princes.  Et  c'est  parce  que  cette  double  acquisition  a  été 
faite  par  Notger  qu'on  peut  considérer  ce  prélat  comme  le 
premier  prince-évêque  de  Liège. 


I. 


CHAPITRE  X. 


NOTGER    SECOND    FONDATEUR    DE    LIEGE. 


Notger  n'est  pas  seulement  le  fondateur  de  sa  principauté. 
Il  mérite  encore  d'être  appelé  le  second  fondateur  de  sa  ville 
épiscopale,  saint  Hubert  en  ayant  été  le  premier.  Ses  titres 
à  la  reconnaissance  des  Liégeois  ont  été  formulés,  dès  son 
siècle,  en  ce  vers  devenu  classique,  par  lequel  le  poète, 
s'adressant  à  la  ville  de  Liège,  lui  dit  :  Tu  dois  Notger  au 
Christ,  et  le  reste  à  Notger  (1). 

Les  travaux  exécutés  à  Liège  par  ce  grand  liomme  sont 
assez  importants  pour  justifier  cet  éloge  à  première  A'ue 
hyperbolique.  Monuments  religieux,  monuments  civils,  tra- 
vaux de  défense  et  travaux  d'utilité  publique;  églises, 
monastères,  hospices,  fortifications,  canaux,  Notger  a  créé 
tout  cela.  Il  a  fait  plus.  A  sa  voix,  les  arts  sont  accourus  au 
secours  des  métiers  pour  embellir  la  jeune  cité,  et  il  a  laissé 
à  ses  successeurs  une  résidence  épiscopale  digne  de  ses 
hautes  destinées. 

Sous  ce  rapport,  il  est  bien  de  la  race  des  grands  évoques 
du  X*"  siècle  qui  entourèrent  les  princes  de  la  maison  d'Otton. 
Parmi  eux,  il  en  est  un  dont  le  nom  revient  souvent  à  l'es- 
prit quand  on  pense  à  Notger  :  celui  de  Tillustre  évoque  de 
Hildesheim,  saint  Bernward.  Celui-ci  est  également  le  fonda- 
teur de  sa  ville  épiscopale,  qu'il  a,  comme  Notger,  tirée  en 
quelque  sorte  du  néant.  L'œuvre  de  l'évOque  saxon  est 
encore  debout  en  grande  partie,   telle  qu'elle  est  sortie  de 

(1)  Ndigeriiui  Cliristo,  Notgero  cetera  debcs.  Vita  Soiijcri,  c.  o. 


NOTGER   SECOND    FONDATEUR   DE    LIÈGE.  131 

ses  mains,  et  le  voyageur  peut  admirer,  avec  la  massive 
enceinte  tracée  par  lui  autour  des  cloîtres  de  sa  cathédrale, 
ces  édilices  religieux  d'un  style  si  simple  et  si  pur,  ces  con- 
structions où  les  pierres  blanclies  et  rouges  alternent  d'une 
manière  si  agréable  au  regard,  ces  portes  de  bronze  qui  l'ont 
vivre  le  cycle  des  récits  bibliques,  cette  colonne,  imitée  de  la 
colonne  Trajane  mais  ornée  de  symboles  chrétiens,  et  que 
l'évéque,  revenu  de  Rome,  avait  dressée  dans  le  chœur  de 
son  église  Saint-Michel.  Tout  cet  ensemble  artistique,  c'est 
l'efïlorescence  d'une  vie  religieuse  pleine  de  fraîcheur  et 
d'avenir,  et  il  semble  que  la  jeune  civilisation  saxonne,  toute 
parfumée  de  christianisme,  ait  trouvé  son  symbole  le  plus 
gracieux  dans  ce  rosier  de  mille  ans  qui,  du  fond  de  la  crypte 
de  la  cathédrale,  étend  ses  rameaux  fleuris  autour  de  l'abside 
extérieure,  qu'il  étreint  d'une  couronne  de  fleurs. 

L'œuvre  de  Notger  n'a  pas  eu  le  même  bonheur  que  celle 
de  son  illustre  ami.  A  Liège,  sauf  quelques  parties  d'un 
édifice,  toutes  les  constructions  du  X^  siècle  ont  disparu  ou, 
du  moins,  en  se  renouvelant,  ont  perdu  leur  aspect  premier. 
Toutefois,  c'est  sur  la  base  des  constructions  notgériennes 
qu'elles  reposent  toujours,  et,  sous  ce  rapport,  si  l'on  excepte 
la  cathédrale  abattue  à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  on  peut  dire 
que  les  monuments  bâtis  par  Notger  sont  restés  debout. 

En  essayant  de  présenter  ici  le  tableau  d'une  activité  qui 
a  été  gigantesque,  il  importe  de  rappeler  qu'elle  fut  la  réali- 
sation d'un  programme  qui  peut  se  résumer  en  ces  trois 
mots  :  agrandir,  embellir  et  fortifier  la  ville  épiscopale.  Mais 
l'embarras  est  grand  pour  l'historien,  lorsqu'il  s'agit  de  retra- 
cer les  diverses  phases  par  lesquelles  a  passé  l'exécution  de 
ce  programme.  Nous  ne  connaissons  pas  l'ordre  chronolo- 
gique dans  lequel  se  sont  succédé  les  constructions  notgé- 
riennes, et  nous  ne  disposons  pas  môme  de  moyens  d'infor- 
mation sullisants  pour  le  rétablir  par  voie  de  conjecture. 
Tout  ce  que  nous  pouvons  alïirmer,  c'est  qu'en  990,  c'est-à- 
dire  au  milieu  de  la  durée  de  son  pontificat,  Notger  avait  déjà 
réalisé  une  bonne  partie  de  son  programme  de  bâtisseur, 
puisque  l'abbé  Folcuin  de  Lobbes,  mort  en  cette  année,  dé- 
clare qu'aucun  de  ses  prédécesseurs  n'avait  enrichi  l'église 


132 


CHAPITRE    X. 


de  Liège  d'un  si  grand  nombre  d'édifices  (1).  Au  surplus, 
chaque  fois  qu'on  essaie  de  préciser  la  date  de  lune  ou  de 
l'autre  des  constructions  notgériennes  de  Liège,  on  s'aper- 
çoit qu'elle  est  intimement  liée  à  celle  de  toutes  les  autres. 
Et  la  conclusion  qui  s'impose  à  l'esprit  d'une  manière  irré- 
sistible, c'est  que  tous  ces  monuments  ont  été  conçus  à  la 
fois  dans  la  tête  créatrice  du  grand  civilisateur,  c'est  qu'ils 
font  partie  d'un  même  plan.  Les  considérations  que  voici 
viennent  à  l'appui  de  cette  hypothèse. 

L'œuvre  architectonique  de  Notger  comprend  trois  vastes 
entreprises  :  ce  sont  la  construction  de  l'enceinte,  le  creuse- 
ment du  canal  de  la  Meuse  et  l'édification  d'une  série  de 
monuments.  Or,  nous  constatons  que  le  bras  de  la  Meuse  était 
compris  dans  le  système  défensif  de  la  ville,  et  qu'il  servait 
essentiellement  à  en  compléter  les  ouvrages  d'art  militaire. 
D'autre  part,  comme  on  le  verra,  plusieurs  des  édifices  not- 
gériens  :  Saint-Denis,  Sainte-Croix  et  Saint-Martin  ont  fait 
partie  de  l'enceinte  fortifiée,  et  ont  dû,  par  conséquent,  sur- 
gir en  même  temps  qu'elle.  La  savante  combinaison  en  vertu 
de  laquelle  les  murs,  les  édifices  et  le  canal  se  complètent 
mutuellement  ne  s'explique  d'une  manière  satisfaisante  que 
dans  l'hypothèse  d'un  plan  d'ensemble,  laborieusement  mûri 
avant  que  l'on  mît  la  main  à  l'œuvre.  Il  fallait  de  toute  néces- 
sité que  l'enceinte  fût  dabord  tracée,  au  moins  dans  les 
croquis  de  l'architecte,  pour  qu'on  pût  assigner  leur  place 
aux  églises  appelées  à  en  faire  partie,  et  pour  que  le  cours 
du  canal  passant  par  la  ville  pût  être  déterminé  d'une  ma- 
nière certaine.  C'est  donc  le  système  défensif  élaboré  par 
Notger  qui  devra  être  exposé  d'abord. 

Le  X®  siècle  est  par  excellence  le  siècle  de  l'architecture 
militaire.  Sous  les  rois  mérovingiens  et  sous  les  premiers 
carolingiens,  les  peuples  avaient,  somme  toute,  connu  les 
bienfaits    d'un    régime    relativement    pacifique.    Les    rois 

(1)  Pace  nobis  per  Dei  gratiam  Nothgero  agente  firmissimâ  collatâ,  dominus  epis- 
copus  Leodium  revertifur,  reliquum  teiiipus  in  innovandis  sive  tlecorandis  edibus 
et  ecclesiasticis  rcbus  multiplicandis  consumens.  Nam,  ut  verum  fatcar,  nulhis  prc- 
decessoruin  suonini,  quorum  recordalur  opinio,  illo  amplius  Leodiensein  ecclesiain 
rébus  auxit,  edificiis  nobilitavit.  Folcuin,  c.  29,  p.  70. 


XOTGER    SKCOND    FONDATEUR    DE    LIEGE.  133 

vivaient  à  la  campagne,  dans  des  palais  qui  étaient  des  fer- 
mes, gardés  par  la  fidélité  de  leurs  hommes  et  par  la  vigi- 
lance de  quelques  chiens.  Quant  aux  villes,  dont  les  descen- 
dants de  Clovis  réparaient  encore  de  temps  à  autre  les 
enceintes  (1),  elles  avaient  cessé,  à  partir  de  la  fin  du  VHP 
siècle,  de  craindre  les  barbares  ;  elles  laissaient  tomber  en 
ruines  leurs  vieilles  murailles  qui  dataient  de  l'époque  ro- 
maine, et  l'on  vit  même  des  princes  et  des  évoques  les 
abattre  pour  en  faire  servir  les  matériaux  à  la  construction 
d'édifices  religieux  (2).  Mais  cette  belle  sécurité  ne  dura 
guère  :  dès  le  milieu  du  IX"  siècle,  les  invasions  normandes 
firent  flamber  toutes  les  villes  l'une  après  l'autre,  et  il  fallut 
bien  songer  à  les  fortifier  contre  les  ennemis  du  dehors. 
D'autre  part,  le  morcellement  féodal,  qui  transforma  chaque 
seigneur  en  une  espèce  de  chef  d'Etat  entouré  d'autant  d'en- 
nemis que  de  voisins,  suggéra  la  même  précaution.  Les 
enceintes  destinées  à  protéger  les  habitants  des  villes  eui'ent 
donc  la  même  origine  que  les  bastilles  où  se  remparaient  les 
féodaux  (3).  Dans  les  villes  d'origine  romaine,  on  releva  les 
murailles  qui  dataient  de  l'époque  impériale  ;  dans  les  autres, 
on  bâtit  de  toutes  pièces  des  enceintes  neuves.  Le  X®  siècle 
reprenait  l'œuvre  du  IIP  et  se  remettait  à  embastiller  les 
cités  que  les  siècles  de  Trajan  et  de  Gharlemagne  avaient 
laissées  ouvertes  (4).  Mayence  dès  882  (5)  et  Cologne  l'année 


(1)  En  Neusirie,  Cliilpéric  «  iiiisit  ad  diiccs  et  comités  civitatum  nuntius,  ut  mu- 
rus  componerent  urbium.  »  Grégoire  de  Tours,  H.  F.,  YI,  41. 

(2)  Ainsi  Louis  le  Germanique  à  Ratisbonne (Moine  de  Saint-Gail,  II,  11,  p.  734), 
et  l'archevêque  Ebbon  à  Reims  (Flodoard,  Hixt.  Item.  II,  19). 

(3)  Avec  cette  dificrence,  toutefois,  que  les  villes  sont  t'orti[iées  par  les  évéques 
avec  le  consentement  implicite  ou  explicite  des  rois.  V.  le  diplôme  de  Louis  l'Enfant 
pour  révêque  d'Eichstaedt  en  908.  Bohmer-Miihlbacher,  Die  Regcsteu  des  Kaiser- 
rciclies  untcr  de»  Karolinijen,  ii»  1992. 

(4)  La  prétendue  reconstruction  de  l'enceinte  de  Mayence  par  le  roi  Dagobert 
n'est  qu'une  légende  (Schaab,  Geschichte  der  Stadt  Mainz,  t.  I,  p.  166  et  suiv.),  et 
celle  des  murs  de  Strasbourg  par  le  duc  Adalbert  au  Ville  siècle  est  hautement 
invraisemblable,  malgré  le  diplôme  de  722  qui  l'aflirme.  V.  UieLschel,  Die  Civitas 
auf  deutsichcm  Doden,  p.  0.'^,  note  4  et  cf.  p.  G2,  note  1. 

(5)  Mu  rus  Maguntiae  civilatis  restaurari  coeptus  et  fossa  muruni  an)biens  extra 
civitatem  fada,  Annales  Fuldenses,  a,  882, 


134  CIIAPITUE    X. 

suivante  (1)  donnèrent  le  mouvement  sur  le  Rhin  ;  Foulques 
de  Reims  (883-900)  rebâtit  les  murailles  de  sa  ville  épiscopale 
récemment  abattues  par  son  prédécesseur  Ebbon  (2);  Dodi- 
lon  de  Cambrai  fortifia  sa  ville  entre  887  et  901,  (3)  ;  Geilon 
de  Langres  fit  de  même  en  887  (4).  A  Ratisbonne,  c'est  le  duc 
Arnoul  qui,  comme  Foulques  à  Reims,  rebâtit  l'enceinte  dé- 
molie par  Louis  le  Germanique  (o).  A  Augsbourg  (6)  et  à 
Saint-Gall  (7),  c'est  l'imminence  du  danger  hongrois  qui  pro- 
duisit le  même  résultat  vers  954.  Dans  la  seconde  moitié 
du  X^  siècle,  nous  voyons  surgir  les  murs  de  Constance  (8), 
de  Verdun  (9),  de  Rrôme  (10)  et  de  Hildesheim  (11),  tandis 
que  Worms  (12)  fut  fermé  au  commencement  du  XF  siècle. 
En  un  mot,  la  génération  de  Notger  est  celle  qui  a  travaillé 
le  plus  activement  à  fortifier  les  villes  épiscopales. 

Liège,  devenue  chef-lieu  d'un  diocèse  et  d'une  principauté^ 
ne  pouvait  donc  pas  rester  la  bourgade  ouverte  à  tout  ve- 
nant qu'elle  avait  été  jusqu'alors  (13).  L'heure  était  venue 
pour  elle  de  revêtir  l'armure  de  fer  et  de  pierre  qui  devait 

(1)  Agripina  Colonia  absqiie  aecclesiis  et  monasteriis  reaedificala  et  mûri  ejiis 
cum  portis  et  vectibus  et  seris  instaurati.  Annales  Fuldenses,  a.  883. 

(2)  Flodoard,  Histor.  Remens.  Il,  19;  III.  4.  Cf.  I,  21  ;  IV,  8. 

(3)  Gesta  epp.  Camerac.  I,  G.5,  p.  424. 

(4)  V.  l'acte  dans  Bouquet,  VIII,  p.  643,  où  il  est  dit  que  c'est  pour  proléger  la 
ville  contre  les  Normands. 

(o)  Arnoul  de  Saint-Emmcram,  I,  7,  p.  532,  cité  par  Hauck,  t.  III,  I,  p.  277, 
note. 

(G)  Gerhardi  Vita  Oudalrici,  c.  3,  p.  390  et  c.  12,  p.  401. 

(7)  Ekkehardi  Casus  Sancti-Galli,  pp.  104  et  lOo. 

(8)  Idem,  0.  c,  c.  63,  p.  22o,  cité  par  Hauck,  1.  c. 

(9)  Vita  Richardi,  c.  14,  p.  287. 

(10)  Adam  de  Brème,  II,  31,  p.  317  met  nettement  la  construction  des  murs  de 
cette  ville  en  rapport  avec  le  danger  normand  :  Ex  illo  nimirum  tempore  pyratarum 
crebra  et  hostilis  eruptio  faeta  est  in  banc  regioncm.  In  me.tu  crant  omnes  Saxoniae 
civitates  et  ipsa  Brema  vallo  muniri  cœpit  tirmissimo. 

(11)  Sanctum  quoque  locuni  nostrum  murorum  ambitu  vallare  summa  iiitenlionc 
aggressus,  disposais  per  gyrum  turribus,  tanla  prudentia  opus  inchoavit,  ut  décore 
simul  ac  miuiimine,  vdut  liodic  patet,  siniile  nil  in  omnia  Saxonia  invenias.  Thang- 
mar,  Vita  Rcrnwardi,  c.  8,  p.  761.  Cf.  Vila  II  Godcluirdi,  c.   13,  p.  204. 

(12)  Vita  Burchardi,  c.  G,  p.  833. 

(13)  Sur  une  prétendue  enceinte  de  la  ville  de  Liège  qui  aurait  été  bâtie  par 
saint  Hubert,  voir  l'appendice. 


NOTOER    SECOND    FOXDATET.'R    DE    LlÈOE.  13o 

rester,  jusqu'<à  l'aube  du  XIX"  siècle,  le  vêtement  de  toutes 
les  villes  européennes.  C'était  une  transformation  qui  allait 
décider  de  toute  sa  destinée  ultérieure  :  il  convient  d'en  exa- 
miner la  portée. 

Le  village  de  Liège  sort  des  ténèbres  de  l'histoire  avec 
saint  Lambert,  qui,  vers  670,  y  transporta  les  restes  mortels 
de  son  prédécesseur  saint  ïhéodard  (1).  Il  était  éparpillé  sur 
les  deux  rives  du  ruisseau  de  la  Légia,  à  l'endroit  où  ce 
ruisseau,  débouchant  de  son  vallon  assez  encaissé,  entrait 
dans  la  vallée  de  la  Meuse  pour  s'unir,  un  kilomètre  plus 
loin,  à  ce  fleuve,  dont  les  bras  multiples  se  promenaient 
nonchalamment  dans  la  large  plaine  marécageuse.  C'était  une 
agglomération  agricole  conquise  sur  les  épais  fourrés  de  la 
forêt  «  leudique  »,  qui  couvrait  primitivement  de  ses  om- 
brages le  domaine  entier  de  Liège.  Un  certain  nombre  de 
bateliers,  établis  dans  le  bas  de  l'agglomération,  poussaient 
leurs  barques  de  commerce  et  de  pêche  à  travers  les  méan- 
dres de  la  rivière.  Sur  la  pointe  de  la  colline  où  vient  expirer 
la  ligne  de  faîte  séparant  la  Légia  de  la  Meuse,  le  cimetière 
de  Liège  alignait  ses  sépultures  orientées,  que  venaient  frap- 
per les  rayons  du  soleil  levant  (2). 

Ce  village,  comme  son  nom  l'indique  (3),  était  un  domaine 

(1)  Vita  S.  Theudai-di,  AA.  SS.,  t.  III  de  septembre,  p.  o'J2B.  H  siilllt  de  rappeler 
pour  mémoire  la  jolie  légende  de  Nicolas.  Vita  sancii  Lamberti,  c.  16. (Dans  Cliapea- 
ville,  t.  I,  p.  399)  qni  fait  prophétiser  par  saint  Monulphe  la  fortune  grandiose  de 
Liège. 

(2)  Ce  cimetière  fut  retrouvé  en  -1320.  Jean  d'Outremeuse,  t.  VI,  p.  311  ;  cf., 
t.  IV,  p.  86,  raconte  que  les  Liégeois  s'enfuirent  épouvantés,  croyant  voir  les  restes 
des  meurtriers  de  saint  Lambert  ;  lui-même  se  croit  plus  avisé  en  supposant  que 
c'était  les  ossements  des  Normands  tués  dans  une  bataille  par  l'évêque  Francon  ;  les 
deux  explications  se  valent  et  montrent,  sur  le  vif,  le  travail  de  l'imagination  popu- 
laire qui,  toujours,  explique  par  tel  ou  tel  fait  connu  les  problèmes  de  l'histoire 
ou  de  l'archéologie.  Fison,  I,  p.  117  et  Foullon,  I,  p.  117,  reproduisent  tacitement 
Jean  d'Outremeuse.  A  peine  ai-je  besoin  de  dire  que  les  armes  trouvées  prés  des 
morts  s'expliquent  par  ce  fait  que  tout  le  monde  alors  était  armé,  même  les  simples 
clercs,  comme  on  le  voit  par  la  règle  de  saint  Chrodegang,  c.  3,  qui  veut  que  les 
chanoines  se  désarment  en  entrant  au  réfectoire.  Et  l'on  sait  que  c'était  l'habitude 
traditionnelle  d'enterrer  les  morts  avec  leurs  armes. 

(3)  V.  G.  Kurth,  Les  OrUjines  de  la  ville  de  Liège,  BSAUL,  t.  II,  et  cf.  ci-dessus, 
p.  12o  et  suivantes, 


136  CHAPITRE    X. 

royal,  et  nous  avons  vu  qu'il  doit  être  passé  de  bonne  heure 
dans  le  patrimoine  de  l'église  de  Tongres  (1).  La  translation 
des  reliques  de  saint  Théodard  dans  l'église  du  lieu  par  saint 
Lambert  fut  pour  Liège  le  point  de  départ  de  nouvelles 
destinées.  Lambert  y  séjournait  volontiers  auprès  du  tom- 
beau de  son  prédécesseur,  en  compagnie  de  son  clergé,  et  il 
habitait,  à  proximité  de  la  chapelle,  une  maison  de  campagne 
dans  laquelle  il  succomba  sous  les  coups  des  assassins  (2).  Si 
l'on  considère  que  le  domaine  de  Liège  était  contigu  à  ceux  de 
Jupille  et  d'Herstal,  qui  appartenaient  aux  rois,  on  sera 
fondé  à  croire  que  c'est  un  de  ceux-ci  qui  l'aura  détaché  pour 
l'abandonner  aux  évêques  de  Tongres. 

Ce  fut  la  mort  sanglante  de  saint  Lambert,  massacré  par 
le  doTnesticiis  Dodon  dans  sa  maison  de  Liège,  qui  tira  ce 
village  de  l'obscurité  pour  en  faire  le  centre  d'une  afïluence 
extraordinaire.  Le  tombeau  du  saint  fut,  à  la  lettre,  le  ber- 
ceau de  la  ville.  J'ai  déjà  rajipelé  plus  haut  l'extraordinaire 
résolution  de  saint  Hubert,  premier  successeur  du  martyr, 
qui,  abandonnant  Tongres  et  Maestricht,  transporta  d'une 
manière  définitive  la  résidence  des  évêques  à  Liège,  où  il 
apporta  les  cendres  de  son  prédécesseur  (3).  Ce  fut  comme  la 
consécration  du  plébiscite  spontané  par  lequel  les  fidèles 
enlevaient  le  siège  épiscopal  aux  deux  premières  résidences 
des  évêques,  pour  le  fixer  auprès  du  tombeau  de  l'homme 
qui  l'avait  le  plus  illustré.  La  chapelle  primitive  de  Liège 
se  transforma  en  une  superbe  basilique,  dédiée  à  la  Vierge 
et  à  saint  Lambert  (4),  et,  comme  pour  indiquer  le  rapide 
accroissement  de  la  bourgade,  une  seconde  basilique,  dédiée 
à  saint  Pierre,  surgit  à  l'extrémité  du  promontoire  qui  domi- 
nait le  confluent  de  la  Meuse  et  de  la  Légia  (o).  Les  habitations 


(1)  V.  ci-dessus,  p.  126. 

(2)  Vita  .1.  Lainberti,  dans  A  A.  SS.,  t.  V  de  scplcmbre,  p.  877-78.  Il  péi'il  dans 
sa  maison  et  non  dans  la  chapelle,  comme  je  l'ai  montré  dans  mon  Etude  sur  saint 
Lambert  et  son  premier  bior/raptie  (Annales  de  l'Académie  d'Archéologie  de  Delyirjue, 
t.  XXXIII  (-1876),  p.  o2-56. 

(3)  Cf.  ci-dessus,  p.  48. 

(4)  Vita  sancti  Lamberti,  p.  580. 

(o)  Vita  sancti  Iliiberti,  AA.  SS.,  t.  I  de  novembre,  p.  799C  D. 


XOÏGER    SKCONM)    FONDATEUR    DE    LIEGE.  137 

se  multiplièrent  de  tous  les  côtés,  et,  sous  les  rois  carolin- 
giens, le  bourg  de  Liège  (vicus  Leiidiciis)  fut  à  plus  d'une 
reprise  le  séjour  de  ces  monarques  :  Gharlemagne  y  fut  en 
770  (1),  et  les  fils  de  Louis  le  Débonnaire  s'y  réunirent  en 
8o4  (2).  Un  somptueux  palais  épiscopal,  qui  a  trouvé  un 
poëte  pour  le  chanter,  servait  d'habitation  à  ces  princes  (3). 
Les  invasions  des  Normands  portèrent  un  coup  terrible  à 
cette  prospérité  naissante  :  la  ville,  qui  était  ouverte,  fut 
pillée  et  presque  détruite,  et  ses  monuments  réduits  en 
cendres.  Les  évoques  de  la  première  moitié  du  X®  siècle 
eurent  fort  à  faire  pour  relever  les  ruines  :  ce  fut  surtout 
Richaire  qui  s'y  employa.  Il  restaura  Saint -Lambert  et 
Saint- Pierre  (4),  et  il  bâtit  dans  le  vallon  de  la  Légia  un 
troisième  sanctuaire  qu'il  dédia  à  saint  Servais  (o).  Otton- 
le-Grand  paraît  s'être  intéressé  à  ces  travaux  de  réédification, 
et  c'est  à  lui  qu'une  chronique,  d'époque  postérieure  il  est 
vrai,  en  fait  honneur  (6).  A  partir  de  son  règne,  la  ville  de 
Liège  recommença  de  se  développer  rapidement  :  deux  nou- 
velles églises,  celles  de  Saint-Martin  et  de  Saint-Paul,  bâties 
par  Eracle  aux  deux  extrémités  opposées  de  sa  ville  épisco- 
pale,  en  sont  la  preuve,  et  il  est  certain  que  Notger  n'aurait 
pas  étendu  si  considérablement,  comme  nous  le  verrons,  le 
pourpris  de  Liège,  si  les  quartiers  qu'il  y  engloba  avaient 
été  totalement  inoccupés.  Liège  s'étendait  alors  dans  le  vallon 
de  la  Légia  depuis  l'église  Saint-Servais,  où  était  sa  limite 
occidentale,  jusqu'au  confluent  de  la  Meuse,  qui  la  boimait 
du   côté   de  l'est.  Vers    le  nord,    elle   se    terminait   à   peu 

(1)  Annales  Laurissenses,  p.  148. 

(2)  Annales  Bertiniani,  p.  448. 

(3)  Serlulius,  Carvnna,  II,  4,  p.  469. 

(4)  Sur  la  restauration  de  Saint-Pierre  par  Ricliaire,  v.  Folcuin,  c.  19.  p.  63  : 
Qui  postquam  in  episcopatu  XXII  annos  peregisset,  in  ecclesia  Sancti  Pétri,  quam 
ipse  construxit,  tumulatus  quiescit.  Cf.  Gilles  d'Orval,  IH.  42,  p.  Hl. 

(o)  Gesta  abbreviata,  p.  130  :  Edilicavit  ecclesiain  super  rivum  Legiain  ad  liono- 
rem  saneti  Servatii. 

(6)  Iste  Otto,  meliorato  regni  et  ecclesiae  per  suani  industriam  statu,  duas  eccle- 
sias  in  Leodio  a  Norniannis  destructas  monasteriumque  reedilicat  et  restaurât. 
Chronique  de  Saint-Trond,  Continuât.  III,  3,  I,  p.  376.  Diimmlcr,  Kaiser  Otto  I,  ne 
parle  pas  de  ce  détail, 


133  CHAPITRE   X. 

près  à  rentrée  des  rues  parallèles  Hors-Chàteau  et  Férons- 
trée.  Au  sud  enfin,  elle  englobait  encore  le  terrain  connu 
sous  le  nom  de  Sauvenière  :  celui-ci  avait  lui-même  pour 
limite  méridionale  un  bras  de  la  Meuse,  qui  décrivait  une 
île  assez  vaste  au  milieu  de  laquelle  surgissaient  alors  les 
constructions  de  léglise  Saint-Paul.  Tel  était  le  Liège  de 
972,  la  cité  de  Liège,  comme  on  disait  depuis  que  l'endroit 
était  devenu  le  séjour  des  évoques  diocésains  (1). 

Partout  les  forêts  délimitaient  et  ombrageaient  la  banlieue 
de  Liège.  Sur  les  hauteurs,  au-delà  de  Téglise  Saint-Martin, 
elles  cernaient  remplacement  sur  lequel  Tévêque  Eracle 
venait  de  jeter  les  fondements  de  Tabbaye  de  Saint-Laurent; 
cette  maison  religieuse  elle-même  remplaf;ait  l'ancien  gibet(2). 
Plus  loin  s'étendait  la  belle  forêt  de  Glain,  qui  ne  fut  défri- 
chée qu'au  commencement  du  XIIP  siècle  (3).  Dans  la  vallée, 
au  sud  de  la  ville,  à  l'endroit  où  s'éleva  depuis  le  monastère 
de  Saint-Jacques  et  oîi  l'on  voit  encore  aujourd'hui  l'église 
du  même  vocable,  ce  n'étaient  qu'épais  fourrés  et  repaires 
de  bêtes  fauves  (4). 

La  capitale  naissante  de  l'Etat  liégeois  gardait  encore,  dans 
sa  prospérité  de  fraîche  date,  quelque  chose  de  ses  origines 
rustiques.  Elle  leur  devait,  dans  tous  les  cas,  une  bonne  for- 
tune des  plus  enviables  :  celle  de  n'avoir  ni  comtes  ni  châte- 
lains. Dans  les  villes  qui  avaient  été,  sous  les  Mérovingiens, 
la  résidence  d'un  comte,  celui-ci,  malgré  l'immunité,  malgré 
les  privilèges  qui,  des  évêques,  faisaient  des  princes,  ne  lais- 
sait pas  de  revendiquer  pour  lui  l'autorité  autrefois  inhérente 
à  sa  charge,  et  c'était  l'occasion  d'interminables  querelles 
avec  les  prélats.  Ceux-ci  n'étaient  guère  plus  heureux  lorsque, 

(■1)  Dès  le  commencenu'iU  de  répoqiie  mérovingienne,  le  mot  de  ciic  est  devenu 
synonyme  de  ville  ('piscf/pale. 

(2)  Non  veritiis  est  sajiiens  itrchitectiis  quod  locus  infamis  essel  siispendiis  latro- 
num,  rapinis  exosiis  praedonum,  qvii  proptcr  silvae  cireunijacentis  tune  condensa 
sibi  speluncas  liie  feceranl  et  lalibula.  Renier  de  St-Laurenl,  Vita  Evemcli,  c.  10, 
p.  o6i;  cf.  le  même,  Vita  Ileijinardi,  c.  20,  p.  378. 

{?>)  Silva  pulclierrinia  ([uac  T.Ianum  vocatur,  quae  ad  dccus  eivilalis  eral  vicina 
elantiqua,  lioe  annof  120!)  vendituret  exstirpatur.  Renier  de  Saint-.Iacqucs,.4/?7)«te, 
p.  038. 

(4)  Vita  Balderici,  c.  49,  p.  731. 


NOTGER   SECOND    FOXDATEUU    DE    LIEGE.  I3D 

débarrasses  du  comte,  ils  installaient  à  sa  place  un  châ- 
telain qui  tenait  d'eux  son  oHicc  en  fief,  et  qui,  au  lieu  de 
protéger  l'église,  la  tyrannisait  de  toute  manière.  L'cvéquc 
qui  avait  l'un  ou  l'autre  de  ces  personnages  dans  l'enceinte 
de  sa  ville  épiscopale  n'était  plus  le  maître  chez  lui  ;  il  devait 
soutenir  contre  eux  des  luttes  acharnées,  heureux  quand,  à 
ce  prix,  il  parvenait  à  sauvegarder  son  indépendance  vis-à- 
vis  du  comte,  son  autorité  vis-à-vis  du  châtelain. 

A  Cambrai,  dont  l'histoire  offre  au  X«  siècle  comme  le 
pendant  de  celle  de  Liège,  on  avait  fait  successivement  l'expé- 
rience du  comte  et  du  châtelain,  et  l'on  avait  pu  constater 
que  le  second  ne  valait  pas  mieux  que  le  premier .  Il  ne  ser- 
vit de  rien,  en  effet,  à  l'évêque,  de  voir  en  948  un  diplôme 
impérial  lui  donner  l'autorité  comtale  sur  la  ville  entière, 
qu'il  soustrayait  de  la  sorte  au  comte.  Un  quart  de  siècle 
pins  tard,  nous  le  retrouvons  aux  prises  avec  son  châtelain, 
qui  se  bâtit  une  maison  forte  dans  l'enceinte  de  la  ville. 
Membre  d'une  des  grandes  familles  du  Cambrésis,  le  châte- 
lain, nommé  Jean,  s'était  probablement  imposé  au  choix  do 
l'évêque;  celui-ci  ne  s'en  débarrassa  que  pour  en  accepter 
un  autre  qui  ne  le  tourmenta  pas  moins,  dépouilla  l'évéché, 
rendit  sa  charge  héréditaire  et  troubla  (1)  le  pontificat  de 
trois  évoques.  Ses  successeurs  en  firent  autant,  et,  jusqu'à 
la  fin  du  XIP  siècle,  le  châtelain  de  Cambrai  resta  le  grand 
perturbateur  de  la  principauté  ecclésiastique. 

Déjà,  le  péril  était  devenu  imminent  à  Liège.  Cette  ville 
ouverte,  dont  l'importance  et  la  richesse  allaient  tous  les 
jours  croissant,  était  faite  pour  tenter  tous  les  ambitieux  : 
s'y  bâtir,  au  sommet  de  la  colline  qui  la  dominait,  un  château- 
fort  du  haut  duquel  on  la  tiendrait  sous  la  main,  quel  rêve 
pour  un  féodal  doué  de  quelque  hardiesse!  Notger  dut 
trembler  le  jour  où  «  un  puissant  «  —  le  chroniqueur  ne  le 
désigne  pas  d'une  manière  plus  précise  —  lui  demanda  la 
permission  de  construire  une  maison  fortifiée  à  l'emplacement 

(1)  Gesta  t'pp.  Cam.  I,  71-73,  93,  99-103,  113-122.  Cf.  A.  Diockmeyer,  Die  Stodt 
Cambrai.  Vcrfassuii(js(jcschirhtliclie  Unlersur.hntKjeii  nus  ilcin  X'"'  bis  gcrjcn  Ende  des 
XW  JahrhiindertK,  léna,  1889,  et  surtout  W.  Reinecke,  Geschichte  der  Stadt  Cam- 
brai bis  ziir  ErtlteUumj  der  Lex  Godefridi  (1221),  Marbourg,  1896,  pp.  15-62. 


140 


CHAPITUE    X. 


aujourd'hui  occupé  par  l'église  Sainte-Croix,  prétextant  que 
de  là-haut  il  défendrait  la  ville  et  la  principauté.  L'endroit 
qu'il  entendait  se  faire  abandonner  par  l'évèque  était  préci- 
sément le  poste  stratégique  par  excellence,  celui  d'où  l'on 
dominait  à  la  fois  les  deux  vallées  de  la  ville,  celle  de  la 
Meuse  et  celle  de  la  Légia  (1), 

Que  devait  faire  Notger  ?  Céder,  c'était  installer  au  bon 
endroit  le  tyran  qui  mettrait  fin  à  l'autorité  patôrnelle  de 
l'évèque  :  cela  n'était  pas  douteux,  et  il  est  intéressant  de 
constater  jusqu'à  quel  point  le  narrateur  du  XP  siècle  a  con- 
science de  ce  danger.  Résister,  c'était  courir  au  devant  d'un 
conflit  avec  un  homme  redoutable,  dei'rière  lequel  se  ran- 
geaient peut-être  des  forces  imposantes.  Notger  recourut  à  la 
ruse  :  il  demanda  un  délai,  et  en  profita  pour  faire  jeter  en 
toute  hâte  par  Robert,  le  prévôt  de  sa  cathédrale  (2),  les 
fondements  de  l'église  Sainte-Croix.  Lorsque  le  solliciteur 
revint  et  se  plaignit  d'avoir  été  joué,  Notger  manda  le  prévôt 
et  affecta  de  le  gronder  ;  «  Si  vous  aviez  élevé  toute  autre 
construction,  lui  dit-il  en  présence  du  puissant  vassal  irrité, 
je  vous  l'aurais  fait  abattre  pour  céder  le  sol  à  mon  ami; 
mais  puisque  c'est  à  la  cioix  du  Sauveur  que  vous  avez  con- 
sacré cet  édiiice,  je  croirais  lui  faire  injure  à  lui-même  si  je 
mettais  la  ville  sous  un  autre  protectorat  que  le  sien.  »  Et 
l'église  continua  de  s'élever  (3).  Cet  incident  est  hautement 
caractéristique;  il  nous  apprend  la  gravité  du  danger  con- 
juré par  le  stratagème  de  Notger,  il  nous  fait  toucher  du 
doigt  la  situation  précaire  du  pouvoir  épiscopal  naissant.  On 

(1)  Eral  in  luijiis  nrbis  odilissimo  loco  spaciiiin  quod  talis  viderelur  capax  esse 
adificii,  unde  reliqua  urbs  ab  ejusdem  arcis  habilaloribus  violenter  posscl  iinpu- 
gnari.  Anselme,  c.  26,  p.  203. 

(2)  Jean  d'Oui rcmeuse,  qui  raconte  à  l'occasion  de  ceci  tout  un  petit  roman, 
sait  que  ce  prévôt  Hobcrt  élail  le  neveu  de  Notger  par  sa  mère  Elissent,  comtesse 
de  Boulogne.  Nous  laisserons  aux  iidèles  de  Jean  d'Ûutremeusc  la  satisfaction  de  le 
croire.  Fisen,  i).  150,  lui,  dil  ijue  dans  les  archives  de  Sainte-Croix  Robert  porte  le 
titre  de  cliorévêque  et  il  ajoute  :  raruin  in  hac  ecclesia  nomen.  J"ai  vainement 
cherché  dans  les  archives  de  Sainte-Croix  la  trace  de  ce  renseignement,  et  il  est 
peu  probable  ([u'Anselme,  qui  donne  à  Robert  le  double  titre  d'archidiacre  et  de 
prévôt,  eût  oublié  celui  de  cliorévêque,  si  Robert  y  avait  eu  droit, 

(3)  Anselme,  1.  c.,p.  204, 


NOT6eR    SKCON!)    KONDATKL'll    DM    LlKGi:.  iU 

y  voit  sur  quel  ton  les  vassaux  de  l'église  de  Liège  pou- 
vaient se  pcrineltre  de  parler  à  leur  prince,  et  avec  quel 
mélange  de  timidité  et  d'adresse  cet  homme  énergiciue  et 
puissant  défendait,  contre  les  emjjiètements  des  l'éodaux,  la 
sécurilé  de  sa  ville  épiscopale  avec  les  droits  les  plus  élé- 
mentaires de  son  autorité. 

Gomme  il  est  facile  de  le  comprendre,  une  expérience  de 
ce  genre  dut  faire  mûrir  dans  l'esprit  de  Notger  le  plan  de 
doter  sa  cité  d'une  enceinte  fortifiée,  si  toutefois  ce  plan 
n'avait  pas  été  con^u  par  lui  dès  les  premières  années  de 
son  pontificat. 

Dans  la  construction  de  l'enceinte,  il  fallut  tenir  compte 
et  de  la  contiguration  du  terrain  et  des  besoins  de  l'avenir. 
Notger  voulut  donc  englober  non  seulement  la  cité  propre- 
ment dite,  telle  qu'elle  avait  existé  avant  lui,  mais  encore 
tous  les  terrains  contigus  qui,  sur  la  colline  de  Publémont  et 
dans  la  vallée  de  la  Meuse,  formaient  déjà,  selon  toute  appa- 
rence, de  populeux  faubourgs.  C'est  ce  qu'Anselme  exprime 
avec  autant  de  concision  que  de  netteté  quand  il  dit  que  Not- 
ger, par  l'enceinte  qu'il  traça,  augmenta  l'étendue  de  sa 
ville  (1). 

On  peut  déterminer  avec  une  précision  relative  le  pour- 
tour de  la  première  enceinte  de  Liège.  Partant  du  haut  du 
Publémont,  ovi  les  massives  constructions  de  l'église  Saint- 
Martin  étaient  encastrées  dans  son  tracé,  elle  dévalait  vers 
l'ouest  dans  le  vallon  de  la  Légia,  qu'elle  coupait  transversa- 
lement, passait  le  ruisseau  sur  une  voûte,  remontait  la  côte 
opposée  derrière  la  place  Saint-Séverin,  suivait  la  rue  de 
Bruxelles  du  côté  du  fond  Saint-Servais,  encastrait  l'église  de 
ce  nom,  courait  sur  les  flancs  de  la  colline,  parallèlement 
à  la  rue  Hors-Chàteau,  jusque  près  de  la  caserne  des  Pom- 
piers, où  elle  obliquait  par  la  rue  des  Airs  et  par  l'impasse 
Babylone  vers  la  rue  Féronstrée.  Là  s'ouvrait  une  porte  à 
laquelle  les  vieux  chroniqueurs  donnent  le  nom  de  porte 
Kasseline.  L'enceinte,  passant  entre  les  rues  de  la  Clef  et 
Sur-le-Mont,  gagnait  ensuite  la  Meuse  au  quai  de  la  Golfe,  la 

(1)  Urbem  nienibus  ampliavit. 


142  CHAPITRE    X. 

remontait  jusqu'au  delà  de  Gheravoie,  puis,  faisant  un  angle 
droit  à  la  hauteur  du  bâtiment  de  la  poste  actuelle,  elle  allait 
encastrer  réglise  Saint-Denis,  revenait  par  la  rue  de  la 
Régence  en  longeant  le  bras  de  la  Meuse,  et  remontait  ensuite 
la  rue  Haute-Sauvenière  jusqu'au  Mont-Saint-iMartin,  qui  la 
ramenait  à  son  point  de  départ  près  de  l'église  du  même 
nom  (1). 

Tel  est  le  tracé  que,  en  combinant  les  témoignages  de  nos 
sources  et  en  les  interprétant  par  les  découvertes  de  l'ar- 
chéologie locale,  on  peut  assigner  avec  quelque  vraist3m- 
blance  à  l'enceinte  notgérienne.  Une  partie  en  subsistait 
encore  du  temps  de  Jean  d'Outremeuse,  notamment  celle  qui 
passait  derrière  le  Palais,  où  elle  supportait  les  maisons  de 
la  pente  abrupte  qu'on  appelle  aujourd'hui  Pierreuse,  et  qui 
portait  alors  le  nom  de  Pissevache  (2),  Des  actes  du  XI V'^ 
siècle  nous  en  signalent  d'autres  fragments  du  côté  de  la 
Meuse,  aux  abords  du  Pont  des  Arches,  dans  le  voisinage 
de  la  Halle,  et  enfin  en  Sauvenière  (3).  Quelques  restes 
s'en  retrouvent  encore  aujourd'hui  vers  le  Mont-Saint-Martin 
et  au  Thier  de  la  Montagne. 

Un  écrivain  du  XP  siècle,  qui  a  vu  tous  ces  travaux  de 
défense  debout  et  tels  qu'ils  étaient  sortis  de  la  main  des 
ingénieurs  de  Notger,  nous  en  donne  une  idée  sommaire. 
C'étaient  des  murs  garnis  de  tours  nombreuses  ;  devant 
Saint-Martin,  il  y  avait  un  triple  retranchement  et  de  hautes 
tours  avec  des  saillies  ou  barbacanes  pour  les  défenseurs.  (4). 

Mais  ce  n'est  pas  tout.  Au  pied  de  la  partie  méiùdionale  de 
cette   enceinte,    c'est-à-dire    en    Sauvenière,    coulait,    nous 

(1)  V.  la  carte  ci-jointe. 

(2)  Et  aloient  les  murs  dcl  citeit  tout  altour  de  Pissevaiclic,  et  encore  les  pocis 
voir  en  palais,  à  Liège,  ou  les  maisons  de  Pissevaiclic  sont  sur  fondées.  Jean  d'Ou- 
tremeuse, t.  III,  p.  7,  (|ui  se  persuade  ([ue  ces  fragments  représentent  l'enceinte 
de  saint  Hubert. 

(3)  Sur  tout  ceci,  voir  dans  l'appendice  la  dissertation  intitulée  :  L'enceinte  not- 
(jéricnne  de  IJèfie. 

(i)  Clauslrum  exterius  ejusdem  ecclesie  Sancti  Martini,  incise  colle  Publici 
Montis,  triplici  vallo  et  uiuro  cum  propugnaculis  et  turi-ibus  sublimibus  communi- 
vit,  et  eaiidem  mûri  et  turrium  muuitionem  circa  ambitum  civitatis  sua  longitudine 
et  latitudine,  sicul  adhuc  liodie  videfur,  perduxit.  Vita  Notfjeri,  c.  3. 


NOTGER    SECOND    FONDATKUU    I)K    I.ÎKC.r..  i '^',\ 

l'aA'ons  vu,  un  bras  de  la  Meuse  qui  s'y  divisait  en  ramifica- 
tions nombreuses  et  qui  décrivait  une  île  de  configuration 
irrcgulière.  Cette  île,  d'une  superficie  à  peu  près  égale  à 
celle  de  la  ville  enimuraillce,  était  encore  inculte  et  boisée  à 
son  extrémité  méridionale,  mais  elle  conunençait  à  se  peu- 
pler du  côté  où  elle  touchait  à  la  ville,  et  l'évèque  Eracle 
y  avait  jeté  les  fondements  de  sa  collégiale  Saint-Paul. 
Notger,  qui  ne  pouvait  penser  à  englober  tout  ce  vaste 
terrain  dans  le  pourpris  de  son  enceinte,  voulut  tout  au 
moins  lui  donner  une  protection  quelconque  en  même  temps 
que  la  faire  contribuer  à  son  système  général  de  défense. 
Dans  ce  but,  il  approfondit  le  bras  de  la  ^Nleusc,  dont  le 
volume  d'eau  n'était  pas  considérable,  et  en  fit  un  fossé  pro- 
fond qui  mettait  l'île  à  l'abri  d'un  coup  de  uiain,  tout  en 
renforçant  la  défense  de  la  Cité  du  côté  sud.  C'est  ainsi  que 
nie  fut  rattachée  à  la  Cité  pour  ne  plus  former  avec  elle 
qu'une  seule  ville  (1). 

(1)  Mosani  fluvium,  qui  extra  civilalein  fluebat,  civilali  iiUruduxU  et  eum  circu 
claustruni  sancti  Paiili  sanctique  Johannis  ad  radiées  iiiontis,  in  quo  ccclcsia  sancti 
Martini  et  sanctae  Grucis  et  sancti  Pétri  sita  est,  inter  claustrum  sancti  Johannis 
sanctique  Lamberti,  ut  fluminis  inipetus  letificet  civitatem  Dei,  per  médium  civitalis 
in  communes  usus  fluere  fecit.  Vitu  Notijeri,  c.  o.  Sur  la  foi  de  ce  lémoignai^e 
unique,  on  a  répété  depuis  lurs  que  le  bras  de  la  Meuse  coulant  sur  les  boulevards 
d'Avroy  et  de  la  Sauvenière,  qui  fut  desséclié  de  1838  à  i84o  (v.  ISotice  sur  l'origine 
de  Liège  et  ses  agrandisseiiinits,  Liège  1881,  p|).  19  et  20),  n'était  qu'un  canal 
creusé  par  Notger.  Il  m'est  dillicile  de  le  croire.  Dès  997,  le  quartier  qu'il  circons- 
ci'it  porte  le  nom  d'Ile,  ce  qui  suppose  une  certaine  ancienneté  de  l'usage;  les  plus 
anciennes  mentions  de  l'Ile  sont,  après  997,  celles  du  Vita  Daldcrici,  c.  18,  p.  731, 
vers  lÛÎJO,  et  celle  de  1079  dans  le  Curtttlairc  de  Saint-Lambert,  t.  I,  p.  43.  De 
plus,  le  biographe  du  XI«  siècle  a  bien  pu  ignorer  que  le  bras  de  la  Meuse  avait 
existé  avant  Notger  et  ne  se  souvenir  que  du  travail  de  ce  dernier.  Le  lit  du  pi-é- 
tendu  canal  semble  bien  être  l'ancien  lit  de  la  Meuse.  C'est  la  thèse  de  de  Crassier, 
Mémoire  historique  sur  le  lit,  le  cours  et  les  branches  de  la  rivière  de  Meuse  dans 
l'intérieur  de  la  ville  de  Liège,  Liège  1838,  qu'il  défend  encore  dans  Cri  d'un  franc 
Liégeois  contre  le  projet  de  dérivation  de  la  Meuse,  Liège  18o0.  Cette  thèse,  dont  la 
partie  proprement  historique  est  d'ailleurs  très  faible  et  criblée  d'erreurs,  a  rallié 
l'adhésion  de  Duvivier  de  SIreel  dans  LIAL,  t.  III  (1857),  p.  193,  de  M.  .St. 
Bormans,  Recherches  sur  les  rues  de  l'ancienne  paroisse  Saint-André  à  Liège,  Liège 
•1807,  pp.  18,  2'2  et  23  et  de  M.  Th.  Gobert,  Les  Rues  de  Liège,  t.  II,  p.  80.  Duvi- 
vier de  SIreel  invoque  des  arguments  géologiques.  «  En  creusant  pour  faire  une 
cave  au  nouveau  presbytère  de  Saint-Jean,  on  a  trouvé  plusieurs  lits  de  gravier  el 


l44  CHAifiTIlE    X. 

Je  ne  crois  pas  que  le  besoin  de  la  défense  ait  été  la  prin- 
cipale raison  qui  décida  Notgcr  à  canaliser  le  bras  de  la 
Meuse.  Ce  fossé  rempli  d'eau,  qui  alors  enveloppait  de  toutes 
parts  le  quartier  de  l'Ile,  n'était  pas  une  défense  sufîisante 
pour  valoir  les  peines  qu'il  coûtait,  et  on  ne  comprendrait 
pas  le  plan  de  Notger,  s'il  ne  s'était  agi  avant  tout,  dans  sa 
pensée,  d'amener  jusqu'au  cœur  de  sa  ville  la  circulation 
marchande  qui  avait  lieu  sur  la  Meuse.  En  d'autres  termes, 
l'approfondissement  du  lleuve  avait  un  but  commercial 
autant  que  stratégique,  et  l'écrivain  du  XP  siècle  à  qui  nous 
devons  la  connaissance  de  ce  travail  semble  bien  l'avoir 
compris  dans  ce  sens,  puisqu'il  nous  dit,  avec  une  réminis- 
cence biblique,  que  Notger  voulut  que  l'élan  du  Jleiwe 
réjouît  la  cité  de  Dieu  (1). 


(le  limon  superposés,  el,  dans  la  dernière  couche,  un  débris  de  poterie  romaine  et 
une  défense  de  sanglier  ».  Par  contre,  tout  le  chemin  du  quai  d'Avroy  est  formé 
de  terres  rapportées,  à  te  point  que  «  quand  on  creuse  une  tranchée  en  cet  endroit, 
nous  ne  voyons  jamais  paraître  le  limon  ni  le  gravier.  » 

Ce  qui  vient  à  l'appui  de  cette  opinion,  c'est  la  conliguration  même  du  canal  de 
Notger  aux  abords  du  Pont  d'Ile.  Là,  comme  on  peut  le  voir  encore  sur  les  anciens 
plans  de  la  ville,  il  s'élargissait  à  l'excès,  se  bifurquait  en  plusieurs  bras  et  formait 
quantité  d'îles.  Pourquoi?  ce  n'est  certainement  pas  la  main  de  l'homme  qui  les  a 
formées,  car  cet  élargissement,  qui  diminue  la  profondeur  de  l'eau,  est  des  plus 
nuisibles  à  la  défense  et  au  commerce.  Dira-t-on  que  ce  phénomène  s'est  produit  à 
la  longue?  Mais  nous  voyons  que  l'une  de  ces  îles,  celle  qui  portait  le  nom  de 
Torrent,  existait  déjà  du  temps  de  Notger  lui-même.  Voici  ce  qu'on  lit  dans  l'obi- 
tuaire  de  Saint-Denis,  aux  archives  de  l'État  à  Liège  : 

Ajvilis,  IIII  nouas,  coimitemorutio  Nofieri  episcopi  qui  dcdit  nobis  duo  molendina 
in  T  or  rente,  etc. 

D'autre  part,  le  petit  Torrent  est  mentionné  déjà  dans  un  diplôme  du  XII^  siècle. 

(\)  VitaNotfieri,  c.  o.  Des  travaux  de  ce  genre  ne  sont  pas  isolés.  Sans  parler  de 
saint  Félix  de  Nantes  et  de  Sidonius  de  Mayence  au  VI»  siècle,  je  noterai  ici  saint 
Sturmi,  premier  abbé  de  Fulda  :  explorato  passim  cursu  fluminis  Fuldae,  non 
parvo  spatio  a  monasterio  ipsius  amnis  fluenla  a  proprio  abduxit  cursu,  et  per  non 
modica  fossata  monasterium  influere  fecit,  ita  ut  tluminis  inipetus  laetilicaret  cueno- 
bium  Dei  fVita  s.  Sturmi,  c.  20).  En  1104,  Robert  Courte  Heuse,  duc  de  Normandie, 
détourna  une  branche  de  l'Orne  pour  transformer  en  île  le  quartier  de  Saint-Jean  à 
Caen.  Ce  travail,  qu'il  acheva  en  entourant  ce  quartier  de  fossés,  de  murs  et  de 
tours,  avait  une  destination  stratégique.  Le  canal  ci'eusô  par  Robert  s"api)elle  en- 
core aujourd'hui  le  canal  du  duc.  (Vautier,  Histoire  de  la  ville  de  Caen,  |jp.  S-C), 


NOTGER    SECOND    FONDATEUR    DE    LIEGE.  145 

Ainsi  une  double  ville  :  la  Cité  ou  Château  (1),  avec  son 
enceinte  fortifiée,  et,  au-devant  d'elle,  l'Ile  défendue  par  le 
cours  de  son  lleuve,  tel  était  le  Liège  notgérien. 

Les  deux  villes,  s'il  est  permis  d'employer  cette  expres- 

(1)  Sous  t'c  nom  de  cliàtpau  (atxteUum)  qui.  en  l'espèce,  équivaut  absolument  à 
l'expression  romaine  castrum,  on  entendait  au  liaul  m(iyen-âi,'-e  non  pas  seulement 
l'édilice  aux  proportions  restreintes  ((u'il  désigne  aujourd'hui,  mais  i"  Une  loca- 
lité fortifiée  qui  n'était  pas  civitas,  et  2»  la  partie  fortifiée  de  la  civitas  elle-même. 
Ce  deuxième  sens,  qui  semble  resté  inconnu  des  lexicographes,  est  attesté  par  plu- 
sieurs exemples.  A  Worms,  il  est  dit  que  révê(iue  Burchard  mum  civitatcm  ad  instar 

castelli  circumdcdit Castcllo  iijitur  couJiniKito  et  ronstrncto.    Vitu  liuirliardi, 

c.  7,  p.  833.  A  Cambrai,  la  partie  fortiliée  de  la  ville  s'appelait  castrum;  elle  com- 
prenait la  cathédrale,  le  palais  épiscopal  et  l'abbaye  Saint-Aubert.  Leglay,  Recherches 
sur  Véfjlise  métropolitaine  de  Cambrai,  j).  10,  cité  par  Dieckmeyer,  p.  7,  note  12. 
A  Cahors,  l'évêque  saint  Didier  bâtit  l'église  Saint-Julien  extra  castri  munitionem, 
c'est-à-dire  en  dehors  de  l'enceinte  iortifiée.  Yita  s.  Desiderii,  c.  10,  p.  o7.j.  A 
Auxerre,  l'église  Saint-Pierre,  située  dans  l'enceinte  fortiliée,  s'appelait  pour  cette 
raison  Saint-Pierre-au-Chàleau  (Lebeuf,  Mémoires  sur  l'histoire  d' Auxerre,  t.  111, 
p.  -12).  La  ville  d'Arlon,  qui  avait  une  enceinte  romaine  et  qui  avait  été  un  castrum 
sous  l'empire,  a  continué  de  s'appeler  pour  cette  raison,  pendant  le  moyen-âge, 
Erlon-le-Chastial.  A  Fosse,  la  partie  de  la  ville  comprenant  la  collégiale  et  les  mai- 
sons des  chanoines  s'appehiit  le  Cliàleau,  parce  qu'elle  était  enceinte  de  murs,  à  la 
différence  du  reste  de  la  ville,  qui  était  ouverte.  A  Tout,  enfin,  la  rue  Mi-Chàteau 
coupe  encore  aujourd'hui  par  le  milieu  la  ville  fortifiée.  Ces  exemples  éclairent  le 
sens  du  nom  do  llors-Chdteau  porté  par  une  des  principales  rues  de  Liège,  et  dont 
les  plus  anciennes  mentions  à  moi  connues  sont  dé  1189  et  1191  ;  il  y  eut  alors  une 
inondation  //(  ea  parte  ijuar  dicitur  extra  caxtrnm  (Annales  Sancti  Jacobi,  pp.  G49- 
631).  Ce  nom,  qui  désignait  alors  tout  le  quartier  septentrional  situé  en  dehors  de 
l'enceinte,  a  fini  par  n'en  plus  désigner  que  la  principale  rue.  Il  n'y  a  pas  lieu  de 
supposer,  avec  les  topographes  liégeois,  un  château  au  sens  moderne  du  mot  qui 
aurait  existé  à  cet  endroit.  Jean  d'Outremeuse,  t.  III,  p.  8,  ne  se  fait  pas  faute  d'ima- 
giner un  château  Saint-Georges  qui  aurait  clé  bâti  par  Ogicr  le  Danois;  la  rue  aurait 
été  appelée  llors-Château  «  car  elle  seoit  débours  dudit  casteal  Saint-Georges  ». 
Henaux,  Histoire  de  Liège,  t.  I,  pp.  71  et  72,  s'en  voudrait  de  laisser  la  palme  de 
l'extravagance  à  Jean  d'Outremeuse  :  selon  lui,  une  colonie  romaine  se  fonda  à 
Liège  :  «  Vers  la  fin  du  règne  d'Auguste,  on  y  institua  un  corps  municipal,  qui 
élisait  dans  son  sein  deux  maîtres  ou  consuls;  on  l'entoura  de  murailles  pour  pro- 
téger le  passage  du  pont  qui  reliait  les  rives  de  la  Meuse ■  L'espace  qui  longeait 

le  mui'  à  l'ouest,  extra  castrum,  est  devenu  notre  rue  Hors-Château,  curieuse 
dénomination  qui  perpétue  le  souvenir  de  la  domination  romaine  n.  L'explication 
que  je  viens  de  donner  s'était  déjà  présentée  à  l'esprit  de  Bovy,  Promenades 
archéolofjiques,  t.  I,  p.  2,  mais,  ignorant  les  faits  mentionnés  ci-dessus,  il  n'a  pu  la 
prouver,  et  l'on  a  continué  de  redire  après  lui  la  légende  étymologique  dont  je 
viens  de  faire  justice. 

I.  iO 


14G  CHAPITRE   X. 

sion,  étaient  reliées  entre  elles  par  un  pont  situé  dans  l'axe 
de  la  rue  qui  porte  encore  aujourd'hui  le  nom  de  Pont 
d'Ile  (1).  Du  côté  du  sud,  l'Ile  elle-même  communiquait  avec 
la  campagne  par  un  autre  pont  dit  le  Pont  d'Avroy,  parce 
qu'il  menait  au  village  de  ce  nom.  Le  Pont  d'Avroy  exis- 
tait déjà  en  1036,  année  où,  à  l'occasion  d'une  translation  de 
reliques,  l'aflluence  y  fut  tellement  intense  qu'il  faillit  crouler 
sous  le  poids  des  passants  (2). 

La  dualité  de  la  Cité  et  de  l'Ile  correspond,  à  Liège,  à  la 
dualité  de  la  Cité  et  du  Bourg,  telle  qu'on  la  remarque  dans 
plus  d'une  ville  épiscopale  de  la  France  (3).  La  Cité,  c'est 
chaque  fois  la  vieille  ville  où  se  trouvent  la  cathédrale  et  la 
résidence  de  l'évoque;  le  Bourg,  comme  l'Ile  à  Liège,  c'est 
le  quartier  qui  est  venu  s'adjoindre  à  la  ville  et  qui  en  repré- 
sente le  premier  accroissement  à  partir  de  l'ère  moderne. 
Seulement,  tandis  qu'ailleurs  l'opposition  des  deux  termes 
persiste  encore  aujourd'hui  dans  la  toponymie,  à  Liège,  on 
en  a  perdu  le  souvenir  depuis  longtemps,  et  la  trace  la  plus 
récente  que  j'en  rencontre  se  trouve  dans  un  auteur  du 
XV^  siècle  disant  que  le  Pont  d'Ile  menait  à  la  Cité  (4). 

Par  ce  qui  vient  d'être  dit,  on  peut  se  convaincre  que  ce 

(1)  M.  Th.  Gobert.  dont  rérudltion  est  si  riche  et  si  exacte,  commet  quelques 
erreurs  dans  son  article  Pwit  d'Ile,  t.  III,  p.  2i  k  II  dit  que  ce  pont  a  été  bâti  par 
Réginard  et  il  met  cette  assertion  sur  le  compte  d'Anselme  ;  celui-ci  n'a  parlé  que 
du  Pont  des  Arches,  que  Réginard  a  en  effet  jeté  sur  la  Meuse.  Il  fait  passer  sur  le 
Pont  d'Ile  la  procession  qui  portait  à  Saint-,Tacques  les  reliques  du  saint  patron  en 
lOoG  :  or,  il  résulte  des  contextes,  comme  je  rétablirai  plus  loin,  qu"il  ne  peut  être 
question  que  du  Pont  d'Avroy.  C'est  d'ailleurs  dans  une  narration  contemporaine 
reproduite  par  Gilles  d'Orval,  II,  6,  pp.  82-8G,  et  non  dans  les  Annales  de  Renier  de 
Saint- Jacques,  qu'on  lit  la  description  de  ladite  procession.  En  réalité,  la  plus  an- 
cienne mention  du  Pont  d'Ile  est  de  l'année  -iI9G  :  Pons  Insulae  fnuujltur.  Renier 
de  Saint-Jacques,  Annales,  ad  ami.  119(5,  p.  662. 

(2)  Voir,  à  l'appendice,  le  mémoire  sur  l'Enceinte  noUjérienne  de  Liège. 

(3)  Par  exemple  à  Rodez,  à  Arras,  à  Tournai. 

(4)  Hoc  anno  scilicct  1338  tam  aspera  fuit  hyems,  (luod  tribus  vicibus  Mosa 
congelatus  exstitit  inter  duos  pontes,  Insulae  videlicet  et  Avroti,  et  quod  homines 
sicco  pcdc  de  Civitate  ad  Insulam  transitum  faciebant.  Hocsem,  II,  24,  dans  Cha. 
peaville,  Gesta  Puntijicmn,  t.  II,  p.  4i8.  Cette  distinction  est  encore  faite  par  Jean 
de  Looz  en  I4G8  :  Super  alium  pontem  versus  civitatem,  qui  pons  Insulae  dicebalur. 
Dans  de  Ram,  Documents  relatifs  aux  troubles  de  Liège,  p.  G2. 


NOTGER   SECOND   FONDATEUR   DE   LIEGE.  147 

n'était  pas  un  mince  travail  de  clore  la  ville  de  Liège. 
Epanduc  dans  deux  vallons,  avec  une  partie  qui  gravissait 
les  luiuleurs,  et  une  autre  qui  s'entourait  d'un  bras  du  fleuve, 
elle  était  diiïicile  à  fortifier,  et  l'on  peut  dire  qu'elle  fut  tou- 
jours de  faible  défense.  La  vraie  forteresse  du  pays,  c'était 
Huy,  dont  le  site  presque  inexpugnable  lui  valait  d'être  le 
refuge  ordinaire  des  princes.  Mais  du  moins,  à  partir  des 
travaux  de  Notger,  l'ennemi  ne  viendra  plus  impunément 
assaillir  la  capitale  de  l'Etat  :  il  la  trouvera  prête  ù  le  repous- 
ser. Des  vigies  l'observent  du  haut  des  nombreuses  tours  de 
l'enceinte,  des  portes  garnies  de  solides  verroux  lui  barrent 
le  passage;  derrière  les  murs,  toutes  les  maisons,  même  celles 
des  clercs,  se  transforment  en  arsenaux,  et  les  bourgeois  en 
armes  sont  prêts,  à  toute  heure,  à  défendre  la  liberté  de  la 
patrie  (1).  Aussi  la  ville  de  Liège  ne  recevra-t-elle  la  visite 
de  l'ennemi  que  lorsque,  au  XIIP  siècle,  elle  aura  laissé 
tomber  en  ruines  l'enceinte  notgérienne  avant  de  l'avoir 
remplacée  en  temps  utile  par  une  enceinte  nouvelle  (2). 

Pénétrons  maintenant  dans  la  ville  pour  considérer  l'im- 
posant ensemble  de  constructions  dont  nous  venons  de 
décrire  la  ceinture. 

La  première  chose  qui  doit  attirer  notre  attention,  ce  sont 
les  trois  basiliques  faisant  partie  de  l'enceinte  nuu^aillée,  à 
savoir  Saint-Martin,  Sainte-Croix  et  Saint-Denis.  Tout  per- 
met de  les  regarder  comme  les  plus  anciens  des  édifices 
religieux  dont  nous  avons  à  raconter  l'histoire.  La  chose  est 
certaine  pour  Saint-Martin,  qui  est  une  fondation  d'Eracle  ;  elle 
ne  l'est  guère  moins  pour  Sainte-Croix  et  pour  Saint-Denis, 
puisque  l'érection  de  la  première  fut  commencée  avant  l'exis- 
tence des  fortifications,  et  que  toutes  les  deux  ont  dû,  faisant 
partie  de  celles-ci,  être  achevées  en  même  temps  qu'elles  (3). 

(1)  Anselme,  c.  54,  p.  222. 

(2)  C'est  dans  ce  sens  qu'il  faut  entendre  le  passnge  du  Tihanphiis  Saticti  Lam- 
berti  in  Steppes  dans  Gilles  d'Oi'val,  p.  Ho,  disant  :  Siiiiiidein  nondiim  riritax  mûris 
circumdata  crut. 

(3)  11  y  a  encore  d'autres  églises  de  notre  pays  qui  ont  été  encastrées  dans  les 
enceintes  muraillées  ;  ainsi,  par  exemple,  Saint-Mirhel  de  Louvain  (v.  Van  Even, 
Loxivain  dans  le  passé  et  dans  le  présent,  Louvain  1898,  pp.  117  et  371-372,  avec, 
les  gravures);  ainsi  encore  l'église  de  Bouvignes,  comuie  peut  le  constater  de  visu, 


148  CHAPITRE   X. 

Saint-Martin  et  Sainte-Croix,  rebâties  à  une  époque  posté- 
rieure, ont  subi  trop  de  remaniements  pour  qu'on  puisse 
encore  se  faire  une  idée  de  leur  aspect  primitif  et  de  leur 
agencement  dans  l'œuvre  de  la  défense.  Mais  Saint-Denis  est 
toujours  debout,  dans  la  fruste  antiquité  de  sa  haute  tour 
carrée,  percée  d'étroites  meurtrières  et  couvrant  de  sa  masse 
opaque,  comme  d'un  solide  bouclier,  tout  le  reste  de  l'édifice 
sacré  aligné  derrière  elle.  L'aspect  austère  de  ces  murs  nus 
et  sombres  évoque  bien  l'idée  d'une  architecture  qui  fut  mili- 
tante et  religieuse  à  la  fois  ;  il  devait  être  le  même  que  celui 
des  deux  autres  sanctuaires  encastrés.  Et  l'observateur  qui, 
placé  en  Ile,  aurait  contemplé  de  ce  côté  la  muraille  de  Liège, 
aurait  été  frappé  de  la  voir  courant  dans  la  plaine  au-delà  du 
fleuve,  escaladant  la  colline,  accentuée  de  tours  et  articulée 
en  quelque  sorte  par  les  trois  vastes  basiliques  qui  s'incor- 
poraient avec  elle. 

Nous  possédons  quelques  renseignements  sur  chacune  de 
ces  trois  forteresses  sacrées.  Saint-Martin,  on  l'a  vu,  devait 
son  origine  à  Éracle ;  il  lavait  largement  doté,  il  y  avait  mis 
trente  chanoines  (1),  il  rêvait  même,  s'il  en  faut  croire  un 
érudit  liégeois,  d'en  faire  sa  cathédrale  (2).  De  fait,  il  avait 


aujourd'hui  encore,  cglui  qui  connaît  le  tracé  de  son  ancienne  enceinte.  Le  plus 
remarquable  exemple  actuel  que  je  connaisse  d'un  sanctuaire  encastré  dans  des 
murailles  de  ville  est  celui  de  l'église  d'Avila  en  Castille.  L'usage  de  faire  servir  les 
églises  à  la  défense  militaire  des  villes  semble  d'ailleurs  n'être  que  la  transforma- 
tion d'un  usage  romain  plus  ancien,  qui  consistait  a  bâtir  les  églises  contre  Ten- 
ceinte,  apparemment,  selon  M.  Enlart,  parce  que  le  terrain  y  était  moins  cher  et 
que  les  chrétiens  y  demeuraient  en  plus  grand  nombre.  Une  multitude  de  cathé- 
drales furent  ainsi  bâties  contre  l'enceinte,  d'ordinaire  avec  leur  abside  soudée  à 
celle-ci;  M.  Enlart  cite  Aleth,  Châlons-sur-Marne,  Chalon-sur-Saône,  Chartres, 
Noyon,  Senlis,  Boulogne,  Le  Mans,  Albi,  Amiens,  Angoulème,  Auxerre,  Beauvais, 
Bourges,  Carcassonne,  Evreux,  Langres,  Meaux,  Narbonne,  Paris  et  Soissons. 
Enlart,  Manuel  d'Archéologie  Française,  t.  I,  p.  103.  Il  en  était  de  même  à  Cologne. 

{i)  Voir  le  diplôme  de  juin  9G3  dans  Martène  et  Durand,  Amplissima  Collectio, 
t.  I,  col.  320.  L'authenticité  de  ce  diplôme  n'est  pas  garantie,  mais  le  fait  allégué 
ne  peut  être  que  certain,  et  l'acte  lui-même  est  dans  tous  les  cas  d'une  bonne 
antiquité. 

(2)  J.  Demarteau,  dans  la  Gazette  de  Liàje,  2  et  9  octobre  1890.  Il  invoque  le 
diplôme  de  DGo,  suspect  et  fort  mal  conservé,  oii  dans  tous  les  cas  il  faut  lire  Martini 
au  lieu  de  Lamberti, 


NOTGER    SECOND    FONDATEUR   DE    LIEGE.  149 

son  [)alais  sur  la  colline,  sans  doulc  dans  le  voisinage  du  sanc- 
tuaire. Selon  toute  apparence,  l'église  était  achevée  à  l'avé- 
nement  de  Notger,  et  celui-ci  n'eut  pas  à  y  mettre  la  main. 
Elle  lui  dut  cependant  un  autre  service  et  des  plus  précieux. 
Les  biens  dont  Éracle  avait  gratifié  sa  fondation  furent,  après 
sa  mort,  revendiqués  par  Otton  III  comme  des  fiefs  royaux. 
11  fallut  tout  le  crédit  dont  Notger  jouissait  à  la  cour  pour 
décider  l'empereur  à  renoncer  à  ses  prétentions  ;  grâce  à 
lui,  la  donation  d'Éracle  resta  acquise  à  son  sanctuaire 
favori  (1). 

Pour  Sainte-Croix,  on  sait  déjà  la  curieuse  histoire  de  cet 
édifice  sacré,  qui  venait  prendre  sur  la  colline  de  Publémont 
la  place  d'un  château-fort  projeté.  L'évêque  intervint  dans 
les  frais  de  la  construction,  et  il  n'eut  pas  de  repos  jusqu'à  ce 
qu'il  le  vit  achevé  avec  son  cloître,  qui  contenait  une  popu- 
lation de  quinze  chanoines  (2).  Après  cela,  il  obtint  la  confir- 
mation de  la  fondation  par  un  diplôme  impérial  qui  lui  fut 
accordé  par  Henri  II,  de  résidence  à  Aix-la-Chapelle,  le  3 
avril  lOOo  (3).  Toutefois,  si  grande  que  fût  la  part  de  Notger 
dans  l'édification  de  Sainte-Croix,  cette  église  n'oublia  pas 
l'homme  auquel  elle  devait  le  plus  après  lui,  et  elle  garda 
pieusement  le  tombeau  du  prévôt  Robert,  qui  vint  reposer 
dans  la  nef  sous  le  crucifix,  devant  lautel  de  sainte  Hélène  (4). 

(1)  Siquidem  ecclesia  Sancti  Martini  in  bonis  relinendis,  que  ei  dominus  Evraclius 
contulerat,  laborabat.  In  tempore  enim  illo  tercius  Otto  ea  tanquam  domino  Evra- 
clio  prcstita  in  fiscum  regiuni,  eo  defunelo,  revocare  ceperat.  Pontifex  et  opifex 
Nogerus  prcclaris  meritis  suis  serenavil  principem,  et  preslita  in  dati  et  rati  con- 
vertit habitationem.  Vita  NoUjeri,  c.  3. 

(2)  Anselme  c.  26,  p.  204.  Aedificium  aecclesiae  cum  claustris  et  congruis  pro  loco 
offîcinis  consummatnr,  eademquc  in  iionore  sanctae  Crucis  dcdicata,  agris  et  dccimis 
donatur,  unde  lo  tratribus  victus  et  vestitus  solatia  penderentur.  C'est  sans  doute 
l'expression  vague  de  fratres,  pour  désigner  les  chanoines,  dont  certains  se  sont 
autorisés  pour  conclure,  comme  nous  l'apprenons  par  Fisen,  I,  p.  -loO,  que  Sainte- 
Croix  fut  d'abord  habité  par  des  moines,  qui  auraient  été  remplacés  par  des  chanoines 
du  temps  de  Wazon.  Je  ne  sais  qui  a  soutenu  cela  (ce  n'est  pas  Jean  d'Outrenieuse) 
et  il  n'y  a  aucunement  lieu  de  faire  état  de  cette  allégation. 

(3)  Fisen,  I,  p.  170;  Miraeus-Foppens,  II,  p.  808;  v.  l'acte  à  l'appendice,  dans  le 
Catnl(Hjue  des  actes  de  iSotijer. 

(4)  In  quà  idem  Robertus  prepositus  [G  idus  martii  in  navi  ccclesie  ante  altai'e 
béate  Hélène  sub  crucitixo]  sepulturam  postea  acccpit.  Gilles  d'Orval  II,  o2  p.  59. 


l'JO  CHAPITRE   X. 

Saint-Denis  également  fut  élevé  sur  les  terres  du  chapitre 
de  la  cathédrale  et  avec  le  concours  d'un  de  ses  dignitaires  (1). 
Elle  eut  pour  fondateur  Nithard,  chanoine- coste  de  Saint- 
Lambert,  auquel  s'associèrent,  nous  dit  un  chroniqueur,  ses 
frères  Jean  et  Godescalc,  qui  l'enrichirent  de  leurs  dona- 
tions (2).  C'était  une  église  romane  à  une  seule  nef,  avec 
un  narthex  à  l'occident  et  une  crypte  sous  le  chœur.  La 
crypte  a  disparu  (3);  quant  au  narthex  et  à  la  nef,  ils  olfrent 
le  pur  caractère  de  l'art  roman  du  X^  siècle  (4).  Bâtie  en  petit 
ai)pareil,  en  pierres  de  grès  rongées  par  le  temps,  flanqué 
de  bas-côtés  d'époques  diverses  et  terminés  par  un  chœur 
gothique  du  XIV'=  siècle  qui  surgit  fort  au-dessus  du  reste  de 
l'édifice,  l'église  Saint-Denis,  avec  son  cloître  méridional 
aujourd'hui  remanié,  présente  à  l'historien  et  à  l'archéologue 
une  des  pages  les  plus  attachantes  de  l'histoire  architecturale 
de  Liège  (5). 

Nous  savons  par  Anselme  qu'un  personnel  de  vingt  cha- 
noines fut  attaché,  dès  l'origine,  à  cette  église.  Mais  par  la 
suite,  —  c'est-à-dire,  si  je  comprends  bien,  encore  du  vivant 
de  Notger  —  ce  chiifre  fut  porté  à  trente  (6).  Il  est  peu  pro- 
bable que  l'augmentation  ait  eu  lieu  après  le  règne  de  ce 
prince,  c'est  du  moins  là  l'interprétation  la  plus  obvie  du 

L'épitaphe  de  Robert,  que  Fisen,  1. 1  p.  150,  a  encore  vue  sur  sa  tombe  au  milieu  d9 
l'église,  était  ainsi  conçue  d'après  le  manuscrit  de  Langius  copié  par  Devaulx  t.  II, 
p.  81  : 

Hic  jacet  Robertus  arcliidiaconus,  Leodiensis,  qui  obiit  V  idus  martii  et  dotavit 
hanc  ecclesiam  de  bonis  de  Bcrtonia. 

(1)  Anselme,  c.  27,  p.  204;  Cilles  d'Orval,  II,  53,  p.  59.  Le  Vifa  NoUierV  ne  parle 
pas  de  cette  église;  par  contre,  Jean  d'Ontrcmcuse  nous  gratifie  d'une  collection  de 
légendes  oiseuses.   IV,  pp.  455,  157,  17(j,  178,  180. 

(2)  llanc  ergo  ecclesiam  diclus  Nitardus  decimis  et  agriculturis  tam  pcr  se  quam 
per  suos  fratres  Johannem  videlicet  et  Godcscalcum  beneficiavit.  Gilles  d'Orval, 
1.  c. 

(5)  Elle  existait  encore  en  1738;  voir  Gobert,  t.  I,  p.  394. 

(4)  Victor  Hugo,  LeUhiii,  lettre  VII,  écrit  à  tout  hasard  :  «  Saint-Denis,  curieuse 
église  du  X<;  siècle  dont  la  grosse  tour  est  du  neuvième.  Cette  tour  porte  à  sa  [lartie 
intérieure  des  traces  évidentes  de  dévastation  et  d'incendie.  Elle  a  été  probablement 
brûlée  lors  de  la  grande  irruption  des  Normands,  en  882,  je  crois  ». 

(5)  Voir  Gobert,  t.  I,  jip.  392-400. 

(0)  In  quà  primum  quidem  20  aggregati  sunt  canonici,  procedente  vero  tempore 
additis  decem  in  tricenarium  ipsorum  numerus  excrevit.  Anselme,  c.  27,  p.  204, 


NOTGER   SECOND    FOXDATKUR    DE    LIEGE.  13l 

texte  d'Anselme,  et  on  ne  comprendrait  pas  pom-quoi,  s'il  en 
était  autrement,  cet  écrivain  ne  nous  en  aurait  rien  dit  et 
aurait  à  dessein  employé  des  expressions  dont  le  vague  est 
fait  pour  induire  en  erreur.  Les  historiens  liégeois  ont  donc 
tort  une  fois  de  plus  qui  redisent,  sur  la  foi  de  Jean  d'Outre- 
meuse,  que  Nithard  avait  fondé  vingt  canonicats  et  que  deux 
ans  après  Notger  en  ajouta  dix  (1).  Il  est  manifeste  que,  fidèle 
à  son  habitude,  le  chroniqueur  du  XIV*"  siècle  veut  se  donner 
l'air  d'en  savoir  plus  que  les  sources  et  invente  purement  et 
simplement. 

Comme  à  Sainte-Croix,  le  fondateur  de  l'église  Saint-Denis 
trouva  l'hospitalité  du  tombeau  dans  le  sanctuaire  qu'il  avait 
bâti.  On  voyait  encore,  du  temps  de  Gilles  d'Orval,  la  sépul- 
ture de  Nithard  au  milieu  du  chœur,  tandis  que  ses  deux 
frères,  Jean  et  Godescalc,  reposaient,  le  premier  devant  le 
crucifix,  l'autre  derrière  l'autel  de  Sainte-Gertrude  (2),  érigé 
autrefois  sous  la  tour  (3).  Aujourd'hui,  des  pierres  commé- 
moratives  placées,  l'une  dans  la  muraille  du  jubé,  l'autre  dans 
la  chapelle  Saint -Pierre,  rappellent  le  souvenir  de  Nithard 
et  de  Godescalc  (4). 

Voilà  comment  la  Cité  se  trouvait  dotée  au  point  de  vue 
religieux.  Avec  la  cathédrale,  dont  il  sera  question  plus  loin, 
et  l'église  Saint-Pierre,  fondation  de  saint  Hubert,  à  laquelle 
il  ne  paraît  pas  que  Notger  ait  touché,  on  y  comptait  cinq 
grands  sanctuaires,  les  deux  anciens  au  centre  et  les  trois 
nouveaux  aux  extrémités.  Il  s'agissait  maintenant  de  pour- 
voir aussi  aux  intérêts  de  lllc.  Là  s'élevaient  les  assises  de 
Saint-Paul,  sanctuaire  commencé  par  Éracle  et  qu'il  n'avait 
pas  eu  le  temps  d'achever.  Au  moment  de  sa  mort,  comme 
nous  l'apprend  indirectement  le  Vita  Notgeri,  la  construc- 
tion n'arrivait  encore  qu'à  la  hauteur  des  fenêtres  (o).  Nous 

(1)  Voir  Jean  d'Outremeiise,  t.  IV,  p.  loG  et  cf.  Fisen,  I,  loi;  Foiillon,  I,  200. 

(2)  Gilles  d'Orval,  II,  S3,  p.  o9. 

(3)  Gobert  t.  I,  p.  392. 

(4)  «  Une  pierre  en  marbre  blanc,  qui  ne  peut  être  que  du  siècle  dernier  et  qui 
est  au  côté  de  l'ancien  vestiaire  devenu  la  chapelle  Saint-Pierre,  rappelle  la  sépulture 
de  Godescalc  :  Trium  fratrum  (pu  haiic  ecclesiam  dccimis  et  aijricuUuris  beuefecerunt 
d.  Godescalcu.t  hic  sepultiis  est.  Il,  I.  P.   ».  Gobert,  1.  c. 

(5)  Vita  Notrjeri,  c.  3. 


lo2  CHAPITRE   X. 

voyons  cependant  que  cette  collégiale  avait  déjà  été  dotée 
par  l'évèque  défunt,  car  en  1111,  Tévêque  Otbert  atteste 
qu'elle  tenait  de  sa  libéralité  le  village  de  Lixhe  (1).  Notger 
eut  donc  à  achever  Tédifice;  de  plus,  il  joorta  à  trente  le 
nombre  des  chanoines,  qui  était  primitivement  de  vingt  (2),  et, 
probablement  aussi,  il  augmenta  le  patrimoine  de  l'église. 
Voilà  tout  ce  que  nous  apprennent  les  sources  dignes  de  foi; 
quant  aux  autres,  elles  ont  tissé  autour  des  origines  de 
Saint-Paul  tout  un  réseau  de  légendes  gracieuses  autant  que 
fragiles  (3). 

Pour  compléter  la  liste  imposante  des  églises  collégiales 
que  le  règne  de  Notger  vit  achever  ou  édifier,  il  nous  reste 
à  parler  du  sanctuaire  qui  fut  son  œuvre  favorite,  c'est-à-dire 
de  l'église  Saint- Jean  l'Evangéliste  en-Ile.  Notger  la  bâtit  sur 
un  monticule  au  bord  de  la  Meuse,  en  face  des  tours  de  la 
cathédrale  dédiée  à  Notre-Dame  et  à  saint  Lambert,  afin, 
nous  dit  son  biographe,  que  le  disciple  dont  le  Christ,  du  haut 
de  la  croix,  avait  fait  le  fils  de  la  Vierge,  eût  toujours  la  vue 
de  sa  mère,  et  que  le  gardien  de  la  Vierge  fût  par  elle 
gardé  (4).  Notger  destinait  ce  sanctuaire  à  lui  servir  de  lieu 
de  retraite  de  son  vivant,  et  de  sépulture  après  sa  mort.  Il 
l'édifia  sur  le  type  de  la  basilique  Notre-Dame  d'Aix-la-Cha- 
pelle (5)  :  un  octogone  surmonté  d'un  dôme  (6).  Aujourd'hui 
encore,  malgré  la  modernité  de  l'édifice  qui  a  remplacé  celui 
de  Notger,  l'œil  de  l'observateur  est  frappé  à  première  vue 
de  la  parenté  de  ces  deux  sanctuaires. 

(1)  Cartulaire  de  Saint-Paul,  ji.  2. 

(2)  nta  sSoUjeri,  c.  3. 

(3)  Gilles  d'Orval,  II,  48,  p.  56;  Joan  trOulremeuse,  IV,  127  siiivanlcs;  cf.  (Tlii- 
niisler)  Essai  historique  sur  l'éfjlise  de  S.  Paul,  Liège,  1867. 

(4)  Nam  hanc  ecclesiam  propter  dilectionem  apostoli  a  Christo  aiiipliiis  dilecli  et 
a  cliristianis  ainplius  diligeiuli  in  editiori  loco  insuie  ex  direcio  ante  faciom  consti- 
tuit  ecclesie  Sancii  Laniberli,  que  pi-incipaliter  consecrala  est  ad  titulum  semper 
Virginis  Marie,  ut  filius  deputatus  Virgini  a  Christo  summo  testamcnlo  in  cruce 
inatris  sue  semper  prospectuin  liabeat  dlvina  conslilulione,  et  custos  Virginis  custo- 
diatuf  a  Virgine.  Vita  Notç/cri,  c.  k 

(5)  L'observation  est  laite  pour  la  iiremière  i'oisiiar  Jean  d"Outrcineuse,IV,  p.  130, 
puis  par  Ortelius,  IHmrorium,  p.  17,  par  Fisen,  1,  p.  l.')l,  par  Foullon,  I.  p.  199. 

(0)  En  voir  la  description  dans  le  Voijaric  de  l'Ir/lippc  de  Htmjcs  à  Liètje  et  à 
Maestricitt,  publié  jtar  Miclielanl,  Liège,  1872,  p.  10,')  et  suivantes. 


NOÏGER   SECOND    FON'DATîîUR    DE    LIKOE.  .'153 

Il  ne  reste  plus  rien  de  la  construction  notgcrienne.  La 
vieille  et  vénérable  tour  carrée  qui  surgit,  toute  bardée  de 
fer,  avec  son  appareil  irrégulier,  au  milieu  du  cloître  silen- 
cieux de  Saint-Jean,  est  elle-même  de  date  postérieure  ; 
selon  toute  apparence,  elle  ne  fut  bâtie  que  dans  la  seconde 
moitié  du  XP  siècle  (1). 

Notger  fit  lui-même  les  frais  de  cette  construction  (2).  Il 
y  fonda  un  collège  de  trente  chanoines,  qu'il  dota  avec  la 
plus  grande  libéralité  «  Les  revenus  actuels  des  prébendes, 
écrit  un  historien  du  XVIIIe  siècle,  sont  une  preuve  certaine 
qu'il  n'épargna  rien  pour  faire  de  cette  fondation  un  monu- 
ment éternel  de  sa  générosité  (3)  ».  Il  emùchit  l'église  de 
reliques  insignes,  notamment  de  celles  de  saint  Vincent 
lévite,  et  des  saints  Fabien  et  Sébastien  (4),  sans  doute 
apportées  de  Rome  au  retour  d'un  voyages  dans  la  Ville 
éternelle.  Il  lui  donna  de  riches  ornements  :  des  parements 
d'autel,  des  tapis,  des  draperies,  des  vases  sacrés,  des  candé- 
labres et  d'autres  ustensiles  nécessaires  au  culte  (5).  Il  lui 
constitua  un  douaire  important  dont  malheureusement  la 
rareté  de  nos  sources  ne  permet  pas  de  reconstituer  l'en- 
semble. Sa  générosité  envers  son  sanctuaire  ne  s'arrêta  pas 


(1)  Pour  de  plus  amples  détails  sur  l'église  Saint-Jean,  voir  dans  l'appendice  la 
dissei'tation  intitulée  :  Possédons-nous  les  restes  de  Notger  Y 

(2)  Suc  nomine.  Anselme,  c.  27,  p.  204.  Ex  suis  sumplibus  Vita  Notgert,  c.  4. 
Ces  ipielques  mois  dérobent  d'avance  le  terrain  aux  légendes  de  Jean  d'Oui remcuse, 
lY,  149,  qui  prétend  que  Saint-Jean  fut  bâti  avec  les  ressources  de  Cliévremont. 

Et  cependant,  telle  est  la  prévention  en  faveur  des  récits  de  Jean  d'Outremeuse, 
que  Fisen,  en  dépit  de  ces  témoignages  autorisés,  reste  fidèle  à  la  légende.  Et 
sait-on  sa  raison  ?  «  Fidem  facit,  écrit-il,  quod  Eburam,  veterem  Eburonum  sedem, 
in  arcis  conspectu  sitam,  hodie  retinet  eadem  Sancti  Joannis  ecclesia  ».  En  d'autres 
termes,  parcequc  le  village  d'Enibourg,  qui  est  situé  vis-à-vis  de  Chèvremont,  appar- 
tenait à  Téglise  Saint-Jean,  la  preuve  serait  faite  de  l'assertion  de  Jean  d'Outre- 
Meuse.  Et  FouUon,  t.  I,  p.  -199,  enregistre  purement  et  simplement  l'opinion  de 
Fisen  sans  oser  y  contredire,  après  s'être  coutenté  de  faire  remanpier  qu'elle 
est  en  rontradiction  avec  le  témoignage  d'Anselme  et  de  Gilles  d'Orval,  c'est-à- 
dire,  ici,  du   Vita  yotgeri. 

(3)  Devaulx,  t.  II,  p.  38. 

(4)  Vita  Ndtgeri,  c.  4.  Cf,  ci-dessus,  pp.  iOi-iOo. 
(o)   Vita  Notf/eri,  1,  c, 


lo4  CHAPITRE    X. 

après  l'acte  de  fondation.  Nous  retrouvons  dans  les  biens  de 
Saint-Jean  en  Ile  les  terres  de  Heers  et  de  Fumai,  dont  il  ne 
fit  l'acquisition  qu'en  1002,  nous  y  retrouvons  aussi  le  plus 
précieux  livre  possédé  par  la  bibliothèque  de  Liège,  c'est-à- 
dire  l'évangéliaire  dont  il  se  servait  et  qu'il  aura  légué,  par 
testament,  à  son  église  de  prédilection  (1). 

Ce  n'est  pas  tout.  Il  sut  encore  associer  l'empereur  lui- 
môme  aux  libéralités  dont  ils  se  plaisait  à  combler  le 
sanctuaire  du  disciple  bien-aimé.  Le  9  avril  997,  étant  à 
Aix-la-Chapelle,  Otton  III  lui  fit  don,  «  pour  les  frères  du 
monastère  nouvellement  construit  dans  l'Ile  devant  la  Cité  », 
des  biens  de  Maren,  de  Kessel  et  de  Hedikhuyzen.  Plus  tard, 
à  la  demande  du  pape  Sylvestre  II,  il  y  ajouta  la  terre 
d'Heerwaarden  avec  ses  dépendances  (2). 

Mais  cette  couronne  de  collégiales  ne  suffisait  pas  à  Notger, 
et  il  voulut  que  la  ville  qu'il  venait  de  créer  eût  une  cathédrale 
digne  d'elle.  Tel  n'était  pas  le  modeste  sanctuaire  élevé  par 
saint  Hubert.  Il  ne  correspondait  ni  par  ses  proportions, 
ni  par  sa  beauté,  à  ce  qu'était  devenue  la  capitale  de  la  prin- 
cipauté de   Liège.   Il  convenait  que  le  temple  auguste  où 

(i)  Montfaucon,  Bibliotlwca  bibliothecarum,  t.  I,  p.  605. 

(2)  Sickel,  DO.  III,  p.  Go8.  Sickel  considérait  ce  diplôme  comme  apocryphe,  mais 
des  pénétrantes  reclicrclies  que  lui  a  depuis  lors  consacrées  Bloch  (ycucs  Archir, 
t.  XXIII,  p.  445  et  suiv.),  il  résulte  qu'il  est  bien  l'œuvre  authentique  d'un  notaire 
BA  dont  il  a  retrouvé  les  actes  assez  clairsemés  dans  la  chancellerie  de  Henri  II, 
et  qui  paraît  avoir  fait  ses  premières  armes  à  Liège.  Il  est  même  tenté  de  recon- 
naître en  lui  Adalbold  d'Utrecht.  La  mention  du  pape  Sylvestre  II  dans  le  diplôme 
s'expliquerait,  selon  l'ingénieuse  conjecture  de  Bloch,  par  ce  fait  qu'il  y  avait  eu  en 
997  un  premier  acled'Otton  III,  donnant  à  Saint-Jean  les  biens  des  localités  de  Maren, 
Kessel  et  Hedikhuyzen,  qui  sont  des  dépendances  de  Ileerwaarden,  tandis  que  plus 
tard,  à  une  époque  oii  Gerbert  était  déjà  pape,  et  à  la  demande  de  celui-ci,  Otion  y 
ajouta  Heerwaarden  même.  L'acte  relatif  à  celte  dernière  donation  aurait  repris  le 
fexte  de  celui  de  997,  se  bornant  à  y  ajouter  la  mention  de  l'intervention  du 
pape  et  l'addition  d'IIecrwaerden  sans,  au  surplus,  rien  changer  au  reste  du  texte. 
Ce  qui  tend  à  confirmer  cette  hypothèse,  c'est  que  la  vraie  leçon  du  diplôme  est  non 
pas  nec  (Ttiton,  comme  dans  Sickel,  DO.  III,  p.  658,  ligne  18,  mais  tuinc  autem,  ce 
([ui  est  la  seule  exitlication  de  priitinm  (juidcm  qui  précède  (1.  17).  La  leçon  maïc 
autciii  est  aussi  celle  du  Caiiulairc  de  Saint-Lambert  (I  p.  2'i')  dont  l'édition  par 
Bormans  et  Schoolmcesters  date  de  la  même  année  que  celle  des  diplômes 
d'Otton  III  par  Sickel. 


NOÏGEll   SECOND    FONDATEUR   DE   LIEGE.  ISo 

battait  le  cœur  de  la  cite,  et  qui  conservait  le  palladium  de 
la  nation,  c'est-à-dire  la  châsse  de  saint  Lambert,  ne  fût 
pas  éclipsé  par  les  églises  qui  se  rangeaient  autour  de  lui 
comme  des  vassales.  Selon  l'auteur  du  Vita  Notgeri,  il  fau- 
drait admettre  un  autre  motif  :  la  basilique  du  YIIP  siècle, 
dit-il,  n'était  plus  capable  de  résister  au  poids  des  années  (1). 
Il  est  permis  de  douter  de  cette  aiïïrmation,  qui  semble  bien 
n'être  qu'une  formule,  ou  tout  au  moins  une  conjecture. 
Après  le  passage  des  Normands,  nous  retrouvons  Saint- 
Lambei't  debout  (2),  non  qu'en  effet  ce  sanctuaire  ait  échappé 
aux  coups  des  barbares,  mais  parce  qu'il  a  été  restauré  de 
bonne  heure.  Le  fait  que  les  évoques  Francon  et  Etienne  y 
avaient  trouvé  leur  tombeau  montre  bien  que  dès  les  premières 
années  du  X*  siècle,  tout  au  moins,  la  cathédrale  de  Liège 
avait  réparé  les  dégâts  dont  elle  pouvait  avoir  pàti  pendant 
la  génération  précédente.  (3).  Il  est  donc  plus  conforme  à 
la  vraisemblance  d'admettre  que  Notger  n'a  pas  eu  besoin 
de  démolir  la  cathédrale  de  saint  Hubert  par  besoin  de  sécu- 
rité. En  la  reconstruisant  sur  un  plan  plus  vaste,  il  se  sera 
inspiré  «  Jde  la  magnificence  de  son  grand  cœur  »,  comme 
s'exprime  son  biographe  (4).  Il  bâtit  en  même  temps  l'église 
paroissiale  de  Notre-Dame,  adjacente  à  la  cathédrale,  les 
cloîtres  du  chapitre,  qui  touchaient  au  sanctuaire  du  côté  de 

(1)  Ecclesia  enim  quam  bcatus  Hvibertus  edificaverat,  infirmitatc  minons  operis 
et  veluslate  incnmbentis  temporis  ad  lapsum  declinaverat.  riV«  NuUjcri,  c.  2.  Devaulx, 
t.  II,  p.  16,  cherchant  à  s'expliquer  cette  injirmitas,  et  se  rappelant  que  la  cathédrale 
avait  été  dévasiée  par  les  3S'(jrm:mds,  imagine  que  sur  les  débris  fumants  on  avait 
élevé  a  quelques  cloisons  d'attente  »  laissant  à  des  temps  plus  paisibles  le  soin 
d'élever  à  Dieu  une  maison  digne  de  lui.  Ce  n'est  là  qu'une  conjecture  destinée  à 
fortifier  la  conjecture  du  Vita  Notgeri. 

(2)  Ce  n'est  ni  par  Anselme  ni  par  Gilles  d'Orval  que  nous  connaissons  les  ravages 
des  Normands  à  Saint-Lambert,  ces  deux  auteurs  les  (tassent  complètement  sous 
silence;  le  dernier  parle,  il  est  vrai,  de  la  dévastation  de  Saint-Pierre  et  ajoute  que 
les  Normands  ont  été  miraculeusement  empêchés  de  profaner  la  châsse  de  saint 
Lambert  (II,  37,  p.  40).  Mais  ces  réticences  du  patriotisme  humilié  sont  inva- 
lidées par  le  témoignage  formel  d"un  Liégeois  contemporain  fHl.lL,  t.  XIII,  1877, 
p.  olo)  auquel  il  faut  joindre  celui  des  Annales  de  Hincmar,  p.  31  i,  disant,  à  l'an- 
née 882,  que  Saint-Lambert  fut  dévasté  par  les  Normands.  Cf.  Reginon,  ml  anti.  881. 

(3)  Anselme,  c.  19,  p.  200;  Cilles  d'Orval,  II,  37. 

(4)  Juxta  magnificentiam  dilatati  cordis  sui.  Vita  Notfjeri,  c.  2. 


156  CHAPITRE    X. 

l'est  et  du  nord,  et,  enfin,  le  palais  épiscopal  :  cotait  un  vaste 
ensemble  de  constructions  opulentes,  constituant  comme  une 
cité  ecclésiastique  renfermée  dans  l'autre  cité  (1).  Le  bio- 
graphe nous  parle  avec  enthousiasme  de  cette  œuvre  ample 
et  superbe,  qui  était  l'ornement  de  la  ville  et  comme  le  sym- 
bole de  la  patrie  naissante. 

S'il  était  vrai,  comme  le  croient  les  historiens  modernes 
sur  la  foi  de  textes  qui  semblent  l'insinuer,  que  la  cathédrale 
soit  la  première  en  date  d.e  toutes  les  constructions  de 
Notger  (2),  alors  il  y  aurait  travaillé  pendant  toute  la  durée 
de  son  règne.  La  chose  n'aurait  rien  d'impossible  en  soi  :  il 
fallut  sept  ans  à  Gérard  de  Cambrai  pour  bâtir  sa  cathé- 
drale (3),  et  Willigis  de  Moyence  en  mit  trente  à  achever  son 
église  métropolitaine  (4).  Mais  si  la  construction  de  Saint- 
Lambert  avait  requis  un  temps  aussi  considérable,  on  nous 
l'aurait  probablement  dit,  et  il  est  hautement  probable  que  l'en- 
ceinte, avec  ses  trois  collégiales,  et  l'Ile,  qui  en  avait  deux, 
dont  une  inachevée,  ont  sollicité  plus  tôt  l'attention  du  prélat. 
Au  surplus,  nos  sources  n'exagèrent  pas  quand  elles  nous 


Lire  dans  Folcuin,  c.  18,  p.GS,  les  motifs  de  la  reconstitution  de  l'église  abbatiale. 

Ecclesiam  prioreni sub  Pipino  principe  a  sancto  Ursmaro  factam  jam  supra 

diximus Quae,  crescenle  copia  rerum  per  munificentiam  regum  seu  ceterorum 

lideliuHi,  quia  loci  nobililâd  parva  et  minus  apla  videbatur,  destructa  el  hindifus 
eversa  est  et  ista  quae  nunc  est  elegantioris  forniae  et  speciei  aedificata.  Combien  un 
pareil  motif  était  i>lus  vrai  encore  à  Liège  du  temps  de  Notger  ! 

(1)  Anselme,  c.  2.3,  p.  203,  avec  sa  concision  ordinaire,  nous  parle  de  ces  travaux 
de  Notger  :  Domum  Sanctae  Mariae  et  Sancti  Lamberti,  sicut  in  presentiaruin  est 
cum  ornamentis,  daustro  et  cdificiis  episcopii  renovavit.  E(  le  Vitii  \vt(irri,  c.  2, 

semble  s'inspirer  de  ces  paroles  en  les  développant  :  Templum secundum 

ampliludinem  et  sublimitalem  operis  qua  cernilur  —  —  —  exaltavit,  ornamentis 
ditioribus  decoravit,  clauslra  ac  domorum  vel  officinarum  edificia  renovavit  et 
ecclesiam  béate  Maiie  tem|»lo  adjacentem  et  palatium  donnis  episcopalis  —  consur- 
gere  fecit. 

(2)  C'csl  l'opinion  de  Fisen,  I,  p.  -147,  de  Foullon,  t.  I,  p.  l'JG,  de  Dcvaulx,  t.  11, 
p.  10.  Ils  invù(iiK'!i(  l'ordre  dans  lequel  le  Vita  Notgeri,  c.  2,  relate  les  constructions 
de  Notger;  toutefois,  rien  ne  prouve  que  cet  ordre  soit  chronologique,  et  il  semble 
bien  plutôt  dicté  à  l'auteur  par  le  degré  d'importance  des  Ifavaux  (pi'il  ('numère. 

(3)  De  1023  à  1030.  Voir  Gcxfa  cpp.  Caiii.,  III,  49,  |).  483. 

(4)  lîiilinicr,  p.  l.'iO.  tille  brûla  Ir  jour  iin'iue  de  la  di''dicace,  et  Willigis  en  com- 
mença la  reconstruction  dés  le  lendemain, 


NOTCxER    SECOND    FONDATEUR    DE    LIKGE.  157 

parlent  de  rimmensité  de  Tentreprise,  du  grand  nombre  des 
ouvriers  qu'on  y  employa  et  de  lénoruiiLc  de  la  dépense  (1). 

Eu  ellet,  c'est  sur  les  roudemcnts  du  monument  notgôrien 
que  surgit,  après  l'incendie  de  II80,  la  troisième  et  dernière 
des  cathédrales  consacrées  à  saint  Lambert;  elle  avait  par 
conséquent,  au  ras  du  sol,  les  proportions  du  gigantesque  sanc- 
tuaire du  X^  siècle  (2).  Celui-ci  mesurait  donc,  comme  celui 
du  XIF,  90  mètres  en  longueur  et  31  mètres  en  largeur,  pro- 
portions que  la  cathédrale  actuelle  de  Liège  est  loin  d'attein- 
dre, car  elle  n'a  que  70  mètres  de  longueur  sur  3ii  de 
largeur. 

Cela  étant,  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'étonner  que  Notger  ait  eu 
à  peine  le  temps  de  mettre  la  main  à  ce  majestueux  édifice, 
et  qu'il  n'ait  pas  eu  la  satisfaction  de  le  consacrer.  Cette  joie 
était  réservée  à  son  successeur  Baldéric  II,  qui  procéda  à  la 
dédicace  le  28  octobre  1015  (3). 

La  cathédrale  notgérienne  était  un  édifice  roman  orienté 
et  muni,  comme  un  grand  nombre  d'églises  allemandes  et 
surtout  rhénanes,  de  deux  absides  hémisphériques,  sous 
chacune  desquelles  s'ouvrait  une  crypte.  Dans  l'abside  occi- 
dentale ou  supérieure  se  trouvait  l'autel  des  saints  Cosme 
et  Damien  et  celui  de  la  Trinité;  la  crypte  de  cette  abside 
renfermait  les  restes  de  saint  Lambert,  L'abside  orientale  ou 
inférieure  était  dédiée  à  la  sainte  Vierge,  qui  partageait  avec 
saint  Lambert  le  patronage  du  sanctuaire  :  beaucoup  d'é- 
vèques  du  diocèse  reposaient  dans  sa  crypte. 

Deux  portes  latérales,  l'une  au  nord-ouest  et  l'autre  au 
sud-ouest,  mettaient  en  communication  l'édifice  sacré  avec 
les  divers  quartiers  de  la  ville.  Celle  du  nord-ouest  s'ouvrait 
sur  une  place  qui  fut,  jusqu'à  la  fin  du  XP  siècle,  le  marché 
de  la  ville  de  Liège,  et  qui  a  été  connue  depuis  cette  date 
sous  le  nom  du  Vieux  Mai^ché.  Au  sujet  de  cette  porte,  le 
biographe  de  Notger  nous  a  conservé  un  détail  plein  d'in- 
térêt,  qui  atteste,   de  la   part  de  ce  grand  prélat,   un   sens 

(1)  Multiplicatis  operariis  et  magnificafis  impensis.  Vita  NuUjcri,  c.  2. 

(2)  Jean  d'Outremeuse,  t.  IV,  pp.  483489. 

(3)  Yita  liahkrici,  c.  G,  p.  720.  Cf.  Anselme,  c.  31,  p.  207,  el  Gilles  ilOrvai,  II, 
39,  p.  63. 


158  CiHAPltRE    ^. 

respectueux  du  passé  et  comme  une  préoccupation  d'archéo- 
logue :  Notger  y  avait  fait  aligner  des  deux  côtés  les  colonnes 
de  l'ancienne  cathédrale,  avec  leurs  piédestaux  et  leurs  chapi- 
teaux, et  l'œil  du  visiteur  pouvait  ainsi  comparer  les  propor- 
tions de  l'ancien  édifice  avec  celles  du  nouveau  (i). 

Notger  replaça  dans  la  nouvelle  église  les  sarcophages  ou 
les  châsses  de  ses  prédécesseurs  qu'il  avait  trouvés  dans  l'an- 
cienne. Nous  savons  par  nos  sources  que  saint  Florbcrt,  le 
plus  ancien  habitant  de  la  cathédrale  souterraine,  fut  déposé 
sous  l'autel  de  la  crypte  orientale  dans  son  sarcophage  de 
marbre  blanc  (2).  D'autres  évêques,  parmi  lesquels  Francon 
et  Etienne,  qui  reposaient  également  dans  la  cathédrale  pri- 
mitive, reprirent  probablement  leur  place  dans  la  nouvelle. 
L'évoque  tenait  à  ce  que  le  sanctuaire  ne  perdît  rien  de  son 
prestige  ancien,  tout  en  conquérant  un  éclat  nouveau.  Il  l'en- 
richit de  nombreux  ornements  et  il  y  fit  régner  toute  la 
majesté  des  cérémonies  liturgiques.  Dans  ce  but,  il  porta  à 
soixante  le  nombre  des  chanoines  (3)  voués  à  l'office  divin 
dans  ce  grandiose  monument  à  la  fois  religieux  et  national, 
diadème  splendide  que  le  prélat  civilisateur  avait  placé  au 
front  de  sa  capitale  (4). 

(-1)  Columpne  veteris  templi  cuiti  basibus  et  capilellis  suis  anie  facicm  Icmpli 
modernioi'is  in  porticu  que  ducit  in  forum  reruni  venaiium  disposite  indicium  pre- 
teriti  ex  statu  presentis  edificii  comparalioncm  prioiis  et  poslerioris  templi  queren- 
tibus  ofierrc  possunt.  Vita  ?iûtijen,  c.  2.  11  est  à  remarquci"  que  la  destruction  des 
vieux  monuments  auxquels  se  rattachaient  les  souvenirs  nationaux  n'était  pas  tou- 
jours bien  vue  des  populations  au  haut  moyen-câge.  A  Metz,  quand  l'évêque  Thierry  I 
abattit  l'église  Saint-Etienne  pour  rebâtir  plus  beau  ce  sanctuaire  qui,  selon  la 
légende,  avait  bravé  miraculeusement  Attila,  il  y  eut  des  méconlenls.  Voir  à  ce  sujet 
des  paroles  remarquables  de  Sigebert  de  Gembloux,  Vita  Deodcrici,  c.  S,  pp.  466-467. 

(2)  Processu  autem  temporis,  elapsis  plusquam  2o0  annis  a  transitu  ejus,  ut  cre- 
ditur,  a  venerabili  Nogero  episcopo  translatum  est  sacrum  corpus  ejus  a  loco  sue 
prime  translalionis  et  cum  sarcophago  de  marmore  Pario,  qui  est  lapis  albus,  in 
allari  cripte  inferioris  nove  ecclesie  beati  Lamberti  decenler,  ut  dccuit,  est  relo- 
catum.  Gilles  d'Orval,  II,  30,  p.  40. 

(3)  Vita  yotijeri,  c.  2.  Selon  Jean  d"Outremeuse,  IV,  p.  440,  saint  Hubert  avait 
créé  20  chanoines,  saint  Florbert  en  ajouta  10,  Piichaire  -10  autres  et  Notger  20. 
D'autres,  dit-il,  veulent  qu'il  y  en  ait  eu  30  avant  Notger,  qui  en  aurait  ajouté 
trente,  mais,  coulinue-t-il  naïvement,  ilh  est  ensi  que  j"ay  dis.    » 

(4)  Hic  in  capile  hujus  civitatis,  sicut  hactcnus  cernitur,  diadema  splendide  fabri- 
cavit,  ecclesiam  scilicet  Sancli  Lamberti  a  fundamento  renovans  cum  domo  episco- 
pali.  Rupert,  Chrun.  S.  Laurcntii,  c.  7,  p.  204, 


NOTGER   SECOXD    FONDATEUR    DE    LIEGE.  iTiO 

Les  cloîtres  de  la  cathédrale,  où  les  chanoines  de  Saint- 
Laniberl,  conforniénient  à  la  règle  édictée  en  817  par  le  con- 
cile d'Aix-la-Chapelle,  menaient  la  vie  commune,  s'élevèrent 
à  l'ouest  et  au  nord  du  temple  :  disposition  peu  ordinaire  et 
qu'explique  peut-être  la  dilliculté  qu'on  éprouvait  dès  lors  à 
se  procurer  un  autre  emplacement  au  sein  de  la  ville  déjà 
llorissante.  Ces  cloîtres  étaient  entourés  d'un  haut  mur  qui 
leur  donnait  l'aspect  austère  d'une  forteresse  ou  dune  prison  ; 
les  portes  en  étaient  fermées  après  compiles  et  la  clef  remise 
à  l'évèque  (1). 

La  charité  eut  son  palais  dans  la  même  enceinte.  Le  con- 
cile d'Aix-la-Chapelle,  en  817,  avait  exigé  que  chaque  évoque 
eût  près  du  cloître  de  sa  cathédrale  un  hospice  pour  les 
pauvres  et  pour  les  étrangers.  Cette  maison  devait  être  dotée 
des  ressources  nécessaires  ;  chaque  clerc  était  tenu  de  lui 
abandonner  le  dixième  de  son  revenu  ;  un  chanoine  respec- 
table en  avait  la  direction;  pendant  le  carême,  les  clercs  y 
lavaient  les  pieds  des  pauvres  (2).  Ces  dispositions,  violées 
ou  négligées  vers  la  lin  de  la  dynastie  carolingienne,  reprirent 
toute  leur  vigueur  sous  les  princes  de  la  maison  de  Saxe,  et 
l'organisation  des  institutions  charitables  atteignit  en  quelque 
sorte  son  apogée  (3).  On  ne  peut  pas  douter,  écrit  un  histo- 
rien de  la  charité,  qu'à  cette  époque  chaque  ville  épiscopale 
ait  possédé  les  hospices  prescrits  par  la  législation  carolin- 
gienne (4).  La  vie  des  grands  évêques  qui  furent  les  contem- 
porains et  les  amis  de  Notger  est  remplie  de  traits  qui 
attestent  leur  sollicitude  pour  leuj-s  pauvres,  et  pour  les  mai- 
sons dans  lesquelles  ils  pourvoyaient  aux  besoins  des  indi- 
gents et  des  voyageurs. 

Notger  n'est  pas  resté  en  arrière  d'eux  sous  ce  rapport.  Il 
fut  doux  aux  pauvres  ;  il  aimait  à  leur  distribuer  ses  aumônes 
et  à  visiter  les  malades,  et  sa  large  hospitalité  est  glorifiée 

(-1)  Concile  d'Aix-la-Chapelle,  817,  ce.  117  et  143,dansMansi,t.  XIV,  pp.  230 et  242. 

(2)  Même  concile,  c.  -141.  Sur  les  canons  de  Liège,  qui  présentent  des  variantes 
en  regard  de  ceux  de  817,  voir  Mansi,  t.  XIV,  p.,  283  et  llefelé,  t.  IV,  p.  17. 

(3)  Hatzinger,  Geschichte der  Kirchlichen  Armenpfleye,  2e  édition  1884,  pp.  249, 26o. 

(4)  Id.  0.  c.  p.  238  :  Es  diirfte  kaum  zu  bezweifeln  sein  dass in  allen 

Bischofstadten  damais  Hospitaler  exislierfen,  wic  dies   die  Karolingische  Gesetz- 
gebung  verlangl. 


iGO  CHAPITRE    3t. 

en  ces  termes  par  un  poète  qui  écrivait  peu  de  temps  après 
sa  mort  :  «  Nulle  part  l'étranger  n'est  l'objet  de  soins  si  pré- 
venants. L'exilé  qui  venait  à  Liège  croyait  se  retrouver  chez 
lui  :  jamais  la  nourriture  n'y  lit  défaut  aux  pauvres,  ni  le 
vêtement  à  ceux  qui  étaient  nus.  »  (1). 

Il  n'est  nullement  nécessaire  de  supposer  que  c'est  Notger 
qui  a  créé  l'hospice  de  la  cathédrale  de  Liège,  et  c'est  même 
le  contraire  qui  est  vraisemblable.  Depuis  Etienne,  les 
évèques  s'étaient  employés  à  restaurer  dans  leur  ville  épis- 
copale  les  œuvres  de  religion  et  de  charité  :  ils  n'avaient  pu 
oublier  l'hospice.  Notger  aura  rebâti  celui-ci,  comme  il  a 
rebâti  la  cathédrale  elle-même,  pour  l'agrandir  et  la  déve- 
lopper. Nos  sources,  à  la  vérité,  ne  nous  le  disent  pas,  parce 
qu'elles  sont  d'un  laconisme  extrême,  mais  elle  l'insinuent  en 
nous  montrant  l'hospice  en  pleine  activité  quelques  années 
après  la  mort  de  Notger.  Placé  sous  la  direction  d'un  digni- 
taire du  chapitre  de  Saint- Lambert  (2),  il  touchait  la  none 
et  la  dîme  de  tous  les  biens  de  l'évêché  (3).  Baldéric  II,  pre- 
mier successeur  de  Notger,  lui  fit  de  grandes  libéralités  (4), 
et  l'illustre  Wazon,  à  qui  la  direction  en  fut  confiée  vers 
1032,  l'administra  si  bien  qu'il  le  fit  arriver  à  un  haut  degré 
de  prospérité  (o).  Plus  tard,  au  commencement  du  XII''  siècle, 
l'abbé  Hellin  l'agrandit  et  le  dota  richement  (G),  et  eniin,  dans 
les  premières  années  du  XIIL\  Gautier  de  Ghauvency,  doyen 
du  chapitre  de  Saint-Lambert,  le  rebâtit  de  fond  en  comble 
sur  un  emplacement  nouveau  (7). 

(-1)  Nus([uam  siccolifur  tofis  afiectibus  liospps. 
In  laribus  putal  esse  suis  qui  veneral  exul. 
Pauperibus  victus,  nudis  non  desit  amiLtus.  l'iia  yotiieri,  c.  8. 

(2)  Wazon  l'administra  du  temps  qu'il  était  prévôt  (Anselme,  c.  47,  p.  217.) 

(3)  Anselme,  1.  c. 

(4)  Le  même,  c.  31,  p.  200. 
(o)  Le  même,  c.  47,  p.  217. 

(C)  Chronique  rythmique  de  1118,  p.  119. 

(7)  .lean  d'Outremeuse,  IV,  319,  qui  n'a  connu  que  la  construction  de  Gautier  de 
Chauvency,  se  persuade  que  celui-ci  est  le  fondateur  de  l'hospice  ;  brouillant  outra- 
geusement toute  la  chronologie,  il  lui  donne  pour  successeur  Hellin  (f  1118).  Voir 
la  succession  chronologique  des  abbés  de  N.-D.,  |irévots  de  Saint-Lambert,  rétablie 
par  Bormans,  dans  son  édition  de  Jean  d'Outremeuse,  1.  c;  par  .1.  Demarteau, 
DSAIIL,  l.  Yll,  pp.  47-38,  et  par  Th.  Gobert,  Les  rues  de  Liège,  II,  p.  401. 


NOTGER    SECOND    FONDATEUR   DE    LIEGE. 


461 


L'hospice  notgérien,  placé  sous  l'invocation  de  saint 
Mathieu,  était  connu,  dès  1117,  sous  le  nom  d'hospice  à  la 
chaîne  (1).  Il  occupait,  depuis  Notger,  l'angle  nord-ouest 
des  cloîtres  de  Saint-Lambert,  à  l'entrée  du  Marché, qui  était 
contigu  alors  au  côté  septentrional  de  la  cathédrale,  et  il 
resta,  jusqu'à  la  fin  du  moyen-âge,  le  principal  sanctuaire 
de  la  charité  liégeoise. 

A  cùté  de  la  cathédrale  et  des  cloîtres  fut  édifié  en  môme 
temps  le  palais  épiscopal  (2).   Dans  toutes  les  villes  diocé- 

(1)  In  liospitali  quod  nunc  ad  cathenam  vocatur.  Vita  s.  Friderici,  c.  42,  p.  307. 
Ce  passage  indique  que  le  nom  de  ad  cathenam  était  relativement  récent.  Quelle  en 
est  l'origine?  Je  crois  la  trouver  dans  un  passage  de  Hocsem,  II,  22  (Cliapeaville, 
t.  II,  p.  431),  que  voici  :  «  Hoc  anno  (133G),  diebus  post  conversionem  sancti  Pauli 
continue  sequentibus,  inundatio  tanla  fuit  aquarum,  quod  Mosa  operuit  areani 
magne  domus  claustralis  que  [facil]  angulum  ex  opposito  domus  supra  porlam,  ubi 
catliene  pendere  consueverant,  et  extendit  se  usque  ad  portam  magne  domus  oppo- 
site his  ambabus  ».  Ces  chaînes  pendaient  donc  juste  au-dessus  de  la  porte  du  cloître 
qui  s'ouvrait  près  de  l'hospice,  et  ainsi  s'explique  le  nom  d'hospice  à  la  chaîne  porté 
par  celui-ci.  Chose  curieuse,  il  garda  ce  nom  même  après  qu'en  4204,  Gautier  de 
Chauvency  l'eut  transféré  place  du  Théâtre,  «  en  Gérardrie  »,  comme  disent  nos 
textes.  Il  resterait  a  savoir  quelle  était  la  destination  des  chaînes  dont  il  s'agit. 
On  aurait  pu  penser  à  la  chaîne  ([ui,  à  Paderborn,  servait  à  séparer  l'imniunité  de 
la  cathédrale  du  reste  de  la  ville  (1238,  catitcna  que  ex  antiquo  tennhuuii  cmn- 
nitatis  et  civitatis  divisit.  Westfâlisches  Vrkundenhuch,  IV,  n»  268,  cité  par  Hii- 
binger.  Die  Verfassimg  der  Studt  Paderborn  im  Mitlelalter,  p.  22).  Celte  chaîne  fut, 
au  XIII«  siècle,  le  sujet  de  perpétuelles  querelles  entre  les  bourgeois,  qui  ne  ces- 
saient de  l'enlever,  et  le  chapitre,  qui  la  faisait  chaque  fois  replacer.  Mais  l'histoire 
de  Liège  ne  nous  révèle  aucune  particularité  de  ce  genre.  Par  contre,  je  vois,  sur 
le  plan  historique  de  la  cathédrale  Saint-Lambert  publié  par  Van  den  Steen  de  Jehay, 
en  tête  de  son  livre  intitulé  :  La  Cathédrale  de  Saint-Lambert  à  Liège,  2"^  édition, 
grand  in-folio,  Liège  1880,  des  chaînes  tendues  devant  les  portes  latérales  de  la 
cathédrale  et  aussi  devant  celles  qui  menaient  aux  cloîtres  du  côté  occidental,  et 
la  légende  explicative,  p.  7,  dit  :  «  Chaînes  interceptant  la  circulation  le  jour  de 
l'élection  du  prince-éréque.  »  Ces  chaînes  servaient  sans  doute  encore  en  dauti'es 
circonstances;  elles  devaient  être  d'un  usage  assez  fréquent,  puisqu'on  les  laissait 
suspendues  à  l'endroit  même  où  on  les  tendait,  et  peut-être  qu'au  moyen-âge  elles 
étaient  tendues  tous  les  soirs  devant  les  portes  de  la  cathédrale,  pour  mieux  pro- 
téger celle-ci  contre  les  voleurs. 

Les  considérations  qui  précèdent  me  forcent  à  écarter  l'ingénieuse  conjecture  de 
M.  .T.  Cuvelier,  dans  son  article  Aie  Chaijne  (BCR.,  t.  LXXI,  1902,  pp.  175  et 
suivantes),  qui  croyait  que  ad  cathenam  était  une  retraduction,  de  date  postérieure, 
d'un  aie  citayne  ou  al  chaisne  signifiant  ad  qiiercum. 

(2)  Vita  Notger i,  c.  2. 

I.  11 


162  CHAPITRE   X. 

saines,  la  résidence  de  Tévêque  s'est  trouvée  près  de  sa 
cathédrale,  et  le  nom  de  domiis  ecclesiae,  quelle  a  porté  à 
l'origine,  indique  assez  bien  cette  relation  de  dépendance. 
Nous  avons  le  droit  de  croire  que  Liège  ne  fit  pas  exception 
à  la  règle,  et  que,  depuis  saint  Hubert,  nos  évèques  ont 
demeuré  dans  le  voisinage  de  Saint-Lambert.  C'est  là  que 
Sedulius  aura  vu  le  palais  de  Hartgar  qu'il  décrit  dans  ses 
vers  (1).  Mais,  lors  de  la  destruction  de  Liège  par  les  Nor- 
mands, le  palais  épiscopal  subit  probablement  le  sort  de  la 
cathédrale,  et  les  évèques,  à  ce  qu'il  parait,  se  réfugièrent 
dans  une  maison  située  sur  la  colline  de  Publémont.  Du 
moins,  c'est  là  que,  au  témoignage  d'un  contemporain,  l'é- 
vêque  Eracle  avait  sa  résidence  (T).  Près  d'un  siècle  s'était 
écoulé  depuis  le  désastre,  lorsque  Notger  imagina  de  rendre 
à  lui-même  et  à  ses  successeurs  une  demeure  digne  d'eux, 
en  rebâtissant  sur  un  plan  agrandi  le  palais  qui  avait  abrité 
Hartgar.  Nos  sources  ne  nous  disent  pas,  il  est  vrai,  qu'il 
le  construisit  à  proximité  de  la  cathédrale,  apparemment 
l^arce  qu'elles  n'avaient  pas  besoin  d'apprendre  ce  détail  à 
des  lecteurs  qui  avaient  ce  monument  sous  les  yeux  ;  il  nous 
suffît  d'ailleurs  de  constater  qu'à  partir  de  Notger  nous  ne 
cessons  pas  de  rencontrer  le  palais  épiscopal  à  la  même  place. 
On  comprend  donc  à  peine  l'aveuglement  de  certains  érudits 
liégeois  qui,  sur  la  foi  des  indices  les  plus  fallacieux,  se  sont 
amusés  à  chercher  ce  palais  dans  des  sites  invraisemblables, 
plutôt  que  de  s'en  rapporter  à  ce  que  suggère  le  témoignage 
du  bon  sens  confirmé  par  tous  les  textes  historiques  (3). 

(1)  V.  ci-dessus,  p.  137. 

(2)  Anselme,  c.  24,  p.  202. 

(3)  La  plupart,  séduits  comme  d'ordinaire  par  Jean  d'Outremeuse  (II,  391  et 
III,  8)  admettent,  sur  la  foi  du  nom  de  Vesquecourt  (1345,  curia  episcopi)  que  l'en- 
droit désigné  par  ce  nom,  et  qui  est  occupé  aujourd'hui  par  la  Boucherie,  a  été 
remplacement  du  palais  épiscopal  bâti  par  saint  Hubert.  D'autres,  comme  Bovy 
(Promenades  historiques,  II,  p.  27),  interprétant  de  travers  le  passage  du  Vita  Not- 
ijeri  sur  la  prédilection  de  Tévèque  pour  le  séjour  de  Saint-Jean,  ont  imaginé  de  lui 
bâtir  un  palais  en  face  de  cette  église.  On  perdrait  son  temps  à  énumérer  toutes 
ces  opinions  sans  fondement  et  surtout  à  les  réfuter;  je  renvoie  le  lecteur,  pour  le 
détail,  à  l'excellent  article  intitulé  Le  Palais,  dans  Les  Rues  de  Liège  de  M.  Gobert, 
t.  III,  pp.  10  et  suivantes  ;  cette  étude  a  été  tirée  à  part  en  un  volume  intitulé  :  Le 
Palais  de  Liège,  Liège,  1896. 


NOTGER   SECOND    FONDATEUR    DE    LIEGE.  103 

Tout  indique  que  les  proportions  du  palais  de  Notger 
étaient  considérables,  et  en  rapport  avec  celles  de  sa  cathé- 
drale. Il  était  flanqué  d'un  jardin  ou  préau  (1)  dans  lequel, 
aux  grandes  occasions,  se  donnaient  des  festins  solennels  ; 
c'est  là  qu'en  1071,  l'empereur  Henri  lY  banqueta  avec  son 
entourage,  et  jusqu'à  la  lin  de  l'ancien  régime,  les  princes- 
évêques  de  Liège  restèrent  fidèles  à  l'usage  d'y  dîner  en 
public  à  ciel  ouvert,  aux  fctes  de  leur  joyeuse  entrée  et  en 
d'autres  circonstances  encore  (2).  Ce  palais  épiscopal  lut 
consumé  en  1183  par  l'incendie  qui  dévora  la  cathédrale, 
mais  déjà  Raoul  de  Zàhringen  le  rebâtissait  dans  toute  sa 
splendeur  primitive  (3). 

Il  ne  faut  pas  se  figurer  le  palais  de  Notger  comme  un  de 
ces  édifices  somptueux  et  élégants  qui,  à  partir  de  la  Renais- 
sance, se  multiplièrent  dans  les  grandes  villes.  Il  ne  ressem- 
blait en  rien  à  celui  qu'Érard  de  la  Mark,  au  XYP  siècle, 
éleva  sur  les  fondements  de  l'ancien,  et  que  certains  étran- 
gers admiraient  comme  le  plus  beau  de  la  chrétienté  (4) 
Le  palais  de  Notger  avait  plus  de  solidité  que  d'élégance, 
et  s'il  frappa  les  esprits  des  contemporains,  ce  fut  par  la 
masse  imposante  de  ses  pierres,  contrastant  avec  la  simpli- 
cité des  constructions  en  bois  de  l'époque.  En  un  temps  où 
nul,  prince  ou  simple  chevalier,  n'était  en  sûreté  qu'à  l'abri 
d'une  bonne  forteresse,  il  n'est  pas  probable  que  le  palais 
ait  été  autre  chose  qu'une  maison  fortifiée.  Bien  plus,  sa  pro- 
ximité des  murs  de  l'enceinte,  à  laquelle  il  touchait  au  nord, 
a  donné  lieu  dans  les  derniers  temps  à  une  conjecture  sédui- 

(1)  Un  acte  de  Tliéoduin,  daté  de  -10o7,  est  passé  in  viridario  episcopi.  Dom  Ber- 
lière,  DocumentH  inédits,  p.  17.  Cf.  le  Triiunphus  Sancti  Laniberti  in  Steppes,  p.  177  : 
dux  iiil ravit  in  hortuiii  paiatii. 

(2)  Triinnphiis  sancti  Uemacli,  I,  8,  p.  4o2.  Cf.  Gobert,  t.  III,  p.  115. 

(3)  Hic  Rodulplius  magnum  et  décorum  in  Leodio  construxit  palatium.  Giselbert 
de  Mons,  33,  p.  63  (éd.  Van  der  Kindere.)  Gilles  d'Orval,  III,  30,  p.  -lOo,  attribue 
une  reconstruction  du  palais  à  Henri  de  Limbourg  (l'145-'l'I64),  prédécesseur  de 
Raoul  de  Zidu'ingen,  mais  je  me  persuade  qu'il  aura  fait  une  ronfusion. 

Quomodo  vel  qualiter  aula  episcopalis  Leodii  ab  eo  restructa  sit  et  amplificata,  et 
alla  domus  juxta  aulam  inchoata,  quia  oculis  nostris  eadem  fabricata  se  offert,  de 
ea  loqui  supersedimus.  Cf.  Albéric  de  Troisfontaines,  ann.  1163,  p.  848. 

(4)  Hubert  Thomas,  De  Tunçiris  et  Eburonihus.  Bâle,  1341.  p.  37. 


164  CHAt>ITRE   X. 

santé,  d'après  laquelle  le  palais  de  Liège,  comme  plus  tard  le 
Louvre  à  Paris,  aurait  fait  partie  de  Fenceinte  muraillée  de 
la  ville.  Le  côté  septentrional  de  ce  vaste  édifice,  garni  d'ou- 
vrages défensifs  tels  que  meurtrières,  mâchicoulis,  créneaux, 
aurait  formé  le  point  de  jonction  des  deux  sections  du  rem- 
part, dont  l'une  venait  du  côté  de  Saint-Martin  et  l'autre  de 
la  rue  Hors-Château.  Mais  ce  tracé  aurait  laissé  en  dehors 
de  l'enceinte  une  grande  i^artie  de  la  vieille  ville  avec  l'église 
de  Saint-Servais,  et  il  est  par  conséquent  très  peu  probable. 
Au  sud  de  la  cathédrale,  et  en  quelque  sorte  à  l'ombre  de 
celle-ci,  dont  elle  n'était  séparée  que  par  une  sorte  de  cou- 
loir servant  de  cimetière,  Notger  rebâtit  l'église  paroissiale 
de  Liège.  Fondée  probablement  par  saint  Hubert,  lorsqu'il 
transporta  la  résidence  épiscopale  auprès  du  tombeau  de 
son  prédécesseur,  cette  église,  dédiée  à  Notre-Dame  comme 
celles  de  Tongres  et  de  Maestricht,  était  à  proprement  parler 
le  baptistère  de  la  cité.  Elle  avait  péri  avec  les  autres  mo- 
numents liégeois  sous  les  coups  des  Normands,  mais  elle  fut 
parmi  les  premières  que  l'on  rebâtit  après  le  départ  de  ces 
féroces  déprédateurs  (1).  Notre-Dame,  voisine  de  la  cathé- 
drale, en  partagea  d'ordinaire  les  destinées.  Surgissant  l'un 
à  côté  de  l'autre  comme  deux  frères  jumeaux,  les  deux  sanc- 
tuaires marquaient,  par  la  différence  de  leui*s  proportions, 
celle  de  leurs  destinations  particulières,  celui-ci  servant  au 
diocèse,  celui-là  à  la  paroisse  (2). 

(1)  Ilic  (Richarius)  reedificavil  per  diocesem  suam,  sicut  predecessores  sui  Ste- 
phanus  et  Franco,  plures  ecclesias  a  Normannis  destructas,  inteiiectis  abbatibus, 
monachis  et  monialibus.  In  quibus  novenos  constituerunt  clericos,  inter  quos  unum 
statuerunt  qui  curam  gereret  et  hospitalitatem  tam  presens  quam  absens  exliiberet 
ipsumque  abbatem  vocaverunt.  ne  antiqua  devotio  deperiret.  Nomina  abbatiarum  : 
prima  Leodiensis  Sancte  Marie  Sanctique  Lamberti.  Gesta  abbreviata,  p.  130.  Le  chro- 
niqueur se  trompe  au  surplus  en  associant  ici,  sans  doute  par  distraction  et  par  habi- 
tude, le  nom  de  saint  Lambert  à  celui  de  la  sainte  Vierge  :  c'est  la  cathédrale 
seulement  qui  était  sous  leur  double  vocable. 

(2)  C'est  ici  le  lieu  de  rappeler  l'opinion  émise  par  M.  J.  Demarteau,  Les  pre- 
mières églises  de  Liège  {BSAHL),  t.  VI,  1892),  d'après  laquelle  Téglise  Notre-Dame 
ne  serait  autre  chose  que  l'ancien  oratoire  existant  à  Liège  dès  le  temps  de  saint 
Lambert  et  mentionné  dans  la  vie  de  ce  saint.  M.  Demarteau  a  failli  me  convertir  à 
son  opinion,  tant  il  la  défend  avec  érudition  et  ingéniosité  ;  si  je  m'y  suis  finalement 
dérobé,  c'est  l"  parce  que  la  tradition  liégeoise  relative  à  une  chapelle  des  saints 


NOTGER    SECOND    FONDATEUR    DE    LIEGE.  165 

Comme  Tindique  son  nom  de  Notre-Dame  aux  Fonts,  ce 
sanctuaire  était  l'église  baptismale  de  toute  la  ville  de  Liège. 
Mais,  après  qu'il  eut  ajouté  à  la  Cité  tout  le  vaste  quartier  de 
l'Ile,  Notger  voulut  donner  à  ce  dernier  les  prérogatives  de 
la  Cité,  et  c'est  pourquoi  l'Ile  reçut  une  église  paroissiale  à 
elle.  Il  l'éleva  dans  le  voisinage  de  Saint- Jean  et  la  plaça  sous 
l'invocation  de  son  ami  Adalbert  de  Prague,  qui  venait  de 
cueillir  les  palmes  du  martyre  en  Prusse  (997)  et  qui,  dès  le 
29  juin  999,  avait  eu  à  Rome  les  honneurs  de  la  canonisa- 
tion. Tout  l'occident  était  rempli  du  nom  du  nouveau  saint, 
qui  faisait  descendi*e  sur  l'Eglise  du  X''  siècle  la  gloire  dont 
s'étaient  empourprées  ses  premières  années.  On  peut  bien 
se  figurer  avec  quelle  émotion  ceux  qui  avaient  été  ses  amis 
ici-bas  s'associèrent  aux  honneurs  qui  lui  étaient  rendus,  et 
on  est  touché  de  voir  que  Notger  a  été  le  premier  à  le  glori- 
fier. Saint- Adalbert  devint  l'église  paroissiale  de  l'Ile,  comme 
Notre-Dame  était  celle  de  la  Cité.  Tous  les  habitants  de  ce 
vaste  quartier,  à  part  les  clercs,  devaient  y  recevoir  les 
sacrements  de  baptême,  d'eucharistie  et  d'extrême-onction, 
et  les  femmes  devaient  y  faire  leurs  relevailles.  Le  lien  hié- 
rarchique qui  rattachait  à  Notre-Dame  tous  les  sanctuaires 
du  territoire  de  Liège  ne  fut  toutefois  pas  rompu  :  le  curé  de 
Saint-Adalbert  dut  reconnaître  à  celui  de  Notre-Dame  l'auto- 
rité archidiaconale,  et  aller  assister  trois  fois  l'an  aux  synodes 
tenus  dans  cette  église  (1). 

Y  eut-il  à  Liège,  en  dehors  de  Saint-Adalbert,  d'autres 


Cosme  et  Damien  à  Liège  remonte  au  moins  jusqu'au  XI^  siècle  (v.  le  VitaServatU 
manuscrit  de  Jocundus  ;  le  Vita  Lamberti  attribué  à  Godescalc  dans  Cliapeavilic, 
0.  c.  t.  I,  p.  336  et  le  Vila  Lamberti  du  chanoine  Nicolas  dans  Chapeaville,  o. 
c,  p.  405);  2"  qu'elle  explique  seule,  d'une  manière  satisfaisante,  leculte  des  dits 
saints  dans  le  chœur  occidental  de  Saint-Lambert  ;  3o  que  ce  culte  est  immémorial 
dans  le  pays  de  Liège;  à  Huy,  il  existait  dès  le  Vile  siècle.  (V.  Hérigcr,  c.  31.  p. 
179,  cf.  idem,  c.  30,  p.  177,40.) 

(i)  Nous  voyons  que  l'église  de  Saint-Adalbert  devait  à  la  libéralité  de  Notger, 
entre  autres,  un  revenu  annuel  de  dix-neuf  sous,  provenant  de  trois  manses  situées 
à  Béemont.  (Charte  d'Otbert,  de  'l'107,  en  original  aux  arcliives  de  l'État  à  Liège, 
fonds  (le  Saint-.7ean  Évangélisfe.)  Béemonf  est  une  dépendance  de  la  commune  de 
Warzée,  et  cette  dernière  localité  avait  été  donnée  par  Notger  à  l'église  Saint-Jean. 


166  CHAPITRE   X. 

paroisses  fondées  par  Notgcr?  Il  ne  le  semble  pas  (1).  A 
Liège,  comme  partout  ailleurs,  c'est  seulement  au  XIP  siècle 
que  les  paroisses  commencent  à  se  multiplier.  Gela  ne  veut 
pas  dire  qu'il  n'ait  pas  existé  d'autres  oratoires  que  ceux  qui 
viennent  d'être  énumérés;  on  a  vu  que  Saint-Servais  date 
du  commencement  du  X^  siècle  (2),  et  nous  savons  que  les 
oratoires  étaient  déjà  nombreux  dans  les  villes  du  XP  siècle. 
Mais,  à  Liège  comme  ailleurs,  ce  n'étaient  que  des  chapelles 
et  nullement  des  églises  paroissiales  (3). 

Tant  de  sanctuaires  et  d'écoles  ecclésiastiques  supposent 
un  personnel  de  prêtres  et  de  clercs  extraordinairement 
nombreux.  Rien  que  dans  la  cathédrale  et  dans  les  six  collé- 
giales, il  y  avait  deux  cent  vingt-cinq  chanoines  (4),  et  le 
nombre  des  autres  prêtres  et  clercs  de  toute  catégorie  devait 
être  plus  considérable  encore.  Il  n'y  a  donc  aucune  exagé- 
ration à  admettre  pour  le  Liège  du  XP  siècle  une  population 
d'au  moins  six  cents  prêtres,  sans  compter  les  étudiants  qui 
peuplaient  les  diverses  écoles  et  dont  les  uns  formaient  la 
pépinière  du  sacerdoce,  tandis  que  les  autres  étaient  pris 
dans  l'élite  du  monde  séculier. 

(1)  L'hypothèse  de  Fisen,  p.  i-lO,  d'après  laquelle  les  rollégiales  étaient  elles- 
mêmes  des  églises  paroissiales,  semble  contredite  par  le  t'ait  que  Saint-Adalbert 
était  la  seule  paroisse  de  l'Ile,  bien  que  celle-ci  contînt  les  deux  collégiales  de  Saint- 
Jean  et  de  Saint-Paul. 

(2)  Edificavit  (Richarius)  ecclesiam  super  rivum  Legiam  ad  honorem  beati  Ser- 
valii.  Ge.'ita  Abbreviata,  p.  l'SO.  D'après  un  acte  du  14  août  1303  (reproduit  ])ar 
M.  St.  Borraans,  BCRH.,  Ille  série,  t.  XIV,  p.  91),  cette  église  appartenait  à  la  col- 
légiale de  Saint-Pierre. 

.  (.3)  Dès  la  première  moitié  du  Xle  siècle.  Dînant  ne  comptait  pas  moins  de  six 
églises  ou  oratoires.  St.  Bormans,  Cartulaire  de  Dînant,  t.  I,  p.  2.  Le  chef-lieu  du 
diocèse  n'a  certainement  pas  été  moins  bien  pourvu. 

(4)  Voici  comment  ce  personnel  se  répartissail  sur  les  divers  sanctuaires  : 

A  la  cathédrale. 

A  Saint-Pierre. 

A  Sainte-Croix. 

A  Saint-Martin, 

A  Saint-Paul, 

A  Saint-Denis, 

A  Saint-Jean, 


00 

chanoines. 

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22o 

chanoines. 

NOTGER   SECOND    FONDATEUR    DE   LIEGE.  167 

A  la  suite  des  grands  travaux  dont  nous  avons  essayé  de 
présenter  l'aperçu,  Notger  possédait  une  capitale  qu'il  devait 
presque  tout  entière  à  son  activité  créatrice.  Essayons  de 
nous  la  figurer  telle  qu'il  l'avait  faite.  Pour  cela,  descendons 
le  long  de  la  Légia  (1)  des  hauteurs  boisées  d'Ans,  où  elle 
sourd  à  l'ombre  de  la  foret  de  Glain,  et  entrons  avec  elle 
dans  la  ville,  où  elle  pénètre  sous  une  voûte  du  mur  d'en- 
ceinte. Nous  traversons  le  frais  vallon  où  le  village  de  Liège 
est  né  quelques  siècles  auparavant,  et  dont  les  hauteurs 
gardent  encore,  malgré  leurs  transformations,  quelque  chose 
de  leur  origine  agreste.  A  main  droite,  nous  avons  la  riante 
colline  de  Publémont  avec  ses  trois  sanctuaii'es  de  Saint- 
Martin,  de  Sainte-Croix  et  de  Saint-Pierre;  à  gauche,  ce  sont 
les  hauteurs  abruptes  et  pittoresques  de  Pierreuse,  au  pied 
desquelles  s'appuie  le  modeste  oratoire  de  Saint-Servais.  La 
Légia,  après  avoir  reflété  ces  beaux  lieux,  sort  de  son  vallon 
natal  pour  entrer  dans  la  large  vallée  de  la  Meuse;  elle 
laisse  à  main  droite,  d'abord  le  palais  épiscopal,  ensuite  le 
chœur  oriental  de  la  cathédrale,  dont  elle  lèche  la  base,  puis, 
coulant  toujours  à  ciel  ouvert  sous  une  série  de  ponceaux 
jetés  devant  les  maisons  bâties  sur  ses  bords,  elle  traverse 
le  quartier  populeux  où  sont  logés  les  pauvres  secourus  par 
la  matricule  de  la  cathédrale.  C'est  toujours  dessous  le  moiis- 
tiei%  comme  on  disait  au  moyen  âge,  que  cette  humble  clien- 
tèle de  la  charité  catholique  est  venue  s'abriter,  groupant 
ses  pauvres  maisons  de  clayonnage  autour  du  noble  édifice, 
comme  des  poussins  sous  les  ailes  de  leui*  mère.  La  matricule 
a  donné  son  nom  à  ce  quartier  indigent  (2),  que  les  Liégeois 

(1)  Legia  est  le  nom  porté  par  ce  ruisseau  dans  la  CJirnniipw  njtlaniiiuc  de  1118 
(LecjcjiaJ ,y .  1-12,  p. 417,  et  dans  la  Gesta  Abbreviata  du  XIII»  siècle,  p.  130  ;  ce  sont  les 
deux  plus  anciennes  mentions  qui  en  sont  faites. 

(2)  M.  r.obert,  II,  p.  419,  ne  me  paraît  pas  avoir  saisi  ces  rapports,  lorsqu'il  écrit 
les  lignes  suivantes  : 

«  Des  tentatives  plus  scientifiques  se  sont  fait  jour  en  notre  temps  pour  dévoilei- 
l'énigme  (c'est-à-dire  l'étymologie  du  mot  MerchonleJ.  Dans  maints  vieux  documents, 
Merclioiil  apparaît  avec  sa  première  forme  matricula  et  sa  signification  particulière. 
La  matriculo  patipenn»,  en  bas-latin,  était  à  l'origine  la  liste  des  pauvres.  Le  pre- 
mier mol  passa  ensuite  au  local  dans  lequel,  près  de  la  porte  de  l'église,  on  distri- 
buait l'aumône  et  enfin,  par  une  semblable  bizarrerie,  à  l'éylise  elle-même.  On  est 


168  CHAPITRE    X. 

appelaient  dans  leur  langue  la  Mierchoule,  et  elle  finit  même 
par  le  donner  aussi  au  ruisseau  (1).  Celui-ci  va  d'ailleurs 
atteindre  l'extrémité  de  son  itinéraire  :  voici  le  Vivier  ou 
port  de  Liège,  près  duquel  il  se  jette  dans  la  Meuse. 

Aucun  pont  ne  relie  encore  les  deux  rives  du  fleuve  : 
c'est  une  vingtaine  d'années  plus  tard  que  Réginard,  qua- 
trième successeur  de  Notger,  bâtira,  le  premier,  le  Souverain 
Pont,  qui  sera  plus  connu  sous  le  nom  de  Pont  des  Arches  (2). 
Toutefois,  sur  la  rive  droite,  il  surgit  déjà  des  habitations 
qui  forment  le  noyau  du  populeux  quartier  d'Outre-Meuse. 
Au  sud  de  la  ville,  passé  l'Ile,  de  belles  auvrayes  ont  laissé 
leur  nom  au  village  d'Avroy  (3),  qui  était  déjà  habité  du 
temps  de  saint  Lambert  et  le  quartier  de  Saint-Christophe 
commence  à  se  peupler  aussi.  Une  grande  partie  de  la  vallée 
est  encore  envahie  par  la  végétation  sauvage  ;  l'Ile  elle-même 
appartient  encore  à  la  forêt  et  aux  bêtes  sauvages  (4).  Mais 

immédiatemenl  arrêté  lorsqu'on  veut  appliquer  cette  interprétation  au  Mercho^il  de 
Liège.  Ce  nom  n'avait  rien  de  commun  avec  la  matricula  pauperum,  comme  le  prou- 
vent les  textes  anciens  ».  Les  deux  phrases  que  j'ai  soulignées  sont  des  erreurs 
manifestes.  Je  n'ai  jamais  soutenu,  ni  personne  à  ma  connaissance,  que  le  nom  de 
Merchoule  ait  été  appliqué  à  l'église  ;  je  dis  qu'il  l'a  été,  par  métonymie,  au.x  pauvres 
inscrits  sur  la  matricule,  puis,  par  une  seconde  métonymie,  à  l'endroit  où  ces  pauvres 
demeuraient,  c'est-à-dire  au  quartier  situé  aux  abords  de  la  cathédrale,  puis  enfin 
au  ruisseau  qui  traverse  ce  quartier.  Il  serait  facile  d'établir  ceci  à  coups  de  texte, 
mais  la  filiation  des  acceptions  est  tellement  évidente  que  la  question  est  tranchée 
pour  tout  critique. 

(4)  Sur  le  nom  de  Merchoule  CMierchoule,  Melchul,  Melechu,  Mercheroux,  Miche- 
roux,  Merlechue  et  même  Merdecuel,  (v.  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  183), 
donné  au  ruisseau  de  Légia,  les  témoignages  abondent  dés  le  commencement  du 
XlIIe  siècle;  cf.  Gobert,  t.  II,  p.  418  et  suivantes.  Jean  d'Outremeuse,  II,  p.  312, 
a  encore  conscience  du  lieu  étymologique  entre  merchoule  et  mère,  mais  il  ignore 
la  vraie  raison  de  ce  nom  et  raconte  une  historiette  de  son  goût.  Selon  lui,  il  y 
avait  au  milieu  de  la  Cité  de  Liège  une  villette  qui  «  fut  li  mère  de  le  citeit,  car 
la  citeit  issoit  de  lu.  Si  le  nomat  ons  de  dont  en  avant  Myrechoule,  por  tant  qu'elle 
estoit  petite;  si  elle  l'ust  grani,  elle  fust  appelée  Meire;  or  fut-elle  appelée Merechoule, 
qui  est  diminution  de  Mère  » . 

(2)  Pontem  super  Mosam  magno  sumptu  exstruxit.  Anselme,  c.  37,  p.  210, 

(3)  Avroy  s'appelle  au  IX«  siècle  Arbrido;  ce  nom  vient  li' Arboretum,  qui  signifie 
un  lieu  planté  d'arbres.  V.  nCHIl,  \e  série,  t.  111  (1833),  p.  415. 

(4)  Le  nom  de  Vert-Bois  conservé  par  une  de  ses  rues  nous  reporte  en  pleine 
époque  notgérienne.  Sur  ce  nom,  v.  Duvivier,  Le  Quartier  de  l'Ile,  BIAL,  t.  III 
(1857)  avec  les  observations  de  Gobert,  t.  IV,  p.  82. 


NOTGER   SECOND    FONDATEUR   DE   LIEGE.  169 

partout  la  vie  urbaine  germe;  Notgcr  aura  fermé  à  peine 
les  yeux  que  surgira  le  monastère  de  Saint-Jacques  au  sud 
et,  au  nord,  la  collégiale  de  Saint- lîarthélemy  hors  Château. 
On  sent  que  l'enceinte  tracée  par  le  grand  prélat  ne  sera 
pas  longtemps  trop  vaste,  et  qu'il  n'a  pas  trop  présumé 
de  l'avenir.  Le  XP  siècle  ne  touchera  pas  à  sa  fin  sans  avoir 
fait  du  viens  Leodicus  une  grande  ville.  Ni  Bruges,  ni  Gand, 
ni  Anvers,  ni  Louvain  ne  pouvaient  rivaliser,  à  cette  époque, 
avec  la  cité  de  saint  Lambert.  Aussi  longtemps  que  le  com- 
merce ne  les  eut  pas  en  richies  et  n'eut  pas  fait  aftluer  dans 
leurs  murs  les  multitudes  humaines,  elles  firent  pauvre  mine, 
ces  villes  ouvertes  et  sans  monuments,  au  regard  de  la  belle 
capitale  épiscopale,  où,  par  dessus  une  ceinture  de  murailles 
et  de  canaux,  on  voyait  surgir  les  tours  des  églises  et  des 
palais.  Cette  capitale  était  avant  tout  une  ville  ecclésiastique 
et  savante  ;  elle  devait  son  éclat  à  ses  églises,  comme  Rome, 
à  ses  écoles,  comme  Oxford,  à  son  nombreux  clergé,  à  la 
présence  du  prince  et  de  sa  cour.  Il  devait  venir,  dans  l'his- 
toire du  moyen  âge,  une  heure  où,  grâce  au  progrès  gigan- 
tesque du  commerce  et  de  l'industrie,  les  localités  nommées 
tout  à  l'heure  dépasseraient  de  beaucoup  Liège  en  grandeur 
et  en  richesse,  mais,  en  attendant,  Liège  devait  rester,  jus- 
qu'au XIP  siècle,  la  ville  la  plus  peuplée  et  la  plus  vivante 
des  Pays-Bas  (1). 


[i)  H.  Pirennc,  Histoire  de  Belgique,  2e  édition,  t.  I,  p.  123. 


CHAPITRE  XL 


TRAVAUX    ACCOMPLIS    DANS   LA    PRINCIPAUTE. 


L'activité  de  Notger  ne  fut  pas  moins  féconde  dans  le  reste 
du  diocèse  qu'à  Liège  même.  Partout  il  intervient,  soit 
directement,  soit  en  faisant  agir  ses  subordonnés,  et  c'est 
parce  que  plus  dune  fois  il  se  dérobe  derrière  ceux-ci 
qu'une  partie  de  son  rôle  nous  échappe.  L'essai  que  nous 
faisons  ici  de  suivre  ses  traces  là  où  elles  ont  pu  être  relevées 
sera  donc  forcément  incomplet,  néanmoins  il  permettra, 
par  ce  qu'il  fera  voir,  de  deviner  ce  que  l'histoire  a  plongé 
dans  l'oubli. 

L'un  des  principaux  soucis  de  Notger,  ce  fut  de  mettre  sa 
principauté  en  état  de  défense. 

Sa  capitale  ne  devait  pas  être  la  seule  ville  fortifiée  de  la 
principauté.  L'acquisition  du  comté  de  Huy  lavait  rendu 
maître  d'un  château  de  premier  ordre  qui  devint  le  séjour 
favori  et  le  refuge  ordinaire  de  plusieurs  de  ses  successeurs, 
et  dont,  plus  tard,  un  pape  devait  dire  qu'il  ne  vit  jamais  si  bon 
château  avec  si  bonne  cille,  ni  si  bonne  cille  avec  si  bon 
château  (1).  Plus  haut,  et  toujours  sur  le  cours  de  la  Meuse, 
qui  était  comme  le  ileuve  national  des  Liégeois,  il  y  avait  un 
autre  château,  celui  de  Dinant  (2).  Mais  le  reste  de  la  prin- 

(1)  V.  Maurice  de  Neufmouslier  dans  Gilles  d'Orval  I,  il,  p.  18.  Ce  pape  est 
Grégoire  IX;  j'ai  dit  par  erreur  Grégoire  X  dans  mon  étude  sur  Maurice  de  Nenf- 
mumtier,  BAnU.  \\Y  série,  t.  XXIII  (1892).  p.  070. 

(2)  7i  i-  Dioiiaiitc  Castro.  Cliarte  de  Childéric  III  pour  Stavelot  dans  le  Cartnlnirc 
des  abbayes  de  Stavelot  et  Malmedij,  par  Halkin  et  Roland,  t.  I,  ]).  'lo.  Dinant  entra 
dans  le  patrimoine  de  l'église  de  Liège  on  ne  sait  à  quelle  date,  mais  l'évêque  devait 


TRAVAUX    ACCOMPLIS   DANS    LA    PRINCIPAUTÉ.  171 

ci])aiitô,  sans  frontière  naturelle,  était  ouvert  à  tout  venant  : 
il  ialhiit  en  fortifier  les  points  extrêmes;  il  fallait  aussi  veiller 
à  la  prospérité  des  monastères  que  l'église  de  Liège  possé- 
dait ou  venait  d'acquérir  ;  il  fallait,  enfin,  extir])er  les  aires 
féodales  qui  désolaient  le  pays.  Les  épisodes  suivants  mon- 
trent que  les  trois  points  de  ce  programme  ont  été  également 
l'objet  de  l'attention  de  Notger. 

Après  Liège,  aucune  localité  ne  prend  dans  l'histoire  des 
travaux  de  Notger  une  place  aussi  considérable  que  Lobbes, 
Gela  tient  sans  doute  en  partie  à  ce  que  nous  sommes  par- 
faitement renseignés  sur  cette  abbaye  par  son  chroniqueur 
contemporain,  l'abbé  Folcuin,  mais  il  y  «i  encore  une  autre 
raison.  Lobbes  était  la  perle  de  la  principauté  de  Liège  : 
y  toucher,  c'était  atteindre  celle-ci  à  la  prunelle  de  l'œil  (1). 
La  richesse  de  ce  vaste  domaine,  l'éclat  des  lettres  dont  bril- 
lait la  maison,  l'importance  de  sa  situation  stratégique,  ren- 
forcée par  le  château  de  Thuin  qui  lui  appartenait,  tout 
faisait  de  cette  abbaye  l'orgueil  de  ses  possesseurs.  Nous 
avons  vu  que,  dès  la  première  année  de  son  pontificat,  Notger 
s'était  intéressé  à  la  prospérité  de  Lobbes,  qu'il  y  avait 
apaisé  les  dissensions  causées  par  le  retour  de  Rathier,  et 
qu'après  avoir  aifermi  la  position  de  l'abbé  Folcuin,  il  avait 
obtenu  de  l'empereur  Otton  II,  en  973,  un  diplôme  qui 
confirmait  et  les  privilèges  de  l'abbaye  et  ses  propres 
réformes  (2).  Depuis  ce  jour,  on  peut  le  dire,  il  ne  détacha 
plus  les  regards  de  Lobbes,  et  à  plusieurs  reprises,  ))endant 
sa  carrière,  on  le  vit  occupé  des  affaires  de  la  maison.  En 
980,  il  eut  à  intervenir  pour  protéger  les  droits  traditionnels 
de  l'abbaye  sur  les  bancroix  ou  croix  banales  des  villages 
environnants  (3).  Dix  ans  plus  tard,  il  lui  donna  une  nou- 
velle preuve  d'intérêt  en  obtenant  pour  elle  la  bulle  du  pape 

finir  par  en  éliminer  totalement  l'autorité  du  comte  de  Namur,  qui  partageait  cette 
localité  avec  lui.  Ceci  se  passa  avant  1070,  selon  Wauters,  De  l'oriyine  des  libertés 
communales,  p.  289,  et  même  avant  1047,  selon  Pirenne,  Histoire  de  la  constitution 
communale  de  Binant,  p.  3. 

(1)  Ut  ecclesiam  Lobbiensem  qui  tangeret,  ecclesiae  Leodiensi  tangeret  pupillam 
oculi  sui.  Compendium,  dans  Vos,  t.  I,  p.  380;  cf.  ibid.  p.  288. 

(2)  V.  ci-dessus,  p.  54. 

(3)  Sur  ce  point,  v.  plus  loin. 


172 


CHAPITRE   XI. 


Jean  XV,  par  laquelle  le  Saint-  Siège  confirmait  les  faveurs 
que  lui  avait  accordées  l'empereur  Otton  II.  Dans  cette 
bulle,  rendue  à  l'intervention  de  l'impératrice  Tliéophano  et 
de  lévêque  de  Wurzbourg,  le  souverain  pontife  accordait  à 
l'abbé  de  Lobbes  le  droit  de  porter  l'anneau  d"or  et  celui  de 
se  servir  à  la  messe  de  sandales  et  de  tunique  subdiaconales, 
faveurs  honorifiques  et  insignes  qui  étaient  rares  à  cette 
époque  ;  il  y  ajoutait  le  pouvoir  de  lier  et  de  délier  sous 
réserve  de  l'autorisation  de  l'évêque.  Quant  à  l'église  du 
monastère,  le  pape  voulait  qu'on  respectât  l'usage  ancien 
qui  ne  permettait  pas  qu'on  enterrât  quelqu'un  dans  son 
cimetière  (1). 

Folcuin  n'eut  guère  le  temps  de  jouir  des  faveurs  pontifi- 
cales que  venait  de  lui  procurer  son  éminent  ami.  La  bulle 
de  Jean  XV,  datée  du  1"  février  990,  était  à  peine  arrivée 
à  Lobbes,  qu'il  expirait  après  une  administration  de  vingt- 
cinq  années,  au  cours  de  laquelle  l'évêque  de  Liège  avait  eu 
en  lui  un  collaborateur  intelligent  et  dévoué.  Plein  d'admi- 
ration pour  le  grand  homme  qui  avait  aplani  sous  ses  pas 
tant  de  diflîcultés  et  qui  lui  avait  concilié  les  papes  et  les 
empereurs,  Folcuin  a  voulu  nous  apprendre  lui-même 
que  la  plupart  des  choses  qu'il  a  faites  à  Lobbes,  c'est  sous 
les  auspices  et  sur  les  conseils  de  Notger  qu'il  les  a  entre- 


(1)  Voir  le  texte  de  la  bulle  dans  Vos,  o.  c,  t.  I,  p.  436.  Les  historiens  anté- 
rieurs à  notre  siècle  ne  l'ont  connue  que  par  la  mention  qu'en  fait  au  XII^  siècle  le 
continuateur  de  la  Chronique  de  Folcuin,  qui  s'exprime  ainsi  :  «  Immunitatem  eccle- 
siae  nostrae,  suggerente  domno  episcopo  Nothgero,  ab  Ottone  imperatore  de  no- 
mine  II  innovari  primum,  postea.  eodem  episcopo  agenle,  a  Joanne  papa  auctoritate 
apostolica  conlirmari  obtinuit  abbas  Folcuinus  ».  Ils  ont  conclu,  comme  fait  encore 
JaHè,  Kei/esta  Prnitijinon  Roinaminim,  t.  I,  p.  477,  qu'il  s'agissait  de  Jean  XIII,  con- 
temporain d'Otton  II,  oubliant  que  ce  pape,  mort  le  6  novembre  972,  ne  pouvait 
pas  avoir  confirmé  des  privilèges  conférés  par  unacte  de  973.  JalTé,  d'ailleurs,  donne 
plus  loin  la  bulle  sous  Jean  XV.  L'auteur  du  De  fundatiunc  et  lapsii,  c.  13,  p.  o34, 
a  connu  notre  diplôme,  qu'il  analyse  dans  ses  dispositions  liturgiques  et  dont  il 
sait  qu'il  est  du  pape  Jean  XV.  Il  en  est  de  même  de  l'auteur  d'une  Chronique  de 
Lobbex  écrite  vers  1 102,  qui  dit  (MGH,  1.  XXI,  p.  308)  :  Servanfur  in  arcis  cccle- 
siae  aucioritatis  Imjus  privilégia.  El  illud  ([uidem  quod  papae  Johannis  habet  sigil- 
luiii,  ([uia  papiro  fuit  conscriptum,  pro  vetustate  pêne  obliteratum,  sed  ipsum  sicut 
aliud  quod  ab  Ottone  secundo  fuit  confirmatum,  succedente  lempore  renovatum  est. 


TRAVAUX    ACCOMPLIS    DANS   LA    PUTN'CIPAUTÉ.  173 

prises  (1).  Comme  Nolger  ù  Liège,  il  fut  à  Lobbes  un  grand 
bàtissem',  et  il  v  éleva  une  série  de  constructions  remar- 
quables.  Il  construisit  un  beau  réfectoire  précédé  d'un 
vestibule  avec  un  jet  d'eau.  Il  releva  de  ses  ruines  l'église 
Saint-Paul,  brCdée  par  les  Hongrois,  et  il  y  annexa  une 
infirmerie.  Il  embellit  l'église  du  monastère;  il  orna  l'autel 
d'un  revêtement  d'argent,  il  lit  faire  des  peintures  dans  le 
chœur,  il  fit  l'acquisition  d'un  lutrin  en  dinanderie  qui  était 
regardé  comme  un  chef  d'œuvre,  et  dont  il  se  plaît  à  nous 
donner  la  curieuse  description.  Il  érigea  dans  ce  même 
sanctuaire  un  autel  dédié  à  la  sainte  Croix  :  il  y  suspendit 
une  couronne  de  lumière  en  argent  avec  inscription.  Les 
tours  reçurent  deux  cloches  où  il  avait  également  fait  graver 
des  inscriptions  par  le  fondeur  Daniel,  l'une  à  la  gloire  de  la 
sainte  Trinité,  l'autre  en  l'honneur  de  saint  Ursmer  (2). 
C'est  ainsi  que  Notger  savait  communiquer  son  zèle  aux 
autres,  et  qu'à  Lobbes  se  reproduisait  en  petit  le  spectacle 
de  son  activité  féconde  et  infatigable. 

A  la  mort  de  Folcuin,  les  moines,  qui,  depuis  Eracle,  étaient 
rentrés  en  possession  du  droit  d'élire  leur  abbé,  firent  choix 
pour  lui  succéder  de  leur  écolâtre  Hériger.  (3).  Hériger  justi- 
fiait pleinement  l'éloge  que  firent  de  lui  ses  électeurs;  il  jouis- 
sait dès  lors  de  l'amitié  de  Notger,  qui,  nous  l'avons  vu,  l'avait 
emmené  en  Italie  (4).  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  son 
élection  ait  été  ratifiée  et  par  l'évêque  de  Liège,  et  par  celui 
de  Cambrai,  Rothard,  qui  n'avait  rien  à  refuser  à  son  ancien 
maître  Notger.  Hériger  fut  sacré  abbé  le  21  décembre  990, 
jour  de  la  fête  de  saint  Thomas  (5).  Il  se  montra  sous  tous 

(1)  Creverunt  illo  tempore  et  in  monastcrio  nostro  aedificia  nonmilla  instinctu 
episcopi,  opéra  abbatis  facta.  Folcuin,  c.  29,  p.  70. 

(2)  Voir  tout  le  chapitre  29  de  la  clironique  de  Folcuin. 

(3)  Gesta  epp.  Camerac,  1,  106,  p.  44o. 

(4)  V.  ci-dessus,  p.  87  ;  cf.  Sigebert  de  Gembloux,  De  scriptoribus  ecdcsiasticis, 
c.  137. 

(o)  Gesta  Lobb.  contimtala  I.  c,  Sepultus  est  ante  altare  sanctijThoniae  apostoli 
inecdesia  sancti  Ursmari,  quod  quidem  altare,  quod  in  die  ejusdem  apostoli  ordinatus 
esset  abbas,  eidem  apostolo  consecravit.  Annales  Lob ienses,  a.  990  :  obiit  Folcuinus, 
substituitur  Herigerus  natali  Domini.  On  voit  que  les  deux  sources  se  contredisent; 
je  tiens  pour  la  première. 


474  CHAPITRE    XI. 

les  rapports  un  digne  continuateur  de  Folcuin,  et  l'école 
monastique  garda  sous  son  abbatiat  le  lustre  qu'elle  avait 
acquis  sous  les  deux  derniers  abbés.  Lui-même  est  connu 
comme  bâtisseur  :  nous  savons  qu'il  construisit,  du  côté  occi- 
dental de  l'église  du  monastère,  un  oratoire  dédié  à  saint 
Benoît,  que  Notger  vint  consacrer,  on  ne  dit  pas  en  quelle 
année.  Hériger  mourut  le  31  octobre  1007,  devançant  de 
quelques  mois  dans  la  tombe  son  illustre  patron  et  protec- 
teur (1).  Si,  comme  c'est  probable,  Notger  a  encore  eu  le 
temps  de  pourvoir  à  sa  succession,  il  n'aura  pas  eu  la  main 
heureuse  celte  fois,  car  l'abbé  Ingobrand  gaspilla  les  biens 
du  monastère  et  laissa  son  école  tomber  en  pleine  déca- 
dence :  le  mal  en  arriva  au  point  qu'en  1020,  il  fut  déposé 
par  les  deux  évèques  de  Liège  et  de  Cambrai  unis  (2). 

Telle  est  Ihistoire  des  travaux  de  Notger  à  Lobbes.  On 
comprend  le  souvenir  reconnaissant  qu'on  lui  conserva  dans 
cette  abbaye,  en  même  temps  que  les  diplômes  où  étaient 
consignées  les  preuves  durables  de  sa  générosité  pour  elle. 
Ces  documents,  au  dire  de  l'auteur  du  Vita  Notgeri,  conte- 
naient encore  d'autres  dispositions  libérales  de  ce  prince  en 
faveur  des  clercs  attachés  à  la  maison  (3). 

Fortifier  ïhuin,  c'était  encore  travailler  pour  Lobbes,  en 
même  temps  que  pour  le  reste  de  la  principauté.  ïhuin 
appartenait  de  temps  immémorial  à  l'abbaye  :  dans  un 
polyptique  de  celle-ci,  composé  vers  868,  elle  figure  en  tête, 
sous  le  nom  de  Tiidinio  castello  (4).  Cette  place  forte,  située 
à  3  kilomètres  en  amont  de  Lobbes,  dominait  une  position 
escarpée  sur  la  rive  droite  de  la  Sambre.  Les  anciens  abbés 
aimaient  ce  séjour,  de  même  que  les  évêques  de  Liège  celui 
de  Huy;  ils  s'y  sentaient  à  leur  aise,  et,  plusieurs  siècles 
après,  un    chroniqueur    retrouvait    la    trace    de   leur    l'ési- 


(1)  Gesta  Lobb.  continuât,  p.  309. 

(2)  Gesta  epp.  Camerac,  III,  dS,  p.  470. 

(3)  In  armario  ejusdem  ccclesie,  quod  numéro  et  merito  librorum  valde  aiilhen- 
ticum  est,  inler  multa  preclara  bénéficia,  que  omnibus  in  commune  providisse 
scriptis  aulenticis  proditur,  in  clericos  liberalissimus  legitur.  Vita  Notijeri,  c.  G. 

(4)  Voir  ce  document  dans  Vos  o.  c,  t.  I,  p.  4-18  et  suivantes;  il  débute  par 
ces  mots  :  Laubacus  cum  appendiliis  ejus  :  Tudinio  castello,  etc. 


TRAVAUX    ACCOMPLIS    DAXS    LA    PRINCIPAUTÉ.  17o 

dence  fréquente  à  Thuin  dans  les  formules  finales  des 
diplômes  conservés  à  la  hibliollièque  de  labbaye,  et  où 
on  lisait  :  Actani  castra  Tudlnio  (1).  Lors  de  l'invasion 
normande  de  879,  ïliuin  avait  servi  de  refuge  aux  moines, 
qui  y  avaient  transporté  les  châsses  de  leurs  saints  et  qui  s'y 
trouvèrent  en  sécurité  à  l'abri  de  puissantes  murailles  (2). 
Il  y  avait,  dans  l'enceinte,  une  église  dédiée  à  saint  Ursmer, 
qui  est  déjà  citée  au  X*"  siècle  (3).  Kn  dehors  de  l'enceinte  sur- 
gissait la  collégiale  dédiée  à  la  sainte  Vierge  et  à  saint  Théo- 
dard;  ruinée  par  les  Normands,  elle  fut  rebâtie  vers  938 
par  l'évoque  Richaire(4).  Mais  le  château  portait  de  l'ombrage 
aux  comtes  de  Hainaut,  qui  ne  voulaient  pas  que  les  évêques 
de  Liège  possédassent  à  leurs  frontières  une  forteresse  de 
cette  importance  :  ils  l'avaient  démantelé,  et  l'on  a  vu  que 
l'imminence  du  danger  hongrois  n'avait  pu  les  décider  à  tolé- 
rer qu'il  fût  rebâti  par  les  moines  (o). 

Notger  n'était  pas  homme  à  supporter  longtemps  pareille 
humiliation.  D'ailleurs,  depuis  l'expédition  victorieuse  de  974, 
à  laquelle  il  avait  participé,  l'orgueil  des  comtes  de  Hainaut 
avait  été  dompté,  et  l'on  peut  dire  que  la  libération  de  Thuin 
fut  pour  l'évéque  de  Liège  le  prix  de  la  victoire.  H  voulut 
que  cette  localité  devînt  le  boulevard  de  l'état  liégeois,  et  il 
n'est  rien  qu'il  n'ait  fait  pour  l'élever  au  rang  d'une  ville,  à 
l'imitation  d'Henri  de  Saxe,  lorsqu'il  bâtissait  les  cités  qui 
devaient  protéger  l'Allemagne  contre  les  Hongrois.  Il  com- 
mença par  relever  les  ruines  du  château,  et  il  donna  à  Thuin 
la   solide  enceinte  de   murailles  que  l'on    admirait  encore 


(1)  De  Fundatione  et  Lapsu,  etc.,  c.  6,  p.  ooO. 

(2)  Quorum  metu  plura  sanctorum  corpora  et  optima  quaeque  ad  lutiora  loca 
(leportantur.  Sed  nostrorum  patronorum  non  necesse  fuit  longius  asportari,  quo- 
niani  adjacens  Tudinii  caslrum,  idque  nobis  proprium  et  munitissimum,  fecerat 
affluentes  indempnes  haberi.  Folcuin,  c.  IG,  p.  Gl. 

(3)  Tudinium  denique,  nobis  adjacens  casti-um,  locum  habebat  ecciesiae  sancti 
Ursmari  memoria  sacrum.  Folcuin,    c.  41,  p.  73. 

(-i)  Hic  recditicavit  per  dyocesim  suam plures  ecclesias  a  Normannis 

destruclas Duodecima  sancte  Marie   sanctique   Theodardi  Tudiniensis. 

Gesta  abbreviata,  p.  130. 

(o)  V.  ci-dessus  pp.  S8-o9. 


170  CHAPITRE   Xl. 

au  XIP  siècle  (l).  Cette  enceinte  était. surtout  destinée  à  pro- 
téger le  nord  et  le  nord-est  de  la  ville,  car,  du  côté  du  sud 
et  de  l'ouest,  l'escarpement  de  son  promontoire,  qui  s'avance 
entre  la  Sambre  et  le  ruisseau  de  Biesmel,  n'exigeait  pas 
beaucoup  dœuvres  d'art.  L'enceinte  notgérienne,  beaucoup 
2)lus  étroite  que  le  pourpris  de  la  ville  au  XV IP  siècle,  ren- 
fermait la  partie  extrême  du  promontoire  avec  le  château  et 
la  place  du  marché  ;  elle  courait  d'une  vallée  à  l'autre  der- 
rière les  rues  de  la  Montagne  et  du  Mont  de  Piété.  Il 
existe  encore,  dans  la  cour  d'une  maison  située  rue  des 
Nobles,  la  base  d'une  tour  ronde  en  grès  rouge  et  en  appa- 
reil irrégulier,  comme  dans  les  édifices  liégeois  du  même 
prince.  Cette  construction,  dit  un  archéologue  local,  devait 
être  une  tour  de  garde  défendant  l'angle  sud-est  de  l'enceinte 
trapézoïdale  construite  par  les  soins  de  Notger,  et  formait, 
avec  celle  du  nord-est,  (dont  il  reste  quelques  vestiges  con- 
vertis en  une  terrasse),  la  principale  force  de  résistance 
de  la  place  du  côté  oriental  (2).  Une  courtine  qui  relie  cette 
tour  à  une  demi-lune  située  dans  la  cour  d'une  maison  de  la 
place  du  Marché  constitue  avec  elle  un  fragment  considérable 
de  l'enceinte  notgérienne.  Un  autre  fragment  se  trouve  à 
l'extrémité  opposée,  du  côté  de  la  Sambre.  Ces  fragments 
sont,  je  crois,  les  plus  anciens  monuments  que  nous  ayons 
conservés  de  l'architecture  militaire  du  haut  moyen  âge. 

Dans  la  ville  ainsi  fortifiée,  Notger  établit,  en  leur  donnant 
des  fiefs,  un  certain  nombre  de  ses  ministériaux,  qui  en 
devaient  former  la  garnison,  et  qui,  au  dire  d'un  écrivain  du 
XIP  siècle,  y  vivaient  dans  de  vastes  maisons  munies  de 
tours    solides,    sous    l'autorité    d'un   châtelain   nommé    par 


(1)  Tuinum  castrum  fecit  et  communivit  in  defentionem  marchie  episcopalis  et 
protectionem  Lobiensis  ecclesie.  Vita  Notgeri,  c.  6. 

Evracro  succedens  Nothgerus  episcopus  et  successu  meliore  magnis  iterum  mûris 
et  turribus  firniis  Tudinium  munivjt  et  firmavit  usque  in  hodiernum  diem.  De  fiin- 
datione  et  lapsii,  c.  12,  p.  SS4. 

(2)  Rapport  de  M.  l'abbé  Boulmont,  dans  le  Compte-rendu  du  Cuntjrès  archéolo- 
(jique  et  histurique  de  Bruxelles,  1891,  p.  39i.  Cette  tour  est  décrite  dans  un  acte 
de  1307  dont  une  mauvaise  copie  est  conservée  aux  archives  de  Thuin.  Je  dois  une 
transcription  de  cet  acte  à  l'obligeance  de  31.  Boulmont. 


Travaux  accomplis  dans  la  principauté.  177 

révèque(l).  Un  tribunal  d'échevins,  présidé  par  un  maïeur, 
y  exerçait  la  juridiction  civile  et  veillait  à  l'observation  des 
coutumes  (2).  Tous  les  fiels  donnés  à  ces  défenseurs  de 
l'abbaye,  soit  dans  le  château  de  Tliuin,  soit  en  dehors, 
étaient  prélevés  sur  la  part  qui  revenait  à  l'évêque  dans 
l'opulent  patrimoine  du  monastère.  Le  domaine  de  Lobbes, 
qui  faisait  comme  un  état  dans  l'état  liégeois,  reproduisait 
donc  en  petit  les  traits  que  nous  aurons  à  décrire  en  parlant 
plus  loin  de  la  principauté. 

C'est  grâce  aux  annalistes  lobbiens  que  nous  avons  pu 
retracer  ici  le  tableau  de  l'activité  déployée  par  Notger  dans 
la  vallée  de  la  Sambre.  Nous  sommes  moins  heureux  en  ce 
qui  concerne  Fosse,  autre  abbaye  appartenant  à  l'église  de 
Liège.  Cette  maison,  font^ée  au  VIP  siècle  par  un  apôtre 
irlandais  du  nom  de  Foillian  ou  P'euillien,  sur  une  terre  qui 
appartenait  à  l'abbaye  de  Nivelles,  était  en  Belgique  le  plus 
ancien  (3)  de  ces  nombreux  hospices  de  Scots  qui  servaient, 
si  l'on  peut  ainsi  parler,  de  pied  à  terre  aux  missionnaires 
irlandais  sur  le  continent  (4).  Elle  avait  dès  870  assez  d'im- 
portance pour  être  mentionnée  dans  l'acte  de  partage  qui 
coupa  en  deux  le  royaume  de  Lothaire,  et  qui  la  mit,  avec 
sa  maison-mère,  Nivelles,  dans  la  part  de  Charles-le- 
Chauve  (3).  Mais,  quelques  années  après,  l'abbaye  partagea 
le  sort  de  tous  les  monastères  lotharingiens  :  elle  fut  incen- 
diée par  les  Normands.  Elle  se  releva  bientôt  de  ses  ruines, 
grâce,  apparemment,  à  l'abbesse  Gisèle,  fille  de  Lothaire  II, 
qui,  veuve  du  Normand  Godefroi,  venait  d'entrer  comme 
religieuse  à  l'abbaye  de  Nivelles.  C'est  Gisèle  aussi  qui 
donna  à  l'église  de   Liège  cette  maison  restaurée  par  elle. 

(i)  De  fundatione  et  lapsu,  c.  42,  p.  533.  Cf.  les  mesures  prises  par  Erluin  de 
Cambrai  lors  de  la  fondation  du  Cateau-Cambrésis.  Gesta  epp.  Cam.,  I,  412  et  113, 
p.  4o0. 

(2)  0.  c.  ibid. 

(3)  V.  De  Buck  dans  Acta  Sanctonim,  l.  XIII  d'octobre,  p.  428b. 

(4)  Vita  sancti  Foilliani  dans  A  A.  SS.,  t.  XIII  d'octobre,  et  cf.  Vita  s.  Gerirudis 
dansS/Î.V,  t.  II,  p.  402. 

(î))  Annales  Bertiniani  ad  ann.  870,  p.  489.  Ce  monasterhan  Srotorum  qiiod  Fos- 
sae  vocatur  est  mentionné  dans  Eginhard,  Translatio  ss.  Marcellini  et  Pétri,  c.  86. 

I.  12 


178  CHAPITRE    Xî. 

Nous  ne  savons  pas  la  date  exacte  de  cette  libéralité,  que  le 
roi  Louis  l'Entant  ratifia  par  diplôme  de  907  (1). 

Notger  a-t-il,  le  premier,  substitué  aux  religieux  le  collège 
de  chanoines  qui  a  occupé  l'abbaye  jusqu'à  la  fin  ?  Cette 
hypothèse  est  assez  spécieuse  à  première  vue  ;  toutefois,  elle 
semble  peu  compatible  avec  les  textes.  D'une  part,  le  conti- 
nuateur de  Sigebert  nous  apprend  que  des  chanoines  rem- 
placèrent les  religieux  en  890  (2).  De  l'autre,  un  écrit  du  X* 
siècle  nous  montre  en  918  un  archidiacre  quittant  Fosse  avec 
un  cortège  de  clercs  et  de  laïques  pour  aller  au  devant  des 
reliques  de  saint  Eugène  (3).  Si  l'on  peut  ajouter  quelque 
valeur  à  ce  passage,  il  signifie  que  dès  lors,  et  probablement 
depuis  sa  reconstruction  par  la  princesse  Gisèle,  la  maison 
était  occupée  par  un  chapiti-e  canonical  (4). 

La  localité  qui  était  venue  se  grouper  autour  de  l'abbaye 
avait  ou  devait  acquérir  bientôt  une  certaine  importance. 
En  974,  nous  la  trouvons  en  possession  d'un  marché 
qu'Otton  II  céda  à  notre  évoque  avec  les  droits  de  tonlieu  et 
de  monnaie  (5). 

Notger,  toutefois,  ne  crut  pas  devoir  faire  pour  Fosse  ce 
qu'il  avait  fait  pour  Thuin  :  s'il  fortifia  l'église  et  les  cloîtres, 
en'*les  entourant  d'une  puissante  muraille  garnie  de  tours, 
il  laissa  en  dehors  de  l'enceinte  la  bourgade  proprement 
dite,  qui  ne  fut  emmuraillée  que  longtemps  après  lui  (6).  L'en- 

(1)  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  12.  J.  Borgnet,  Cartulaire  de  Fosse, 
p.  1.  Le  nom  du  chancelier  Ernuldus  doit  être  lu  Ernustus,  v.  Bohmer-Mûhl- 
bacher,  Regesta  [mpevii,  t.  I,  p.  737  et  Reusens,    A  EB,  XXV  (1893),  pp.  98-101. 

(2)  Sigeberti  Contiti.  p.  391  ;  Cf.  Albéric  de  Troisfontaines,  p.  747. 

(3)  Translatio  s.  Eugenii,  c.  7  :  Copiosa  sibi  juncta  ex  monasterio  sancti  Foil- 
lani  clericorum  ac  laicorum  turma.  {AB.  III,  p.  34).  Cf.  D.  U.  Berlière,  Monas- 
ticon  Belge,  t.  I,  p.  38. 

(4)  Kairis,  Notice  historique  sur  la  ville  de  Fosse,  Liège,  1858,  p.  78  p.  19,  veut 
que  le  changement  soit  dû  à  Notger,  mais  il  n'apporte  aucune  preuve.  Devaulx, 
t.  II,  p.  30,  semble  vouloir  établir  une  opinion  moyenne  en  disant  que  Notger  a  ré- 
duisit les  chanoines  à  la  vie  commune  ».  De  Buck,  AA.SS.,  t.  XIII  d'octobre,  p.  478, 
expose  les  deux  opinions  sans  se  prononcer.  Il  serait  étonnant  d'ailleurs,  si  Notger 
était  l'auteur  de  la  substitution  des  chanoines  aux  religieux,  qu'aucune  source  ne 
nous  eût  conservé  le  souvenir  d'un  fait  de  cette  importance. 

(5)  V.  ci-dessus,  p.  61. 

(6)  Fossensem  ecclesiam  condidit,  et  muro  eidem  ecclesie  circumdato,  et  lurri- 


TRAVAUX    ACCOMPLIS    DANS    LA    PRINCIPAUTÉ.  179 

ceinte  notgcrienno  portait  le  nom  de  château,  que  lui  donne 
déjà  le  Vita  Notgeri,  concurremment  avec  ceux  à'encloîlre 
ou  de  chapitre;  c'était,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  la  ville  des 
chanoines;  elle  comprenait  la  résidence  de  l'évêque,  l'église 
collégiale,  le  cimetière  et  les  maisons  claustrales.  La  tour  de 
Morialmé,  que  les  érudits,  sans  preuve,  l'ont  remonter  à 
l'époque  de  Notger,  et  qui  subsista  jusqu'en  1853,  était  con- 
tiguë  à  la  résidence  épiscopale,  dont  elle  avait  peut-être  été 
le  donjon  dans  les  premiers  temps  (1).  «  C'était,  dit  un  his- 
torien local,  un  vaste  quadrilatère  bâti  en  moellons  schisteux 
et  surmonté  d'un  toit  à  quatre  faces;  elle  était  percée  de 
trois  fenêtres  principales,  dont  l'une  consistait  simplement 
dans  l'embrasure  d'un  hémicycle  aplati;  une  autre  fenêtre 
beaucoup  plus  remarquable  se  trouvait  à  l'étage  supérieur; 
elle  était  divisée  par  un  meneau  en  pierre  grossièrement 
taillée  et  surmontée  d'un  linteau  triangulaire.  L'angle  de  la 
tour,  depuis  le  sommet  jusqu'au  milieu  de  la  base,  témoi- 
gnait, par  sa  teinte  foncée  et  par  sa  construction,  que  l'édi- 
fice avait  été  primitivement  adossé  à  une  butte.  On  pouvait 
voir  également  que  le  sol  avait  été  abaissé  à  cet  endroit, 
et  qu'il  s'élevait  autrefois  jusqu'à  la  hauteur  de  la  première 
fenêtre,  qui  servait  alors  de  soupirail  (2)  ». 

Telle  était  la  ville  des  chanoines.  Quant  à  la  ville  des  bour- 
geois, elle  resta  longtemps  encore  une  simple  agglomération 
ouverte,  dont  la  population,  en  cas  de  danger,  trouvait  un 
refuge  derrière  les  hautes  murailles  de  lencloître.  C'est  seu- 
lement en  lloO  qu'instruit  par  une  récente  et  terrible  leçon, 
l'évêque  de  Liège  imagina  de  fortifier  la  ville  des  bour- 
geois (3)  en  la  reliant  au  château  (4)  par  une  ligne  continue 

bus  in  defensionem  mûri  constitutis,  intra  religione  et  foris  eam  communivit  valida 
castri  complexione.  Vita  Notyeii,  c.  6. 

(1)  J'ai  suivi  dans  cette  description  le  judicieux  érudit  J.  Borgnet,  Carinlaire  de 
la  commune  de  Fosse,  Namur,  1867,  p.  XVIII  et  suivantes. 

(2)  Kairis,  o.  c,  Liège  1838,  p.  18. 

(3)  1149.  Henricus  episcopus  castrum  Fossense  reedificat,  deinde  urbem  nuiro 
circunidat.  Annales  Fossenses,  p.  31.  Ce  texte  est  formel,  et  je  ne  sais  pourquoi 
Borgnet,  qui  le  croit  «  trop  vague  »,  veut  faire  descendre  jusqu'au  XlIIe  siècle 
la  construction  des  murs  de  la  ville  des  bourgeois. 

(4)  Le  lumineux  exposé  de  Borgnet  réduit  à  néant  le  système  de  Kairis,  o.  c. 


180  CHAPITRE   XI. 

de  remparts.  Bourgeois  et  chanoines  ne  s'entendirent  pas 
toujours,  et,  quand  ceux-là  croyaient  avoir  à  se  plaindre  de 
ceux-ci,  ils  obstruaient  la  ruelle  qui  porte  aujourd'hui  le  nom 
de  Thée-Dinant,  seul  passage  par  lequel  on  pouvait  arriver 
du  château  dans  la  ville. 

Les  travaux  de  Notger  ne  semblent  pas  avoir  profité  seu- 
lement à  la  prospérité  matérielle  du  chapitre  de  Fosse.  Nous 
y  voyons  régner  une  activité  littéraire  et  artistique  de  bon 
aloi;  à  trois  ou  quatre  reprises,  au  cours  du  XP  siècle,  on  y 
écrivit  la  vie  du  saint  patron  (1),  et  l'on  fit  exécuter,  pour 
renfermer  ses  reliques,  une  châsse  qui,  à  en  juger  d'après 
une  description  contemporaine,  doit  avoir  été  une  œuvre  des 
plus  remarquables  (2). 

C'est  maintenant  à  l'extrémité  septentrionale  de  sa  princi- 
pauté que  nous  devons  nous  transporter  avec  Notger.  Chose 
curieuse!  les  localités  qui  ont  gardé  quelques  souvenirs  de  lui 
sont  précisément  celles  qui,  par  leur  voisinage  de  la  fron- 
tière, réclamaient  le  plus  impérieusement  sa  sollicitude,  et 
cette  circonstance  plaide  pour  la  véracité  des  traditions 
locales  qui,  comme  celle  de  Malines,  ne  nous  sont  pas 
conservées  par  des  documents  contemporains.  Malines  était, 
en  870,  une  abbaye  de  bénédictins  assez  importante  pour 
être,  comme  Fosse,  énumérée  parmi  celles  qui  furent  com- 
prises dans  la  part  de  Charles  le  Chauve  (3).  Dès  les  pre- 
mières années  du  X^  siècle,  elle  appartenait  à  l'église  de 
Liège  (4),  mais  on  ne  sait  pas  au  juste  comment  celle-ci 
l'avait  acquise.  Une  tradition  malinoise  croyait  pouvoir  le 

p.  iT,  qui  soutient  que  la  ville  des  bourgeois  doit  elle-même  son  enceinte  à  Notger. 
Celui-ci,  s'inspirant  de  ce  qu'il  avait  fait  à  Liège,  aurait  voulu  faire  contribuer  le 
ruisseau  de  Biesme  à  la  défense  de  la  ville  ;  il  en  aurait  donc  détourné  le  cours 
pour  le  taire  passer  au  pied  des  remparts,  de  manière  à  contourner  toute  la  ville, 
excepté  du  côté  de  l'ouest,  où  elle  était  protégée  par  le  Château.  La  description  de 
Kairis  s'applique  en  réalité  à  l'enceinte  du  XII^  siècle. 

(1)  On  trouve  ces  documents  au  t.  XIII  d'octobre  des  Acta  Sanctorum. 

(2)  Sur  cette  châsse,  voir  mon  mémoire  intitulé  Renier  de  Huy,  dans  BÀRE, 
4903,  pp,  510  et  o62-So3. 

(3)  Annales  Brrtiniani,  I.  c. 

(4)  Voir  le  diplôme  de  Charles  le  Simple  en  9lS  dans  Bormans  et  Schoolmeesters, 
Cartulaire  de  Saint- Lambert,  t.  I,  p.  16. 


TR4VAUX    ACCOMPLIS   DANS   LA   PRINCIPAUTE. 


I8l 


dire.  D'après  elle,  Arnoul  Berllioud,  seigneur  de  Malines  au 
X^  siècle,  avait  partagé  la  ville  entre  ses  deux  fils  aînés  : 
l'un  d'eux,  Jean,  prit  Ihabit  à  Lobbes  et  donna  sa  part  à  ce 
monastère.  Son  frère  s'en  étant  emparé  injustement,  Lobbes 
céda  ses  droits  à  Notgcr,  qui  fit  lâcher  prise  à  l'usurpateur  et 
établit  un  chapitre  à  douze  prébendes  dans  la  moitié  lob- 
biennc  de  Malines  (1).  Cette  tradition  (2),  dont  la  version  la 
plus  ancienne  ne  remonte  pas  plus  haut  que  le  commencement 
du  XIV  siècle,  a  le  défaut  de  n'expliquer  qu'en  partie  le 
problème,  car  c'est  la  ville  de  Malines  tout  entière  et  non 
la  moitié  de  celle-ci  que  l'église  de  Liège  possédait,  et  cela 
bien  avant  le  temps  de  Notger.  Il  est  d'ailleurs  à  remarquer 
que  le  plus  ancien  des  Berthoud  malinois,  Wautier,  n'appa- 
raît qu'à  la  date  de  1096  (3).  L'origine  des  droits  de  Liège 
sur  Malines  reste  donc  jusqu'à  présent  plongée  dans  les 
ténèbres,  (4)  et  il  en  est  de  même  de  la  substitution  des 
chanoines  réguliers  aux  moines  bénédictins  (o). 

Ce  que  nous  savons,  c'est  que  l'église  de  Liège  possédait 
Malines  depuis  une  date  qu'on  peut  cù*conscrire  entre  les 
années  908  et  91  o.  En  cette  dernière  année,  Etienne,  évêque 
de  Liège,  avait  passé  un  contrat  de  précaire  avec  im  comte 
du  nom  de  Windérie,  qui  recevait  poui^  sa  vie  l'abbaye  de 
Saint-Rombaut,  mais  qui,  après  sa  mort,  devait  la  rendre  en  y 
ajoutant  l'abbaye  d'Hastière  (G).  Ce  contrat,  approuvé  par  le 
roi  Charles  le  Simple,  avait  naturellement  sorti  ses  effets, 
car,  en  980,  nous  trouvons  la  ville  de  Malines  au  nombre  des 
domaines  dont  l'empereur  Otton  II  confirme  la  possesion  à 

(1)  Vos,  t.  I,  p.  304. 

(2)  Vos  se  donne  le  tort  de  la  reproduire  comme  un  fait  historique  avéré. 

(3)  Van  den  Branden  de  Hcelh,  Recherches  sur  l'origine  de  la  famille  des  Ber- 
thoiit,  [MCARB,  t.  XVII),  pp.  40  et  43. 

(4)  II  est  inutile  de  discuter  une  historiette  de  Jean  d"Outremeuse,  II,  p.  2S3, 
reproduite  par  Gramaye,  Machlinium,  II,  p.  2,  d'après  laquelle  Malines  aurait  été 
vendu  en  500  par  le  duc  Guyon  d'Ardenne  à  son  neveu  saint  Monulfe,  évêque  de 
Liège.  Il  n'a  jamais  existé  de  duc  Guyon  d'Ardenne. 

{îî)  Cette  substitution  était  un  fait  accompli  au  moment  où  fut  écrit  le  Gesta  epp. 
Camerac.  (v.  cet  ouvrage,  II,  48,  p.  4G.'>). 

(6)  Bormans  et  Schoolmeeslers,  t.  I,  p.  16.  Cf.  Lahaye,  Êtudç  sur  l'abbaije  dç 
Waulsort,  BSAHL,  t.  V,  (1889),  p.  219, 


182  CHAPITRE   XI. 

Notger(l).  Cette  localité  avait  beaucoup  souffert  de  l'invasion 
des  Normands,  et  il  ne  paraît  pas  qu'avant  Notger  aucun 
évêque  de  Liège  se  soit  préoccupé  de  secourir  une  détresse 
si  lointaine,  ayant  sous  ses  propres  yeux  tant  de  maux  à 
réparer.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  l'église  et  l'abbaye 
aient  dû  attendre  jusqu'à  lui  pour  se  relever  de  leurs  ruines. 
C'est  lui,  selon  toute  apparence,  qui  les  a  restaurées  l'une 
et  l'autre,  en  remplaçant  les  bénédictins  par  des  chanoines. 
Du  moins,  nous  pouvons  affirmer  que  cette  substitution  a  eu 
lieu  entre  les  années  908-913,  où  nous  trouvons  encore  Saiut- 
Rombaut  occupé  par  des  moines  (2),  et  1041-1043,  où  la  pré- 
sence des  chanoines  y  est  attestée  pour  la  première  fois  (3). 
Des  sources  du  XVP  siècle,  qui  semblent  se  faire  l'écho 
d'une  bonne  tradition,  assurent  qu'après  avoir  rebâti  l'édifice, 
Notger  y  aurait  fondé  les  douze  premières  prébendes  (4). 

Selon  toute  probabilité,  Notger  a  également  fortifié  Ma- 
lines  et  lui  a  donné  sa  première  enceinte  de  murs.  La  chose, 
il  est  vrai,  ne  nous  est  attestée  que  par  des  auteurs  assez 
récents  (5),  mais,  outre  qu'ils  semblent  parler  d'après  des 
sources  antérieures  aujourd'hui  perdues,  tout  nous  porte  à 
croire  que  Notger  a  dû  faire  pour  Malines  ce  que  nous 
l'avons  vu  faire  pour  Liège,  pour  Thuin  et  pour  Fosse.  Les 
comtes  de  Flandre  et  les  ducs  de  Brabant,  auxquels  il 
touchait  de  ce  côté,  n'étaient  pas  des  voisins  moins  remuants 

(1)  V.  le  diplôme  d'Otton  II  cité  et  analysé  ci-dessus,  p.  66. 

(2)  V.  ci-dessus,  p.  -181. 

(3)  C'est  la  date  à  laquelle  fut  écrit  le  Gesta  episcoporum  Cameracensium,  dans 
lequel  nous  lisons  11,  48,  p.  465  :  Apud  Maslinas  quoque  est  monasterium  canoni- 
corum,  ubi  quiescit  preciosus  Dei  martyr  Rumoldus,  génère  Scotus,  qui  vitam 
eremiticam  ducens,  inibi  martyrizatus  est.  Hoc  autem  monasterium  ab  antiquitate 
constructum  regalibus  emolumentis  maxime  augmentatur. 

(4)  In  eccifcsia  collegiata  sanctl  Rumoldi  Mechliniensis  instituit  Notgerus  duode- 
cim  primas  praebendas.  Vita  Notgeri  de  Langius,  p.  72.  Gramayc,  llistoriae  et  anti- 
quitatum  urbis  et  provinciae  ilecfiiinietisis  libri  III,  Bruxelles,  1609,  I.  III,  cli.  4, 
dit  avoir  lu  apjid  scriptores  qu'aux  douze  chanoines  de  Notger  la  comtesse  Gerlende 
en  ajouta  d'autres  :  quaenam  illa  Gerlendis  sit  fateor  me  ignorare.  Remmerus  Vale- 
rius,  Cfiruiiijke  van  Mechelen,  Malines.  s.  d.  p.  7,  l'appelle  Gela,  comtesse  de  Namur. 

(o)  Gramaye,  o.  c.  III,  6;  Remmerus  Valorius,  o.  c,  p.  7;  David,  Geschiedenis 
van  Mechelen,  p.  27,  note;  Van  den  Brandon  de  Reeth,  o.  c,  p.  41  et  tous  les 
historiens  de  Liège,  notamment  Fisen,  Foullon,  Bouille  et  de  Gerlache. 


TRAVAUX    ACCOMPIJS   DAXS   LA    PRINCIPAUTÉ.  183 

que  les  comtes  de  lîainaut.  En  vain  alU'guera-t-on  qu'au 
témoignage  d'un  chroniqueur  du  XIIF  siècle,  Malines  n'était 
pas  encore  fortifiée  en  1208,  lors  du  siège  qu'y  vint  mettre 
Henri  de  Gueldre  (1)  :  à  supposer  qu'on  ait  bien  compris  les 
paroles  de  Jean  Van  Heelu  et  qu'il  faille  le  prendre  au  pied 
de  la  lettre,  ce  chroniqueur  n'a  pu  penser  ici  qu'à  la 
seconde  enceinte,  considérablement  élargie,  et  avant  la 
construction  de  laquelle  la  plus  grande  partie  du  Malines 
d'alors  était  ellectivement  sans  défense  (2).  L'enceinte  not- 
gérienne,  nous  disent  les  historiens,  allait  de  la  porte  d'IIans- 
wyck  à  celle  de  Neckerspoel  et  consistait  en  un  mur  protégé 
par  un  fossé  ;  tout  le  reste  était  formé  de  simples  palissades  (3). 

(1)  Jean  Van  Heelu,  Rijmkronijk,  v.  350  et  suivants  : 

Al  woudic  seggen  nu  en  conde 
Vanden  heeren  nlet  tgetal 
Die  de  bisscop  met  lien  al 
Voor  Mechelen  doen  brachte 
Daer  hi  vore  mure  ende  graclite 
Noch  ancler porte  en  f/hcne  en  tant 
Sonder  die  van  Brabant 
Ende  heeren  Berthouts  mage, 
Die  fiadden  soe  sterche  lagfie 
Voor  Mechelen  soe  (jheleegt 
Dut  dicwile  wert  (jheseegt 
Dat  men  en  wiste  van  steenen 
In  al  tlnnt  muer  en  ghenen 
Soe  seker  ende  soe  vasten 
Aise  Mechelen  hadde  metten  gasten 
Die  hen  te  hulpen  comen  waren 
Ende  bereet  met  haren  scaren 
Hilden,  torsse  ende  te  voete 
Den  bisscop  Hein  rie  te  ghemoete; 
Soe  dat  hire  door  moeste  liden 
Soude  hi  te  Mechelen  in  ridcn. 

(2)  C'est  de  la  même  manière  que  les  chroniqueurs  liégeois  du  XHI^  siècle  nous 
disent  que,  lors  de  l'attaque  de  cette  ville  par  le  duc  de  Brabant  Henri  Ie>"  (1212), 
elle  était  encore  sans  fortifications  (Siquidem  nondum  civitas  mûris  circumdata  erat. 
Triumphus  s.  Lamberti  de  Steppes,  c.  3,  p.  17o).  Ils  pensent  à  la  seconde  enceinte, 
élargie,  qui  surgit  à  cette  époque,  et  non  à  celle  de  Notger,  qui  ne  protégeait  que  le 
cœur  de  la  ville. 

V.  David,  Gcschiedenis  van  Mechelen.  p.  27,  note  :  a  Het  Mechelen  der  XHIe  eeuw 
was  veel  grooler  dan  dat  der  tiende,  en  zoo  is  de  schijnbare  tegenspraak  gemak- 
kelijk  weg  te  ruimen. 

(3)  Gramaye,  III,  6  :  Et  quidem  Notgeri  Leodicensis  episcopi  aevo,  constat  urbis 


184  CHAPITRE   XI. 

Tels  sont  les  travaux  accomplis  dans  la  principauté  par 
Notger,  et  dont  le  temps  a  laissé  subsister  quelques  traces. 
Us  donnent  une  haute  idée  de  lui  comme  homme  de  gouver- 
nement. Chef  d'un  territoire  extrêmement  déchiqueté,  sans 
cohésion,  sans  frontières  naturelles,  il  ne  recule  pas  devant 
les  obligations  que  lui  impose  sa  qualité  de  prince,  et  il 
aborde  résolument  la  grande  tâche  de  fortifier  ses  frontières 
et  d'opposer  la  force  à  l'invasion.  On  appréciera  ce  que 
vaut  cette  initiative  si  l'on  réfléchit  que  les  plus  grandes 
villes  du  voisinage  ne  furent  fortifiées  que  longtemps  après 
les  siennes  :  Aix-la-Chapelle  entre  1172  et  1176  (1),  Louvain 
en  1156  (2). 

Fortifier  les  villes,  c'était  une  nécessité  ;  démolir  les  châ- 
teaux des  seigneurs  pillards,  c'en  était  une  autre,  et  plus 
impérieuse  encore,  à  laquelle  ne  s'est  dérobé  aucun  des 
grands  évêques  du  X^  siècle  (3).  Dans  ce  combat  pour  la  paix 
publique,  les  prélats  pouvaient  comiîter  sur  le  concours  des 
rois,  et  ceux-ci,  à  l'occasion,  ne  le  leur  marchandaient  point. 
Lothaire,  en  958,  vint  en  personne  prêter  main  forte  à 
Artaud  de  Reims  devant  Coucy;  le  château,  au  siège  duquel 
se  trouvaient  un  grand  nombre  de  comtes  et  d'évêques,  fut 
restitué  à  l'église  de  Reims.  Le  même  roi  prêta  un  concours 
non  moins  efficace  à  Roricon  de  Laon,  qu'il  aida  à  reprendre 
le  château  de  La  Fère  (4).  On  n'en  finirait  pas  s'il  fallait 
énumérer  tous  les  exemples  de  ce  genre  de  collaboration 
royale  à  l'œuvre  des  grands  feudataires. 

Notger,  à  en  juger  d'après  la  situation  de  son  j)ays  et 
d'après  l'exemple  de  ses  contemporains,  aura  abattu  plus 
d'un  repaire  féodal,  bien  que,  de  toute  sa  campagne  contre 


illud  latus  ab  Hanswyckana,  quae  tum  Leodicensis  vocabatur  iisque  ad  Neckerspo- 
liam  portam  muro  fosrâqiie  munitum  fuisse,  alla  parte  ligneis  scpimentis  instructa. 
Reniinerus  Valerius,  Chronijke  van  Mechelen,  p.  7,  écrit  :  992  wordt  door  Notger 
gemaekt  den  muer  ende  veste  tusschen  de  Hanswyck-en  de  Neckerspoelpoort. 

(1)  Hagen,  Geschichte  Achens,  t.  I,  p.  13o. 

(2)  E.  Van  Even,  Louvain  dans  le  passé  et  dans  le  présent,  p.  100. 

(3)  Adalbéron  II  de  Metz  en  détruisit  trois  pour  son  compte  :  Lanfrocourt,  Ven- 
doeuvre  et  Alteriacum. 

(4)  Lot,  pp.  23  et  24. 


TRAVAUX    ACCOMPLIS   DANS   LA   PRINCIPAUTE.  185 

les  châteaux,  lliistoire  nous  ait  garde  à  grand'  peine  le  sou- 
venir d'un  seul  épisode,  et  encore  combien  déiiguré  par  la 
légende  !  Le  hasard  a  voulu  que  cet  épisode  soit  devenu, 
grâce  à  elle,  la  page  la  plus  célèbre  de  l'histoire  de  notre 
prince;  il  nous  importe  donc  de  l'étudier  avec  quelque  détail. 
De  tous  les  châteaux  auquels  en  voulait  Notger,  aucun  ne 
le  préoccupait  plus  vivement  que  celui  de  Ghèvremont,  dont 
il  voyait  de  sa  propre  capitale  les  hautes  et  sombres  tours 
surgir  vers  le  ciel  comme  une  menace  vivante.  Depuis  la 
mort  du  comte  Immoii,  son  dernier  possesseur  connu,  cette 
forteresse  avait  eu  de  nouvelles  vicissitudes.  Elle  semble  bien 
avoir  été  au  pouvoir  de  l'empereur  le  jour  où  celui-ci  en 
donnait  l'abbaye  à  l'église  d'Aix-la-Chapelle  (1),  mais  elle 
était  retombée  ensuite,  selon  toute  apparence,  au  pouvoir  de 
quelque  vassal  plus  puissant  que  fidèle.  Ainsi  s'explique  le 
nouveau  siège  qu'elle  eut  à  soutenir,  pendant  l'été  de  987, 
de  la  part  de  l'armée  impériale  (^).  Deux  raisons  ramenaient 
sous  ses  murs  les  soldats  allemands.  D'une  part,  le  château 
avait  servi  et  peut-être  servait  encore  d'asile  aux  ennemis  du 
jeune  roi  Otton  III,  à  qui  son  parent  Henri  de  Bavière  avait 
fait  une  si  rude  opposition,  et  il  importait  de  les  débusquer  si 
on  ne  voulait  laisser  ouvert  au  roi  de  France  le  chemin  de 
l'Allemagne.  De  l'autre,  Notger  occupait  à  la  cour  impériale 
une  jiosition  des  plus  élevées,  et  il  n'est  pas  douteux  qu'il 
aura  mis  en  jeu  toute  son  influence  pour  obtenir  le  secours 
des  souverains  contre  le  plus  dangereux  de  ses  voisins.  Le 
siège,  auquel  nous  voyons  assister  l'impératrice  en  per- 
sonne (3),  dura  assez  longtemps.  En  effet,  Gerbert  de  Reims 

(1)  Voir  ci-dessus,  p.  SI. 

(2)  Il  ne  nous  est  connu  que  par  la  mention  qui  en  est  faite  incidemment  dans 
une  lettre  de  Gerbert  à  Adalbéron  de  Reims  :  Quâ  fiduciâ  quàve  cautelâ  colloquio 
0[donis]  et  H[erberti]  expetenda  vobis  sint  pervidete,  ne  forte  propter  praesentem 
obsidionem  Caprimontis  nova  in  vos  novis  dolis  undecunquo  comparentur  consilia. 
Lcttre.1  de  Gerbert,  n»  102,  p.  9i.  Cette  lettre.comnie  le  montre  l'éditeur,  fut  écrite 
en  avril- juin  987. 

(3)  Lettre  d'Adalbéron  de  Reims  à  Tliéophano  :  Num castra  ad  eoruiii 

votum  exlruerepatiemini,  qui  nunc  furtivas  delectorum  militum  contralumt  copias, 
ut  in  vos,  si  apud  Caprimontem  estis,  impetum  faciant  ?  Lettres  de  Gerbert.  n"  103, 
p.  93.  Cette  lettre  est  de  juin  987,  de  l'avis  concordant  de  Havet  et  de  Lair. 


186  CHAPITRE   XI. 

s'y  trouvait  ;  il  date  de  Chèvremont  la  lettre  qu'il  écrivit,  au 
I)rintemps  de  987,  à  son  maître  l'archevêque  Adalbéron  de 
Reims.  Cette  même  lettre  nous  apprend   qu'il  devait  y  re- 
tourner, porteur  d'un  message  de  l'archevêque  à  l'impéra- 
trice. Voilà  qui  suppose  quelques  semaines  de  siège  prévu. 
C'est,  sans  aucun  doute,  à  la  demande  de  Notger  et  pour  lui 
rendre  service  que  Théophano  avait  amené  l'armée  impériale 
devant   cette    forteresse,    qui   défiait   l'effort  de  ses  armes, 
Anselme  nous  l'insinue  en  nous  disant  que  Notger  s'employa 
à  délivrer  ses    sujets    de  ce   mauvais    voisinage  (1).   Etant 
donnée  l'extrême  concision  de  cet  auteur,  qui  suppose  les 
faits  connus  et  les  rappelle  souvent  par  voie  d'allusion,  cela 
signifie  bien  que  ce  n'est  pas  par  lui-même,  mais  grâce  à  l'ap- 
pui d'autrui  que  Notger  parvint  à  détruire  l'odieuse  bastille. 
Nous  ignorons  d'ailleurs  si  le  château  fut  emporté  de  vive 
force  ou  s'il  capitula  ;  mais  comme,  quelques  années  plus  tard, 
nous  le  trouvons  détruit,  il  n'est  que  logique  de  supposer 
qu'il  le  fut  à  cette  occasion.  Rien  ne  nous  défend  de  nous 
figurer  ce  siège  de  Chèvremont  à  la  manière  de  tous  ceux  de 
cette  époque.  Je  ne  dis  pas  que  les  assiégés  jetèrent  des 
ruches   d'abeilles   sur   les    assiégeants,   comme    la    chanson 
populaire  veut  qu'ait  fait  le  comte  Immon,   enfermé,   quel- 
ques années  auparavant,  derrière  ces  mêmes  murailles  qu'as- 
saillaient aujourd'hui  les  armées  impériales  (2).  Mais  je  vois 
que,  peu  de  temps  après  Notger,  un  évêque  de  Liège,  qui  fut 
comme  lui  un  dénicheur  de  brigands  féodaux,  emploie  des 
claies,  fait  transporter  des  fascines,  recourt  à  des  béliers 
pour  battre  les  murailles  et  à  des  cataxmltes  pour  lancer  des 
pierres,  pendant  que,  du  haut  de  leurs  remparts,  les  assiégés 
adressent  des  injures  à  l'ennemi  et  lui  demandent  s'il  est  fou 
de  s'attaquer   à   une   enceinte   aussi   redoutable.   L'évêque, 
pendant  ce  temps,  implore  le  secours  d'en  haut,  en  veillant 
et  en  chantant  des  psaumes  (3). 

Et  ce  n'est  pas  le  seul  côté  intéressant  que  présente  à  cette 
époque  le  siège  d'une  bastille  féodale  par  un  prince-évêque. 

(1)  Libcrare  studuit.  Anselme,  c.  2o,  p.  203. 

(2)  Cr.  G.  Kurth,  Le  Comte  Immon,  BARB,  1898,  p.  323. 

(3)  Anselme,  c.  53,  p.  222. 


TRAVAUX    ACCOMPLIS    DANS   LA   PRIXCIPAUTE.  187 

Lorsque  Rothard  de  Cambrai,  contemporain  et  ami  de  Not- 
ger,  marchait  contre  la  tour  de  Vinchy  pour  la  détruire,  il 
comptait  dans  son  armée,  à  côté  des  milices  féodales  placées 
sous  les  ordres  des  comtes  Arnoul  et  Godefroi,  des  bourgeois 
de  sa  ville  et  même  de  pauvres  paysans  (i).  C'est  le  chroni- 
queur de  Cambrai  qui  nous  le  rapporte,  et  il  n'est  pas  dou- 
teux que  nous  lirions  la  même  chose  dans  l'histoire  de  la 
destruction  de  Chèvremont,  si  l'histoire  avait  parlé  ici  avec 
autant  d'éloquence  que  la  légende.  Ce  sont,  tout  me  porte  à 
le  croire,  les  Liégeois  eux-mêmes  qui  montèrent  à  l'assaut 
de  la  forteresse,  tout  comme  les  paysans  français  à  l'assaut 
de  la  tour  du  Puiset  sous  les  ordres  de  Louis  VI  (2). 

Chèvremont  enfin,  de  quelque  manière  que  ce  fût  (3), 
tomba  au  pouvoir  des  assiégeants,  et  l'impératrice  s'empressa 
de  le  faire  démolir.  Ce  dut  être  un  beau  jour  pour  l'évêque 
et  son  peuple,  et  il  est  facile  de  se  figurer  avec  quel  enthou- 
siasme furent  exécutés  les  ordres  de  la  souveraine.  Le  X^  et 
XI"  siècle  ont  assisté  à  plus  d'un  épisode  de  ce  genre  ;  tout 
le  monde  s'employait  alors  à  l'œuvre  de  destruction  :  les 
clercs,  les  citadins  et  les  paysans.  Qu'on  lise,  par  exemple, 
l'histoire  de  la  démohtion  du  château  de  Mirwart,  dont  l'abbé 
Thierry  de  Saint-Hubert  avait  enfin  arraché  la  sentence  de 
mort  à  l'évêque  de  Liège  Henri  P^  Dans  cette  page  où  vibre 
encore  l'enthousiasme  du  narrateur  contemporain  de  l'évé- 
nement, on  retrouvera,  à  n'en  pas  douter,  quelque  chose  de 
l'explosion  de  joie  passionnée  avec  laquelle,  Chèvremont  pris, 
les  Liégeois  se  ruèrent  sur  la  bastille  maudite  pour  l'efTacer 
de  la  surface  de  la  terre  (4). 

(1)  Gestaepp.  Cartier.,  I,  ^03,  p.  444. 

(2)  Suger,  Vie  de  Louis- le-Gros,  c.  48,  pp.  63-66,  éd.  A.  Molinier. 

(3)  Ce  serait  à  la  suite  d'une  capitulation,  s'il  fallait  admettre  avec  Raikem, 
Quelques  événements  du  temps  de  Notcjer,  Liège  i870,  pp.  30  et  o\,  que  la  lettre  de 
Gerbert  à  Notger  (n»  66,  p.  63)  dans  laquelle  il  lui  parle  d'un  château  assiégé 
devant  se  rendre  le  lendemain,  doit  s'entendre  de  Chèvremont.  11  n'en  est  rien. 
Havet  assigne  a  cette  lettre  la  date  de  985  (Lair,  p.  180,  préfère  984),  alors  que  le 
siège  de  Chèvremont  a  lieu  en  987.  D'ailleurs,  Gerbert  assiste  au  siège  et  Notger 
n'y  assiste  pas  :  cela  suffit  pour  Indiquer  qu'il  s'agit  d'un  autre  siège  que  celui  de 
Chèvremont. 

(4)  Clirunicon  Sanrti  Iluberti,  c.  48,  p.  594;  cf.  Gesta  ej>p.  Camerac,  I,  103, 
p.  444  (destruction  du  château  de  Vinchy). 


1S8  CHAPITRE   XI. 

La  démolition  du  diàteau  entraînait  nécessaircinent  celle 
de  ses  chapelles  :  ainsi  le  voulaient  les  nécessités  militaii'es. 
Mais  ri^'glisc  ne  permettait  pas  qu'une  fondation  religieuse 
fût  supprimée  sans  plus,  et  les  prébendes  de  Ghèvremont 
furent  rattachées  à  Fégiise  d'Aix-la-Chapelle,  qui,  depuis  972, 
ainsi  qu'on  l'a  vu,  possédait  l'abbaye  du  lieu.  Anselme  fait 
honneur  à  Nolger  de  la  modération  avec  laquelle,  pouvant, 
dit-il,  enrichir  son  église  des  dépouilles  du  château  détruit, 
il  aima  mieux  les  laisser  à  la  ville  de  la  résidence  royale, 
pour  ne  pas  prêter  à  la  suspicion.  S'il  entend  parler  ici  de 
l'usage  qui  fut  fait  des  dîmes  de  l'abbaye  castrale,  il  commet 
une  erreur.  L'église  d'Aix-la-Chapelle  étant  le  légitime  pro- 
priétaire de  1  abbaye  détruite,  il  ne  pouvait  pas  être  question 
de  lui  enlever  ce  qui  était  à  elle,  et  il  n'y  avait  aucune  modé- 
ration à  respecter  son  droit.  Mais  il  est  probable  qu'Anselme 
pense  au  butin  fait  dans  le  château  même  et  que  Notger  aura 
agi,  en  cette  occurrence,  avec  la  modération  prudente  qu'en 
pareil  cas  d'autres  prélats  déployaient  aussi  (1). 

Les  Liégeois  se  souvinrent  longtemps  de  ce  qu'ils  avaient 
.eu  à  craindre  et  à  pâtir  de  la  redoutable  bastille,  dont  les 
ruines  menaçantes  continuèrent,  pendant  bien  des  siècles,  de 
dominer  la  côte  abrupte  baignée  par  les  flots  de  la  Vesdre  (2). 
S'il  faut  en  croire  un  historien,  ils  auraient  pris  l'habitude 
de  faire  jurer  à  chacun  de  leurs  princes,  lors  de  son  avène- 
ment, que  jamais  il  ne  rebâtirait  Chèvremont  (3).  C'est  aussi 

(1)  Voir  par  exemple  ce  qui  est  dit  d'Adalbéron  II  de  Metz  dans  la  vie  de  ce  pré- 
lat par  Constantin,  c.  21,  p.  GG6,  à  l'occasion  de  la  pi'ise  d'un  repaire  de  brigands  : 
Quia  vero  pietalc  magis  quam  avaritiâ  haec  faciebat,  ea  res  indicio  erat,  dum  ab 
aliquo  maligno  quippiam  lege  accipiebat,  suis  usibus  exinde  nihil  unquam  miscerc 
voiuit,  sed  aut  pauperibus  ea  statim  distribuenda,  aut  restaurandarum  ecclesiarum 
usibus  largienda  dispertiebatur. 

(2)  Veterum  sane  muroi'um  ruinae  — •  —  indicant  loci  amplitudinem,  écrit  Fisen, 
0.  c,  I.  p.  i^i,  col.  2,  hij'ra.  Il  n'en  existe  plus  aucun  vestige  depuis  longtemps, 
ce  qui  n'empêche  pas  F.  Henaux  d'éci'ire  en  1872,  Histoire  du  pays  de  Lièye,  3»  édi- 
tion, t.  I,  p.  MO,  note  2  :  «  Des  restes  considérables  des  murailles  de  Chèvre- 
mont  subsistent  encore.  Elles  sont  construites  en  pflit  appareil.  On  est  frappé  de 
leur  caractère  antique  (!)  ».  Cela  est  faux,  et  l'était  en  1872  tout  autant  qu'en 
dOOi. 

(3)  Caverunt  Leodienses  tanto  studio,  ([uantum  perpessi  fuerant  malum.  Suis 
profecto  principibus,  dum  inaugurarentur,  solenne  id  esse  sanxerunt  pcr  tôt  jam 


TRAVAUX    ACCOMPLIS   DANS    LA    PRINCIPAUTÉ.  489 

le  spectacle  des  ruines,  si  bien  fait  pour  tenir  les  imaginations 
en  éveil,  qui  devait,  quelques  générations  plus  tard,  donner 
naissance  à  une  dramatique  légende.  A  une  époque  où  le 
souvenir  des  circonstances  dans  lesquelles  avait  péri  le  châ- 
teau était  perdu,  et  où  Ion  ne  pouvait  se  figurer  qu'un  évoque 
à  lui  seul  eût  eu  raison  de  ces  maçonneries  formidables,  il 
fallait  s'expliquer  leur  destruction  par  quelque  stratagème. 
Voici  donc  lliistoire  qu'à  partir  de  la  fin  du  XIP  siècle  on 
se  raconta  à  Liège  et  dans  les  environs. 

Le  château  de  Chèvremont  était  habité,  du  temps  deNotger, 
par  un  homme  puissant  et  redoutable,  et  l'évéque  se  deman- 
dait comment  il  parviendrait  à  s'en  emparer,  quand  une  cir- 
constance fortuite  lui  en  olïVit  l'occasion.  La  châtelaine  ayant 
mis  au  monde  un  fils,  son  mari  invita  Notger  à  le  venir 
baptiser.  L'évêque  promit  d'aller  un  jour  déterminé  procéder 
à  cette  cérémonie  avec  un  grand  cortège.  Mais  il  devança  la 
date  fixée,  de  peur  que  le  châtelain  ne  vînt  à  sa  rencontre  à 
Liège  et  ne  découviùt  la  ruse  qu'il  ourdissait.  Habillant  donc 
en  prêtres  un  grand  nombre  de  ses  soldats,  qui  cachaient 
leurs  armes  sous  leurs  surplis,  et  leurs  casques  sous  des 
capuchons,  il  partit  en  procession  solennelle.  On  annonce  au 
châtelain  que  Notger  vient  le  visiter  avec  presque  tout 
son  clergé  :  il  accom^t  au  devant  du  cortège  et  l'introduit 
dans  le  château  avec  toute  sa  suite.  Mais  à  peine  les  guer- 
riers de  Notger  y  sont-ils  entrés  que,  sur  l'ordre  de  l'évêque, 
ils  jettent  bas  leur  costume  ecclésiastique,  massacrent  tout  ce 
qui  leur  résiste  et  s'emparent  de  la  forteresse,  qu'ils  détrui- 
sent de  fond  en  comble.  Après  quoi  ils  retournèrent  à  Liège, 
emportant  avec  eux  les  reliques  des  saints,  qu'ils  déposèrent 
avec  respect  dans  la  cathédrale. 

Telle  est  la  légende  qui,  consignée  pour  la  première  fois,  au 
commencement  du  XlIP  siècle,  dans  un  résumé  de  la  chro- 


aetates,  ut  roncepti  junsjurandi  religione  tenerendir  impedire,  ne  quis  aliquando 
novis  operibus  locum  inuniret.  Ita  fama  est.  Et  priscis  fortasse  temporibus  usur- 
patum  fuit,  quando  recens  toieratorum  malorum  memoria  novum  ab  aliis  metum 
incutiebat.  Hodie  nullam  hujusce  jupisjurandi  mentionem  invenio.  Fisen,  Sancta 
Legia,  t.  I,  p.  loi. 


190  '  CHAPITRE   Xï. 

nique  d'Anselme  (1),  s'est  répandue  ensuite  dans  les  chroni- 
queurs et  dans  les  historiens  comme  un  fait  avéré.  Accueillie 
par  Gilles  d'Orval,  dont  la  compilation  absolument  dépour- 
vue de  critique  est  devenue,  à  partir  du  XIIP  siècle,  la  base 
de  l'histoire  liégeoise,  amplifiée  et  dramatisée  au  XIV* 
par  la  féconde  imagination  de  Jean  d'Outremeuse,  introduite 
au  XV",  avec  une  variante  assez  considérable,  dans  la  chro- 
nique de  l'abbaye  de  Saint-Laurent,  elle  a  été  rééditée  suc- 
cessivement par  tous  les  historiens  tant  liégeois  qu'étran- 
gers, et  c'est  de  nos  jours  seulement  que  les  érudits  l'ont 
définitivement  éliminée  de  l'histoire  (2). 

Nous  venons  d'énumérer  les  souvenirs  que  la  principauté 
de  Liège  a  conservés  des  travaux  de  son  premier  souverain. 
Tous,  on  le  voit,  se  rapportent,  comme  dans  la  capitale, 
à  un  même  ensemble  de  grandes  constructions  religieuses  et 
militaires,  ou  à  des  luttes  pour  défendre  le  pays  contre  la  féo- 
dalité pillarde  et  oppressive.  Ils  se  groupent  autour  de  quel- 
ques noms  :  Liège,  Thuin,  Fosse,  Malines,  Chèvremont.  Les 
autres  villes  auraient-elles  été  oubliées  par  le  grand  initiateur? 
Non  certes,  et  ce  n'est  pas  parceque  leur  nom  ne  figure  pas 
sur  les  feuillets  de  l'histoire  qu'on  aurait  le  droit  de  le  penser. 
Gomment  se  figurer  que  des  centres  aussi  intéressants  que 
Tongres,  Maestricht  et  Huy,  pour  n'en  pas  citer  d'autres, 
n'auraient  eu  aucune  part  dans  les  solhcitudes  du  père  de  la 
patrie?  Mais  il  faut  bien  renoncer  à  savoir  ce  qui  ne  nous  a 
pas  été  raconté,  et  nous  ne  ferons  pas  d'effort  pour  en  savoir 
davantage.  Tout  au  plus  nous  arrêterons-nous  un  instant, 
avant  de  clore  ce  chapitre,  devant  une  allégation  qui  fait  de 
Notger  le  restaurateur  de  la  belle  éghse  Notre-Dame  de 
Maestricht. 

Ge  n'est  pas  qu'il  ait  fondé  ce  sanctuaire,  dont  l'existence 

(1)  On  trouve  ce  résumé  dans  le  manuscrit  i78  de  la  bibliothèque  de  l'université 
de  Liège.  Waitz  a  signalé  et  décrit  ce  manuscrit  dans  le  Neues  Archiv,  t.VlI,  p.  73 
et  suivantes,  et  en  a  réimprimé  une  partie  dans  le  tome  XIV  des  MGll,  pp.  107- 
i20.  Sur  ce  texte,  dont  l'importance  a  été  exagérée  par  Waitz,  il  faut  lire  R.  Gor- 
gas,  Veber  den  kûrzeren  Text  von  Anselms  Gesta  pontijicum  leodensium,  Halle,  i890 
(dissertation). 

(2)  Voir  la  note  complémentaire  à  la  fin  du  chapitre. 


Travaux  accomplis  dans  la  phincipauté.  191 

plonge  dans  la  nuit  des  temps  et  qui  est  probablement 
la  plus  ancienne  église  de  la  ville.  Mais  Notre-Dame  a  été 
reljàtie  au  cours  des  âges,  et,  si  son  vaisseau  actuel  n'est  pas 
antérieur  à  l'époque  romane,  en  revanclie  son  étonnant  nar- 
thex  évoque  bien  l'idée  du  X^  siècle  et  olïï'e  une  frappante 
analogie  avec  celui  de  Saint-Denis  de  Liège,  œuvre  du  grand 
évêque.  Un  document  très  ancien  nous  apprend  que  la  crypte 
de  Notre-Dame  fut  creusée  par  Baldéric  II,  son  successeur 
immédiat,  et  qu'elle  s'écroula  le  jour  même  où  ce  prélat  sor- 
tait de  l'église  pour  aller,  avec  son  armée,  participer  à  l'expé- 
dition contre  la  Hollande  (1).  Ce  renseignement  concorderait 
avec  l'hypothèse  de  la  reconstruction  de  l'édifice  par  Notger. 
Celui-ci  serait  mort  avant  de  l'avoir  achevé,  et  le  soin  de 
consacrer  l'église  de  Maestricht,  comme  la  cathédrale  de 
Liège,  serait  échu  à  son  successeur  (2). 

Mais  ce  n'est  pas  tout,  et  l'on  veut  que  Notger,  après  avoir 
construit  Notre-Dame,  y  ait  transporté  le  chapitre  séculier 
de  Malonne  avec  son  abbé.  A  cette  occasion,  continue  l'au- 
teur moderne  auquel  j'emprunte  ce  renseignement  non  sans 
hésitation,  il  donna  à  l'église  un  moulin  banal  et  le  droit  de 
pâturage  sur  le  patrimoine  de  l'église  Saint-Pierre  (3).  Il  ne 
m'est  pas  possible  de  contrôler  ce  renseignement  et  je  laisse 
à  un  plus  heureux  que  moi  le  plaisir  de  résoudre  un  jour  ou 
l'autre  ce  petit  problème  de  l'histoire  de  Notger. 


(1)  Gesta  epp.  Camerac.  III,  19,  p.  471. 

(2)  Voir  la  note  3. 

(3)  Lenarts,  Opkomst  en  VoorUjang  der  stad  Maestricht,  édité  par  J.  Habets  dans 
les  Publications  de  la  Sncicté  d'Archéologie  dans  le  duché  de  Linibourg,  t.  II,  18Go, 
p.  4.  Lenarts  est  un  Maestrichtois  qui  a  vécu  de  1741  à  1828;  il  appartenait  à  une 
famille  patricienne  établie  à  Maestricht  depuis  le  XV^  siècle.  Lenarts  ajoute  que  cet 
abbé  s'appelait  Eligibel  et  était  chanoine  de  Saint-Lambert,  double  renseignement 
qu'il  m"a  été  impossible  de  contrôler.  Fisen.  auquel  Lenarts  renvoie,  mais  avec  la 
fausse  indication  Historia  Leodiensis,  p.  213,  ne  dit  rien  de  cela,  mais  affirme  aussi, 
sans  d'ailleurs  donner  aucune  preuve,  que  Notger  transporta  le  chapitre  de  Malonne 
à  Notre-Dame  de  Maestricht.  Barbier,  Histoire  de  l'abbaye  de  Malonne,  et  dom 
Berlière,  Monasticon  Belge,  p.  d41,  ignorent  cette  translation,  et  les  érudits  maes- 
trichtois d'aujourd'hui  pareillement.  D'autre  part,  il  est  peu  probable  que  le  ren- 
seignement de  Fisen  et  aussi  celui  de  Lenarts  soient  pris  en  l'air.  La  question 
attend  donc  une  solution. 


19ïî  CHAPITRE    XI. 

NOTE  COMPLÉMENTAIRE. 

SUR    LA    LÉGENDE    DE    CIlÈVREMONT. 

La  légende  se  bifurque  en  deux  versions  à  l'endroit  du  stratagème  par  lequel 
Notger  pénétra  dans  la  forteresse.  L'une  de  ces  versions  est  celle  que  j'ai  analysée 
ci-dessus  ;  l'autre,  qui  se  trouve  dans  la  chronique  interpolée  de  Saint-Laurent,  c.  8, 
p.  264,  veut  que  Notger  ait  spontanément  imaginé  de  pénétrer  dans  le  château  en 
faisant  dire  au  seigneur  qu'il  voulait  y  célébrer  l'oflice  du  jeudi  saint.  Cette  variante 
prouve  tout  au  moins  qu'a  l'origine,  on  se  bornait  à  raconter  que  Chèvremont  avait 
été  pris  grâce  à  un  stratagème,  mais  sans  savoir  lequel.  C'est  plus  tard  seulement 
qu'on  imagina  de  préciser,  et  rien  n'est  mieux  fait  pour  attester  le  caractère  légen- 
daire de  la  tradition  relative  à  Chèvremont. 

Gilles  d"Orval  (II,  SO,  p.  08),  écrivant  au  XIII^  siècle,  a  imaginé  de  greffer  diverses 
légendes  accessoires  sur  la  principale,  et  Jean  d'Outremeuse  (IV,  pp.  143-149),  est 
trop  heureux  de  développer  ces  nouveaux  thèmes  à  sa  suite. 

C'est  ainsi  que,  selon  Gilles  d'Orval,  il  y  avait  dans  le  château  de  Chèvremont 
trois  églises  :  Notre-Dame  avec  ses  douze  prébendes,  qui  furent  transportées  à 
Aix-la-Chapelle,  Saint-Jean  et  Saint-Denis.  Or,  Saint-Jean  ne  voulut  d'aucune  manière 
se  laisser  abattre,  jusqu'à  ce  que  Notger  eut  fait  le  vœu  de  bâtir  dans  sa  ville  une 
autre  église  sous  le  même  vocable.  Alors  seulement  les  démolisseurs  en  vinrent  à 
bout.  Jean  d'Outremeuse  s'en  voudrait  de  ne  rien  ajouter  à  cette  légende,  et  il 
nous  apprend  que  celui  qui  conseilla  à  Notger  l'expédient  du  vœu,  ce  fut  «  un  grand 
maistre  théologien  »  du  nom  d'Eustache  de  Chamont  :  «  et  tôt  ausi  tost  qu'il  l'ol 
voweit,  écrit-il  comme  s'il  avait  été  présent,  elle  chaiit  sens  cop  férir  ».  Jean 
d'Outremeuse  sait  encore  que  l'église  Saint-Jean  de  Chèvremont  contenait  30 
chanoines,  dont  20  avaient  été  fondés  par  saint  Materne  et  10  par  saint  Martin. 
(IV,  p.  ■149). 

On  peut  s'étonner  que  Jean  d'Outremeuse  ait  résisté  à  la  tentation  de  développer 
le  thème  que  Gilles  d'Orval  lui  fournissait  avec  ses  renseignements  sur  la  troisième 
église  de  Chèvremont,  dédiée  à  saint  Denis.  Notre  chroniqueur,  sans  doute  parce 
qu'il  était  fatigué,  s'est  borné,  pour  n'en  pas  perdre  l'habitude,  à  corriger  sa 
source  :  Saint-Denis  de  Chèvremont  n'est  pas,  d'après  lui,  une  église  distincte, 
c'est  une  simple  chapelle  de  l'église  Saint-Jean.  Néanmoins,  sa  mégalomanie  l'em- 
portant au  dernier  moment,  il  ne  peut  s'empêcher  de  placer  douze  prêtres  dans  ce 
«  petit  oratoire  ».  Jean  d'Outremeuse  comble  aussi  une  grave  lacune  du  récit  de 
Gilles  d'Orval  et  épargne  au  lecteur  la  torturante  question  :  Que  sont  devenus  les 
châtelains  de  Chèvremont,  à  savoir  le  père,  la  mère  et  l'enfant?  Et  tout  d'abord,  il 
a  soin  de  nous  faire  connaître  les  noms  de  ces  personnages  ignorés  avant  lui  :  le 
père  s'appelait  Lidriel,  la  mère  Isabeau,  et  l'enfant  (que  Notger  baptisa  aussitôt 
après  la  prise  du  château),  Anchelay.  Lidriel  donc,  se  voyant  trahi,  se  précipita  du 
haut  des  murs  du  château  et  périt  brisé  sur  les  rochers;  «  la  mère  del  enfant  et 
l'enfant  ons  metil  en  Vais  (Vaux-sous-Chèvremont)  ou  à  Chayenée,  à  un  hosteil 
suffissant,  mains  ilh  moururent  andois.  »  Comme  on  le  voit,  il  est  impossible  d'être 
mieux  renseigné  que  ne  l'est  notre  chroniqueur  sur  une  histoire  qui  s'est  passée 


TRAVAUX    ACCOMPLIS   DANS    LA    PRINCIPAUTÉ.  193 

quatre  siècles  avant  lui,  et  que  ses  prédécesseurs  avaient  racontée  en  quelques 
lignes.  Mais  ce  n'est  pas  tout.  Jean  d'Outrcmeusc  sait  aussi  ce  que  devinrent  les 
cloches  de  Clièvroinont.  Kilos  étaient  douze,  ni  plus  ni  moins,  et  chacune  avait 
son  petit  nom,  iialnreilement  connu  de  noti'C  omniscient  chroniqueur.  Dardar  fut 
donnée  à  Sainl-Paul  de  Liège,  Primetle  à  Saint-Pierre,  et  ainsi  de  suite.  Dardar 
(qu'il  faut  sans  doute  lire  dare-dare),  et  Primelte  sont  de  charmants  noms  de 
cloche,  et  il  est  peu  probable  que  Jean  d'Outremeuse  les  ait  inventés;  ou  je  me 
trompe  fort,  ou  c'était  des  noms  portés  de  son  tcnips  pai'  des  cloches  de  Saint- 
Paul  et  de  Saint-Pieri'O,  auxquelles  il  a  voulu  forger  une  histoire. 

Les  fables  de  Jean  d'Outremeuse  ont  encore  été  amplifiées  par  lesérudits  liégeois 
à  partir  de  la  Renaissance.  Il  serait  oiseux  de  relater  par  le  menu  toutes  leurs 
inventions  nouvelles  ;  je  me  contenterai  de  ce  spécimen.  Albert  de  Lymborcb,  cha- 
noine de  Saint-Paid  au  XVP'  siècle,  a  trouvé  sans  doute  que  Jean  d'Outremeuse  n'a 
p:ii;  fait  la  part  de  sa  collégiale  assez  belle  en  ne  lui  attribuant  dans  les  dépouilles 
de  Chévremont  qu'une  simple  cloche.  11  sait  que  Daniar  appartenait  a  une  quatrième 
église  de  Chévremont  restée  inconnue  de  Jean  d'Outremeuse,  et  qui  était  dédiée  à 
saint  Caprais  (Saint-Caprais  à  Ca-praemom,  c'est  bien  imaginé  et  digne  d'un  huma- 
niste!) Il  y  avait  à  Saint-Caprais  dix  chanoines  que  Notger  transporta,  avec  leur 
cloche,  dans  l'église  de  Saint-Paul  de  Liège,  oii  ils  furent  désormais  au  nombre  de 
trente  : 

Census  tituiumque  Caprasi 

(Sic  primi  primis  qui  successere  sequentes 

Ordine,  sic  prisci  nos  edocuere  récentes) 

Transtulit  ad  Pauli  lemplum  numerumque  tricenum 

Inceptamijue  aedis  moleni  complcvit. 

Albert  de  Lymborch,  Fundntio  Sancti  Pauli,  dans  0.  J.  T., 
Essai  historique  sur  l'ct/lisc  de  Saint-Paul,  p.  321. 

Quant  aux  chroniques  vul()aires,  cette  vraie  peste  de  l'historiographie  liégeoise, 
qui  se  sont  bornées  à  reproduire  et  à  amplifier  les  légendes  de  Jean  d'Outremeuse, 
elles  n'ont  pas  manqué  à  la  lâche.  Dès  le  commencement  du  XVI«  siècle  déjà,  elles 
racontaient,  en  contradiction  formelle  avec  leur  auteur,  le  triste  sort  de  la  châte- 
laine, se  précipitant  dans  le  puits  du  château,  selon  les  uns  avec  son  enfant,  selon 
les  autres  sans  lui.  Déjà  Placentius  et  dom  de  Waha  (celui-ci  vers  dS96,  v.  Bormans 
dans  son  Introduction  à  Jean  d'Outremeuse,  p.  CC)  citent  cette  légende,  mais  pour 
s'en  moquer,  et  de  même  fait  Foullon,  t.  I,  p.  199.  Ils  ont  tort  :  l'histoire  est  bien 
plus  dramatique  ainsi,  et  d'ailleurs,  chaque  fois  qu'un  château  est  pris,  la  châtelaine 
se  jette  soit  dans  un  puits,  soit  du  haut  des  murs  ;  sans  sortir  de  notre  petite 
Belgique,  nous  avons  quantité  d'exemples  de  cette  mode  féodale. 

On  me  demandera  pourquoi  je  me  suis  infligé  la  peine  de  suivre  à  la  piste  les 
développements  successifs  d'une  légende  dont  le  caractère  fabuleux  saute  aux  yeux 
de  tout  lecteur  ayant  un  peu  d'esprit  critique. 

Il  le  fallait  à  cause  du  crédit  extraordinaire  qu'elle  a  gardé,  ju.sque  dans  les 
derniers  temps,  auprès  des  historiens  liégeois,  et  qu'elle  a  conservé  chez  plus  d'un 
de  ceux  du  dehors.  Je  citerai,  sans  essayer  de  faire  une  énumération  complète  : 
Fisen,  t.  I,  p.  ioO;  Foullon,  t.  I,  p.  198;  Bouille,  t.  I,  p.  72;  Gallia  Christiana, 

h  13 


194  CHAPITRE   XI. 

t.  III,  col.  84,');  Histoire  littéraire  de  France,  t.  VII,  p.  209;  Villcnfagne,  JSssa« 
historique  sur  ISdtfjrr,  p.  20,  oii  on  lit  ce  passage  curieux  :  a  II  m'aurait  été  bien 
satisfaisant  de  disculper  l'illustre  Notger  de  la  surprise  de  cette  place,  mais,  après 
avoir  approfondi  ce  trait  historique,  j'ai  trouvé  que  cela  est  impossible.  Si  ciuelques 
personnes  traitent  encore  ce  strataqème  de  fable,  c'est  qu'elles  n'ont  point  pris  la  peine 
d'examiner  comme  moi,  dans  de  bonnes  sources,  l'histoire  de  ce  prince.  »  Les  histo- 
riens du  XIXe  siècle  font  écho  à  ceux  du  XYII"  et  du  XVIIIe;  tels  sont  de  Gerlache, 
Histoire  de  Liège,  3e  édition,  p.  45  et  suivantes;  Polain,  Histoire  de  Liètje  (-1844), 
1. 1,  p.  -138;  Hirsch,  Jalirbi'icher  des  dcutschcn  Heichs  untcr  Heinrich  H,  t.  I,  p.  404; 
F.  Lot,  Les  derniers  Curolimjiens,  p.  21îj;  Bohmer,  Willigis  von  Mainz,  p.  W^,  qui 
n'hésite  pas  à  conclure  de  la  légende  «  que  les  évêques  du  Xe  siècle  ne  craignaient 
«  pas  de  recourir  à  des  moyens  d'une  moralité  douteuse  pour  protéger  l'intégrité 
a  du  patrimoine  de  leur  église.  »  Mais  la  palme  de  l'extravagance  était  réservée, 
cette  fois  encore,  à  F.  Henaux.  Cet  historien,  qui  n'entre  jamais  dans  l'écurie 
d'Augias  de  la  légende  que  pour  ....  en  mettre,  selon  une  expression  spirituelle, 
nous  a  déjà  présenté  Chèvremont  comme  une  ville  (v.  ci-dessus,  p.  SI,  note).  Ce 
n'est  pas  tout.  Il  sait  encore  que  le  seigneur  de  Chèvremont  n'était  autre  que  le 
comte  de  Liège,  ignorant  qu'il  n'y  a  jamais  eu  de  comte  de  Liège.  Il  veut,  on  ne 
sait  pas  pourquoi,  que  ce  personnage  se  soit  appelé  Guidon,  et,  après  l'avoir 
dépouillé  du  nom  que  lui  avait  donné  Jean  d'Outremeuse,  il  en  gratifie  sa  femme, 
qui  devient  Idrelle  par  aphérèse. 

Après  nous  avoir  appris  une  première  fois  que  Notger  prit  Chèvremont,  le  21 
avril  972  [BtAL,  I,  p.  iJ8)  il  s'aperçoit  un  peu  tard  que  c'était  deux  jours  avant  la 
consécration  èpiscopale  de  ce  prince  à  Bonn,  et  il  imagine  alors,  pour  des  raisons 
dont  il  a  cru  devoir  conserver  le  secret,  de  placer  l'événement  en  993.  (Histoire  du 
pays  de  Liège,  3^  édition,  t.  I,  p.  ilO).  Enfin,  il  couronne  toutes  ces  énormités  par 
une  idée  saugrenue  qui,  par  bonheur  pour  lui,  n'a  jamais  été  réalisée  :  il  propose 
de  faire  des  fouilles  dans  le  puits  de  Chèvremont  pour  retrouver  les  restes  des  guer- 
riers de  ce  château  qu'on  y  a  précipités  en  972  !  (F.  Henaux,  Les  ruines  de  Chèvre- 
mont, DÎAL,  1. 1,  pp.  30-64). 

Cependant,  dès  le  XYIII^  siècle,  on  avait  commencé  à  révoquer  en  doute  l'histoire 
du  stratagème  de  Chèvremont.  Le  premier  qui  s'y  soit  employé  à  ma  connaissance, 
c'est  Devaulx,  dans  sa  dissertation  manuscrite  «  Sur  la  manière  dont  Notger  s'est 
rendu  maître  de  Chèvremont.  »  (En  manuscrit  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de 
Liège).  Un  plus  rude  coup  fut  porté  à  la  légende  par  Ernst,  Histoire  du  Limbourg, 
t.  I,  p.  33o,  qui  versa  le  premier  au  débat  la  correspondance  de  Gerbert.  La  ques- 
tion fut  reprise  ensuite  par  dom  ViU'A,.CtHAL,  t.  I,  p.  -iSo),  et  après  lui,  par 
J.-J.  Raikem,  Quelques  événements  du  temps  de  Notger,  Liège,  1870  ;  par  J.  Demar- 
teau,  Notre-Dame  de  Chèvremont.  Liège,  d874;  par  F.  Gonne,  Notger,  dans  les 
Conférences  de  la  Société  d'Art  et  d'Histoire  du  diocèse  de  Liège,  1™  série,  Liège,  d888 
(d'après  des  notes  fournies  par  l'auteur  de  ce  livre);  par  le  chanoine  Daris,  Histoire 
du  diocèse  et  de  la  principauté  de  Liège  depuis  leur  origine  jusqu'au  XHI«  siècle, 
Liège,  -1890,  pp.  286  et  suivantes.  On  peut  considérer  le  sujet  comme  épuisé  après 
tous  ces  travaux. 


CHAPITRE  XII. 


LA    PRINCIPAUTE. 


A  la  tête  du  gouvernement  d'une  principauté,  Notger  avait 
à  l'organiser.  Tout  y  était  à  créer.  Les  sources  ne  nous  font 
connaître  qu'une  seule  des  nombreuses  initiatives  qu'il  aura 
prises,  mais  quelle  lumière  ce  trait  isolé  jette  sur  toute  sa 
carrière  d'homme  de  gouvernement  !  Écoutons  ici  Anselme  : 
«  Notger,  dit-il,  par  une  mesure  pleine  de  sagesse,  partagea 
en  trois  parts  égales  les  biens  de  son  église.  Il  en  réserva 
une  pour  lui-même  et  pour  ses  successeurs,  il  en  attribua 
une  autre  aux  serviteurs  de  Dieu  dans  les  églises  et  dans  les 
monastères,  et  il  accorda  la  troisième  à  ceux  qui  se  consa- 
craient au  métier  des  armes  »  (1). 

Ceci  mérite  quelques  explications. 

En  règle  générale,  l'évoque  était,  dès  les  premiers  siècles, 
l'administrateur  de  tous  les  biens  possédés  par  son  église, 
c'est-à-dire  par  son  diocèse,  et  il  en  faisait  l'usage  que  récla- 
maient les  besoins  du  culte  et  de  la  religion  (2).  De  bonne 
heure  les  canons  en  avait  déterminé  l'emploi  :  un  quart  devait 

(1)  Idem  prudcnti  consilio  prœdia  aecclesiae  in  très  aequas  portiones  divisit, 
quai'um  unam  suis  et  successorum  usibus,  alteram  Deo  servientibus  per  aecclesias 
et  monasteria,  tertiam  his  qui  miliciam  exercèrent  concessit.  (Anselme,  c.  29,  p.  20G). 

(2)  Cette  règle,  déjà  formulée  dans  les  Constitutions  Apostoliques,  était  en  vigueur 
dès  le  V«  siècle;  voir  la  lettre  du  p;ipe  Simplicius  en  -iT.'j. 

En  494,  le  pape  Gclase  II  la  formule  nettement  :  quarum  sit  una  poiilifuis,  altéra 
clericorum,  tertia  pauperum,  quarta  fabricis  applicanda. 

En  723,  Grégoire  II  rénonce  à  son  tour  ■•  Quatuor  iaciat  portiones  quarum  unam 
sibi  ipse  rctineat,  alteram  clericis  pro  ofiiciorum  sedulitate  distribuât,  tertiam  pau- 
peribus  et  peregrinis,  quartam  ecclesiaslicis  fabricis  noverit  reservandam  {MGIl. 
Epistolae,  1,  p.  2G7).  Cf.  Schneider,  Die  bischiijlichen  Domkapitel,  p.  38,  n. 


196  tiHAPITRE    XII. 

être  réservé  à  l'évêque,  un  second  au  clergé,  un  troisième  aux 
églises  et  un  quatrième  aux  pauvres.  L'évêque  exerçait  la  ges- 
tion de  cepatrimoine  ecclésiastique  avec  le  concours  et  sous  le 
contrôle  de  son  presbyteriiim  ou  conseil  épiscopal,  embryon 
du  chapitre  catliédral  qui  devait  hériter  du  preshj'terium  le 
di'oit  de  coadministration  des  biens  de  l'église. 

Ce  mode  de  répartition  des  revenus  ecclésiastiques,  que 
nous  voyons  appliqué,  à  l'époque  de  Notger,  par  son  ami 
saint  Adalbert  de  Prague  (1),  et  que  Rathier  avait  observé  à 
Vérone  (2),  n'était  cependant  pas  usité  seul.  De  bonne  heure, 
à  côté  de  l'usage  romain  de  la  division  quadripartite,  nous 
en  voyons  apparaître  une  autre  en  trois  parties,  qu'on  dési- 
gne parfois  sous  le  nom  d'usage  espagnol  (3),  mais  que, 
chose  curieuse,  le  pape  Gélase  I  lui-même  semble  inculquer 
concurremment  avec  l'autre  (4).  Elle  attribuait  un  tiers  au 
clergé,  un  tiers  aux  pauvres  et  un  tiers  à  l'évêque.  Un  capi- 
tulaire  de  802  recommande  aussi  la  division  tripartite,  mais 
le  tiers  que  Gélase  I  réserve  au  clergé  y  est  donné  aux 
fabriques  d'église,  si  je  comprends  bien  le  texte  (o). 

La  division  tripartite  de  Notger  procède  d'un  autre  prin- 
cipe et  répond  à  d'autres  nécessités.  L'église  de  Liège  se  trouve 
placée  dans  une  situation  nouvelle  :  elle  doit  subir  la  loi 
commune  de  l'inféodation  des  terres  ecclésiastiques,  prati- 
quée sur  une  si  large  échelle  depuis  Ghai'les  Martel  ;  de  plus, 
elle   est  devenue  une  puissance  temporelle  et,  à  ce  titre, 

(1)  Res  aecclesiasticas  ut  aequa  divisionc  dislribuit  in  quatuor  partes  :  primain 
partem  pro  necessariis  vel  ornatibus  aecclesiae,  sccundam  canonicorum  commodi- 
tatibus  asscripsil,  terciam  vero  in  agmina  pauperum  proflua  miseratione  espcndens, 
ultimae  partis  sunimulam  pro  suis  usibus  servabat.  Vita  Adulberti  auctore  Canapario, 
c.  9,  p.  584-583;  cf.  la  vie  du  même  saint  par  Bruno,  c.  11,  p.  599.  disant  la 
même  chose  en  termes  un  peu  différents. 

(2)  Cum  auctoritas  quoque  contineat  ecclesiastica,  ut  de  rébus  ecclesiasticis 
quatuor  iieri  debeant  partes  e  quibus  una  episcopi,  altéra  fabricae  ecclesiae,  tertia 
clericoruni,  quarta  debeat  esse  pauperum  et  hospitum.  Sijnodique,  420. 

(3)  Concil.  Tolet.  IX  (a.  653),  c.  6,  dans  Mansi,  Concilia,  t.  XI,  col.  28. 

(4)  JalTé,  Ilegcsta  Pontiftcum  llomanorum,  t.  I,  391. 

(5)  El  ad  ornamentum  aecclesiae  priniam  eligant  partem,  secundam  autem  ad 

usum   pauperum  atque  peregrinorum dispensent,  tertiam  vero  partem 

semetipsis  soiis  sacerdotes  reservent.  Boretius,  Capitularin  Regimi  Francorum, 
t,  I,  p.  106. 


LA   PniXClPAUTÉ.  107 

elle  a  des  oljligalions  spéciales.  Elle  ne  pouviiil  pus  se  passer 
de  vassaux  qui,  pour  prix  des  fieis  qu'elle  leur  accordait,  lui 
engageaient  leurs  services  et  formaient  le  meilleur  de  son 
armée.  Déjà  au  IX'^  siècle,  nos  prélats  s'étaient  habitués  — 
peut-être  faut-il  dire  résignés  —  à  conférer  des  fiefs  aux 
nobles  du  pays.  Le  régime  se  généralisant,  l'évèque  Kracle 
avait  été  réduit  à  une  espèce  d'indigence  par  les  féodaux 
qui  s'étaient  emparés  des  terres  de  son  église  (1). 

Tout  fait  croire  que  la  mesure  prise  par  Notger,  en 
régularisant  la  situation,  porta  des  fruits  heureux.  En  effet, 
on  n'entend  plus  reparler,  après  lui,  d'un  évoque  de  Liège 
spolié  par  ses  vassaux.  Il  est  vrai  que  ses  successeurs  res- 
tèrent fidèles  à  son  système  et  inféodèrent  spontanément  de 
nombreux  domaines.  Ainsi  fit  notamment  Baldéric  II  pour 
se  procurer  une  solide  armée,  à  l'occasion  de  sa  lutte  contre 
le  duc  de  Brabant  (2).  Pareillement,  Durand  convertit  en 
fiefs  une  partie  des  terres  de  l'abbaye  de  Saint-Laurent, 
encore  inachevée  (3).  A  ce  prix,  ils  mirent  fin  aux  violences 
qui  avaient  désolé  les  âges  précédents,  et  disposèrent  de 
milices  vaillantes.  Un  pacte  de  fidélité  qui,  en  somme,  a  été 
tenu  pendant  des  siècles,  rattacha  à  l'église  de  Liège  les 
principales  familles  du  pays. 

Les  vassaux  du  prince  de  Liège,  à  cette  époque  primitive, 
se  groupaient  dans  deux  catégories  bien  distinctes,  que  le 
temps  s'est  chargé  de  fondre  et  d'unifier.  D'une  part,  c'étaient 
des  puissants  qui  possédaient  leurs  domaines  en  toute  pro- 
priété, mais  qui  ne  détestaient  pas  de  s'enrichir  encore  en  se 
faisant  donner  en  fief  des  terres  de  Saint-Lambert  :  ce  sont 
les  «  hommes  libres  »  (liheri  homines)  mentionnés  dans  nos 
plus  anciens  diplômes.  D'autre  part,  c'étaient  des  gens  de 
service,  des  ministériaiix,  comme  on  disait  dans  la  langue 
du  temps,  que  le  prince  appelait  au  métier  des  armes  et  à 
qui  il  accordait  des  fiefs.  Le  nom  sous  lequel  nos  sources 

(1)  Et  quamvis  innumeris  premeretur  molestiis  et  multâ  familiaris  rei  angustià, 
iiuippe  qui  a  viris  militaribus  episcopio  appcndiciis  privatus  esset  villis.  Anselme, 
c.  24,  p.  202.  Cf.  Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  Everacli,  c.  5,  p.  S63. 

(2)  Vita  BaUhnci,  c.  2.  p.  72o. 

(3)  Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  Wolbodonis,  c.  20,  p.  S70. 


198  CHAPITRE    XII. 

désignent  ces  derniers  exprime  bien  leur  condition;  ils 
étaient  les  soldats  (milites)  de  la  principauté  (i).  Ces  deux 
catégories  de  vassaux,  répandues  sur  toute  la  surface  du 
pays,  étaient  loin,  à  cette  époque,  d'être  confondues  comme 
elles  le  furent  plus  tard.  Tandis  que  les  hommes  libres 
"vivaient  sur  leurs  terres  et  jouissaient  d'une  indépendance 
presque  complète,  les  soldats  se  voyaient  souvent  assigner 
des  garnisons  et  devaient  loger  là  où  les  intérêts  du  prince 
l'exigeaient  (2).  Ainsi  nous  en  voyons  un  bon  nombre  fixés  à 
Thuin,  où  ils  protègent  la  ville  et  assurent  la  sécurité  de 
l'abbaye  de  Lobbes  qui  les  paye  (3).  Avec  le  temps,  hommes 
libres  et  soldats  vinrent  à  se  fusionner  et  formèrent  la  classe 
noble  du  jDays.  Ce  que  le  règne  de  Notger  nous  montre, 
c'est  la  naissance  de  cette  chevalerie  liégeoise,  si  vaillante  et 
si  réputée  (4),  qui  avait  pour  profession  la  défense  de  la 
patrie,  et  pour  passe-temps  la  guerre  civile  ou  les  grandes 
aventures  au  dehors. 

Les  deux  autres  tiers  de  son  budget,  Notger  les  réserva, 
dit  Anselme,  l'un  pour  lui,  le  second  pour  le  clergé  des 
monastères  et  des  églises.  Ceci  paraît  indiquer  une  autre 
importante  mesure  d'ordre  financier  :  je  veux  dire  la  distinc- 
tion de  la  mense  épiscopale  et  de  la  mense  capitulaire.  A 
l'origine,  c'est  l'évoque  seul,  nous  l'avons  vu,  qui  adminis- 
trait tous  les  biens  de  son  diocèse,  et  il  continua  de  le  faire 
même  à  une  époque  où  ces  biens  avaient  reçu  leurs  diverses 
aliectations  spéciales  (5).  Mais  une  modification  considérable 

(1)  Et,  comme  ils  servaient  à  cheval,  le  langage  populaire  les  désignait  sous  le 
nom  de  chevaliers.  Le  terme  de  miles  dans  les  chroniques  liégeoises  est  donc  l'équi- 
valent de  celui  de  chevalier. 

11)  Cî.  Waitz,  VcrfassKmjsiieschichte,  t.  V,  p.  348. 

(;3)  De  Fiindaiionc  et  lapsu  numanterii  Lobiensis,  c.  12,  p.  bb3. 

(4)  Folcuin,  c.  2o,  p.  66,  l'appelle  :  laudata  illa  et  cunctis  saeculis  praedicata 
Lolhariensis  mililia. 

(i))  Quand  la  repurenl-iis?  Il  est  exlraordinairemenl  diflicile  de  répondre  à  cette 
question.  Selon  toute  apparence,  c'est  à  la  longue,  avec  des  diversités  de  diocèse  à 
diocèse,  et  non  en  vertu  de  quelque  décision  conciliaire,  que  les  différentes  églises 
arrivèrent  à  disposer  elles-mêmes  de  leurs  revenus.  Sans  doute,  elles  eurent  à  se 
ronronner  à  la  règle  de  la  répartition  (luadripartife  .o\\  tri[)arlile  ,  mais  ce  fut  leur 
clei'gé  spécial  et  non  l'autorité  épiscopale  qui  y  présida  dès  une  époque  qui  n'est  pas 


rV    PRINCIPAUTÉ.  199 

se  produisit  dans  le  régime  économique  des  diocèses  Iorsq;uo 
le  concile  d'Aix-la-ChapcIlc,  en  817,  eut  soumis  le  clergé  des 
grandes  églises  à  la  vie  canonique.  Les  actes  de  ce  concile, 
reprenant,  pour  l'étendre  et  la  compléter,  Tœuvre  commencée 
au  VHP  siècle  par  Tévcque  de  Metz  Chrodegang,  transfor- 
maient les  chapitres  des  cathédrales  en  de  véritables  corpo- 
rations, et  leur  donnaient  une  organisation  dont  le  trait 
princijial  était  la  vie  commune.  Le  prévôt  du  chapitre  devint 
le  chef  et  aussi  l'administrateur  de  la  corporation,  et  eut  à 
gérer  les  biens  de  celle-ci  à  la  place  de  l'évêque.  Voilà  com- 
ment naquit,  on  ne  sait  au  juste  à  quel  moment,  la  distinc- 
tion des  deux  menses. 

Nous  la  rencontrons  pour  la  première  fois  à  Cologne  en 
866  (1),  puis  à  Hildesheim  entre  le  IX''  et  le  X"  siècle  (2),  à 
Cambrai  en  911  (3),  à  Autun  en  922  (4),  à  Reims  vers  973  (o\ 
à  Verdun  sous  le  pontificat  de  Heymon  (988-1024)  (6).  Tout 
nous  autorise  donc  à  interpréter  dans  le  sens  dune  distinc- 
tion faite  par  Notger  entre  les  deux  menses  le  passage 
d'Anselme  cité  plus  haut.  Et,  de  fait,  nous  voyons  que  sous  le 
règne  de  Notger  la  distinction  existe  :  en  effet,  c'est  avec  les 
revenus  de  la  cathédrale  que  le  prévôt  Robert  et  le  chantre 
Nithard  bâtissent,  sous  les  auspices  de  l'évêque,  les  églises 

postérieure  à  la  première  moilié  du  XI^  siècle  pour  les  Pays-Bas.  Voir  sur  cette 
question  W.  Moll,  Kcrkgescliiedcnis  tan  Nedcrland  roor  de  Hervorming,  t.  I,  pp.  348 
et  349. 

(1)  Ennen,  Gesehichte  der  Stadt  Kolu,  t.  I,  p.  203-206.  Cf.  Ennen  und  Eckertz, 
Qiiellen,  etc.,  t.  I,  p.  447. 

(2)  Sous  Wigberl  (880-903)  qui  commença  le  partage  des  revenus  entre  l'évêque 
et  le  chapitre,  et  sous  Walbert  (903-919),  qui  l'acheva.  V.  Bertram,  Gesehichte  des 
Bistnms  Hildesheim  (Hildesheim,  1899),  t.  I,  pp.  47  et  49,  d'après  le  Chronicon 
Hildesheimen.ie,  p.  851. 

(3)  Gesta  epp.  Camerac.,  I,  (j7,  p.  424. 

(4)  Villam  ecclesiae  S.  Nazarii  destinamus,  obsecrantes  ul  nuUus  episcopus  aut 
cornes  a  mensâ  eorumdem  canonicorum  subtrahere  praesumat.  Ducange,  a.  v.  mema. 

(o)  Jlistoria  Mmuisterii  Mosomemis,  p.  Gif». 

(6)  Gesta  epp.  Virdun.  cotiti».  c.  7,  p.  i7. 

Adam  de  Brème,  I,  G7,  p.  331,  écrit  de  l'évêque  de  Hambourg  Bescelin  (1033- 
i04o)  :  Mensam  canonicis  ipse  primus  instituit.  Prius  enim,  cum  praebenda  tenuis 
fere  videretur,  triginta  convivia  quae  Libentius  episcopus  per  annum  dare  statuit, 
adjectis  ex  una  parte  quibusdam  decimis  ita  ordinare  videlur,  etc. 


200  CHAPITRE    XII. 

Sainte-Croix  et  Saint-Denis.  Et  l'épisode  où  est  relatée  la 
fondation  de  Sainte- Croix  nous  fait  voir  bien  clairement  que 
le  prévôt  Robert  gère  le  patrimoine  du  chapitre  de  Saint- 
Lambert  dans  une  parfaite  indépendance  vis-à-vis  de  l'auto- 
rité éj)iscopale.  Notger  se  couvre,  en  quelque  sorte,  de  la 
responsabilité  du  prévôt  pour  se  dérober  aux  sollicitations 
du  puissant  qui  lui  demandait  l'emplacement  de  cette  église. 
Or,  nous  savons  que  le  terrain  sur  lequel  elle  s'éleva  appar- 
tenait au  chapitre  de  Saint-Lambert.  Il  semble  donc  bien 
qu'à  la  date  où  surgit  Sainte-Croix,  la  distinction  entre  les 
deux  menses  fût  déjà  chose  accomplie  à  Liège.  Au  surplus, 
les  témoignages  ne  manquent  pas  qui  confirment  la  chose 
pour  les  pontificats  de  la  première  moitié  du  XP  siècle. 

L'évêque  Durand,  entre  1021  et  1023,  attribua  à  la  mense 
épiscopale  divers  biens  de  l'abbaye  de  Saint-Laurent  (1). 
Quelques  années  plus  tard,  Wazon,  alors  doyen  du  chapitre 
de  Saint-Lambert,  rappelle  au  despotique  prévôt  de  ce  col- 
lège qu'il  ne  lui  est  pas  permis  de  disposer  arbitrairement 
des  biens  de  la  cathédrale  et  que  l'évêque  lui-même  n'a  pas 
ce  droit  (2).  Devenu  évèque,  le  même  Wazon,  nous  dit  un 
contemporain,  augmenta  les  rations  quotidiennes  qu'on  dis- 
tribuait aux  chanoines  de  la  cathédrale  et  trouva  encore  le 
moyen  de  faire  des  libéralités  aux  collégiales,  disant  «  qu'il 
«  était  juste  que  l'abondance  de  la  cathédrale  vînt  en  aide 
«  aux  besoins  des  églises  inférieures  »  (3).  Enfin,  en  1083,  la 


(t)  Hic  bona  plurima,  qiiae  antecessor  ejus  ecclesiae  Sancti  LaureiUii  dederat, 
abstulil  et  pailim  ad  mensain  episcopalem  retinuit,  partim  mililibns  beneficiavit. 
Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  Wolbodoiiis,  c.  20,  p.  570;  Gilles  d'Orval,  II,  71, 
p.  68. 

(2)  Praesumis  claustralia  bona  inconsullis  fratribus  dare Non  poterunt 

fratres  consilionini  esse  participes,  ([iii  insliluiioiiis  deposilionisque  tuae  possunt 
esse  opilices?  (Anselme,  c.  41,  p.  212).  Wazon  tut  obligé,  à  la  suite  de  son  débat 
avec  le  prévôt  Jean,  d'abandonner  ses  fonctions  dccanales  en  1030;  c'est  vers  celle 
date  ou  peu  auparavant  qu'il  convient  de  placer  l'explosion  de  la  querelle.  V.  S.  Balau, 
Quelques  dates  concernant  Wazon,  dans  Leodium,  mai  '1904,  pp.  u2-§6. 

(3)  Qualinus  inde  et  rationabiliter  mensura  potus  augeietur,  et  ex  relique  fra- 
tribus ecclesiarum,  quibus  vinum  non  esset,  consuleretur,  dicens  juste  ex  majoris 
ecclesiae  habundantia  minorum  necessitalibus  esse  suppeditandum.  Anselme,  c.  46, 
p.  217. 


LA   PRINCIPAUTE. 


201 


mense  épiscopale  possède  son  administrateur  en  titre  (1),  et 
en  1116  un  acte  public  nous  montre  le  prévôt  de  Saint- 
Lambert  passant  une  transaction  relative  aux  biens  de  la 
cathédrale  (2). 

Ces  quelques  renseignements  sont  trop  vagues  pour  nous 
édifier  sur  le  régime  iinancier  de  la  principauté  à  l'époque 
de  Notger,  mais  nous  sommes  en  état,  grâce  à  une  source 
digne  de  foi,  de  nous  faire  une  idée  plus  exacte  de  l'admi- 
nistration d'un  domaine  épiscopal.  11  s'agit  de  l'abbaye  de 
Lobbes,  avec  ses  cent  cinquante  trois  villages  et  son  chàteau- 
fort  de  ïhuin.  Lorsque  le  roi  Arnoul  la  donna  à  l'évêque 
Francon,  celui-ci  partagea  l'opulent  patrimoine  de  cette 
maison  en  deux  parts  égales  :  il  en  laissa  l'une  aux  moines, 
et  il  prit  pour  lui  l'autre,  comprenant  le  château  de  Thuin  et 
les  fiefs  militaires  (3).  Ce  régime  dura  jusqu'à  ce  qu'Eracle 
rendit  à  Lobbes  son  abbé.  Seulement,  à  cette  occasion,  il  fit 
un  nouveau  partage  de  ce  qui  restait  à  l'abbaye,  si  bien  que 
celle-ci  ne  conserva  plus  que  30  de  ses  domaines  environ. 
En  d'autres  termes,  il  ne  laissa  rien  à  l'abbé  pour  sa  mense 
personnelle,  ni  à  l'abbaye  pour  les  nombreuses  dépenses  que 
nécessitaient  les  besoins  croissants  d'une  si  grande  maison, 
mais  il  se  chargea  lui-même  de  la  défendre  partout  où  elle 
avait  du  bien,  et  ce  régime  se  prolongea  jusqu'au  milieu  du 
XIP  siècle  (4). 

Mais  le  rôle  du  chapitre  ne  devait  pas  se  borner  à  celui 
d'une  corporation  religieuse  ayant  l'administration  indépen- 
dante de  ses  biens;  il  était  appelé  à  devenir,  à  la  lettre,  le 
co-seigneur  de  Liège,  et  nous  le  voyons  associé  au  gouver- 
nement de  la  principauté,  au  point  que  rien  d'important  ne 
pourra  se  faire  sans  lui.  Cette  haute  situation,  il  n'en  jouit 
pas  encore  au  moment  où  naît  la  principauté  de  Liège  ;  elle 
sera  le  fruit  d'une  succession  de  circonstances  historiques 
dont  le  récit  n'appartient  pas  à  ce  livre.  Toutefois,  il  est 
intéressant  de  trouver,  au  berceau  de  cette  principauté,  les 

(1)  Dodo  dispensator  cpiscopalis  mensae.  Chronicon  Sancd  llubcvti,  c.  oO,  p.  595. 

(2)  Dormans  et  Schoolmeestcrs,  t.  I,  p.  32. 

(3)  Dr  Fundatione  et  lapm  Monastcrii  Lobicnsix.  c.  0,  p.  ooO. 

(4)  Ibidem,  c.  10,  p.  Soi. 


202  CHAPITRE   XII. 

germes  qui,  en  se  développant,  produiront  lu  constitution 
liégeoise,  et  c'est  pourquoi  il  semble  qu'il  y  ait  quelque 
intérêt  à  les  étudier  ici. 

De  ces  germes,  le  plus  intéressant  est  sans  contredit  celui 
d'où  devaient  sortir  les  trois  Etats  de  la  patrie  liégeoise  :  il 
remonte  jusqu'aux  origines  de  l'épiscopat  lui-même.  Tout 
évoque  avait  son  conseil  sacerdotal  ( presbyte riam)  qui 
l'assistait  dans  les  grandes  aflaires  et  dont  il  prenait  les  avis; 
ce  fut  l'origine  des  synodes  diocésains.  Lorsque  naquirent 
les  principautés  ecclésiastiques,  les  synodes,  dont  la  compé- 
tence avait  été  jusque-là  purement  religieuse,  eurent  à 
s'occuper  aussi  d'affaires  temporelles.  Le  synode  devint 
ainsi  le  conseil  du  prince,  de  même  qu'il  était  déjà  le  conseil 
de  l'évêque.  Le  caractère  mixte  du  synode  ne  tarda  pas  à 
trouver  son  expression  dans  la  composition  de  ses  assem- 
blées, où  l'on  vit  désormais  des  laïques  figurer  à  côté  des 
ecclésiastiques.  Tout  naturellement,  on  ne  convoquait  que 
les  personnages  les  plus  importants,  les  hommes  libres 
notamment.  Ils  participaient  aux  délibérations  sur  les 
questions  d'ordre  temporel  ;  ils  figuraient,  tout  au  moins 
comme  témoins,  dans  les  actes  qui  émanaient  du  synode. 
Ce  groupe  des  vassaux  principaux  de  l'église  liégeoise,  c'est 
l'embryon  de  l'Etat  noble  ou  secondaire,  venant  prendre 
place  à  côlé  de  l'État  ecclésiastique  ou  primaire  dans  les 
conseils  du  pi-ince.  On  voit  d'ailleurs,  dès  l'époque  de 
Notger,  apparaître  par-ci,  par-là,  dans  les  actes  synodaux, 
des  noms  de  vassaux  d'origine  servile,  de  ministériaux 
qu'ennoblira  peu  à  peu  leur  fief,  mais  qui  sont  encore 
désignés  sous  des  qualificatifs  modestes  (1). 

Cinq  d'entre  eux  ont  signé  la  convention  de  1002  entre 
Notger  et  l'abbaye  de  Saint-Riquier  en  Picardie  (2);  ce  sont  : 
Wautier,  Hiserelm,  Norbert,  Odelm  et  Butso,  qui  se  titrent 
tous  les  cinq  de  soldats  (milites)  (3).  Ces  cinq  personnages 

(1)  [[oniiitrs  ccclcsia^tiri,  liuinhus  dcfamilia  sancti  Lamberli. 

(2)  V.  ci-dessus,  pp.  120-1S2. 

{?>)  Ilariulf,  m,  :<0,  édition  F.  Lot,  p.  171.  Ajoutons  à  ces  noms  celui  d'un  antre 
chevalier  liégeois,  Hubert,  qui,  avec  sa  femme  Alguidis,  prend  en  ilef  de  l'abbaye 
de  Saint-Uiquier,  la  terre  de  Milmorte,  0.  c.  III,  32,  p.  174. 


LA    PRINCIPAUTÉ.  203 

sont,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  les  j)lus  anciens  membres  de 
l'État  noble  liégeois  dont  l'histoire  ait  retenu  les  noms  (1). 

Une  assemblée  de  vassaux  qui  se  réunit  autour  de  l'cvèque, 
quelques  années  après  la  mort  de  Nolger,  nous  laisse 
entrevoir  un  tableau  qui,  sans  doute,  est  aussi  celui  des 
réunions  tenues  sous  ce  prince.  Lorsque  Baldéric  II  eut  sur 
les  bras  la  guerre  de  Hougaerde  avec  le  duc  de  Rrabant, 
«  l'évêque,  dit  son  biographe,  ne  voulut  rien  faire  sans  le 
))  conseil  des  comités,  qui,  à  cause  de  leur  serment  de  fidé- 
»  lité,  avaient  pour  devoir  de  défendre  la  ville  et  tout 
»  l'évcclié.  Il  les  rassembla  donc,  il  convoqua  le  noble  sénat 
»  de  ses  frères,  et  leur  exposa  la  situation,  ajoutant  qu'il 
))  avait  vainement  essayé,  pendant  trois  ans,  d'arriver  à  une 
))  solution  pacifique  de  ce  conflit.  Il  leur  demanda  d'aviser 
»  et  d'agir  conformément  au  serment  de  fidélité  qui  les  liait 
y>  à  lui,  mais,  pour  que  cette  fidéh'té  ne  fut  pas  tentée  de 
))  branler,  il  leur  donna  des  fiefs  militaires.  Tous  furent 
»  d'avis  qu'il  fallait  répondre  à  la  force  par  la  force  et  pro- 
»  mirent  leur  concours.  »  (2)  Ce  passage  est  instructif  à  plus 
d'un  titre;  on  y  voit  s'esquisser,  en  quelque  sorte,  les  futures 
journées  des  États  liégeois. 

On  voit  aussi  apparaître  dans  la  pénombre  la  figure  du 
principal  agent  des  domaines  ecclésiastiques  :  je  veux  dire 
l'avoué.  Toute  église  avait  son  avoué,  c'est-à-dire  son  défen- 

(1)  Nous  ne  connaissons  pas  les  noms  de  leurs  terres,  l'usage  ne  s'ctanl  pas  en- 
core répandu  alors  d"ajouîer  cette  indication  aux  noms  propres  d'hommes,  mais 
plus  tard,  lorsque  ce  sera  le  cas,  les  plus  anciennes  terres  mentionnées  à  côté  des 
noms  de  vassaux  de  Téglise  de  Liège  seront  :  Hognoul,  Ouflct,  Colmont,  Bauve- 
chain,  Huy  et  Theux,  localités  que  nous  trouvons  en  effet  dans  le  patrimoine  de 
Saint-Lambert,  la  première  en  -108o,  les  suivantes  en  Hoo,  de  même  que  les  indé- 
chiffrables Trexonia  et  Hesmris.  Ajoutons  aux  cinq  p.crsonnages  nommés  dans  le 
texte  :  en  1093,  Lambert  du  Pont  et  son  fils  Thierry,  Lambert  du  Pré;  en  1H6, 
Jofroi  du  Marché;  en  1111,  Lambert  de  Camarbarbe  (?).  Ce  sont  sans  doute  des 
habitants  de  Liège,  vassaux  de  l'église  au  même  titre  que  les  précédents. 

(2)  Vita  Baldcrici,  c.  9,  i)p.  727-8.  Quels  sont  ces  personnages?  Ce  sont  des  co- 
mitex,  une  patricia  tiirba,  un  notniis  auorum  fratrum  scnatiis  ;  et  l'évêque  leur 
demande  un  srnadis  conniiUinu.  Voilà  donc  bien  des  seigneurs  laïques,  des  nobles, 
mais  en  même  temps  pcnes  quos  erat,  ob  fucUun  JidcUt'ttem,  noatram  civitntein  et  tutiim 
tiieii  epiaciifatum  et  ils  doivent  le  secourir  srcinuhnu  inilitaria  sacramciitn,  qinbiis 
quasi  quàdam  catenà  oblirjati  tcnebantur . 


204  CHAPITRE   XII. 

seur,  et  tout  imiministe  avait  le  sien,  c'est-à-dire  son  lieute- 
nant. L'avoué  des  principautés  ecclésiastiques  réunit  ce  double 
caractère  :  il  les  représenta  au  dehors,  il  participa  à  leurs 
transactions,  il  l'ut  le  chef  de  leurs  milices  et  le  pré- 
sident de  leurs  tribunaux  criminels.  Peu  à  peu,  comme  toutes 
les  fonctions  de  l'époque  féodale,  l'avouerie  devint  hérédi- 
taire, et  se  transforma  en  une  puissance  qui  s'entendit  aussi 
bien  à  opprimer  qu'à  protéger.  A  Liège  toutefois,  il  n'en  fut 
pas  ainsi,  et  l'on  ne  voit  pas  que  l'avoué  de  cette  église  soit 
jamais  parvenu  à  se  créer  une  autorité  réellement  mena- 
çante pour  celle  de  l'évêque.  Ce  n'est  pas  que  la  bonne 
volonté  lui  ait  manqué,  si,  comme  je  me  le  persuade,  c'est 
l'avoué  qui  imagina  [de  se  bâtir  sur  les  hauteurs  de  Sainte- 
Croix  une  forteresse  d'où  il  aurait  dominé  toute  la  ville. 
Quel  autre,  en  elfet,  que  le  défenseur  attitré  de  l'église  de 
Liège  pouvait  réclamer  de  l'évêque  la  concession  d'un  chà- 
teau-fort  «  pour  mieux  protéger  la  ville  et  le  pays  contre  les 
attaques  de  rennemi?  »  (1)  On  sait  comment  Notgcr  parvint 
à  écarter  le  danger  :  il  fut  obligé  de  recourir  à  la  ruse,  et,  de 
fait,  il  ne  devait  pas  être  facile  de  refuser  à  l'avoué  une  fa- 
veur qu'il  demandait  pour  mieux  remplir  son  olïice  de  pro- 
tecteur ! 

Nous  sommes  d'ailleurs  mal  renseignés  au  sujet  des  avoués 
de  l'église  de  Liège.  Alors  que,  dans  les  abbayes  voisines,  à 
Stavelot  et  à  Saint-Trond  notamment,  des  pages  entières  de 
l'histoire  sont  remplies  des  faits  et  gestes  de  l'avoué,  à  Liège, 
rien  de  semblable  :  c'est  à  peine  si  on  le  rencontre  dans  cer- 
tains actes  solennels,  où  il  joue  un  rôle  purement  décoratif, 
et  prend  possession,  au  nom  de  l'église,  des  biens  qui  sont 
cédés  à  celle-ci.  Il  n'appartient  pas  aux  grandes  familles  du 
pays.  Tandis  que  les  abbayes  du  diocèse  avaient  pour 
avoués  les  ducs  de  Lotharingie  ou  encore  les  ducs  de  Bra- 
bant  ou  de  Liuibourg,  Liège  se  contente  d'un  agent  d'ordre 
bien  inférieur.  C'est  la  preuve  que  les  évoques  étaient  par- 
venus à  éviter  des  protecteurs  trop  encombrants.  On  ne  se 
trompera  pas,  sans  doute,  en  faisant  honneur  de  cette  poli- 

(I)  Quasi  iiiile  (otani  urbcm  ot  universas  episcopii  tacultates  conlra  hostiles  insi- 
dias  deïensaturus,  Anselme,  c.  2G,  p.  203. 


tique  adroite  à  Notger,  au  moins  en  partie.  Il  y  a  grande 
apparence,  en  elïet,  que  c'est  lui  qui  a  institué  le  premier 
avoué  de  l'église  de  IJège  dont  l'histoire  nous  ait  conservé 
le  nom.  Il  s'appelait  Hcllin,  et  il  apparaît  dans  un  document 
à  la  date  de  1011  (1). 

Je  ne  voudrais  pas  jurer  que  son  successeur  Wiger,  que 
nous  trouvons  investi  de  l'avouerie  de  1015  à  lOoi,  était  son 
fils,  ni  que  dès  lors  l'avouerie  a  été  héréditaire;  mais  elle  le 
fut,  dans  tous  les  cas,  bientôt  après,  car  l'avoué  Renier,  qui 
succéda  à  Wiger,  lui  était  rattaché  par  les  liens  du  sang  (2). 

Les  avoués  de  l'église  de  Liège  ne  portèrent  d'abord  que 
le  simple  titre  à'adt'ocatus;  c'est  plus  tard,  en  1029,  que 
surgit  pour  la  première  fois  celui  d'avoués  de  Saint-Lam- 
bert (3),  et  ce  n'est  pas  avant  1171  qu'apparaît  celui  d'a- 
voués de  Hesbaye,  sous  lequel  ils  sont  connus  dans  l'histoire 
de  la  principauté  (4).  Mais  ce  nom  est  d'une  significa- 
tion si  restreinte  au  regard  du  titre  glorieux  d'avoué  de 
Saint-Lambert,  qu'il  semble  déjà  marquer  la  décadence  de 
l'institution.  Si  je  le  comprends  bien,  il  veut  dire  que  l'église 
de  Liège  n'a  plus  que  des  avoués  locaux;  que,  parmi  ceux-ci, 
le  premier  rang  reste  acquis  par  tradition  aux  avoués  de 

(-1)  Signuni  Hillini  advocati  per  cujus  manum  haec  tradilio  factaest.  (Charte  iné- 
dite de  Baldéric  II  pour  l'église  Sainte-Croix  de  Liège.  Archives  de  l'Etat  à  Liège). 
(2)  Voici  un  croquis  généalogique  des  avoués  de  l'église  de  Liège  à  partir  de 
Hellin  : 

Hellin,  1011. 
Wiger,  101o-10o4. 


Renier  (1079-1117).  Libert. 

I 
Wiger  de  Waremme  1127. 

I 

N.,  épouse  Euslache  de  Chinv,  avoué  de  Hesbaye. 

I 

Louis,  •1163-1207. 

I 
N.,  épouse  Frédéric  de  Linibourg  -j-  1211. 

Mathilde,  épouse  Louis  d'Audenaerde,  1241. 

(3)  Wigerus,  advocatus  Sancti  Lamberti,  AHEB,  XXI,  p.  390. 

(4)  Bormans  et  Schoolmeesters,  t.  I,  p.  90,  et  le  Triumphus  de  castro  Bullonio, 
c.  17,  p.  508.  Ce  dernier  écrit  tut  composé  entre  4153  et  1182  ;  cf.  Balau,  p.  324. 


206  CHAPITRE    XII. 

Hesbaye,  mais  qu'ils  sont  loin  d'exercer  leur  autorité  sur 
tout  le  territoire  de  la  principauté  (1).  En  fait,  ils  n'ont  con- 
servé de  leurs  anciennes  attributions  que  le  droit  lionorifique 
de  porter  l'étendard  des  milices  liégeoises  à  la  guerre  (2).  Et 
leur  dignité,  qui  aurait  pu  devenir  si  redoutable,  n'a  jamais 
gêné  les  princes-évèques  de  Liège.  Ailleurs,  les  avoués  ont 
été  bien  souvent  les  fléaux  des  églises  qu'ils  protégeaient;  il 
a  fallu  soutenir  contre  eux  des  luttes  opiniâtres  dont  on  ne 
sortait  pas  toujours  victorieux,  et  ils  ont  troublé  les  plus 
beaux  siècles  des  principautés  ecclésiastiques.  Une  heureuse 
fortune,  à  laquelle  le  premier  prince-évôque  n'est  pas  resté 
étranger,  a  voula  que  le  pays  de  Liège  ne  conniit  pas  plus 
ies  exactions  de  ses  avoués  que  la  ville  n'a  connu  celles  des 
burgraves. 

De  la  cour  de  Notger,  nous  ne  savons  rien.  Sans  doute 
elle  ressemblait  à  celle  des  autres  princes  et  elle  prenait 
modèle  sur  les  cours  royales.  Elle  aura  donc  possédé  de 
bonne  heure  ses  principaux  olîiciers  féodaux  :  un  sénéchal, 
un  maréchal,  un  échanson,  un  conseiller,  un  connétable,  un 
camérier.  Mais  les  textes  nous  laissent  dans  l'ignorance  :  le 
sénéchal  de  hiège  (senescalciis,  cf^pi/e/')  n'apparaît  pas  avant 
1083,  l'échanson  (pincerna)  est  mentionné  à  la  même  date  (3), 
et  des  autres  officiers  il  n'est  parlé  que  beaucoup  plus  tard  (4). 

(4)  On  sait  que  l'église  de  Liège  n'acquit  le  comté  de  Hesbaye  qu'en  1040  et  elle 
avait  des  avoués  bien  avant  cette  date.  Mais  la  famille  des  avoués  avait  ses  domaines 
patrimoniaux  dans  la  Hesbaye  méridionale  (Borloo,  Haelen.  Cortenaeken)  et  le  nom 
désigne  leur  pays  d'origine.  Le  capitulaire  d'Aix-la-Chapelle  de  801-803,  c.  14, 
p.  172,  voulait  que  les  avoués  eussent  des  possessions  dans  les  comtés  placés  sous 
leur  protection.  S'en  suivrait-il,  d'après  le  nom,  que  dès  la  fin  du  Xllt^  siècle,  les 
avoués  de  Saint-Lambert  n'exerçaient  plus  leur  autorité  qu'en  lîesbaye? 

(2)  Leodiensis  militiae  signifer  Reynerus  (1119).  Rodolphe  de  Saint-Trond,  XI, 
4,  p.  2'J9.  Suum  episcopus  vocavit  exercitum  et  Rasoni  militi  portandam  mandavit 

banneriam,  quia  Hasbanîae  advocatus  factus  de  medio (Hervard  dans  le 

Triiunphus  de  Steppes,  III,  c.  o,  p.  17o).  Cf.  le  record  de  1321  dans  Bormans  et 
Schoolmeesters,  III,  p.  229. 

(3)  V.  E.  Poncelet,  Les  sénéchaux  de  Véi'êché  de  Lièrje,  DSAIIL,  t.  XI,  p.  315.  Le 
sénéchal  porte  en  1083  le  nom  de  dapifer  et  en  1107  (charte  dOtbert)  celui  de 
senescalcus. 

(4)  Le  maréchal  n'apparaît  qu'en  1214.  Cf.  E.  Poncelet,  BIAL,  XXXII,  dont  je 
jie  saurais  accepter  les  conclusions.  M.  Toncelet  croit  que,  contrairement  à  ce  qui 


LA    PUIXCIPAUTE.  207 

Il  est  certain,  toutefois,  qu'un  nombreux  personnel  se  grou- 
pait autour  du  j)rince-évèque.  Ecclésiastiques  consultés  sur 
les  ailaires  quotidiennes,  clercs  attachés  à  sa  personne,  laï- 
ques de  tout  rang  occupant  nnn  l'onction  honorifique,  servi- 
teurs de  toute  catégorie  pour  vaquer  aux  diverses  besognes 
qu'exige  un  grand  train  de  maison,  tout  ce  monde  vivait  au- 
près du  prince  et  faisait  de  sa  cour  un  centre  important 
d'affaires  et  de  dépenses.  Si  modeste,  si  austère  que  fût  1  e- 
vêque,  le  prince  ne  pouvait  se  dispenser  de  faire  honneur  à 
son  titre  et  de  sacrifier  aux  exigences  de  son  rang  (1).  Aussi 
faisait-il  grande  figure  au  X*^  et  au  XP  siècle,  si  nous  en 
croyons  un  témoin  bien  informé. 

«  L'évcque  de  Liège,  armé  du  double  glaive,  siégeait  dans 
la  chaire  de  saint  Lambert  comme  un  roi  et  comme  un  pon- 
tife. Tout  un  peuple  de  chevaliers  sages  et  vaillants  remplis- 
sait, ornait,  fortifiait  sa  cour  épiscopale.  On  y  rencontrait  de 
grands  princes,  un  clergé  nombreux  et  respectable,  qui  comp- 
tait dans  son  sein  des  hommes  éminents  revêtus  de  hautes 
dignités  :  à  leur  tète  les  sept  archidiacres,  hommes  de  grande 
valeur,  qui  possédaient  à  fond  la  loi  divine  et  la  loi  liu- 
maine  »  (2). 

existait  dans  la  plupart  des  principautés  ecclésiastiiiues  allemandes,  le  maréchal  de 
Liège  n"élait  pas  un  viinifiterialis  ;  or,  dans  le  premier  acte  où  il  est  question  de  ce 
personnage,  je  lis  :  De  familia  nostra  Rodulplius  senescalcus,  Godefridus  marescalcus, 
II  croit  aussi  que  le  maréchal  ne  fut  créé  qu'en  1214,  et  cela  pour  la  seule  raison 
qu'il  est  mentionné  alors  pour  la  première  fois;  celte  raison  est  illusoire.  Enfin, 
M.  Poncelet  blâme  Ilocsom  de  dire  qu'en  l?>i7  l'étendard  de  Saint-Lambert  fut  porté 
par  le  maréchal  :  «  Oi',  il  est  prouvé  par  les  actes  authentiques  et  par  raffîrmation 

constante  des  historiens  ([ue  la  bannière était  remise  non  au  maréchal, 

mais  à  l'avoué  de  Hesbaye  »,  p.  12o.  Mais  nous  voyons  en  13G4  l'étendard  de  Saint- 
Lambert  porté  par  Lambert  d'Oupeye  (Raoul  de  Uivo,  c.  7,  p.  40)  qui  est  bel  et 
bien  maréchal  du  pays  de  Liège,  cf.  Poncelet,  p.  240.  Il  ne  reste  donc  qu'a  con- 
clure qu'à  la  date  de  1347  le  maréchal  a  été  substitué  aux  fondions  de  l'avoué  de 
Hesbaye.  Je  ne  puis  pas  non  plus  accorder  à  Wohlwill,  p.  44,  la  conclusion  qu'il  tire 
du  nom  de  marescalcus  patriae  employé  une  fois  par  Hocsem,  p.  370,  car  le  même 
Hocsem,  à  plusieurs  reprises,  donne  à  cet  officier  le  litre  de  mariscalciis  episcopi, 
par  exemple,  pp.  372  et  388.  Tout  montre  que  le  maréchal  de  l'évcque  de  Liège  a  la 
même  origine  que  les  autres  oiriciers  de  la  même  catégorie,  sénéchal,  échanson,  etc., 
c'est-à-dire  qu'il  a  été  d'abord  un  des  ministériaux  de  l'évêque. 

(1)  Cf.  Waitz,  Deutsche  Verfassumjsrjeschîchte,  t.  VII,  p.  188. 

(2)  Episcopus  Leodiensis  duplici  gladio  potens,  quasi  rex  magnus,  quasi  sacerdos 


208  CHAPITRE    XII. 

Nous  sommes  dépourvus  de  renseignements  sur  la  clian- 
cellerie  de  Notger.  Il  faut  môme  dire,  d'une  manière  générale, 
que  la  chancellerie  des  princes-évcques  de  Liège  nous  est  à 
peu  près  totalement  inconnue.  On  ne  possède  aucun  docu- 
ment qui  nous  la  fasse  connaître,  et  des  divers  actes  de 
cette  époque,  il  n'y  en  a  que  deux  où  l'on  puisse  recueillir  à 
ce  sujet  de  faibles  indices.  L'un  de  ces  actes  nous  montre 
un  notaire  Hardulfus,  souscrivant  vers  972  une  charte  de 
régli?e  Saint -Martin  par  ordre  de  Notger  (1).  L'autre, 
rendu  en  980  par  notre  évoque  pour  l'abbaye  de  Lobbes, 
est  revu  et  signé  par  un  certain  Tancrède  (ego  Tanci'ediis 
recognoçi  et  siibscripsi)  (2).  Mais  Tancrède  est  un  moine  de 
Lobbes,  et  c'est  lui,  et  non  la  chancellerie  de  Notger,  qui  a 
rédigé  le  diplôme  accordé  à  l'abbaye  (3). 

Toutefois,  il  n'y  a  pas  lieu  de  révoquer  en  doute  l'exis- 
tence d'une  chancellerie  de  Notger,  et  il  est  probable  qu'elle 
fut  créée  par  ce  prince  (4).  Mais  elle  a  dû  avoir  une  situation 

magnus,  in  cathedra  Leodiensis  sedere  solcbat  ;  implebant  et  ornabant  atqiie  rob(v 
rabant  curiani  frequenlem  militum  familia  magna,  fortis  et  sapiens,  magni  principes 
et  prudentes,  clerus  magnus  et  honestus,  in  clero  viri  summi,  magnis  dignilatibus 
honorati,  ante  omnes  archidiaconi  septem,  viri  slrenui,  humanâ  et  divinâ  lege  ple- 
llius  eruditi.  [De  Fundatknie  et  la-psu,  c.  dl,  p.  u32). 

Cet  éclat  de  la  cour  de  Licge  ne  dura  que  jusqu'au  règne  d"Alexandre  II  (llGo- 
dl67)  selon  notre  écrivain. 

(1)  Ego  Hardulphus  notarius  jubente  domino  meo  Notgero  venerabili  episcopo 
subscripsi.  Schoonbroodt,  Inventaire  analijtitpie  et  clironoUxjiqne  des  chartes  du  cha- 
pitre de  St-Martin,  à  Liège,  p.  2o7. 

(2)  V.  Vos,  t.  I,  p.  434  (cette  page,  par  suite  d'une  faute  d'impression,  porte  le 
chiffre  334). 

(3)  Les  diplomatistes  sont  d'accord  pour  reconnaitre  que  les  chancelleries  épis- 
copales  sont  d"origine  relativement  tardive,  et  que,  dans  les  premiers  siècles,  les 
diplômes  étaient  rédigés  en  général  par  les  impétrants  ou  pour  leur  compte  par  des 
scribes  V.  0.  Posse,  Die  Lehre  von  den  Privatnrkunden,  p.  2  ;  Bresslau,  llandbuch  der 
Uriiundenlehre  fiïr  Deutscliland  nnd  Italien,  p.  44G  ;  Reusens,  AHEB,  t.  XXVI 
(1896),  pp.  doQ  et  dCO. 

(4)  Cf.  Reusens,  qui  en  place  la  naissance  aux  environs  de  l'an  4000,  sans  doute 
parce  qu'il  la  fait  coïncider  avec  les  origines  de  la  principauté.  AHEB,  t.  XXVI, 
(1896),  p.  181.  Cette  chancellerie  n'empêche  pas  qu'encore  au  Xl^  et  au  XIK  siècle, 
les  impétrants  aient  fait  rédiger  eux-mêmes  les  actes  qu'ils  obtenaient  des  évoques; 
ainsi,  en  1078.  le  doyen  de  Saint-Barthélémy  de  Liège,  Etienne,  écrit  lui-même  la 
charte  que  lui  accorde  l'évêque  Henri  1.  (V.  Daris,  Notices  sur  les  églises  dv  dio- 


LA   PRINCIPAUTÉ.  209 

assez  modeste,  et,  comme  dans  plus  d'une  autre  ville  (''[)isco- 
pale,  elle  était  unie  à  l'ccolàtrie.  Eu  1011,  l'écolàtre  ^^'azon 
Ibnctionne  comme  chancelier;  en  1057,  l'écolàtre  Francon  se 
donne  aussi  le  titre  de  cancellariiis  (1).  Il  faut  descendre  jus- 
qu'en 1192  pour  rencontrer  les  fonctions  de  chancelier  dis- 
tinctes de  celles  d'écolàtre,  sans  que  toutefois  elles  prennent 
beaucoup  d'ampleur.  L'institution  est  donc  loin  d'avoir  à 
Liège  l'importance  que  nous  lui  trouvons,  par  exenqile,  à 
Cambrai  (2),  où  elle  fut  également  réunie  à  l'écolàtrie,  à 
Tournai,  où  elle  était  rattachée  à  l'oillce  du  chantre  (o),  et 
à  Reims,  où  dès  l'origine,  elle  subsista  indépendante  de  toute 
autre  fonction  (4). 

Après  ce  coup  d'œil  jeté  sur  les  principaux  officiers  d'ordre 
central  qui  sont  à  la  disposition  du  prince,  il  reste  à  voir 
encore  quels  sont  ses  agents  locaux  dans  les  villes. 

A  Liège,  on  le  sait,  les  évoques  avaient  au  VIP  siècle, 
comme  tous  les  immunistes,  un  juge  privé  dont  la  juridiction 
s'étendait  sur  la  population  de  l'immunité  (o).  A  une  date 
inconnue,  mais  qui,  selon  toute  probabilité,  coïncide  avec  la 
naissance  de  la  principauté  ecclésiastique,  ce  juge  privé  fut 
remplacé  par  un  avoué,  à  moins  qu'il  ne  soit  plus  vrai  de 
dire  qu'il  changea  simplement  de  nom.  En  même  temps,  sa 
juridiction  prit  un  autre  caractère  :  c'était  une  juridiction 
publique  et  non  plus  privée  et,  de  ce  chef,  il  eut  pour  justi- 
ciables non  plus  seulement  les  gens  dépendant  de  l'immunité, 
mais  toute  la  population  urbaine.  L'avoué  de  Liège  est  resté 

ccse  de  Lièye,  YI,  p.  182.  J"ai  trouvé  dans  le  fonds  de  Neufmoustler,  aux  Archives 
de  l'Élat  à  Liège,  un  original  de  l'évêque  Alexandre  I,  entièrement  prêt,  sauf  ([u'il 
n'est  pas  scellé  :  il  est  manifeste  qu'il  a  clé  confectionné  par  un  moine  de  la  maison 
et  qu'une  cause  inconnue  a  empêché  l'évêque  d'y  apposer  son  sceau. 

(-1)  Ego  Wazo  recognovi  et  scripsi,  1011.  Charte  de  Baldôric  II  dans  Wauters, 
La  Belgique  ancienne  et  iniidcrne.  Canton  de  Tirleninnt,  rommunes  rurales,  I,  p.  100. 

Ego  Franco  scolasticus  recognovi  (1000)  BCRll,  III,  2,  p.  281. 

Cf.  Reusens,  1.  c,  pp.  -181-182,  qui  n'a  pu  recueillir  que  de  très  rares  passages 
sur  la  chancellerie  liégeoise  au  moyen-ùge. 

(2)  Reusens,  o.  c.  pp.  -107-180. 

(3)  Id.  0.  c.  pp.  182-192. 

(4)  Id.  0.  c.  pp.  -192-200. 
(o)  V.  ci-dcs.sus,  p.  -126. 

I.  14 


210  CHAPITRE    XII. 

jusqu'aujourd'hui  bien  peu  connu,  au  point  que  la  plupart 
des  Iiisloricns  l'oiit  confondu  avec  ravoué  de  Saint-Lambert. 
Cela  s'explique.  Au  XIÎI"  siècle,  l'autorité  de  l'avoué  de 
Liège  n'est  plus  qu'un  souvenir,  et  le  maïeur  dvi  prince  lui 
a  succédé  dans  l'exercice  de  sa  juridiction  ;  înais  il  garde  son 
office,  que  le  temps  a  rendu  héréditaire,  ainsi  que  les  droits 
honorifiques  ou  pécuniaires  y  attachés,  et  il  a  soin  de  les 
faire  attester  par  des  records  (1).  Ge  qui  nous  intéresse  dans 
l'histoire  de  cet  agent,  c'est  ctu'il  est  choisi,  à  l'origine, 
dans  la  catégorie  modeste  des  ministériaiix,  c'est-à-dire  que 
le  prince  se  trouve  assez  fort  dans  sa  ville  épiscopale  pour 
ne  x^as  laisser  tomber  l'avouerie  dans  les  mains  dangereuses 
de  quelque  grand  seigneur.  Le  plus  ancien  avoué  de  Liège 
dont  le  nom  soit  cité  dans  nos  chartes  est  Meinerus,  qui 
apparaît  en  1030  avec  la  double  désignation  de  judex  et 
d'adçocatiis  (2). 

Dans  les  autres  domaines  possédés  par  l'église  de  Liège, 
c'est  un  avoué  encore  qui  représente  primitivement  l'évêque. 
Il  en  est  ainsi  à  Huy,  où  le  plus  ancien  avoué  connu,  Wau- 
tier  de  Barse,  est  en  fonction  à  la  date  de  lOOG  (3);  c'est 
l'héritier,  sans  doute,  de  celui  que  Notger  aura  installé 
lorsque  le  comté  lui  échut  (4).  Il  en  est  de  même  à  Dinant, 

(1)  Ces  records  ont  été  publiés  par  Polain  dans  DLIL,  i.  III,  pp.  297-304,  puis, 
sous  leurs  dates  respectives,  par  Bormans  et  Schoolnieesters,  t.  I  et  II. 

(2)  Le  premier  nom  lui  est  donné  par  Rupert,  Chron.  S.  Laurentii,  c.  32,  p.  273, 
le  second  par  Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  llefjinanli,  c.  10,  p.  374  et  par  Gilles 
ri'Orval  dans  Chapeaville,  t.  I,  p.  272.  Après  Meinerus,  nous  rencontrons  Wéry  du 
Pré,  qui  a  pour  successeur  son  fils  Thierry.  Il  est  à  remarquer  que  Wéry  II,  frère 
de  Thierry,  est  investi  des  fonctions  de  sénéchal,  autre  office  réservé  aux  ministériaux. 
Je  ne  puis  développer  ici  ce  que  j'ai  a  dire  sur  la  distinction  entre  l'avoué  de  Liège 
et  l'avoué  de  Saint-Lambert  ;  cette  distinction  éclate  dans  une  charte  datant  du  pon- 
tificat d'Otbert  et  antérieure  à  1117,  où  ces  deux  agents  apparaissent  côte  à  cote  : 
Wilhelmus  advocatus  Leodii,  Rcnenis  advocatus  Sancti  Larnberti.  BCRII.  IX,  p.  lOC. 

(3)  LCIUi,  lY^^  série,  t.  I.  (1873),  p.  93. 

(4)  Je  crois  devoir  mettre  le  lecteur  en  garde  contre  une  étude  sur  Vavmierie  de 
Iliiy  par  M.  F.  Tihon,  qui  a  paru  dans  les  Annales  du  Cercle  hutois  des  Sciences  et 
des  Dcaux-Arti,  t.  XI  (1898).  C'est  une  œuvre  d'amateur,  dénuée  de  foute  valeur 
scientifique  et  oii,  entre  autres  énormités,  on  lit  cette  assertion  qu'  «  il  est  pro- 
bable que  les  comtes  de  lluy  furent  ses  premiers  avoués.  »  On  saura  toutefois  gré  à 
M.  Tihon  d'avoir  publié  en  tête  de  son  mémoire  quelques  dorumcnls  concernant 
l'avouerie  de  lUnj,  dont  Thistorien  peut  tirer  parti. 


L.V    l'UIXCIPAUTK.  211 

à  Fosse,  à  Malines  et  ailleurs  encore.  A  Dinant,  l'avoucrie 
était,  depuis  le  XP  siècle,  aux  mains  dos  seigneurs  de 
Montaigu-llochefort  (J).  L'avoucrie  de  Fosse  était  attachée 
à  la  seigneurie  de  Morialnié  (i2).  Celle  de  Tongrcs  était 
exercée  depuis  un  temps  immémorial  par  les  comtes  de 
Looz  (3),  et  celle  de  Malines,  par  la  puissante  famille  des  sei- 
gneurs de  Grimberghe  (4).  Malines  est,  au  surplus,  la  seule 
ville  où  les  avoués  soient  parvenus  à  gêner  sérieusement  le 
prince-évèque,  et  cela  s'explique  par  la  position  excentrique 
de  cette  ville,  séparée  du  reste  de  la  principauté  par  le  duché 
de  Brabant.  Partout  ailleurs,  les  évèques  surent  tenir  en 
bride  l'ambition  de  leurs  avoués,  et  Unirent  par  rester  les 
seuls  nuiîtres  de  leurs  villes. 

A  côté  des  avoués  locaux  et  siégeant,  en  quelque  sorte, 
sous  leur  protection,  nous  devons  mentionner  aussi  les  tri- 
bunaux échevinaux.  Cette  institution  plonge  ses  racines  dans 
l'époque  mérovingienne,  et  l'on  sait  que  chaque  tribunal 
avait  pour  ressort  une  subdivision  du  comté,  la  centène. 
Mais  cette  vieille  organisation  avait  été  détruite  depuis  long- 
temps, et  les  villes,  se  détachant  de  leur  centaine,  formèrent 
de  bonne  heure  des  circonscriptions  judiciaires  à  elles  seules. 
On  ne  sait  quand  Liège  devint  un  de  ces  centres,  et  il  serait 
téméraire  de  faire  remonter  l'origine  de  son  tribunal  à  saint 
Hubert,  qui,  nous  dit  Anselme,  donna  un  droit  civil  aux 
habitants  de  cette  l)ourgade  (o). 

Il  fallut  d'abord  que  Charîemagne  eût  réorganisé  le  régime 
judiciaire  des  Francs  et  créé  une  magistrature  à  vie,  il  fallut 
ensuite  que  les  villes  eussent  acquis  une  importance  sulli- 

(1)  V.  sur  ravouei'ie  de  Dinant,  Lainotle,  Élude  liiatorùiiic  sur  le  comté  de  Ruclie- 
fort,  Namur,  1883,  pp.  303-308. 

(2)  Le  plus  ancien  avoué  connu  de  Fosse  est  Godescalc,  Fussensis  uppidi  advo- 
catus,  en  -H7G.  DS.illL,  t.  I,  (1881)  p.  102.  Après  lui,  je  rencontre  en  1211, 
Arnoul  de  Morialmé,  probablement  son  fils  (Uormans  et  Schoohnecsters,  1. 1,  p.  167). 

(3)  Bormans  et  Sclioolineestcrs,  t.  I.  p.  323. 

(4)  Ce  n'est  d'ailleurs  ([n'en  12i-l  que  nous  voyons  le  litre  û'adrocatus  MarjUni. 
ensis  porté  pour  la  première  fois  par  un  membre  de  cette  famille,  mais  il  n'est  pas 
douteux  qu'elle  en  ait  exercé  les  fondions  depuis  un  temps  immémoi-ial.  Cf.  F.  Van 
den  Branden  de  Reeth,  Recherches  sur  l'origine  de  la  famille  des  Berthout,  p.  84  du 
tiré  à  part  {RICARD,  coll.  ;n-4<',  t.  XVII). 

(5)  Anselme,  c.  10,  p.  198. 


âl2 


CHAPITRE    XII. 


santé  pour  justifier  la  possession  d'un  tribunal  exclusive- 
ment réservé  ù  leurs  habitants.  Et  cette  importance,  Liège 
la  possédait-elle  avant  que  Notger  eût  transformé  la  bour- 
gade en  véritable  ville  ?  Je  pose  la  question,  mais  je  n'y 
réponds  point,  parce  que  les  éléments  me  font  défaut  pour 
la  résoudre.  Je  me  borne  à  attirer  l'attention  du  lecteur  sur 
ce  fait  que  Liège  possède  de  temps  immémorial  quatorze 
éclievins  :  c'est  justement  le  double  du  chillre  normal  fixé  par 
Cliarleniagne  (1),  le  double  aussi  de  celui  des  éclievins  de 
toutes  les  bonnes  villes  du  pays.  Dans  beaucoup  de  cas,  ce 
chillre  s'explique  par  l'unification  judiciaire  de  deux  terri- 
toires auparavant  distincts  (2).  Si,  comme  tout  nous  porte  à 
le  ci'oire,  il  en  a  été  de  même  à  Liège,  nous  devrons  faire 
remonter  à  la  création  du  quartier  de  l'Ile  la  duplication  du 
nombre  des  éclievins  liégeois.  En  rattachant  à  la  Cité  ce 
quartier  plein' d'avenir,  et  presque  aussi  grand  qu'elle,  Not- 
ger aura  voulu  lui  donner,  dans  le  tribunal  urbain  de  même 
que  dans  la  vie  paroissiale,  une  place  proportionnée  à  son 
importance  future.  Ce  n'est  là,  à  vrai  dire,  qu'une  conjec- 
ture, et  il  sera  fort  difficile  d'arriver  à  quelque  certitude  en 
cette  matière,  aussi  longtemps  que  nos  sources  ne  nous  per- 
mettront pas  de  remonter  plus  haut  que  le  commencement  du 
XII*^  siècle.  En  ellet,  les  plus  anciens  membres  du  tribunal 
échevinal  de  Liège  ne  sont  mentionnés  qu'à  la  date  de  1113(3). 
Une  particularité  qui  vaut  la  peine  d'être  notée  dans  l'his- 
toire de  ce  tribunal,  c'est  que,  jusqu'en  lo89,  il  ne  posséda 
j)as  de  local  à  lui;  son  destroit  (4),  comme  on  disait,  c'est-à- 

(1)  V.  le  Capitulaice  de  803,  c.  20,  p.  IIG. 

(2)  A  St-Tronil,  il  y  a  quatorze  éclievins  parce  qu'il  y  a  deux  seigneurs  :  Tabbé  et 
l'évêque,  qui  établissent  chacun  sept  éclievins.  A  Maestrichl,  oii  il  y  a  deux  sei- 
gneurs, le  duc  de  BrabanI  et  l'cvcque  de  Liège,  il  y  a  deux  éclievinages  et  deux 
niaïcurs.  A  Tournai,  il  y  a  quatorze  éclievins,  ceux  de  la  cité  cl  ceux  du  iiuartier  de 
Saint-Brice.  On  poui-rait  multiplier  ces  exemples  de  cas  où  le  nombre  double  repré- 
sente, tantôt  deux  seigneurs,  tantôt  deux  territoires.  Je  conviens  d'ailleurs  volon- 
tiers que  l'on  trouve  plus  d'une  ville  avec  14  éclievins  sans  qu'il  y  ait  jamais  eu 
dualité  de  territoire;  ainsi  par  exemple  Cambrai  (Beinecke,  p.  •191). 

(3)  De  Borman,  Les  éclievins  de  la  souveraine  justice  de  Liège,  t.  I,  p.  2S. 

(4)  Destroit,  venant  de  distrirtits,  a  eu  successivement  trois  sens  découlant  l'un 
de  l'autre.  Il  signille  :  1"  Le  droit  de  contraindre  CdistritujereJ  exercé  par  une  auto- 
rité judiciaire  ;  2°  le  ressort  territorial  sur  lequel  elle  exerce  ce  droit  (d'où  le 


LA   PRINCIPAUTE.  213 

tlirc  le  siège  de  sa  juridiction,  était  établi  sui'  un  caiplacement 
qui  faisait  partie  des  dépendances  de  la  cathédrale  de  Saint- 
Lambert.  C'était,  dans  les  derniers  temps,  une  maison  située 
sur  le  marché  actuel,  et  contiguë  aux  degrés  qui  menaient  au 
chœur  oriental  du  sanctuaire  (i). 

Il  n'en  était  pas  ainsi  à  l'époque  de  Notger.  Le  tribunal 
des  échevins  était  alors  situé  au  nord  de  la  cathédrale,  à 
l'endroit  connu  de  temps  immémorial  sous  le  nom  d'à  la 
chaîne.  Il  touchait,  par  conséquent,  à  l'hospice,  qui  portait  la 
même  désignation  topograpliique,  et  qui,  lui  aussi,  à  partir 
du  XIII''  siècle,  quitta  cet  emplacement  primitif  pour  celui 
de  la  rue  Gérardrie.  Mais,  en  ce  printemps  de  la  vie  civile 
liégeoise  dont  nous  essayons  de  retracer  l'aspect,  l'hospice 
et  le  tribunal  vécurent  fraternellement  côte  à  côte  :  la  justice 
et  la  charité,  selon  le  mot  de  l'Écî'iture,  échangeaient  le  baiser 
de  paix  à  l'ombre  du  même  sanctuaire.  Le  souvenir  de  cette 
cohabitation  familière  s'est  perpétué  au  cours  des  siècles  : 
depuis  longtemps,  l'hospice  Saint-Mathieu,  établi  à  partir  du 
XIII*'  siècle  rue  Gérardrie,  y  avait  emporté  son  vieux  surnom 
d'à  la  chaîne,  que  les  échevins  de  Liège  continuaient  de  reve- 
nir parfois,  obéissant  à  la  vieille  tradition,  tenir  leurs  séances 
«  à  la  chaîne  en  Gérardrie  »  (2). 

Le  destroit  de  Liège  fat  donc,  dès  son  origine,  l'hôte  de 
la  cathédrale  :  établi  sur  un  sol  qui  dépendait  d'elle,  il  sem- 
blait y  plonger  ses  racines  et  al'irmer  ainsi  son  caractère 
spécial  (3).  Il  faut  d'ailleurs  ajouter  que,  de  tout  temps, 
ses  relations  topographiques  avec  le  marché  furent  aussi 
nettement  accusées  qu'avec  la  cathédrale.  En  eiï'et,  c'est  au 

wallon  destroit)  ;  3"  le  lieu  où  elle  siège.  Les  historiens  liégeois  se  sont  longtemps 
amusés  à  interpréter  le  nom  de  destroit  par  l'ctroitesse  du  passage  qui  séparait  ce 
local  de  la  Violette  ou  luJtel-de-villc. 

(1)  C.  de  Borman,  o.  c,  t.  I,  p.  20. 

(2)  Par  exemple  en  1310.  V.  Bormans  et  Sclioolmcesters,  t.  III,  p.  107. 

(3)  Il  en  était  de  même  à  Cologne.  «  Der  Sitz  des  stadtischcn  Gerichtes  befand 
sich  auf  dem  Domhof,  \\o  die  Gericlitssitzungen  anfangs  wohi  nach  aller  Sille  unter 
freiein  Ilimmol,  spâter  in  eincm  bosondern  Gebiiude  slatt  fandcn.  »  Lau,  Enttvick- 
lutig  der  l;o»iiiui)ialcn  VerJ'tmsiimj  und  ]'rnvaltiiini  der  Stadt  Kiiln,  p.  o.  On  peut  se 
demander  si,  à  Liège  aussi,  les  échevins  ne  siégèrent  pas  en  plein  air  à  la  chaîne, 
du  moins  pendant  les  premiers  temps. 


214  CHAPITKK    XII. 

côté  nord  de  ceîle-ci  que,  comme  nous  l'avons  vu,  s'étendait 
le  plus  ancien  marché  de  Liège,  et  il  y  a  lieu  de  croire  que 
le  destroit  le  suivit  le  jour  où,  aux  environs  de  1100,  le 
marché  lut  transféré  à  l'est  de  la  catliédrale,  à  l'endroit 
qui!  n'a  cessé  d'occuper  depuis.  Selon  toute  apparence,  le 
perron,  qui  est  l'antique  emb'éînc  de  la  vie  publique  de  la 
Cité,  surgissait  déjà  sur  la  place  du  Vieux  Marché,  en  face 
du  destroit.  Ainsi,  le  Marché,  le  Destroit  et  le  Perron  sont 
nés  à  l'ombre  de  la  cathédrale  notgérienne  et  auront  émigré  du 
nord  à  l'est  en  môme  temps  que  le  régime  municipal  s'affer- 
missait sur  des  bases  plus  larges.  Il  n'était  pas  inutile  de 
mettre  en  lumière  cette  phase  si  antique  et  si  profondément 
oubliée  de  leur  dramatique  liistoire. 

Si  maintenant  nous  abandonnons  le  terrain  des  institu- 
tions publiques  pour  nous  enquérir  de  l'état  des  populations, 
nous  constaterons  un  phénomène  économique  qui  donne  une 
assez  bonne  idée  de  leur  prospérité.  Le  commerce  déploie 
au  X^  siècle  une  sérieuse  vitalité  dans  la  plupart  des  villes 
du  pays.  Nous  voyons  qu'il  y  a  des  marchés  à  Maestricht  (1), 
à  Yisé  (2),  à  Dinant  (3),  à  Fosse  (4),  et  nous  avons  tout  lieu  de 
croire  qu'il  en  existait  à  Liège  et  à  Huy.  Les  caravanes  de 
nos  marchands  sillonnaient  toute  la  région  mosane  ;  des 
sources  nous  montrent  les  lîutois  passant  à  Florennes  (o)  et 
à  Verdun  (G),  et  il  y  avait,  pour  cette  classe  de  voyageurs, 
un  entrepôt  à  l'abbaye  de  Lobbes  (7). 

Un  commerce  très  actif  circulait  sur  la  Meuse;  les  barques 
marchandes  remontaient  et  descendaient  ce  beau  ilcuve, 
faisant  escale,  si  j'ose  employer  cette  expression,  dans  les 
])orts  de  Dinant,  Nauiur,  Huy,  Liège,  V'isé  et  enfin  Maes- 
tricht, et  y  acquittant  un  droit  de  stationnement  qui  fut  de 

(1)  Ti'indatio  S.  Eit'jenU  dans  AB,  (.  \\\,  c.  10,  p.  Sfi. 

(2)  DO.  //.  p.  363. 

(3)  Trawslatio  S.  Eajcnii  c.  23  dans  Àl),  f.  III,  pp.  4G-i7. 

(4)  M).  IH,  p.  dOO. 

(îj)  Mirmtila  sancti  Gnirjnlji,  c.  23,  p.  794. 

(6)  Laurent,  Gexta  ppi.icupfiniin  Virditncurinnu  c.  3.'). 

(7)  Charte  d'Otbfirt,  1102,  dans  Vos,  li,  [i.  444  :  Il  aniodo,  sii  ut  anliquihis, 
nocturna  sive  diurna  diveitioiila  conîmeanliuin  negotiatoruiii  cnin  doposilione  et 
impositione  sarcinarum  eornindein  Laiiliiis  habeatls. 


LA   PRINCrPAUTÉ.  21 0 

bonne  heure  cédé  parles  empereurs  aux  évcipTP?  rie  Liège (]). 
On  remarquera  la  qualification  de  port  attribuée  à  nos 
villes  mosanes  (2)  :  le  mot  à  lui  seul  atteste  l'importance 
qu'avait  le  commerce  pour  ces  localités  naissantes.  Au  sur- 
plus, le  fleuve  était  le  vrai  chemin  du  trafic;  tout  le  monde 
voyageait  par  eau,  et  l'on  utilisait,  pour  la  navigation,  des 
rivières  qui,  de  nos  jours,  ne  portent  [)lus  la  plus  mince 
embarcation.  La  vieille  route  romaine  de  Bavai  à  Cologne, 
dont  l'importance  avait  toujours  été  j)lus  stratégique  que 
commerciale,  cessait  peu  à  peu  d'être  employée,  et  le  tron- 
çon qui  traverse  la  Heshaye  commençait  k  prendre  le  nom 
significatii'  de  Chemin  cert,  qu'il  a  conservé  dans  le  langage 
de  ses  riverains  (3).  Ainsi  s'explique  la  prospérité  des  six 
villes  mosanes  que  nous  avons  énumérées  ci-dessus. 

Le  laconisme  de  nos  sources  ne  nous  permet  pas  d'assister 
de  près  à  l'activité  commerciale  de  ces  villes;  nous  ne  pou- 
vons relever  ici  que  quelques  traits.  Nous  voyons  qu'àDinant, 
au  X''  siècle,  il  n'y  a  pas  encore  de  pont  et  que  néanmoins  le 
marché  se  tient  sur  les  deux  rives  du  fleuve,  morne  au  plus 
fort  de  l'hiver  (4).  A  la  foire  annuelle  de  Visé,  on  vendait  du 
bétail,  des  étofles,  des  habits  et  diverses  espèces  de  métaux  (o). 

(1)  Ce  droit  {rcditiis  de  sUitumc  naviuin)  est  cédé  à  Notger  par  le  diplôme  de  980, 
et  lui  est  confirmé  par  ceux  de  98S  et  de  1000. 

(5)  Notamment  à  Iliiy  en  8()2  (Halkin  et  Roland,  Chartes  de  Stavelot-Malmedij, 
I,  p.  85)  à  Dinant  (8G2,  texte  cité;  et  au  X»  siècle,  TramUitio  sancti  Eugenu,  c.  2o, 
p.  46);  cette  dernière  ville  est  aussi  appelée  emporium  dans  le  Vita  s.  Uadalini, 
•12,  p.  380  C.  Chose  remarquable!  chez  les  Anglo-Saxons,  on  rencontre  la  même 
acception  du  mot  part,  mais  plus  accentuée  encore  :  «  Port  ist  weder  Hafcn  noch 
Thor,  sondera  Stadt   »,  écrit  K.  Hegel,  Stâdte  iind  Gilden,  t.  I,  p.  37. 

(3)  C'est  plus  tard,  au  Xle  siècle,  que  l'on  commence  à  fréquenter  une  route  nou- 
velle, celle  qui  va  de  Maestricht  à  Bruges  par  Louvain,  Bruxelles  et  Gand,  et  qui 
met  Cologne  en  rapports  avec  la  mer.  En  -1088,  l'auteur  du  Translatio  S.  Scrvatii, 
p.  92,  ne  connaît  encore,  comme  on  le  voit  par  son  exposé,  que  le  tracé  Bavai- 
Maestricht-Cologne  ;  une  ligne  Cologne-3Iaeslricht-Bruges  ne  semble  pas  exister 
pour  lui. 

(4)  Translatio  sanrii  Eia/cnii,  1.  c. 

(o)  Quidquid  videlicet  ex  cocmptione  animalium  vel  ex  omni  génère  tam  vestium 

qnam  fei'ri  et  inotallorum ;iossit  provcnire,  DO,  II,  p.  3Go;  cf.  Chr()7ucon 

S.  Lauretitii,  c.  2G,  p.  271,  où  l'un  voit  un  moine  de  Saint-Laurent  aller  acheter 
des  habits  ad  Viseti  forum. 


216  CHAPITRE   XII. 

Maestricht  possédait  dès  la  première  moitié  du  IX*  siècle 
une  nombreuse  population  de  marchands  (1). 

Les  Mosans  ne  se  contentaient  pas  du  trafic  local;  déjà 
ils  s'étaient  ouvert  les  marchés  internationaux,  et  ils  y 
faisaient  quekjue  fijçure.  Au  X^  siècle,  nous  rencontrons 
les  commerçants  de  Liège,  avec  ceux  de  Huy  et  de  Nivelles, 
sur  le  marché  de  Londres.  S'embarquant  je  ne  sais  où,  peut- 
être  à  Damme,  ils  prenaient  terre  dans  quelque  ville  du 
littoral  sud-est  de  Tîle  et  gagnaient  la  grande  cité  de  la 
Tamise  à  pied,  ce  qui  leur  permettait  de  faire  certaines 
affaires  en  route  et  leur  valait  l'obligation  de  payer  un 
double  tonlieu  (2).  Pendant  le  cours  du  XP  siècle,  on  retrouve 
dans  File  des  gens  de  la  Hesbaye  et  un  marchand  de  Gem- 
bloux  (3).  Peu  de  temps  après  (1104),  on  signale,  sur  le 
marché  de  Coblence,  les  négociants  de  Liège,  de  Huy,  de 
Namur  et  de  Dinant,  qui  mettent  en  vente  des  pelleteries, 
des  chaudrons  et  des  bassins  :  c'est,  comme  on  le  voit,  le 
commencement  de  la  dinanderie  (4).  A  la  même  date  (1103), 
Liégeois  et  Hutois  vendent  sur  le  marché  de  Cologne  de 
l'étain,  de  la  laine,  du  lard,  de  l'onguent,  de  la  toile  et  du 
drap  (5). 

La  charte  de  Cologne  où  nous  trouvons  ces  intéressantes 
particularités  nous  donne  une  assez  vive  image  du  mouve- 
ment du  commerce  mosan  dans  la  grande  cité  rhénane. 
Parmi  les  Liégeois  que  leur  trafic  y  appelle,  les  uns  sont  des 
capitalistes  pouvant  fréter  eux-mêmes  les  bateaux  sur  les- 
quels ils  transportent  leurs  marchandises,  tandis  que  d'autres 

(1)  In  vico  (lui  liodieqiie  Trajectus  vocatur  cl-  dislat  ab  Aquensi  palatio  octo  cir- 
citer  leugas,  estque  habitanliuin  et  praecipue  iiegotiatorum  inuKitudine  frequcntis- 
simiis.  Eginliard,  Translat.  sa.  Marcellini  et  Pétri,  c.  81,  dans  Migne,  P.  L.  t.  104, 
col.  o87. 

(2)  Voici  un  extrail  du  droit,  de  Londres  sous  le  roi  Kllielrcd  (978-lOlG),  relatif 
aux  tonlieux  qui  se  payaient  dans  cette  ville;  on  y  lit  : 

Ilogge  et  Leodium  et  Nivella  qui  per  terras  ibant  ostensioncm  dabant  et  lelo- 
neuin  (Hohlbanni,  Ilanshchea  Urkundenbitcli,  t.  I,  p.  \). 

(3)  Stepelinus,  Miracula  suncti  Trudonis,  II,  74,  p.  827  ;  Miracula  S.  Wicbcrti, 
p.  520. 

(4)  Ilulilbaum,  Uansisches  l'rlaindenbncli,  t.  I,  p.  3. 

(5)  Hohibaum,  1.  c;  Jean  d'Outrcnieuse,  I.  Y,  p.  264. 


LA   PRIXCIPAUÏÉ.  217 

sont  obligés  de  recourir  à  des  vaisseaux  <lc  cotnmerce.  A 
côté  de  ceux  qui  empruntent  la  voie  lluviale,  nous  en  ren- 
controns qui  prennent  la  voie  de  terre  et  arrivent  avec  leurs 
chariots;  d'autres  encore,  véritables  prolétaires  du  monde 
commercial,  chargent  modestement  toute  leur  maj'chandise 
sur  le  dos  de  leur  monture. 

Le  vaste  marché  colonais  n'absorbe  d'ailleurs  pas  seul 
l'activité  de  nos  Liégeois  :  il  en  est  qui  vont  jusqu'au  fond 
de  la  Saxe  pour  y  acheter  du  cuivre,  et  qui  paient  un  droit 
de  transit  en  repassant  par  ('ologne  (1).  Souvent,  les  intérêts 
de  leur  commerce  les  fixaient  pendant  des  années  à  l'étran- 
ger :  tel  ce  marchand  de  Ilalmael  qui  s'établit  en  Angleterre 
et  s'y  maria,  puis  revint  au  pays  natal  (2),  ou  encore  ce 
pelletier  de  Huy,  fixé  à  Falaise  en  Normandie,  dont  la  fille 
eut  l'équivoque  honneur  de  devenir  la  mère  de  Guillaume 
le  Bàtai'd,  dit  le  Conquérant  (3). 

Quant  à  la  ville  de  Liège,  la  Meuse,  véritable  chemin  qui 
marche,  y  faisait  affluer  les  marchandises  et  les  marchands (4). 
Nous  connaissons  le  nom  de  l'un  de  ceux-ci,  qui  vivait  en 
1056  :  il  s'appelait  Marianus,  et  c'est  lui  qui  fournit  le  sac 
dans  lequel  furent  rapportées  d'Espagne  les  reliques  de  saint 
Jacques  (5).  Le  commerce  liégeois,  qui  n'avait  cessé  de 
s'étendre,  atteignit,  au  seuil  du  XÎP  siècle,  un  développe- 
ment considérable  :  son  organisation  était  assez  forte  pour 
qu'il  j)ût  entreprendre,  et  avec  succès,  de  faire  respecter  ses 
droits  sur  le  marché  de  Cologne.  Pour  donner  jdIus  de  poids 
à  leurs  réclamations,  les  marchands  liégeois  et  hutois  les  firent 
appuyer  par  leur  prince-évêque,  qui  se  trouvait  alors  à  une 
réunion  épiscopale  dans  la  grande  ville  rhénane,  et  Otbert 
—  car  c'est  lui  —  fut  témoin  de  l'acte  par  lequel  rarchevéque 
Frédéric  donna  pleine  satisfaction  aux  gens  de  Liège  et  de 

(1)  Voii'  le  iliplùiiie  cité,  note. 

(2)  Charte  deSaint-Troiul  en  109o  dans  Piol,  CnrinUdre  de  S.aint-Troml,  1. 1.  p.  28. 

(3)  Albéric  de  Tfoisfontaines,  p.  784,  cf.  G.  Kiirtli,  lienicr  de  lluti,  dans  DARn, 
1903,  p.  542. 

(4)  Variis  nierciiim  commeatibus  habilis.  Gozechin  dans  Mabiilon,  Vetera  Aiia- 
lecta,  p.  438. 

(o)  Récit  d'un  contemporain  leproduil  par  Gilles  d'Orval,  III,  7,  p.  8G. 


218  CÉÎAPIÏIIE   XII. 

Huy  (1).  Plusieurs  do  ceux-ci  ont  mis  leur  nom  au  bas  du 
document,  qui  laisse  entrevoir,  si  je  ne  me  trompe,  l'exis- 
tence d'une  gilde  de  marchands  liégeois.  Ce  sont,  outre 
Henri  le  maïeur,  les  marchands  Mascelin,  Godefroi,  Lanfroi, 
liambert  de  Liège,  Lambert  de  Huy  et  Baldéric. 

Le  patriciat  urbain  de  Liège,  représenté  par  les  noms  que 
je  viens  de  citer,  nous  apparaît,  au  cours  du  Xi''  siècle, 
comme  une  véritable  puissance  financière.  Les  capitalistes  de 
Liège  prêtent  do  l'argent  à  de  riches  abbayes,  comme  Saint- 
Laurent  (2)  ou  Saint-lîubert  en  Ardenne  (13);  le  prince-évcque 
les  appelle  à  signer  ses  actes  (4)  et  seinble  avoir  appuyé  sa 
politique  sur  cette  classe  opulente.  Un  contemporain  l'accuse 
formellement  de  se  1  être  attachée  au  moyen  de  libéralités 
et  de  promesses,  j^our  pouvoir  mieux  oppriruer  les  petits  (5). 

Ceci  est  significatif.  L'opposition  entre  gi^ands  et  petits  à 
la  fin  du  XI*^  siècle  et  l'existence  avérée  de  griefs  populaires 
semblent  insinuer  qu'il  y  avait  dès  lors  une  certaine  organisa- 
tion communale  à  Liège.  Peut-on  la  faire  remonter  jusqu'à 
l'époque  de  Notger?  Il  y  aurait  de  la  hardiesse  à  le  soutenir, 
encore  bien  que  nous  en  trouvions  au  XII''  siècle  plus  d'une 
trace.  On  a  déjà  fait  remarquer  la  charte  de  li7o,  par  laquelle 
le  comte  de  Looz  accorde  à  sa  ville  neuve  de  Brusthem  «  la 
loi,  le  droit  et  la  liberté  de  Liège,  tels  que  par  l'intermédiaire 
d'hommes  de  bien,  nos  fidèles,  nous  les  avons  appris  des 
Liégeois  eux-mêmes  ».  Cette  charte  atteste  l'existence  d'un 
droit  spécial  à  l'usage  des  bourgeois  de  Liège,  et  ce  droit,  il 
y  est  déjà  fait,  allusion  dans  l'acte  de  1107  par  lequel  l'empe- 

(1)  lluhlbauni,  o.  r.,  (.  I,  p.  3;  Jean  cl'Outrcnieuse,  t.  V,  p.  2G-k  Olbert  se  trou- 
vait à  Cologne,  parait-ii,  à  l'occasion  d'un  concile  provincial,  en  même  temps  que 
les  autres  suHragants  de  la  métropole,  comme  on  le  voit  par  les  termes  de  la  duirle. 

(2)  CIn-nnicon  Saurti  Laiircntii,  c.  io,  p.  277. 

(3)  C'irotiiciDi  Smirli  lluberti,  c.  49,  p.  594. 

(4)  Di|iIÙ!ne  d'Olbeit  (I09G)  dans  le  Mexsaijcr  des  .sciences  liist:>r!!jtics,  18i8, 
p.  .381. 

(o)  Olberlus  ir.terea  nimis  imiriodei'atus  dominai ionis  cxercendae,  coepit  Leodii 
civilia  jura  evellere,  Icgcs  majorum  inutarc,  consueludines  annullare,  ut-jue  liberius 
compriincret  iiiinurrs,  (Ujj'rrrbnl  c.riisprrave  iutcr'nii  majores,  diiiiis  etioiit  et  paiininsis 
ad  cinisenticintitjn  sHii  ciiulni'tehdt  puteiiliorcs.  Clinmici'ii  Suncti  iliibcrli,  c.  90, 
p.  628. 


L\    PRIN'CIPAUTÉ.  210 

reiir  Henri  V  décide  que  quiconque  a  la  qualité  de  marchand 
(incrcatoj'  pnhUcus),  relève  de  la  juridiction  scabinale.  Nous 
])Ouvons  remonter  une  génération  plus  haut  et  constater  que 
lorsqu'on  fonda  le  tribunal  de  la  [)aix,  en  1082,  les  Liégeois 
furent  exemptés  de  cette  nouvelle  juridiction  (1),  apparem- 
ment parce  qu'ils  étaient  en  possession  d'un  droit  urbain  qui 
donnait  les  mômes  garanties.  Nous  voilà  bien  près  de  l'année 
!0(jG,  en  laquelle  Huy,  la  seconde  ville  de  la  principauté, 
reçut  sa  charte  d'alTranchissement. 

Or,  si,  au  milieu  du  XP  siècle,  nous  trouvons  à  Huy  une 
bourg'eoisie  déjà  organisée,  à  qui  le  prince  accorde  le  précieux 
privilège  de  garder  elle-même  son  château  pendant  les  inter- 
règnes, qui  est  assez  riche  pour  player  fort  cher  les  droits 
qu'on  lui  concède,  et  assez  respectable  pour  que  le  prince 
traite  avec  elle  d'égal  à  égal,  peut-on  supposer  crue  la  capi- 
tale du  pays  fût  moins  bien  lotie  ?  Le  seul  fait  que  les  Hutois 
ne  sont  tenus  d'entrer  en  campagne  pour  le  service  du 
])rince  que  huit  jours  après  les  Liégeois  ne  montre-t-il  pas 
que  la  situation  de  ceux-ci  est  déjà  réglée  au  point  de  vue  de 
leurs  devoirs  militaires?  Et  comment  croire  que  Liège,  qui 
fut  toujours  le  type  d'organisation  municipale  sur  lequel  se 
modelèrent  les  autres  villes  de  la  principauté,  n'eût  point 
précédé  celles-ci  dans  la  voie  de  l'affranchissement  (2)  ?  Dans 

(1)  Lcgein,  jus  et  libertaleni  Lcodienscm,  sicut  ;ib  ipsis  pi-udcntioribus  Lcodii 
viiis  pei' fratres  nostros  fidèles  viros  didiciiinis,  Piot.  Cartuktire  de  Saint-Trond, 
I.  I,  p.  123;  Bormr.ns,  Recueil  dex  Edits,  etc.,  t.  I,  p.  22.  Ce  passag-e  semble  prou- 
ver que  les  dites  libertés  n'étaient  pas  encore  mi.ses  pai-  écrit  à  cette  époiiue,  et  le 
passage  suivant  vient  à  l'appui  de  cette  manière  de  voir  :  Et  si  quid  de  jure  Leo- 
diensi  in  hàc  chartà  est  praetermissum,  quod  postea  possit  adjicere,  hoc  bénigne 
coinedimus  e'S  habere.  Toutefois,  il  n'en  résulte  pas  encore  la  preuve  que  Liège 
iraurait  pas  eu  alors  de  ciiarle  de  liberté,  attendu  que  celle-ci  ne  devait  [las  conte- 
nir nécessairement  tous  les  articles  de  son  droit  municipal. 

(2)  Je  ne  suis  donc  pas  d'accord  avec  M.  Pirenne,  Histoire  de  Belgique,  2^  édition, 
t.  I,  p.  177,  disant  que  »  dans  la  principanlé  de  Liège,  les  villes  secondaires  telles 
ijue  Dinant,  Huy  et  St-Trond  devancèrent  la  capitale  dans  la  voie  de  lémancipa- 
fion  politique.  »  Cette  manière  de  voir  s'explique  par  la  disparition  des  archives  de 
Liège;  on  s'est  habitué  à  ne  croire  à  la  liberté  de  cette  ville  qu'à  partir  de  la  date 
oti  elle  est  attestée  par  écrit.  M.  Pirenne  ajoute,  en  parlant  du  droit  concédé  par 
Thcoduin  aux  Hutois  de  ne  prendre  les  armes  que  huit  jours  après  les  Liégeois  : 
«  Ceci  indique  bien  que  la  liberté  de  Huy  a  devancé  celle  de  Liège.  »  H  nie  paraît 
que  ce  texte  indique  plutôt  le  contraire. 


220  CHAPITRE    XII. 

tous  les  cas,  ses  privilèges  ne  peuvent  guère  être  postérieurs 
à  ceux  de  Huy. 

Si  ces  raisonnements  sont  fondés,  ce  serait  dans  la  pre- 
mière moitié  ou,  du  moins,  vers  le  milieu  du  XP  siècle  que 
nous  aurions  à  placer  la  naissance  de  la  commune  de 
Liège  (1).  Et  le  lecteur  se  convaincra  facilement  qu'une 
recherche  de  ce  genre  n'était  pas  hors  de  propos  à  la  lin  de 
ce  chapitre  consacré  aux  institutions  du  temps  de  Notger. 
En  effet,  Torigine  de  la  constitution  commumde  liégeoise  se 
rattacherait  directement,  d'après  cela,  à  la  clôture  de  la  ville 
par  les  soins  de  ce  prélat.  Une  enceinte  muraillée  était  tou- 
jours, pour  les  agglomérations  urbaines,  la  mère  d'une  paix 
spéciale,  c'est-cà-dire  d'un  ordre  public  garanti  par  une  pro- 
tection plus  efficace  de  la  sécurité  et  par  une  douceur  plus 
grande  du  régime  légal  (2). 

Je  m'arrête  ici,  craignant  qu'on  ne  puisse  me  reprocher 
d'avoir  abusé  de  la  conjecture.  Si  c'était  le  cas,  j'aurais 
droit  à  une  certaine  indulgence.  Une  étude  sur  le  règne  de 


(1)  .l'aiTÎve,  bien  que  par  un  auti-e  clicmin  cl  sans  entente  préalable,  au  niênie 
résultat  (jue  A.  Wauters,  qui  écrit  : 

((  L'une  des  attributions  que  l'homme  libre  réclame  en  premier  lieu,  c'est  le 
droit  de  s'armer  pour  la  défense  de  ses  foyers  et  de  la  patrie.  Vers  le  milieu  du  XI'' 
siècle,  nous  voyons  l'évêque  de  Liège,  Wazon,  (1043-1061)  qui  jouissait  d'une 
haute  réputation  de  sagesse  et  de  loyauté,  chercher  un  appui  dans  l'armement  de 
ses  sujets  contre  les  révoltes  dos  princes  voisins.  La  ville  de  Licr/e,  dit  un  chroni- 
queur, farlijicc  tnitant  que  le  temps  et  la  xittiatiim  des  lieu.r  le  permirent,  fut  mise  à 
l'abri  des  atta(jues  des  ennemis;  le  prélat  ordonna  de  remplir  d'armes  les  maisons 
Unit  des  clercs  que  des  laïques  ;  les  citoyens  furent  plus  d'une  fois  appelés  sous  les 
armes  (Anselme).  Alors  sans  doute  fut  fixé  le  délai  dans  lequel  les  Liégeois  devaient 
rejoindre  les  troupes  de  l'évêque,  comme  on  le  rappelle  dans  la  charte  de  Huy  de 
l'an  1000;  alors  aussi,  selon  toute  apparence,  fut  rédigé  pour  Liège  un  diplûme  île 
liberté  qui  a  péri,  mais  dont  les  dispositions  paraissent  avoir  été  reproduites  par- 
tiellement dans  celui  qui  fut  accordé  au\  habilants  de  Brusthem  en  117o.  Les  libertés 
communales,  Bruxelles-Paris,  1878,  t.  I,  p.  282. 

(2)  «  La  construction  d"une  enceinte  forliliéc  ou  le  creusement  d'un  fossé  autour 
de  la  ville  va  de  pair  avec  Tocti-oi  d'une  paix  spéciale  pour  le  territoire  urbain.  » 
H.  Pirenne,  o.  c.  21^  édition,  t.  J,  p.  182.  Cf.  Keutgcn,  Untersuchumien  ïtber  den 
l'rsprunij  drr  drutsehen  Stadt:<erfassnn(j,  p[).  ol-02.  K.  Hegel,  Die  Entstehun;/  der 
deutsclien  Stddtrwescns,  p.  HI,  dit,  à  la  vérité,  que  ce  n'est  pus  la  seule  enceinte 
cmmurailléc  qui  fait  la  ville,  et  à  cela  personne  ne  contredit. 


LA    PRINCIPAUTE.  jÎ21 

Notger  ne  pouvait  passer  devant  les  multiples  problèmes  que 
soulève  l'histoire  des  institutions  du  X^  siècle  sans  poser  au 
moins  quelques  points  d'interrogation.  Ils  seront,  si  l'on 
veut,  des  jalons  indiquant  aux  chercheurs  de  l'avenir  les 
endroits  où  il  faudra  creuser. 


CHAPITRE  XIII. 


LE    DIOCESE. 


Il  peut  sembler  étrange,  ù  première  vue,  que  nous  soyons 
beaucoup  mieux  renseignés,  par  nos  ciironiqueurs  ecclésias- 
tiques, sur  l'histoire  du  })rincs  que  sur  celle  de  l'évêque. 
Gela  s'explique.  D'une  part,  on  ne  consignait  par  écrit  que 
le  souvenir  d'événements  éclatants  et  d'actions  qui  sollici- 
taient le  regard;  or,  l'administration  d'un  diocèse  est  quelque 
chose  de  régulier  et  de  tranquille  qui  ne  iVap[)e  guère  l'atten- 
tion. En  second  lieu,  un  évèque  de  cour,  incessamment 
appelé  auprès  du  roi,  comme  on  l'a  vu,  et  obligé  souvent  de 
le  suivre  dans  des  expéditions  lointaines,  devait  être  plus 
d'une  fois  empêché  de  remplir  les  fonctions  de  son  ministère, 
qui  consistaient  à  tenir  les  synodes  annuels,  à  visiter  son 
diocèse,  à  administrer  le  sacrement  de  confirmation,  à  ensei- 
gner son  troupeau  et  à  veiller  à  tous  les  besoins  religieux. 
Pour  ces  deux  raisons,  il  n'est  nullement  étonnant  que  nos 
sources,  déjà  si  laconiques  en  ce  qui  concerne  le  gouverne- 
ment de  la  pi'incipauté,  deviennent  à  peu  près  muettes  lors- 
qu'il s'agit  de  l'organisation  et  de  l'administration  du  diocèse. 
Nous  sommes  donc  réduits  à  quelques  mentions  épisodiques 
trouvées,  en  général,  dans  des  documents  étrangers  à  l'his- 
toire de  Notger,  dont  nous  tacherons  de  tirer  tout  ce  qu'ils 
peuvent  nous  apprendre. 

Le  lecteur  sait  déjà  quelle  était  l'étendue  du  vaste  diocèse 
de  Tongres  ou  de  Liège.  Une  moitié  en  était  comprise  dans 
le  domaine  de  la  culture  latine,  où  on  parlait  un  idiome 
roman,   tandis  que  l'autre   plongeait  dans  ces   régions  sur 


T.iî  DiocKsiî.  223 

lesquelles,  de  bonne  heure,  s'était  répandu  le  flot  de  linva- 
sion  gcriiKinique.  Si  bien  que  deux  bnu^ues  se  pai'ta|:çeaient 
le  diocèse,  qu'elles  coupaient  en  deux  parts  presque  égales  : 
la  septentrionale  parlait  le  thiois  ou  néerlandais,  la  méridio- 
nale, un  dialecte  roman  connu  aujourd'hui  sous  le  nom  de 
wallon,  sans  compter  des  populations  du  sud-est  (1),  dont 
l'idiome  se  rapprochait  du  haut  allemand. 

Que  les  frontières  de  cet  immense  diocèse  n'aient  pas  été 
partout  également  fixes,  on  ne  s'en  étonnera  pas;  ce  qui 
surprend  plutôt,  c'est  qu'elles  n'aient  pas  fait  l'objet  de  plus 
fréquentes  contestations.  Il  s'en  était  produit  une  au  A'P  siècle 
avec  l'archevêque  de  Reims,  au  sujet  de  la  juridiction  spiri- 
tuelle de  ^louzon,  qui  relevait  de  cette  église  métropolitaine, 
mais  où  l'évcque  de  Liège  avait,  sans  doute  par  ignorance, 
procédé  à  des  ordinations.  Ce  fut  l'occasion  d'une  lettre  des 
plus  vives  par  laquelle  saint  Rémi  reprochait  à  Falcon  de 
Tongres  cet  acte  d'usurpation  (2). 

Notger  eut  à  s'occuper  aussi  d'une  dilliculté  de  ce  genre, 
et  il  la  trancha  d'une  manière  pacifique.  Gomme  nous  l'avons 
déjà  dit,  du  côté  de  l'est,  le  diocèse  de  Liège  était  contigu  à 
l'archidiocèse  de  Cologne,  et  il  englobait,  entre  la  Meuse  et 
le  Rhin,  un  certain  nombre  de  paroisses  aujourd'hui  com- 
prises dans  la  Prusse  Rhénane  (3).  Les  plus  septentrionales 

(1)  Equivalent  à  la  pointe  septentrionale  du  Grand-Duché  de  Luxembourg-. 

(2)  Voir  la  lettre  de  saint  Henii  dans  Epistolar  Aevi  Mcrorinyici  fMGllJ,  p.  llo. 
Plus  tard,  au  XI^  siècle,  il  y  aura  un  autre  conflit,  cette  fois  avec  Cologne,  au  sujet 
de  l'abbaye  de  Malmedy,  unie  à  celle  de  Stavelot  qui  dépendait  de  Liège,  mais  rat- 
tachée elle-même  au  diocèse  de  Cologne.  Mais  la  querelle  fut  surtout  entre  les  deux 
abbayes,  et  la  question  des  frontières  diocésaines  ne  fut  pas  soulevée.  V.  le  Trium- 
phiis  sanrti  Rcmacli.  Une  qi'.erclie  non  moins  retentissante,  et  contemporaine  de 
Nolger,  fut  celle  de  rarchevêi[ue  de  Mayence  et  de  l'évcque  de  Hildesheini  au  sujet 
de  l'abbaye  de  Gandersheiin,  que  les  deux  diocèses  se  disputaient  ;  une  enquête  au 
sujet  de  leurs  frontières  donna  des  résultats  incertains.  V.  Thangmar,  Vita  S.  Bern- 
wardi,  c.  20,  p.  768.  Il  faut  lire,  sur  rindécision  des  frontières  dans  les  diocèses 
nouveaux,  un  curieux  passage  d'Adam  de  Brème,  lY,  33,  p.  383. 

(3)  Est-il  vrai,  comme  le  croit  Bintorim-Mooren,  Die  Erzdiikese  lûHn  lin  Mhtcl- 
alter,  Dûsscldo'rf,  1892,  t.  I,  p.  49,  suivi  par  Alberdingk-Thym,  p.  481,  qu'Aix-la- 
Chapelle  ait  appartenu  au  diocèsede  Cologne  jusqu'au  XI*-'  siècle?  J'en  doute  beaucoup  : 
il  est  peu  probable  que  la  ville  du  couronnement  ait  pu  passer  d'un  diocèse  à 
l'autre  sans  que  la  chose  ait  fait  du  bruit,  et,  surtout,  sans  que  l'archevêque  de 


224  CHAPITRE  xm. 

se  groupaient  autour  de  Wassenberg,  qui  en  était  le  centre 
et  qui  donnait  son  nom  à  une  des  ciirétientés  de  Tarcliidio- 
cèse. 

Dans  une  paroisse  de  cette  chrétienté,  nommée  Glad- 
bacli  (1),  Tarclievêque  de  Cologne  Géron,  celui-là  même  qui 
avait  imposé  les  mains  à  Notger,  avait  bâti,  en  974  ou  975, 
une  abbaye  de  bénédictins.  On  ne  sait  pas  au  juste  pourquoi 
il  avait  cru  devoir  fonder  cette  maison  précisément  au-delà 
des  frontières  de  son  diocèse,  et  il  y  a  apparence  que,  de 
même  que  saint  Remacle  lorsqu'il  édifia  Malmedy,  il  ne  con- 
naissait pas  exactement  les  confins  de  Liège  et  de  Cologne. 
Gladbacli  se  trouva  donc,  dès  l'origine,  dans  la  dépendance 
temporelle  de  Cologne  et  sous  la  juiùdiction  spirituelle  de 
Liège  :  situation  semblable  à  celle  de  plusieurs  autres  ab- 
bayes du  diocèse  ou  du  pays  de  Liège  (2)  et  qui  créait,  tant 
au  diocèse  qu'aux  abbayes  elles-mêmes,  de  sérieuses  diffi- 
cultés. Gladbacli  n'eut  pas  à  se  louer  de  cette  dualité  de  maî- 
tres. Son  premier  abbé,  Sandrad,  fut  accusé  à  Cologne 
d'avoir  plus  de  zèle  pour  le  service  de  Liège  que  pour  celui 
de  la  métropole,  bien  que,  dit  la  chronique  locale,  il  s'acquit- 
tât humblement  de  son  devoir  envers  l'un  et  l'autre  prélat. 
Finalement,  il  fut  rappelé  par  l'archevêque  Warin  et  ne  put 
rentrer  dans  son  monastère  que  grâce  à  la  protection  de 
l'impératrice  Adélaïde.  E verger,  successeur  de  AVarin,  en- 
nuyé d'avoir  à  entretenir  un  monastère  dans  le  diocèse  d'au- 
trui,  imagina  de  transporter  les  moines  de  Gladbach  à  Saint- 
Cologne  ait  protesté.  La  seule  preuve  alléguée  par  Binlerini  est  (ju'en  887,  Fol- 
charius,  abbé  du  Palais  d'Aix-la-Chapelle,  assista  au  synode  de  Cologne  avec  Nevelung 
d'Inda  et  Andolf  de  Werden  (Ilartzlicini,  II,  f.  3CG)  mais  ce  synode  n'était-il  pas  pro- 
vincial? Les  arguments  ajoutés  par  A.  T.  ne  prouvent  rien  ou  prouvent  trop,  car  si 
le  fait  que  les  arclievêques  de  Cologne  se  sont  employés  pour  Aix  permettait  de 
conclure  qu'ils  sont  les  diocésains,  ceux  de  Maycnce  et  de  Trêves  pourraient,  de  ce 
chef,  revendiquer  le  même  titre.  Dans  tous  les  cas,  à  partir  du  XI''  siècle,  Aix 
apparaît  bien  liégeois. 

(d)  Aujourd'hui  Miinchen-Gladbach,  ou,  selon  roi'thographe  oflicielie,  M.  Glad- 
bach. 

(2)  Ainsi  Saint-Trond  et  Waulsort  relevaient  au  spirituel  de  Liège  et  au  temporel 
de  Metz.  Lobbes,  par  contre,  relevait  de  Liège  au  temporel,  et  au  spii-ituel  de 
Cambrai. 


LK   DIOCÈSE.  225 

Martin  de  Cologne;  déjà  il  se  disposait  à  l'aire  emporter  les 
reliques,  lorsqu'il  en  fut  détourné  par  une  vision  dans  laquelle 
il  crut  voir  apparaître  saint  Vitli.  Alors,  il  se  décida  à  res- 
taurer l'abbaye,  mais,  en  môme  temps,  il  résolut  d'en  acqué- 
rir le  domaine  spirituel,  et  il  ouvrit  des  négociations  à  ce 
sujet  avec  Notger.  Les  deux  diocèses  procédèrent  à  ce 
qu'on  appellerait  en  langage. moderne  une  rectification  de 
frontières  :  Liège  céda  à  Cologne  la  juridiction  religieuse  sur 
Gladbacli  et  sur  Reitli,  Cologne  donna  à  Liège  les  trois  pa- 
roisses de  Tegelen,  de  Lobberich  et  de  Venlo.  Cet  accord 
l'ut  conclu  entre  l'année  984  et  le  11  juin  999,  date  de  la 
mort  d'Everger  (1).  Depuis  lors,  et  jusqu'au  morcellement 
des  diocèses  belges  en  loo9,  les  trois  localités  cédées  à 
Notger  fii*ent  partie  du  diocèse  de  Liège,  où  nous  les 
retrouvons  dans  l'archidiaconé  de  Campine,  au  doyenné  de 
Wasscnberg  (2). 

Notger  n'était  pas  seul  à  administrer  son  vaste  diocèse.  Dès 
les  premiers  temps,  les  évèques  eurent  un  archidiacre  avec 
qui  ils  partageaient  la  sollicitude  de  toutes  les  affaires  maté- 
rielles :  charité,  discipline,  gouvernement.  A  partir  du  IX® 
siècle,  les  fonctions  archidiaconales  subirent  une  modifica- 
tion profonde  ;  chaque  évêque  eut  plusieurs  archidiacres,  et 
chaque  archidiacre  fut  à  la  tête  d'un  ressort  territorial 
déterminé  (3).  La  subdivision  des  diocèses  en  archidiaconés 


(1)  Chronkon  Gladbacense,  c.  20  et  21,  p.  77.  Cf.  Molaïuis,  Natales  Sanctorum 
BeUjii,  24  août  ;  Knippenbcrgh,  Hintoria  ccclesiastica  ducatus  Geldriae,  p.  43;  Fisen, 
pars  I,  p.  149.  —  Keuller,  Gescliiedenis  en  besclin'jvinri  van  Venlo,  p.  14  et  Peeters, 
Clironolo(jische  Deschrijvimj  van  Tetjelen  {Piibl.  de  lu  Soc.  Iiist.  et  archéol.  dans  le 
duché  de  Limhotirg,  t.  XIII,  p.  8),  n'ajoutent  rien  aux  renseignements  de  nos 
sources.  Pour  être  complet,  je  crois  devoir  reproduire  ces  lignes  de  Binterim- 
Mooren,  Die  Erzdiôcese  Kôln  im  Mittelalter,  Dïisseldorf,  1892,  t.  I,  p.  49  :  «  .Merk- 
wùrdig  ist  es  noch,  dass  die  Sage  Diilken  im  Kôlnischen  zu  einer  Filiale  von  deni 
unter  Liittich  liegenden  Birgeln  niacht.   » 

(2)  Venlo  e(  sa  voisine  Tegelen,  à  une  demi-lieue  au  sud,  font  partie  aujourd'hui 
de  la  province  de  Limbourg  hollandais  et  du  diocèse  de  Ruremondc  (Habets,  Gescliie- 
denis van  liet  bisdom  Roermond,  p.  408).  Lobberich  est  une  commune  du  cercle 
de  Kempen,  régence  de  Diisscldorf. 

(3)  Selon  M.  le  chanoine  Daris,  I,  p.  177,  (jui,  avec  raison,  ne  croit  pas  à  lacréa- 
li(in  des  archidiaconés  de  Liège  en  799  par  Léon  III,  la  division  serait  antérieure  à 

I.  13 


22G  CHAPITRE   Xllt. 

devient  la  règle  à  cette  époque.  La  pluralité  des  archidiacres 
semble  déjà  établie  en  813  (1);  toutefois,  ce  n'est  qu'à  la 
lin  du  IX"  siècle  qu'on  peut  la  prouver  pour  un  diocèse  déter- 
miné :  Hincmar  de  Reims  avait  au  moins  deux  archidiacres 
et  probablement  davantage  (2). 

On  a  soutenu,  il  est  vrai,  que  la  division  du  diocèse  de 
Liège  en  huit  archidiaconés  datait  de  799,  et  qu'elle  fut  déci- 
dée par  le  pape  Léon  III,  lors  du  voyage  qu'il  fit  auprès  de 
Charlemagne  (3).  Mais  que  n'ont  pas  fait  nos  chroniqueurs 
de  ce  voyage  pontifical?  Ils  y  ont  rattaché,  à  peu  près,  tous 
les  faits  religieux  imaginables  (4).  En  réalité,  c'est  seulement 
au  début  du  X^  siècle  que  nous  voyons  à  Liège  des  archidia- 
conés territoriaux.  Celui  de  Hainaut  est  cité  en  903-920  (o), 
celui  de  Hesbaye  en  980  (6),  et  ce  sont  les  plus  anciennes 
mentions.  Deux  archidiacres  simultanés  apparaissent  pour  la 
première  fois  dans  nos  textes  en  901  :  ce  sont  celui  de 
Hesbaye,  Bovon,  et  Gislebert,  dont  le  ressort  est  inconnu  (7). 
Enfin,  en  1007,  trois  archidiacres  signent  à  la  fois  un  acte 

l'époque  de  Charlemagne,  «  car  le  capitulaire  de  779,  dit-il,  la  suppose  déjà 
généralement  établie  ».  Le  capitulaire  d'Herstal  en  779,  c.  19,  dit  : 

De  mancipiis  quae  vendunt,  ut  in  presePtiâ  episcopi  vel  comitis  sit,  aut  in  itre- 
sentià  archidiaconi  aul  centenarii  aut  in  presentiâ  vice  domini  aut  judicis,  comitis 
aut  ante  bene  nota  testimonia  (Boretius,  p.  31).  Mais  ce  passage  n'est  pas  assez 
explicite  pour  qu'on  en  puisse  tirer  argument. 

(1)  Concile  de  Châlons-sur-Saône,  c.  4o,  dans  Sirmond,  Concilia  Galliae,  t.  II, 
p.  3 H, 

(2)  Mansi,  XV,  497  et  cf.  Hinschius,  t.  Il,  489,  note  3. 

(3)  Fisen,  Historia  Ecclesiae  Leodietisis,  pars  I,  1.  V,  §  28,  suivi  par  Van  Espen, 
Jus  ecclesiaaticum,  pars  I,  tit.  XII,  cap.  1,  §  23. 

(4)  V.  dans  BSAHL,  t.  XIII  (1903)  l'intéressante  étude  de  M.  l'abbé  J.  Paquay 
sur  la  Consécration  de  icijlisr  de  Tongres  far  le  pajje  Léon  III  en  804,  oii  il  est  l'ait 
bonne  justice  de  la  légende  indiquée  par  le  titre.  La  réfutation  qu"un  anonyme  qui 
signe  Robert  d'Aluins  a  essayé  de  faire  de  ce  travail  dans  une  brochure  intitulée  Le 
pape  Léon  lU  et  la  consécration  de  l'église  de  Notre-Dame  à  Tongres,  Tongres,  1904, 
ne  mérite  pas  l'honneur  d'être  lue. 

(5)  Translatio  S.  Eugenii,  c.  7,  dans  Analecta  Bollandiana,  III,  p.  34. 

(0)  Translatio  S.  Landoaldi,  p.  004.  Martene  et  Durand,  A.  C.  II,  47-48.  Encoi'e 
faut-il  remarquer  que  les  textes  ne  prononcent  pas  le  nom  de  Hainaut  ni  de  Hes- 
baye; ils  montrent  seulement,  en  parlant  de  localités  situées  dans  ces  contrées, 
qu'elles  ont  un  archidiacre  régional. 

(7)  Mart.  et  Dur.  A.  C.  II,  47-48.  L'authenticité  de  ce  diplôme  ne  me  semble  pas 
établie. 


LE    DIOCESE. 


227 


de  Notger  :  ce  sont  Oll)ert,  Albold  et  Jean  (1),  mais  no  as  ne 
savons  pas  à  quel  archidiaconé  ils  président. 

Ces  maigres  renseignements  ne  nous  permettent  pas  de 
dire  avec  certitude  ni  à  quelle  date  remonte  la  division  du 
diocèse  en  arcliidiaconés,  ni  combien  il  y  en  avait  à  l'époque 
de  Notger.  Nous  pouvons  admettre  que  l'organisation  est  du 
IX^  siècle,  comme  partout  ailleurs.  Quant  au  nombre,  nous 
avons  à  cet  égard  des  renseignements  que  je  crois  devoir, 
dans  l'intérêt  de  la  clarté,  résumer  dans  le  tableau  suivant  : 

903-920.  Plus  d'un  archidiacre  et  notamment  Adalelm,  archi- 
diacre de  Hainaut. 

960.  Plus  d'un  archidiacre,  et  notamment  Bovon,  archi- 

diacre de  Hesbaye. 

961.  Bovon,  archidiacre  de  Hesbaye,  Gislebert,  archi- 

diacre. 
1007.        Trois  archidiacres  :  Otbert,  Albold  et  Jean. 

Encore  trois  archidiacres  en  1026  :  Bodon,  Otbert, 

Robert  et  en  1029  :  Gobert,  Jean,  Lanzon. 
1031.        Cinq  archidiacres  :  Geldrad,  Lambert,  Robert,  Sic- 

con,  Wazon. 
Encore  cinq  en  1030  :  Gérard,  Gobert,  Jean,  Rotfrid, 

Robert. 
1057.        Six  archidiacres  :Bernier,  Gérard,  Godescalc,  Gode- 

zon,  Gobert,  Humbert. 
1066.        Sept  archidiacres  :  Boson,  Godescalc,  Godescalc, 

Godescalc,  Gobert,  Herman,  Théoduin. 
1178.        Huit    archidiacres  :  Albert,    Baudouin,    Berthold, 

Brunon,  Henri,  Olton,  Rodolphe,  Thierry  (2). 

Cette  progression  si  étonnamment  régulière  est-elle  l'ex- 
pression de  la  réalité  et  faut-il  croire  que  les  arcliidiaconés 
du  diocèse  de  Liège  sont  allés  en  se  multipliant  dans  l'ordre 
qu'on  vient  de  voir?  Je  ne  suis  pas  en  état  de  répondre  à 
cette  question.  Toutefois,  je  ferai  remarquer  qu'au  dire  d'un 
auteur  du  XIP  siècle  cité  plus  haut,  il  n'y  avait  que   sept 

(1)  Hariulf,  Chronique  de  Saiut-Ptiquicr,  éd.  Lot,  p.  17o. 

(2)  V.  de  Marneffe,  Table  cliroiiolofjique  des  dignitaires  du  chapitre  de  Saint- 
Lambert  de  Liège  {AHED,  L  XXV). 


228  CilAPITRE  xiii. 

archidiacres  au  XP  siècle  (1).  Ce  témoignage  confirmerait 
singulièrement  les  conclusions  qu'on  tirerait  des  données 
fournies  par  les  dates  de  106G  et  de  1178. 

Les  archidiaconés  eux-mêmes  étaient  subdivisés  en  doyen- 
nés, c'est-à-dire  en  cii'conscriptions  rurales  dites  chrétientés 
ou  conciles,  à  la  tête  desquelles  était  un  prêtre  revêtu  des 
fonctions  de  doyen.  Le  doyen  était  ce  qu'il  est  encore  aujour- 
d'hui (2),  et  nous  savons  par  une  source  du  X''  siècle  l'exis- 
tence d'un  doyen  d'Entre-Sambre-et-Meuse,  nommé  Flodinus, 
dans  la  circonscription  duquel  se  trouvait  le  monastère  de 
Saint-Gérard  de  Brogne  (3).  Les  trente  doyennés  liégeois  qui 
existaient  en  1559  ne  remontent  pas  tous  à  l'époque  de 
Notger,  mais  les  plus  anciens  sont  peut-être  antérieurs  à  la 
subdivision  des  archidiaconés. 

S'il  est  vrai,  comme  semble  l'avoir  établi  récemment  un 
ingénieux  chercheur,  que  les  ressorts  des  croix  banales  co'in- 
cident  avec  ceux  des  doyennés  (4),  alors  l'antiquité  de  ceux- 
ci  apparaîtra  dans  tout  son  jour,  car  les  croix  banales  sont 
elles-mêmes  attestées  dès  le  X^  et  le  XP  siècle,  non  pas  comme 
une  invention  de  cette  époque,  mais  comme  une  tradition 
remontant  à  une  date  immémoriale.  Un  épisode  de  l'histoire 
de  Notger  nous  fournit  l'occasion  de  considérer  de  plus  près 
cette  curieuse  institution. 

Les  bancroix  ou  croix  banales  étaient  des  processions  qui, 
tous  les  ans  à  la  même  date,  amenaient  au  sanctuaire  le  plus 
ancien  et  le  plus  respecté  de  la  région  les  populations  des 
villages  avoisinants,  apportant  leur  redevance  traditionnelle  : 
une  obole  et  un  pain.  Elles  avaient  un  double  caractère  :  celui 
d'un  hommage  rendu  au  saint  dont  elles  visitaient  le  sanc- 
tuaire et  celui  d'une  redevance  régulière,  dont  le  payement 
se  faisait,  selon  l'esprit  du  temps,  d'une  manière  collective  et 
solennelle. 

(1)  De  fundatione  et  liipsu  mouasterii  lobitnsis,  c.  11,  p.  552;  le  passage  est 
reproduit  ci-dessus,  p.  207. 

(2)  Avec  cette  différence  toutefois  que  le  doyen  n'était  pas  nécessairement  le 
curé  du  chef-lieu  de  la  chrétienté,  mais  qu'il  était  choisi  indifféremment  parmi  les 
curés  de  toutes  les  paroisses  de  celle-ci. 

(3)  Translatio  s.  Eugenii  ûâns  Analecta  Bollandiuna ,  t.  III,  c.  n,  p.  3G. 

(4)  V.  le  mémoire  de  M.  l'abbé  J.  Paquay,  Les  antiques  processions  des  croix 
banales  à  Tougres.  Tongres  1903. 


LE    DIOCESE. 


229 


Comme  la  plupart  des  institutions  dontrorij^ine  se  perd  dans 
une  antiquité  reculée,  elles  eurent  leur  légende,  qui  avait  la 
prétention  d'expliquer  leur  origine  :  d'ordinaire,  on  racontait 
qu'un  fléau  de  la  nature,  (inondation,  sécheresse,  épidémie, 
épizootie)  avait  été  conjuré  par  l'institution  de  ces  croix,  et 
que  les  fidèles  reconnaissants  avaient  voulu  perpétuer  le 
souvenir  du  miracle  obtenu  en  le  commémorant  chaque  an- 
née (1).  Ces  cérémonies,  à  la  longue,  parurent  onéreuses  à 
beaucoup  de  localités  qui,  sans  vouloir  se  soustraire  à  la 
double  obligation  de  la  procession  et  de  la  redevance,  préfé- 
rèrent porter  leurs  hommages  à  des  sanctuaires  moins  éloi- 
gnés. De  là,  pour  la  plupart  des  monastères,  l'occasion  de 
fréquents  conflits  avec  les  populations  (2).  A  Lobbes,  le 
conflit  éclata  de  bonne  heure.  Soixante-douze  paroisses  de- 
vaient apporter  leurs  redevances  annuelles  à  l'abbaye  le  23 
avril,  jour  de  la  fête  de  saint  Marc.  Mais,  trouvant  sans  doute 
l'itinéraire  trop  long,  vingt-neuf  d'entre  elles  préférèrent  les 

(1)  Ainsi,  à  l'abbaye  de  Saint-Hubert,  les  bancroix  auraient  été  imaginées  en  837 
pour  conjurer  des  pluies  diluviennes  qui  détruisaient  les  récoltes;  l'empereur 
Louis  le  Débonnaire  cl  un  synode  diocésain  auraient  confirmé  l'institution  (V. 
Miracitla  snncti  lliiberti,  II,  6,  p.  G7).  A  Ecliternacb,  c'aurait  été  une  épizootie  qui, 
éclatant  avec  violence  au  XIV*;  siècle,  aurait  décidé  la  population  à  invoquer  le 
secours  de  saint  Willibrord.  A  Luxembourg,  les  croix  banales  qui  allaient  tous  les 
ans  en  procession  à  Trêves,  chef-lieu  du  diocèse,  auraient  été  instituées  au  X^  siècle 
à  la  suite  d'une  sécheresse  désastreuse.  A  Lobbes  même,  au  dire  d'un  écrit  du 
Xlle  siècle,  on  croyait  que  les  bancroix  de  cette  abbaye  étaient  destinées  à  tenir  lieu 
des  pèlerinages  que  les  fidèles  faisaient  autrefois  jusqu'à  Rome,  et  que  les  papes 
auraient,  par  la  suite,  commués  en  processions  à  des  sanctuaires  anciens.  V.  le 
document  publié  par  M.  St.  Bormans  dans  BCRH,  II,  8,  pp.  318  et  suivantes. 

(2)  Ainsi  à  Saint-Hubert,  cf.  la  Chronique  de  Saint-Hubert,  c.  30,  p.  380; 
et  c.  123,  p.  627.  Les  paroisses  qui  devaient  ces  processions  ou  croix  banales  à 
l'abbaye  sont  énumérées  dans  une  bulle  d'Innocent  II  datée  du  il  avril  1139 
(G.  Kurth,  Chartes  de  l'atfbaiie  de  Saint-Hubert,  t.  I,  p.  107).  A  Saint-Trond,  les 
paroisses  voisines  devaient  apporter  leur  obole  à  l'abbaye  dans  l'octave  de  la 
Pentecùte,  et,  ce  droit  ayant  été  contesté  à  l'abbaye  par  l'église  de  Diest,  l'évêque 
Albéron  II  le  confirma  en  1139  par  un  diplôme  qui  énumère  les  paroisses  rede- 
vables de  l'obole  annuelle  (Ch.  Piot,  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Trond,  t.  I, 
p.  49).  A  Luxembourg,  les  croix  banales  qui  allaient  à  Trêves  se  rendirent  à  partir 
de  1 128,  avec  l'approbation  du  pape  Honorius  II,  à  l'abbaye  de  Munster  dans  le  fau- 
bourg de  la  première  de  ces  villes.  V.  J.  Wilhelm,  La  seiijneurie  de  Mïtnsler  ou  l'ab- 
baye de  Xotre-Dame  de  Luxembourg  pendant  les  cinq  premiers  siècles  de  son  exis- 
tence, dans  le  programme  de  l'athénée  de  Luxembourg,  1904,  pp.  14-13. 


230  CHAPITRE   XIII. 

porter,  les  unes  à  l'abbaye  de  Nivelles,  les  autres  à  celle  de 
Fosse,  dont  elles  étaient  plus  rapprochées,  frustrant  ainsi 
Lobbes  de  l'honneur  et  du  profit  qui  lui  revenait.  Folcuin 
s'en  plaignit  à  Notger,  qui  examina  sa  revendication  dans  un 
synode  épiscopal,  et,  l'ayant  trouvée  fondée,  enjoignit  aux 
paroisses  récalcitrantes  d'avoir  à  respecter  désormais  les 
droits  de  l'abbaye.  L'évêque  était  venu  en  personne  à  Lobbes 
pour  faire  son  enquête  et  tenir  son  synode,  et  c'est  là  que, 
le  jour  même  de  la  fête  de  saint  Marc,  il  promulgua  son 
décret  (1). 

En  examinant  de  près  ce  document,  on  constate  que  les 
paroisses  récalcitrantes  dont  il  y  est  question  sont  précisé- 
ment, à  deux  près,  celles  qui  composaient  le  doyenné  de 
Fleurus  en  1706  (2).  C'est  donc  bien  ce  doyenné  tout  entier 
qui,  vers  980,  s'était  avisé  de  renoncer  au  vasselage  religieux 
de  Lobbes,  et,  du  coup,  nous  avons  la  preuve  de  son  exis- 
tence à  cette  date  reculée,  ainsi  que  de  l'immutabilité  de  sa 
circonscription  pendant  sept  siècles.  La  division  paroissiale 
est  ici  un  fait  accompli,  et  il  n'y  sera  presque  plus  touché 
par  la  suite  (3).  Tout  nous  autorise  à  croire  que  ce  grand 

(i)  Le  document  a  été  publié,  non  sans  lacunes  et  incorrections  (ainsi  Dar- 
mienses  pour  Darnuenses,  fortitudine  pour  tortitiuUneJ ,  par  M.  le  chanoine  Vos, 
0.  c,  t.  I.,  p.  433,  et,  d'après  lui,  par  Lejeune,  o.  c,  p.  304.  M.  Vos  a  pris  le  texte 
dans  un  placard  in-folio  publié  à  Mons  en  1706  sous  ce  titre  :  Institutio  utipplica- 
tionum  (jencralium  qitae  viihjo  bancruces  vocantur.  M.  Vos  et  son  caudataire  Lejeune 
intitulent  à  tort  ce  document  Sentence  d'cjccommunication  etc.,  car  la  menace  Csi 
qiiis  deinceps  hanc  elemusynain  ecclcsine  (d>  anti<iuis  statutnm  avertere  viduerit,  ami- 
tlieina  sitj  n"est  qu'une  formule  de  chancellerie  et  fait  partie  de  ce  qu'on  appelle 
en  diplomatique  la  sanction.  Malgré  les  recherches  que  j'ai  faites  à  Mons,  je  n'ai  pu 
me  procurer  le  placard  de  n06.  Sur  les  bancroix  de  Lobbes,  voir  aussi  le  travail 
de  M.  F.  Hachez,  Le  pèlennntje  des  croix  à  Valybaiie  de  Lobbes  (Annales  du  Cercle 
archéolofjiqiie  de  Mons,  t.  II). 

(2)  V.  VInstitutio  Siipplicatiomtm  dans  Vos,  1.  c. 

(3)  Voici,  dans  Tordre  alphabétique,  les  noms  des  29  paroisses  reprises  dans 
l'acte  de  980  : 

Baisy-ïhy  (Daisius).  Courcelles  (Courcella). 

Bidien  (a).  Dampremy  fDampremiJ. 

Buzel  (Bosonis  Vallisj.  Fleurus  (FlerosiitmJ. 

Charleroi  (Carnois).  Frasnes-lez-Gosselies  (Frnneisj. 

(a)  Dans  Tacte  de  1706,  cotto  localité  porte  le  nom  de  Gulietia,  et  Vos,  t.  I,  p.  300,  l'inter- 
prète par  Glatiny  bous  Eansart. 


LE    DIOCÈSE.  231 

progrès  de  la  vie  religieuse,  réalisé  sous  la  puissante  impul- 
sion de  Charlemagne  (1),  n'était  pas  limité  au  pays  de  la 
Sambre.  On  se  tromperait  toutefois  si  l'on  croyait  qu'il  en 
était  de  même  partout.  Tandis  que  les  régions  fertiles  voient 
de  bonne  heure  leurs  diverses  agglomérations  dotées  d'un 
service  paroissial,  la  plupart  des  villages  des  contrées  pau- 
vres, comme,  par  exemple,  l'Ardenne,  durent  attendre  beau- 
coup plus  longtemps  ce  bienfait  (i). 

Nous  voyons  aussi  fonctionner  sous  Notger  une  autre 
institution  canonique,  le  synode  diocésain.  Issu  du  preshy- 
teriiini  de  l'église  primitive,  le  synode  diocésain  est,  comme 
lui,  un  conseil  épiscopal.  On  y  promulgue  les  décisions  des 
conciles  provinciaux,  en  nu^me  temps  qu'il  y  est  pourvu, 
par  l'autorité  épiscopale,  à  la  solution  des  questions  d'ordre 
religieux  et  à  la  répression  des  abus.  Les  canons  prescri- 
vaient à  l'évèque  deux  synodes  diocésains  par  an  et  en 
fixaient  même  la  date  (3).  Nous  avons  indiqué  plus  haut 
que  le  caractère  à  la  fois  spirituel  et  temporel  de  l'autorité 

Gilly  (GislirJ.  Mellet  (Melens). 

Gosselies  (GocileaJ,  Hontignies-le-Tilleiil  (Montiniacus). 

Ooiiy-lez-Piéton  (Gaudiunis).  MoiUignies-s/Sambre  {item  Montiniacus). 

Heppignies  {llepcniaj.  Obaix  (Otbaise). 

Houtain-le-Val  (Holtoini.  Petit  Piœulx  lez-Nivelles  (Ilodaraj, 

Jumet  (GimiaciisJ,  Pont-à-Celles  fCella). 

Libei'chies  (Librcceis) .  Pioux  flîliodimn). 

Lodelinsart  tOduin  SartliJ.  Thiméon  (Tiimions). 

Loupoigne  CLuponium).  Trazegnies  {Trasineia) 

Jlarchiennes  (Martianis).  Vies-Ville  (Vêtus  VillaJ  faj. 

Mai'cinelle  (item  Martianis). 

(1)  Imbart  de  la  Tour,  Les  Paroisses  rurales  du  IVe  au  AV^  siècle,  p.  98. 

(2)  Je  renvoie  aux  belles  recherches  de  31. .[.  Brassinne  sur  les  paroisses  de  l'an- 
cien diocèse  de  Liège,  parues  dans  BSAIIL,  t,  XII,  (1900)  cl  XIV  (1904).  On  y  voit 
que  le  concile  de  Saint-Pieniacle,  qui  est  représenté  en  1904  par  IT6  paroisses,  n'en 
avait  encore  que  36  en  i5S8  et  seulement  15  au  IX^  siècle. 

(3)  C'était  le  lo  octobre  et  la  4^  semaine  après  Pâques.  V.  concile  d'Auxerre 

r)73-G03  c.  G,  p.  iSO;  cf.   premier  concile  d'Orléans,  c.  19,  p.  7  et  liinschius, 

Das  Kirclienreclit  der  Katholiken  nnd  Protestanten  in  Deutscliland,  III,  p.  384,  note 

3.  Toutefois,  nous  voyons  l'iric  d'Augsbourg  tenir  un  synode  trois  jours  après 

Rameaux,  afin  d'avoir  autour  de  lui  une  plus  grande  foule  pour  solenniser  le  jeudi 

saint.  Vita  Udalrici,  c,  4,  p.  392;  cf.  ibid.  c.  19,  p.  407. 

(a)  L'acte  de  1706  contient  la  même  liste,  sauf  Baiey-Thy  et  IIoiitain-le-Yal  en  moins  et 
MarbaU  en  plus. 


232  CHAPITRE   XIÏI. 

des  évêques  de  Liège  eut  pour  résultat  de  tranformer  plus 
d'une  fois  leurs  synodes  diocésains  en  réunions  mi-partie 
religieuses,  uù-partie  politiques,  et  que  les  trois  Etats  du 
pays  sont  sortis  de  ces  assemblées  (1).  Mais  nous  n'avons 
à  parler  ici  des  synodes  qu'au  point  de  vue  religieux. 
On  en  a  tenu  dans  le  diocèse  de  Liège  longtemps  avant 
Notger,  et  c'est  dans  un  synode  de  l'évèque  Etienne  que  fut 
autoi'isé  le  culte  de  saint  Eugène,  dont  les  reliques  avaient 
été  récemment  transférées  à  l'abbaye  de  Saint-Gérard  de 
Brogne  (2).  Notger  lui-même  a  tenu  plusieurs  synodes;  on 
vient  de  lire  un  résumé  de  celui  de  Lobbes,  qui  siégea 
en  980. 

C'est  la  même  année  980  que  fut  examinée,  en  synode,  la 
délicate  question  des  saints  de  Winterslioven.  Si,  comme  c'est 
probable,  cette  affaire  fut  traitée  le  plus  près  possible  du  lieu 
d'où  devaient  venir  les  témoins,  c'est  à  Liège  ou  à  Tongres, 
et  non  à  Lobbes,  que  l'assemblée  aura  siégé,  et  alors  nous 
devons  admettre  qu'il  y  en  a  eu  au  moins  deux  pendant  cette 
année  980.  Et  cela  montre  aussi  que,  lorsqu'il  était  dans  son 
diocèse,  Notger  vaquait  activement  à  ses  fonctions  épiscopales. 

L'affaire  des  saints  de  Winterslioven  était,  en  réalité,  un 
procès  de  canonisation  :  on  sait  que,  jusqu'à  la  fin  du  XP 
siècle,  c'est  l'autorité  diocésaine  qui  prononçait  la  béatifi- 
cation des  saints  personnages  et  qui  leur  décernait  les  hon- 
neurs du  culte  public.  Ce  n'était  pas,  d'ailleurs,  comme  on 
vient  de  le  voir,  la  première  affaire  de  ce  genre  qui  était 
portée  devant  un  synode  liégeois.  Mais  celle  dont  il  s'agis- 
sait cette  fois  était  plus  importante  et  plus  difficile. 

Winterslioven,  près  de  Tongres,  était  une  terre  qui  appar- 
tenait à  l'abbaye  de  Saint-Bavon  de  Gand,  mais  dont  les 
comtes  de  Flandre  s'étaient  emparés  et  qu'ils  avaient  succes- 
sivement donnée  en  fief  à  plusieurs  vassaux.  On  y  rendait 
un  culte  à  des  saints  locaux  dont  l'évèque  Eracle  (939-974) 
avait  ordonné  l'élévation,  à  la  prière  de  Lambert,  alors 
possesseur  du  fief  de  Winterslioven.  Cette  cérémonie  avait 
été  accompagnée  de  plusieurs  miracles  qui,  comme  bien  on 

(4)  V.  ci-dessus,  p.  202. 
(2)  Ali.  l.  111,  c.  8,  p.  3o. 


LE    DIOCÈSE.  233 

pense,  avaient  joie  un  nouveau  lusti'c  sur  la  mémoire  dos 
dits  saints.  Aussi,  lorsqu'on  97(5,  un  diplôme  d'Otton  II  eut 
remis  l'abbaye  de  Saint-Bavon  en  possession  de  la  terre  de 
AVintershoven  (1),  les  moines  de  Gaud  voulurent-ils  avoir 
chez  eux  de  si  précieuses  reliques.  Ils  envoyèrent  à  Winters- 
hoven  une  commission,  qui  procéda  à  TexlRunalion  des  corps 
saints  et  qui  les  transporta  à  Gand(2).  C'était  en  980.  L'abbé 
AVomar  pria  Notger,  avec  qui  il  était  lié  d'amitié,  de  faire 
recueillir  tout  ce  qu'il  savait  sur  les  reliques  et  d'écrire  la  vie 
des  saints  de  Winterslioven.  A  cette  supplique  était  joint  un 
mémoire  racontant  la  vie  des  saints  d'après  les  renseigne- 
ments recueillis  sur  place  par  la  commission  monastique,  et 
dont  la  plupai't  avaient  été  fournis  par  Sarabert,  le  curé  du 
lieu.  Kn  voici  la  substance  : 

«  Au  YIP  siècle,  saint  Amand,  évèque  régionnaire,  était 
allé  demander  du  renfort  au  pape  saint  Martin  pour  ses 
missions  apostoliques.  Le  souverain  pontife  lui  adjoignit 
l'archiprêtre  Landoald  et  une  dizaine  de  pieux  personnages 
des  deux  sexes,  parmi  lesquels  il  y  avait  les  diacres  Aman- 
tius,  Vinciane,  sœur  de  Landoald  et  Adeltrude.  Ils  rejoigni- 
rent Amand  dans  le  pays  de  Tongres.  Peu  de  temps  après, 
Amand  fut  appelé  sur  le  siège  épiscopal  de  cette  ville,  à  la 
mort  de  saint  Jean  l'Agneau.  Il  ne  l'occupa  que  trois  ans  et 
le  quitta  pour  retourner  à  sa  vie  errante  d'évangélisateur. 
Pendant  les  neuf  années  qui,  dit-il,  s'écoulèrent  entre  sa  re- 
traite et  l'avènement  de  saint  Remacle,  le  siège  vacant  fut 
administré  par  saint  Landoald. 

«  Etabli  dans  le  village  de  Winterslioven,  près  de  Tongres, 
Landoald  y  devint  le  précepteur  de  saint  Lambert  qui,  en- 
core enfant,  fit  là  ses  deux  premiers  miracles.  Le  roi  Gliildé- 
ric  II,  qui  résidait  alors  à  INIaestricht,  envoyait  tous  les  jours 
des  vivres  à  la  pieuse  colonie.  Adrien,  le  messager  qui  cir- 
culait du  palais  royal  à  la  maison  des  saints,  fut  un  jour 
assassiné  en  route,  à  Waltwilder,  parcequ'on  supposait  qu'il 

(1)  Voir  cet  acte  dans  Sickcl,  DO.  II,  p.  143. 

(2)  Le  Vita  s.  Laudouldi,  p.  41  U,  prétend  que  l'empereur  s'intéressa  à  la  trans- 
lation el  ([ue  le  pape  Jean  l'autorisa;  mais  il  ne  reste  aucun  document  qui  nous 
permette  de  contrôler  cette  double  atlirmation. 


234  CHAPITRE   XIII. 

portait  des  trésors.  Saint  Lantloald  mourut  dans  une  bonne 
vieillesse,  le  19  mars  d'une  année  restée  inconnue,  et  fut  en- 
terré à  Wintcrshoven,  dans  l'église  qu'il  avait  lui-même 
bâtie  et  dédiée  à  saint  Pierre  le  1'='^  décembre.  Au  VHP 
siècle,  saint  Floribert,  évêque  de  Liège,  fit  la  translation  des 
reliques  des  saints,  le  1"  décembre,  jour  anniversaire  de 
la  dédicace  de  l'église.  Leur  culte  se  célébra  dans  le  village 
jusqu  à  l'invasion  des  Normands,  donc  jusqu'en  882,  que  l'on 
réenterra  leurs  corps  pour  les  soustraire  à  ces  déprédateurs. 
A  cette  cérémonie,  disait  notre  narrateur,  assistèrent  le  vieil- 
lard Frangerus,  alors  maïeur  de  AVintershoven  depuis  neuf 
ans,  et  le  prêtre  Hildebrand,  que  j'ai  moi-même  enterré  il  y 
a  quelques  années.  Il  existait  aussi  une  vie  de  ces  saints,  que 
j'ai  vue;  mais  elle  était  écrite  en  caractères  si  anciens  et  tel- 
lement maculée  de  taches  de  cire,  qu'elle  a  été  bien  peu  lue  : 
malheureusement,  il  y  a  un  quart  de  siècle,  lors  de  l'invasion 
des  Hongrois  (1),  ce  livre,  grâce  à  l'incurie  de  ses  gardiens, 
a  péri  dans  un  incendie  ». 

Notger  déféra  au  désir  de  Womar.  H  commença  par  sou- 
mettre à  son  synode  diocésain  la  question  du  culte  des  saints 
de  Wintershoven.  Un  grand  nombre  de  prêtres  et  de  clercs 
vinrent  déposer  au  sujet  de  leurs  miracles,  dont  ils  avaient 
été  les  témoins  oculaires  et  auriculaires.  A  la  suite  de  cette 
enquête,  Hériger  reçut  mission  d'écrire  l'histoire  de  nos 
saints.  Prenant  pour  base  la  déposition  de  Sarabert,  s'aidant 
du  mémoire  de  Womar  et  recueillant  tout  ce  qui  se  disait 
dans  le  pays,  il  rédigea,  sous  le  nom  de  Notger,  une  Vie  de 
saint  Landoald  que  l'évêque,  sous  la  date  du  19  juin  980, 
adressa  à  l'abbé  de  Saint-Bavon  (2). 

Tout  n'était  pas  fini,  cependant.  Il  ne  manquait  pas  de 
gens  qui  ne  voulaient  rien  croire  de  l'histoire  racontée  par 
Sarabert.  Selon  eux,  loin  d'être  des  corps  saints,  les  préten- 
dues reliques  n'étaient  que  des  ossements  de  malfaiteurs  : 
au  lieu  de  les  élever  sur  les  autels,  on  devait  plutôt  leur 

(1)  Donc  en  954. 

(2)  Les  détails  que  je  viens  de  donner  sur  rhisloire  du  Vila  s.  Landoaldi  sont 
extraits  d'un  Tramlntio  s.  Landoaldi  qu'on  trouve  aux  AA.  SS.,  t.  III  de  mars, 
pp.  39  et  suivantes, 


LE    DIOCÈSE.  235 

faire  subir  l'épreuve  du  feu.  N'ayant  pas  réussi  à  persuader 
l'abbé  de  Saint-Bavon,  les  opposants  s'adressèrent  à  son  mé- 
tropolitain, c'est-à-dire  à  l'arclicvcque  de  Reims.  Ce  fut 
l'occasion  d'un  nouveau  synode  tenu  dans  cette  dernière 
ville,  et  qui  réunit  autour  de  l'arclicvcque  sept  de  ses  sufl'ra- 
gants.  Saint-Bavon  avait  envoyé  des  délégués  qui  produisi- 
rent une  relation  de  miracles  faits  par  les  saints  de  Winters- 
hoven  ainsi  que  la  déposition  écrite  de  plusieurs  prêtres. 
L'assemblée  se  laissa  convaincre  par  ces  preuves,  et,  à  la 
suite  de  cette  séance,  l'archcvcque  autorisa  formellement  le 
culte  des  reliques.  Les  moines,  pleins  de  joie,  allèrent  aus- 
sitôt trouver  leur  évoque  diocésain,  Liudulf  de  Noyon-Tour- 
nai,  qui  consentit  à  faire  l'élévation  des  corps  saints  le  13 
juin  982.  Lorsque  Liudulf  arriva  de  Gand,  avec  une  suite 
nombreuse,  pour  présider  à  cette  cérémonie,  les  opposants, 
si  je  comprends  bien  le  texte,  firent  auprès  du  jeune  prélat 
une  dernière  tentative,  qui  ne  fut  pas  plus  heureuse  que  les 
précédentes.  Les  saints  de  AVintershoven  prirent  définitive- 
ment place  sur  les  autels. 

Que  faut-il  penser  de  cette  curieuse  histoire,  et  en  parti- 
culier, de  la  résistance  acharnée  que  rencontra,  au  X^  siècle, 
le  culte  des  saints  de  Wintershoven  ?  Il  y  a  lieu,  à  notre 
avis,  de  procéder  comme  dans  la  plupart  des  cas  semblables, 
et  de  distinguer  nettement  entre  le  culte  de  nos  saints  et  leur 
biographie  (1).  Le  culte  est  antérieur  à  celle-ci  :  il  est  attesté 
dès  le  règne  de  Tévcque  Eracle  tout  au  moins.  En  autorisant 
l'élévation  des  reliques,  Notger,  de  même  que  les  évêques  de 
la  province  ecclésiastique  de  Reims,  se  rendait  sans  doute  à 
de  bonnes  raisons. 

Il  en  est  autrement  de  l'historicité  du  Vita  Landoaldi.  Ce 
document,  qui  émane  tout  entier  du  prêtre  Sarabert,  a 
tout  l'air  d'un  petit  roman  pieux  forgé  par  lui.  Il  cite  des 
témoins,  il  est  vrai,  mais  ces  témoins  sont  morts.  Il  invoque 
un  écrit,  mais  cet  écrit  n'existe  plus  (2).  Tout  se  ramène 

(1)  C'est  ce  que  n'a  pas  su  faire  M.  Holtier-Egger  dans  son  curieux  mémoire 
intitulé  :  Zu  den  lleilUinKieHchicliten  des  Sankt  Bavo  Klosters  (Historische  Aiifsdtze 
dem  Audenken  an  G.  Waitz  iicwidwet.  1887). 

(2)  V.  une  historielte  semblable  racontée  par  Hincmar,  au  sujol  île  la  première 
Vie  de  saint  Rémi  de  Reims,  dans  Sft.V,  t.  III,  p.  2o!2. 


236  CHAPITRE   XIII. 

donc,  en  dernière  analyse,  à  son  seul  témoignage,  et  celui-ci 
est  fort  suspect.  D'abord,  le  cadre  du  récit  est  d'une  rare 
invraisemblance.  Je  ne  parle  pas  ici  de  fautes  grossières 
contre  la  chronologie,  comme  celle  qui  fait  donner  le  siège 
de  Tongres  à  saint  Amand,  promu  en  646,  par  Dagobert  I, 
mort  en  638,  ou  qui  lui  fait  adjoindre  des  auxiliaires,  avant 
son  épiscopat,  par  le  pape  saint  Martin,  qui  ne  monta  sur  le 
siège  de  saint  Pierre  qu'en  649.  De  telles  erreurs  n'effarou- 
chaient guère  l'ancienne  critique  :  il  restait  toujours  possible 
de  sauver  la  réputation  d'un  document  compromis  en  suppo- 
sant que  l'auteur  s'était  simplement  trompé  sur  le  nom  du 
pape  et  du  roi  mis  en  cause.  On  ne  peut  pas  en  dire 
autant  d'un  saint  Lambert  enfant  vers  650,  puisqu'on  le  fait 
mourir  en  696  après  40  ans  d'épiscopat  :  cette  fois,  aucune 
erreur  sur  la  personne  n'étant  admissible,  on  était  en  pré- 
sence d'une  fiction  pure.  Il  en  est  de  même  de  la  prétendue 
vacance  du  siège  de  Tongres  pendant  neuf  ans  et  de  son 
administration  temporaire  par  saint  Landoald.  On  sait  que 
saint  Remacle  succéda  immédiatement  à  saint  Amand,  après 
la  retraite  de  celui-ci  eu  649  :  le  rôle  attribué  à  saint  Lan- 
doald était  donc  une  nouvelle  fable  qui  rendait  le  récit  de 
plus  en  plus  suspect. 

On  chercherait  d'ailleurs  vainement,  dans  l'histoire  du 
haut  moyen  âge,  un  diocèse  du  nord  de  la  Gaule  confié  par 
le  pape  à  un  administrateur  apostolique,  et  il  faudrait  une 
autorité  plus  sérieuse  que  celle  du  'Vita  Landoaldi  pour 
nous  y  faire  croire.  Ce  n'est  pas  tout.  On  possédait  à  cette 
date  deux  Vies  de  saint  Lambert,  dont  l'une  avait  pour 
auteur  un  contemporain  :  or,  elles  igmraient  entièrement  le 
séjour  que  le  saint  aurait  fait  dans  sa  jeunesse  à  Winters- 
hoven,  sous  la  direction  de  saint  Landoald.  Ce  silence  était 
d'autant  plus  remarquable,  qu'il  laissait  dans  l'ombre  deux 
éclatants  miracles  faits  par  Lambert  enfant,  alors  que, 
d'ordinaire,  les  vies  des  saints  n'avaient  d'autre  but  que  de 
faire  connaître  les  faits  merveilleux  de  ce  genre,  et  on  n'a 
pas  d'exemple  qu'elles  les  aient  tus  sciemment. 

L'analyse  critique  du  récit  n'était  pas  moins  probante  et  en 
découvrait  la  singulière  incohérence,  Ktait-il  possible  d'ad- 


LE   DIOCÈSE.  2H7 

mettre  qu'après  avoir  l'ait  le  long-  voyage  de  Rome  en  Belgique, 
pour  pai'licipcr  aux  travaux  apostoliques  de  saint  Anuxnd, 
Landoald  et  ses  compagnons  se  fussent  retires  dans  une  vil- 
légiature aux  environs  de  la  ville  ôpiseopale,  et  que  Landoald, 
en  particulier,  eût  borné  son  activité  à  l'aire  l'éducation  d'un 
petit  garçon?  Enfin,  celte  administration  du  diocèse  de 
Tongres,  pendant  neuf  ans,  par  le  précepteur  de  saint  Lam- 
bert, n'est-elle  pas  elle-même  suggérée  tout  simplement  par 
le  nom  du  personnage?  Landwald  signifie,  en  langue  germa- 
nique, V administrateur  du  pays  :  de  là  à  imaginer  que  Lan- 
doald avait  eff'ectivement  administré  le  diocèse  de  Liège,  il 
n'y  avait  qu'un  pas,  et  l'inspirateur  du  Vita  Landoaldi  ne 
s'est  fait  aucun  scrupule  de  le  franchir  (1). 

La  critique  du  X^'  siècle  n'était  pas  assez  développée  pour 
se  formaliser  de  pareils  indices  de  supposition,  et  puis,  les 
idées  du  temps  n'admettaient  guère  que  la  critique  se  permît 
de  pénétrer  sur  le  terrain  de  l'hagiographie  :  élever  le  moindre 
doute  au  sujet  d'un  miracle ,  c'était  de  l'impiété  (2).  Bien 
plus  :  il  suffisait  d'agrémenter  un  écrit  de  quelques  belles 
histoires  de  miracles  pour  désarmer  ordinairement  les  plus 
incrédules  et  pour  lui  donner  de  l'autorité.  Notger  était  de 
son  temps,  et,  pas  plus  que  ses  contemporains,  il  ne  paraît 
s'être  ému  des  indices  de  supposition  que  contenait  le  récit 
de  Sarabert.  Nous  nous  bornons  à  en  prendre  acte,  sans 
nous  aviser  de  lui  en  faire  un  reproche  (3). 

(1)  Je  dois  cependant  avouer,  poiu-  rendre  justice  à  Sarabert,  que  sur  ce  point 
il  n'est  pas  absolument  atlirmatif,  et  qu'il  semble  trahir  ses  propres  hésitations  dans 
ces  lignes  :  Imcompertum  est  deinde,  quanta  temporis  intercapedine  plebs  Trajec- 
tensium  fueritusque  ad  b.  Remaclum  sine  paslorali  benedictione,  nisi  quod  famâ  ad 
nos  usquc  perferente  accepimus,  b.  Landoalduni  illic  remansisse,  et  per  novem 
annos  vices  pontilicis  administrasse.  Vita  s.  Landoaldi,  p.  36  F. 

(2)  Dans  la  vie  de  sainte  Berlinde,  qui  est  précisément,  bien  qu'avec  peu  de  pro- 
babilité, attribuée  à  notre  Hériger  (cf.  G.  Kurtli,  Biographie  nationale,  t.  IX,  col. 
231  article  Hériger  et  S.  Balau,  p.  249),  on  raconte  le  trait  suivant  :  Sainte  Berlinde 
avait  été  enterrée  dans  un  sarcophage  en  bois;  sept  ans  après,  quand  on  ouvrit  sa 
tombe,  le  sarcophage  était  en  pierre  !  Une  femme,  qui  ne  voulait  pas  le  croire,  vint 
pour  s"en  assurer  :  elle  fut  saisie  par  le  démon,  et,  pendant  trois  jours,  elle  resta 
comme  morte  en  punition  de  son  incrédulité.  Vita  s.  Bcrlendis,  c.  14,  dans  Mabil- 
lon,  AA.  SS.  0.  S.  B.,  t.  III,  i,  p.  16. 

(3)  Pour  les  divers  documents  relatifs  à  l'histoire  de  saint  Landoald,  je  renvoie 


238  CHAPITRE  km. 

Nous  aurons  achevé  de  dire  tout  ce  que  nous  savons  de 
l'administration  épiscopale  de  Notger,  quand  nous  aurons 
fait  connaître  quelques  fondations  ecclésiastiques  et  quelques 
consécrations  d'églises.  Il  ne  sera  pas  reparlé  ici,  cela  va  sans 
dire,  des  sanctuaires  qu'il  bâtit  ou  consacra  dans  sa  princi- 
pauté, mais  de  ceux  dont,  en  qualité  d'évêque,  il  eut  à  s'occuper 
dans  le  reste  de  son  diocèse.  Et  ici,  nous  avons  tout  d'abord 
à  mentionner  son  rôle  à  Aix-la-Chapelle.  Cette  ville,  la  ville 
impériale  comme  elle  aimait  à  s'appeler,  faisait  partie  du  dio- 
cèse de  Liège  (1),  et  l'on  a  déjà  vu  que  ce  n'est  pas  sans  l'in- 
tervention de  Notgcr  que  son  église  Notre-Dame  avait  reçu 
de  l'empereur,  en  972,  le  don  de  l'abbaye  de  Chèvremont  (2). 
Lorsque  le  château  de  Chèvremont  et  avec  lui  son  abbaye 
furent  détruits  en  906,  ce  fut  naturellement  Notre-Dame 
d'Aix-la-Chapelle  qui  reprit  possession  de  tous  les  biens  de 
celle-ci.  Elle  avait  jusqu'alors  un  chapitre  de  vingt  chanoines; 
grâce  à  la  dotation  nouvelle,  le  nombre  en  fut  doublé  et 
porté  à  quarante  (3).  Malheureusement,  il  n'est  resté  dans 


aux  Acfa  Sanctonnn.  M.  A.  Patjuay,  dans  sa  brochure  intitulée  De  Ilcilhien  van 
Wintersiioven,  Tongres,  4897,  se  contente  de  reproduire  les  données  tradilion- 
nelles. 

(d)  Gilles  d'Orval  III,  5,  p.  81. 

(2)  V.  ci-dessus,  p.  223,  note  3. 

(3)  Voici  le  passage  d'Anselme,  c.  25,  p.  203,  pailant  des  trois  églises  du  château 
de  Chèvremont  :  In  quarum  unâ  12  presbiteri  ad  serviendum  Dec  erant  deputati, 
ad  quorum  usus  respiciebant  de  adjacentibus  villis  nonnuUae  decimarum  partes,  et 
praeterea  quorumdam  ex  integro  agrorum  ususfructus.  Quae  omnia  cuni  post  ipsius 
oppidi  excidiuni  in  suas  suaeque  ecclesiae  utilitates  posset  retorsisse,  quippe  qui  et 
antistes  ejus  dioeceseos  foret,  et  in  palatio  Ottonis  tercii  adhuc  pueri  inter  primos 
consiliarius  esset,  simul  ut  a  loco  suo  invidiam  facti  transi'erret,  maluit  sedem  regiara 
honorare  his  quae  prius  ad  niemoratum  oppidum  erant  appenditia.  Unde  et  in  ora- 
torio sanclae  Mai'iae,  quod  est  Aquisgrani,  quantus  illic  antea  inerat  numerus  cleri- 
corum,  tantumdem  adauxit  ibidem  Dec  servientium,  sibi  suaeque  credens  suflicere 
aecclesiae,  si,  etc. 

D'autre  part,  Gilles  d'Orval  écrit,  II,  57,  p.  Gl  :  Ipse  (Otto  III)  et  dominus  Noge- 
rus  tutor  ejus  28  canonicos  partim  de  suis  prediis  partim  de  reditibus  ecdesie 
Capremontis  conslituit  et  addidit,  quia  in  dicta  Aquensi  ecclesià,  postquam  vastata 
exstitit  a  Normannls,  non  erant  nisi  42,  et  sic  modo  sunt  in  eâ  40  canonici,  cum 

sanctus  Karohis  qui  eam  l'undavit  dicatur  20 clericos  statuisse.  J'ai  tâché 

de  combiner  ces  deux  témoig-nages. 


t.V.    DIOCÈSE.  230 

l'iiistoire  aucune  trace  des  modilicalions  qui  curenl  lieu,  à 
cette  occasion,  dans  le  régime  de  celte  collégiale,  ni  de  l'in- 
tervention de  Tévêque  diocésain. 

Par  contre,  nous  avons  une  autre  preuve  de  Tintérct  porté 
par  Notger  à  Téglise  vénérable  dont  le  dôme  ombrageait  la 
tombe  de  Gliarlemagne.  C'est  une  bulle  du  pape  Grégoire  Y, 
en  date  du  8  février  997,  accordant  à  ce  sanctuaire  le  privi- 
lège d'être  desservi  par  sept  cardinaux  prêtres  et  par  sept 
cardinaux  diacres.  Les  cardinaux  prêtres  étaient  les  seuls, 
avec  l'archevêque  de  Cologne  et  l'évêque  de  Liège,  à  pouvoir 
oiïicier  sur  l'autel  de  la  Sainte  Vierge  (1).  Il  n'y  avait  guère, 
de  ce  côté  des  Alpes,  que  Reims  et  Cologne  qui  fussent  en 
possession  du  même  honneur.  Un  artiste  italien  du  nom  de 
Jean  fut  chargé  [)ar  l'empereur  de  la  décoration  du  sanc- 
tuaire et  fut  ensuite  reconnnandé  par  lui  à  Notger,  qui  l'em- 
ploya à  orner  les  églises  de  Liège  :  (2)  c'est  un  indice  de  plus 
de  la  collaboration  de  l'empereur  et  de  l'évêque  à  Aix-la- 
Chapelle. 

Cette  collaboration,  toutefois,  n'eut  pas  pour  objet,  comme 
on  la  cru  jusqu'à  nos  jours,  la  construction  d'une  église  à  la 
mémoire  de  saint  Adalbert,  leur  ami  commun.  Qu'y  avait-il 
de  plus  poétique  et  aussi  de  plus  vraisemblable  que  l'histoire 
de  l'érection  de  ce  sanctuaire  par  les  deux  hommes  qui  pro- 
fessaient ensemble  le  culte  d'une  mémoire  chérie  et  dont  l'un, 
l'évêque,  est  connu  pour  avoir  honoré  cette  mémoire  en  lui 
consacrant  une  de  ses  églises  de  Liège?  Et  pourtant,  il  faut 
renoncer  à  cette  belle  légende,  car  il  est  établi  aujourd'hui 
que  c'est  Henri  II  et  non  Otton  III  qui  a  fondé  l'église  Saint- 
Adalbert  à  Aix-la-Chapelle  (3).  Notger,  au  surplus,  a  dû  porter 
à  l'initiative  d'Henri  II  le  même  intérêt  qu'il  aurait  porté  à 
celle  d'Otton  III  ;  il  a  x^eut-être  encouragé  l'empereur  dans 

(1)  Quix,  Codex  diplomaticus  aquensis,  I,  36;  Miraeus-Foppens,  III,  563. 

(2)  Sur  le  peintre  Jean,  \oir  G.  Kuitli,  Le  peintre  Jean,  DIAL,  t.  XXXIII  (1903) 
cl  cf.  ci-dessous,  ch.  XV. 

(3)  Voir  les  deux  diplômes  d'Henri  II,  en  date  du  6  juillet  lOOo  et  du  mois  de 
mai  1018,  (Z>//.  //,  pp.  122  et  SOo),  auxquels  il  faut  ajouter  ceux  du  7  juillet  1003 
et  du  13  août  1005,  iDII.  Il,  pp.  124  et  127),  et  cf.  P..  Pick,  Hat  Otto  lU die  St-Adal- 
berti  Kirclie  in  Aachen  (jefjrundet?  (Dans  le  recueil  du  même  intitulé  :  Ans  Auchens 
Verganijenheit.  Aix-la-Chapelle,  1893). 


240  CHAPITRE   XIII. 

son  projet,  et,  sans  doute  aussi,  il  a  consacré  l'église  quand 
elle  fut  achevée. 

Deux  autres  églises  du  diocèse  de  Liège  furent  consacrées 
par  Notger  :  ce  sont  celles  de  Florennes  et  de  Waulsort.  Sur 
la  première,  nous  sommes  assez  bien  renseignés.  Elle  avait 
été  bâtie  par  Arnoul  de  Rumigny,  seigneur  du  lieu  (1),  en 
l'honneur  de  saint  Gengoul,  dont  les  reliques  y  avaient  été 
apportées  de  Gedinne  (2).  Cette  consécration  eut  lieu  en 
1002  (3). 

Nous  connaissons  moins  l'activité  épiscopale  de  Notger  à 
Waulsort.  L'évoque  de  Liège,  qui  était  déjà  venu  à  Waul- 
sort consacrer  l'abbé  Thierry  (4),  y  fut  rappelé  sous  ce  dernier 
pour  consacrer  l'église  abbatiale,  qui  venait  d'être  rebâtie 
à  la  suite  d'un  incendie.  A  cette  occasion,  il  prit  quelques 
mesures  liturgiques  dont  le  chroniqueur  nous  entretient  avec 
plus  de  détail.  Sous  l'abbé  Forannan,  l'abbaye  célébrait  le 
même  jour,  c'est-à-dire  le  3  décembre,  trois  fêtes  à  la  fois  : 
celle  de  la  dédicace  de  son  église,  celle  de  la  déposition  de 
saint  Éloque,  et  celle  de  la  translation  du  même  saint.  L'é- 
vêque  de  Liège  décida  que  la  fête  de  la  déposition  du  saint 
continuerait  d'être  célébrée  le  jour  traditionnel,  c'est-à-dire 
le  3  décembre  ;  il  porta  celle  de  la  translation  au  8  octobre, 

(1)  Sur  ce  personnage,  v.  Roland,  Histoire  généalogique  de  ht  maison  de  Itiimi- 
gnij-Florciines  dans  Annales  de  la  Société  archéologique  de  Nnmttr,  t.  XIX  (1891). 

(2)  V.  Miracala  S.  Gcngulji  auctore  Gonzonc  abbate  Florinensi  dans  MGH.,  t.  XV, 
p.  792. 

(3)  Albéric  de  Troisfontaines  ad  ann.  4002,  p.  778  et  Gilles  d'Orval  II,  59, 
p.  23,  qui  reproduisent  une  source  commune  oh  Notger  n'est  pas  cité.  L'année 
n'est  d'ailleurs  fournie  que  par  une  conjecture  d'Albéric,  comme  le  fait  remarquer 
Holder-Egger,  1.  c.  Au  dire  du  Gesta  ejrp.  Cani.,111,  48,  p.  470,  Arnoul  de  Rumigny 
aurait  laissé  l'église  inachevée,  et  ce  serait  son  fils  Gérard,  évêque  de  Cambrai,  qui 
l'aurait  achevée  et  consacrée  du  consentement  de  Baldéric  II,  évôcjne  de  Liège.  Mais 
ce  témoignage  ne  saurait  contrebalancer  celui  de  Gonzon,  qui  écrivait  à  Florennes 
avant  40S0,  et  il  paraît  bien  qu'il  y  a  confusion  dans  les  souvenirs  du  chroniqueur 
cambraisien.  Il  est  inutile  de  réfuter  Jean  dOutremeuse,  IV,  p.  478,  qui  place  la 
consécration  en  4004. 

(4)  La  chronologie  de  Waulsort  est  très  embrouillée  pour  le  X»  siècle;  elle  no 
nous  permet  pas  de  dire  si  Notger  a  aussi  consacré  les  abbés  Immon  et  Forannan, 
prédécesseurs  de  Thierry.  Cf.  dom  trsmer  Berlière,  Monasticon  Belge,  4890,  f.  I, 
p.  40  et  L.  Lahaye,  Étude  sur  l'abbaye  de  Waulsort,  dans  BSAHL,  t.  V  (4889), 
p.  217  et  suivantes. 


LE    DIOCESÏî. 


M 


et  celle  de  la  dédicace  de  l'église  au  14  mai,  qui  est  proba- 
blement le  jour  où  il  la  consacra.  Le  chroniqueur  de  Waul- 
sort  se  félicite  de  ces  mesures,  qui,  dit-il,  donnèrent  à  chacune 
de  ces  solennités  l'éclat  dont  elles  furent  entourées  depuis 
lors  (1). 

Là  ne  se  borna  pas  l'intérêt  que  Nolger  porta  à  l'abbaye 
de  Waulsort.  Il  est  permis  de  croire  qu'il  aura  inspiré  ou 
tout  au  moins  encouragé  les  remarquables  travaux  qui  y 
furent  exécutés  par  l'abbé  Érembert,  et  qui  rappellent,  dune 
manière  instructive,  ceux  de  l'abbé  Folcuin  à  Lobbes  (2). 
Les  autres  abbayes  du  diocèse  ne  laissèrent  pas  Notger  indif- 
férent. Bien  que  celle  de  Saint-ïrond  relevât  au  temporel  de 
l'évêché  de  Metz,  elle  était  trop  voisine  de  Liège  et  elle  avait 
trop  souvent  besoin,  dans  ces  temps  troublés,  de  la  protec- 
tion de  l'évèque  diocésain  pour  que  celui-ci  se  soit  désinté- 
ressé de  ses  destinées  (3).  On  le  voit  aussi  en  bons  rapports 
avec  l'abbé  de  Saint-Hubert  (4),  et  on  sait  qu'il  est  parvenu 
à  mettre  Gembloux  sous  le  patronage  de  Saint-Lambert  (o). 
Des  traditions  un  peu  altérées,  mais  qui  ont  un  fond  liisto- 

(1)  Deinde  quia  res  exigebat  ut  ararum  consecrationes  renovaronlur  episcopali 
benediclione,  très  a  beato  Forannano  sollemnes  celebritates  tertio  nonarum  decem- 
brium  sub  unius  diei  observantiam  conslitutae  mutantur.  Nam  tempii  consecratio 
pridie  idus  maii  staluitur  et  depositio  beati  Eloquii  in  propriam  diem  relinquitur, 
et  ejusdem  franslalionis  observanlia  propler  connuentiam  populi,  qui  eo  fempore 
quotannis  congregabatur,  sicut  nunc  observalur,  octavo  idus  octobris  ob  tempo- 
l'alem  aflluentiain  prudeiitiuin  consilio  constituitur.  Renovati  igitur  a  domino  No- 
ciiero  Leodiensium  pontifice  tribus  sollemnibus  cclebritatibus,  honorein  proprii 
cultus  unaquaeque  celebrilas  per  se  reformata  et  dignitatem  suae  venerationis 
resumpsit  sicque  dierum  istorum  exullatio  et  devotionis  ordinatio  longo  tempore 
permansit.  (CItronicon  Walciodorerise,  c.  40,  p.  o24  et  S4,  p.  528).  Cf.  L.  Labaye, 
Etude  sur  l'ubbaije  de  Waulsort,  o.  c,  p.  233). 

(2)  CItronicon  Walciodorense,  c.  41-44,  p.  824-523. 

(3)  Je  n'ose  toutefois  pas  reconnaître  Notger  dans  Tévêque  de  Liège  non  nommé 
qui,  au  dire  de  la  Chronique  de  Saint-Trond  de  l'abbé  Rodolphe,  I,  2,  p.  230,  pro- 
tégea l'abbé  Adélard  contre  l'évèque  de  Metz,  Thierry  II.  La  raison  en  est  que 
Adélard  fut  abbé  de  999  ou  1003  à  1034,  et  que  Thierry  II  occupa  le  siège  de  Metz 
de  ICOG  à  -1046.  Cela  nous  forcerait  à  admettre  que  les  débats  de  Thierry  II  avec 
Adélard  eurent  lieu  dès  les  deux  premières  années  de  son  règne,  ce  qui  est  fort 
peu  probable. 

(4)  V.  ci-dessus,  p.  34. 
(o)  V.  ci-dessus,  p.  86. 

I.  46 


24iJ  CHAPITRE    XIII. 

rique,  nous  font  connaître  aussi  sa  présence  à  Saint-Gérard 
de  Brogne,  et  la  bienveillance  dont  il  entoura  celte  maison 
religieuse.  Mais  nous  sommes  particulièrement  bien  rensei- 
gnés sur  ses  relations  avec  l'abbaye  de  Thorn.  Cette  maison, 
située  sur  la  rive  gauche  de  la  Meuse,  entre  Maeseyck  et 
Ruremonde,  fut  fondée  en  992  par  Hilsuinde,  femme  du 
comte  Ansfrid,  avec  le  consentement  de  son  époux.  Elle 
la  dota  richement  et,  devenue  veuve,  elle  s'y  retira  avec  sa 
fille  Benoîte,  qui  en  devint  la  première  abbesse  (1).  En 
qualité  dévèque  diocésain,  Notger  était  appelé  à  approuver 
cette  fondation,  mais  d'autres  motifs  encore  le  portaient  à 
s'y  intéresser  (2).  Ansfrid  était  son  ami  :  ils  avaient  tous 
les  deux  servi  les  rois  saxons,  à  la  cour  desquels  ils 
s'étaient  probablement  rencontrés  plus  dune  fois.  C'est  à  la 
demande  de  l'évêque  de  Liège  qu'en  98o,  Otton  III  avait 
accordé  à  Ansfrid  des  avantages  considérables  en  Frise  et 
dans  le  Maesland  (3).  Notger  obéissait  donc  autant  aux 
suggestions  de  l'amitié  qu'à  la  voix  de  son  devoir  pastoral 
en  contribuant  à  cette  importante  fondation  de  la  pieuse 
famille  qui  renonçait  tout  entière  aux  joies  du  monde  pour 


(1)  Voir  la  charte  de  fondation  de  Hilsuinde  dans  J.  Habets,  De  Archieven  van 
het  Kapittel  der  hoogadellijke  rijksabdij  Thorn,  t.  I,  p.  6.  L'éditeur,  dans  son  intro- 
duction, pp.  XII-XXXV,  défend  vigoureusement  l'authenticité  de  ce  diplôme,  dont 
le  protocole  final  seul  serait  altéré;  sa  démonstration  m'a  paru  convaincante.  Selon 
Hirsch,  II,  330,  n.  3,  suivi  par  M.  Vanderkindere,  Formation  territoriale,  II,  p.  121, 
l'acte  serait,  au  contraire,  eiu  plumpes  Machwerk. 

(2)  Je  ne  crois  pas  inutile  de  donner  ici  un  aperçu  des  établissements  monastiques 
existant  dans  le  diocèse  de  Liège  sous  le  ponfilicaf  de  Notger. 

Abbayes  d'hommes.  Abbayes  de  femmes. 

Stavelot.  Nivelles. 

Saint-Trond.  Suesteren. 

Saint-Hubert.  Andenne. 

Gembloux.  Moustier-sur-Sambre. 

Brogne.  Aldencyck. 

Celles.  Thorn. 

Malonne. 
Malines. 
Aulne. 
Florennes. 

(3)  1)0.  m,  p.  4H. 


LE  DiocKsi:.  243 

suivre,  dans  le  clergé  ou  dans  le  cloître,  les  traces  du  divin 
Rédempteur  (1). 

L'abbaye  de  Thorn  lui  resta  chère;  il  lui  lit  don  des  trois 
églises  de  Britte,  de  Ilemert  et  d'Avezate;  plus  tard,  l'année 
qui  précéda  sa  mort,  il  lui  lit  concéder  par  diplôme  impérial 
les  droits  de  tonlieu  et  de  marché  à  Thorn,  avec  celui  de  juri- 
diction (2).  Dans  l'intervalle  entre  ces  deux  donations,  il  eut 
l'occasion  de  témoigner  dune  manière  plus  éclatante  la  haute 
considération  qu'il  avait  pour  le  comte  Ansfrid;  l'évèché 
d'Utrecht  étant  devenu  vacant  en  995,  il  décida  l'empereur 
Otton  III  à  confier  ce  siège  à  son  ami  (3). 

Le  reste  de  l'activité  épiscopale  de  Notger  échappe  à  notre 
connaissance,  et  son  biographe  ne  nous  en  a  rien  dit.  Nous 
n'essayerons  pas  de  suppléer  à  son  silence,  et  nous  n'énumé- 
rerons  pas  ici  des  rubriques  sous  lesquelles  nous  serions 
obligés  de  laisser  des  blancs.  Certes,  ces  lacunes  de  notre 
exposé  sont  pénibles.  Avec  quel  intérêt,  par  exemple,  on 
assisterait  au  travail  de  l'organisation  paroissiale,  qui  dut 
être  actif!  Sous  un  pontificat  si  prospère,  en  un  temps  où  le 
rajeunissement  de  la  vie  religieuse  était  si  vif,  où  un  mouve- 
ment universel  faisait  sortir  de  terre  les  églises  neuves,  sans 
doute  aussi  les  paroisses  durent  se  multiplier,  et  plus  d'une 
se  sera  détachée  sous  Notger  de  son  église-mère  pour  conqué- 

(i)  La  fondation  de  Thorn  nous  est  connue  :  1°  par  le  diplôme  de  Hilsuinde, 
sur  lequel  voir  la  note  ci-dessus;  2»  par  le  récit  de  Thietmar  de  Mersebourg,  IV, 
32;  30  par  une  notice  de  Gilles  d'Orval,  II,  o3,  p.  GO,  que  Habets,  p.  XV,  a  le  tort 
d'attribuer  à  Anselme,  n'ayant  consulté  que  l'édition  vieillie  de  Chapeaville.  Ces 
récits  ne  s'accordent  pas  complètement  sur  les  circonstances  de  la  fondation,  mais 
leurs  contradictions  sont  faciles  à  lever.  Si  Thietmar  et  Gilles  d'Orval  attribuent  la 
fondation  à  Ansfrid  et  non  à  sa  femme,  cela  prouve  simplement  qu'ils  n'ont  pas  eu 
une  connaissance  exacte  de  l'affaire,  et  le  diplôme  de  Hilsuinde,  qui  les  contredit, 
semble  emprunter  à  cette  opposition  une  preuve  d'authenticité  de  plus,  car  il  est 
évident  qu'un  faussaire  aurait  eu  soin  de  le  rédiger  en  conformité  avec  les  récits 
existants.  Thietmar  ajoute  qu'Ansfrid  donna  le  nouveau  monastère  à  Saint-Lambert, 
ce  qui  est  une  inexactitude  flagrante;  Thorn  resta  toujours  une  abbaye  impériale  et 
ne  dépendit  jamais  des  évêques  de  Liège.  D'après  cela,  il  faut  corriger  Hirsch, 
Heinrich  II,  t.  I,  p.  330,  qui  reproduit  le  renseignement  de  Thietmar  sans  le  con- 
trôler. 

(2)  DH.  Il,  p.  IGG  ;  Habets,  0.  c.  I,  p.  7. 

(3)  Thietmar  de  Mersebourg,  IV,  24,  pp.  777-778, 


244  CHAPITRE   XIU. 

rir  une  existence  indépendante.  Il  est  dit  d'un  évoque  du  X* 
siècle  que  dans  un  grand  nombre  de  localités  il  vint  au  se- 
cours des  populations  trop  éloignées  de  l'église,   soit  en  y 
créant  des  paroisses  nouvelles,  soit  en  y  bâtissant  des  cha- 
pelles (1).  Gela  est  vrai,  dans  une  mesure  variable,  et  de  notre 
évêque,  et  de  tous  les  pontifes  du  X*^  siècle  en  Allemagne. 
Il  faut  savoir  gré  au  biographe  de  nous  avoir  au  moins 
laissé   entrevoir  Notger  dans  l'exercice  du  ministère  de  la 
parole.  Ce  ministère  était  en  effet  une  des  principales  mis- 
sions de   l'évoque,  et  Fulbert  de  Chartres  s'inspirait  de  la 
tradition  quand  il  recommandait  au  roi  Robert  de  ne  point 
permettre  d'élire  un  évèque  incapable  de  prêcher  (2).   Les 
évêques  du  X^  siècle  ne  se  sont  pas  dérobés  à  ce  devoir.  Nous 
voyons  saint  Brunon  (3)  et  saint  Héribert  (4),  à  Cologne; 
saint  Ulric,  à  Augsbourg  (5)  ;  saint  Adalbert,  à  Prague  (6)  ; 
saint    Frédéric    et    Willigis,  à    Mayence  ;    saint    Gérard ,    à 
Toul  (7),  haranguer  leurs  fidèles,  et  une  des  qualités  épisco- 
pales  les  plus  vantées,   c'est  l'éloquence.    Elle  ne   manqua 
pas  à  Notger.  Un  poëme  écrit  presque  au  lendemain  de  sa 
mort  nous  dit  qu'il  enseignait  le  peuple  en  langue  vulgaire 
et  le  clergé  en  langue  latine,   nourrissant,   à  l'exemple  de 
Tapôtre,  les  petits  de  lait  et  les  grands  d'aliments  solides. 
Et  il  continue,  faisant  allusion,  sans  doute,  à  la  vigueur  ora- 
toire du  prélat  :  «  Devant  ce  vaillant  chevalier  du  Christ, 
les  hérésies  tombaient  d'emblée.  La  fraude,  les  fausses  doc- 

(i)  In  plerisque  parochiis  misericorditer  subveilit  populo  in  difficultate  longissimi 
ecclesiarum  itmeris,  sine  parrochiis  novis  in  divisione  aliarum  factis,  sive  capellis 
in  eis  constructis.  Vita  Metmverci,  c.  -ISG.  p.  d39. 

(2)  P.  Fournier,  Les  Officialités  au  moi/en-ûge,  Paris,  1880,  p.  VIII. 

(3)  Jam  vero  in  praedicalione  verbi  Dei qualis  quantusque  fuerit,  admi- 

rari  possumus,  diflinire  non  possumus.  Ruotgerus,  c.  33,  p.  267. 

(4)  Vita  S.  Heriberti,  c.  9,  p.  747. 

(5)  Vita  S.  Udalrici,  c.  4  et  6,  pp.  391-39S.  Le  même  ouvrage,  c.  24,  p.  409, 
vante  Adalbéron,  neveu  et  successeur  présomptif  de  cet  évèque,  comme  étant  in 
eloquentid  dulcisotid  cautus. 

(G)  Vulgari  plebem,  clerum  sermonc  latino 

Erudit  et  satiat  magnà  dulcedine  verbi. 
Lac  teneris  praebens  solidamque  valentibus  escam. 

Dans  le  Vita  Notgeri,  c.  8. 

(7)  Vita  s.  Gerardi  TiiUcmis,  c.  4,  p.  494. 


LE   DIOCÈSE.  245 

trilles,  l'orgueil  des  sectaires  et  leurs  iiiveiûious,  tout  fuyait, 
tremblant  de  se  voir  démasqué  par  ce  redoutable  juge  des 
mœurs.  »  Il  n'y  a  là  que  quelques  traits,  mais  ils  sullisent 
pour  nous  intéresser. 

J'ai  d'ailleurs  fait  remarquer  plus  haut  que  Notgcr  ne 
savait  pas  le  roman  ou  Wallon  (1),  qui  était  parlé  par  une 
moitié  de  ses  ouailles  et  notamment  par  la  population  de  sa 
ville  de  Liège.  Cela  était  fâcheux,  sans  doute,  mais  des 
inconvénients  de  ce  genre  étaient  fi'équents  dans  la  Lotha- 
ringie, qui  était  pourvue  d'évêques  par  la  cour  d'Allemagne. 
C'est  ainsi  qu'à  la  môme  époque,  deux  évéques  de  Cambrai, 
Bérenger  et  Theudon,  ont  ignoré  le  français  et  ont  pu  se 
considérer  comme  des  étrangers  dans  leur  cité  épiscopale  (2). 
Il  faut  ajouter  que  la  plus  grande  partie  du  diocèse  de 
Cambrai  et  une  lionne  moitié  du  diocèse  de  Liège  parlaient 
l'idiome  germanique.  Cet  idiome,  à  la  vérité,  se  distin- 
guait notablement  du  dialecte  natal  de  Notger,  et  celui-ci 
aura  dû  faire  des  efforts  pour  se  rendre  intelligible  à  ses 
auditeurs  thiois.  Plus  d'une  fois,  en  l'écoutant,  ils  auront 
reconnu  le  Souabe  à  sa  langue  chuintante,  tout  en  admi- 
rant son  éloquence. 

Est-il  vrai  que  Notger  ait  contribué  pour  une  large  part  à 
la  diffusion  de  la  fête  des  Trépassés,  que  l'abbé  Odilon  de 
Cluny  venait  de  créer  dans  son  monastère,  et  qui  de  là  se 
répandit  sur  tout  le  monde  chrétien?  Gilles  d'Orval  nous  dit 
qu'il  l'introduisit  dans  son  diocèse  et  voulut  qu'elle  y  fût 
célébrée  solennellement  (3).  Ce  renseignement  est  sommaire 

(1)  C'est  le  nom  d'origine  allemande  qu'on  trouve  dans  la  chronique  de  Rodolphe 
de  Saint-Trond  I,  -1,  p.  229  :  Igitur  primus  Adelardus  nativam  linguam  non  habuit 
theutonicani,  sed  quam  corrupte  nominant  romanam,  theutonice  walonicam. 

(2)  V.  Gesta  epp.  Camerac,  I,  80,  p.  431  ;  I,  99,  p.  441. 

Par  contre,  quand  un  évèque  liégeois  du  IX^  siècle,  Hartgar,  est  vanté  par  Sedu- 
Ijus  (II,  1,  27,  p.  167),  comme  ayant  su  les  trois  langues  : 
Aurea  iingua  cluit  triplici  cui  famine  vocis 
c'est  évidemment  du  latin,  du  thiois  (flamand)  et  du  roman  (wallon)  que  veut  parler 
le  poète.  Le  même  éloge  est  fait  du  pape  Grégoire  V  (f  999)  par  un  contemporain  : 
Usus  franciscâ,  \'ulgari  et  voce  latinà 
Insfituit  populos  eloquio  triplici. 
La  langue  ridijairc  en  question  est  ici  l'italien. 

(3)  (Odilo)  constituit  per  omnia  monasteria  sibi  subjecla,  ut  sicut  primo  die  no- 


246  CHAPITRE   XIII. 

et  tardif;  toutefois,  il  serait  téméraire  de  l'écarter  pour  cette 
seule  raison,  et  tout  indique  que  Gilles  d'Orval  parle  ici 
d'après  une  source  plus  ancienne.  C'est  vers  998  que,  selon 
Sigebert  de  Gembloux,  Odilon  institua  la  fête  des  morts  (1); 
la  chronologie  ne  s'oppose  donc  pas  à  ce  que  Notger  ait  pu 
s'y  intéresser  et  la  répandre.  Et  il  fut  certainement  l'un  des 
premiers  qui  accueillirent  une  solennité  si  touchante,  autre- 
ment l'histoire  n'aurait  pas  pris  la  peine  de  nous  apprendre 
son  initiative,  puisqu'on  sait  que  tous  les  diocèses,  l'un  après 
l'autre,  consacrèrent  par  leur  liturgie  l'œuvre  d'Odilon  de 
Cluny.  Cela  suffit  pour  nous  autoriser  à  revendiquer  pour  le 
diocèse  de  Liège,  qui  avait  créé  la  fête  de  la  Trinité  et  qui 
devait  créer  celle  de  la  Fête-Dieu,  l'honneur  d'avoir  été  des 
premiers  à  répandre  celle  des  Trépassés. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  permet  de  croire  que  d'excellentes 
relations  existaient  entre  Notger  et  les  Clunisiens.  Nous  en 
avons  une  autre  preuve.  L'un  des  hommes  les  plus  illustres 
de  cette  famille  monastique,  Richard  de  Saint-Vanne,  qui  a 
réformé  plus  d'un  monastère  du  diocèse  de  Liège,  professait 

vembris  sollempnitas  omnium  Sanctonim  agitur,  ita  sequenti  die  memoria  omnium 
in  Christo  quiescenlium  ceiebretur.  Qui  ritus  ad  multas  ecclesias  transiens,  fidelium 
defunctorum  memoriam  sollempnizari  facit.  Qucun  consiietuiUnem  etiam  episcopus 
Christi  Nothgents  ad  suam  dyocesiam  transluUt,  eamque  soUempniter  fieri  ordinavit. 
Gilles  d'Orval,  II,  53,  p.  60,  reproduisant  Sigebert  de  Gembloux,  a.  998,  p.  333,  à 
part  la  phrase  soulignée  qui  est  de  lui. 

(1)  Cette  date,  donnée  par  Sigebert  de  Gembloux,  Chronicon,  p.  353  et  par  le 
frère  André  d'Anchin,  est  admis  par  Mabillon.  Sackur,  Die  Cluniacenser ,  t.  II. 
p.  473,  conteste,  mais  sans  raison  probante,  qu'elle  soit  de  Sigebert  et  veut  qu'elle 
repose  sur  une  fausse  interprétation  du  texte  de  cet  auteur.  On  allègue,  à  la  vérité, 
que  le  décret  par  lequel  Odilon  rendit  la  fête  obligatoire  pour  toutes  les  maisons  clu- 
nisiennes  semble  postérieur  à  la  mort  d'Henri  II  (1024)  ;  mais  il  s'en  faut  que  ce 
décret  lui-même  soit  nécessairement  contemporain  de  l'institution  de  la  fête.  0.  Ring- 
holz  a  prouvé  qu'il  se  compose  de  deux  parties,  dont  la  première  (jusqu'à  Ergo  qiui- 
liter)  est  antérieur  tout  au  moins  à  1009,  puisqu'à  cette  année  la  Disciplina  Farfen- 
sis,  (jui  la  reproduit,  existait  déjà.  Y.  Ringholz.  Die  Einfùhruu'j  des  Allerseelentages 
durch  den  II.  Odiio  von  Clunij  dans  Wissemchaftliche  Studien  nnd  Mittheilimcjen  ans 
dem  Benediktiner  Orden,  II*  année,  11^  volume,  p.  23G-2oi.  La  discussion  sur  la  date 
serait  sans  objet  si  l'on  avait  la  preuve  de  l'existence  d'une  bulle  de  Sylvestre  II, 
confirmant  la  fête  (Oldoini,  Vitae  Bomamn-itin  pontijicnm,  I,  p.  737),  mais  la  preuve 
que  Ringholz  tire  du  Martyrologe  Romain  fqncni  vilum  postea  unirersalis  ecclesia 
recipiens  comprobavitj  est  trop  faible. 


LE   DIOCÈSE.  247 

pour  Notgcr  une  véritable  vénération  et  îe  considérait  com- 
me un  saint  (1).  Gela  étant,  la  tradition  d'après  laquelle  l'abbé 
Odilon  aurait  fondé  dans  le  diocèse  de  Liège  cinq  prieurés 
de  son  ordre  (2)  ne  manque  pas  d'une  certaine  vraisemblance 
interne.  En  réalité  toutefois,  aucun  de  ces  établissements 
n'est  antérieur  à  la  fin  du  XP  siècle,  et  il  faut  bilTer  de  l'his- 
toire de  Notger  toute  la  part  qui  lui  est  attribuée  dans  leur 
fondation  (3). 

Au  dire  d'Anselme,  le  pa[)e  aurait  eu  pour  Notger  une 
si  haute  estime,  qu'il  l'aurait  plus  d'une  fois  chargé  de  tran- 
cher à  sa  place  des  différents  entre  évcques  cisalpins  (4). 
Nous  ne  savons  à  quels  événements  Anselme  fait  allusion, 
mais  il  est  bien  certain  que  son  témoignage  est  ici  de  grande 
portée,  et  nous  pouvons  l'accueillir  avec  certitude,  bien  qu'il 
soit  malheureusement  trop  vague  à  notre  gré.  Anselme  n'a 
pu  penser  d'ailleurs  qu'à  Grégoire  Y  ou  à  Silvestre  II  (o). 
Notger  les  connaissait  personnellement  l'un  et  l'autre  :  on 
sait  déjà  ses  relations  avec  ce  dernier;  quant  à  Grégoire  V, 
sous  le  nom  de  Brunon  qu'il  avait  porté  dans  le  siècle,  il 
avait  appartenu  avec  Notger  à  la  chapelle  de  l'empereur,  et  y 
avait  probablement  noué  avec  notre  évèque  des  liens  d'amitié. 
Notger  fut  deux  fois  en  Italie  pendant  le  pontificat  de  Gré- 
goire V,  la  première  en  996-997,  la  seconde  de  997  jusqu'en 
1000  et  peut-être  plus  tard.  Il  eut  donc  l'occasion  de  revoir 
à  plusieurs  reprises  son  ancien  ami.  Avec  Gerbert,  ses  rela- 
tions avaient  subi  une  crise  lors  du  procès  de  celui-ci,  mais, 
quand  Gerbert  fut  devenu  ioape,  elles  restèrent  bonnes,  sans 

(1)  Hugues  de  Flavigny,  II,  p.  ,382. 

(2)  Gilles  d'Orval,  II,  o3,  p.  GO.  Jean  d'Outremeuse,  IV,  p.  I7.j,  connaît  la  dale 
exacte  de  la  fondation,  comme  il  fallait  s'y  attendre;  c'est  l'an  iOOO.  Cf.  Foullon,  I, 
p.  201;  Fisen,  I,  p.  130;  Devaulx,  II,  p.  38. 

(3)  Il  y  a  eu  en  réalité,  dans  le  diocèse  de  Liège,  six  prieurés  clunisiens,  sur  les- 
quels voyez  .1.  Halkin,  Les  prieurés  clunisiens  de  l'ancien  diocèse  de  Lièije,  BSAHL, 
t.  X  (1896)  pp.  -133-293,  et  le  même,  Documents  concernant  le  prieuré  de  St-Sérevin 
en  Condroz  de  l'ordre  de  Chinii  (BCKH,  Y,  t.  4). 

(i)  Anselme,  c.  30.  Cf.  Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  VII,  p.  210. 

(5)  A  la  vérité,  Jean  XV  a  accordé  une  bulle  à  Notger  à  la  demande  de  Théo- 
pliano,  mais  Notger  était  alors  encore  un  inconnu  pour  le  pape  et  il  n'eut  pas  l'oc- 
casion de  faire  sa  connaissance. 


248  CHAPITRE    XIII. 

que  rien  nous  montre  que  Notger  aurait  joui  de  la  faveur 
spéciale  du  souverain  pontife.  C'est  donc,  très  probablement, 
de  Grégoire  V  qu'il  faut  entendre  le  renseignement  d'An- 
selme. 

Il  nous  reste,  pour  épuiser  l'objet  de  ce  chapitre,  à  faire 
mention  encore  de  certains  récits  relevant  de  ce  qu'on  pour- 
rait appeler  l'histoii'e  légendaire  de  Notger.  Ces  récits,  qu'on 
rencontre  pour  la  première  fois  dans  Gilles  d'Orval,  sont 
d'ingénieuses  amplifications  de  thèmes  fournis  par  Sigebert 
de  Gembloux.  En  1006,  d'après  Gilles  d'Orval,  un  été  sec, 
suivi  de  neiges  précoces  et  de  grandes  pluies  d'automne,  qui 
empêchèrent  les  semailles,  avait  produit  une  famine.  Notger 
ordonna  un  jeune  général  et  ses  prières  furent  efficaces,  car 
il  plut  du  blé  en  Hesbaye,  d'aucuns  disent  même  des  pois- 
sons. Ce  ne  fut  pas  la  seule  calamité  de  l'année.  Il  y  eut  un 
tremblement  de  terre;  une  comète  apparut  dans  le  ciel.  Le 
14  décembre,  dans  l'après-midi,  on  vit  comme  une  grande 
torche  ardente  traverser  le  firmament  et  tomber  sur  la  terre, 
après  quoi  apparut  une  espèce  de  dragon  à  la  tête  garnie 
d'une  crête  et  aux  pattes  bleues.  Mais  tous  les  dangers  ainsi 
pronostiqués  fm^ent  conjurés  par  les  prières  de  Notger  »  (1). 

(1)  Voir  ces  légendes  dans  Gilles  d'Orval,  II,  o9,  p.  60,  d"oii  elles  ont  passé,  pro- 
bablement au  XlVe  ou  au  XVe  siècle,  dans  la  chronique  interpolée  de  Saint-Laurent. 
Je  crois  utile  de  faire  voir,  ci-dessous,  le  rapport  entre  Gilles  d'Orval  et  Sigebert 
de  Gembloux  :  on  pourra,  en  le  constatant,  se  rendre  compte  de  l'origine  des 
éléments  légendaires  : 

Gilles  d"Orval,  II,  53,  p.  60.  Sigebert,  Chronicoii. 

Temporibus  ejus  siccitas  magna  ver-  1006.  Famés  et  mortalitas  jam  gravi- 

nalis,  unde  et  satio  primitiva  impedita  et       ter  per  totum  orbem  invaluit,  ut  tedio 
famés  ingens  secuta  est.   Fertur  enim      sepelientiiim  vifi  adliuc  spiritiiin  trahen- 
etiam  precibus  ejus  annonam  pluisse  de       tes  ubnierrntiir  cinn  iiwrtitis. 
celo  in  Hasbanio,  alii  etiam  pisciculos 
parvos  de  celo  pluisse  ferebant.  Postea 
nix  de  celo  nimia  decidit,  ymber  etiam 
continuus,   qui  autumpnalem   sationem 
denegaret  omnino.  Episcopus  vero  Noth- 
gerus,  indicto  communi  jejunio,  pericu- 
lum   imminens   reppulit.    Terre   motus 

quoque  factus  est   permaximus,   corne-  '003.    Cmnctcs  hnrribiU  sprcie  Jhim- 

lesque  apparuit  splendidissimus.  Kono  mas Inic  iUuajUcjactaiis,  in  australi parte 
decimo  kalendas  januarii  circa  horam      visitsest. 


LE    DIOCESE. 


249 


Outre  les  légendes  populaires  ou  monastiques  qui  ont 
envahi  la  biographie  de  Notger,  il  nous  l'aut  aussi  éliminer 
celles  qui  naissent  aujourd'hui  dans  les  sillons  de  l'érudition. 
La  fameuse  tradition  des  terreurs  de  l'an  mil,  si  elle  était 
fondée,  créerait  un  inexplicable  contraste  entre  les  préoccu- 
pations d'avenir  du  grand  civilisateur  et  les  préjugés  de  son 
époque  :  il  est  inutile  de  dire  qu'elle  est  une  pure  liction  des 
érudits  du  XVIIP  siècle  et  qu'elle  reçoit  du  règne  de  Notger 
un  éclatant  démenti.  L'intense  activité  déployée  par  lui  et 
ses  collaborateurs  dans  le  double  domaine  religieux  et  civil 
pendant  la  génération  qui  précéda  l'année  fatidique  est  une 
des  réfutations  les  plus  péremptoires  d'une  croyance  aujour- 
d'hui démodée.  Le  seul  récit  que  nous  avons  fait  de  cette 
carrière  de  prince  et  d'évcque  exclut  irrémissiblement  de 
l'histoù'e  les  prétendues  terreurs  de  l'an  mil,  et  il  n'y  a  pas 
lieu  de  nous  en  occuper  davantage  (1). 

noiiam,  lisso  ccio,  quasi  facula  ardens 
cum  longo  Iractu  instar  fiilguris  illapsa 
est  terris  tanto  splendore,  ut  non  modo 
qni  in  agris  erant  set  etiani  in  teetis, 
irrupto  lumine,  ferirentur.  Qua  eeli  fis- 
sura sensim  evanescente,  intérim  visa 
est  figura  quasi  serpentis,  capite  quidem 
crescente,  cum  ceruleis  pedibus.  Que 
pericula  oratione  viri  Dei  sunt  adnichi- 
lata. 

On  trouve  des  récits  analogues,  mais  d'un  caractère  plus  liistoi'iquc,  dans  la  vie 
de  saint  Héribert  de  Cologne,  contemporain  de  Notger,  c.  7  et  8,  pp.  74o-746.  Gilles 
d'Orval,  qui  a  certainement  lu  cet  ouvrage,  s'en  est  manifestement  inspiré. 

Alpert,  De  dirersitate  tempnrum,  I,  6  p.  704. 

Post  hinc  triennium  quam  rex  in  solium  regni  sublimatus  est  (lOOo)  commetes 
liorribili  specie  flammas  hac  illaque  jactans,  in  anstrali  parte  coeli  visus  est.  Se- 
quenti  anno  (1006)  famés  et  mortalitas  gravissima  per  totum  orbem  factae  sunt,  ita 
ut  in  multis  locis  prae  multitudine  mortuorum  et  taedip  sepelientium  vivi  adhuc 
spiritum  trahentes,  vi  qua  poterant  renitentes,  cum  mortuis  obruerentur. 

La  terrible  famine  de  iOOG  a  laissé  aussi  des  traces  dans  la  chronique  de  Ro- 
dolphe de  Saint-Trond,  I,  p.  229. 

(1)  C'est  dom  Plaine  qui  a  le  mérite  d'avoir  le  premier  attaqué  la  légende  et  de 
l'avoir  anéantie  dans  son  magistral  article  intitulé  :  Les  Terreur.i  de  l'on  mil  {Revue 
des  qucstifuis  histniiqircs,  janvier  1873).  Après  lui,  M.  Raoul  Rozièrc  a  repris  le 
sujet  dans  La  Icçicnde  des  terreurs  de  l'an  mil  (Revue  p(diti<iiie  et  littéraire,  t.  XXI 
(1878).  y\.  Rozière,  qui  a  d'ailleurs  le  mérite  d"avoir  élucidé  les  origines  de  la 


230 


CHAPITRE   XIII. 


NOTE. 


LE    CLERGE    DE    NOTCiER. 


Prévôts. 
Robert. 
Godescalc  [de  Morialmé]  i002. 


Archidiacres. 
Robert. 

Erluin  (avant  octobre  995). 
Otbcrt,  998,d002  (12  mars). 
Albold,         1002  (12  mars). 
1002  (12  mars). 


Jean, 


Ëcolâtres. 


Adalboid. 

Wazon,  1007. 

Clercs. 

Nitho 

1002. 

Si  00 

» 

Egbert 

» 

Frédéric 

Notaire. 

Hardulfus, 

vers  973. 

(Anselme  c.  26,  p.  20i.) 

(Hariulf,    Chronique   de   Saint- Riquier, 

c.  30,  p.  171.  Sur  la  date,  v.  ci-dessus, 

p.  121,  note  1.) 

(Anselme,  c.  26,  p.  204.) 

{Gesta  epp.  camerac.  I,  110  p.  SiS). 

(Hariulf,  Chronique  de  Saint- Riquier, 
c.  31,  p.  175.  Sur  la  date,  v.  ci-des- 
sus, p.  121,  note  1.) 

(Anselme,  c.  40,  p.  210.) 


(Hariulf,  Chronique  de  Saint -Riquier, 
C.  30,  p.  171.  Sur  la  date  de  1002, 
V.  ci-dessus  p.  121,  note  1.) 

(Manuscrits  Lefort  II,  18,  aux  Archives 
de  l'État  à  Liège,  f.  3.  Cf.  BCRIl,  III,  ii, 

p.  278.) 


légende,  s'est  audacicusemenl  attribué  Thonncur  de  la  découverte  de  dom  Plaine 
en  passant  totalonjent  sous  silence  le  travail  de  celui-ci  ;  il  est  ainsi  parvenu  à  faii'e 
illusion  à  ceux  qui  ont  étudié  le  sujet  après  lui,  et  qui  ont  confirmé  les  conclusions 
du  savant  bénédictin  sans  savoir  qu'ils  étaient  les  complices  incon.-^cients  d'une 
laïcisation  d'un  genre  spécial.  Ce  sont  Von  Eicken,  Die  Mittelalteriiche  Weltan- 
schauung  dans  Forschunrjen  zur  dcutschen  Grscliichte,  t.  XXIII  ;  Jules  Roy,  L'An 
Mille,  Paris,  Hachette,  1883  [Bibliothèque  des  merveilles);  P.  Orsi,  L'anno  mille 
{llivista  Stnrica  Italianu,  1887).  Ces  résultats  généraux  sont  contrôlés  et  confirmés 
jiar  ceux  des  chercheurs  qui  ont  étudié  le  sujet  dans  un  domaine  étroit  comme  (Mgr. 
Schoolmeesters)  dans  Le  Mémorial,  janvier-mai-juin  1874  et  le  P.  Beissel,  Der  hei- 
lifje  Dernward  rou  llililrshcim  ah  Kïinstlvr  uvd  Fordercr  dcr  drnlsrhcn  Kunst, 
pp.  69-70. 


CHAPITRE  XIV. 


l'instruction  publique  (1). 


Un  des  plus  beaux  aspects  de  la  carrière  de  Notger,  c'est 
le  zèle  qu'il  déploya  pour  l'instruction  publique.  Sous  ce 
rapport,  il  fut  le  digne  successeur  d'Eracle  et  l'émule  de 
cette  pléiade  d'hommes  distingués  qui,  sous  le  règne  d'Otton 
le  Grand,  gardaient  les  tradition  du  siècle  de  Cliarlemagne. 
Pour  bien  nous  rendre  compte  de  l'activité  qu'il  déploya  dans 
ce  domaine,  il  faut  jeter  un  coup  d'œil  sur  l'état  dans  lequel 
il  trouva  les  lettres  et  les  études  à  Liège. 

Selon  toute  apparence,  la  prospérité  de  l'instruction 
publique  dans  cette  ville  remontait  à  Cliarlemagne.  La 
puissante  impulsion  donnée  par  ce  grand  homme  au  mouve- 
ment intellectuel  devait  se  faire  sentir  principalement  dans 
les  régions  de  son  vaste  empire  qu'il  habitait  lui-même. 
Quoi  d'étonnant,  dès  lors,  que  Liège,  voisine  des  séjours 
carolingiens  d'Herstal,  de  Jupille  et  d'Aix-la-Chapelle,  et 
qui  eut  même  un  jour  l'honneur  de  donner  l'hospitalité  à 
Cliarlemagne  (2),  ait  eu  de  bonne  heure  des  écoles  et  des 
lettrés?  Le  seul  document  qui  nous  montre  l'application  des 
instructions  données  par  l'empereur  à  l'épiscopat,  c'est  préci- 
sément un  mandement  de  l'évêque  de  Liège  Gerbald  (78o-810) 

(1)  Sur  les  écoles  de  Liège  au  moyen-âge,  il  faut  lire  :  A.  BiKner,  Wazound  die 
Sduclen  von  LïUtich,  Brcsslau,  1879  (dissertation)  ;  Dute,  Die  Schulc»  im  Bistlnun 
Lïtttiiii  im  XI"  Julirliundert  ;  Marbourg  1882  (programme)  ;  S.  Balau,  Etude  critique 
sur  les  Sources  de  l'histoire  de  Lièije  au  moiien-âfje,  chap.  IV,  ^  H,  pp.  14G-1G2). 

(2)  Le  22  avril  770  (fête  de  Pâques).  Annales  Laitrissenses. 


252  CHAPITRE    XIV. 

à  son  clergé  (1),  pour  lui  inculquer  Thorreur  de  l'ignorance 
et  la  nécessité  de  Tctude  (2). 

Après  la  mort  du  grand  empereur,  Liège  continua  d"étre, 
pendant  la  première  moitié  du  siècle,  visitée  par  les  souve- 
rains, dont  la  présence  n'aura  pas  peu  contribué  à  y  main 
tenir  le  culte  de  la  vie  littéraire.  Sous  l'évèque  Hartgar  (840- 
8oo),  la  ville  reçut  la  visite  du  savant  irlandais  Sedulius,  qui 
y  fit  un  long  séjour.  On  croit  qu'il  enseigna  les  lettres  à  la 
cathédrale  de  Liège  (3);  dans  tous  les  cas,  son  influence  n'y 
sera  pas  demeurée  stérile  à  une  époque  tourmentée  par  la 
fièvre  du  savoir.  Sedulius  lui-même,  par-dessus  le  règne  ora- 
geux de  Francon,  toujours  en  lutte  avec  les  Normands,  tend 
pour  ainsi  dire  la  main  à  Mienne,  successeur  de  ce  prince. 
Poète,  liturgiste  et  liagiograplie,  Etienne  ne  laissa  point 
s'éteindre  dans  sa  ville  épiscopale  le  foyer  de  la  culture 
intellectuelle.  Richaire,  dont  l'histoire  nous  signale  les  grands 
travaux  de  restauration,  Hugues  et  Farabert,  trois  abbés  du 
pays  de  Trêves  qui  apportèrent  à  Liège  un  zèle  sincère  pour 
les  études  et  d'excellentes  traditions  monastiques,  durent,  eux 
aussi,  veiller  à  la  bonne  marche  des  écoles,  bien  que  les 
trop  rares  données  des  chroniques  nous  aient  laissé  ignorer 
leurs  actions.  Toutefois,  il  ne  paraît  pas  qu'avant  la  seconde 
moitié  du  X®  siècle,  les  écoles  de  Liège  s'élèvent  au-dessus 
d'une  honnête  moyenne.  Elles  n'atteignent  pas  l'éclat  dont 
brillent  alors  celles  d'Utrecht,  où  des  maîtres  irlandais  ensei- 
gnent le  grec  à  saint  Brunon  enfant;  elles  sont  éclipsées  par 

(1)  La  lettre  de  Gerbald  est  dans  Martene  et  Durand,  A.  C,  f.  VII,  col.  io. 

(2)  Beaucoup  d'historiens,  notamment  Cramer,  Geschichte  der  Erziehung  iind  des 
l'ntenichts  in  den  Niederlanden  wâhvend  des  Mittelalteis,  p.  72,  ont  été  les  jouets 
d'une  étrange  illusion  en  se  persuadant,  parce  que  nous  n'avons  conservé  que 
l'exemplaire  liégeois  de  la  circulaire  de  Charlemagne  aux  évêques,  qu'elle  n'a  été 
écrite  que  pour  Liège  ;  il  suflll  de  lire  le  texte  pour  en  reconnaître  le  caractère  géné- 
ral. Il  y  a  d'ailleurs  deux  documents  émanés  de  Gerbald  :  une  instruction  pastorale 
à  tous  ses  diocésains  et  une  lettre  à  son  clergé;  cette  dernière  est  écrite  en  exé- 
cution des  ordres  de  Chai'lemagne  dont  nous  avons  conservé  le  texte.  Ces  trois 
documents  forment  un  petit  dossier  qu'on  ti'ouve  dans  Martene  et  Durand,  A.  C, 
t.  VII,  col.  15-21. 

(3)  Bûmm\er,  Jahrhuch  fin-  Vaterk'indisclie  Gescliiclite,  I  (18G1),  p.  170;  Ebert, 
AWjemeine  Gcsrliichte  der  Literatnr  des  Mittelalters  im  AhcndUtndc,  i.  II,  p.  191; 
II.  Pirenne,  Sedulius  de  Liège,  p.  23. 


l'instruction  publique.  253 

celles  de  Metz  (1),  et  elles  ne  sauraient  rivaliser  avec  celles 
de  Lobbes.  C'est  cette  maison  qui,  dans  la  naissante  princi- 
pauté de  Liège,  tient  le  sceptre  des  études. 

La  vie  littéraire  était  ancienne  dans  cette  abbaye;  au  VHP 
siècle,  elle  avait  produit  des  écrivains  comme  saint  Ermin  et 
Anson  (t  800),  les  plus  anciens  noms  littéraires  du  moyen- 
àge  belge  (2).  Interrompues  dans  la  seconde  moitié  du  IX** 
siècle  par  l'invasion  des  Normands  et  par  l'intrusion  des  abbés 
laïques,  les  études  avaient  repris  vigueur  à  Lobbes  sous 
l'abbé  Richaire  (920-945)  et  trois  hommes  s'y  firent  alors  un 
nom  par  leur  savoir  :  Scaminus,  Tliéoduin  et  Ratliier  (3).  Ce 
dernier  est  l'écrivain  le  plus  érudit  et  le  plus  original  de  son 
temps.  Il  a  beau  nous  dire  qu'il  a  peu  appris  chez  ses  maîtres 
et  beaucoup  par  lui-mcme  (4),  il  n'en  fait  pas  moins  honneur 
à  l'école  dont  il  sort  et  qui,  sans  doute,  lui  a  donné  tout  au 
moins  la  passion  de  la  science  avec  les  moyens  de  la  satis- 
faire (o).  Ce  qui  prouve  bien,  d'ailleurs,  que  Rathier  devait 
à  Lobbes  plus  que  Lobbes  ne  lui  devait,  c'est  que  la  tradition 
littéraire  de  l'abbaye  ne  fut  pas  interrompue  par  son  départ  ; 
elle  se  continua  sous  les  doctes  abbés  Aléti^an  et  Folcuin  (6). 

Mais  le  grand  homme  qui  devait  imprimer  à  la  vie  litté- 
raire de  la  Lothai'ingie  la  plus  vigoureuse  impulsion  qu'elle 
eût  reçue  depuis  Charlemagne,  ce  fut  saint  Brunon.  Parfai- 
tement au  courant  des  langues  grecque  et  latine,  lisant  tous 
les  grands  écrivains  de  l'une  et  de  l'autre,  versé  enfin  dans 
les  sept  arts  libéraux,  l'archevêque  de  Cologne  était  un 
homme  de  haute  culture  intellectuelle.  En  conformité,  d'ail- 
leurs, avec  l'esprit  de  son  temps,  il  voyait  dans  les  lettres 

(1)  A.  Hauck,  Kirchenijeschichte  Deutschlands,  III,  \,  p.  283. 

(2)  V.  S.  balau,  Étude  critique  mr  les  sources  de  l'histoire  littéraire  de  Liège  au 
moijen-dfje,  pp.  4o-i9.  Sur  saint  Ermin,  voir  sa  Vie  métrique  de  saint  Ursmei' 
dans  AD,  t.  XXIII  (1904),  p.  317,  récemment  éditée  par  dom  Germain  Morin. 

(3)  Folcuin,  c.  19,  p.  63. 

(4)  Pauca  a  magistris,  plura  per  se  magis  didicit.  Phrenesis,  3,  p.  3G9. 

(5)  Sur  Rathier,  lire  Vogel,  Ratlierius  von  Verona,  léna,  1859,  et  Hauck,  III,  1, 
pp.  283-297,  qui  l'appelle  le  seul  théologien  de  son  époque. 

(6)  Hic  (Evcracrus)  domnum  Aietrannum  undecunque  doclissinnim  et  in  lege  Dei 
exercitatum  ac  eloquentem  volentibus  omnibus  Laubiis  prefecil  abbatem.  Folcuin, 
c.  27,  p.  G9. 


254 


CHAPITRE   XIV. 


un  moyen  plutôt  qu'un  but;  il  leur  demandait  avant  tout 
le  secret  d'une  belle  forme,  mais  il  entendait  les  mettre  au 
service  des  vérités  éternelles,  et  un  mot  de  son  biographe 
caractérise  bien  son  tour  d'esprit  :  il  lisait  avec  plaisir  tous 
les  poètes  anciens,  mais  il  s'était  surtout  nourri  de  Pru- 
dence (1).  Avec  cette  noble  passion  pour  les  éludes,  il  était 
parvenu  à  posséder  à  un  degré  remarquable  l'éloquence 
latine  et  à  l'apprendre  à  ses  disciples  :  ceux-ci,  à  leur  tour, 
avaient  porté  dans  tous  les  j)ays  le  zèle  littéraire  qu'il  leur 
avait  communiqué.  On  comprend  quelle  action  il  dut  exercer 
sur  la  Lotharingie  après  qu'il  eut  réuni  dans  ses  mains  les 
deux  principales  dignités  de  ce  pays  :  l'archevêché  de 
Cologne  d'abord,  le  gouvernement  du  duché  ensuite. 

Liège  ressentit  immédiatement  les  effets  du  goût  de  Brunon 
pour  les  choses  de  l'esprit.  Il  était  à  peine  monté  sur  le  siège 
épiscopal  de  Cologne,  qu'il  faisait  asseoir  Rathier  sur  celui 
de  Liège.  La  consécration  des  deux  prélats  eut  lieu  à  Cologne 
le  même  jour  (23  septembre  953)  (2).  Brunon  aimait  à  se  dire 
l'élève  de  Rathier  :  leurs  relations  intellectuelles  semblent 
dater  du  jour  que  ce  dernier,  après  son  exil  de  Vérone,  était 
venu  vivre  à  la  cour  d'Allemagne,  où  il  avait  fait  partie  du 
clergé  de  la  chapelle  royale  et  où  il  avait  été  admis  dans 
l'intimité  de  Brunon  (3).  On  ne  peut  pas  dire  toutefois,  que, 
malgré  sa  science  et  son  talent,  Rathier  ait  eu  une  action 
directe  et  personnelle  sur  le  progrès  des  études  dans  son 
diocèse  ;  il  n'en  eut  pas  le  temps,  et  puis,  son  tempérament 
combatif  ne  se  prêtait  pas  à  l'exercice  d'une  influence  paci- 
fique et  régulière.  Par  contre,  il  était  réservé  au  saxon 
Eracle,  que  Brunon  donna  en  959  pour  successeur  à  Bal- 
déric  !'="■,  de  devenir  l'un  des  principaux  promoteurs  du  mou- 
vement intellectuel  dans  les  Pays-Bas. 

Eracle  avait  été  lui-môme,  à  Cologne,  l'élève  de  Rathier; 
il  se  plaisait  à  le  lui  rappeler  longtemps  après,  dans  une 
lettre  affectueuse  où  il  invitait  son  ancien  maître  à  rentrer 
au  pays,  ajoutant  qu'il  ne  rougirait  pas,  en  ce  cas,  de  se 

(1)  Ruotgerus.  c.  4,  p.  2oG. 

(2)  Vogel,  Ratherius  von  Veroua,  pp.  480-181. 

(3)  Folcuin,  c.  22,  p.  G4.  Cf.  Vogel,  o.  c,  p.  i74. 


l'instruction  publique.  235 

remettre  à  son  école  (1).  C'est  Éracle  qui,  au  dire  d'un 
écrivain  du  temps,  a  le  premier  fait  ileurir  à  Licf^e  les  études 
et  la  relii^ion  (2).  Les  contemporains  liégeois,  dit  un  autre, 
avaient  depuis  longtemps  perdu  jusqu'au  souvenir  des  études 
libérales,  et  c'est  lui  qui  établit  les  écoles  auprès  des  collé- 
giales (3).  Mais  ce  n'est  pas  seulement  sa  ville  épiscopale, 
dit  un  troisième,  c'est  tout  son  diocèse  qu'il  a  appelé  à  la  vie 
intellectuelle,  en  le  couvrant  d'écoles  et  en  y  appelant  les 
maîtres  distingués  (4).  Il  est  manifeste  qu'il  y  a  dans  ces 
éloges  une  part  d'exagération  :  ni  Liège  ni  le  diocèse  n'étaient 
à  ce  point  dénués  de  culture  littéraire  avant  Kracle,  et  ce 
que  nous  avons  dit  plus  haut  le  prouve  sans  réplique.  Ce  qui 
semble  résulter  des  textes,  c'est  qu'à  l'école  de  la  cathédrale, 
qui  existait  de  temps  immémorial  et  dont  il  aura  augmenté 
l'éclat,  Eracle  ajouta  l'école  de  Saint-Martin. 

Le  tableau  qu'Anselme  nous  trace  de  l'activité  pédago- 
gique d'Kracle  est  charmant,  et  il  ne  faut  pas  en  omettre  ici 
un  seul  trait.  Une  de  ses  principales  occupations  était  de 
visiter  à  tour  de  rôle  les  classes  des  écoles  de  Liège.  Il  se 
chargeait  lui-même  de  présider  à  la  leçon  des  élèves  les  plus 
avancés  (o);   à  l'occasion,   il   leur   expliquait   avec  la  plus 

(1)  Prislinam  soleo  ante  oculos  dulcedinem  ponere,  itlqiie  crebris  libenter  sernio- 
nibus  repetere,  et,  si  mane  non,  vel  posl  prantlia  inter  bibendum,  quoniodo  me  fo- 
vistis,  ut  commanducandum  cibum,  sicut  nutrices  infantibus  edentibus,  in  os  meum 

trajecistis Sub  vestro  pollice  docto  et  artifice  nianum  ferulae  non  erubes- 

cam  subducere.  Chapeaville,  I,  p.  190-191. 

(2)  Qui  primus  in  hae  urbe  studium  et  religionem  iniciavit.  Vita  Balderici, 
c.  18,  p.  731.  Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  Evracli,  c.  4,  p.  Ml,  veut  qu'Éracle 
ait  créé  des  écoles  à  Liège  même  dans  les  monastères  :  adeo  ut  scolas  ctiam  per 
claustra  urbis  monasterialia  instilueret  ;  il  oublie  que  les  monastères  liégeois  sont 
postérieurs  à  Éracle. 

(3)  Cum  jam  pridem  aput  illius  temporis  nostrates  funditus  libérale  studium  cum 
memoria  absolvisset,  ille  soolas  per  claustra  stabilire  curavit.  Anselme,  c.  24,  p.  201. 

(4)  Totam  Leodicnsem  ecclesium,  immo  totam  provinciam,  nuilis  hactenus  stu- 
diis  illustratam,  ad  studium  coaptavit,  scholas  constituit,  peritos  quaquaversum 
dericos  coUegit,  eosque  magistros  instituere  sua  ope  liberaliter  pavit.  Rupert,  Chro- 
niron  Sancti  LaureiUii,  c.  I,  p.  2G2. 

(o)  Lectiones  majusculis  tradere.  Anselme,  c.  24,  p.  201.  Cramer,  p.  94  (?)  écrit 
à  ce  sujet  :  «  Weil  es  an  Lehrern  (ehlte,  so  scheint  Everaclus  eine  dem  gegensei- 
tigen  Unteri'iclit  abnliche  Méthode,  die  wir  schon  frûlier  bei  den  Juden  kennen 
Icrnten,  eingefiihrt  zu  haben.  »  Rien  de  plus  fallacieux  que  cette  interprétation  du 
texte,  qui  dit  tout  autre  chose. 


2oG  CHAPITRE    XIV. 

grande  douceur  ce  qu'ils  n'avaient  pas  compris,  promettant 
de  s'y  reprendre  à  cent  fois,  s'il  le  fallait,  pour  leur  résoudre 
toutes  les  dillicultés  (1).  Lui  arrivait-il  de  devoir  quitter  sa 
ville  pour  aller  à  la  cour  ou  participer  à  quelque  expédition 
lointaine,  il  ne  cessait  de  correspondre  avec  les  maîtres,  les 
stimulant,  leur  envoyant  des  poésies,  récliaulfant  leur  zèle 
pour  l'étude  par  des  messages  qui  leur  arrivaient  parfois 
du  fond  de  la  Calabre.  Il  était  avec  eux  comme  un  père 
avec  des  enfants  bien  aimés,  et  il  ne  cessa,  dit  le  narra- 
teur, de  se  dévouer  à  sa  glorieuse  tâche;  aussi  beaucoup  de 
jeunes  gens  ignorants  et  grossiers  acquirent-ils  en  peu  de 
temps,  grâce  à  lui,  la  connaissance  des  sciences  sacrées  et 
profanes  (2). 

Il  nous  reste  un  témoignage  touchant  de  la  reconnaissance 
que  gardaient  ses  anciens  élèves  au  maître  dévoué  :  c'est  la 
lettre  d'un  Anglo-Saxon  qui  ne  se  désigne  que  par  l'initiale 
de  son  nom,  B,,  et  qui,  écrivant  à  l'archevêque  de  Ganter- 
bury  Ethelgar  (988-989),  rappelle  avec  émotion  le  souvenir  de 
lévèque  de  Liège.  «  J'ai  été,  écrit-il,  au  banquet  de  la  science 
sacrée,  où  m'a  introduit  ce  maître  chéri,  et  j'y  ai  pu,  comme 
un  petit  chien,  lécher  les  miettes  que  laissaient  tomber  les 
convives.  Une  mort  cruelle  m'a  ravi  le  doux  maître  qui 
m'a  distribué  à  moi-même  et  à  beaucoup  d'autres  le  prix  de 
la  science,  et  nul  ne  sait  combien,  depuis  ce  jour,  la  faim  et 
la  soif  intellectuelles  ont  tourmenté  mon  esprit  désormais 
privé  des  festins  du  savoir  »  (3).  A  la  date  où  fut  écrite  cette 
lettre,  il  y  avait  dix-sept  ou  dix-huit  ans  qu'Ei*acle  était  mort; 
peu  de  bienfaiteurs,  on  en  conviendra,  laissent  un  aussi  long 
souvenir  dans  le  cœur  de  leurs  obligés  ! 

Les  études  étaient  donc  en  pleine  prospérité  à  Liège  lors- 
que Notger  prit  en  mains  la  direction  du  diocèse.  Nourri  au 

(1)  Cf.  Vit.  s.  Wulfijangi,  c.l8,  p.  334  :  Ut  autein  adolescentes  in  capiendis  scien- 
tiae  liberalis  noticiis  parent  agitiores,  fréquenter  voluit  tabules  eorum  cernere  dic- 
tales.  Pierosque  etiam  eorum  profifiendi  causa  beneficiis  incitavil  ;  qui  aulem 
desides  erant  et  négligentes  increpavit. 

(2)  Anselme,  c.  24,  pp.  201-202.  Cf.  Renier  de  Saint-Laurent,  Vita  lù'iacli, 
c.  4,  p.  562. 

(3)  W.  Stubbs,  Mémorial  of  saint  Diinstan,  arclibisliop  of  Gante rhunj,  j).  38(5.  Cf. 
VJntroditctiun,  p.  XI  et  suivantes. 


l'instruction  publique.  257 

palais,  et  peut-être  élève  lui-même  de  saint  Brunon,  il  conti- 
nua, sous  tous  les  rapports,  la  tradition  de  son  prédécesseur, 
et  leur  action  s'est  si  bien  mariée  et  fondue,  qu'il  est  diflicile 
de  dire  à  qui  des  deux  revient  la  plus  grande  gioii'e  dans  le 
lustre  que  jeta  après  eux  leur  ville  épiseopale.  Au  lieu  d'en 
essayer  le  départ,  nous  allons  tâcher  plutôt  d'en  tracer  un 
tableau  d'ensemble  :  nous  y  trouverons  l'occasion,  plus  d'une 
l'ois,  de  mettre  en  relief  la  haute  initiative  et  l'énergique 
activité  de  notre  prélat. 

Comme  on  l'a  pu  voir  ci-dessus,  il  y  avait  plus  d'une  école 
à  Liège  dès  le  temps  d'P]racle  (1),  avec  un  personnel  de  plu- 
sieurs professeurs  (2).  Or,  comme,  en  dehors  de  la  cathédrale, 
il  n'existait  alors  que  la  collégiale  de  Saint-Pierre  et  celle  de 
Saint-Martin,  force  nous  est  de  supposer  ou  bien  qu'il  y  avait 
une  école  à  Saint-Pierre  ou  que  celle  de  Saint-Martin  devait 
son  origine  à  Éracle.  Il  n'est  d'ailleurs  pas  douteux  que  Not- 
ger,  qui  acheva  Saint-Paul  et  qui  fonda  Sainte-Croix,  Saint- 
Denis  et  Saint-Jean,  aura  traité  toutes  ces  églises  comme 
cette  dernière,  où  il  nomma  un  maître  des  écoles  (magister 
scolariim)  (3),  et  qu'il  les  aura  toutes  également  dotées 
d'un  enseignement  organisé.  Si  cette  conjecture  est  fondée, 
Liège  aura  possédé  à  l'époque  de  Notger  une  école  de  cathé- 
drale et  six  écoles  de  collégiale  (4). 

(1)  nie  scolas  per  claustra  stabilire  curavit,  quas  ipse  vicissim  non  indignum 
duxit  frequentare.  Anselme,  c.  24,  p.  201. 

(2)  Si  qiiando  autem  eum  contingeret  aut  ad  palatium  aut  in  expeditionem  lon- 
gius  ab  hàc  urbe  discedcre,  quos  reliquisset  scolarum  magistros  litteris  animare, 
ipsis  crebro  dulci  carminé  alliulere  solebat.  Id.,  1.  c. 

(3)  Vita  Notgeri,  c.  9.  Cf.  Voigt,  Eijberts  von  Lïutich  Fecunda  Ratis,  Halle  s.  S., 
1889,  p.  XXXVII. 

(4)  Voici  quelques  données  à  l'appui  de  cette  conjecture.  C'est  un  fait  admis  que 
les  écoles  des  collégiales  se  sont  généralisées  au  commencement  du  Xl^  siècle. 
V.  G.  Bourbon,  La  licence  d'enseigner,  p.  o2o.  A  Liège,  l'écolâtrie  existe  certai- 
nement dans  les  diverses  collégiales  en  1109,  témoin  ce  passage  d'une  charte  de 
celte  date  :  Confirmantibus  reliquis  fratribus  de  Sancto  Lamberto  et  collaudan- 
tibus  prepositis,  decanis,  scholasticis,  cantoribus,  custodibus  et  reliquis  totius  civi- 
tatis  fratribus.  Bormans  et  Sclioolmcesters,  t.  I,  p.  51. 

Avant  cette  date,  nous  rencontrons  les  écolâlres  suivants  : 
A  Saiîite-Croi.r,  en  10G3,  Nizo.  (Registre  de  Sainte-Croix,  aux  Arcliives  de  l'État 
à  Liège,  f.  84j. 

I.  17 


258  CHAPITRE    XIV. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  contient  la  réfutation  anticipée 
d'une  conjectui'e  émise  par  certains  érudits  (1),  et  qui  doit 
nous  arrêter  quelques  instants.  Selon  eux,  il  n'y  aurait  pas 
eu  d'écolàtre  à  la  cathédrale  avant  Wazon,  que  nous  trou- 
vons en  fonctions  du  vivant  de  Notger  :  c'est  l'évêque  lui- 
même  qui  aurait  gardé  la  direction  des  écoles,  comme  firent 
à  Chartres  non  seulement  l'illustre  Fulbert,  mais  tous  ses 
successeurs  jusqu'au  XIII*  siècle  (2).  Il  est  impossible  de  se 
rallier  à  cette  manière  de  voir,  qui  ne  s'appuie  que  sur  un 
argument  négatif.  Gomment  croire  que  l'école  de  la  cathé- 
drale, qui  était  de  beaucoup  la  plus  importante,  ait  manqué 
de  ce  que  possédaient  les  collégiales  et  ait  dû  se  contenter, 
pour  directeur,  d'un  évêque  presque  toujours  absent?  L'ex- 
emple de  Ghai'tres,  qu'on  invoque  ici,  est  loin  d'être  probant, 

A  Saint-Martin,  en  1092-1'101,  Héribert  (Registre  Lefort,  dS,  p.  8,  aux  Archives 
de  l'État  à  Liège,  copié  par  St.  Bormans).  Cf.  Chapeaville,  I,  p.  316  et  BCRH,  Ve  sé- 
rie, t.  6,  p.  513. 

Ce  qui  est  concluant,  c'est  l'exemple  de  Saint-Barthélémy.  Fondée  en  1016,  huit 
ans  après  la  mort  de  Notger,  cette  collégiale  fut  d'abord  la  plus  modeste  de  Liège,  puis- 
qu'elle ne  comptait  que  12  prébendes.  Or,  dès  1026,  elle  avait  son  écolâtre,  ce  qui 
prouve  sans  doute  que  celui-ci  y  existait  dès  l'origine.  Ce  fait  résulte  d'un  diplôme 
de  l'évêque  Réginard,  daté  de  1031,  (publié  par  Fisen,  t.  I,  p.  198)  et  attestant 
que  l'évêque  Herman  (Hezelo)  de  Toul,  neveu  du  fondateur,  avait  ajouté  à  ce  cha- 
pitre cinq  clercs,  sans  compter  les  bénéfices  du  prévôt,  du  doyen  et  de  l'écolâtre. 
Or,  Herman  de  Toul  est  mort  en  1026  ;  c'est  donc  celte  date  et  non  celle  du  di- 
plôme (1031)  qui  est  celle  de  la  plus  ancienne  mention  de  l'écolâtre  de  Saint-Barthé- 
lémy. Il  faut  corriger  d'après  cela  la  note  de  Voigt,  o.  c,  p.  XXVII,  note  S,  qui  a 
déjà  corrigé  certaines  erreurs  d"A.  Bittner,  pp.  24  et  27.  Si  maintenant  l'église  Saint 
Barthélémy,  la  plus  humble  des  sept  collégiales  liégeoises  (Wazon  l'appelle  paiipe- 
rem  ecclesiam  Sancti  Bartltolomaei  dans  un  diplôme  publié  par  Martene  et  Dnrand, 
A.  C,  I,  142)  possédait  son  écolâtrie  dès  l'origine,  comment  se  refuser  à  croire  que 
des  fondations  plus  importantes  et  dues  à  Notger  lui-même  en  fussent  privées?  Con- 
cluons donc  sans  crainte  que  chacune  des  collégiales  liégeoises  possédait  son  éco- 
lâtrie sous  le  règne  de  ce  prince.  Il  en  était  de  même  à  Cologne  au  XI^  siècle  :  il  y 
avait  des  écolâtres  à  St-Pantaléon,  à  St-André,  à  St-Cunibert,  (Ennen,  t.  II,  pp. 
299,  749),  à  St-Géréon,  où  Herman  de  Toul,  qui  fut  évêque  de  1018  à  1026, 
reçut  une  éducation  très  soignée  (Gesta  epp.  Tull.  c.  37,  p.  043).  (Cf.  Césaire 
d'Heisterbach,  VI,  S). 

(1)  Léon  Maître,  Les  écoles  épiscopales  et  monastiques  de  l'Occident,  Paris,  1866, 
p.  185.  Voigt,  Erjberts  von  Lïittich  Fecunda  Ratis,  p.  XVI. 

(2)  Clairval,  pp.  30  et  40.  On  voit  encore  Yves  de  Chartres  enseigner  lui-même, 
p.  143. 


l'instruction  publique.  259 

car  Chartres  avait  des  écolâtres  depuis  le  conimeneemeut 
du  X^  siècle  (1),  et  l'on  verra  plus  loin  qu'il  en  était  de  môme 
à  Liège. 

Il  est  probable,  au  surplus,  que  les  écoles  des  collégiales 
n'étaient  guère,  comme  nous  dirions  aujourd'hui,  que  des 
établissements  d'enseignement  moyen  (2),  tandis  que  l'école 
de  la  cathédrale  avait  le  caractère  d'un  grand  séminaire  ou 
d'une  université.  Le  personnage  placé  à  la  tète  de  cette 
dernière  portait  concui-remment,  vers  le  milieu  du  XP  siècle, 
le  titre  de  magister  scolariim  et  celui  de  scolasticiis  (3),  ce 
qui  prouve  l'identité  des  deux  appellations.  Et  il  semble 
même  avoir  cumulé  ses  fonctions  avec  celles  de  chancelier, 
comme  c'était  le  cas  à  Chartres  (4)  et  à  Cambrai,  où,  de 
1037  à  1101  et  encore  en  1132,  nous  rencontrons  une  série 
de  chanceliers  qui  portent  le  titre  d'écolâtre  (o).  Ce  qui  nous 
confirme  dans  cette  supposition,  c'est  qu'à  Liège  aussi,  Fran- 
con  nous  apparaît  revêtu,  en  1037,  de  la  dignité  de  chance- 
lier (6),  en  106G,  de  celle  d'écolâtre  (7).  D'ailleurs,  la  chan- 

(1)  Voici  leur  succession  : 

Clémenl,  931. 
Sugger. 
Fulbert,  987. 
Evrard  I,  1023. 
Hildegaire,  1024. 
Evrard  II,  1032. 
Sigon,  1033. 
Ingelram,  1048. 
Gauslin,  1084-1090. 
V.  Clairval,  o.  c.  pp.  22-23,  39  et  o7. 

(2)  V.  Voigt,  Egberts  von  Lûttich  Fecunda  Uatis,  Halle,  1889,  pp.  XXYI-XXVII, 

(3)  Franco  est  qualifié  en  1078  de  scolasticus  (Mantelius-Robyns.  p.  15)  et  en 
iOSd  de  magistei- scolarum  Sancti  Lamberti  (Rodolphe,  Chvonicun  Sancti  Trudonis. 
II,  5).  De  même  à  Cologne,  les  écolâtres  de  St-Séverin  et  de  St-Cunibert  prennent 
dans  un  acte  de  1174  le  titre  de  maijister  scolanun,  et  dans  un  autre  de  1176,  celui 
de  scolasticus,  pour  reparaître  dès  1180  sous  celui  de  magister  scolamm.  Ennen  et 
Eckerlz,  Quellen  zitr  Geschichte  der  Stadt  Kôln,  I,  571 ,  573, 584,  cilé  par  Specht,p.  184. 

(4)  Clairval,  Les  Écoles  de  Chartres  au  moyen-âge,  pp.  22  et  23. 
(o)  Reusens,  AHEB,  t.  XXVI,  p.  169;  cf.  ibid.,  p.  180. 

(6)  Miraeus  et  Foppens,  Diplomata,  IV,  394  ;  Muller,  Het  oudste  cartularîum  van 
het  sticht  L'trecht,  p.  103  et  suiv.  ;  cf.  de  Marneffe,  Tableau  chronologique,  p.  8. 

(7)  Charte  de  Théoduin  pour  Huy,  dans  Chapeaville,  Gesta  pontijicuni,  II,  p.  4  ; 
et  BCRH,  IV,  1,  p.  90-96.  Cf.  de  Marneffe,  p.  8. 


260  CHAPITRE    XIV. 

cellerie  était  un  ollice  compris  dans  les  attributions  de  la 
capella  ou  chapelle  ;  or,  à  Liège,  nous  pouvons  constater  que 
les  écoles  relèvent  également  de  la  capella.  Quand  Notger 
emmenait  les  élèves  de  son  école  en  voyage,  c'était  un  des 
chapelains  qui  avait  la  direction  de  la  classe  et,  nous  dit  le 
chroniqueur,  il  y  faisait  régner  une  discipline  aussi  stricte 
que  sur  les  bancs  (1).  C'est  dans  la  capella  que  Wazon  s'em- 
ploie d'abord;  il  y  exerce  des  fonctions  obscures,  portant  les 
livres  et  la  machine  à  calculer,  jusqu'à  ce  que,  sélevant  de 
degré  en  degré,  il  parvient  au  rang  de  maître  des  écoles  (2). 
Or,  n'est -il  pas  remarquable  que  nous  lui  voyions  éga- 
lement signer  des  chartes  comme  chancelier  (3),  attestant 
par  là  que  l'écolâtrie,  la  chancellerie  et  la  capella  étaient 
reliées  entre  elles  par  les  liens  les  plus  étroits  (4)  ?  C'est 
même  parce  que  l'écolàtre  et  le  chancelier  sont  si  souvent 
une  seule  et  même  personne  que  nous  verrons  plus  tard, 
dans  les  universités,  rechange  des  deux  noms,  et  celui  d'éco- 
lâtre  finir  par  disparaître  devant  celui  de  chancelier  (o). 

Quelles  étaient  les  atti-ibutions  de  notre  chancelier  directeur 
des  écoles  ?  Apparemment,  son  autorité  ne  s'étendait  pas 
seulement  sur  l'école  de  la  cathédrale;  il  devait  avoir,  du 
moins  à  l'origine,  une  certaine  direction  ou  surveillance 
de  l'enseignement  dans    toutes  les   autres    églises  (6).    En 

(4)  Anselme,  c.  28,  p.  20S. 

(2)  Id.  c.  30,  p.  20G. 

(3)  dOll.  Ego  Wazo  recognovi  et  subscripsi.  A.  Waulers,  Communes  belges,  Can- 
ton de  Tirlemont,  Communes  rurales,  l'e  partie,  p.  167.  —  1029.  Ego  Waso  archi- 
capellanus  recognovi  sigilhim  domini  Reginaldi,  Leodiensisepiscopi.  AHEB,  t.  XXI 
(1888),  p.  392. 

(4)  Ailleurs,  l'office  d'écolâtre  était  cumulé  avec  celui  de  chantre.  Thomassin  en  a 
déjà  fait  la  remarque,  et  G.  Bourbon,  La  licence  d'enseirjner  (Revue  des  questions 
historiques,  t.  XIX,  1876,  p.  322)  dit  que  t  dans  un  certain  nombre  de  diocèses,  le 
chantre  resta  en  possession  de  la  régence  des  écoles  et  fut  chargé  d'accorder  ou  de 
refuser  la  licentia,docendi.  »  Cf.  Specht,  p.  184.  J'ignore  quelles  ont  été  à  Liège 
les  relations  entre  l'écolâtrie  et  la  chanlrerie. 

(o)  G.  Bourbon  n"a  pas  bien  vu  cela  et  semble  croire  que  la  confusion  est  acci- 
dentelle ;  il  écrit  même  cette  phrase  bizarre,  p.  536  :  «  Au  XIII"  siècle,  on  peut 
établir  en  règle  générale  que  les  fonctions  d'écolâtre  sont  remplies  dans  les  villes 
d'université  par  les  chanceliers,  dans  les  autres  villes  épiscopales  par  l'écolàtre  ou 
par  le  chantre.  » 

(6)  V.  Diirr,  De  capitulis  clausis,  dans  Schmidt,  Thésaurus  juris  ecclesiastici,  III, 
p.  139. 


l'instruction  publique.  261 

d'autres  termes,  si  les  analogies  ne  sont  pas  Iroinpcuses, 
l'écolàtre  de  la  cathédrale  était,  au  temps  dont  nous  parlons, 
Icquivalent  d'un  ministre  de  l'instruction  publique.  Nous 
sommes  malheureusement  réduits  à  de  simples  conjectures 
sur  ce  sujet. 

Essayons  de  grouper  ici  le  peu  que  la  pauvreté  de  nos 
sources  nous  permet  de  connaître  ou  de  deviner,  au  sujet 
de  l'enseignement  qui  se  donnait  dans  Técole  de  la  cathédrale. 

La  première  chose  qu'il  faille  noter,  c'est  que  l'école  de 
la  cathédi'ale  était,  dès  le  temps  de  Notger,  partagée  en  deux  : 
Tune  intérieure  pour  les  clercs,  l'autre  extérieure  pour  les 
la'ïques.  Ce  n'était  pas  le  cas  partout  (1)  :  bon  nombre 
d'églises  se  bornaient  à  assurer,  par  leur  enseignement,  le 
recrutement  de  leur  personnel.  Liège  était  donc  de  celles 
qui  enseignaient  aussi  par  amour  de  la  science,  et  qui 
aimaient  à  en  communiquer  le  plus  largement  possible  les 
fruits  au  monde  profane  (2). 

La  distinction  dont  il  vient  d'être  parlé  nous  est  affirmée 
par  le  témoignage  le  plus  autorisé  de  l'époque.  En  même 
temps,  nous  dit  Anselme,  que  Notger  se  livrait  avec  délices, 
au  milieu  des  clercs,  à  la  lecture  et  à  l'étude  des  livres  saints, 
il  faisait  instruire  les  jeunes  gens  laïques,  qui  étaient  l'objet 
d'un  enseignement  à  part,  dans  des  connaissances  qui  con- 
venaient à  leur  âge  et  à  leur  condition  (3).  Ce  passage  est 

(1)  La  coexistence  des  deux  écoles  extérieure  et  intérieure  est  attestée,  à  l'abbaye 
de  Saint-Gall,  dés  la  première  moitié  du  IX«  siècle  (V.  Spccht,  p.  3G)  à  Reichenau 
en  817,  à  Tegernsee  (Spechf,  o.  c,  pp.  309,  369,  376)  et  à  la  cathédrale  de  Reims, 
dès  la  fin  du  même  siècle.  (Flodoard,  Hhtoria  Remensis,  IV,  9,  p.  574.)  Il  en  était 
de  même  à  Cologne  sous  saint  Brunon,  et  probablement  à  L'trecht,  au  dire  de  Moll, 
p.  3o8;  a  St-Hubert  vers  lOoS  (Clironicon  Sancti  tiaberti,  c.  8,  p.  372.) 

(2)  On  pourrait  se  demander  dans  laquelle  de  ces  deux  écoles  étudiaient  les  clercs 
liégeois  destinés  à  faire  partie  du  clergé  paroissial.  A.  s'en  tenir  aux  termes  formels 
du  texte  d'Anselme,  ils  ne  faisaient  point  partie  de  l'école  extérieure.  Je  remarque 
cependant  qu'à  Saint-Gall  et  à  Reims,  les  clercs  qui  n'appartenaient  pas  au  per- 
sonnel de  la  maison  étudiaient  dans  l'école  extérieure,  l'autre  restant  exclusivement 
réservée,  à  Saint-Gall,  aux  futurs  moines  de  l'abbaye,  à  Reims,  aux  chanoines  de  la 
cathédrale. 

(3)  Anselme,  c.  30,  p.  206  :  Dum  ipse  cum  clericis  evolvendis  atque  iterandis 
divinae  scripturae  paginis  jocundissime  intentus,  laicos  nichilominus  adolescentes, 
quilniit  alendis  sua  scorsum  erat  (lisriptiiia,  actati  et  ordini  suo  congi'uis  artibus  im- 
plicaveril. 


262  CHAPITRE   XIV. 

d'ailleurs  le  seul  qui  nous  révèle  l'existence  d'une  école  ex- 
térieure de  la  cathédrale  de  Liège  ;  mais  il  n'en  est  que  plus 
important,  puisqu'il  atteste  qu'à  une  date  aussi  reculée  que 
le  X^  siècle,  la  jeunesse  laïque  trouvait  à  Liège  le  moyen  de 
se  procurer  une  culture  littéraire  sous  des  maîtres  distin- 
gués. Tout  ce  que  les  chroniqueurs  nous  rapportent  de  plus 
a  trait  exclusivement  à  l'école  intérieure  ou  cléricale,  qui 
équivalait,  dans  la  formation  du  clergé,  à  ce  qu'est  aujour- 
d'hui un  grand  séminaire. 

Dans  cette  école,  Notger  n'admettait  pas  seulement  des 
adolescents  de  naissance  libre,  mais  aussi  des  enfants  de 
condition  servile  qu'il  se  faisait  céder,  souvent  même  avant 
leur  naissance,  par  les  mères  encore  enceintes  (1).  Il  semble 
bien  qu'une  pareille  adoption  équivalait,  pour  les  futurs 
clercs,  à  un  affranchissement  en  règle,  et  il  n'est  pas  douteux, 
puisque  aussi  bien  les  canons  l'exigeaient,  que  leur  émanci- 
pation ne  fût  la  condition  préalable  de  leur  admission  aux 
ordres  sacrés.  Du  nombre  de  ces  heureux  protégés  fut  peut-être 
Durand,  troisième  successeur  de  Notger  sur  le  siège  épiscopal 
de  Liège  (1021-1025),  et  dont  les  chroniqueurs  nous  attestent 
l'origine  servile  (2).  Mais  le  grand  cœur  de  l'évêque  ne  lui 
permettait  pas  de  réserver  le  bienfait  des  études  libérales 
aux  seuls  enfants  de  son  diocèse  :  il  admettait  aussi  dans  son 
école  ceux  qui  lui  venaient  d'autres  diocèses,  lorsqu'ils  lui 
étaient  recommandés  par  leur  évêque  ou  par  leurs  parents  (3). 

Entre  les  deux  écoles,  il  y  avait  d'ailleurs  une  différence 
déterminée  par  le  but  propre  de  chacune.  L'intérieure  pré- 
parait le  recrutement  du  clergé  de  la  cathédrale  ;  son  pro- 
gramme comportait  donc  tout  au  moins  le  minimum  des 
connaissances  indispensables  à  tout  prêtre  chargé  du  minis- 
tère ecclésiastique.  Pour  l'école  extérieure,  le  programme 
était  plus  simple,  puisqu'il  se  bornait  à  offrir  aux  jeunes  gens 
laïques  les  connaissances  les  plus  élémentaires.  On  peut 
croire  qu'il  ne  dépassait  pas  beaucoup  le  niveau  de  ce  que 
nous  appelons  aujourd'hui  l'enseignement  primaire. 

(1)  Quoriim  nonnullos  saepe  a  praegnantibiis  etiani  expostulasset  matribus.  An- 
selme, c.  28,  p.  205." 

(2)  Anselme,  c.  36,  p.  209. 

(3)  Anselme,  c.  28,  p.  20S. 


l'instruction  publique.  263 

Le  personnel  enseignant  de  la  catli?dralo  devait  être  assez 
nombreux,  d'abord  à  cause  de  la  division  de  l'école  en  exté- 
rieure et  en  intérieure,  ensuite  à  cause  de  la  durée  des  études, 
qui  était  de  plusieurs  années,  et  de  la  grande  diversité  des 
branches,  qui  comprenaient,  comme  on  sait,  les  sept  arts 
libéraux.  L'exemple  de  ce  qui  se  passait  ailleurs  ne  laisse  pas 
d'être  assez  concluant  sous  ce  rapport.  A  Utrecht,  dès  la  fin 
du  VHP  siècle,  l'école  ne  comptait  pas  moins  de  quatre 
maîtres,  qui,  il  est  vrai,  n'enseignaient  qu'un  trimestre  cha- 
cun (1).  A  Poitiers,  l'écolâtre  Hildegaire  avait  un  coopéra- 
teur  appelé  magister  scolai'uni  (2).  A  la  même  époque,  le 
savant  Renaud  était  sous-maitre  de  l'école  de  la  cathédrale 
de  Tours  (3).  Peu  après,  au  XII  siècle,  dans  l'école  de  Toul, 
qui  était  certes  inférieure  en  éclat  et  en  importance  à  celle 
de  Liège,  il  y  avait,  à  côté  de  l'écolâtre,  trois  maîtres  ayant 
chacun  une  prébende  de  chanoine  (4). 

Mais  c'est  surtout  l'exemple  de  Chartres  qui  est  décisif. 
Là,  dans  la  première  moitié  du  X^  siècle,  nous  rencontrons 
déjà  un  écolâtre,  investi  des  fonctions  de  chancelier,  et  à  côté 
de  lui  un  professeur  de  littérature  (grammaticiis)  qui  porte 
le  titre  de  vice-chancelier  (o).  Vers  la  fin  du  siècle,  autant 
qu'il  est  permis  d'en  juger  par  le  nombre  considérable 
d'hommes  éminents  dans  les  lettres  et  les  sciences  qui  étaient 
réunis  à  Chartres,  ce  personnel  devait  s'être  augmenté  nota- 
blement (6).  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  pendant  tout  le  XP 
siècle  il  comprenait,  en-dessous  de  l'écolâtre,  des  personnages 
qui  portaient  le  titre  de  gramrnaticus ,  de  magister  scolae 
ou  d'adjutor  scolnrum,  et  dont  plusieurs  arrivèrent  à  leur 
tour  aux  hautes  fonctions  d'écolâtre  et  de  chancelier  (7). 


(i)  Altfrid,  Vifa  s.  Lhtdgeri,  c.  do,  p.  409.  Cf.  Moll,  Kerkgeschiedenis  van  Neder- 
land  vonr  de  Hervonning ,  t.  I,  pp.  3o3-3o4. 

(2)  Clairval,  p.  31. 

(3)  Reginaldus  sacerdos  submagister  scholae.   Œuvres  de  Julien  Havet,  t.  II, 
p.  103,  note  3. 

(4)  Yoigt,  p.  XXXIX. 

(5)  Clairval,  o.  c,  p.  22. 

(6)  Id.  ibid.  p.  23  et  suiv. 

(7)  Id.  ib.  p.  31, 


264 


CHAPITRE   XIV. 


En  ce  qui  concerne  plus  particulièrement  Liège,  le  même 
fait  semble  ressortir  des  titres  que  se  donnent  entre  eux 
deux  écolàtres  du  XP  siècle,  Rodolphe  de  Liège  et  Raimbaud 
de  Cologne,  dont  la  correspondance  nous  a  été  conservée. 
Le  premier  gratifie  son  correspondant  du  titre  pompeux  de 
Coloniensis  ecclesiae  generalissimiis  scolasticiis,  et  se  qualifie 
plus  modestement  de  Leodicensis  (scolasticiis)  particiilaris 
et  infimiis.  Raimbaud,  dans  sa  réponse,  confirme  à  Rodolphe 
le  titre,  qu'il  a  pris  lui-même,  de  magister  specialis  ecclesiae 
Leodicensis  (1),  et  il  faut  bien  admettre  que  cette  termino- 
logie désigne  une  diff'érence  de  rang  hiérarchique,  car,  plus 
loin,  nous  voyons  que  Raimbaud  s'appelle  scolasticus,  tan- 
dis que  Rodolphe  n'est  désigné  que  par  le  titre  de  magister.  Le 
premier  est  évidemment  le  directeur  des  écoles  de  Cologne, 
l'autre  n'est  qu'un  des  professem's  de  l'école  cathédrale  de 
Liège.  Le  célèbre  Egbert,  qui  écrivait,  vers  1020,  le  recueil 
de  sentences  appelé  Feciinda  Ratis,  aurait  été,  lui  aussi,  un 
membre  de  ce  collège  professoral  de  Saint-Lambert,  si  nous 
en  croyons  l'ingénieuse  conjecture  du  dernier  érudit  qui  se 
soit  occupé  de  lui  :  en  effet,  il  dit  écrire  son  livre  pour  de 
tout  jeunes  écoliers,  qui  tremblent  encore  sous  la  férule  et 
qu'il  appelle  des  impubères  et  même  des  souris.  Évidemment, 
d'autres  maîtres  enseignaient  les  élèves  plus  avancés  en 
âge  (2). 

Nous  ne  sommes  pas  en  état  de  reconstituer,  comme  on  Ta 
fait  pour  Chartres,  la  liste  des  écolàtres  liégeois  pendant  la 
période  primitive.  Je  ne  crois  pas  me  tromper  cependant  en 
supposant  qu'un  des  premiers  noms  repris  dans  cette  liste 
devrait  être  celui  d'Adalbold,  le  célèbre  évêque  d'Utrecht. 
Du  moins,  nous  voyons  qu'à  la  date  de  1007,  Adalbold  exerce 
les  fonctions  d'archidiacre  de  Liège,  et  nous  savons  que 
c'était  un  personnage  fort  instruit,  correspondant  avec  le 
pape  Silvestre  II  (donc  entre  999  et  1003)  sur  les  problèmes 
les  plus  ardus  des  mathématiques.  Or,  dans  une  des  lettres 
qu'il  lui  adresse,  il  s'excuse  de  la  liberté  qu'il  prend,  jeune 

(1)  Ms.  G401  du  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris,  fol.  \  verso 
jusqu'à  fol.  11,  lettres  i  et  2;  cf.  Voigt,  1.  c, 

(2)  Voigt,  0.  c,  pp.  XXXIX-XL. 


L'INSTRUCTION    PUBLIQUE.  263 

comme  il  Test,  d'aborder  un  homme  de  son  importance 
presque  comme  un  collègue,  quasi  conscholastlciim  (1).  On 
aura  beau  commenter  ce  passage  tant  qu'on  voudra,  il  faudra 
bien  qu'on  se  résigne  à  la  conclusion  qu'Adalbold  a  été  éco- 
làtre  et  qu'il  traitait  Gerbert  comme  si  ce  dernier  était  encore 
écolàtre  lui-même  (2). 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  conjecture,  avec  M^azon,  succes- 
seur d'Adalbold,  nous  mettons  le  pied  sur  un  terrain  plus 
solide.  Wazon,  en  efl'et,  nous  le  savons  par  le  témoignage 
formel  d'Anselme,  a  été  écolàtre  de  Notger,  et  si  Adalbold  a 
occupé  cette  dignité  vers  999-1003,  nous  devons  en  conclure 
que  Wazon  lui  aura  succédé  dans  son  poste  le  jour  où  Adal- 
bold fut  promu  aux  fonctions  d'archidiacre  (3).  Disons-le  en 
passant  :  ce  seul  choix  montre  que  Notger  se  connaissait  en 
hommes,  car  Wazon,  c'est  Notger  lui-même,  revivant  dans 
une  physionomie  dont  une  heureuse  coïncidence  nous  permet 
de  voir  de  près  et  d'admirer  la  rare  beauté  morale. 

Le  plus  parfait  accord  de  vues  régnait  entre  l'évêque  et 
son  écolàtre;  ils  étaient  dévorés  tous  deux  du  même  zèle 

(1)  Pecco  quod  (antitm  vinim  quasi  conscholasticum  jiivenis  convenio.  Pez,  Thé- 
saurus Anecdotorum,  t.  III,  pars  II,  p.  87  et  MGH,  IV,  p.  680,  note  14. 

(2)  Hirsch,  Heinrich  II,  II,  p.  298,  (avec  la  note  2),  comprend  le  passage  comme 
moi.Voigt,  p.  XVIII,  cherche  vainement  à  en  infirmer  la  portée;  le  silence  d'Anselme, 
invoqué  par  lui,  ne  signifie  rien  du  tout  ;  il  le  sent  si  bien  qu'il  concède  que  Notger 
a  pu  nommer  Adalbold  écolàtre  ailleurs,  et,  avec  Moli,  II,  1,  p.  52,  il  pense  à 
Lobbes,  sur  la  foi  de  l'expression  clericus  lobiensis  qu'emploie  en  parlant  de  lui 
Sigebert  de  Gembloux,  De  scriptoribus  ecclesiasticis,  c.  138  ;  sur  ce  point,  v. 
Hirsch,  Heinrich  H,  t.  II,  p.  297,  note  4. 

(3)  Il  me  faut  réfuter  ici  une  erreur  assez  bizarre.  Selon  Bittner,  Wuzo  und  die 
Schulen  von  Lïittich,  p.  G  et  p.  2,  note  2,  suivi  par  Voigt,  pp.  XVI  et  XXIX,  ce 
serait  en  1008,  l'année  même  de  sa  mort,  que  Notger  aurait  appelé  Wazon  aux 
fondions  d'écolâlre.  Bittner  ne  fournit  pas  la  preuve  de  cette  assertion,  et,  de  fait, 
il  n'en  a  pas  d'autre  que  la  date  de  1008  placée  par  Koepke  en  marge  du  chap.  40 
d'Anselme  où  il  est  dit  :  capellanus  primum  sub  Notgero,  postea  ab  eodem  donalus 
est  scolarum  magisterio.  Mais  les  érudits  qui  ont  fait  état  de  celle  date  n'ont  pas 
remarqué  qu'elle  appartient  à  Koepke  et  non  à  Anselme,  et  qu'elle  a  simplement 
pour  but,  dans  la  pensée  de  l'éditeur  en  question,  d'indiquer  le  terminus  ante  quem 
de  l'entrée  en  fonctions  de  Wazon.  Il  n'existe  donc  pas  l'ombre  d'une  raison  pour 
faire  commencer  l'écolâtrie  de  Wazon  en  1008,  et  il  esl  hautement  probable  qu'il 
dirigeait  déjà  les  écoles  de  Liège  en  1007,  puisqu'à  celle  date  son  prédécesseur 
Adalbold  avait  le  rang  d'archidiacre. 


266  CHAPITRE  XIV. 

pour  l'enseignement  de  la  jeunesse,  et  leur  œuvre  se  mêla  à 
tel  point  qu'Anselme  redit  de  Wazon  comme  écolàtre  ce  qu'il 
a  déjà  dit  de  Notger  lui-même.  Wazon  se  préoccupait  à  la 
fois  de  l'éducation  morale  et  de  la  culture  littéraire  ;  il  préfé- 
rait de  beaucoup,  nous  dit  le  chroniqueur,  les  jeunes  gens  qui 
avaient  de  la  vertu  à  ceux  qui  n'avaient  que  la  connaissance 
des  lettres  (1).  Les  élèves  affluaient  de  tous  les  pays  à  son 
école,  mais  il  ne  les  accueillait  pas  tous  avec  empressement; 
loin  de  là,  il  leur  faisait  d'abord  valoir  la  difficulté  des 
études  ;  par  contre,  ceux  chez  qui  il  remarquait  un  vrai  zèle 
pour  la  science  étaient  traités  par  lui  de  la  manière  la  plus 
cordiale  ;  il  les  gardait  tant  qu'ils  voulaient  et  souvent  il 
pourvoyait  encore  à  leur  vêtement  (2). 

Quelle  que  fût  d'ailleurs  la  confiance  méritée  que  Notger 
avait  dans  son  écolàtre,  il  n'abdiquait  pas  totalement  entre  ses 
mains  les  nobles  préoccupations  de  l'école;  il  aimait  à  rester 
en  contact  avec  les  jeunes  gens,  à  se  rendre  compte  de  leurs 
travaux  et  de  leurs  progrès.  Jusque  dans  ses  nombreux 
voyages,  il  ne  pouvait  pas  se  détacher  de  ses  chers  élèves  : 
il  emmenait  avec  lui  les  meilleurs,  et,  sous  la  direction  d'un 
de  ses  chapelains,  ils  continuaient  leurs  études  dans  une  dis- 
cipline aussi  rigoureuse  qu'à  l'ombre  des  cloîtres  de  Saint- 
Lambert.  Ce  séminaire  ambulant,  s'il  est  permis  de  l'appeler 
ainsi,  avait  sa  bibliothèque  et  toutes  ses  autres  armes  de 
classe,  comme  s'exprime  Anselme.  Et  ainsi,  continue-t-il, 
ceux  que  l'évêque  emmenait  ignorants  et  illettrés  revenaient 
souvent,  plus  instruits  dans  les  lettres  que  les  maîtres 
qu'ils  avaient  quittés  (3).  Cela  se  comprend  :  une  édacation 
complétée  par  des  voyages  et  par  un  contact  précoce  avec 
d'autres  peuples  et  d'autres  hommes  devait  rapidement 
mûrir  ces  jeunes  intelligences.  En  ceci,  Notger  ne  faisait  que 
se  conformer  à  l'exemple  des  maîtres  les  plus  illustres.  Il 
faisait  ce  qu'avaient  fait  à  Liège  son  prédécesseur  Eracle,  à 


(1)  V.  un  portrait  plein  de  charme  de  l'écolâlre  de  Trêves,  saint  Wolfgang,  qui  y 
enseignait  vei'S  900.  Vita  x.  Wolfanniji,  c.  7,  pp.  528-529. 

(2)  Anselme,  c.  40,  pp.  210-211. 

(3)  Anselme,  c.  28,  p.  205. 


l'instruction  publique.  267 

Hildcsheim  le  précepteur  de  saint  Bcrnward  (1)  et  ce  que 
devait  faire  ce  saint  lui-même  (2). 

On  ne  peut  pas  douter  qu'en  môme  temps  qu'il  élevait  à 
cette  hauteur  l'école  cathédrale,  Notger  ait  déployé  une  même 
sollicitude  pour  les  autres  écoles  de  sa  ville  épiscopale  et  de 
son  diocèse.  Malheureusement,  on  l'a  déjà  vu,  nous  sommes 
très  peu  renseignés  sur  les  collégiales  de  Liège  et  pas  du 
tout  sur  les  autres.  Il  est  certain  toutefois  qu'elles  ont  dû 
avoir  leur  pépinière  de  clercs  de  tout  rang  pour  le  service 
de  leur  culte  et  pour  les  prébendes  dont  elles  disposaient. 
Quant  aux  écoles  monastiques,  bien  qu'elles  fussent  plus 
indépendantes  de  l'évêque,  Notger  ne  paraît  pas  s'en  être 
désintéressé  :  ce  qui  le  prouve,  c'est  que  la  plus  brillante  de 
toutes  les  écoles  monastiques  de  son  temps,  ce  fut  précisé- 
ment celle  de  l'abbaye  de  Lobbes,  qui  lui  appartenait.  Notger 
encouragea  de  toute  manière  l'abbé  Folcuin,  un  des  prin- 
cipaux érudits  de  l'époque,  et  certes,  il  ne  lui  aura  pas  mar- 
chandé, dans  le  domaine  des  études,  un  appui  qu'au  dii'e  de 
Folcuin  lui-même  (3),  il  lui  accordait  si  libéralement  lorsqu'il 
s'agissait  de  travaux  d'art. 

Lorsque  Folcuin  mourut,  Notger  lui  donna  pour  succes- 
seur son  ami  Hériger,  l'écolâtre  de  l'abbaye,  qui  avait  toute 
sa  confiance  et  qu'il  avait  emmené  dans  son  voyage  d'Italie 
l'année  précédente.  L'honneur  de  ce  choix  excellent  revient 
toutefois,  en  premier  lieu,  aux  moines  de  Lobbes  eux-mêmes. 
Dans  une  supplique  adressée  par  eux  à  l'évêque  de  Cambrai 
et  à  celui  de  Liège,  l'un,  leur  supérieur  spirituel,  l'autre,  leur 
chef  temporel,  ils  avaient  désigné  à  ces  deux  prélats 
Hériger  comme  leur  candidat  préféré.  «  Il  y  a  de  longues  an- 

(1)  Thangmai",  Vita  s.  Bernwardi,  c.  1,  p.  7o8  :  Quem  eliani  mccum  interdum 
in  servitium  domini  episcopi  extra  monasterium  excédons  ducebam...  Nam  saepe 
totiim  diem  inler  eqviitandum  studendo  attrivimiis,  etc. 

(2)  Id.  c.  5,  p.  7G0  :  Ingeniosos  namqiie  pueros  et  eximiae  indolis  secum  vel  ad 
curtem  ducebat  vel  quocunque  longius  commeabat,  etc. 

Godehard  de  Hildesheim,  en  voyage,  écrit  aux  moines  de  Tegernsée  de  lui  envoyer 
Horace  et  les  lettres  de  Cicéron.  Bertrani,  p.  90. 

(3)  Creverunt  illo  tcmpore  et  in  monasterio  nostro  aedilicia  nonnulla,  instinctu 
episcopi,  operâ  abbatis  facta.  Id.  ib.  c.  29,  p.  70.  Suit  la  description  de  la  plupart 
des  ouvrages  exécutés  à  Lobbes  par  Folcuin. 


268  CHAPITRE    XIV. 

nées,  écrivirent-ils,  quil  vit  au  milieu  de  nous  en  frère, 
nous  rendant  de  signalés  services,  et  remplissant  avec  le  plus 
grand  zèle,  à  l'égard  d'un  bon  nombre  de  nous,  le  rôle  d'un 
éducateur.  Vous  avez  comme  nous  la  certitude  qu'il  sait  bien 
enseigner,  et  qu'il  possède  cet  art  qui  consiste  à  tirer  de  son 
trésor  l'ancien  et  le  nouveau  (1).  y>  Pas  plus  que  son  illustre 
ami  et  chef  spirituel,  Plériger,  devenu  pasteur,  ne  se  désin- 
téressa des  études  qui  avaient  été  la  joie  de  son  existence, 
et  nous  avons  lieu  de  croire  que,  comme  Notger,  il  continua 
d'enseigner  en  personne  (2).  Ecrivain  remarquable  autant 
que  professeur  distingué,  Hériger  laissa  plusieurs  ouvrages 
parmi  lesquels  sa  Chronique  des  évêqiies  de  Tongres  lui  a 
valu  le  titre  de  père  de  l'histoire  de  Liège.  Il  mourut  à  un 
âge  assez  avancé,  le  31  octobre  1007,  et  Notger,  qui  lui  survé- 
cut de  quelques  mois,  a  encore  eu  le  temps  de  choisir  son 
successeur.  Mais,  cette  fois,  il  ne  paraît  pas  avoir  eu  la  main 
aussi  heureuse  que  de  coutume,  car  Ingobrand,  qu'il  revêtit 
de  la  dignité  d'abbé,  laissa  bien  déchoir  la  maison  et  le  prince- 
évêque  Wolbodon  fut  obligé  de  le  déposer  en  1020  (3). 

Si  nous  mentionnons  cette  dernière  circonstance,  c'est 
parce  qu'elle  montre  bien  que  c'est  de  l'école  d'Hériger  seul 
que  sont  sortis  les  personnages  éminents  de  cette  époque  qui 
firent  tant  d'honneur  à  l'abbaye  de  Lobbes,  à  savoir  Wazon, 
évèque  de  Liège,  Burchard,  évèque  de  AVorms,  et  Olbert, 
abbé  de  Genibloux  et  de  Saint-Jacques  de  Liège. 

Nous  connaissons  moins  l'histoire  des  autres  abbayes; 
dans  aucune  d'elles,  nous  ne  rencontrons  le  nom  d'un  éco- 
làtre  contemporain  de  Notger.  Toutefois,  les  plus  anciens 
témoignages  relatifs  aux  études  dans  ces  maisons  sont  d'une 
date  si  rapprochée  de  lui,  qu'ils  semblent  bien  pouvoir  être 
invoqués  pour  son  temps.  A  Saint-Laurent,  aux  portes  de 
Liègej  il  y  avait  un  écolàtre,  Falcalin,  qui  enseigna  dans  la 

(1)  Gesta  epp.  Camerac.  I,  c.  406,  p.  44o.  Allusion  aux  paroles  de  l'Évangile  : 
Scriba  doctus  in  regno  Dei  similis  est  patrifamilias,  ((ui  promit  de  thesauro  suo  nova 
cl  vetera. 

("2)  Le  Gesta  ahbat.  Gemblacensium,  c.  26,  p.  336,  dit  en  parlant  de  l'abbé  Ot- 
bert  :  Hic  ubi  ex  ore  Herigcri  Laubicnsis  abbatis  viri  suo  tempore  disertissimi  ali- 
quid  de  septem  sapore  artium  bibit,  silim  .stndii  sui  extinguere  non  potuit. 

(3)  Gesta  abbatum  Lobiensium  post  Folcuinum  continuata,  c.  3,  pp.  309-310. 


l'instruction  publique.  269 

première  moitié  du  XP  siècle,  et  qui  fut  le  collaborateur  du 
célèbre  Francon(l),  A  Stavelot,  vers  1030  ou  peu  après,  le 
bienheureux  Thierry,  si  célèbre  depuis  comme  abbé  de  Saint- 
Hubert,  commença  sa  carrière  comme  directeur  de  l'école  (2). 
A  Saint-Trond,  nous  rencontrons  avant  1034  un  écolàtre  du 
nom  d'Adélard,  qui  occupe  en  même  temps  les  fonctions  de 
trésorier  (3).  A  Saint-Hubert,  il  y  avait,  vers  lOoo,  deux 
écolâtres,  dont  l'un  tenait  l'école  intérieure  et  l'autre  l'exté- 
rieure (4).  H  n'est  pas  téméraire  de  présumer  qu'en  général, 
la  prospérité  des  lettres,  que  nous  constatons  dans  les  centres 
dont  nous  avons  parlé,  se  sera  manifestée  aussi  dans  ceux 
dont  les  destinées  nous  restent  inconnues. 

Il  faut  maintenant  nous  informer  du  programme  des  études. 
Il  variait  notablement  selon  les  écoles  et  selon  le  degré  de 
l'enseignement.  Dans  les  écoles  inférieures  on  se  bornait, 
selon  le  vœu  de  Charlemagne,  à  la  lecture,  à  l'étude  du  psau- 
tier, qu'on  apprenait  par  cœur,  à  la  musique  avec  le  chant 
et  aux  éléments  de  calcul;  c'était,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  le 
programme  de  l'enseignement  primaire  (5)  et  je  suis  porté  à 
croire  que  les  écoles  extérieures  n'en  avaient  pas  d'autre.  Par 
contre,  dans  les  écoles  où  les  futurs  clercs  complétaient  ou 
achevaient  leurs  études,  et  tout  spécialement  dans  les  écoles 
des  cathédrales,  le  programme  élaboré  par  Charlemagne  com- 
l)renait,  en  outre,  un  ensemble  de  connaissances  théoriques 
et  pratiques  :  d'une  part,  la  liturgie  et  le  chant,  avec  la  disci- 
pline ecclésiastique  ou  théologie  morale,  le  comput,  l'élo- 
quence sacrée,  la  rédaction  des  actes  publics  ;  de  l'autre, 
l'Ecriture  sainte  et  la  patristique  (6).  Au  surplus,  il  faut  se 
garder  de  trop  de  précision,  et  c'est  à  peine  si  l'on  peut  parler 
ici  de  programme.  Il  est  certain  que  le  degré  de  supériorité  au- 
quel nous  voyons  s'élever  l'enseignement  de  certaines  écoles  de 

(1)  Reinerus,  f)e  claris  Scriptoribus  monasterii  siii ,  dans  Pez,  Tliesauru.s,  l.  IV, 
col.  21. 

(2)  Vita  Theoderici  ahbatis  Andagineusis,  c.  12,  p.  43. 

(3)  Chronicon  Sancti  Huberti,  c.  3,  p.  571. 

(4)  Ibid.,  c.  8,  p.  372. 

(5)  Admonitio  (jcueralis  de  789,  c.  72  dans  Capitularia  rer/iim  Francoruiii ,  (Bore- 
lius,  p.  60). 

(6)  Ibid.,  Qnae  a  presbyteris  discenda  sint,  p.  233. 


270  CHAPITRE  xrv. 

ce  temps,  notamment  de  celles  de  Liège,  est  avant  tout  l'œuvre 
personnelle  de  leurs  maîtres.  Ceux-ci  avaient  toute  latitude  de 
pousser  aussi  loin  qu'ils  voulaient,  selon  la  capacité  de  leurs 
élèves  et  leur  propre  zèle  (1).  Et  c'est  sous  cette  réserve  que 
nous  abordons  ici  l'examen  des  études  liégeoises  du  haut 
moyen-âge. 

Ces  études,  on  le  sait,  se  groupaient,  depuis  les  derniers 
siècles  de  l'Empire  romain,  en  une  encyclopédie  de  sept 
sciences,  les  unes  littéraires,  qui  constituaient  ce  qu'on 
nommait  le  trivium,  les  autres  scientifiques  et  formant  le 
quadriçiiim.  Le  triçiiim  comprenait  la  grammaire,  la  l'iiéto- 
rique  et  la  dialectique,  c'est-à-dire,  comme  on  dirait  aujour- 
d'hui, l'étude  de  la  littératm^e,  de  l'éloquence  et  de  la  philo- 
sophie. Le  quadriviuin  comportait  celle  de  la  musique,  de 
l'arithmétique,  de  la  géométrie  et  de  l'astronomie,  c'est-à-dire 
les  sciences  en  regard  des  lettres.  Nous  allons  passer  en 
revue  les  diverses  branches  du  septwiiim,  en  marquant  ce 
qu'on  sait  sur  l'étude  de  chacune  dans  les  écoles  de  Liège. 

Tout  d'abord,  elles  n'étaient  pas  étudiées  successivement, 
mais  en  partie  simultanément.  Du  moins,  on  voit  bien  que 
l'enseignement  de  la  grammaire,  c'est-à-dire  de  la  littérature, 
se  prolonge  pendant  toute  la  durée  des  études. 

Cet  enseignement  commençait  par  la  lecture,  et,  comme  il 
n'y  avait  pas  de  livres  en  langue  vulgaire,  on  apprenait  à  lire 
en  latin.  Le  latin  était  d'ailleurs,  en  fait  de  langues,  la  seule 
qu'on  apprît,  puisqu'elle  était,  par  son  universalité,  le  seul 
véhicule  des  idées  générales  et  la  seule  expression  de  la  civi- 
lisation. Il  s'ensuit  que  l'art  de  lire  était,  pour  le  commençant, 
une  connaissance  absolument  stérile  aussi  longtemps  qu'on 
n'y  associait  pas  l'étude  du  latin.  Celui-ci  élait  donc  abordé 
tout  de  suite  et  l'étude  en  était  menée  de  front  avec  celle  de 
la  musique  et  celle  du  calcul  digital.  Tout  cela,  bien  que  fort 
élémentaire,  n'était  pas  sans  dilliculté.  Plus  d'un  écolier  aura 
versé  des  larmes  amères  avant  de  posséder  parfaitement  les 
neumes  qui  étaient  le  seul  langage  musical  de  l'époque.  Et 
l'apprentissage  de  la  langue  savante  était  très  pénible  aussi. 

(1)  Richer,  III,  49,  dit  dans  ce  sens  de  Gerbert  qu'il  n'initiait  aux  mathématiques 
que  ses  élèves  les  plus  capables. 


L  INSTRUCTION   PUBLIQUE.  271 

Des  listes  de  mots,  des  manuels  de  conversation,  des  exer- 
cices de  conjugaison  latine  étaient  la  première  propédeutique 
des  petits  barbares  qui  venaient  s'asseoir  sur  les  bancs  du 
cloître  de  Saint-Lambert.  On  mettait  ensuite  dans  leurs  mains 
des  résumés  de  grammaire,  dont  Donat  fournissait  les  prin- 
cipaux éléments.  Dès  que  la  chose  devenait  possible,  on  ap- 
pelait l'exercice  au  secours  de  la  théorie,  et,  pour  le  rendre 
fructueux,  on  interdisait  aux  élèves  de  converser  dans  une 
autre  langue  que  le  latin  (1). 

En  attendant,  ils  apprenaient  par  cœur  tout  le  psautier  (2), 
et  cet  usage,  déterminé  sans  doute  par  des  considérations 
pratiques  telles  que  les  besoins  de  la  liturgie,  avait  pour  ré- 
sultat de  meubler  l'esprit  de  l'élève  d'un  trésor  de  poésie 
sacrée  dont  il  ne  comprenait  pas  toujours  toute  la  beauté, 
mais  qui  maintenait  sa  vie  intellectuelle  dans  les  régions 
supérieures.  Tout  le  moyen-âge  est  resté  fidèle  à  la  récitation 
intégrale  du  psautier;  le  plus  ancien  des  hagiographes  lié- 
geois nous  montre  saint  Lambert  le  récitant  dans  la  neige  et 
au  milieu  des  frimas,  devant  la  croix  de  Tabbaye  de  Stave- 
lot  (3). 

Mais  le  j)sautier  n'était  pas  le  seul  livre  qu'on  mettait  aux 
mains  des  élèves.  Des  recueils  de  sentences,  généralement 
sous  forme  métrique,  venaient  solliciter  leur  curiosité  toute 
fraîche  encore.  Tels  étaient  les  Distiques  de  Caton,  ouvrage 
d'un  emploi  universel,  les  Fables  d'Avien,  et  celles  de 
Phèdre  ndses  en  prose  par  un  certain  Romulus  (4).  Un 
maître  liégeois  contemporain  de  Notger,  du  nom  d'Egbert, 
a  le  mérite  d'avoir  enrichi  cette  littérature  pédagogique 
d'un  recueil  de  sentences  à  un,  deux  ou  plusieurs  vers,  qui 
contenait  en  quelque  sorte  tout  le  trésor  de  la  sagesse  popu- 

(d)  Ainsi  à  Magdebourg,  au  X«  siècle,  sous  le  fameux  Ohtric  (Brunon,  Vita  s. 
Adalberti,  c.  3,  p.  547  ;  Auditoribns  enini  usus  erat  lacialiter  fari,  nec  ausus  est 
quisquam  coram  magistro  linguâ  barbarà  loqui).  Ainsi  à  Saint-Gall  (Ekkeliard,  Ca- 
sus  Sancti  Galli,  c.  89,  p,  317,  cité  par  Specht,  p.  324). 

(2)  Y.  Specht,  p.  Gl. 

(3)  Vita  sancti  Lamberti,  AA.  SS.,  t.  V  de  septembre,  p.  57o. 

(4)  Voir  Specht,  43;  Maître,  217;  Voigt,  XLVI.  Cf.  Othloh  dans  Pez,  III,  2, 
p.  487. 


272  CHAPITRE   XIV. 

laii'e  de  l'époque  (1).  Ce  livre,  qui  nous  a  été  lieureusement 
conservé,  n"a  pas  joui  de  la  dilFusion  de  ceux  que  je  viens 
de  nommer,  et  son  volume  ne  le  permettait  pas  d'ailleurs; 
toutefois,  il  n"a  pas  laissé  d'être  répandu,  et  la  mention 
honorable  que  lui  accorde  Sigebert  de  Gembloux  atteste 
l'estime  dans  laquelle  il  était  tenu  par  les  maîtres  du  moyen- 
âge  (2). 

Après  cette  préparation,  on  abordait  l'étude  des  sept  arts 
libéraux  eux-mêmes.  Dans  les  pages  qui  vont  suivre,  j'es- 
sayerai de  dire  aussi  complètement  que  possible  comment  ils 
étaient  enseignés  à  Liège  du  temps  de  Notger. 

I.  La  grammaire.  Sous  ce  nom,  nos  sources  désignent 
l'enseignement  littéraire  dans  son  ensemble  depuis  ses  pre- 
miers éléments,  c'est-à-dire  depuis  l'alphabet,  jusqu'aux  chefs- 
d'œuvre  de  la  poésie  païenne  et  chrétienne,  en  y  comprenant 
toutes  les  œuvres  du  génie  humain  (3).  L'étude  de  la  gram- 
maire savante  se  continuait  à  Liège  dans  Donat  et  dans  Pris- 
cien  (4),  auxquels  il  faut  probablement  ajouter  Martianus 
Capella.  C'est  quand  on  passait  à  l'étude  des  écrivains  qu'on 
se  trouvait  vraiment  sur  le  terrain  de  la  littérature.  Les  maî- 
tres choisissaient  librement  les  auteurs  qu'ils  expliquaient, 
toutefois,  il  semble  qu'il  y  ait  eu  dès  lors,  dans  les  écoles,  un 
certain  ordre  suivi,  et  Prudence  paraît  avoir  été  en  posses- 
sion de  présider  aux  débuts  des  études  littéraires  des  jeunes 

(1)  Cet  ouvrage  a  été  publié  de  nos  jours,  avec  un  savant  commentaire,  par  E. 
Voigt  sous  ce  titre  :  Eghertx  von  Lïittkh  Fecunda  Ratis.  Halle  a.  S.,  1889. 

(2)  Voigt,  pp.  LXII-LXIII. 

(3)  «  La  grammaire  embrassait  alors  toutes  les  humanités,  sauf  la  rhétorique,  et 
comportait  l'étude  des  grammairiens  et  des  auteurs  classiques,  avec  des  essais  de 
composition  en  prose  et  en  vers,  d'après  les  règles  et  les  modèles.  »  Clairval,  o.  c. 
p.  108. 

Grammatica  est  scientia  interpretandi  poetas  atque  historicos,  et  recte  scribendi 
loquendique  ratio  (Raban  Maur,  De  Institutione  Clericonnn,  III,  18,  p.  223,  édit. 
Kiioeplller).  Il  parle  d'après  Gassiodore,  De  Artibus  ac  discijjlinis  liberolium  littera- 
rum,  c.  1,  col.  1132  :  Grammatica  vero  est  peritia  pulchre  loquendi  ex  poetis  illus- 
tribus  oratoribusque  collecta. 

(4)  Anselme  dit  de  Wazon,  c.  32,  p.  220  :  De  Donali  vel  Prisciani  regulis  sco- 
lares  adulescenlulos  non  dedignabalur  inlerrogare.  Cf.  pour  Chartres,  Clairval, 
p.  109.  Vers  930,  l'Italien  Etienne  expliquait  Donat  à  Wûrzbourg,  v.  Vita  s.  Wolf- 
gangi,  c.  5,  p.  328. 


tAxstruction  publique.  273 

humanistes  (1).  Celte  préférence  avait  sa  raison  d'être  :  on 
voulait  éviter  que  l'imagination  de  l'enfant  fût  troublée,  voire 
même  souillé  par  ce  qu'il  y  avait  d'impur  dans  les  écrivains 
classiques,  et,  conformément  aux  recommandations  d'Al- 
cuin,  on  chargeait  le  poêle  chrétien  d'introduire  la  jeunesse 
dans  le  sanctuaire  des  lettres.  Au  surplus,  dans  la  pensée 
de  cette  époque,  l'étude  des  anciens  ne  devait  être  elle-même 
qu'une  préparation  à  celle  de  l'Ecriture  Sainte  ;  ce  qu'on  leur 
demandait,  ce  n'était  pas  leur  tour  d'esprit,  comme  firent  plus 
tard  les  humanistes  de  la  llenaissance,  c'est  la  connaissance 
de  leur  langage  et  de  leur  style. 

A  part  la  prédilection  pour  Prudence,  à  laquelle  les  maîtres 
liégeois,  disciples  de  saint  Brunon,  seront  restés  fidèles,  nous 
ne  savons  que  vaguement  quels  écrivains  étaient  étudiés  dans 
les  classes  et  nous  ignorons  totalement  dans  quel  ordre  ils 
l'étaient.  Il  faudra  donc  nous  borner  à  énumérer  ceux 
que  les  Liégeois  du  X"  et  du  XP  siècle  connaissaient. 
Parmi  les  pa'iens,  ils  citent  Gicéron,  Salluste,  Varron,  Sé- 
nèque,  Pline  l'Ancien,  Quinle-Gurce,  Aulu-Gelle,  Macrobe, 
Virgile,  Horace,  Tibulle,  Perse,  Juvénal,  Lucain,  Piaule, 
Phèdre,  Martial,  Slace  et  même  Lucilius,  Labérius  et  Pu- 
blilius  Maximinianus.  Parmi  les  écrivains  chrétiens,  ils  ont 
lu  saint  Jérôme,  saint  Augustin,  saint  Jean  Ghrysostome, 
saint  Ambroise,  saint  Grégoire- le-Grand,  Sulpice  Sévère, 
Lactance,  Gassien,  Boèce,  Procope,  Pierre  Ghrj'sostome, 
saint  Isidore  de  Séville,  Eugène  de  Tolède,  Béda  le  Véné- 
rable, Paulin,  Raban  Maur  et  leur  propre  compatriote 
Rathier,  auxquels  il  faut  ajouter  les  poètes.  Prudence,  Ara- 
tor  et  Séduliu?,  sans  compter  les  chroniqueurs  et  les  hagio- 
graphes   du    moyen-àge    (2).    Ils  en   connaissaient   d'autres 


(1)  IS'olger  (le  Saint-Gall  recommande  à  son  élève  Salomon  de  préférer  Prudence. 
Saint  Brunon  avait  commencé  dans  Prudence  ses  études  littéraires.  Paiolgerus, 
c.  4,  p.  25G. 

(2)  V.  les  citations  dans  Koepko,  préface  de  son  édition  d'Hériger  cl  d'Anselme, 
pp.  i 42,  -144,  loG  et  lo7  ;  Voigt,  p.  LUI.  Pour  Aulu-Celle  (XVIII,  p.  2, 1),  je  le  vois 
cité  dans  Gozechin,  441*.  On  a  supposé  (Massmann,  Germania  des  Tacitus,  Qued- 
linburg,  -1847,  p.  IGl)  qu'Hériger  avait  lu  Tacite,  mais  on  se  borne  à  alléguer  un 
passage  de  ce  chroniqueui-  ([ui  scinble  inspiré  de  Tacite,  (icnnania  2;  qu'on  en  juge  : 

I.  18 


274  CilAPlTRE    XIV. 

encore,  cela  n'est  pus  douteux,  mais  nous  ignorons  lesquels. 
De  ces  auteurs,  tous  n'élaienl  pas  expliqués  en  classe,  un 
grand  nombre  étaient  réservés  dans  les  bibliothèques  à  la 
curiosité  des  plus  studieux.  Virgile  et  Lucain  jouissaient 
d'une  diffusion  sans  égale.  On  les  commentait  au  moyen-âge 
avec  autant  de  zèle  que  pendant  l'antiquité,  et  c'est  notre 
Egbert  qui  écrit  ces  paroles,  significatives  dans  la  bouche 
d'un  professeur  : 

Qui  sine  commento  riinaris  scripta  Maronis 
Immiinis  nuclei  solo  de  cortice  rodis  (1). 

Mais  quels  étaient,  pour  continuer  la  figure  d'Egbert,  les 
commentaires  qui  ouvraient  le  fruit  précieux  et  faisaient 
goûter  la  noix  ?  Il  n'est  pas  facile  de  le  dire,  et  il  y  a  tout 
lieu  de  croire  que  le  plus  clair  du  temps  des  maîtres  médié- 
vaux était  consacré  par  eux  à  faire  eux-mêmes  le  travail  de 
commentateur.  C'est,  selon  toute  apparence,  un  professeur 
liégeois  qui  nous  a  laissé  ce  curieux  commentaire  manuscrit 
du  XP  siècle  sur  Lucain,  Macrobe,  Juvénal  et  Perse. 
L'œuvre  de  ce  contemporain  de  Notger  est  hautement 
instructive  (2).  Le  commentateur  suit  son  texte  pas  à  pas 
et  l'explique  vers  par  vers,  s'attachant  surtout  aux  faits  et  ne 
s'occupant  guère  de  critique  littéraire;  ses  gloses,  tantôt 
justes  et  tantôt  erronées,  souvent  encore  subtiles  ou  même 
puériles,   illustrent  de  la   manière  la  plus  saisissante  l'en- 

Tacile,  2.  Hériger,  7. 

Ceteriim  Germaniae  vocahiilum  recens  Et  Octaviuincam,  oblionoremOctaviani 

et  nupei- additum,  quoniain  qui  primi  Augusti  vel  matris  ejiis,  sororis  Julli 
Rhenum  transgressi  Gallos  expulerint  Caesaris,  qui  primus  Gallium  Romano 
ne  ruine  Tiimjvi,  Uinc  Germnni  voeati  subegit  imperio,  et  Germaniam  fenint 
sint.  fuisse  mnninatam. 

(1)  Egbert,  Foecimda  lUitis,  v.  923-4. 

(2)  V.  cet  ouvrage  décrit  daus  Jafleet  Wattenbacli,  Ecclcsiae  MctropuUtauac  Colo- 
niensis  codices  mamtscripti,  Berlin,  1874,  au  n»  199.  Sur  sa  provenance  liégeoise, 
cf.  ce  que  disent  les  éditeurs,  pp.  86  et  87.  J'ai  parcouru  le  manuscrit  lui-même  à 
la  bibliothèque  du  chapitre  de  la  cathédrale  de  Cologne,  au  printemps  de  1900, 
mais  je  n'ai  pas  eu  le  lemps  de  le  lire,  el  l'écrilui'e  fort  menue  n'est  abordable  que 
pour  des  yeux  plus  jeunes.  11  est  à  désirer  que  ce  curieux  ouvrage  voie  enfin  le 
jour. 


l'instruction  publique.  27S 

seignement  des  lettres  et  l'explication  des  auteurs  anciens 
dans  un  collège  du  XP  siècle  (1). 

Ce  que  l'on  cultivait  avec  le  plus  grand  soin  k  Liège, 
c'était  la  versification.  L'on  y  voyait  non  seulement  une 
excellente  gymnastique  intellectuelle,  mais  la  meilleure 
preuve  de  la  culture  littéraire.  Tout  le  monde  s'en  mêlait;  il 
n'est  presque  pas  un  seul  des  hagiographes  ou  chroniqueurs 
du  temps  qui  n'ait  voulu  nous  laisser  au  moins  un  échantillon 
de  son  savoir-faire  dans  un  art  si  noble  et  si  estimé,  et  les 
écoliers  versifiaient  à  tour  de  bras.  Voici  une  preuve  curieuse 
de  l'engouement  universel. 

En  1050,  le  prieur  Guifred  étant  mort  à  fabbaye  du  Mont- 
Canigou,  au  fond  du  Languedoc,  ses  moines,  conlormément 
à  l'usage  des  abbayes  qui  taisaient  partie  d'une  association 
de  prières,  firent  annoncer  la  funèbre  nouvelle  à  toutes 
les  maisons  fédérées.  Ceux  qui  recevaient  la  visite  du  mes- 
sager de  l'abbaye  signaient  le  rouleau  de  parchemin  qu'il 
apportait,  et  y  inscrivaient,  selon  le  cas,  tantôt  une  parole 
de  condoléance  ou  un  accusé  de  réception  quelconque, 
tantôt,  quand  ils  savaient  écrire  et  qu'ils  ne  détestaient  pas 
de  le  montrer,  une  pièce  de  vers  de  circonstance.  Nous  pos- 
sédons encore  le  rouleau  mortuaire  qui  fut  rapporté  en  1031 
à  Mont-Canigou  par  le  messager,  après  une  tournée  au  cours 
de  laquelle  il  avait  visité  une  multitude  de  monastères  et 
d'églises  de  l'Occident  (2).  Sur  cent  trente-trois  inscriptions 
que  contient  ce  curieux  document,  il  y  en  a  onze  de  Saint- 
Servais  de  Maestricht  (3)  et  quatorze  de  Liège  ;  ces  dernières 
proviennent  de  la  cathédrale,  puis  des  collégiales  de  Saint- 

(1)  Un  des  plus  curieux  passages  de  ce  livre  est  incontestablement  le  suivant, 
cité  parmi  divers  autres  par  les  éditeurs,  p.  140  :  »  Bardi,  id  est  Leodicenses,  qui 
caruiinibus  suis  reddunt  immortales  animas  scribendo  gesta  regum.  »  Ce  passage, 
qui  semble  attester  qu"au  XI«  siècle  il  y  avait  a  Liège  des  poètes  écrivant  des  chan- 
sons de  geste,  est  à  rapprocher  de  celui  du  Triumplms  sancti  Remacli,  II,  c.  19, 
p.  4oG,  où  l'on  voit  un  jongleur  [cantor  (juidam  jociilaris)  se  mettre  à  chanter  en 
public,  dans  des  vers  improvisés,  des  miracles  de  saint  Remacle  qui  viennent  d'avoir 
lieu  le  jour  même.  On  voit  à  la  vérité,  par  le  contexte,  que  ce  jongleur  n'était  pas 
de  Liège  même,  puisqu'il  y  demeurait  chez  un  hôte. 

(2)  Il  a  été  édité  dans  le  recueil  de  M.  Léopold  Delisle,  nnnlt-aïuc  des  Morts  du 
LV»-'  au  AT"  siècle,  Paris,  18G6. 

(3)  0.  c.  pp.  9S-102. 


276  CHAPITRE   XIV. 

Pierre,  de  Sainte-Croix,  de  Saint- Jean  et  de  Saint-Bartliélemy, 
et,  enfin,  des  monastères  de  Saint-Jacques  et  de  Saint-Lau- 
rent (1).  Dans  aucune  ville  de  son  itinéraire,  le  porteur  du 
rouleau  n'avait  recueilli  un  si  grand  nombre  d'attestations 
de  condoléance.  Toutes  ces  petites  pièces  sont  en  vers,  et  il 
faut  avouer  que  les  effusions  lyriques  de  nos  Liégeois  se 
distinguent  par  leur  tour  en  général  plus  aisé  et  plus  élégant. 
Sans  doute,  il  s'agit  ici  de  l'époque  de  Wazon,  dont  le  sou- 
venir est  évoqué  plus  d'une  fois  par  les  annotateurs  liégeois 
du  rouleau,  mais,  je  l'ai  déjà  dit,  l'œuvre  de  Wazon  continue 
l'œuvre  de  Notger,  et  l'une  témoigne  pour  l'autre. 

Le  rouleau  mortuaire  du  Mont-Ganigou  nous  montre  d'ail- 
leurs qu'à  Liège,  la  versification  latine  est  entrée  sans  ré- 
serve dans  le  coui'ant  nouveau.  D'une  part,  la  rime  a  péné- 
tré dans  l'hexamètre  et  les  Aers  léonins  se  multiplient  ra- 
pidement. D'autre  part,  à  côté  du  vers  métrique,  qui  pèse  les 
syllabes,  on  voit  apparaître  le  vers  rythmique,  qui  les 
compte.  Or,  ce  double  phénomène  se  rencontre  déjà  sous 
Notger.  L'inscription  de  son  célèbre  ivoire,  peut-être  com- 
posée par  lui-même  (à),  contient  deux  hexamètres  léonins,  et 
l'on  en  trouve  d'autres  parmi  ceux  que  l'abbé  Hériger  a 
écrits  en  l'honneur  de  saint  Servais  (3). 

Pour  les  vers  rythmiques,  les  premiers  que  je  connaisse 
d'un  maître  liégeois  sont  ceux  d'Adelman,  dans  son  célèbre 
poëme  sur  les  savants  de  son  temps  (4).  Il  est  vrai  qu'Adel- 
man  avait  étudié  à  Chartres,    où  ce   genre  de  versification 


(i)  0.  c,  pp.  407-113. 

(2)  En  ego  Notkenis,  peccali  pondère  pressus. 
Ad  te  flecto  gemi,  qui  ten-cs  omnla  nutu. 

(3)  Dans  Mabillon,  AA.  SS.  O.S.D.,  t.  III,  ii,  p.  ool. 

Par  contre,  le  recueil  d'Egbert  et  le  poème  anonyme  en  Ihonneur  de  Notger  ne 
contiennent  pas  de  vers  léonins.  Et  un  assez  long  fragment  de  la  Vie  métrique  d'Er- 
luin  de  Gembloux  par  le  moine  Richer  (après  987),  reproduit  par  le  Gesta  ubbatum 
Gemblacensium,  p.  524,  n'en  contient  pas  davantage. 

(4)  Ce  poëme  a  été  édité  à  plusieurs  reprises;  on  le  trouve  notamment  dans 
Mabillon,  Veteru  Analecta,  dans  le  Thc.tauru.t  de  Martène  et  Durand,  t.  IV,  dans 
dom  Bouquet  t.  XI,  dans  Cierval,  pp.  ;>i)-91  et  dans  J.  lluset.  DEuvres,  t.  11,  p. 
94  et  suivantes. 


l'instruction  puiîlique.  277 

était  particulièrement  cultivé  (1),  et  ou  pourrait  se  demander 
si  ce  n'est  pas  lui  qui  en  a  introduit  le  goût  dans  sa  ville 
natale,  où  il  a  composé  son  poëme  (2).  Mais,  d'autre  part, 
Adelman  a  étudié  à  Liège  avant  d'aller  à  Chartres,  et  il  n'est 
pas  interdit  de  penser,  jusqu'à  preuve  du  contraire,  qu'il  aura 
trouvé  dans  sa  patrie  l'usage  du  vers  rytlimique. 

Nous  ne  quitterons  pas  le  chapitre  de  la  grammaire,  c'est- 
à-dire  de  la  littérature,  sans  répondre  à  une  question  qui  a 
été  plus  dune  fois  posée. 

Le  grec  figurait-il  au  programme  de  l'enseignement  des 
écoles  notgériennes?  Je  ne  le  pense  pas,  et  ce  n'est  certes  pas 
la  présence  de  Léon  de  Calabre  à  Liège  qui  pourra  le  faire 
croire  (3),  car  enfin,  Léon  était-il  bien  de  Calabre?  et  s'il 
en  était,  savait-il  le  grec,  et  s'il  le  savait,  l'a-t-il  ensei- 
gné à  Liège  ?  Ce  n'est  pas  non  plus  parce  que  l'écolàtre 
Gozecliin,  qui,  en  iOoO,  signe  en  qualité  de  notaire  une 
charte  de  Théoduin  pour  Waulsort,  trace  son  nom  en  carac- 
tères grecs  (4)  ou  parce  qu'en  1051  les  clercs  de  Saint- 
Pierre  écrivent  sur  le  rouleau  mortuaire  du  Mont-Canigou  : 
In  no  mine  IT  et  Y  et  A  et  FIAFK  Amen  (o),  que  nous  devons 
conclure  à  un  enseignement  du  grec  à  Liège  sous  le  pon- 
tificat de  Notger  et  de  Wazon.  Quelle  conclusion  serait  plus 
forcée  et  plus  aventureuse  ?  Si  Rathier  a  su  un  peu  de 
grec,  cela  ne  prouve  pas  davantage,  car  ce  polymathe  pos- 

(1)  i(  Fulbert,  Adelman,  Bérenger  ont  eu,  pour  les  vers  de  16  ou  de  io  pieds, 
assonances  ou  rimes,  une  prédilection  jusqu'alors  inconnue  ;  on  pourrait  même 
croire  qu'ils  leur  ont  donné  la  vogue  par  leurs  compositions,  et  que  c'est  après  eux 
qu'on  les  a  cultivés  ailleurs.  »  Clerval,  p.  diS. 

(2)  Après  Adelman,  les  plus  anciens  vers  rythmiques  écrits  au  pays  de  Liège  (et 
encore  est-ce  à  l'abbaye  de  Slavelol),sonl  ceux  du  TriumpJius aatictiliemacli,  c.  3G, 
p.  460. 

(3)  Comme  voudrait  Hauck,  KirchengeschicUte  Deutschlands,  t.  111,  p.  324.  V. 
Cliron.  S.  Laurentii,  p.  266.  Dute,  o.  c,  pp.  14  et  \o,  a  réuni  un  certain  nombre 
de  faits  relatifs  à  la  connaissance  du  grec  dans  des  centres  lolharingiens,  mais 
n'a  pu  en  alléguer  un  seul  pour  Liège  et  Unit  par  convenir  lui-même  que  jamais 
les  écrivains  liégeois  ne  citent  un  passage  grec. 

(4)  AHEU,  t.  XVI,  \\.  1,  oii  on  lit  par  erreur  Gozelinos;  cf.  ibid.  t.  XXVI,  p.  182. 
(3)  Delisle,  Roulmux  de.!;  Morts,  p.  dlO.  C'est-à-dire  :  In  nomine  TraToo;  cl  ulcj 

et  ayiou  Tciv'jy.izfic,.  Sui-  le  sens  des  autres  lettres  grecques  de  cette  formule, 
V.  de  Ilozière,  Recueil  général  des  formules  usitées  dans  l'empire  des  Francs,  p.  909. 


278  CHAPITRE   XIV. 

sédait  une  science  exceptionnelle  pour  son  temps;  d'ailleurs, 
ce  qu'il  savait  de  cette  langue,  il  la  bien  plutôt  appris  au  cours 
de  ses  nombreuses  migrations  que  dans  les  écoles  de  son 
pays  (1).  Rien  donc  n'autorise  à  supposer  que  l'enseignement 
du  grec  fût  donné  à  Liège  sous  Notger;  aussi  n'y  a-t-on 
pas  relevé  la  moindre  trace  de  la  connaissance  de  cette  lan- 
gue ou  de  sa  littérature  dans  les  écrivains  du  temps,  si  em- 
pressés d'ordinaire  d'exhiber  leur  savoir  (2).  Liège,  sous  ce 
rapport,  n'avait  aucune  supériorité  sur  Chartres,  où  le  grec 
n'était  pas  enseigné  non  plus,  bien  que  tel  ou  tel  Chartrain 
se  soit  plu,  comme  Gozechin,  à  écrire  certains  mots  en  carac- 
tères grecs,  ou,  comme  Luidprand,  à  larder  son  texte  d'ex- 
pressions empruntées  à  cette  langue  (3). 

IL  La  rhétorique.  C'est,  de  toutes  les  branches  du  septi- 
viiim,  celle  au  sujet  de  laquelle  nous  sommes  le  moins 
informés.  Aucune  de  nos  sources  ne  nous  parle  de  l'ensei- 
gnement de  l'art  de  l'éloquence  dans  les  écoles  de  Liège. 
D'ailleurs,  le  trivinm  traditionnel  n'appliquait  l'éloquence 
qu'aux  choses  du  monde  profane  (4).  Raban  Maur,  il  est  vrai, 
qui  fut  le  maître  par  excellence  des  écoles  du  royaume  d'Alle- 
magne, voulait  qu'on  l'étudiàt  aussi  en  vue  de  la  prédication 
et  il  se  réclamait  de  l'autorité  de  saint  Augustin  (5).  Mais 

(1)  V.  Vogel,  p.  28,  qui  a  tort  de  mettre  une  restriction  en  écrivant  :  «  Pamit 
soll  nicht  geleugnet  wcrden,  (iass  er  schon  in  sciner  Jiigend  in  Lolharingen  die 
Elemente  der  gricchischen  Spraciie  hit'ttej  lernen  l^unnen,  |denn  Baldrich  von  Utreclil 
lelirte  sie  ja  den  Bruno  im  Anfang  der  dreissiger  Jahre  des  X^  Jahrhunderts.  » 
C'est  rirlandais  Isaac  et  non  Baidéric  qui  a  appris  le  grec  à  saint  Brunon,  et  il  ne 
s'ensuit  pas  que  Rathier  aurait  pu  appi'endre  cette  langue  à  Lobbes. 

(2)  Voyez  par  exemple  le  cas  de  Luidprand.  Il  a  appris  le  grec  au  cours  de  ses 
divers  voyages  à  Constantinople,  aussi  ne  perd-il  pas  une  occasion  de  l'étaler;  il 
emploie  une  multitude  de  mots  grecs  à  tort  et  à  travers,  et  le  titre  même  de  son 
livre,  Antapodosis,  devait  être  une  énigme  pour  ses  lecteurs. 

(3)  Clerval,  pp.  109  et  140.  Ainsi  fait  notamment  Adelman. 

(4)  Rhotorica  est,  sicut  magistri  tradunt,  saecularium  litlerarum  bene  dicendi 
scientia  in  civilibus  quaestionibus.  Cassiodore,  De  aitib.  et  discipl.  c.  2,  cité  par 
Raban  Maur,  De  Instilntiotie  rlerironim,  III,  19. 

(o)  Raban  Maur,  loc.  rit.  Le  chapitre  qu'il  consacre  à  la  rhétorique  n'est  que  la 
reproduction  textuelle  de  saint  Augustin,  De  dortrinu  christiana,  IV,  3.  De  même, 
III,  28  de  Raban,  où  il  est  reparlé  du  rôle  de  l'éloquence  dans  l'enseignement,  se 
borne  à  reproduire  saint  Augustin,  o.  c.  IV,  4. 


l'ixstuuctiox  publique,  279 

lui-même  n'entre  dans  aucun  détail  à  ce  sujcl.  Les  prédica- 
teurs, d'autre  part,  ne  professaient  pas  une  estime  exagérée 
pour  un  art  tant  goûté  des  anciens,  mais  qui  avait  finalement 
abouti  à  un  verbiage  sléi-ile  :  ils  recherchaient  la  simi)licité 
du  langage  évangéli((ue,  l'aile  pour  toucher  les  auditeurs  et 
pour  i)énétrcr  dans  leur  intelligence,  plutôt  que  les  accents 
grandiloquents  et  la  beauté  boursoudée  des  harangues  com- 
posées selon  les  règles.  Aussi  l'enseignement  de  l'éloquence 
avait-il  changé  de  nature  dans  les  écoles  clirétiennes.  Ce  n'est 
pas  qu'on  y  eût  entièrement  renoncé  à  l'exercice  de  la  décla- 
mation classique,  qui  consistait  à  faire  des  discours  sur  des 
causes  imaginaires.  Un  curieux  passage  d'IIériger  nous 
édifie  à  ce  sujet  :  «  Ce  n'est  pas  ici,  écrit-il  dans  la  préface 
du  Vita  Remacli,  une  de  ces  compositions  frivoles  comme 
les  écoliers  en  rédigent  sur  des  sujets  donnés,  faisant  parler 
tour  à  tour,  par  exemple,  un  oiTenseur  et  un  oflensé  »  (1). 
Voilà  bien  la  déclamation  à  la  Sénèque  pratiquée  dans  les 
écoles  liégeoises,  car  nul  ne  soutiendra  que  Hériger,  profes- 
seur lui-même,  fasse  allusion  aux  écoles  de  l'empire  romain 
et  non  à  celles  de  son  temps.  Conçue  de  la  sorte,  la  rhéto- 
rique relevait  de  l'art  d'écrire  bien  plutôt  que  de  l'art  de 
dire.  C'était  un  enseignement  spécial  et  fort  technique,  qui 
n'avait  pas  grand  chose  de  commun  avec  l'art  oratoire. 
Nous  aurions  pu  classer  sous  la  rubrique  g'rammairc  tout  ce 
que  nous  disons  ici  de  l'enseignement  de  la  rhétorique  dans 
les  écoles  liégeoises.  Il  consistait  essentiellement  en  des 
exercices  de  rédaction  sur  des  thèmes  donnés  :  on  rédigeait 
des  diplômes,  on  écrivait  des  lettres  sous  le  nom  de  tel  ou  tel 
personnage  et  sur  telle  ou  telle  question  (2),  et  ces  exercices 
d'écoliers,  quand  ils  étaient  bien  faits,  ont  été  pris  plus  d'une 
fois  pour  de  vrais  documents  historiques.  Le  triomphe  du 

(1)  Nec  ut  scholares,  posito  themale,  quibns  vcrbis  iiti  potiiil(iui  injuriain  passus 
est  vel  illc  ([ui  inlulit,  aliquid  ])inxiinii.s  frivoluni,  iitimo  nec  creperum.  Hériger, 
in  proocm,  p.  163.  J'avoue  toutefois  que  .j'ai  un  scrupule  à  fendroit  de  ce  passage, 
qui  pourrait,  comme  tant  d'autres  du  même  auteur,  être  emprunté  à  quelque 
soui'ce  classique. 

(2)  «  Scribere  carias  et  epistulas  »  est  l'article  I."  du  pi-ogrammc  tracé  par 
Cluirlemagne,  Capitnlar.  117,  p.  23S. 


280  CHAPITRE   XIV. 

rhétoricien,  s'il  est  permis  d'employer  cette  expression,  con- 
sistait dans  la  confection  de  ces  belles  arenga  dont  s'enor- 
gueillissaient les  dictateurs  du  moyen-àge.  Naturellement,  la 
rédaction  de  tant  de  documents  d'ordre  purement  pratique 
(on  dirait  aujourd'hui  de  tant  d'actes  notariés)  n'allait  pas 
sans  la  possession  d'au  moins  quelques  notions  de  droit  et 
devait  pousser  à  l'étude  de  celui-ci  :  on  verra  plus  loin  que 
cette  étude,  étrangère  au  cycle  des  arts  libéraux,  n'était  pas 
négligée  à  Liège. 

3.  La  dialectique.  Sous  ce  nom,  on  comprenait  tout  l'ensei- 
gnement de  la  philosophie,  comme,  sous  celui  de  grammaire, 
tout  l'enseignement  de  la  littérature.  La  dialectique  était 
pour  le  moyen-âge  ce  que  la  rhétorique  avait  été  pour 
l'antiquité  :  la  reine  incontestée  du  septiçium,  l'art  des  arts, 
la  science  des  sciences  (l).  Raban  Maur  la  proclame  indis- 
pensable au  clerc  pour  confondre  les  sophismes  de  l'héré- 
tique. C'est  déjà  montrer  que  la  logique  formait  le  centre  et 
le  sommet  de  toutes  les  études  philosophiques.  Analyser  sub- 
tilement une  idée  ou  un  raisonnement  et  les  reconstituer 
d'après  les  procédés  élaborés  par  les  maîtres  de  la  logique 
formelle,  c'était  V alpha  et  V oméga  de  la  philosophie;  il  sem- 
blait qu'on  eût  des  recettes  pour  penser.  Gozechin,  dans  sa 
lettre  à  son  ancien  élève  Walcher,  rappelle  à  celui-ci  que,  du 
temps  qu'il  était  sur  les  bancs  de  l'école  de  la  cathédrale,  il 
savait  à  l'occasion  remplacer  son  maîti^e  absent,  même  pour 
résoudre  les  plus  diiliciles  problèmes  d'ordre  théologique  ou 
philosophique  (2).  Il  ajoute  que  Liège  n'a  rien  à  envier  à 
l'académie  de  Platon  en  ce  qui  concerne  l'étude  des  lettres, 
ni  à  la  Rome  des  papes  pour  le  culte  de  la  religion  (3).  Goze- 

(1)  Haec  crgo  disciplina  disciplinanim  est,  elc.  Raban  Maur,  o.  c.  III,  20,  in  iiiit. 

(2)  Si  ({uando  vero  ab  cxterioribus  niiiii  non  vacabal.  rcbus  feriari,  tu  vices  absrn- 
tis  magistri  inter  adjulorii  nosiri  concelliones  ita  exsaquebaris,  ut  quaeque  vei 
legendo  vel  disputando  perplexe  intricata,  vel  in  theosophicis,  vel  in  sopliislicis 
occurrissent,  ea  nodosus  ipse  sagaciter  enodares  et  de  his  ambigcnlibus  ad  voluin 
satisfaciebas.  Dans  Mabillon,  Vetera  Analecta,  p.  4-38. 

(3)  Denique  ipsa  flos  Galliae  triparlitae  et  altéra  Athcnac  nobililcr  liberaliuin 
disciplinai'um  floret  studiis  et  (quod  his  praestantius  est)  egregic  poUet  observanfià 
divinae  religionis  adeo  (quod  pace  ecclcsiarum  dixerim)  ut  quantum  ad  litteranim 
sludia  niliil  de  Plalonis  expetas  acadeniia,  (inaiituni  vero  ad  cultum  religionis,  nihi' 
de  Leonis  desideres  Ronia.  p.  439. 


L  INSTRUCTION    PUBLIQUE. 


281 


cltiii  lui-même  semble  préoccupe  de  justifier  cetle  appréciation 
si  llaltcuse  de  renseignement  philosophique  qu'il  a  tour  à 
tour  reçu  et  donné  dans  sa  ville  natale  :  il  se  complaît  à  laire 
dcfder  sous  sa  plume  les  noms  de  plusieurs  célèbres  philo- 
sophes antiques  :  Socrate,  Zénocrate,  Grantor,  Ghrysippc, 
Aristote,  Garnéade,  Panaetius,  Gicéron  et  Musonius  (1). 

La  réputation  des  écoles  de  Liège  dans  le  domaine  des 
études  philosophiques  semble  s'être  maintenue  pendant  tout 
le  XJe  siècle.  Nous  voyons  lévéque  Eudes  de  Bayeux,  Irère 
de  Guillaume  le  Gonquérant,  envoyer  les  plus  instruits  de  ses 
clercs  à  Liège  et  dans  d'autres  villes  où  llorissait  l'ensei- 
gnement de  la  philosophie  (2).  Il  y  a  là  un  témoignage  consi- 
dérable rendu  à  la  ville  de  Notger.  Et,  de  fait,  un  des  phi- 
losophes les  plus  estimés  du  XI"  siècle  ne  fut-il  pas  le  célèbre 
Alger,  écolàtre  de  Saint-Barthélémy  de  Liège,  puis  moine  à 
Gluny,  qui  avait  étudié  les  sept  arts  libéraux,  qui  connaissait 
à  fond  les  anciens,  et  chez  qui  un  contemporain  vante  sur- 
tout la  science  de  la  philosophie  et  des  lettres  sacrées?  (3). 

Étant  donnée  la  haute  réputation  dont  jouissaient  les  études 
philosophiques  de  Liège,  il  est  assez  étonnant  que  l'on  soit 
si  peu  renseigné  sur  leur  programme.  Au  surplus,  tandis  qu'à 
une  extrémité  du  Lothier  elles  brillent  d'un  si  vif  éclat,  il 
est  remarquable  qu'à  l'autre  extrémité,  au  pays  de  Gambrai, 
nous  en  entendions  parler  avec  un  mépris  assez  peu  dissi- 
mulé (4). 


(1)  0.  c.  p.  UO.  Cf.  BiUner,  p.  27. 

(2)  Dociles  quoque  clericos  Leodicum  inittebat  et  alias  urbes  iibi  philosophorum 
sliidia  potissimuin  florere  noverat  eisque  copiosos  sumptus  ut  imlesineiUer  et  diu- 
tius  philosophiae  fonti  possenl  insistere,  largiter  adiiiinislrabal.  Ordcric  Vital,  llis- 
toria  eccltsiasticd ,  VIII,  2. 

(3)  Voir  sur  Alger  la  lettre  de  l'église  de  Liège  à  celle  d'Ltrecht  (JatTé,  Bibliu- 
theca  Remm  Gennaniciirum,  V,  377)  et  celle  de  Piei're  le  Vénérable  à  l'évêque  de 
Liège,  Albéron  II  (Migne,  Patrolofjie  Latine,  t.  CLXXXIX,  col.  277-280)  puis  l'éloge 
d'Alger  par  le  chanoine  Nicolas  (Mabillon,  Teto-a  Analccta,  p.  -129,  Récemment, 
Mgr.  Monchamp  a  retrouvé  l'écrit  d'Alger,  De  dignitate  ecclesiae  Leodiensis  dans 
l'Appendice  du  /.//w  o//)f/w7««  publié  par  Bormans  et  Schoolmeesters  dans  CCR//, 
5''  série,  t.  VI,  (I.Sitfi);  v.  [ISAllL,  t.  XII,  1900. 

(4)  Parlant  d'Eble  de  Uoussy,  qui  devint  aixlievêque  de  Reims  en  1021,  le  Gesta 


282  CHAPITRE   XIV. 

4.  La  musique.  Nous  savons  que  cet  art  a  été  cultivé  avec 
succès  à  Liège  par  Févêque  Etienne,  qui  s'est  acquis  un  bon 
renom  de  liturgisle  (i).  Rathier,  dans  sa  vieillesse,  a  égale- 
ment enseigné  la  musique  (2).  Si  l'on  pouvait  établir  que 
Notger,  comme  on  le  croit  communément,  avait  fait  ses 
études  à  Saint-Gall,  on  serait  autorisé  à  croire  qu'il  aura  fait 
profiter  les  écoles  de  sa  ville  diocésaine  de  l'excellente  édu- 
cation nmsicale  qu'on  recevait  au  X^  siècle  dans  le  grand 
monastère  de  la  Souabe.  Nous  connaissons  d'ailleurs  les 
noms  de  deux  musiciens  liégeois  distingués  qui  ont  vécu  au 
XI^  siècle;  le  premier  est  Lambert  de  Saint-Laurent,  duquel 
nous  possédons  des  pièces  notées  pour  musique  (3),  l'autre 
est  le  moine  Helbert,  qui  vivait  dans  l'abbaye  de  Saint-Hubert 
en  Ardenne  (4). 

o.  L'arithmétique.  L'arithmétique  était  tenue  en  haute 
estime  au  moyen-àge;  l'ignorer,  avait  dit  Cassiodore(o),  c'est 
ressembler  à  l'animal.  Une  des  raisons  de  la  faveiu*  dont  elle 
jouissait,  c'était  la  superstition  des  nombres  :  on  leur  attri- 
buait une  valeur  mystique,  et  il  était  convenu  que  la  con- 
naissance de  cette  valeur  était  indispensable  à  la  bonne 
intei'prétation  de  l'Ecriture  Sainte  (6).  Il  y  avait  donc  une 

epp.  Camerac,  III,  2o,  p.  473,  l'appeile  «  vinim  sane  nuUiiis  disciplinae,niliil  etiam 
litterarum  praeter  pauca  silogismorum  argumenta  scientem,  quibus  iiliotas  ac 
simpiices  quosqiie  IiKlincare  solebat. 

(1)  Sur  les  œuvres  liturgiques  d'Élienne,  v.  Anselme,  ce.  20  et  21,  j).  200. 

(2)  Vogel,  p.  26. 

(3)  Lambertus  abbas  nostei*  seeundus  multimodae  utilitatis,  accuralo  satis  stilo 
vitam  sancli  Ileriberti  Culoniensis  archiepiscopi  et  niiraeula  descripsit.  Quin  etiam 
musice  quaedam  de  ipso  composuit,  in  versibus  quociue  faciendis  claro  frelus  inge- 
niij.  Renier  de  Saint-Laurent,  De  claris  Scriptoribus  munastcrii  sui,  dans  Pez,  IV, 
toi.  20. 

(4)  Chnmicon  siincti  llubcrti,  c.  8,  p.  303. 

(5)  Nec  diilerre  polest  a  caeteris  animalibus,  qui  calculi  non  intelligit  quanti- 
tatem.  Cassiodore,  De  Artibus  ac  dLiriplini.i,  etc.,  c.  4,  dans  Migne,  P.  L.,  t.  LXX, 
col.  1208. 

(6)  V.  Raban  Maur,  III,  22.  Ainsi,  selon  lui,  le  sénairc  ou  nombre  six  ne 
doit  pas  sa  perfection  à  ce  que  Dieu  a  créé  le  monde  en  six  jours,  mais  au  contraire, 
c'est  parce  que  le  sénaire  est  parfait  que  Dieu  Ta  pris  pour  mesure  de  la  durée  de 
la  création.  Et  il  termine  par  ces  mots  :  Quapropter  necesse  est  eis  qui  volunt  ad 
sncrae  scri|)lurae  notitinm  pcrvenire,  ut  banc  aricm  intente  discant,  et  cum  didi- 
cerint,  mysticos  numéros  in  divinis  libris  facillus  liinc  intellegant. 


l'instruction  publique.  283 

fausse  arithmétique  comme  il  y  avait  une  fausse  chimie 
(l'alchimie)  et  une  fausse  astronomie  (l'astrologie). 

L'enseignement  de  l'arithmétique  était  poussé  fort  loin 
dans  les  écoles  de  Liège,  et  c'est  même,  au  dire  d'un  érudit' 
ce  qui  aurait  nécessité  l'existence  de  plusieurs  professeurs  à 
l'école  cathédrale  (1).  Uathier,  dans  sa  vieillesse,  comprenait 
l'arithmétique  au  nombre  des  sciences  qu'il  enseignait  (2). 
L'emploi  de  la  machine  à  calculer,  connue  depuis  l'époque 
romaine  sous  le  nom  à'abaciis,  est  attesté  à  plus  d'une 
reprise  dans  les  écoles  de  Liège;  Ilériger  lui  avait  consacré 
un  traité  (3);  AVazon,  nous  dit  son  biographe,  avait  débuté 
dans  les  écoles  de  Notger  en  portant  Vabaciis,  c'est-à-dire  en 
remplissant  les  plus  humbles  fonctions  de  la  domesticité  sco- 
laire (4);  Rodolphe  de  Liège  et  son  ami  Raimbaud  de  Colo- 
gne, dans  leur  correspondance  scientifique,  s'en  servent  pour 
leurs  calculs;  enfin,  il  est  dit  de  Helbert  de  Saint-Hubert, 
ancien  élève  de  Liège,  qu'il  était  aussi  fort  sur  Vabaciis, 
c'est-à-dire  en  calcul,  qu'en  musique  (o).  Ajoutons  ici  qu'on 
se  servait  déjà  au  XP  siècle  des  chiffres  arabes,  comme  on 
peut  le  voir  par  la  correspondance  de  Rodolphe  et  de  Raim- 
baud (6).  Aux  noms  des  mathématiciens  liégeois  que  nous 
venons  de  citer,  il  faut  ajouter  celui  de  Gunther,  archevêque 
de  Salzbourg,  ancien  élève  de  Liège. 

6.  La  g-éoméfrie.  La  géométrie  est  une  des  sciences  dans 
lesquelles  les  Liégeois  ont  brillé  au  XL  siècle.  A  cette  époque, 
elle  n'était  pas  renfermée  dans  ses  limites  actuelles  ;  elle  com- 
prenait la  géographie  et  même  l'histoire  naturelle.  On  la  cul- 
tivait avec  zèle  dans  les  écoles  de  Liège  sous  le  pontificat  de 

(1)  Voigt,  p.  XXXVIII.  Gant  or,  Vorlemnricn  ûber  Geschiclite  der  Mathematik,  2^ 
édition,   Leipzig,  1894,   t.  I,  p.  833,  écrit  :    Vieie,  ja   die  meistcii   Pflanzslàltcn 

matliematischei'  Bildung —  liegen  in  zienilich  engem  Kreise  um  Luttich 

herum. 

(2)  Vogel,  p.  20. 

(3)  Il  était  intitulé  :  Regiilac  riinnrniniin  super  abtinnn  Gerbcrti. 

(4)  Anselme,  c.  30,  p.  20G. 

{}'))  Heibertum  Leodienseni  in  abaco  et  nuisica  trinniphanteili.  Chroti.  Sanrti 
Iluberti,  1.  c. 

(6)  Ils  i(  employaient,  écrit  Clcrval,  p.  123,  les  chiffres  arabes,  dont  Boece  et 
Gerberl  avaient  gardé  le  secret,  pour  représenter  les  unités  et  les  fractions.  » 


284  CHAPITRE   XIV. 

Notger.  Deux  de  ses  élèves,  Adalhold  et  Wazon,  ont  occupé 
un  rang  distingué  parmi  les  géomètres  de  leur  temps.  Tous 
deux,  au  dire  d'un  Liégeois  dont  le  nom  devait  éclipser  le  leur 
dans  cette  science,  se  sont  préoccupés  du  problème  de  la  qua- 
drature du  cercle  (1).  Adalbold  correspondait  avec  Gerbert 
sur  des  questions  de  mathématique  et  de  géométrie  ;  il  l'in-  ' 
terrogeait  notanmient  au  sujet  de  l'épaisseur  de  la  sphère 
(de  crassitudlne  spherae)  (2).  Mais,  ainsi  que  je  viens  de  le 
dire,  le  plus  fameux  géomètre  liégeois  de  ce  siècle,  c'est  un 
homme  qui  a  été  formé  dans  l'école  de  Liège  et,  selon  toute 
apparence,  par  des  maîtres  qui  avaient  eux-mêmes  reçu  l'en- 
seignement de  Notger  :  j'ai  nommé  le  célèbre  Francon,  qui 
remplit  à  la  cathédrale  de  Saint-Lambert  les  fonctions  d'éco- 
làtre  depuis  au  moins  1047,  et  qui  les  occupait  encore  en  1084, 
Francon  a  écrit  un  traité  De  la  quadrature  du  cercle,  qui  a 
été  publié  de  nos  jours  (3),  et  dans  la  composition  duquel  il 
fut  aidé  par  Falcalin,  moine  de  l'abbaye  de  Saint-Laurent (4). 
Vers  la  même  époque  ilorissait  à  Liège  un  autre  géomètre 
de  distinction,  Rodolphe,  professeur  à  l'école  de  la  cathédrale 
ou  écolàtre  d'une  collégiale  de  la  ville.  Nous  possédons  la 
correspondance  curieuse  qu'il  entretenait  avec  Raimbaud, 
écolàtre  de  Cologne,  au  sujet  de  diverses  questions  de  géo- 
métrie (o).  Des  deux  correspondants,  c'est  Rodolphe  de 
Liège  qui  apparaît  comme  le  plus  savant.  Raimbaud  s'in- 
forme auprès  de  lui,  lui  pose  des  questions,  lui  demande  des 

(-1)  Francon,  après  avoir  dit  que  la  quadrature  du  cercle,  trouvée  par  Aristote, 
a  été  connue  jusqu'à  Boèce  et  après  lui  oubliée,  continue  en  ces  termes  :  Siquidem 
hanc  rem  Adelbold,  liane  maximus  doctur  Wazo,  hanc  ipse  studiorum  ruparaloi' 
Gerberlu.s  multi(|ue  alii  studiose  investigarunt,  qui  si  eflectu  potiti  essent  num  ab 
illis  profcctos,  quorum  aliquiadhucsupersunf,  universos  laleret?  (Franco,  I,  p.  liù.) 

(2)  Voir  dans  Pez,  Tlicmums,  III,  2,  p.  8o  et  87,  une  lettre  de  Herbert  à  Adal- 
bold et  une  lettre  d'Adalbold  a  Gerberl. 

(.'])  Il  a  été  publié  )iar  Winterberg  dans  Zeitschrift  fiir  Mathcmatil,  nnd  Plnjsil:, 
t.  XXVII  (1882),  Sirpplrinaithcft. 

(i)  llcnicr  de  Saint-Laurent,  De  claris  Scripturibiis  iitonastcrii  sut,  I,  (i. 

(o)  Cette  correspondance  se  trouve  dans  le  manuscrit  6401  fonds  latin  de  la 
nibliothèque  nationale  de  Paris,  foll.  1  à  -11.  Depuis  que  je  l'ai  copiée,  elle  a  été 
publiée  par  MM.  Paul  Tannery  et  l'abbé  Clcrval,  Une  correupondance  d'écolàtrcs 
ail  Xli"  sivrlc,  dans  !\iitiic.i  et  ejctrails  des  mamisrrits  de  la  [liltlidllirqiir  I\afiiiniile, 
t.  XXYI,  II  (l'JOl).  V.  aussi  Schepss  dans  NA.,  t.  XI. 


l'instruction  publique. 

livres,  et  lui  r;ippelle  les  l'oi-les  éludes  qu'il  u  laites  à  Chartres 
sous  Fulbert.  Rodolphe  répond  aux  questions  de  Raindjaud, 
résoud  ses  dillicultés,  en  confère  parfois  avec  d'autres  maîtres 
et  semble  mettre  dans  ces  relations  autant  de  condescendance 
que  Raimbaud  y  apporte  de  déférence  (1).  Rodolphe,  on 
vient  de  le  voir,  a  des  collègues  possédant  comme  lui  la 
science  géométrique,  témoin  Odulfe,  qu'il  appelle  son  con- 
frère, et  auquel  il  a  soumis  une  question  posée  par  Raim- 
baud. Cet  Odulfe  est  peut-être  aussi  un  écolàtre  liégeois.  Un 
autre,  du  nom  de  Rasquin,  a  été  l'élève  de  Rodolphe  ;  il  est 
maintenant  le  voisin  de  Raimbaud,  c'est-à-dire,  sans  doute, 
qu'il  a  quitté  le  diocèse  de  Liège  pour  celui  de  Cologne.  On 
le  voit,  Liège  peut  être  considérée  à  cette  époque  comme  un 
véritable  foyer  d'études  géométriques. 

7.  L'astronomie.  Cette  science,  que  déjà  RabanMaur  dis- 
tingue nettement  de  l'astrologie,  condamnant  celle-ci  et 
recommandant  l'étude  de  celle-là  (2),  avait,  au  moyen- âge, 
une  utilité  immédiate  et  présentait  même  aux  clercs  un  carac- 
tère de  véritable  nécessité  :  sans  elle,  pas  de  comput,  c'est- 
à-dire  pas  de  chronologie  !  Et  l'on  sait  qu'à  cette  époque, 
comme  dans  les  premiers  temps  de  la  R^me  républicaine, 

(1)  Sur  les  quoslions  Iraitées  dans  celte  correspondance,  on  lira  avec  intérêt  les 
lignes  suivantes  : 

«  La  géométrie  llicorique  fait  Tobjet  principal  des  lettres  de  r.aimbaud  et  de 
Rodolphe.  Ils  s'etlbrcenl  d'expliquer  le  passage  de  Boéce  sur  la  valeur  des  angles. 
L'un  démontre  ([u'en  efl'et  les  trois  angles  d'un  triangle  sont  égaux  à  deux  angles 
droits;  l'autre,  que  le  triangle  équivaut  à  la  moitié  d'un  carré  coupé  par  une  dia- 
gonale. La  discussion  s'engage  ensuite  sur  la  longueur  de  cette  diagonale  propor- 
tionnellement aux  deux  autres  côtés  du  triangle,  ce  qui  donne  lieu  à  une  division 
de  fractions  par  l'abaque.  Une  nouvelle  question  est  soulevée  :  peut-on  trouver  un 
carré  double  d'un  autre  par  l'arithmétique  ou  par  la  géométrie?  L'on  répond  que 
par  l'arilhméticiue  on  ne  l'obi ient  point  d'une  manière  exacte,  mais  seulement  par 
la  géométrie,  en  élevant  un  carré  sur  la  diagonale  du  carré  dont  on  recherche  le 
double.  Le  passage  de  Boéce  sur  les  angles  intérieurs  et  extérieurs  fournit  aux  deux 
savants  un  autre  sujet  de  discussions.  Qu'appellc-l-on  angles  intérieurs  ou  exté- 
rieurs ?  Les  angles  intérieurs  se  trouvent-ils  exclusivement  dans  les  plans,  et  les 
angles  extérieurs  dans  les  solides?  Ou  bien  sont-ils  identiques,  ceux-ci  avec  l'angle 
aigu,  ceux-là  avec  l'angle  obtus?  Enfin,  les  deux  amis  se  demandent  ce  qu'il  faut 
entendre  par  les  pieds,  droits,  carrés,  solides,  dont  parle  aussi  Boéce.  »  Clerval, 
p.  \iCi. 

(2)  Raban  Maur,  De  Institutione  clericorum,  III,  2o. 


28(j  CHAPITRE    XIV. 

c'étaient  les  ministres  de  lu  religion  qui  étaient  seuls  char- 
gés de  la  rédaction  du  calendrier.  La  détermination  de  la 
date  de  Pâques,  qui  s'établissait  d'après  la  place  occupée 
dans  celui-ci  par  la  pleine  lune  de  printemps,  rendait  l'étude 
de  l'astronomie  indispensable;  tout  computiste  était  donc 
astronome,  à  Liège  comme  ailleurs. 

Il  ne  nous  reste  aucun  témoignage  explicite  sur  l'ensei- 
gnement du  comput  et  sur  les  travaux  des  computistes 
liégeois.  Mais  on  connaît  les  noms  de  quelques  Liégois  qui  ont 
étudié  l'astronomie  au  temps  de  Notger.  Ce  sont  Englebert 
de  Saint-Laurent,  computiste  (1),  et  Rodolphe,  l'écolâtre  dont 
nous  venons  de  parler.  Celui-ci  avait  composé  un  astrolabe 
dont  il  entretient  son  correspondant  Raimbaud  de  Cologne. 
«  Je  vous  aurais  envoyé  volontiers,  lui  écrit-il,  mon  astrolabe 
pour  que  vous  en  jugiez,  mais  il  me  sert  de  modèle.  Si  vous 
voulez  savoir  ce  que  c'est,  venez  à  la  messe  de  Saint- Lambert, 
vous  ne  vous  en  repentirez  pas.  Il  vous  serait  inutile  de  voir 
simplement  un  astrolabe  »  (2). 

La  connaissance  de  l'astronomie  à  Liège  datait  d'ailleurs, 
comme  toutes  les  autres,  du  temps  d'Éracle.  Nous  en  avons  la 
preuve  dans  la  célèbre  anecdote  dont  cet  l'évèque  fut  le 
héros,  lors  d'une  éclipe  totale  de  soleil  qui  épouvanta  l'armée 
d'Otton  I  pendant  une  campagne  en  Italie  (22  décembre  968). 
Seul  tranquille  au  milieu  de  ces  multitudes  éperdues  qui 
attendaient  la  lin  du  inonde  et  qui  se  cachaient  en  tremblant 
sous  les  chariots,  Éracle  parcourait  le  camp  et  rassurait  les 
soldats  liégeois,  leur  disant  qu'il  n'y  avait  là  rien  qu'un  phé- 
nomène naturel,  et  que  sous  peu  ils  reverraient  la  lumière 
du  jour  (3). 

(1)  Renier  de  Saint-Laurent,  I,  9,  dans  Pez,  Thésaurus,  t.  IV,  pars  III,  col.  23  : 
Eng-elbertus  compoti  ventilator  et  assecla  quaedam  theoreniata  coinpiitistis  utilia 
compaginavil.  Nam  (lucniadmodum  Bootes  in  cardine  coeii,  diim  sic  jugilei'  in  hàc 
versatur  arfe,  et  plaustrum  memoriae  volvi  quidem,  sed  nequaquam  palilur  occi- 
dere,  multam  exinde  comparavit  notitiam. 

(2)  Clerval,  p.  127. 

(3)  Anselme,  c.  24,  p.  202  :  Stupet  super  liis  prudens  anlisles,  non  de  eglipsi 
solis,  cujus  naturaliter  factae  optime  noverat  rationein,  sed  de  irrationali  et  viro- 

ruin  fortiuni  l'orniidine :  a  Innoxiae  tantum  iuinc  aereiii  involvere  tenebrae, 

paulukiiii  pusl  cernetis  illucescere  redintegrato  himine;     ccterum  in  lufo  sunt 
omnia.   i> 


L  IN'SÏ!UT,TIOX    PUBLIOUE. 


28^;' 


Tels  sont  les  renseigncinenls  que  j'ai  pu  recueillir  sur  Té- 
tude  des  sept  arls  libéraux  ;i  Lièi^e  sous  Notfj^er.  Tout  irag- 
nientaires  qu'ils  sont,  ils  donnent  une  grande  idée  du 
uiouvemcnt  intellectuel  auquel  présidait  notre  illustre  prélat. 

IMais  déjà  l'activité  des  études  débordait  le  cadre  étroit 
du  septiviani  antique,  et  de  nouvelles  branches  du  savoir 
étaient  nées  qui  ne  se  laissaient  pas  enfermer  dans  ses 
étroites  limites.  Les  sept  arts  libéraux,  on  ne  cessa  de  le  re- 
dire au  moyen-àge,  n'étaient  qu'une  préparation  à  une  étude 
bien  autrement  haute  et  importante,  celle  de  la  théologie  : 
c'était  pour  la  mieux  approfondir  qu'on  mettait  l'esprit  de  la 
jeunesse  à  leur  école.  Les  clercs  avaient  un  programme 
d'études  dont  le  minimum  avait  été  fixé  par  un  capitulaire 
de  Gharlemagne  :  il  comprenait,  outre  les  connaissances  re- 
prises plus  haut,  celle  de  la  liturgie,  du  droit  ecclésiastique 
et  de  la  patristique  (1).  La  théologie  était  l'auguste  couronne- 

fl)  Capilul.  117  :  Quae  a  presbyteris  discenda  sunt. 

Ilaec  sunt  quae  jussa  sunf  discere  onines  ecclesiasticos. 

Fideni  catholicam  sancti  Athenasi  et  cetera  quaecumque  de  fide. 

Symboluiii  eliam  apostolicum  ;  oralionem  dominicain  ad  inteiligenduin  plenitcr 
cuni  expositione  suà. 

Librum  sacramentorum  pleniter  tain  canonem  missasquc  spéciales  ad  commu- 
tandum  plenitcr. 

Kxoi-cismum  super  cafieuminuin  sivc  super  demoniacos. 

Commendationeni  aniniac. 

Paenitentialem. 

Conipolum. 

Cantuin  Ronianoruni  in  morte  ;  et  ad  missa  similiter. 

Evangeliuni  intelligere  seu  lectiones  libri  Comitis. 

Omelias  dominicis  diebus  et  solemnitatibus  dierum  ad  jiraedicandum  canonem  ; 
monaclii  rogulam  similiter  et  canonem  lirmiter. 

Librum  pastoralem  canonici  atque  librum  otliciorum. 

Epistulam  Gelasii  pastoralem. 

Scribere  cartas  et  epistulas.  Capitulai-,  éd.  Boretius,  I,  p.  23u. 

On  peut  coin|iarer  ce  programme  à  celui,  plus  vaste  à  la  fois  et  moins  précis,  que 
trace  Haban  Maur,  De  InstUutione  clericonnn,  III,  I,  p.  187. 

Le  programme  de  Gharlemagne  est  repris  à  peu  près  par  Réginon,  De  causis  syno- 
dalibus,  en  899.  Et  on  en  voit  un  cas  d'application  :  Jean,  abbé  de  Gorze,  étudia 
toutes  ces  branches.  (V.  Vita  Joannis  Ciirz.  c.  13,  18,  pp.  340,  342).  Cf.  les  exi- 
gences formulées  par  Burcliard  de  Worms,  Dccrctonim  libri  XX,  II,  2,  oii  on  lit  : 
Ex  quibus  omnibus  si  unum  dcruerit.  sacerdotis  nomen  vix  in  eoconstabit.  (Migne, 
P.  L.,  t.  CXL,  col.  G2o). 


288  CflAMTRE    XIV. 

ment  de  ces  études;  elle  en  formait  le  degré  le  plus  élevé  et 
n'était  Tapanage  que  de  ceux  qui  voulaient  une  culture  supé- 
rieure. 

L'intervention  de  l'école  théologique  de  Liège  dans  les 
débats  du  X'^  et  du  XP  siècle  au  sujet  de  l'Eucharistie  sullit  à 
attester  non  seulement  l'intérêt  qu'on  y  prenait  au  problème, 
mais  aussi  le  soin  avec  lequel  il  avait  dû  y  être  étudié  (1).  Déjà 
Rathier  s'était  exprimé  de  la  manière  la  plus  catégorique  au 
sujet  de  l'Eucharistie  :  c'est  bien,  avait-il  dit  en  termes  for- 
mels, la  chair  et  le  sang  de  Jésus-Christ  qu'on  reçoit  dans  la 
communion  (2).  Hériger  également  défend  la  doctrine  ortho- 
doxe; son  De  corpoi^e  et  sanguine  Doniini  prend  parti  pour 
Paschase  Radbert  contre  Raban  Maur  (3).  Aussi,  lorsque  plus 
tard  riiérésie  de  Bérenger  de  Tours  vint  troubler  tout  le 
monde  savant,  les  Liégeois  s'élevèrent  contre  le  novateur 
avec  une  unanimité  et  une  énergie  qui  ne  montrent  pas  seule- 
ment la  persistance  d'une  tradition  dogmatique,  mais  la  con- 
tinuité d'un  enseignement  scientifique  (4).  C'est  le  vieux 
Gozechin  qui,  de  Mayence,  tonne  contre  Bérenger,  l'apôtre 
de  Satan  (5).  C'est  Adelman  qui  écrit  à  l'hérésiarque  une 
lettre  touchante  pour  lui  rappeler  l'enseignement  des  maîtres 
communs  qu'ils  ont  entendus  à  Chartres  (6).  C'est  Rupert  de 
Deutz  dont  la  doctrine  reproduit  ce  qu'on  lui  a  appris  du 
temps  qu'il  était  sur  les  bancs  de  l'école  de  Liège  (7).  C'est 
Théoduin  qui,  dans  sa  lettre  au  roi  Henri  I,  lui  demande  non 
de  réunir  un  concile  à  Paris,  mais  d'instruire  immédiatement 
le  procès  de  Bérenger  et  de  décréter  son  supplice  (8).  C'est 
Alger  enfin,  l'un  des  plus  illustres  élèves  de  Liège,  qui  écrit 

{i)  V.  Vogel,  p.  233. 

(2)  Vogel,  p.  232,  rectifiant  sur  ce  point  un  passage  tronqué  des  œuvres  de 
Ratliier  dans  l'édition  des  frères  Ballerini. 

(3j  llauck,  III,  p.  320,  note  3,  ne  croit  pas  ([ue  l'ouvrage  soit  de  Hériger  et  s'at- 
taclie  a  le  démontrer. 

(4)  V.  sur  ce  point  Balau,  9G,  p.  l'i!»,  note  4. 

(o)  Dans  Mabillon,  Vetera  Analeeta,  nouvelle  édition,  p.  443. 

(C)  Migne,  Patrolofjie  Latine,  t.  CXLIII,  col.  1 289- 129(5. 

(7)  F.  Doyen,  Die  Encliaristielehre  lliiperts  von  Deutz.  Metz,  4889  (dissertation). 

(8)  Dans  Mabillon,  Vetera  Amdeeta,\i\>.  44G-447.  Cierval,  p.  134,  croit  recon- 
naître dans  la  lettre  de  Théoduin  la  main  d'Adelraan. 


l'instruction  publique.  289 

le  beau  traité  sur  l'Eucharistie  (1),  vanté  comme  un  chef- 
d'œuvre  par  ses  contemporains. 

A  la  théologie  se  rattachait  l'étude  de  l'exégèse  et  celle 
de  la  liturgie.  La  première  se  passionnait  surtout  pour  les 
subtiles  distinctions  du  sens  littéral  ou  historique  et  du  sens 
figuré  ou  prophétique  (2),  à  laquelle  s'était  déjà  appliqué 
Raban  Maur,  l'Alcuin  de  l'Allemagne. 

Il  est  difficile  de  dire  si  la  liturgie  était  l'objet  d'un  ensei- 
gnement formel,  mais  on  est  porté  à  le  croire,  quand  on  voit, 
dès  le  commencement  du  X*  siècle,  les  travaux  liturgiques  de 
l'évêque  Etienne.  Ce  sont  les  maîtres  des  études  liégeoises, 
Hériger  et  Francon,  qui  se  distinguent  dans  ce  genre  de 
littérature.  Le  premier  écrit,  outre  des  antiennes  et  des 
hymnes,  un  traité  Des  offices  divins  en  deux  livres  et  un 
autre  Sur  la  manière  de  célébrer  VAoent.  Le  second  a 
composé,  avec  Falcalin  de  Saint- Laurent,  qui  a  déjà  été  son 
collaborateur  pour  un  autre  travail,  un  traité  Da  jeûne  des 
quatre  temps  (3). 

Mentionnons  encore,  pour  finir,  et  sans  chercher  à  savoir 
si  l'enseignement  y  est  pour  quelque  chose,  les  travaux 
juridiques  de  quelques  Liégeois.  On  sait  que  Rathier  déjà 
s'était  distiqgué  par  ses  connaissances  en  matière  de  droit  (4). 
Le  célèbre  canoniste  Barchard  de  Worms  est  un  élève  de 
l'école  de  Lobbes,  et  il  a  eu  pour  collaborateur  l'abbé  de 
Saint-Jacques,  Olbert.  D'ailleurs,  une  certaine  teinture  de 
droit  ecclésiastique  était  indispensable  au  prêtre;  il  ne  pou- 
vait ignorer  complètement  les  canons  des  conciles  et  les 
décrétales  des  papes,  et  Burehard  de  Worms  en  exigeait  la 
connaissance  de  ses  clercs  (o).  Faut-il  croire  que  ce  sont  les 
études  de  droit  qui  ont  développé  de  bonne  heure,  à  Liège, 
les  idées  réformistes,  dont  Wazon,  on  le  sait,  fut  le  premier 

(i)  Par  Pierre  le  Vénérable,  dans  Migne,  P.  L.,  t.  CLXXXIX,  col.  788. 

(2)  Vita  sancti  Wolfgangi,  c.  3,  p.  528  :  non  solum  hy.^lorici  sensus  superficiem 
penetravit,  verum  eliam  inlimam  mysteriorum  medullam  investigarit. 

(3)  Renier  de  Sainl-Laurent  De  claris  Scriptoribus  uionasterii  sui,  I,  6,  col.  22. 

(4)  Vogel,  p.  27.  Il  n'est  nullement  établi  que  Rathier  ait  connu  le  p.'-eudo- 
Isidore.  Vogel,  qui  le  dit,  en  convient  lui-même  par  une  curieuse  contradiction. 

(3)  Burehard  de  Worms,  Decretorum  libri  XX,  II,  i§9,  (dans  Migne,  Patrologi* 
latine,  t.  CXL,  col.  632). 

I.  19 


290  CHAPITRE    XIV. 

champion  dans  l'épiscopat?  (1)  La  question  est  intéressante 
et  vaudrait  la  peine  d'être  soumise  à  un  examen  (2), 

Quant  à  la  médecine,  que  tout  prêtre  au  dire  de  Rahan 
Maur  (3),  avait  l'obligation  de  connaître,  force  nous  est  de 
nous  en  taire,  parce  que  nos  sources  sont  muettes  tant  sur 
l'enseignement  que  sur  la  connaissance  de  cette  science  (4). 

Combien  de  temps  durait  l'ensemble  des  études  à  l'école 
de  la  cathédrale?  Nous  n'avons  pas  de  données  fort  précises 
à  cet  égard,  et  il  faut  naturellement  distinguer  Dans  les 
écoles  extérieures,  où  l'on  ne  donnait  qu'un  enseignement 
sommaire,  elles  n'exigeaient  sans  doute  qu'un  petit  nombre 
d'années.  Dans  les  écoles  intérieures  elles-mêmes,  il  y  avait 
encore  des  difféiences,  car  la  majorité  des  élèves  ne  faisait 
que  les  études  ordinaires  du  clergé,  tandis  que  les  étudiants 
d'élite  approfondissaient  tout  le  savoir  de  l'époque  Ces 
derniers  consacraient  à  leur  formation  intellectuelle  un 
temps  qui  ne  devait  guère  être  inférieur  à  celui  qu'absorbent 
aujourd'hui  les  études  primaires,  secondaires  et  supérieures 
réunies.  En  général,  on  peut  dire  que,  pour  achever  le  cours 
complet  du  septiviam  et  de  ses  annexes,  on  ne  mettait  pas 
moins  d'une  douzaine  d'années  (5).  Ainsi  Egbert  de  Liège 
avait  fait  trois  ans  d'études  élémentaires  et  neuf  ans  de 
septiviam  (6).  Saint  Brunon  resta  une  dizaine  d'années  à 
l'école  (7).  Saint  Adalbert  de  Prague,  qui  avait  reçu  sa 
première  instruction  dans  la  maison  paternelle,  où  il  apprit 
par  cœur  tout  le   psautier   et  étudia  le  Moralia  de  saint 

(4)  A.  Gauchie,  La  Querelle  des  Investitures  dans  les  diocèses  de  Liège  et  de 
Cambrai,  I,  pp.  LXXVII-LXXXVIII. 

(2)  A  ce  sujet,  Sackur,  Die  Cluniacenser,  II,  p.  3i0,  écrit  : 

a  Es  ist  bezeichneni  dass  Biscliof  Burdiard  aus  Lobbes  in  der  Diôzese  Lûtlich 
stammt,  und  dass  Olbert  von  Gembloux,  der  Freund  Wazo's,  einen  grossen  Anteil 
an  Burchards  Canonensammlung  batte.  Im  Lûtticher  Sprengel  dûrfen  wir  aiso 
schon  friih  eine  besondere  Pflege  canonislischer  Studien  annehmen.  » 

(3)  Nec  enim  eis  (clericis)  aliqua  eorum  ignorare  licet  cum  quibus  vel  se  vel 
subjectos  instruere  debent  id  est  —  —  —  difFerentiam  medicaminum  contra 
varietatem  aegritudinutn.  De  Institudone  clericorum,  III,  i. 

(4)  Elle  était  enseignée  à  Chartres.  V.  Clerval,  p.  108. 
(§)  V.  Specht,  p.  4b7,  (cf.  p.  114),  Vogel,  p.  XVI. 

(6)  Voigt,  p.  XXIII 

(7)  W.  Moll,  Kerhgeschiedenis  van  Nederland  voor  de  Hervorming,  t.  I,  p.  3SS. 


l'instruction  publique.  291 

Grégoire  le  Grand  (1),  passa  ensuite  pendant  neuf  ans  à 
Magdebourg  sous  le  célèbre  Ohtrik  (2).  Ces  exemples  nous 
autorisent  à  conclure  qu'au  moyen-âge  on  consacrait  à  peu 
près  le  même  temps  que  nous  aux  études  primaires  et 
moyennes  (3),  avec  cette  différence  toutefois  que  les  vacances 
étaient  inconuues  II  est  vrai  que  le  nombre  beaucoup  plus 
grand  qu'aujourd'hui  des  fêtes  chômées,  joint  au  repos 
rigoureux  qu'on  y  observait,  apportait  des  compensations 
suffisantes.  Les  jeux  et  les  divertissements  de  toute  nature 
prenaient  alors  la  place  des  éludes;  les  livres  étaient  soigneu- 
sement mis  de  côté,  les  maîtres  les  plus  sévèrtis  se  déridaient 
et  les  écoliers  se  livraient  au  plaisir  avec  la  gaieté  et  la 
pétulence  de  leur  âge  (4). 

Si  maintenant  on  veut  pénétrer  dans  l'école  pour  en 
observer  le  régime,  on  ne  manquera  pas  de  faire  quelques 
constatations  intéressantes.  Les  deux  écoles,  l'intérieure  et 
Textérieure,  sont  logées  chacune  dans  les  cloîtres  de  la  cathé- 
drale et  la  vie  qu'on  y  mène  se  ressent  de  ce  milieu  quasi- 
monastique  (5).  Les  élèves,  ceux  de  l'école  intérieure  surtout, 
participent  à  une  bonne  partie  des  exercices  religieux  des 
chanoines;  plus  d'un  parmi  eux  fait  déjà  partie  du  chapitre 
avant  l'âge  d'exercer  le  ministère,  et  il  y  a  un  peu  partout 
des  chanoines-écoliers  (canonici  scolares){Q).  L'école  a  sa 
chapelle  particulière,  qui  surgit  à  l'entrée  de  ses  locaux  : 
elle  est  dédiée  à  saint  Nicolas,  patron  de  la  jeunesse  et 
spécialement  des  écoliers  (7). 

Les  classes  présentent  le  même  spectacle  que  de  nos  jours  : 

(1)  Vita  I,  par  Canaparius.  c.  3,  p.  u82  et  II,  par  Brunon,  4.  p.  o96. 

(2)  Le  Vita  Adalberti,  I,  dit,  c.  5,  p.  883  :  Quoi  annis  studuit  incertum  est,  sed 
quia  secularis  philosophiae  scientissimus  erat  novimus  omnes.  Le  Vita  II,  c.  6, 
p.  597,  dit  par  contre  qu'il  étudia  annos  ter  tervos. 

(3)  Sur  les  Cornificiens  (nous  dirions  aujourd'hui  les  utilitaires)  du  Xlle  siècle 
qui  voulaient  réduire  les  études  à  deux  ou  trois  ans,  v.  Clerval,  p.  2H. 

(4)  Voir  à  ce  sujet  les  pages  pleines  de  charme  de  Specht,  p.  216  et  suivantes. 

(5)  Dfirr,  De  capitulis  clausis,  dans  A.  Schmidt,  Thésaurus  juris  ecclesiastici, 
Heidelberg,  1774,  t.  VII,  p.  137. 

(6)  V.  Hinschius,  Das  Kirchtnrecht  der  Katholiken  und  Protestanten  in  Deutschland, 
t.  II,  p.  63. 

(7)  Capella  beati  Nicholai  confessoris,  que  cappella  in  ecclesia  nostrâ  sila  est 
ante  scolas.  Diplôme  de  1241  dans  Bormans  et  Scbooimeesters,  t.  I,  p.  417. 


292  CHAPITRE   XIV. 

l'émulation  est  ardente,  surtout  quand  elle  est  stimulée  par 
un  maître  zélé(l)  Parfois,  comme  aujourd'hui,  elle  est 
portée  à  l'excès,  et  l'ardeur  pour  les  études  dégénère  en 
fièvre  chaude;  je  n'en  veux  pour  preuve  que  ce  jeune  écolier 
de  Stavelot,  assailli  sur  son  lit  de  mort  par  des  visions 
démoniaques  qui  viennent  à  lui  sous  la  figure  d'Énée, 
de  Turnus  et  d'autres  héros  de  Virgile  (2). 

L'école  est  d'ailleurs  régie  par  une  autorité  sévère,  et  la 
discipline  y  est  rigoureuse.  «  Il  faut,  disait  Meinwerc, 
évêque  de  Paderborn,  qu'on  élève  les  enfants  avec  sévé- 
rité; leur  prodiguer  les  caresses,  c'est  les  encourager  à 
l'indiscipline  (3) 

La  férule  était  l'indispensable  instrument  de  l'éducation  ; 
elle  était  dans  la  main  du  maître  comme  l'épée  dans  celle  du 
soldat  ou  la  crosse  dans  celle  de  révêque(4).  On  était  tout 
nourri  de  cette  maxime  des  Livres  Saints  :  «  Celui  qui 
épargne  la  vtrge  à  son  fils  hait  son  fils  «  Un  des  plus  savants 
hommes  du  temps,  le  plus  érudit  des  Liégeois  du  X®  siècle, 
Rathier,  écrit  ces  lignes  dans  un  ouvrage  où  il  expose  tour 
à  tour  les  devoirs  de  toutes  les  professions  :  «  Etes-vous 
maître  d'école?  Souvenez-vous  que  vous  devez  votre  afl'ec- 
tion  avec  votre  enseignement  à  vos  disciples;  n'oubliez  pas 
que  vous  avez  à  corriger  leurs  fautes  par  des  paroles  et  par 
des  coups  o)  »  Et  le  même  savant  donne  le  titre  significatif 
à' Epargne- Dos  (Sparadorsmn)  à  sa  grammaire  latine.  La 
mention  de  la  férule  revient  d'une  manière  régulière  chaque 

(1)  Il  est  dit  à  l'occasion  des  études  de  saint  Godehard  à  Mayence  :  Cum  vero 
ibidem  scolari  studio  aliquamJiu  insudaret,  cumque  scolasticorum  more  quisque 
alterum  praeire  alternatim  studeret,  beatus  Godehardus  singulos  aut  praecessit  aut 
aequiperavit.  Vita  Godehardi  prior,  c.  6,  p.  172. 

(2)  Exdamavit  subito  daemonum  phalangem  Aeneae  et  Turni  aliorumque  ex 
Yirgilio  virorum  vultus  imitari,  seque  ab  eis,  qui  sibi  in  discendo  pluriraum  usui 
fuerant,  usque  ad  animam  infestari.  Vita  s.  Popponis,  c.  32,  p.  314. 

(3)  Vita  s.  Meivwerci,  c.  160,  p.  140. 

(4)  Sur  la  férule  à  l'époque  de  Charlemagne,  voir  le  poëme  de  Théodulphe  XLVI, 
1-8,  p.  544,  où  l'on  voit  la  Grammaire  ornée  du  fouet.  Cf.  Zappert,  Stab  und  Rute 
im  Mittelalter,  dans  Wiener  Sitzungsber.,  phil.  hist.  Klasse.  1852,  IX. 

(5)  Magister  es?  Mémento  te  disciplinam  cum  dilectione  discipulis  debere 

et  —  —  —  tam  verbis  quam  verberibus  eorum   errata  corrigere.    Ratherius, 
Praeloquia,  I,  15. 


l'instruction  publique.  293 

fois  qu'on  parle  de  classes  (1).  Éracle  écrit  à  saint  Brunon 
qa'il  se  remettrait  volontiers  sous  sa  férule.  Ilellin  de  Fosse, 
qui  a  gardé  un  souvenir  reconnaissant  à  son  maître  Sigebert 
de   Gembîoux   et   qui   lui   a  dédié    ses   deux    ouvrages   sur 
saint  Feuillien,  lui  rappelle  avec  attendrissement  le  temps 
où  la  férule  de  ce  bon  maître  venait  caresser  son  échine 
d'enfant  (2)  Gozechin  de  Mayence,  qui  fut  écolàtre  à  Liège, 
écrit  à  son  ancien  élève  Walcher  :  «  Je  me  réjouis  aujour- 
d'hui d'avoir  souvent  corrigé  sur  votre  dos  vos  peccadilles 
d'écoiier...    Où   est   le    temps   où   vous    pleuriez   sous   ma 
férule?  »  (3)    El  Walcher  était  un  bon  élève,   son  ancien 
maître  lui  en  rend  témoignage;  il  déclare  qu'il  voudrait  n'en 
avoir  jamais  formé  que  des  pareils   Mais  les  mœurs  étaient 
rudes  et  parfois  la  dureté  des  maîtres  dégénérait  en  barbarie 
véritable,  s'il  faut  en  croire  le  viel  Egbert,  qui  la  flétrit  en 
termes  énergiques,  bien  qu'avec  une  certaine  exagération. 
«  Il  y  a,  dit-il,  des  écoles  qui  ne  consistent  qu'en  verges. 
On  frappe  le  corps,  on  ne  se  soucie  pas  de  corriger  l'esprit. 
Radamanthe  est   moins    implacable    que   certains   maîtres, 
Eaque  tourmente  moins  cruellement  les  ombres  des  damnés, 
les  Erynnies  entourées  de  serpents  se  démènent  avec  moins 
de  fureur.  Il  y  en  a  parmi  eux  qui  veulent  que  les  élèves 
sachent  ce  qu'ils  ne  leur  ont  pas  appris.  Ce  ne  sont  pas  les 
coups  de  bâton  qui  donneront  la  science,  c'est  le  travail 
intérieur  de  l'esprit  :  vous  casserez  une  forêt  entière  sur  les 
épaules  de  vos  malheureux  élèves,  vous  n'arriverez  à  rien 
sans  la  collaboration  de  leur  intelligence.  De  quel  droit  vous 
dispensez-vous    d'enseigner  ce    que   vous  avez   appris,    ou 
voulez-vous  qu'on  sache  ce  que  vous  n'avez  pas  enseigné? 
Est-ce  que  la  pauvre  chair  humaine  a  la  dureté  du  bois  ou 
du  métal?  Tremblez  qu'à  faire  périr  de  malheureux  élèves, 

(i)  s.  Adalbert,  sous  Ohtrik  à  Magdebourg,  reçoit  la  férule  :  Cumque  de  lectâ 

lectione  nec  verbnm  saperet,  et  bene  iratus  magister  flagellare  inchoasset . 

Dum  scopae  tergum  verrunt  et  ferventia  flagella  dolentem  carnem  frangunt.  Brunon, 
Vita  s.  Adalberti,  c.  S,  p.  o97. 

(2)  Quo  dictante  mihi  lenis  fuit  ira  magistri 

Virgaque  de  dorso  saepe  reducta  meo. 
Prologue  du  Vita  Foilliani  dans  AA.  SS.,  t.  XIII  d'octobre,  p.  39o, 

(3)  Dans  Mabillon,  Vetera  Analecta,  p.  438.  Cf.  p.  443*  infra. 


294  CHAPITRE   XIV. 

VOUS  ne  périssiez  vous-mêmes  à  jamais.  Je  vois  maltraiter 
également  celui  qui  est  capable  d'étudier  et  celui  qui  ne  l'est 
pas. 

a  C'est  par  la  douceur  et  par  les  égards  qu'on  forme  les 
enfants.  Ce  malheureux  petit  que  vous  accablez  de  coups,  il 
s'en  ira  aussi  peu  formé  que  lorsqu'il  est  venu;  avant  l'âge, 
il  descendra,  l'obole  dans  la  bouche,  aux  rives  du  fleuve 
infernal,  et  il  mourra  dans  ses  premières  années  alors  qu'il 
eût  pu  remplir  un  rôle  utile  dans  le  monde.  Tel  frappe  les 
enfants  comme  s'il  avait  soif  de  leur  sang,  ou  qu'il  eût  à 
venger  sur  eux  le  meurtre  de  son  père.  Non,  ce  n'est  pas 
ainsi  qu'on  forme  un  éphèbe  :  ce  sera  un  merle  blanc  s'il 
sort  bien  élevé  d'un  pareil  régime  (1)  ». 

Il  ne  faut  pas  cependant,  sur  la  foi  de  ces  diatribes,  se 
faire  une  trop  mauvaise  idée  des  écoles  d'alors,  ou  se  figurer 
que  les  écoliers  y  fussent  traités  en  malheureuses  victimes. 
Les  éducateurs  du  temps  croyaient,  il  est  vrai,  que  ia  sévérité 
était  nécessaire  dans  l'intérêt  des  élèves  eux-mêmes.  Mais 
ceux-ci  ne  semblent  pas  avoir  été  d'un  autre  avis,  et  on  les 
voit  en  général  garder  de  leurs  années  d'études  et  de  leurs 
maîtres  un  excellent  souvenir  (2). 

Sous  certains  rapports,  la  méthode  pédagogique  était,  au 
moyen- âge,  supérieure  à  la  nôtre.  Les  classes  ne  compre- 
naient qu'un  petit  nombre  d'élèves  :  on  ne  dépassait  pas,  en 
général,  le  chiffre  de  dix;  y  en  avait-il  beaucoup  plus,  on 
dédoublait  la  classe.  Les  élèves  étaient  assis,  séparés  et  à 
distance  les  uns  des  autres  (3)  Il  y  avait,  comme  nous  dirions 
aujourd'hui,  des  professeurs  de  carrière.  Les  maîtres  vieil- 
lissaient dans  le  métier;  généralement,  ils  ne  déposaient  la 


(4)  V.  dans  Egbert,  Foecunda  Ratis,  p.  179,  la  pièce  intitulée  :  De  immitibus 
viagistris  et  pigris.  Je  n'ai  cité  que  des  exemples  liégeois;  il  m'aurait  été  facile  d'en 
trouver  partout;  je  me  borne  à  noier  en  passant  qu'au  portail  occidental  de  la 
cathédrale  de  Chartres,  sculpté  vers  1480,  on  représente  la  Grammaire  brandissant 
le  fouet  au-dessus  de  deux  enfants  accroupis  à  ses  pieds.  Clerval,  p.  210.  C'est 
l'illustration  du  poëme  de  Théodulf  cité  ci-dessus. 

(2)  Voir  ci-dessous,  p.  297 

(.3)  Pour  ces  généralités,  comme  pour  toute  lu  description  du  régime  scolaire  au 
moyen-âge,  je  renvoie  an  beau  livre  de  Specht,  p.  163. 


l'instruction  publique.  295 

férule  que  lorsque  le  grund  âge  venait  leur  faire  une  obliga- 
tion du  repos  (1). 

Ajoutées  enfin  que  la  gratuité  de  renseignement  était, 
sinon  une  loi  absolue,  du  moins  une  observance  générale. 
II  était  défendu  aux  professeurs  d'exiger  un  salaire  de 
leurs  élèves,  et  tout  au  plus  leur  permettait  on  d'accepter 
des  plus  riches  une  rémunératicn  volontaire.  Mais  les  maîtres 
liégeois  ne  voului'ent  rien  recevoir  de  })ersonne  :  Egbert 
se  vante  formellement  de  ne  donner  qu'un  enseignement 
gratuit  (2),  et  Wazon  refusa  toujours  les  cadeaux  que  lui 
offraient  des  élèves  reconnaissants  (3)  On  se  faisait  une  gloire 
de  distribuer  pi^>ur  rien  les  fruits  d'or  de  la  science,  et  on  ne 
parlait  qu'avec  mépris  des  gagneurs  d'argent  (4)  qui  reti- 
raient quelque  lucre  de  leur  savoir  (5)  Il  faut  l'avouer,  tous 
les  professeurs  ne  poussaient  pas  si  loin  le  désintéressement, 
et  l'on  voit  Sigcbert  à  Gembloux,  Obtrik  à  Magdebourg 
et  en  général  les  maîtres  de  Chartres  accepter  une  rému- 
nération volontaire  (6)  Mais  le  principe  de  la  gratuité  de 
l'enseignement  n'était  pas  atteint  par  ces  libéralités  des 
parents  riches,  et,  en  il  79,  le  3*  concile  œcuménique  de  Latran 


{\)  Thangmar  a  primaevà  juventute  iisque  ad  caniciem  scolari  studio  intentus 
nutriendis  pueris  operam  dabat.  Vita  s.  Bernwardi,  c.  34,  p.  773. 

(2)  Teste  Deo  nunquam  exsecui  prelium  artis  avare. 
Egbert,  Foecunda  Ratis,  I,  4014. 

(3)  Et  ciim  muiti  —  —  —  spontanea  offerrent  xenia,   ille  ita    manus  suas 

studebat  excutere  ab  omni  munere evangelicum  illud  corde  tenens,  ore 

proferens  :  gratis  accepistis,  gratis  date.  Et  illud  :  Beatius  est  dare  quam  accipere. 
Anselme,  c.  40,  p.  211. 

(4)  Nodosi  lucripetae.  Poëme  d'Adelman  dans  Œuvres  de  J.  Havet,  t.  II,  p.  99. 
(o)  Cf.  saint  Wolfgang,  écolâtre  à  Cologne  :  In  quo  labore  nihil  lucri,  nihil  mer- 

cedis  sibi  moro  saeculari  exhiberit  voluit De  nuUo  namque  discipulorum, 

sicut  plerique  volunt  doclores,  illum  satyricum  clamantes  versum 
Nosse  volunt  omnes,  mercedem  solvere  nemo. 

(Juvénal,  VII,  lo7). 
causa  remunerationis  aliquid    exigebat    quamvis  a  pluribus  cogeretur.    Vila  s. 
Wolfgavgi,  c.  7,  p.  328. 

(G)  Le  Chronicon  Gemblacensc  dit  de  Sigebert  :  Multa  contulil  ad  usum  et 
ornalum  ecclesiae,  quae  adquisierat  voluntarià  eorum  quos  instruxerat  liberalitate. 
MGH.  VI,  p.  269;  VIII,  p.  ooO.  Voir  aussi  Vita  s.  Adalberti,  c.  4,  p.  o83,  et 
Clerval,  pp.  106-HO. 


296  CHAPITRE   XIV. 

lui  donna  une  consécration  solennelle  (1).  "Wazon  allait  plus 
loin  :  il  pourvoyait,  à  ses  propres  frais,  aux  besoins  matériels 
des  bons  élèves.  Et  c'est  avec  raison  qu'un  contemporain, 
reprenant  une  image  chère  à  l'hagiographie  médiévale,  com- 
pare l'école  de  Liège  à  un  bel  arbre  chargé  de  fleurs,  autour 
duquel  voltige  l'essaim  des  abeilles  qui  viennent  y  cueillir  le 
miel  dont  elles  emplissent  leurs  ruches  (2). 

Telles  furent  les  écoles  de  Liège  sous  Notger,  Elles 
devinrent  un  des  plus  brillants  foyers  littéraires  de  l'Europe, 
et  elles  propagèrent  au  loin  le  renom  et  l'influence  de 
Saint-Lambert  (3),  Liège  éclipsait  toutes  les  écoles  de  ce  côté 
des  Alpes,  sinon  toutes  celles  du  continent  (4)  L'empereur 
Heuri  II  se  plaisait  à  dire  qu'il  souhaitait  pour  les  écoles  de 
sa  chère  Bamberg  la  science  de  Liège  et  la  discipline  de 
Hildesheim  (o)  Comme  Gerbert  à  Reims,  comme  Fulbert 
à  Chartres,  Notger  parvint  à  s'entourer  d'une  pléiade  de 
disciples  qui,  plus  tard,  sur  les  sièges  épiscopaux  ou  dans 
les  chaires  les  plus  célèbres  de  l'Europe,  portèrent  au  loin 
la  gloire  de  leur  patrie. 

Cette  prospérité  se  maintint  sous  les  successeurs  du  grand 
évéque,  et  en  particulier  sous  le  pontificat  de  Wazon. 
Comme  Eracle  et  comme  Notger,  Wazon,  devenu  évêque, 
faisait  ses  délices  de  visiter  les  écoles,  de  s'enquérir  des 
études  de  chaque  élève,  de  poser  des  questions  difficiles  qu'il 
se  plaisait  à  voir  résoudre.  C'était  là.  disait-il,  sa  récréation  et 
son  délassement  quand  il  parvenait  à  s'arracher  au  tourbillon 


(4)  Canon,  -18;  v.  Hefelé,  Conciliengeschichte,  2^  édition,  t.  V,  p.  715. 
Ci)  Anselme,  c.  40,  p.  2i0. 

(3)  Unler  den  lotharingischen  Schu'en,  an  denen  sicli  das  reichste  litlerarisclie 
Leben  entwicitelte,  ûbt  auf  Deutsclilands  UnteiTicJitsanslalten  den  bedeutendsten 
Einfluss  die  weltberûhmle  Lûlticher  Sciiule  aus.  Specht,  p.  337. 

(4)  Aile  Schulen  des  Niederlandes,  wenn  nicht  des  gesammtem  conlinenlalen 
Europas  diesseils  der  Alpen  ûberragt  aber  damais  die  Kalhedralschule  zu  Lûttich 

gleichsam  die  Hochscliule  des  gesaminten  nordwestlichen  Deutschlands. 

Cramer,  p.  91. 

(o)  Wolfer,  Vita  sancti  Godehardi  prior,  c.  37,  p.  194.  Sur  la  sévérité  de 
Hildesheim  nous  avons  d'ailleurs  le  témoignage  des  élèves  eux-mêmes,  qui  se 
plaignent  à  l'évêque  Hézilo  de  souffrir  de  la  faim  el  de  mauvais  traitements.  Bertram, 
Die  Biichofe  von  Hildesheim,  t.  I,  p.  314 


l'instruction  publique.  297 

des  aftaii"es(l).  Ainsi,  sous  des  maîtres  incomparables,  la 
tradition  des  bonnes  études  se  maintint  pendant  au  moins 
un  siècle  à  Liège.  Et  l'école  de  Liège  avait  le  don  d'enthou- 
siasmer ses  élèves,  de  conquérir  et  de  garder  leur  affection. 
Avec  quelle  tendresse  parlent  d'elle  ceux  qui  ont  suivi  ses 
leçons!  Nous  avons  déjà  entendu  la  voix  d'un  de  ses  anciens 
disciples,  qui,  du  fond  de  l'Angleterre,  se  souvient  avec 
reconnaissance  de  son  vieux  maître  Eracle  (2).  La  biographie 
émue  de  Wazon  par  Anselme,  les  vers  rythmiques  d'Adelman 
sur  les  savants  de  son  époque  (3),  la  prose  grandiloquente  de 
Gozecbin  (4)  nous  font  entendre  les  mêmes  accents.  Liège, 
selon  Adelman,  a  été  la  mère  nourricière  des  hautes  études 
(magnarum,  artiam  niitricula);  elle  a  été,  selon  Gozechin, 
l'Athènes  du  Nord,  la  fleur  des  trois  Gaules 

Un  contemporain  a  énuméré  les  principaux  élèves  sortis  de 
l'école  de  Liège.  Parmi  ceux  d'entre  eux  qui  ont  obtenu  des 
sièges  épiscopaux,  il  cite  Gunther,  archevêque  de  Salzbourg, 
Rothard,  évêque  de  Cambrai  et  son  successeur  Erluin, 
Haymon,  évêque  de  Verdun,  Héz3lon,  évêque  de  Toul, 
Adalbold,  évêque  d'Ulrecht  Dans  une  seconde  catégorie 
d'illustrations,  il  range  nommément  Duiand,  qui  dirigea  les 
écoles  de  Bamberg  et  qui  revint  plus  tard  occu^jer  le  .siège 
épiscopal  de  Liège,  Otbert,  qui,  à  la  tête  de  quelques  prêtres 
liégeois,  alla  réformer  la  vie  du  clergé  d'Aix-la-Chapelle  (o), 
Hubald,  qui  professa  avec  le  plus  gi^and  succès  à  Paris,  et 
plus  tard  à  Prague.  Hubald  est  le  premier  maître  de  renom 
qui  ait  enseigné  à  l'école  de  Sainte-Geneviève  :  ii  en  a  inau- 
guré l'éclat,  et  par  lui  l'église  de  Liège  j)eut  revendiquer  une 
part  dans    l'illustration    qui    devait    entourer  la    naissante 

(4)  Anselme,  c.  52,  p.  220. 

(2)  V.  ci-dessus,  p.  256. 

(3)  V.  ci-dessus,  p.  276. 

(4)  Gozechini  epUtola  ad  Walcherum  dans  Mabillon.  Vetera  Ànalecta,  nouvelle 
édition,  pp.  437-446. 

En  4036,  l'évêque  de  Barcelone  vante  à  des  pèlerins  liégeois  leur  ville  :  Legiam 
religione  et  studio  litterarum  prae  aliis  quas  novi  urbes  luculentissime  decoratam. 
Source  du  Xle  siècle  reproduite  par  Gilles  d'Orval,  III,  6,  p.  83. 

(5)  Est-ce  celui  qui,  en  4007,  signe  un  diplôme  de  Notger  en  qualité  d'archidiacre, 
dans  Hariulf,  c.  34,  p.  473? 


298  CHAPITRE   XIV. 

université  de  Paris.  Nous  possédons  au  sujet  de  ce  maître 
une  esquisse  biographique  trop  intéressante  pour  n'être  pas 
reprise  ici. 

Hubald,  dit  le  chroniqueur,  était  encore  un  adolescent, 
lorsque,  fuyant  la  discipline  un  peu  sévère  de  Liège,  il  partit 
pour  Paris,  où  il  s'attacha  aux  chanoines  de  Sainte-Geneviève, 
et  où,  peu  de  temps  après,  il  donna  l'enseignement  à  beau- 
coup d'élèves  (1).  Notger,  pendant  quelque  temps,  ignora  le 
séjour  du  fugitif,  mais  lorsqu'il  l'eut  appris,  il  lui  enjoignit, 
en  vertu  de  son  autorité  épiscopaîe,  de  regagner  son  diocèse. 
Hubald  ne  se  sépara  pas  sans  regret  des  nombreux  amis 
qu'il  s'était  faits  pendant  son  court  séjour  à  Paris;  des  larmes 
furent  versées  au  départ  et  le  souvenir  du  brillant  maître 
resta  vivace  au  cœur  de  ses  anciens  disciples;  Aussi  lorsque 
Notger  fut  amené  à  Paris,  en  mai  1003,  par  un  message  de 
l'empereur  Henri  II  au  roi  Robert  (2),  les  chanoines  de 
Sainte-Geneviève  l'assiégèrent  de  supplications  pour  qu'il 
consentît  è  leur  laisser  Hubald  au  moins  un  mois  tous  les 
ans.  Charmé  de  voir  en  quelle  estime  son  clerc  était  tenu  à 
Paris,  Notger  lui  accorda  spontanément  d'y  passer  trois  mois 
tous  les  ans,  et  par  cette  libéralité  comme  par  les  largesses 
qu'il  y  ajouta,  il  ne  le  rendit  que  plus  ardent  à  l'accomplis- 
sement de  ses  devoirs.  Plus  tard,  sous  le  pontificat  de 
Baldéric,  successeur  de  Notger,  Hubald  alla  également  ensei- 
gner à  Prague,  et  il  en  revint  comblé  d'honneurs. 

Ce  ne  sont  pas  là  les  seuls  hommes  remarquables  sortis 
de  l'école  de  Liège  dont  l'histoire  ait  gardé  le  souvenir,  et 
nous  sommes  en  état  de  grossir  de  plusieurs  noms  la  liste 
dressée  par  Anselme.  Tels  sont,  sans  compter  Wazon  lui- 
même,  Egbert,  l'un  des   principaux   poètes  gnomiques   du 

(i)  (1  11  faut  arriver  jusqu'au  X^  siècle  pour  rencontrer,  dans  l'école  de  Sainte- 
Geneviève,  un  profes.seur  de  renom.  C'est  Hubald  qui,  non  content  des  cours,  suivis 
pourtant,  de  la  ville  de  Liège,  vint  étudier  à  Paris,  entra  ou  s'unit  au  chapitre 
de  Sainte-Geneviève  et  attira  par  son  enseignement  un  grand  nombre  d'élèves  ». 
P.  Ferel,  Les  origines  de  l'université  de  Paris,  (Revue  des  Questions  historiques,  t.  52, 
1892,  p.  342).  Et  il  paraît  bien  qu'en  effet,  avant  de  devenir  professeur  à  Sainte- 
Geneviève.  Hubald  y  aura  continué  ses  éludes  pendant  un  petit  temps,  puisqu'il 
était  encore  adolescent  quand  il  quitta  Liège. 

(2)  V,  ci-dessus,  p.  dlO. 


l'instruction  publique.  299 

moyen-àge,  qui  riippelle  avec  émotion  à  Adalbold  leurs 
jeunes  années  passées  sur  les  mêmes  bancs  (1);  Rothani.  ce 
Liégeois  que  Hugues  de  Flavigny  dit  également  distingué 
par  sa  science  et  pur  sa  piété  (2),  et  qui  fut,  en  1008,  le 
condisciple  de  l'abbé  Poppon  sous  le  bienheureux  Richard 
de  Sainl-Va.une;  Richaire  eiiQri,  qui  dédia  à  Noîger  sa  vie 
métrique  de  l'abbé  Ei'luin  de  Gembloux  (3)  Plus  lard  sor- 
tirent encore  de  l'école  de  Li'^ge  Seifried,  abbé  de  Tegernsée 
(1046-lOGo)  qui  rétablit  la  vie  intellectuelle  dans  cette  maison 
autrefois  célèbv'i,  mais  alors  déchue  (4);  puis,  après  1074, 
Cosmas  de  Prague,  qui  étudia  sous  Francon  (oi,  et  Herman, 
qui  fut  évêque  de  Prague  de  1100  à  1123(6).  Il  faut  encore 
citer  ce  maître  liégeois  du  XP  siècle  qui,  à  Ratisbonne, 
enseignait  l'art  de  la  versification  à  des  religieuses  (7  . 

Liège  eut  donc^  pendant  plus  d'un  siècle,  dans  l'ordre 
scientifique,  une  situation  internationale  qu'elle  n'a  plus 
jamais  reconquise.  Elle  fut  un  des  plus  importants  parmi  les 
centres  de  culture  intellectuelle  qui  précédèrent  la  naissance 
des  universités.  Ce  jugement  résume  le  chapitre  que  nous 
venons  d'écrire,  et  suflit  à  faire  apprécier  quel  fut  le  rôle  de 
Notger. 


(1)  Ambo  olim  a  pueris  apud  scolares  alas  in  uno  auditorio  militavimus, 
Foecunda  ratis,  préface,  p.  I.  Je  ne  saurais  cependant  pas  accorder  à  Voigt, 
p.  XXIV,  V.  1011,  que  ce  soit  iVotger  qu'Egbert  désigne  comme  son  maître  par  les 
termes  de  benignus  herus.  Un  clerc  liégeois  du  nom  d'Egbert  signe  le  diplôme  de 
1002  :  est-ce  celui-ci? 

(2)  Hugues  de  Flavigny,  II,  II,  p.  377. 

(3)  Gesta  abh.  gemblac,  in  initio,  p.  S23. 

(4)  Specht,  p.  373. 

(o)  Watlenbach,  Dcutsehlands  Geschichtsijuellen,  11,  p.  203. 

(6)  Id.  1.  c. 

(7)  Specht,  p.  387. 


CHAPITRE  XV. 


LE   MOUVEMENT   ARTISTIQUE. 


Nous  assistons,  vers  Ja  fin  du  X'  siècle,  au  joyeux  réveil 
de  la  vie  artistique,  et  c'est  l'architecture  qui  le  mène.  Au 
commencement  de  la  dynastie  saxonne,  cet  art  était  encore 
bien  imparfait  Quand  Otton  le  Grand  bâtit  l'église  de 
Magdebourg,  il  fut  obligé,  comme  Gharlemagne,  de  faire 
venir  d'Italie  ses  colonnes  de  marbre  (1)  Mais  sous  le  règne 
de  ses  premiers  successeurs.  Tarchitecture  prit  un  essor 
rapide,  et  préluda  à  ce  style  bien  médiéval  qui  porte  le  nom 
de  roman. 

«  Dans  le  monde  presque  tout  entier,  écrit  un  contem- 
porain, et  particulièrement  en  Italie  et  dans  les  Gaules,  les 
églises  furent  renouvelées,  même  celles  qui  navaient  nul 
besoin  d'être  rebâties  Les  peuples  chrétiens  rivalisaient  à 
qui  édifierait  les  plus  belles.  C'était  comme  si  le  monde, 
réveillé  d'un  long  sommeil  et  secouant  sa  vieillesse,  avait 
voulu  se  revêtir  dune  robe  blanche  d'églises  Presque  toutes 
les  cathédrales  furent  rebâties  par  les  fidèles,  et  de  même 
les  monastères  ;  les  églises  de  village  elles-mêmes  furent 
renouvelées  (2)    » 

(t)  Thietmar  de  Mersebourg,  II,  Id,  p.  748. 

(2)  Raoul  Glaber,  III,  4.  éd.  Prou.  Cet  auteur  a  seulement  le  tort  de  vouloir 
dater  le  pliénomène  avec  trop  de  précision,  en  le  plaçant  en  4002  (infra  supradictum 
millesimum  tercio  jam  fere  imminente  anno);  mais,  cette  réserve  faite,  son  témoi- 
gnage n'en  garde  pas  moins  d'intérêt.  Il  n'y  aurait  rien  de  plus  intéressant  que  de 
vérifier  ce  témoignage  en  faisant  le  relevé  des  innombrables  édifices  religieux  qui, 
en  effet,  dans  toute  l'Europe  occidentale,  furent  alors  ou  bâtis,  ou  renouvelés  et 
restaurés,  mais  c'est  un  travail  qui  dépasserait  le  cadre  de  ce  livre. 


LE    MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  301 

Lïntensc  activité  architecturale  de  cette  époque  a  un 
caractère  que  le  chroniqueur  n'a  pas  pensé  à  nous  indiquer, 
mais  qui  était  certainement  présent  à  sou  esprit  lorsqu'il 
comparaît  les  sanctuaires  nouveaux  à  la  robe  blanche  du 
monde.  Ce  caractère,  c'est  la  substitution  de  la  pierre  au 
bois  dans  1  architecture  religieuse. 

Jusqu'à  la  fiu  du  X'  siècle,  les  églires  en  pierre  étaient 
rares;  on  n'en  voyait  guère  que  dans  les  villes  (1);  encore 
y  avait-il  des  villes  comme  Reims,  Strasbourg,  Maestricht, 
Brives,  Tours,  Thiers,  Boulogne  sur-Mer,  dont  les  premiers 
édifices  religieux  étaient  eux-niêrae  en  bois  (2).  Encore  dans 
la  seconde  partie  de  ce  siècle,  on  voit  bâtir  en  bois  la  cathé- 
drale de  Verden,  et  l'historien  qui  relate  la  chose  parle  de  cet 
édifice  comme  d'un  monument  de  grande  valeur  (3)  Quant 
aux  constructions  civiles,  l'immense  majorité  était  en  bois  : 
les  édifices  privés  presque  tous,  les  édifices  publics  en  bonne 
partie.  Los  donjons  d'une  multitude  de  châteaux -forts  (4), 
les  muiailles  d'un  grand  nombre  de  villes  étaient  en  bois  (5), 
comme  celles  d'Athènes  dans  l'oracle  de  la  Pythie  (G). 

(■1)  Ceci  jette  du  jour  sur  la  portée  de  la  découverte  de  précieux  fragments  archi- 
tecturaux provenant  de  l'église  du  village  de  Glcn.s-sur-Geer  (province  de  Liège) 
avec  une  inscription  qui  les  date  du  règne  de  Sigebert  III  {VI[e  siècle).  V.,  .sur  ces 
pierres,  le  curieux  travail  de  Mgr.  Monchamp  dans  BARB,  1901.  A  mon  sens,  ces 
pierres  provenaient,  de  quelque  sanctuaire  de  Tongres  ou  de  Maestricht  détruit 
peut-être  par  les  Normands,  et  dont  les  matériaux  auront  servi  à  édiûer  l'église  de 
Glons  au  Xe  ou  au  Xle  siècle. 

(2)  Enlart,  Manuel  d' Archéologù  française,  t.  I,  p.  125.  J'ai  substitué,  dans  le 
texte,  le  nom  de  Maestricht  à  celui  de  Tongres,  inscrit  ici  par  erreur. 

(3)  Thietmar  de  Mersebourg,  II,  p.  753,  parlant  de  i'évêque  Brunon  de  Verden  -. 
Qui  aecclesiam  in  Werduun,  cui  rationabiliter  praefuit,  de  ligno  fecit  egregiam,  et 
magniludine  et  qualitate  caeteras  praecedenteni. 

(4)  Ainsi  Erluin  de  Cambrai,  ami  de  Notger,  bâtit  en  bois  son  Cateau-Cambrésis, 
et  ce  fut  Gérard  I  qui  le  rebâtit  en  pierre.  Chronicon  saneti  àndreae,  I,  II,  p.  528. 

(5)  C'est  seulement  à  la  fin  du  Xle  siècle,  sous  Gérard  II,  que  l'enceinte  en  bois 
fut  remplacée  par  une  muraille  en  pierre  :  civibus  auxiliantibus  totam  in  circuitu 
eivitatem,  vallo  ligneo  prius  compositam,  ipse  episcopus  munivit  muro  lapideo 
fortius,  etc.  Gesta  epp.  Camerac.  Continvatio,  Gesta  Gerardi  II,  o,  p.  499. 

(6)  Hérodote,  Vil,  141-442.  A  l'occasion  dn  cet  oracle,  on  se  souvint  à  Athènes 
que  l'Acropole  était  défendue  autrefois  par  une  palis-ade,  et  on  se  persuada  que 
c'était  là  la  muraille  de  bois  derrière  laquelle  la  Pythie  conseillait  de  se  retrancher. 
C'est  comme  on  sait,  Thémistocle  qui  fit  changer  d'avis  à  ses  concitoyens,  mais  je 
crois  que  ceux-ci  avaient  bien  compris  l'oracle. 


302  CHAPITRU:   XV. 

Mais  les  dernières  années  du  siècle  sont  témoins  d'un 
changement  profond.  Dans  la  lutte  pacifique  entre  la  pierre 
et  le  bois,  celui-ci  représente  le  nord  barbare  en  opposition 
avec  le  midi  civilisé,  l'art  de  la  rustique  Germanie  au  regard 
de  l'empire  romain  (1).  Le  bois  succombe  et  se  réfugie  dans 
les  extrémités  septentrionales  de  l'Europe.  Le  nouvel  a  âge 
de  la  pierre  »  marque  une  nouvelle  conquête  du  monde  par 
le  génie  de  la  vieille  civilisation,  en  même  temps  qu'un  des 
grands  progrès  de  l'art  architectural  (2). 

Ce  mouvement,  comme  celui  de  la  civilisation  elle  même, 
se  fait  de  l'occideut  à  l'orient  et  du  sud  au  nord,  La  date 
exacte  en  varie  de  pays  à  pays;  on  peut  l'induire,  pour 
chacun  en  particulier,  du  soin  avec  lequel  ses  chroniqueurs 
nationaux  nous  font  connaître  la  nature  des  matériaux  de 
construction  employés  f3)  Dans  la  Belgique  orientale,  il 
coïncide  avec  le  règne  de  Notger  L'immense  majorité  des 
églises  bâties  chez  nous  du  YIP  au  XP  siècle  était  en  bois  (4). 


(i)  En  Angleteire,  la  construction  en  bois  était  appelée  mos  Scotorum,  et  la 
construction  en  pierre,  mos  Romanornm.  V.  Béda,  Eut.  eccl.  Angl.  III,  2y  et  V.  âl  ; 
cf.  le  même,  III,  4.  On  lit  dans  la  vie  de  sainte  Monenna,  74,  AA.  SS.,  t.  II  de 
juillet,  p.  311  :  Ecclesia  in  monasterio  sanctae  Monennae  in  supradicto  monasterio 
construitur  tabulis  dedolatis  juxta  morem  Scotticarum  gentium,  eo  quod  macerias 
Scotti  non  soient  facere  nec  factas  habere. 

(2)  On  croit  rêver  en  lisant  des  piroles  comme  celles  qui  suivent  :  »  Il  importe 
de  bien  préciser  le  rôle  joué  à  cette  époque  par  le  bois  dans  la  construction  des 
édifices.  On  ne  construisait  pas  des  églises  en  bois,  comme  des  écrivains,  d'ailleurs 
très  instruits,  l'ont  cru  (c'est  l'erreur  dans  laquelle  est  tombé  entre  autres  Éméric 
David),  mais  on  convrait  les  églises,  soit  de  plafonds  en  bois,  soit  de  charpentes 
apparentes  »  etc.  A.  Wauters,  L'architecture  romane,  Bruxelles  ■1889,  p.  .3S. 

(3)  Thietmar  de  Mersebourg,  cité  ci-dessus,  nous  fait  connaître  que  déjà  Berchar 
(f  4013),  successeur  de  l'évêque  Brunon,  ajouta  à  son  église  de  bois  une  tour  en 
pierre.  Le  même,  II,  42,  nous  apprend  que  sa  grand  mère  Judith,  morle  en  973, 
fut  enterrée  dans  une  église  quam  post  de  lapidibus,  qui  in  hac  terra  pauci  babentur, 
filia  ejus  sumopere  construcxit. 

L'évoque  Boson  de  Mersebourg  (f  970)  bâtit  une  église  à  Zeitz  :  Juxta  predictam 
civilalem  in  quodam  saltu,  quod  ipse  construcxit  ac  suc  nomine  vocavit,  templum 
Domino  de  lapidibus  edificat  consecrarique  fecit.  Thietmar  de  Mersebourg,  II,  36. 

(4)  Reusens  Éléments  d'archéologie  chrétienne,  t.  I,  p.  335;  cf.  Habets,  Het 
Bisdom  lioermond,  p.  31 4.  Voici,  pour  l'édification  du  lecteur,  une  petite  liste 
d'églises  en  bois  dont  j'ai  constaté  l'existence  au  haut  moyen-âge  : 


LE   MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  303 

Le  progrès,  d'abord  limité  aux  villes,  gagna  un  peu  plus  lard 
les  campagnes  II  lui  faudra  du  temps  pour  faire  le  tour  du 
Lolhier,  et  la  transformation  aichitcclonique  ne  pénétrera 
que  peu  à  peu  dans  les  régions  les  plus  reculées  du  pays  (1). 
On  a  pu  écrire  qu'encore  au  XII*  siècle,  la  Cumpiue 
était  couverte  d'églises  de  bois  (2,*,  et  sans  doute  il  en  aura 
été  de  même  de  l'Ardenne  (3).  Mais  le  mouA'oment  est 
imprimé,  et  à  partir  de  Notger,  nous  voyons  la  pierre  pénétrer 

AIX-LA-CHAPELLE.  Galerie  en  bois  reliant  le  palais  de  Charlemagne  à  l'église 
Notre-Dame.  Egimhard,  Vita  Karoli,  c.  32,  p.  460;  cf.  Poeta  Sojo,  V.  G07,  p.  278. 

ARRAS.  S.  Vaast  est  enterré  in  oratorio  quod  paupere  sumptn,  id  est  ligneis 
tabuUs  prope  litiis  Grientionis  fluvioli  acdificaverat.  Alcuin,  Vita  Vedasti  dans 
AA.  SS.,  t.  I  de  février,  p.  799». 

FLOYON  (Nord).  Saint  Ursmer  y  bâtit  une  ecdeaiola  lignea  de  ses  propres  mains. 
Folcuin,  Mir.  Ursmari,  c.  H,  dans  Mabillon,  AA.  SS.  saec.  III,  p.  2S4. 

LOVENJOUL.  Église  en  bois  dédiée  à  saint  Lambert,  rebâtie  en  pierre  au  milieu 
du  XI"  siècle.  Anselme,  c.  40,  p.  496. 

MAESTRICHT.  Église  en  bois  sur  le  tombeau  de  saint  Servais,  jusqu'à  saint 
Monulphe  qui  la  rebâtit  en  pierre.  Greg.  Tur.  Glor.  Conf.,  c.  72. 

MARCHE.  Église  en  bois  bâtie  au  IXe  siècle  en  l'honneur  de  saint  Remacle.  Mir. 
S.  Remacli  dans  Acta  SS.,  t.  I  de  septembre. 

MONT-SAINÏ-GUIBERT.  1 123.  Une  église  en  bois  y  est  remplacée  par  une  église 
en  pierre  :  Olim  quippe  ecclesiola  lignea  in  eo  fuerat.  Anselme  de  Gembloux, 
Continuât.  Sigeb.,  p.  379. 

OEDENRODE  (Brabant  septentrional).  Chapelle  en  bois  sur  la  tombe  de  sainte 
Ode.  Ghesquière,  o.  c,  VI,  pp.  613-630. 

RUSSON.  Église  en  bois  sur  le  tombeau  de  saint  Evermar,  rebâtie  en  pierre  au 
milieu  du  Xle  siècle.  Vita  s.  Evermari  dans  Ghesq.  AA.  SS.  B.,  t.  V,  p.  280. 

WARCQ,  château-forl  sur  la  Meuse  près  de  Mézières  (département  des  Ardennes). 

974.  1!  y  a  dans  ce  château  une  chapelle  Saint-Arnoul,  qui  est  en  bois.  {Hist. 
ilonasterii  Mosomensis,  p.  606,  15). 

En  général,  on  peut  dire  que  (juand  un  chroniqueur  prend  la  peine  de  marquer 
en  quels  matériaux  (pierre  ou  bois)  est  bâti  un  édifice,  c'est  que  la  région  où  il 
demeure  est  encore  dans  la  période  de  transition  du  bois  à  la  pierre;  plus  tard, 
quand  l'emploi  de  la  pierre  sera  devenu  univer.sel,  on  ne  pensera  plus  à  le 
mentionner. 

(4)  Cf.  (pour  les  provinces  septentrionales)  Feith,  Korte  schets  van  de  oude 
gewoonte  om  in  houten  gebouwen  te  ivonen,  dans  Nyhofl",  Bijdragen,  t.  I. 

(2)  Heylen,  Historische  Verhandclingen  over  de  Kempen.  Je  n'ai  pas  eu  ce  livre  à 
ma  disposition. 

(3)  Encore  en  4404,  Albert,  fondateur  de  l'abbaye  de  Rolduc,  y  bâtit  une  église 
en  bois  (erecta  inibi  capella  ex  lignorum  materia),  mais,  dès  la  3^  année,  il  la  rebâtit 
en  pierre  (erexit  sanctuarium  in  materia  lapidum)  Annales  Rodenses,  p.  694. 


304  CHAPITRE   XV. 

victorieusement  dans  la  construction  de  plus  d'un  sanctuaire 
rural  (1)  Banni  peu  à  peu  de  l'architecture  religieuse,  puis 
aussi  de  i'arciiitecture  militaire  (2),  le  bois  trouva  un  plus 
durable  asils  dans  les  constructions  privées,  et  pendant 
longtemps,  les  sanctuaires  du  moyen-àge  surgirent  comme 
des  géants  solitaires  au  milieu  des  peuples  de  maisons  de  bois 
qui  se  groupent  à  leurs  pieds.  Les  grandes  villes  elles-mêmes 
contenaient  au  moyen  âge  si  peu  de  maisons  en  pierre,  que 
celles-ci  étaient  considérées  comme  des  résidences  de  grand 
seigneur,  et  qu'en  Flandre  on  les  désignait,  comme  des 
exceptions  curieuses,  sous  le  nom  de  "iteen  (3) 


(1)  Par  exemple  à  Rixingen  en  4036,  à  Ottrange  (1048-107o),  à  Waha  près  de 
Marche  (iOoO),  à  Saint-Hubert  dans  !a  construction  de  l'ét^Hise  paroissiale  de  Saint- 
Gilles,  (Xie  siècle),  à  Emae!  (Xl^  siècle),  à  Russon  (2"  moitié  du  Xle  siècle)  et  sans 
doute  aus>i  à  Wéris  et  à  Toliogne,  dont  les  églises  trahissent  bien  le  caractère 
architectural  de  celle  de  Waha.  Cf.,  sur  la  plupart  de  ces  sanctuaires,  G.  Kurth, 
L'inscription  dédicatoire  de  l'église  de  Waha  {BCRH,  V^  série,  t.  X;  pp.  119  et 
suivantes). 

(2)  Le  château  d'Upladen  au  X^  siècle,  était  protégé  par  un  mur  de  pierre, 
qtiod  in  illis  locis  rarissimum  est,  écrit  Alpert,  De  diversitate  temporum.  II,  13,  p.  716. 
Encore  au  XlVe  siècle,  le  château  d'Eerde  près  d'Ommen  était  en  bois,  et  c'était  un 
des  plus  redoutables.  En  •ISSO,  l'évêque  d'Ulrecht  l'as-siégea  pendant  cinq  semaines 
avec  ses  alliés  et  ne  l'obtient  que  par  capitulation.  V.  Feith,  o.  c,  p.  213. 

(3)  A  l'occasion  du  palais  bâti  à  Valenciennes  par  Baudoin  IV  de  Hainaut, 
Gislebert  de  Mons  écrit  : 

In  Valencenis  domum  lapideam  ad  habitandum  honestam  et  aptam  super  Scaldum 
fluvium  construcxit.  Édit.  Vanderkindere,  c.  40,  p.  72. 

ï  Dans  toute  la  Flandre,  les  maisons  bourgeoises  du  XVI*  siècle  étaient  encore 
en  bois.  »  Cl.  Moeller,  Eléonore  d'Autriche  et  de  Bourgogne,  Paris,  189o,  p.  33. 

A  Liège,  sous  Érard  de  La  Marck  (XVIe  siècle),  il  n'y  avait  que  des  maisons  en 
terre.  Abry  cité  par  Bormans,  BJAL,  VIII,  p.  279.  (Il  est  vrai  que  cette  ville  se 
ressentait  de  la  destruction  de  1468,  mais  encore!) 

A  Trêves,  au  commencement  du  XI^  siècle,  toutes  les  maisons  sont  en  bois,  quand 
l'empereur  Henri  II,  assiège  l'évêque  intrus  Adalbéron  dans  son  palais.  Tune 
imperator  ex  materia  domorum  urbanarum  machinas  circa  palatium  u.sque  ad  arces 
praecepit  erigi,  quo  facilius  posset  palatinos  ex  ipsâ  machinarum  aequâ  palatio 
altitudine  angustare.  Gesta  Treverorum,  c.  30,  p.  172. 

De  même,  en  Frise,  la  maison  du  seigneur  s'appelait  stins.  Et  en  France,  les 
monuments  civils  de  quelque  importance  s'appelaient  souvent  perron,  parce  que  les 
constructions  voisines  étaient  de  bois  ou  d'argile.  Cf.  Eiilart,  Manuel  d'Archéologie 
Françaite,  t.  II,  p.  186. 


LK    MOUVEMENT    AUTISTIQUE.  305 

Les  considérations  ([ui  précèdent  donnent  une  idée  de 
l'œuvre  arcliilectoniquc  do  Notger.  La  pierre  seule  entre  dans 
toutes  ses  constructions  Unit  civiles  que  religieuses,  et  il 
l'ut  un  des  hommes  de  son  temps  qui  contribuèrent  le  plus, 
dans  Tordre  monumental,  à  la  translormation  dont  le  chro- 
niqueur du  XP  siècle  parle  en  termes  si  lyriques. 

Ici  se  pose  une  question. 

Tant  de  travaux  divers  exigeaient  le  concours  dun  ingé- 
nieur militaire  et  dun  ou  de  plusieurs  architectes.  Or,  nos 
sources  nous  laissent  dans  une  ignorance  absolue  au  sujet  des 
hommes  qui  prêtèrent  à  Notger  le  concours  de  leur  science  et 
de  leur  art.  On  sait  cependant  qu'à  cette  époque,  où  la  divi- 
sion du  travail  était  inconnue,  l'art  comme  la  science  était  aux 
mains  des  clercs  seuls  ;  aussi  voyons-nous  qu'encore  longtemps 
après  Notger,  les  architectes  qui  tracent  les  ])lans  des  enceintes 
urbaines  et  qui  les  font  exécuter  sous  leurs  yeux  sont  des 
moines  (1).  Nous  connaissons  les  noms  de  quelques-uns  au 
moins  de  ces  maîtres  :  tels  sont,  à  Metz,  l'abbé  Odilbert,  qui 
bâtit  l'abbaye  de  Saint- Vincent  (2),  et  l'abbé  Ansterus  de  Saint- 
Arnoul,  à  qui  on  doit  plusieurs  édifices  lotharingiens  (3). 
Tels  sont  encore  Bennon,  qui,  avant  de  devenir  évêque 
d'Osnabrûck  en  i0()7,  avait  été  écolàtre,  puis  prévôt  de  la 
cathédrale  de  Hildesheim  (4),  et  Frédéric,  moine  de  Saint- 
Vanne  de  Verdun,  qui  présida  à  la  construction  des  tours  de 


(1)  «  Alix  époques  carolingienne  et  ronifine,  rareliilCflHro,  comme  Ions  les  arts  et 
toutes  les  sciences,  n'était  plus  enseignée  que  clans  les  gi'andes  abbayes  :  la  plupart 
des  artistes  étaient  des  moines  bénédictins.  »  C.  Eiilart,  Mimnel  d'Archéohtjie fran- 
çaise, t.  I.,  p.  G2.  A  Liège,  en  particulier,  les  moines  étaient  encore  au  XYII"^  siècle 
employés  dans  les  travaux  arcliitectoniques.  Lors  de  la  cccoustruclion  du  Pont  des 
Arclies,  en  KioJj,  ce  fut  un  iiécollot,  le  frère  Benoît,  ([ui  dirigea  pendant  deux  ans 
et  demi  rextrarlimi  cl  la  |)ré|»:irali(in  des  blocs  île  pierre  dans  la  carrière  d'Em- 
bourg,  et  un  Mineur,  le  frère  Ëioi,  ([ui  aida  à  dresser  les  charpentes  pour  le  cin- 
trage. Th.  Gobert,  l.  111,  p.  1?A. 

«  Wie  in  der  Litteratur,  sn  waren  aiicli  in  dcr  Kunst  die  Monche  die  Tiiiger  der 
Kultui'.  »  Hauck.  111,  i,  p.  ''VM. 

(2)  Sigeberl  de  Gembloux,  Vita  Ueoderici,  c.  li,  p.  'iTU. 

(3)  Vita  Joliuniiiit  (Jorzirnxis,  c.  C)i'>,  p.  .3.').'). 

(4)  Vita  Bennoiiis,  c.  ii  cl  7,  pp.  G2-C;:!. 

I.  20 


306  CHAPITRE    XV. 

son  monastère  (1).  Ajoutons  à  ces  noms  celui  d'un  laïque, 
Thietmar,  qui  aida  saint  Poppon  de  Stavelot  à  lédillcation 
de  son  église,  et  à  qui  un  contemporain  fait  honneur  de  la 
solide  structure  de  rédifice  sacré.  Thietmar,  écrit-il,  était  un 
nouveau  Béséléel  qui,  inspiré  d'en  haut,  ornait  la  maison  du 
Seigneur  au  gré  du  saint  abbé,  et  celui-ci  lui  portait  une 
vraie  all'ection  (2). 

L'évêque  de  Liège  a  donc  pu  avoir  à  son  service,  soit 
parmi  ses  clercs  et  ses  moines,  soit  même  parmi  ses  minis- 
tériaiix,  des  hommes  comme  Bennon  ou  comme  Thietmar, 
qui  auront  tracé  le  plan  de  ses  édifices  (3),  à  moins  que  nous 
ne  supposions  qu'il  a  mis  personnellement  la  main  à  l'œuvre, 
et  qu'il  a  manié  l'équerre  et  le  compas.  Et  on  se  le  figure 
volontiers,  circulant  avec  satisfaction  sur  les  chantiers  autour 
de  Tédifice  qui  surgit,  ou  sinstallant  à  proximité,  à  la 
manière  de  1  évéque  Haimon  de  Verdun,  qui,  établi  à  l'abbaye 
de  Saint- Vanne,  surveille,  des  fenêtres  du  couvent,  les  tra- 
vaux d'agrandissement  de  l'enceinte  de  sa  ville  épiscopale(4). 
Volontiers  encore  le  verrait-on,  comme  Meinwerc  de  Pa- 
derborn,  engager  tel  chef-ouvrier  qui  se  fait  bientôt  valoir 


(•1)  Contractis  undequâque  multis  operariis  suâ  industria  turres  lapideas 

construxit.  Vita  s.  Richardi,  c.  10,  p.  285. 

(2)  Eodem  tempore  extitif  quidam  magister  carpenlariorum  vel  latomoriim,  Tliiet- 
marus  noinine,  qui  a  viro  Dei  Poppone  vaide  carus  habebatui'  proplei-  peritiam  arlis 
suae,  iiam  illi  Dcus  inspiraverat  quemadmodum  Beseieel  opus  perficere  in  domo 
Domini  secundum  voliiiitatem  viri  Dei,  monstrante  videntibiis  praesentis  basilicae 
structura  mirabili.  Vita  s.  Poppotiis,  c.  33,  pp.  31i-3io.  Cette  basilique  fut  consa- 
crée en  4040.  Ibid.  c.  22,  p.  30'J.  Voir,  pour  la  France,  les  noms  cités  par  Enlart, 
p.  G2,  note. 

(3)  Il  lui  fallait  de  toute  manière  un  maître  de  l'œuvre  en  qui  il  pût  avoir  con- 
fiance, à  raison  de  ses  nombreux  voyages,  pendant  lesquels  la  construction  com- 
mencée ne  chômait  pas.  Nous  voyons  que  Meinwerc  de  Paderborn  accompagnait 
Henri  II  en  Italie  en  i014  :  Rébus  domesticis  dispositis,  et  maçiistris  idoneis  operibus 
praepasitis,  tempore  autuinpnali  cimi  rege  proliciscitur.  Vita  Meinwerci,  c.  23, 
p.  liG. 

(4)  Vita  s.  llichurdi,  c.  d  i,  p.  287.  Voir  aussi  Vita  saucti  Meinwerci,  c.  12, 
p.  d  12-113,  où  est  raconté  agréablement  Tépisode  de  ce  cementarius  et  carpentarius 
que  l'évêque  prend  à  son  service,  et  qui,  mort  au  cours  de  ses  travaux,  reçut  de  si 
honorables  funérailles.  Sur  sa  tombe,  dans  la  crypte  de  l'église  de  Paderborn, 
Meinwerc  plaça  sa  truelle  et  son  marteau  ad  posteritatis  monimentum. 


LK  :mouve:mkxt  autistiqur.  o07 

comme  un  maître,  et  honorer  ses  modestes  collaborateurs 
par  les  marques  de  respei't  qu'il  donne  à  leur  art.  l'it  sans 
doute,  si  on  était  mieux  initie  à  sa  vie,  on  pourrait  tracer 
de  l'emploi  de  sa  journée  un  tableau  comme  celui  qu'esquisse 
un  biographe  de  saint  Godeliard  de  Hildeslieim  :  Après  sa 
messe,  le  saint  consacrait  une  partie  de  sa  matinée  à  visiter 
les  travaux  en  construction,  s'intéressant  aux  ouvriers  et  ne 
leur  marchandant  pas  les  encouragements  (1). 

Il  s'agit  maintenant  de  nous  rendre  compte  des  inlluences 
architecturales  auxquelles  ont  obéi  les  constructions  notgé- 
riennes,  et  de  marquer  à  quelle  province  de  l'art  elles  appar- 
tiennent. Sous  ce  rapport,  Liège,  au  dire  des  archéologues, 
ne  constitue  pas  une  entité  artistique  indépendante.  Com- 
prise dans  l'Empire  d'Allemagne  et  orientée  sur  lui,  elle 
participe  de  toute  sa  vie  religieuse,  politique  et  esthétique. 
C'est  en  Allemagne,  par  conséquent,  qu'il  faut  aller  chercher 
les  types  de  l'art  liégeois,  et  c'est  dans  la  région  rhénane 
qu'on  retrouve  les  modèles  imités  à  Liège  (2). 

Telle  est  la  doctrine  des  maîtres.  Je  n'ose  m'inscrire  en 
faux  contre  elle,  mais  je  voudrais  faire  remarquer  que  la 
parenté  entre  l'art  mosan  et  l'art  rhénan  n'implique  pas 
nécessairement  que  celui-là  soit  en  tout  l'élève  de  celui-ci. 
Somme  toute,  les  édifices  religieux  de  Liège  et  de  Maestricht 
ne  sont  pas  postérieurs  à  ceux  qui  se  sont  élevés  sur  les 
bords  du  Rhin,  et  il  est  dillicile  de  dire  aujourd'liui  quels 
auraient  pu  être,  à  Cologne,  les  prototypes  de  Saint-Lambert 
ou  de  Saint- Servais.  Un  air  de  famille  groupe  les  églises  du 
Rhin  et  celles  de  la  Meuse  dans  une  même  série  artistique, 
c'est  entendu;  mais  qui  nous  dit  que  les  initiatives  qui  ont 
fini  par  en  fixer  les  traits  généraux  ne  sont  pas  parties  des 

(1)  Vita  Sancti  Godeliardi  prior,  c.  88,  p.   i'Jo  :  Ad  operarios  exibat  quorum  in- 

numerabilem  mulUtudinem  per  diversas  operum  utilitales exercebat,  quibus 

profectionis  studio  l'requentins  assidens,  singulorumque  strenuitates  dilii^enlius 
intuens,  adliibito  sibi  uno  de  clericis  scinper  inveniebalur  psaliiiodiae  laudes 
resonare. 

(2)  (i  Dans  la  partie  orientale  de  la  Belgique,  qui  correspond  à  rancien  diocèse 
de  Liège,  mais  surtout  sur  les  bords  de  la  Meuse,  près  de  Liège  et  de  iMaestricht, 
les  monuments  du  \l^  et  du  Xll''  oIVrent  généralement  les  caractères  du  style 
rhénan.   »  Reusens,  Éléments  d'archéologie  religieuse,  2<'  édition,  t.  1,  p.  .'iit. 


o08  CHAPITRE    XV. 

bords  de  la  Meuse  aussi  souvent  que  de  ceux  du  Rhin?  Ce 
sont  là  des  questions  que  Ion  pourrait  tout  au  moins  poser, 
mais  je  les  suppose  résolues  dans  le  sens  de  l'opinion  tra- 
ditionnelle et  j'aborde  immédiatement  la  question  des  rela- 
tions entre  l'art  notgérien  et  l'art  rhénan. 

Et  tout  d'abord,  je  constate  qu'à  l'époque  de  Notger,  il  y 
avait  au  pays  rhénan  deux  foyers  artistiques  simposant 
nécessairement  à  son  attention. 

Le  premier  était  dans  son  propre  diocèse  :  c'était  Aix-la- 
Chapelle,  la  vieille  ville  carolingienne,  avec  son  dôme  auguste 
qui  couvrait  le  tombeau  de  Charlemagne  et  qui  prêtait  ses 
voTites  au  couronnement  des  empereurs.  Notre-Dame  d'Aix- 
la-Chapelle  faisait  revivre  dans  le  nord  barbare  limage  de 
cette  architecture  à  coupole  dont  le  génie  romain  était  si 
épris.  C'était  en  quelque  sorte,  on  le  sait,  une  copie  de  Saint- 
Yital  de  Ravenne,  et  rien  n'était  plus  célèbre,  dans  nos 
contrées,  que  l'octogone  de  cet  éditice,  sa  coupole,  ses  portes 
de  bronze,  sa  couronne  de  lumière  et  ses  mosaïques  à  fond 
d'or  qui,  à  la  voûte,  représentaient  le  Christ  et  les  vingt- 
quatre  vieillards  de  l'Apocalypse.  Ce  n'est  pas  que  le  génie 
architectural  de  l'Occident  poussât  nos  ancêtres  à  ce  genre 
de  constructions,  loin  de  là.  C'est  le  culte  pour  la  mémoire 
de  Charlemagne  beaucoup  plus  qu'un  goût  particulier  pour 
les  rotondes  qui  a  fait  éclore,  sur  divers  points  à  la  fois,  des 
édilîces  bâtis  à  l'imitation  de  celui  d'Aix-la-Chapelle.  Parmi 
les  huit  ou  dix  monuments  qui,  du  IX"  au  XP  siècle,  repro- 
duisirent avec  plus  ou  moins  de  bonheur  l'image  de  l'église 
carolingienne  (1),  Saint-Jean  de  Liège  est  la  plus  occidentale 
avec  Germigny-des-Prés.  Rarement,  dans  l'histoire  de  l'ar- 
chitecture, l'inlluence  d'un  monument  eut  un  caractère  plus 

(I)  Ces  inominients  sont  : 

Sur  la  rive  droite  du  lîliin  :  Essen  (Prusse  Riiénanc);  Croningiic  (I[oIlande) 
Saint-Micliel  de  Fulda  (Hesse). 

Sur  lu  rive  gauclic,  outre  Liège  :  Niiuègue  (Hollnndej,  Tliionviilc  (Lorraine), 
Ottinarsheim  (Alsace),  MeUach  (Prusse  rluMianei,  Saint-Pantaléon  (Cologne;.  Y.  Deliio 
et  Bezold,  Die  Kirchliche  Baukitnst  des  .[brudlandes,  p.  ^33,  oii  l'on  ajoute  à  celle 
liste  la  tour  occidentale  de  Sainte-Marie  au  Capilole,  à  Cologne  et  l'église  de  Ger- 
migny-des-Prés (Loiret)  bâtie  par  Tliéodulf,  évêciue  d'Orléans,  un  des  fidèles  de 
Charlemagne.  Ch,  Sclinaase,  Gescliichte  der  bildendtn  Khuste,  t.  III,  p.  1535, 


LE    MOrVEMEXT    ARTISTIQUE,  309 

individuel,  si  Von  pcul  ainsi  parler,  rareiuenl  l'imilalion  l'ut 
plus  consciente,  plus  voulue.  Alors  que,  parmi  les  innom- 
brables cliefs-d'œuvrc  d'architecture  dont  le  génie  chrétien 
a  semé  l'Europe  occidentale,  c'est  à  peine  s'il  y  en  a  quelques- 
uns  dont  on  puisse  trouver  l'origine  racontée  dans  une  de  nos 
sources  narratives,  les  documents  nous  disent,  au  sujet  de  trois 
églises  différentes,  qu'elles  furent  Ijàties  sur  le  modèle  d'Aix- 
la-Chapelle  (1).  C'est  le  cas  pour  Li»'gc,  où,  au  XIV^  siècle,  Jean 
d'Outremeuse  sait  que  Notger  bâtit  l'église  Saint-Jean  «  de  la 
iachon  et  forme  reonde  ensi  que  astoit  et  est  l'englise  Notre- 
Damnie  d'Yais  le  Grain  »  (2).  Et  aujourd'hui  encore,  pour 
qui  a  vu  les  deux  sanctuaires,  nuilgré  les  reconstructions  qui 
ont  entamé  profondément  l'aspect  du  second,  leur  ressem- 
blance s'aHirme  avec  énergie.  On  peut  même  dire  qu'à  toutes 
les  époques  de  son  histoire  architecturale,  Saint-Jean  de  Liège 
semble  avoir  été  préoccupé  de  conserver  son  caractère  de 
reproduction  du  monument  de  Charlemagne.  Lorsqu'au  XI Y^ 
siècle  Aix-la-Chapelle  eut  bâti,  à  cùté  de  l'octogone,  un  chœur 
formant  à  lui  seul  un  nouvel  édifice,  on  en  bâtit  un  semblable 
à  Liège  (3).  Et  il  n'est  pas  jusqu'à  cette  passerelle  aérienne 
reliant  la  tour  à  l'octogone  et  menant  du  clocher  à  la  coupole 
par  laquelle  on  n'ait  voulu,  à  Liège,  au  XYIIF  siècle  se  con- 
former exactement  à  ce  qui  se  voyait  à  Aix-la-Chapelle  (4). 

(1)  Ainsi  pour  Metlach,  une  source  écrit  vers  1070  :  «  Et  Aquisgrani  [lalaliuin 
iniltcns  et  ex  eodem  similitudinem  sumens,  turrim  quae  adhuc  superest  crexit.  » 

Une  chi-onique  du  X^  siècle  dit  de  Tcglise  de  Germigny-des-Prés  :  Basilicam 
luiri  operis,  instar  videlicet  ejus  quae  Aquis  est  condita. 

(2)  Jean  d'Outremeuse,  IV,  p.  -loO.  On  a,  je  crois,  toujours  eu  conscience  à 
Liège  de  cette  ressemblance.  En  -Io70,  Ortelius,  passant  par  cette  ville,  écrivait 
dans  son  Itinerarium  :  Quam  aedem,  Aquisgranensi  perquam  simileni,  et  rotun- 
dam  penitus,  nisi  ([uod  ad  latera  sacella  postmodum  accessere,  condidit  ipse  suc 
sumptu  iNotgeruS).  Cf.  Délires  dn  pai/s  de  Lièije,  t.  1,  p.  43G.  «  Au  surplus,  les 
ih'xw  cdilices  se  ressemblent  tellement  que  l'on  ne  scaurait  doubler  si  le  modèle  de 
l'un  aurait  esté  pris  après  la  forme  de  l'autre.  »  Pli.  de  Ilurges,  Vuijafjc  à  Liècje  et 
à  Macxtricitt,  édit.  Michelant,  p.  1(J7. 

(3)  Sur  ce  chœur,  et  en  général  sur  toute  l'histoire  archileclurale  de  Sainl-Jcan, 
voir  plus  loin  l'appendice. 

(i)  Cette  passerelle,  disparue  à  Aix,  s'y  voyait  encore  dans  une  reproduction  du 
XVIIl''  siècle;  v.  Gilde  de  saint  Tliomii.i  ri  de  saint  Luc,  21^  réunion,  p.  3i. 

On  ne  la  voit  pas  à  Sainl-Jean  de  Liège  dans  la  gravure  des  Délices  du  pays  de 
Lièye,  t.  II,  p.  133,  et  j'ignore  quand  elle  y  fut  faite. 


310  CHAPITRE    XV. 

Enfin,  à  l'intérieur  de  l'édifice,  la  ressemblance  avec  Aix  était 
confirmée  encore  par  «  une  grande  couronne  de  cuivre  qui 
remplit  presque  toute  la  circonférence  «  (J).  Etant  donné  une 
conformité  si  fidèle  entre  les  deux  édifices,  il  serait  intéres- 
sant de  savoir  si  la  décoration  intérieure  de  Saint-Jean  de 
Liège  répondait  dans  quelque  mesure  à  celle  d'Aix-la-Chapelle. 
Les  voûtes  du  sanctuaire  liégeois  n'avaient-elles  pas  l'ambi- 
tion de  ressembler  à  celles  de  la  basilique  de  Gharlemagnc, 
dont  les  mosaïques  font  encore  aujourd'hui  l'admiration  des 
visiteurs?  Cette  question  doit  rester  forcément  sans  réponse, 
aucune  de  nos  sources  ne  nous  fournissant  à  ce  sujet  le 
moindre  renseignement  (2).  Quoi  qu'il  en  soit,  et  à  supposer 
que  l'imitation  n'ait  porté  que  sur  les  caractères  architectu- 
raux, elle  constitue  un  fait  trop  intéressant  pour  ne  pas  jus- 
tifier la  notice  un  peu  étendue  que  nous  avons  consacrée  au 
sanctuaire  favori  de  Notger. 

La  construction  de  Saint-Jean  est  un  hommage  de  respect 
et  un  acte  de  vasselage  artistique  envers  la  grande  mémoire 
de  Charlemagne,  mais  elle  reste  un  fait  isolé,  A  part  cette 
unique  exception,  l'architecture  notgérienne,  sous  les  réserves 
formulées  ci-dessus,  est  orientée  sur  la  métropole  de  l'église 
liégeoise,  sur  la  «  sainte  Cologne  «.  Cette  ville,  déjà  au 
X^  siècle  la  plus  importante  de  l'Allemagne,  était  comme  la 
Rome  du  Nord.  Nulle  part  en  Allemagne  il  n'y  avait  autant 
de  sanctuaires  ni  de  si  célèbres.  Rien  que  dans  la  vieille 
enceinte  romaine,  Cologne  avait  une  cathédrale,  une  collé- 
giale (Sainte-Marie  au  Capitole)  et  quatre  paroissiales  ;  dans 
les  faubourgs  surgissaient  les  églises  de  Saint-Géréon,  —  la 
basilique  des  Saints  d'or,  comme  l'appelait  le  peuple,  —  de 
Sainte-Ursule  aux  onze  mille  Vierges,  de  Saint-Séverin,  de 
Saint-Cunibert,  auxquelles  venait  de  s'ajouter  plus  récem- 
ment celle  de  Saint-Pantaléon,  dé])ositaire  des  tombeaux  de 
saint  Brunon  et  de  l'impératrice  Théophano.  Il  y  avait  là 
un  ensemble  de  merveilles  fascinantes.  Il  semble  donc  naturel 

(1)  Drlirrs  du  paijs  de  Licrjc,  I.  Il,  j).  \?>G. 

(2)  Le  Vita  NoU/cri,  qui  consacre  tout  son  th.  4  à  l'histoire  de  la  fondation  de 
Sainl-Jean.  ne  parle  pas  de  sa  ressemblance  avec  N.  D.  d'Aix-la-Chapelle  et  se 
borne  à  énumérer  les  richesses  mobilières  et  les  reliques  dont  Notger  la  dota. 


LE    MOUVEMENT    AUTISTIQUE. 


311 


que  Liège,  îors([u*;i  son  tour  clic  voulut  «  i-c\clii'  I;i  robe 
blanche  des  basiliques  »,  se  soit  inspirée  de  sa  vieille  métro- 
pole, et  que  l'art  liégeois  soit  le  disciple  de  Tart  rhénan. 

En  quoi  il  l'imita,  cela  n'est  pas  facile  à  dire,  étant  donne 
que  la  plupart  des  monuments  colonais  d'alors  ont  été 
renouvelés.  Mais  la  parenté  artistique  de  Liège  et  de  Cologne, 
atlîrmée  pour  le  X*'  siècle  par  les  archéologues,  reste  vivace 
dans  les  siècles  suivants  :  elle  se  prolonge  par  dessus  l'époque 
romane  dans  l'époque  gothi({ue,  et  atteste  l'antiquité  comme 
la  force  du  lien  qui  rattache  l'art  des  bords  de  la  Meuse  à 
celui  du  Rhin. 

Essayons  de  préciser,  sinon  les  caractères  de  l'art  notgé- 
rien,  du  moins  les  traits  principaux  de  ses  œuvres  archi- 
tecturales. 

Le  plus  frappant  de  tous,  c'est  la  double  abside  hémisphé- 
rique de  la  cathédrale  de  Saint-Lambert  (1)  et  de  l'église 
Sainte-Croix  (2).  Tous  les  archéologues  s'accordent  à  recon- 
naître dans  cette  particularité,  un  des  traits  caractéristiques 
de  l'architecture  rhénane  (3).  Elle  influe  sur  la  disposition  de 
l'édifice  tout  entier,  et  même,  dans  une  certaine  mesure,  sur 
la  liturgie,  à  moins  qu'on  ne  pi'éfère  l'expliquer  elle-même 
par  les  nécessités  liturgiques.  La  double  abside,  si  l'on  peut 
s'en  rappoi'ter  aux  exemples  cités  ci-dessus,  a  dû  être  fort 
répandue  dans  nos  contrées,  mais  le  remaniement  de  nos 
édifices  religieux  à  partir  d'une  certaine  époque,  l'aura  fait 
disparaître. 

Un  second  trait  de  notre  primitive  architecture  romane, 
c'est  l'absence  de  voûtes:  celles-ci  étaient  remplacées  par  des 
plafonds    à  la  cathédrale  (4),    à   Saint-Denis  (o),   à  Notre- 


([)  Sur  celle-ci,  voir,  à  rappcndice,  La  rathéilralc  nottjérienne  de  Saint-Lambert. 

(2)  Celle-ci  existe  encore,  bien  que  rebiitie  à  une  époque  postérieure. 

{?>)  C.  F.nlart,  Manuel  d'archénlogie française,  I.  I,  p.  2'2Û;   Antliyme  Saint-Paul, 
Bulletin  archéolngiqne  du  cniiiitc  des  travaux  historiiiues,  188(!,  p.  .31 1  ;  Oite,  Hand- 
buch  dcr  rhristlirlicn  k'unsl-Arctidolofiie,  li''  édition,  Leipzig  1883-85,  t.  I,  p.  .30-06; 
Dehio  et  Bezold,  Die  Kirclilirlie  Daul.unst  des  Abendlandes,  l.  I.  p.  167. 
■  (4)  V.  à  l'appendice  la  dissertation  citée. 

(0)  Saint-Denis  garda  son  plafond  jusqu'en  1701.  V.  l'article  Saint-Denis  dans 
Th.  Gobert,  Les  Rues  de  Liège,  t.  I,  p.  394. 


^\2  CHAPITRE    XV. 

Dame  de  Maestricht(l)  et  peut-être  dans  d'autres  églises 
encore  (2).  Si  Saint-Jean  a  eu  une  voûte,  cela  tient  à  sa 
coupole  et  à  l'imitation  d'Aix-la-Chapelle,  mais,  dans  les 
débuts  du  gothique  liégeois,  les  éi;^liscs  étaient  encore  munies 
de  plafonds,  témoin  léglisc  Saint-Christophe  aujourd'hui 
restaurée. 

Je  note  en  troisième  lieu,  dans  les  églises  notgériennes, 
l'absence  de  transept  :  aiicune  d'elles,  si  je  ne  me  trompe, 
n'en  a  eu  (3). 

D'autres  caractères  du  roman  rhénan  ont  peut-être  aussi 
a]ipartenu  à  l'architecture  notgérienne,  mais  nous  ne  sommes 
})lus  en  état  d'en  juger.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  l'alter- 
nance des  supports  (piliers  et  colonnes),  est  considérée  par 
un  historien  de  l'art  comme  propre  aux  débuts  du  roman  (4); 
toutefois,  nous  ne  la  rencontrons  à  Liège  que  dans  une  seule 
église,  celle  de  Saint-Christophe,  et  elle  est  postérieure  d'un 
bon  siècle  à  Notger.  Saint-Denis,  qui  date  de  cet  évèque, 
repose  sur  des  colonnes  seulement. 

Enfin,  on  veut  aussi  voir  dans  la  pauvreté  de  l'ornemen- 
tation la  dernière  note  des  édifices  qui  ont  été  élevés  dans 
la  période  de  transition  du  X''  au  XI''  siècle  (5).  Pour  pouvoir 
l'affirmer  des  monuments  liégeois,  il  nous  faudrait  avoir 
conservé  la  cathédrale  notgérienne,  car  tout  ce  que  nous 
savons  de  cet  édifice  nous  permet  de  croire  qu'il  dépassait 
de  beaucoup  toutes  les  églises  de  Liège.  A  ne  juger  de  celles- 
ci  que  par  la  nef  et  la  tour  de  Saint-Denis,  par  le  nartiiex  et 

(1)  Nuirc-Dame  de  Maestridi!  a  ^ardé  son  plafond  de  bois  jusqu'en  I7(il.  .in- 
niuùre  de  la  proriiirc  de  Uinlidiirii,  182",  ]i.  I  l(S;  Gildc  de  saint.  Thomas  et  de  saint 
Luc,  Bulletin  de  la  o'2e  session,  Lille-Bruges,  HI03,  p.  il). 

(2)  Le  plafond  de  Saint-Sci'vais  de  MacstricliL  ne  fut  i-eniplacé  ([ue  vers  li2o 
par  une  voûte  (Schnieils,  La  basiliiine  de  Saint-Servais  à  Maestricht,  p.  48.) 

fo)  Saint-Servais  de  Maesti'iclit  n"en  a  pas,  ni  Sainl-Ciriuent  ni  Sainle-Agncs  de 
Rome,  ni  Saint-Apollinaire  iti  Classe,  ni  aucune  basiliiiue  de  P.avenne.  Schmcits, 
La  hasiUtjue  de  Saiiit-Serrais  à  Maestridit,  \).  (J9.  ^oti'e-Itaiiie  de  Maeslricht  n'avait 
|ias  non  plus  de  transept  à  l'oi-ii^ine;  celui  qu'elle  possède  est  d'époque  postérieure. 
Annuaire  de  lu  prorince  de  Linibourq,  -1827,  p.  H.'j. 

(i)  Kraus,  Gesrhichte  der  christlirhen  Kunst,  t.  II,  p.  30.  La  patrie  de  cette  inno- 
vation sei-ait,  d'après  lui,  la  coniréc  au  nord  du  Harz;  de  là  elle  se  serait  répandue 
dans  toute  la  Dasse-Saxe,  en  Alsace,  dans  le  yiand-duclié  de  Bade  et  en  Lolliaring-ie. 

(5)  lîeusens,  Eléments  d'arrtiéolo<jie  rlirétienne,  t.  1,  p.  ;)41. 


LE    MOUVE3IEXT    ARTISTIQUE.  313 

l'octoo^one  clc  Saint-Jacques,  et  par  l'église  Saint-Baiilu''lemy, 
I>àtics  l'une  et  l'autre  quelques  années  après  Notgcr^  et  que 
nous  avons  conservées,  nous  ne  sommes  pas  fondés  à  con- 
tester le  jugement  formulé  ci-dessus.  Une  simplicité  extrême 
se  remarque  dans  ces  vénérables  reliques  d'un  passé  lointain; 
les  baies  des  fenêtres,  les  arcatures  des  surlaces,  les  chapi- 
teaux des  colonnes  ne  traliissent  aucune  recherche  d'orne- 
mentation, aucun  ellbrl  d'imagination  de  la  part  de  l'archi- 
tecte. Un  chapiteau  de  Saint-Barthélémy,  encore  subsistant 
et  un  autre,  qu'on  a  retrouve  dans  le  sous-sol  de  Saint- Jean, 
sont,  à  la  vérité,  d'un  travail  plus  riche,  sans  toutefois  rien 
présenter  de  cette  exubérante  fantaisie  avec  laquelle  on  se 
complaii'a,  au  XP  siècle,  à  orner  les  su[)ports  architecturaux. 
Au  surplus,  ce  que  les  architectes  appellent  le  remploi  a  été 
trop  pratiqué  dans  l'architecture  mosane  de  cette  époque 
pour  qu'on  puisse  attribuer  une  fécondité  extraordinaire  à 
sa  glyptique.  Nous  avons  déjà  vu  que  les  colonnes  de  la 
cathédrale  bâtie  jîar  saint  Hubert  furent  conservées  et  uti- 
lisées au  porche  septentrional  de  la  cathédrale  notgérienne. 
Un  autre  exemple  de  remploi,  plus  curieux  encore  mais  plus 
ancien,  est  celui  dont  Folcuin  de  Lobbes  nous  a  conservé  le 
souvenir.  L'église  de  cette  abbave  fut  rebâtie  entre  901   et 

o  t. 

920  par  l'évcque  Etienne,  un  des  prédécesseurs  de  Notger, 
parce  qu'elle  ne  répondait  plus  ni  à  la  richesse  de  la  maison, 
ni  aux  besoins  du  culte.  Après  avoir  abattu  de  fond  en 
comble  i'édilîce  ancien,  on  le  reconstruisit  beaucoup  plus 
élégant  et  plus  beau,  et  l'on  fit  venir  de  partout  les  colonnes 
que  les  visiteurs  admiraient  du  temps  de  Folcuin.  De  partout, 
c'est-à-dire,  sans  doute,  de  plus  d'une  villa  romaine,  et  de 
plus  d'un  édifice  dès  siècle  carolingiens  (I). 

Pour  terminer  ces  notions  sur  l'architecture  notgérienne, 
il  ne  sera  pas  inutile  de  laisser  parler  ici,  malgré   la  juste 

il,  OiKie  (ecclesia)  —  —  —  quia  loci  nobilitali  [larva  et  niiiuis  apla  viilcbaliii', 
ilcsli'iula  et  l'iiinlilus  cvorsa  est,  et  ista  ([uac  Tiiinc  est  cleganlioris  funiiao  et  speciei 
edil'uala.  Oiiac  ad  iii  opiis  columnis  undecuiuiuc  corrasis,  cum  basibus  et  episfyliis 
seii  ceteris  latomorinn  seu  ceincntariorum  disciplinis  pro  modnli  siii  (luantilate 
omnibns  circiim  se  positis  est  ineoinparabilis.  Folcuin,  c.  18,  p.  02.  Cf.  Enlart, 
0.  c,  p.  ISo. 


314  CHAPITRE   XV. 

défiance  qu'il  inspirai  par  ailleurs,  un  contemporain  de  la 
destruction  de  Saint- Lambert.  A  l'entendre,  cet  édifice 
g^otliique  du  XIIP  siècle  avait  conservé  des  fragments  du 
sanctuaire  notgérien  consumé  par  l'incendie  de  II80,  et  voici 
comment  il  en  décrit  l'appareil  : 

«  Le  mode  de  construction  de  cette  époque  était  indiqué 
par  quelques  vestiges  qui  subsistaient  dans  les  cloîtres  avoi- 
sinant  le  vieux  chœur. 

))  Cette  bâtisse  avait  une  grande  ressemblance  avec  les 
constructions  romaines  de  petit  appareil,  c'est-à-dire  formées 
de  petites  pierres  à  peu  près  cubiques  et  parfois  cunéiformes, 
environ  de  3  à  4  pouces,  liées  ensemble  par  une  couche 
épaisse  de  ciment. 

«  De  tout  l'entablement  de  cet  édifice,  on  n'avait  conservé 
que  quelques  fragments  de  corniches  du  pourtour  de  la  nef 
et  du  cloître. 

«  On  jugeait  qu'elle  reposait  sur  des  modillons  de  formes 
très  variées  et  souvent  d'une  bizarrerie  extraordinaire.  Les 
uns  figuraient  des  volutes,  des  feuilles,  des  fruits,  des  masques 
humains  ou  des  têtes  d'animaux  fantastiques.  Les  fenêtres 
en  plein  cintre,  de  petites  dimensions,  avaient  en  hauteur  le 
double  de  leur  largeur,  ce  qui  les  faisait  ressembler  à  des 
meurtrières;  elles  reposaient  sur  des  pilastres  larges  et 
écrasés  » (1). 

Le  même  témoin  ajoute  —  et  cette  fois  je  ne  vois  aucun 
motif  pour  lui  refuser  créance  : 

«  On  employa  pour  la  construction  les  pierres  de  sable  et 
les  moellons.  Lorsqu'au  siècle  dernier  (le  XVIIP)  on  exami- 
nait les  vestiges  des  substructions  de  la  cathédrale  bâtie  par 
Notger,  on  constatait  que  les  pierres  de  sable  provenaient 
de  Maestricht  et  que  le  moellon  brunâtre,  stratifié  horizonta- 
lement, le  tout  joint  ensemble  par  d'épaisses  couches  de 
ciment,  ne  pouvait  venir  que  d'une  carrière  voisine  »  (2). 

Ce  dernier  détail  est  exact.  Les  moellons  dont  parle  ici 
l'auteur  sont  en  grès  houillier  de  A  ivegnis,  et  cette  pierre  a 

(i)  Van  lien  Slcen  de  Jeliay,  l.a  Cntficdrale  de  Saint-Lambert  it  Lièijr,  2'"  edilion, 
Liège  1880,  p.  l(i. 
(2)  Le  même,  0.  c,  p.  iS. 


LE   MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  31o 

servi  à  la  construction  de  tous  les  édifices  notgéricns,  comme 
on  peut  le  constater  à  Saint-Jean,  à  Saint-Denis,  et  dans  les 
fragments  de  l'enceinte  du  X*"  siècle,  tout  comme,  un  peu 
après,  on  l'employait  aussi  à  Saint-Barthclemy  (lOlo)  et  à 
Saint-Jacques  (101  G).  Or,  cette  pierre  se  rencontre  partout 
dans  le  sous-sol  de  Liège,  et  notre  évcque  n'avait  pas  besoin, 
comme  Gérard  de  Cambrai,  de  [)arcourir  à  cheval  les  envi- 
rons de  sa  ville  jusqu'à  ce  qu'il découvrîtenfin  des  carrières(l). 
Il  suflisait  de  creuser  où  l'on  voulait,  sous  la  colline  de 
Publémont  ou  ailleurs,  pour  mettre  au  jour  ces  matériaux 
en  grande  abondance  (2),  oftrant  d'ailleurs  plus  de  résistance 
au  temps  que  de  charme  au  regard.  Conformément  à  l'usage 
universellement  suivi  au  moyen  âge,  on  taillait  les  pierres 
sur  place,  pour  éviter  les  frais  inutiles  qu'aurait  causés  le 
transport  des  matériaux  bruts,  et  de  là  on  les  faisait  arriver 
à  pied  d'œuvre,  toutes  prêtes  à  leur  usage  (3). 

En  abordant  l'histoire  des  autres  arts  cultivés  au  temps 
de  Notger,  nous  rencontrons  d'abord  une  opinion  assez 
répandue,  d'après  laquelle  ils  auraient  subi  à  un  degré 
})rononcé  l'influence  byzantine.  Mais  les  faits  allégués  pour 
établir  cette  manière  de  voir  sont  tout  ce  qu'il  y  a  de  moins 
probant.  De  ce  que  l'impératrice  Théophano  était  byzantine, 

(1)  Ge.ita  epp.  Camerac.  III,  49,  p.  483. 

(2)  Jean  (rOutremeiifîC,  qui  sait  tout,  n"a  pas  voulu  ignorer  l'endroit  précis  d'où, 
quatre  siècles  avant  lui,  on  arrachait  ces  pierres;  ccoutons-lc  : 

«  Et  prendoit  pires  es  preis  deriere  le  Sablonnier,  en  I  grand  roche  dcsquendant 
le  lietre  de  Publémont  où  li  englisc  Saint-Martin  astoit  fondée,  desquendant  jusqu'en 
preis  où  li  Begars  furent  puis  situeis;  là  avoit  I  grand  roche  où  ons  avoit  pris  pire 
longtemps  pour  faire  l'englise  Saint-Martin,  Saint-Lambert,  Sainl-Crois,  et  ancors 
y  prendoit-ons  pour  Saint-Johain  ;  si  avoit  I  si  profonde  fosse  que  ch'estoit  mer- 
veille. 1)  IV,  p.  loO.  Puis,  une  fois  en  train,  le  romancier,  (juelques  pages  plus 
loin,  fait  servir  sa  profonde  fusse  à  une  nouvelle  légende  :  c'est  là  ([ue  Roland  des 
Prez,  revenant  d'Arabie,  et  voulant  aller  la  nuit  au  château  de  son  frère,  se  tua  en 
y  tombant;  depuis  lors  l'endroit  s'appelle  Roland  (jojfe  {l\' ,  161).  Toutes  ces  histo- 
riettes ï-c  racontent  encore  couramn}cnt  à  Liège  comme  de  l'histoire. 

{oj  V.  Enlart,  o.  c.  t.  1,  p.  77.  Des  exemples  de  cet  usage  se  rencontrent  dans 
nos  sources  lotharingiennes.  Ainsi  Gérard  de  Cambrai  taille  ses  colonnes  dans  la 
carrière,  à  'AO  milles  de  sa  ville  épiscopale  où  il  les  emploiera  (Gestn  epp.  Camerac. 
c.  49,  p.  483.)  Ainsi  l'abbé  Thierry  de  Saint-Hubert  fait  tailler  à  Arlon  même  les 
pierres  ([u'Adélaïde,  mai'quisc  d'Arlon,lui  a  données  pour  .son  égli.se  (Cfirotiiron  Saucti 
Huberti,  c.  19,  p.  379.) 


316  CHAPITRE    XV. 

(le  ce  que  son  frère  Grégoire  mourut  abbé  de  Boi'cettc  ])rès 
(rAix-la-Chai)cllc,  de  ce  qu'elle-même  a  eu  son  lond^cau  à 
Saint-Pantaléon  do  (Pologne,  peut-on  tirer  une  conclusion 
fondée?  Sans  doute,  parmi  les  cadeaux  quelle  apporta  en 
Germanie  en  venant  épouser  Otton  II,  il  a  pu  se  trouver 
bien  des  objets  d'art  byzantin  (1),  mais  en  quoi  les  bijoux 
et  les  meubles  de  l'impératrice  auraient-ils  pu  révolutionner 
l'art  occidental?  Il  faudrait  prouver,  et  c'est  ce  qu'on  ne 
fait  pas,  que  l'impératrice  a  amené  dans  sa  suite  ou  appelé 
auprès  d'elle  des  artistes  de  son  ji^ys,  que  ces  artistes  ont 
travaillé  chez  nous  et  que  leurs  produits  ont  été  imités  par 
leurs  émules  occidentaux,  mais  on  ne  saurait  pas  produire 
un  seul  fait  à  l'appui  des  trois  termes  de  cette  hypothèse  (2). 
Invoquer  la  circonstance  que,  lorsque  la  duchesse  HedAvige 
de  Souabe  fut  fiancée  à  l'empereur  Constantin,  un  peintre 
byzantin  vint  faire  son  portrait  (3),  n'est-ce  pas  fournir  la 
démonstration  la  plus  complète  de  la  pauvreté  d'une  thèse 
qui  a  besoin  de  recourir  à  de  tels  arguments? 

De  fait,  l'art  de  la  peinture  florissait  dans  nos  contrées  de 
temps  immémorial,  et  rien  ne  montre  qu'il  ait  sul^i  la  moindre 
induence  byzantine.  La  place  qu'on  lui  faisait  dans  les  sanc- 
tuaires était  tout-à-fait  remarquable,  si  on  la  compare  avec 
celle  qu'on  lui  fait  de  nos  jours  dans  des  églises  où  le  culte 
du  badigeon  a  si  longtemps  régné.  Des  deux  côtés  du  Khin, 
en  France  et  en  Allemagne,  le  peintre  était  le  collaborateur 
indispensable  de  l'architecte,  et  une  église  n'était  réputée 
achevée  que  lorsqu'elle  était  revêtue  de  sa  robe  de  couleur. 
(c  Jusque  dans  les  moindres  villages,  les  églises  recevaient 
ces  ornements  qui  nous  paraissent  aujourd'hui  une  recherche 
de  luxe,  et  qui  étaient  alors  regardés  comme  une  nécessité 
alisolue.  De[)uis  le  VF  siècle  jusqu'à  la  fm  du  XII'',  les  églises 
collégiales,  conventuelles,  paroissiales,  comme  les  cathé- 
drales et  les  chapelles  seigneuriales,  reçurent  des  ornements 
et  des  compositions  historiques  dont  les  traces  sont  encore 

(!)  Ma()tiijicis  initncrihiix,  Tliicfiiiai'  de  Mcrselidin-g-,  II,  !),  |i.  7i8. 

(2)  Cf.  IU'i^;spl.  lier  liriliiic  Ileninfint  von  llililcxliriiii  al.i  Kïmstler  iiiul  l'iinlcirr 
lier  deiitsclini  hmtsi,  Ilihlesheiin,  '1893,  p.  -11. 

(3)  Ekkehard,  Casm  Srnxii  Galli,  c.  10,  p.  123. 


LE    MOUVKMKNT    AllTISTIorK.  317 

si  fréquentes,  de.  (1)  «  Voilà  les  consultations  que  Cuisaient, 
il  y  a  déjà  un  deuii-sièclc,  les  archéologues  français,  et 
depuis  l(M's,  ou  a  al)ondé  dans  leur  sens.  La  liste  serait 
longue  des  églises  et  des  monastères  qui,  en  Lotharingie  ou 
en  Germanie,  montraient  avec  orgueil  leurs  peintures  mu- 
rales. 

('am])rai  avait,  dès  le  IX''  siècle,  nn  peintre  du  nom  de 
Madalulf  (egregias  plctof),  qui  l'ut  appelé  à  Saint- A\'andrille 
pour  orner  de  son  pinceau  le  nmrs  de  cette  abbaye  (!:2). 
A  Verdun,  on  admirait  tout  un  cycle  de  peintures  repré- 
sentant la  vie  et  les  miracles  de  saint  Paul,  évéque  de  cette 
ville  (3).  A  Trêves,  le  moine  Sigehard,  qui  écrivait  en  9G5 
les  miracles  de  saint  Quiriacus,  citait  en  témoignage  une 
fresque  dans  l'église  du  saint,  tellement  vieille  qu'elle  était 
en  grande  partie  elfacée  (4).  A  Toul,  la  cathédrale  rebâtie 
par  saint  Gérard  resplendissait  de  couleurs  (o).  A  la  cathé- 
drale de  Hildesheim,  saint  Bernward  ornait  de  peintures  les 
murs  et  même  le  plafond  (6).  L'abbaye  de  Reichenau  faisait 
tracer,  dans  son  église  d'Oberzell,  ce  vaste  cycle  de  scènes 
sacrées  qui  frappe  encore  aujourd'hui  l'œil  du  visiteur  (7). 
L'art  de  la  peinture  abordait  tous  les  genres  :  tandis  que, 
dune  part,  il  se  risquait  dans  le  portrait  (8)  et  que,  de 
l'autre,  il  retraçait  les  épisodes  de  la  vie  des  saints,  comme 
on  l'a  vu  plus  haut,  il  ne  reculait  pas  devant  la  peinture 
d'histoire,  lidèle  encore  en  ceci  à  la  tradition  du  siècle  de 
Charlemagne  (9).   Dans  la  grande  salle  du  palais  de  Mer- 

(Ij  Qiiigrù.i  arcliéolo(ii<iiie  de  Toiir.i,  I808,  p.  088. 

(2)  Gesta  ahb.  FontanclL,  c.  17,  p.  ï>','>. 

(o)  Log'i  et  i)ii'l;i  viili  iniilla  iniracula  ([iiae  vivons  in  opiscopalu  cgil.  lîortariiis, 
c.  8,  p.  43. 

(i)  Acla  Stincliinint,  I.  Vil  <ie  mai,  p.  'Sf». 

(o)    Vita  sancti  Ccrardi.  c.  5,  q.  4!)4, 

(G)  Unde  ex(!iiisila  ;u-  lucida  piclnra  tam  parielps  qiiam  laqnoari.i  oxornabat. 
Tliangniar,  Vita  mucti  Dcniwardi,  c.  8,  p.  701. 

(7)  Kraus,  Gescliiclite  der  cliri.itlichen  Kunst,  t.  I,  pp.  Îii-.'JG. 

(8)  Thieliiiar  de  Mersebourg,  III,  1  :  portraits  d'Otton  II  et  de  Tliéopliano  on  tête 
d'un  livre  (évangéliaire?)  donné  par  rcs  souverains  à  l'cglise  de  Magdfbourg. 

(9)  Voir  dans  Ermoldus  Nigelius,  IV,  pp.  o04-,")0C,  la  description  des  peintures 
qui  ornaient  le  palais  impérial  d'Ingelheini,  et  où  les  scènes  de  l'bistoire  profane 
faisaient  pendant  à  celles  de  l'histoire  sacrée. 


318  CHAPITRE    XV. 

sebourg,  on  avait  représenté  la  victoire  d'Henri  I  sur  les 
Honji^rois  (1),  à  peu  près  comme  les  Athéniens  du  temps 
de  Miltiade  peignaient  sur  les  murs  du  Pécile  la  victoire 
de  Marathon  (2).  Et  l'évêque  de  Paderborn,  Meinwerc,  au 
commencement  du  XP  siècle,  faisait  représenter  le  triomphe 
remporté  sur  un  dragon  par  son  beau -père  le  comte 
Baldéric  (3). 

Il  ne  faudra  donc  pas  s'étonner  d'entendre  parler  des 
peintures  liégeoises  du  X^  siècle.  Liège  et  les  riches  abbayes 
du  diocèse  ne  faisaient  que  suivre  le  courant  de  la  civi- 
lisation. A  dire  le  vrai,  il  y  avait  longtemps  que  la  peinture 
était  en  honneur  à  Liège,  et  la  ville  dont  les  environs 
fournissaient  à  la  majesté  impériale  une  de  ses  demeures 
favorites  n'avait  pu  être  étrangère  aux  arts.  Si  la  destruc- 
tion des  monuments,  jointe  à  celle  des  écrits,  ne  nous  permet 
plus  de  reconstituer  l'aspect  qu'avaient  alors  nos  sanctuaires, 
nous  voyons,  vers  le  milieu  du  IX^  siècle,  surgir  à  Liège  un 
palais  épiscopal  qui  éblouit  le  regard  par  la  richesse  de  ses 
décorations  et  par  la  beauté  de  ses  tableaux  (4).  On  y  trou- 
vait notamment  une  chambre  haute  où  étaient  peintes  les 
scènes  du  Nouveau  Testament,  comme  à  Ingelheim;  depuis 
l'annonciation  à  Zacharie  jusqu'à  la  vocation  de  Pierre,  il 
n'y  avait  pas  moins  de  seize  sujets  représentés,  dont  l'exécu- 
tion exigeait  de  la  composition  et  du  dessin  (o).  Les  vers 
explicatifs  de  ces  espèces  de  fresques  avaient  été  faits  par 
Sédulius  et  nous  sont  restés.  Et  certes,  si  le  palais  du  prince 
était  orné  de  la  sorte,  les  sanctuaires  de  Dieu  n'étaient  pas 

(-1)  Hune  vero  triumphum  tam  laude  quani  memoriâ  dignum  ad  Meresburg  rex 
in  superiori  cenaculo  domus  per  Zw-'Ç/a-^sTav,  zografian,  id  esl  piclurani,  nolare 
precepit,  adco  ut  rem  veram  potius  quani  verisimilem  vidcas.  Liutpi'and,  Antapo- 
dosis,  II,  31,  p.  29k 

(2)  Cornélius  Nepos,  Miltiades,  G. 
('A)   Vita  Meinwerci,  c.  138,  p.  i'SA. 
(4)  Veslri  tecla  nilcnl  lucc  serenâ  ; 

Florent  arte  nova  culmina  picta; 
Rident  atque  tolo  multicolora 
Et  formosa  mirant  scemata  plura. 
Sédulius  à  l'évêque  Hartgar  dansDiimmler,  Poetae  latini  aevi  carolini,  t.  III,  p.  109. 
(a)  Sédulius  p.  210.  Et  encore  le  poënie  qui  décrit  ces  scènes  semble-t-il  incom- 
plet. 


Llî    MOUVKIMKN'T    AUTISTIQL'fi.  319 

trailés  avec  moins  de  sollicilmle.  Ou  a  <lonc  le  droit  Je  croire 
que  les  nombreux  temples  qui  llamln-rent  sous  la  torche  des 
Normands  virent  disparaître  avec  eux  tout  un  monde  idéal, 
contemporain  du  grand  envpereur  et  de  ses  héritiers. 

Mais  la  renaissance  ottonienne  était  venue,  et  la  peinture 
avait  pris  un  nouvel  essor  à  la  voix  des  évèques  bâtisseurs. 
Partout,  dans  les  abbayes  de  ce  temps,  le  peintre  prêta  son 
concours  à  l'architecte  (1),  et  nous  a[)prenons  qu'à  Lobbes, 
où,  comme  on  sait,  tout  se  taisait  sous  l'inspiration  de  Notger, 
le  chœur  tout  entier,  y  compris  la  voûte,  fut  orné  de  pein- 
tures. A  Liège,  ce  n'est  pas  l'art  seulement  que  nous  voyons 
cultivé  comme  ailleurs,  c'est  l'artiste  qui  va  nous  apj>araître  : 
un  vrai  artiste  chrétien  dont  nous  connaissons  le  nom  et 
l'histoire,  encore  bien  qu'un  peu  altérée  parla  légende.  Arrô- 
tons-nous  un  instant  devant  la  curieuse  et  mélancolique 
figure  du  peintre  Jean. 

Jean  était  italien  (::i),  et  l'empereur  Otton  III  l'avait  amené 
d'au  delà  des  Alpes  à  Aix-la-Chapelle,  pour  orner  de  son 
pinceau  les  murs  de  l'église  carolingienne  encore  vierges  de 
couleur.  L'empereur  aurait  ensuite  recommandé  et  en  quelque 
sorte  confié  son  artiste  à  Notger(3).  Jean  était  une  de  ces 
âmes  pieuses  et  recueillies  pour  qui  l'art  est  une  des  formes 
de  la  prière,  et  dont  le  bienheureux  Angelico  de  Fiesole  est 
resté  le  représentant  le  plus  illustre.  Il  était  de  plus,  au 
dire  d'un  contemporain,  le  prince  des  artistes  de  son  temps, 
et  ses  fresques  d'Aix-la-Chapelle,  bien  que  ternies  par  le  temps, 
gardaient  encore,  un  demi -siècle  après,   une   triomphante 

(1)  Domum  ipsam  altaris  et  laquear  ipsius  appi^ime  plnxil.  Fdlcuin,  c.  29, 
p.  70. 

A  Sainl-llubert  nous  trouvons,  vers  le  milieu  du  Xle  siècle,  le  peintre  Herbert, 
iniinalurà  morte  preventus.  Clinm.  S.  Iluberti,  c.  8,  p.  o73. 

A  Saint-Trond,  labbé  Adélard  (999-1034)  orne  une  église  à  l'intérieur  et  à  Tex- 
tcrieur.  vario  cultu  diversisque  utensilibus.  llodolphe,  Chroti.  S.  Trud.,  I,  2,  p.  230. 

\2)  Vita  Balderki,  c.  -13,  p.  729.  La  Clironiqite  de  Saint- Laurent,  c.  13,  p.  2G7, 
croit  même  savoir  qu'il  était  lombard,  mais  ce  témoignage  un  peu  tardif  d'un  ou- 
vrage d'ailleurs  interpolé  n'est  pas  tait  pour  inspirer  une  entière  confiance. 

(3)  Kt  non  à  Baldéric  II,  comme  dit  le  Vita  Baldcrici,  c.  14,  p.  730.  V.  mon 
article  intitulé  Le  peintre  Jean,  dans  BbiL,  t.  XXXIII  (1904),  oii  sont  élucidés  quel- 
ques problèmes  relatifs  à  la  vie  de  cet  artiste.  J'y  renvoie  une  fois  pour  toutes. 


320  ciiapitut;  xv. 

supériorité  sur  tout  ce  qu'on  avait  peint  depuis  lors  dans 
le  même  sanctuaire.  Nul  doute  que  ce  noble  artiste  n'ait 
travaillé  pour  Notjçer,  et  que  les  peintures  qu'on  admirait 
dans  la  cathédrale  de  Saint-Lambert  ne  fussent  dues  à  son 
pinceau.  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  trouva  auprès  de 
Baldéric  II,  après  la  mort  de  son  protecteur,  une  liospitnlité 
non  moins  généreuse  ;  il  fut  l'ami  et  en  quelques  manière  le 
conseiller  de  cette  âme  sensible  et  éprouvée;  c'est  sur  sa 
recommandation  que  l'évèque  se  décida  à  bâtir  I0  monastère 
de  Saint-Jacques,  et  ce  fat  Jean  qui  en  orna  de  ses  peintures 
le  cliancel.  Il  mourut  à  un  âge  avancé,  et  l'abbaye  reconnais- 
sante donna  au  pieux  étranger  l'hospitalité  du  tombeau  (1). 
Bien  que  le  biographe  de  Baldéric  ne  nous  l'ail  pas  dit  — 
puisqu'il  ne  parle  que  de  ce  qui  intéresse  son  héros  —  il 
n'est  pas  douteux  que  le  peintre  Jean  ait  travaillé  pour 
Notger  tout  aussi  bien  que  pour  Baldéric.  Les  églises  qui 
surgissaient  sur  tous  les  points  de  la  ville  de  Liège  o liraient 
à  son  zèle  un  champ  d'action  illimité.  Quelles  furent  celles 
qu'orna  son  pinceau?  Sur  ce  point,  nous  sommes  réduits 
aux  conjectures.  La  cathédrale,  il  est  vrai,  n'était  pas 
encore  terminée  quand  mourut  Notger;  rien  cependant  ne 
nous  empêche  d'admettre  qu'il  aura,  du  vivant  de  ce  prince, 
peint  le  chœur  et  d'autres  parties  considérables  de  ce  grand 
édifice,  et  qu'il  peut  revendiquer  une  part  dans  les  belles 
fresques  représentant  les  scènes  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
Testament  (2),    ainsi    que    d'autres    sujets   hagiographiques 


(-1)  Vita  IJdlilcrivi,  c.  13,  p.  720,  rfjnTjdiill  par  (lilles  d'Oi'vwl  dans  Cliapcavillo. 
Grâce  à  leur  mauvaise  habitude  de  coiilinuer  à  se  sei'vii'  du  Gilles  d'Orvul  de 
Cliappaville,  les  écrivains  beiges  qui  ont  parlé  de  Jean,  par  exemple,  lléris,  Mciii. 
sur  L'iciile  jhnnandc  de  peinture  snus  les  ducs  de  Dounjofjne  {Méin.  vous,  de  l'Avud. 
roii.deDeUj.  coll.  in-i",  1.  XXVII,  p.  .'>7),  se  sont  persuadés  ([ue  le  passage  du 
Vita  Ualderici  cité  par  cet  auteur  dans  sa  chi'oniciue  est  de  lui-inêrne;  ils  ont  été 
amenés,  par  suite,  à  attribuer  aux  peintures  de  Jean  une  durée  d'environ  deux 
siècles  et  demi,  alors  qu'elles  avaient  déjà  disparu  en  partie  au  boni  d'une  géné- 
ration. 

(2)  Poshiuam  igilur  sepedicla  ecclesia  iu  lionorc  sancle  Jlaiie  sancliciuc  Lamberli 
consecrata  concremata  est,  tolaquc  illa  elegans  pulcbriludo  picture  Vcleris  el  Novi 
Testamenli  cum  aliis  ecclesiasiicis  bistoriis  et  gestis  diversorum  pontiticum  incen- 
ilio  devaslata.  Gilles  d'Orval,  111,  42,  p.  -111. 


LE    MOUVEMENT   ARTISTIQUE.  321 

qui  pci'irent  avec  la  calhcdralc  lors  de  l'incendie  de  11 80. 
Quant  à  des  peintures  que  Notger  aura  fait  exécuter  dans 
ses  autres  églises,  à  savoir  Sainte-Croix,  Saint-Martin,  Saint- 
Paul,  Saint-Jean  et  Saint-Denis,  l'absence  de  tout  témoignage 
à  cet  égard  ne  nous  permet  pas  de  formuler  ici  des  conclu- 
sions :  il  sullit  de  dire  qu'étant  donné  la  place  attribuée  à  la 
peinture  dans  la  décoration  des  églises  du  X*"  siècle,  des 
travaux  de  ce  genre  n'auront  fait  défaut  dans  aucun  des 
sanctuaires  notgériens  de  Liège. 

Il  n'est  pas  facile  de  se  faire,  en  l'absence  de  tout  rensei- 
gnement, une  idée  des  œuvres  de  Jean.  Ce  qui  semble  résul- 
ter de  l'unique  témoignage  par  lequel  nous  les  connaissons, 
c'est  qu'elles  manquaient  de  solidité.  Un  demi-siècle  s'était 
écoulé  à  peine  depuis  ses  travaux  à  Aix-la-Chapelle,  que  déjà 
ils  avaient  perdu  une  grande  partie  de  leur  éclat.  A  Liège, 
ce  fut  pis  encore  :  quai'ante  ans  après  l'exécution  de  ses 
peintures,  on  les  voyait,  dit  le  chroniqueur,  vieillir  et  se 
ternir.  Au  surplus,  on  ne  paraît  pas  avoir  eu  pour  elles,  à 
Saint- Jacques,  l'enthousiasme  du  biographe  de  l'évéque 
Baldéi'ic,  car  on  ne  se  fit  pas  scrupule  d'en  faire  disparaître 
une  partie  pour  les  remplacer  par  de  nouvelles.  Ajoutons 
que  des  sentences  explicatives  en  vers  accompagnaient  ces 
œuvres  d'un  art  naissant.  Deux  de  ces  vers  étaient  relatifs  à 
l'artiste  lui-même;  l'un  racontait  sa  destinée  et  l'autre  glo- 
rifiait ses  travaux.  «  Le  troisième  Otton  m'a  arraché  au  nid 
de  la  patrie,  disait  le  premier;  et  l'autre,  oîi  l'artiste  s'adres- 
sait à  lui-même,  ajoutait  :  On  peut  çoir  à  Aix-la-Chapelle 
de  quoi  ton  pinceau  est  capable  (1).  » 

La  glyptique  jouait  un  rôle  bien  inférieur  à  celui  de  la 
peinture  dans  les  monuments  religieux  du  X^  siècle.  Malgré 
mes  recherches,  je  n'ai  pu  découvrir  qu'un  seul  passage  où 
soit  attestée  l'existence  de  statues  de  saints  dans  les  églises. 
On  lit  dans  un  auteur  du  XP  siècle  que  Giselbert,  duc  de 
Lotharingie,  eut  en  songe  une  vision  de  saint  Servais  et  qu'il 
reconnut  ce  saint  à  sa  ressemblance  avec  sa  statue  d'or  qui 


(1)   Vita  Dniclerici.  1.  c. 

I,  21 


32â  CHAPITRE   XV. 

se  trouvait  dans  l'église  de  Maestriclit('l).  S'agit-il  réellement 
d'une  statue  en  or,  ou  l'aut-il  penser  seulement  à  du  bois 
doré?  Je  ne  sais,  mais  je  constate  que,  vers  le  milieu  du 
XP  siècle,  un  chef  du  même  saint,  apparennnent  destiné  à 
contenir  de  ses  reliques,  fut  exécuté  par  des  artistes  pour  le 
compte  de  l'empereur  Henri  ÏII  ;  les  yeux  étaient  représentés 
par  des  escarboucles  (2). 

Les  petits  arts  plastiques  ont  fourni  leur  contingent  à 
l'ornementation  des  églises  notgériennes,  et  une  véritable 
opulence  se  déploie  déjà  dans  ce  qu'on  peut  appeler,  au 
sens  le  plus  large  du  mot,  le  mobilier  sacré.  Sans  doute,  les 
invasions  normandes  avaient  causé  de  cruels  ravages,  et  l'on 
ne  devait  plus  guère  trouver  trace,  à  la  fin  du  X^  siècle,  de 
richesses  comme  celles  qui  furent  inventoriées  en  870  à 
l'abbaye  de  Saint- Trond,  lors  du  partage  de  la  Lotha- 
ringie (3).  Mais  enfin,  en  détruisant  tant  de  trésors,  l'ennemi 
n'avait  pas  fait  périr  la  tradition  artistique,  et  il  y  avait 
longtemps  que  les  arts  avaient  repris  chez  nous  leur  vie 
sereine  et  féconde.  Ajoutez  à  cela  l'iniluence  que  doit  avoir 
exercée  l'Italie.  Depuis  que  Otton  I'"'  y  était  allé  prendre  la 
couronne  de  roi  des  Lombards  et  d'empereur,  le  voyage 
d'Italie  était,  pour  les  grands  A^assaux  du  royaume  d'Alle- 
magne, le  complément  d'une  carrière  militaire  ou  politique  : 
on  y  allait  d'une  manière  régulière,  et  Notger,  on  le  sait, 
y  fit  jusqu'à  cinq  séjours,  dont  quelques-uns  prolongés.  Or, 
l'Italie  ne  cessa  d'être,  pour  les  septentrionaux,  la  patrie  des 
merveilles,  et  ce  n'est  pas  de  la  Renaissance  seulement  que 
date  l'admiration  fervente  et  passionnée  de  cette  terre  pri- 
vilégiée chez  tous  les  esprits  accessibles  à  quelque  idée 
de  grandeur  historique,  à  quelque  émotion  d'ordre  esthé- 
tique.   Des    natures    d'artiste    comme    saint   Bernward    de 

(1)  Ex  imagine  quae  deformata  in  auro  erat  in  sanctuario.  Jocundus,  Translatio 
.tancti  Servatii,  c.  41,  p.  10.5.  On  poui-rait  se  demander  si  cette  imario  deformata  in 
auro  n'est  pas  plutôt  queiciue  fresque  sur  fond  d'or,  mais  je  ne  le  pense  pas  :  l'ex- 
pression deformata  ne  semble  guère  s'appliquer  qu'à  une  œuvre  d'art  plastique. 

(2)  Jocundus,  o.  c,  c.  4i,  p.  107. 

(3)  Rodolphe,  Chronic.  S.  Trudonis,  I,  ?,,  p.  230. 

V.  sur  le  mobilier  d'une  église  au  IX^  siècle  Hariulf,  Clinmimn  II,  10,  pp.  07  et 
87  (Lot). 


LE   MOUVEMENT   ARTISTIQUE.  323 

Ilildeslieim  en  revenaient  fécondées,  et  s'eflbrçaient  de 
reconstituer,  dans  leur  milieu,  la  beauté  idéale  du  monde 
romain.  Des  esprits  qui  avaient  de  la  culture  et  du  goût, 
comme  Nolger,  ne  rai)[)orlaient  pas  des  impressions  moins 
vives,  et  |'on  ne  peut  douter  que  cet  entrecours  incessant 
de  l'Italie  et  de  nos  provinces  ait  singulièrement  servi 
les  progrès  de  l'art  dans  celles-ci.  Ce  n'était  pas  seulement 
le  prince,  c'étaient  les  amis  et  les  fidèles  emmenés  par 
lui  qui  recevaient  ainsi  leur  éducation  artistique  à  la  vue 
des  chefs-d'œuvre  du  génie  gréco-latin.  Ajoutons  que  la 
simple  fréquentation  de  la  cour  était,  sous  ce  rapport,  un 
enseignement  ellicace.  La  cour,  où  les  souverains  rassem- 
blaient de  précieuses  collections,  constituait,  comme  on  l'a 
dit  ingénieusement,  une  exposition  d'art  permanente  (1). 
Et  c'est  ainsi  que  tout  contribuait,  dans  nos  principautés 
ecclésiastiques  du  X"  siècle,  à  stimuler  l'éveil  artistique. 

Aussi  se  produit-il  de  tous  les  côtés  et  dans  tous  les  arts 
à  la  fois.  Malheureusement,  nous  sommes  obligés  de  nous 
contenter  des  maigres  indications  que  nos  sources  consentent 
à  nous  fournir.  En  énumérant  les  objets  que  Notger  donna 
à  sa  chère  église  de  Saint-Jean-en-Ile,  le  biographe  men- 
tionne des  voiles,  des  tapis,  des  vases,  des  candélabres  et 
d'autres  ustensiles.  Cette  énumération  est  bien  peu  com- 
plète, et  il  serait  facile  de  la  détailler,  mais,  au  lieu  de 
faire  des  conjectures  sur  ce  que  devait  être  le  mobilier 
d'une  église  au  temps  de  Notger,  nous  préférons  emprunter 
à  un  de  ses  contemporains  un  état  des  travaux  qu'il  fit  ou 
fit  faire  à  Lobbes  (2)  pour  meubler  l'église  nouvellement 
construite. 

L'autel  principal  re^ut  un  revêtement  d'argent  ;  des  pein- 
tures murales  ornèrent  le  chœur  jusqu'à  la  voûte;  un  beau 


(1)  V.  Beissel,  Der  lieilUje  Bernward  von  Ilildeslieim  als  Kùmtler  und  Fi'irderer 
der  deiitsdien  Kunst.  Hildeslieiin,  189,'),  p.  0. 

(2)  La  chronique  de  l'abbc  FolcuJn,  c.  29,  p.  70,  qui  luius  rapporte  ceci,  s'ex- 
prime en  termes  qui  permettent  de  distinguer  en  quoi  consiste  l'œuvre  de 
l'évêque  et  en  quoi  celle  de  l'abbé  :  Crcverunt  illo  tempore  el  in  monasterio  nostro 

aediticia  nonnulla,  instinctu  episcopi,  operâ  ahliatis  facta Fecit 

Retexit Cinxit etc. 


324  CHAPITRE   iV. 

lutrin  de  bronze  doré  et  argenté  fut  installé  du  côté  de 
l'évangile;  un  second  autel,  dédié  à  la  Sainte  Croix  et  à  tous 
les  saints,  fut  également  garni  d'un  revêtement  d'argent,  et 
surmonté  d'un  crucifix  que  l'abbé  avait  fait  faire  à  grand 
prix  et  qui  passait  pour  un  chef-d'œuvre.  Une  couronne  de 
lumière  en  argent,  couverte  d'inscriptions  en  vers,  fut 
suspendue  dans  la  nel",  et  deux  cloches  dans  la  tour.  Les 
livres  liturgiques  ne  furent  pas  oubliés,  ni  les  vêtements 
sacrés  (1). 

On  a  dans  ces  quelques  mots  un  aperçu,  sans  doute  incom- 
plet mais  bien  suggestif,  de  la  manière  dont  Notger  aura 
meublé  chacune  des  églises  fondées  par  lui.  Ils  nous  laissent 
entrevoir  une  pléiade  d'artistes  indigènes,  parmi  lesquels 
dut  briller  l'auteur  du  crucifix  tant  admiré.  Il  n'est  pas  le 
seul  orfèvre  du  temps.  Un  contemporain  de  Notger,  Érem- 
bert,  abbé  de  Waulsort,  (f  1033)  fabriqua  de  ses  propres 
mains  des  ouvrages  d'or,  d'argent  et  de  cuivre  dont  plusieurs 
restèrent  longtemps  l'ornement  de  la  basilique  abbatiale  (2). 
Notger  n'a  donc  pas  dû  être  embarrassé  pour  trouver  autour 
de  lui  l'artiste  qui  exécuta  les  croix  d'or  dont  il  lit  don  à  ses 
églises,  et  qui  portaient  des  inscriptions  eu  vers,  comme, 
par  exemple,  celle-ci  : 

Certa  salas  vitae  Notgeriiin  serval  uhiqiie  (3). 

L'usage  de  croix  faites  de  métaux  précieux  était  fréquent 

à  cette  époque;  les  unes  étaient  des  croix  processionnelles, 

et  on  en  connaît  plusieurs  qui  étaient  vantées  comme  des 

merveilles  (4);   d'autres  étaient  ])lacées  en  certain  nombre 

(1)  Folcuin  1.  c. 

(2)  Historia  Walciod.,  c.  41,  p.  524.  Cf.  Lahaye,  Étude  sur  l'abbaye  de  Waulsort 
liSAHL,  V,  p.  239.  «  Ërembert  était  encore  enfant  lorsqu'il  vint  à  Waulsort;  c'est 
donc  à  l'intérieur  du  couvent  qu'il  dut  apprendre  a  travailler  les  métaux  précieux, 
sous  les  auspices  d'artistes  dont  les  noms  et  les  productions  sont  peut-être  oubliés 
pour  toujours.  » 

(3)  Vita  Notgeri,  c.  8. 

(4)  Par  exemple  la  Benna,  donnée  à  l'église  de  Mayence  par  rarchevêque  'Willigis 
(Boehmer,  p.  lo3),  la  croix  gigantesque  de  Trêves,  faite  par  ordre  de  l'arclievcque 
Egbert  et  qui  contenait  GOO  livres  d'or  (Bcissel,  o.  c,  p.  7);  deux  croix  d'or  don- 
nées par  l'empereur  Henri  II  à  Gérard  de  Cambrai  pour  l'église  Saint-André,  mais 
que  l'évêque  gai'da  pour  Notre-Dame  où  elles  étaient  portées  à  la  procession  du 
temps  du  chroniqueur  (Citron.  S.  Andreae,  I,  17-49,  p.  330). 


LE   MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  325 

sur  les  autels,  pour  servir  à  divers  usages   liturgiques  (1). 

Les  artistes  du  métal,  en  ces  temps,  ne  se  bornaient  pas 
à  travailler  une  seule  substance,  et  ceux  qui  savaient  manier 
le  marteau  du  batteur  travaillaient  le  cuivre  aussi  volontiers 
que  Tor.  On  ne  faisait  pas  de  distinction,  en  un  mot,  entre 
lorlèvre  et  le  dinandier,  et  c'est,  comme  on  le  sait,  à  un 
orfèvre  liutois  que  nous  devons  le  plus  beau  chef-d'œuvre 
de  la  dinanderie  qui  soit  conservé  (2).  Or,  nous  voyons  que 
la  dinanderie  llorissait  au  pays  de  Liège  dès  l'époque  de 
Notger,  et  c'est  encore  une  des  œuvres  d'art  exécutées  à 
Lobbes,  sous  son  haut  patronage,  qui  va  nous  en  fournir  la 
preuve. 

Voici  en  quels  termes  Folcuin  décrit  le  lutrin  dont  il  a  été 
parlé  ci-dessus  : 

«  Il  fit  faire  un  ambon  pour  y  chanter  l'évangile.  Getambon 
se  composait  d'une  cuve  formée  de  quatre  demi-cylindres 
disposés  en  croix.  Les  quatre  faces  de  bronze,  travaillées  au 
marteau,  étaient,  conformément  à  la  fantaisie  de  l'artiste, 
couvertes  de  ciselures,  de  dorures  et  réunies  par  des  mon- 
tants ai'gentés.  Du  côté  du  septentrion,  l'ambon  portait  un 
pupitre  en  forme  d'aigle  coulé  en  bronze,  magnilîquement 
doré,  qui  pouvait  fermer  les  ailes  ou  les  étendre  afin  de 
recevoir  le  livre  des  évangiles.  Le  cou  se  mouvait  à  volonté 
au  moyen  d'un  mécanisme  ingénieux  :  l'oiseau  semblait,  en 
quelque  façon,  prêter  l'oreille  au  chant  du  diacre;  il  exhalait 
en  même  temps  des  nuages  de  parfums,  produits  par  l'encens 

(I)  Richer,  III,  22,  p.  613  :  Allare  ])i'aeoipuum  crucibus  aiireis  insignieiis. 
L"abbayc  de  Saint-Riquier  possédait  -17  de  ces  croix.  Hariulf,  éd.  Lot,  p.  (58  et 
Gesta  epp.  Vlrd.  cont.,  c.  M,  p.  49.  Sur  celle  de  saint  Bernward,  que  l'on  conserve 
à  Hildesheim,  v.  Tliaiigiiiar,  Vitas.  Beniwardi,  c.  9,  p.  7(j2  et  cf.  Bertram,  1. 1,  p.  61. 
Olbei't  de  Gembloux  en  fit  faii-e  cinq,  doni  quatre  en  or  et  une  en  argent.  Gesta 
abh..  Gembl.,  c.  41,  p.  S40.  Sur  celle  de  lîcinis,  Flodoard,  Ili.stor.  ecclex.  lion., 
p.  81,  éd.  Lejeune  :  Crux  major  ecclesiae  Remensis  auro  cooperla  gemmisque  pre- 
tiosis  ornata.  Le  Gesta  Trcveromm,  c.  29,  p.  -169,  dit  d'Egbert  de  Trêves  :  Hic 
ccclesiani  suam dilavit  aurcis  et  argenteis  crucibus. 

(2j  Voir  mon  étude  intitulée  :  rtcnicr  de  lluy,  véritable  auteur  des  fonts  baptis- 
maux de  Saint-Barthélemij  de  Liège,  et  le  prétendu  Lambert  Patrns  dans  BARB, 
1903,  et  cf.  .(.  Destrée,  lienier  de  lluij,  auteur  des  fonts  baptismaux  de  Saint- 
Barthélemij  et  de  l'encensoir  du  .Musée  de  Lille,  Bruxelles,  1904. 


328  CHAPITRE    XV. 

jeté  sur  des  brasiers  allumés  qui  étaient  cachés  clans  l'inté- 
rieur du  corps  »  (1). 

Cette  œuvre  d'art,  qui  représente  une  somme  considéraljle 
d'expérience  acquise  et  de  traditions  professionnelles,  fut 
achevée  entre  les  années  972  et  990  (2).  Que  penser,  dès  lors, 
de  l'hypothèse  d'après  laquelle  les  artistes  mosans  auraient 
appris  la  pratique  de  leur  art  à  Hildesheim,  où  ils  passaient 
en  allant  s'approvisionner  de  cuivre  à  Goslar  et  en  reve- 
nant (3)  ?  Cette  opinion,  à  première  vue,  n'est  nullement 
insoutenable.  En  effet,  l'antiquité  de  l'art  de  Hildesheim  est 
beaucoup  mieux  attestée  que  celle  de  l'art  liégeois;  on  peut 
suivre  ses  traces  jusqu'en  plein  IX^  siècle  (4),  Saint  Bern- 
ward,  le  génial  organisateur  du  mouvement  artistique  dans 
sa  ville  épiscopale,  n'y  a  donc  pas  créé,  mais  seulement  déve- 
loppé et  continué  des  traditions  antérieures  à  lui  :  il  est  vrai 
qu'il  a  pris  dans  les  arts  plastiques  un  rang  assez  éminent 
pour  que  son  œuvre  retînt  l'attention  et  suscitât  l'émulation 
des  étrangers  qui  passaient  par  sa  cité.  Mais,  par  contre, 
il  n'est  guère  probable  que  les  Mosans  aient  visité  Hildesheim 
avant  la  fin  du  X*  siècle,  attendu  que  les  mines  de  cuivre  de 
Goslar,  qui  les  y  amenaient,  ne  furent  pas  découvertes  avant 
la  lin  du  règne  d'Otton- le- Grand  (5).  D'autre  part,  saint 
Bernward  n'est  monté  sur  le  siège  épiscopal  qu'en  993,  et 
son  activité  artistique  n'a  pu  se  donner  carrière  qu'après 
cette  date.  Or,  plusieurs  années  auparavant,  le  chef-d'œuvre 
décrit  par  Folcuin  occupait  déjà  sa  place  dans  le  chœur 
de  l'église  de  Lobbes. 

L'art  mosan  ne  doit  donc  rien,  quoi  qu'on  en  ait  dit,  à 
celui  de  la  Basse-Saxe.  C'est  bien  plutôt  ce  dernier  qui  a 
été  l'élève  de  l'art  lotharingien  et  français,  s'il  est  vrai  qu'Eb- 
bon  de  Reims,  devenu  évêque  de  Hildesheim,  y  a  introduit 

(1)  Fulcuin,  I'.  29,  p.  70.  J.  Hclbig,  La  sculpture  et  les  arts  plastiques  au  pnijs 
de  Liège  et  sjir  les  bords  de  la  Meuse,  2*^  édition,  Bruges,  dS'JO,  p.  7. 

(2)  Puisinreile  fut  excciilôe  sous  les  auspices  de  Notger  (donc  a|)rcs  !)72)  et  (juc 
Folcuin,  qui  la  lit  faire,  mourut  en  iJ'JO. 

(3)  Pinchai't,  Histoire  de  la  dinanderlc,  BCRAA,  t.  XIII,  p.  309  (1874). 

(4)  Bei.ssel,  Der  h.  liernward  vnn  Hildesheim  ah  luhistler  iiud  t'Urdercr  dcr 
deiitschen  h'nust.  Ilildcslieini,  1893,  p.  4. 

(5)  Neuburg,  Goslars  licnjbuu  bis  1Ô52,  pp,  '1-2. 


LE    MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  327 

une  bonne  partie  de  la  culture  occidentale  (1).  Et  sans  atta- 
cher plus  d'importance  qu'il  ne  faut  au  texte  des  chartes 
dinantaises  (jui  faisaient  ilater  de  Charleinagne  les  origines 
de  la  batterie  de  Dinant  (12),  on  a  le  droit  de  croire  que  si  cet 
art  est  indigène  quelque  part,  c'est  bien  plutôt  dans  la  vallée 
de  la  Meuse,  riche  en  métaux  et  peuplée  dès  l'époque  ro- 
maine par  une  population  industrieuse,  que  dans  une  con- 
trée encore  barbare  pendant  les  premières  années  du  IX^ 
siècle,  et  dans  une  ville  qui  ne  fut  tirée  du  néant  que  sous 
Louis-le-Débonnaire.  Sans  doute,  nous  ne  rencontrons  pas 
encoi'e  de  dinandiers  au  paj's  de  Liège  pendant  le  IX*"  siècle, 
mais  nous  y  rencontrons  des  fondeurs  de  cloches,  dont  l'art 
a  une  singulière  parenté  aA^ec  le  leur.  Déjà  sous  l'abbé  Hart- 
bert  (835-864),  un  fondeur  picard,  venu  de  Corbie,  exécutait 
dans  l'abbaye  de  Lobbes  une  cloche  qui  portait  ce  vers  : 
Haï'tberti  imperio  componov  ah  arte  Paterni{^). 

Nous  ne  passerons  pas  en  revue  tous  les  arts  décoratifs  et 
plastiques  qui  ont  pu  fleurir  sous  Notger,  mais  dont  il  ne 
nous  reste  pas  de  trace.  Toutefois,  nous  arrêterons  encore 
un  instant  l'attention  du  lecteur  devant  une  œuvre  remar- 
quable que  nous  avons  conservée,  et  qui  est  due  à  l'initiative 
du  grand  évoque.  C'est  le  précieux  ivoire  en  haut  relief  qui. 


(1)  Cf.  Beissel,  o.  c. 

('2)  l^OS.  Cives  de  Dynant  in  Ihelonio  Coloniensi  et  in  pondère  quod  vulgo 
piniilere  dicitur,  talem  habenl  jiisticiani  a  iemporibus  Karoli  régis  ipsis  hactenus 
observalani.  (Charte  de  l'évêque  Adolphe  de  Cologne  pour  Dinant  dans  St.  Bormans, 
Cartulaire  de  la  commune  de  Dinant,  t.  I,  j).  8.) 

1211.  Hinc  est  quod  ad  noticiam  tam  niodernorum  quam  i'ulurorum  volumus 
pervenire,  nos  confirmasse  omnia  jura  et  consuetudines  dilectorum  nostrorum  bur- 

gensiuni  de  Dynant  habita  a  teniporibus  gloriosissimi  imperatoris  Karoli 

Même  ouvrage,  t.  I,  p.  31.  Ces  textes,  il  est  vrai,  ne  parlent  que  de  commerce 
des  Dinantais,  mais  on  sait  que  ce  commerce  consistait  essentiellement  en  produits 
de  batterie. 

(o)  Fok'uin,  c.  t2,  p.  GO.  Il  faut  noter  que  llartbert  était  lui-même  un  moine  de 
Corbie.  et  qu'il  y  retourna  linir  ses  jours  lorsque  Lobbes  fut  envahi  par  le  dépré- 
daleur  Hubert.  Un  autre  fondeur  est  ce  Beringer  qui  a  laissé  son  nom  au  bas  des 
portes  de  bronze  de  la  cathédrale  de  Mayence,  fondues  par  lui  sous  rarchevêquc 
Wjlligis  ^!)7;j-tOM).  Willigis  était,  dit  l'inscription,  le  premier  depuis  Charlemagne 
qui  eut  fait  fondre  des  portes  de  bronze.  Cuhmer,  p.  lo2. 


328  CHAPITRE    XV. 

depuis  un  temps  immémorial,  forme  le  centre  de  la  cou- 
verture du  volume  connu  sous  le  nom  d'évangéliaire  de 
Notger(l).  On  avait  l'habitude,  à  cette  époque,  d'orner  riche- 
ment d'ivoires  et  d'autres  œuvres  d'art  les  évangéliaires  des- 
tinés à  être  portés  en  grande  pompe  dans  les  processions 
solennelles  ;  il  semble  bien  que  l'évangéliaire  de  Notger  ait 
servi  à  cet  usage  (2) . 

J'en  emprunte  une  description  analytique  à  la  plumç 
savante  de  l'historien  de  l'art  mosan  : 

«  Au  centre  de  la  composition  apparaît  le  Christ,  entouré 
d'une  gloire.  Assis  sur  un  siège  faiblement  indiqué,  et  qui 
n'est  peut-être  qu'un  arc-en-ciel,  il  a  la  tête  entourée  du 
nimbe  crucifère.  Il  bénit  de  la  main  droite,  à  la  manière 
latine,  tandis  que,  de  la  gauche,  il  tient  un  livre  appuyé  sur 

ses  genoux En  dehors  de  la  gloii'e,  on  voit,  dans  les 

angles,  les  emblèmes  des  quatre  évangélistes  posés  sur  des 
nuages.  Enfin,  dans  la  zone  inférieure,  se  trouve  Notger  lui- 
même  ;  il  est  représenté  au  moment  où  il  vient  de  quitter  sa 
cathedra  d'évêque  pour  offrir  au  Chi'ist,  en  mettant  un  genou 
en  terre  devant  un  autel  à  ciborium,  le  livre  des  évangiles 
qu'il  a  fait  écrire.  Chose  assez  bizarre,  le  naïf  tailleur 
d'images  a  donné  un  nimbe  à  Notger,  et  il  ne  l'a  pas  fait 
carré,  comme  c'était  l'usage  en  Italie  pour  les  personnes  de 
haut  rang  encore  vivantes  (3).    Cet  attribut  de  la  sainteté 

(1)  Ce  volume  est  conservé  aujourd'hui  ;i  la  bibliothèque  de  l'université  de  Liège; 
en  voir  la  description  dans  le  Catalogue  des  manuscrits  de  l'Université  de  Liér/e, 
Liège,  iSTÔ,  pp.  5-iJ. 

(2)  Un  parfait  pendant  de  l'évangéliaire  de  Notger  est  celui  d'Essen,  aujourd'hui 
à  la  bibliolhè(iue  de  Munich.  La  couverture  en  est  ornée  d'un  ivoire  comme  celui  de 
Notger  :  il  représente  l'abbesse  Théophanie  agenouillée  devant  la  Sainte  Vierge,  et 
le  Sauveur  au-dessus  de  celle-ci.  (Milieu  du  X"-"  siècle).  Kugicr,  Hinulhnrli  dcr  Knn.st- 
(jescliirltte,  t.  II,  pp.  7fi-78. 

Cf.  Thangmar,  Vita  s.  Bernwardi,  c.  8,  p.  7G1  :  Fccit  (Bernwardus)  et  ad  sul- 
lenipneni  processionem  in  praecipuis  festis  evangelia  auro  et  gemmis  clarissima. 

(o)  .le  crois  que  celte  auréole  a  été  taillée  après  coup  dans  l'ivoire,  comme  on 
peut  encore  s'en  convaincre  aujourd'hui;  elle  est  une  des  preuves  du  renom  de  sain- 
teté qui  entourait  la  mémoire  de  Notger  peu  de  temps  après  sa  mort.  J'ajoute  que 
la  ligure  de  Notger  est  entièrement  usée  et  devenue  fruste,  sans  doute  sous  les 
lèvres  des  lidèlcs  qui,  .selon  l'usage  ancien,  baisaient  le  livre  sacré  après  la  lecture 
de  l'Évangile. 


«SCEATT     r>K     ^.-OT&I-K 


LE   MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  329 

contraste  d'une  manière  assez  frappante  avec  les  deux  hexa- 
mètres qui  se  lisent  sur  rencaclrement  de  ce  reliel'  : 

En  ego  Notkerns  peccati  pondère  pressas 
Ad  te  Jlecto  genu  qui  terres  onmia  niitii.  »  (1). 
Outre  ce  morceau  d'un  si  j^rand  intérêt  historique,  l'on 
conserve  encore,  dans  le  trésor  des  églises  Notre-Dame  de 
Tongres  et  Saint-Paul  de  Liège,  deux  ivoires  dont  l'exécu- 
tion, au  dire  de  l'auteur  que  nous  venons  de  citer,  trahit  le 
X^  siècle,  et  qu'il  ne  serait  pas  téméraire,  peut-être,  de  dater 
aussi  du  règne  de  Notger.  Celui  de  l'église  de  Tongres, 
représentant  le  Christ  en  croix  avec  divers  personnages,  est 
particulièrement  instructif  sous  ce  rapport  :  je  ne  sais  quelle 
noblesse  et  quelle  majesté  dans  l'attitude  du  principal  per- 
sonnage, jointe  à  un  certain  aspect  dramatique  des  scènes, 
et  à  un  faire  tout  spécial,  m'induisent  à  croire  qu'il  est  de  la 
même  main  qui  a  esquissé  l'image  de  Notger  à  genoux. 
M.  Helbig  incline  à  cet  avis;  selon  lui,  les  deux  œuvres  ne 
sont  pas  seulement  de  la  même  école,  il  est  porté  à  y  voir 
la  main  d'  a  un  artiste  obéissant  aux  mêmes  traditions, 
vivant  dans  le  même  courant  d'influences  «  (12). 

L'ivoire  de  Notger  n'est  pas  la  seule  œuvre  d'art  qui  nous 
soit  restée  de  l'époque  de  ce  grand  homme;  un  monument 
plus  fragile  mais  non  moins  intéressant,  c'est  son  sceau,  atta- 
ché en  placard  à  l'original  de  la  Vie  de  saint  Landoald, 
aujourd'hui  aux  archives  de  l'État  à  Gand.  Ce  sceau  rond  en 
cire  blanche,  le  plus  ancien  sceau  épiscopal  du  Lothier  (3), 
représente  le  buste  d'un  personnage  ecclésiastique  imberbe, 
à  chevelure  bouclée  descendant  jusqu'en  dessous  des  oreilles 

(1)  Jules  Helbig,  La  sculpture  et  les  arts  plastiques  an  pays  de  Liège  et  sur  les 
bords  de  la  Meuse,  2^  édition,  p.  17. 

(2)  F,e  munie,  1.  c.  L'art  de  l'ivoirier  était  cultivé  dès  le  temps  de  Cliarlemagne; 
révê(iue  Hildeward  de  Cambrai  (■!■  816)  se  fit  faire  deux  ivoices  avec  iii.scriplion, 
la  r2<=  année  de  son  pontilicat  :  Qui  duas  tabulas  oburneas  pulcliie  sculptas,  anno 
12  sui  episcopatus,  ut  in  eisdcm  tabulis  li(iuel,  liei-i  jussil.  Gcsta  epp.  ravi.,  I,  39, 
p.  413. 

(3)  Il  est  resté  inconnu  de  Bresslau,  Ilandburh  <ler  l'il,undenlchrc  jhr  Deutchland 
nnd  Italien,  Leipzig,  188!),  t.  1,  |i.  ."i^S.  Le  plus  ancien  sceau  de  Cambrai  conservé 
est  celui  de  l'évêque  Libeil,  de  Kl.'i'J;  v.  Demay,  Le  costume  au  moiicu-ùije  d'après 
les  sceaux,  p.  23. 


330 


CHAPITRE   XV. 


et  séparée  en  deux  par  une  raie  au  milieu  de  la  tèle.  Il  est 
vêtu  d'une  robe  largement  échancrée  au  cou,  avec  des 
manches  assez  amples  se  resserrant  aux  poignets.  Dans  la 
main  gauche,  il  porte  un  volume  sur  lequel  vient  reposer 
aussi  la  main  droite,  avec  un  geste  rappelant  celui  de  l'ange 
qui,  dans  l'ivoire  de  Notger,  représente  le  premier  évangé- 
liste.  Alentour,  on  lit  cette  devise,  dont  les  deux  premières 
lettres  sont  ell'acées  :  NODKERVS  EPS.  Toute  la  figure, 
bien  que  déjà  un  peu  fruste,  est  pleine  de  naturel  et  d'ai- 
sance (1).  Rapproché  de  l'ivoire  que  nous  avons  décrit  ci- 
dessus,  le  sceau  de  Notger  révèle  un  art  sobre  et  déjà  maître 
de  lui,  aux  lignes  pleines  d'ampleur  et  de  vie,  infiniment  supé- 
rieur aux  figures  gauchement  hiératiques  de  la  plupart  des 
monuments  de  l'époque.  On  comprend  qu'une  région  où, 
à  une  époque  si  haute,  s'aflirmait  déjà  cette  vitalité  esthétique 
ait  pu  produire,  quelques  générations  plus  tard,  le  noble 
artiste  auquel  on  doit  les  fonts  baptismaux  de  Saint-Barthé- 
lémy. 

Ici  s'arrête  notre  revue  de  ce  que  nous  serions  tenté 
d'appeler  l'art  notgérien.  On  le  voit,  si  peu  que  nous  en 
connaissions,  il  donne  l'impression  d'une  vie  intense  et 
d'une  réelle  fécondité.  Il  est  permis  de  l'allirmer  :  l'activité 
de  Notger  dans  le  domaine  des  arts,  si  nous  en  connaissions 
toutes  les  manifestations,  nous  paraîtrait  aussi  remarquable 
que  dans  celui  de  l'enseignement  public.  Malheureusement, 
le  peu  qui  nous  en  reste  ne  sont  que  des  épaves  échappées  à 
une  grande  et  irrémédiable  catastrophe.  Le  XP  siècle  ne 
devait  pas  s'écouler  sans  qu'à  deux  reprises  le  marteau 
s'abattît  sur  tant  d'œuvres  gracieuses  et  naïves  dans  lesquelles 
nous  aimerions  à  saluer  aujourd'hui  les  préludes  de  l'art 
liégeois. 

En  1071,  pour  payer  l'inféodation  du  comté  de  Hainaut, 
l'évoque  Théoduin  mit  au  pillage  les  trésors  des  églises  de 
son  diocèse  (2).  Un  quart  de  siècle  après,  l'évoque   Otbert 

(-1)  J.  de  Saint-(ienois,  Slessarjer  des  aienrcs  lii.slori<iucs  de  Belgique,  t.  IX  (1841) 
ji.  'I(i7,  (léfiil  noire  sceau  et  en  re|irndiiil.  p.  i'à't,  un  dessin  au  Irait  qui  est  fort 
loin  de  donner  une  idée  exacte  de  l'importance  artisti([ue  de  cette  univrc. 

(!2)  Quae  cocniptio  ecclesias  episcopii  alllixit  gravissime,  nostrani  quoque  spo- 


LE    MOUVEMENT    ARTISTIQUE.  331 

acheva  rœuvre  de  l^'héoduin.  L'évc'^que  Olbcrt,  qui  venait 
d'aclictcr  le  château  de  Ijouillon  au  prix  de  treize  cents  marcs 
d'argent  (il,  ne  recula  pas  devant  une  mesure  radicale  :  il 
dépouiUa  la  catliédi'ale  et  toutes  les  églises  de  son  diocèse 
de  tout  ce  qu'elles  possédaient  en  objets  d'or  et  en  pierres 
précieuses.  Rien  ne  fut  épargné,  pas  même  les  lutrins,  pas 
même  les  châsses,  pas  même  les  autels,  pas  même  les  cou- 
vertures des  livres  rituels  (2).  Tout  fut  arraché,  gratté, 
brisé,  fondu,  et  c'est  ainsi  que  disparurent  à  jamais  tous 
ces  produits  éphémères  d'un  art  dont  les  rares  fragments 
conservés  attestent  la  jeunesse  pleine  d'avenir.  Il  nous  est 
resté  l'ivoire  décrit  ci-dessus  :  s'il  a  été  sauvé,  c'est  appa- 
remment parce  que  les  chanoines  de  Saint- Jean,  à  qui 
Notger  l'avait  légué,  le  considéraient  comme  une  relique  de 
leur  fondateur. 


liavif  ex  niaxiniA  p;u(e.  Chnmicmi  Saiicli  llnhrrli,  c.  24,  p.  o83;  cf.  Hisileberf, 
Cfininicon  llaïuwnicnse,  pp.  403-494;  éd.  Vanderkiudere,  c.  8,  p.  11. 

(1)  Voir  sur  cet  achat  les  textes  que  j'ai  énumérés  dans  Les  chartes  de  rnblunie 
de  Saint-Hubert  en  Ardrtine,  t.  I,  p.  8o. 

(2)  Episcopus pie  violeiitus  memoriain  beati  martyris,  locnluni  scilicct 

in  quo  jacebant  sacratissiinac  ejus  reliquiae  auro  coopcrluiii  cxcrustavit,  et  in 
iiiajori  ecclesià  et  omnibu!;  tolius  episcopii  ecclesiis  auruin,  gemmas  et  caetera 
quae  decni'o  ambitu  altaria,  pnipita  et  lextus  ecclesiaruin  vennstabant  detraxit. 
Trhnnpints  Sancti  I.anihcrti  de  tastru  Bullonio,  c.  1,  |).  'i'J9  et,  d'aprcs  lui,  Gilles 
d'Orval  111,  14,  p.  91. 


CHAPITRE  XVI. 


NOTGER   ECRIVAIN. 


Qu'un  homme  qui  déploya  pendant  toute  sa  carrière  un 
zèle  ardent  et  éclairé  pour  le  progrès  des  lettres  les  eût 
cultivées  lui-même,  il  n'y  aurait  à  cela  rien  d'étonnant.  On 
n'alléguera  pas,  à  Fencontre  de  cette  supposition,  les  mul- 
tiples tracas  que  devait  lui  causer  l'administration  combinée 
de  son  diocèse  et  de  sa  principauté,  jointe  à  ses  absorbantes 
occupations  à  la  cour  et  à  ses  nombreux  voyages  à  l'étranger. 
On  a  vu  comment  il  utilisait  les  voyages  même  pour  le 
profit  de  ses  élèves;  au  surplus,  avec  son  goût  pour  la 
retraite,  il  devait  trouver,  jusque  dans  ses  années  les  plus 
remplies  par  la  politique,  plus  d'une  heure  pour  les  travaux 
intellectuels.  Aussi  tous  les  érudits  ont-ils  été  d'accord  pour 
lui  assigner  sa  place  parmi  les  écrivains  du  moyen-âge,  et 
VHistoire  littéraire  de  la  France,  sanctionnant  en  quelque 
sorte  ce  jugement  unanime,  lui  a-t-elle  consacré  une  notice 
détaillée  (1).  Voyons  ce  que  nous  en  devons  penser. 

Nous  savons,  par  le  témoignage  du  Vita  Notg'eri,  que  la 
studieuse  retraite  de  notre  grand  évèque  à  Saint-Jean  en  Ile 
était  occupée,  du  moins  en  partie,  à  des  travaux  littéraires. 
«  C'est  là,  nous  dit  cet  ouvrage,  qu'il  dictait  à  ses  tabellaires 
et  à  ses  co])istes  ce  qu'il  avait  à  écrire  (2)  ».  Et,  pour  ne  laisser 
aucun  doute  sur  la  vraie  portée  de  ses  expressions,  l'auteur 
ajoute  immédiatement  qu'il  a  vu  en  original  un  des  écrits  de 

M)  Histoire  littcrairc  de  la  France,  I.  VU,  pp.  20.S-2l(i. 

(2)  Ibi  labcUariis  et  scriploribus  scribcnda  dictabat.  Vita  NoUjeri,  c.  9. 


S'OTGER   ÉCRIVAIN.  333 

Notger,  conservé  à  l'abbaye  clc  Saint-lkivon  de  Gand,  et  qui 
est  digne,  par  ranipleur  de  son  style,  d'un  si  auguste  per- 
sonnage (l).  Ce  témoignage  a  une  valeur  qu'il  serait  didicile 
de  méconnaître  :  rendu  au  siècle  môme  où  vivait  Notger,  par 
un  auteur  liégeois  Tort  au  courant  de  la  tradition  conservée 
dans  les  milieux  ecclésiastiques  de  Liège,  il  pourrait,  à  pre- 
mière vue,  être  tenu  pour  décisif.  Et  il  n'est  pas  étonnant 
que  nudnt  érudit  eu  ait  conclu,  sans  plus,  (pie  réellement 
Notger  a  manié  la  plume  et  laissé  des  œuvres  littéraires. 

La  question,  toutefois,  n'est  pas  d'une  solution  si  aisée, 
comme  on  va  le  voir  à  l'instant. 

11  existe  trois  écrits  qui  ont  été  attribués  avec  plus  ou 
moins  de  vraisemblance  à  Notger.  Ce  sont  la  Vie  de  saint 
Reinacle,  la  Vie  de  saint  Landoald  et  la  Vie  de  saint  Adelin. 
Chacun  de  ces  ouvrages  a,  en  quelque  sorte,  son  histoire  et 
exige  une  étude  spéciale. 

Le  plus  ancien  des  trois  est  la  Vie  de  saint  Reinacle. 

Il  existait  à  Stavelot,  depuis  le  IX^  siècle,  une  Vie  de  saint 
Remacle  assez  indigente,  et  composée  en  grande  partie  à 
l'aide  des  Vies  de  saint  Lambert  et  de  saint  Trond(2).  Dans 
la  seconde  moitié  du  X*"  siècle,  on  trouva  cet  écrit  insudisant 
sous  le  double  rapport  du  style  et  des  renseignements  histo- 
riques. L'abbé  AVerinfrid  s'adressa  alors  à  Notger,  en  le 
priant  de  remanier  et  de  compléter  cette  biographie,  Notger 
consentit  à  se  charger  de  cette  mission,  et  nous  pouvons,  en 
comparant  son  écrit  à  celui  qu'il  a  revisé,  —  tous  les  deux 
nous  ont  été  conservés  —  nous  rendre  compte  de  la  manière 
dont  il  l'a  remplie.  Tout  ce  que  le  Vita  primitif  contenait  de 
renseignements  historiques  est  repris,  parfois  d'une  manière 
littérale,  dans  l'œuvre  mise  sous  le  nom  de  Notger,  mais  celle- 
ci  ne  se  contente  pas  de  ces  emprunts;  elle  veut  tracer  un 

(1)  Epistolam  operis  ejus  senlentie  valetudine  et  ornatu  vcrboium  lucidam  do 
puericia  beati  Lamberti  et  merito  Landoaldi  confessons  et  Landradc  virginis  oppido 
Flaiidi'ie  Gandis  in  ecclesiâ  sancti  Bavonis  legi,  et  visuni  est  nobis  copia  diccndi 
sliliini  ipsiini  majestati  persone  convonire.  Vita  Notgeri,  c.  9. 

(2)  Cette  vie  se  trouve  dans  les  Acta  Sanctorum  au  I.  I  de  septembre,  |)p.  (>92- 
GÎ)G.  Cf.  G.  Kurth,  Notice  mr  la  j^lus  ancienne  ùiograpliie  de  Saint  Remacle,  UCHH, 
IV,  3,  (187G,,  pp.  3oo-368. 


334  CHAPITRE   XVI. 

tableau  général  du  temps  où  vivait  saint  Remacle,  elle  utilise 
les  données  fournies  par  des  sources  qui  n'ont  pas  été  à  la 
disposition  du  premier  biographe,  telles  que  le  Liber  Histoviœ 
Francorinn^  les  vies  de  saint  Rémi,  et  de  saint  Amand, 
le  diplôme  de  fondation  de  l'abbaye  de  Cugnon  ;  elle  ne  se 
fait  pas  faute  non  plus  de  développer  considérablement  cer- 
tains thèmes  hagiographiques  favoris,  tels  que,  par  exemple, 
celui  des  adieux  du  saint  à  ses  fidèles  au  moment  où  il  part 
pour  le  monastère,  et  quand  il  est  sur  le  point  de  mourir  (1). 
Quand  l'œuvre  fut  terminée,  Notger  l'envoya  à  Werinfrid 
avec  une  lettre-préface  dans  laquelle,  parlant  à  la  première 
personne,  il  fait  un  court  historique  de  son  écrit.  Or, 
Werinfrid  ayant  porté  la  crosse  abbatiale  depuis  062  jusqu'en 
980  au  plus  tard  (2),  il  s'ensuit  que  la  composition  du  Vita 
Remacli  se  place  entre  972,  année  de  l'avènement  de  Notger, 
et  980,  mais  plus  près,  sans  doute,  de  cette  dernière  année, 
puisque  le  grand  travail  de  compilation  auquel  l'auteur 
assure  s'être  livré  a  dû  coûter  un  temps  assez  considérable. 
Voici  maintenant  comment  Notger  parle  lui-même  de  son 
ouvrage  :  «  Vous  m'avez  envoyé  un  petit  écrit  relatif  à  la 
vie  de  votre  patron,  vous  plaignant  de  ce  que,  grâce  à  l'in- 
curie de  vos  prédécesseurs,  sa  biographie  soit  trop  succincte 
au  regard  de  ses  grandes  actions.  En  même  temps,  vous 
m'avez  prié  de  faire  non  seulement  amplifier,  mais  aussi 
retoucher  cet  écrit  sous  le  rapport  du  style,  attendu  qu'il 
existe  d'autre  part  quantité  de  renseignements  sur  votre 
saint  et  que,  grâce  à  votre  cartulaire,  on  n'en  ignore  pas  la 
chronologie  (3)  ».  Puis,  après  quelques  compliments  à  l'abbé 

(1)  V.,  sur  ce  thème,  G.  Kurtli,  Étude  critique  stvr  saint  Lambert  et  son  premier 
biographe,  AAAB,  Ille  série,  t.  III  ('1876). 

(2)  Dès  le  4  juin  980,  c'est  son  successeur  Rabangère  qui  apparaît  dans  un  acte 
avec  le  titre  d'abbé  de  Stavelot.  V.  Halkin  et  Roland,  Recueil  des  Chartes  de  l'abbaye 
de  Stavelot -Malmedy,  p.  189.  Puis  un  diplôme  du  même  abbé  Rabangère,  daté 
du  28  novembre  980,  ibidem,  p.  491, 

(3)  Obtulisti  libellum  de  vilâ  tam  nostri  quam  vestri  spctialis  palroni,  domni 
scilicet  Remacli,  conquestus  propfer  incuriam  tainen  praedecessorum  vestrorum 
brevius  quam  ut  res  expostularet  pro  magnitudine  gestorum  ejus  esse  editam.  Si- 
mulque  visus  es  ne  dicam  precari  sed  potius  exhorlari  ut  eam  non  modo  examplari, 
verum  aliquanto  lepidius   mandarem  poliri,   tum  quod  gestorum    illius    aliunde 


NOTGER    ÉCRIVAIX.  335 

de  Stavelot,  il  conliiiue  en  ces  termes  :  a  Pour  que  ce  travail 
entrepris  par  nous,  à  votre  demande,  ne  reste  pas  infruc- 
tueux, nous  ne  nous  sommes  pas  borné  à  l'histoire  de  saint 
Uomaele,  mais  nous  avons  recueilli  les  actes  de  tous  les 
autres  cvèques  qui  ont  occupé  notre  siège,  autant  que  nous 
avons  pu  le  faire  jusqu'à  notre  lcnq>s,  et  nous  extrayons 
de  ce  travail,  pour  vous  l'envoyer,  la  vie  de  votre  saint 
patron.  (1)  ». 

Ceci  mérite  explication. 

En  parlant  d'un  ouvrage  qu'il  aurait  fait  sur  l'histoire  de 
tous  les  évcques  ses  prédécesseurs,  et  duquel  il  extrairait  la 
Me  de  saint  Reinacle  qu'il  envoie  à  Werinfrid,  Notger  fait 
allusion  à  la  Chronique  des  éçèqiies  de  Tongres,  Maestricht 
et  Liège  d'Hériger,  composée  sous  ses  yeux  et  avec  son 
appui  par  le  célèbre  abbé  de  Lobbes.  Il  semblerait,  à  pi-endre 
la  préface  au  pied  de  la  lettre,  que  cette  Chronique  était, 
alors  déjà,  composée  tout  entière  et  que  Notger  en  détacha 
la  Vie  de  saint  Reinacle  pour  la  donner  à  l'abbé  de  Stavelot. 
Il  n'en  est  rien.  En  réalité,  la  Vie  de  saint  Remacle  fut  écrite 
à  part,  assez  longtemps  avant  le  reste  de  la  Chronique 
d'Hériger,  et  il  s'en  est  conservé  des  exemplaires  (2).  Cette 
Vie,  munie  de  sa  préface  propre,  fut  postérieurement  inter- 
calée tout  entière  et  sans  changement  dans  le  Gesta  episco- 

suiiiptonun  subpetal  cop'ui,  (uni  quod  temporuiii,  (luorum  diversilas  niinc  maxime, 
siitu  opus  est,  ex  carlulario  vestro  non  desit  notifia.  Hérigcr,  Gesta  epp.  leud. 
p.  1G4.  La  leçon  tion  modo,  qui  est  celle  des  meilleurs  manuscrits,  tandis  que  les 
autres  ms.  lisent  tiullo  modo,  est  la  seule  possible;  itullo  est  à  rejeter  pour  des 
raisons  internes  et  externes. 

(1)  Et  ne  hic  labor,  qui  te  adhortante  susceptus  est,  inferacis  operis  fiât,  non 
ejus  modo,  cujus  meminimus,  sancti  scilicet  Remacli,  verum  caeterorum  nostrae 
scdis  pontificum  tempora  et  gesta,  quae  undecunque  potuere  conradi,  ad  nostra 
usque  tempora  collegi,  et  cujus  potissimum  anlielabas  desiderio  vilain  inde  excerptam 
votis  tuis  porrexi.  Hériger,  o.  c,  p.  165. 

(2)  Le  plus  ancien,  à  ma  connaissance,  se  trouve  à  la  bibliothèque  Vaticane;  c'est 
le  n»  G 15  du  fonds  de  la  reine  Christine  ;  c'est  un  i)etit  in-quarto  de  iï't  pages,  parais- 
sant contemporain  de  Notger,  avec  frontispice  en  lettres  dorées  et  encadrement 
d'or;  la  majuscule  initiale  de  l'en-tête  est  ornée  d'entrelacs;  voici  le  titre,  écrit  en 
capitales  :  Notkerus  quem,  acsi  indignum  sanctte  Mariœ  sanctique  Landberti  manci- 
pium,  praedicant  tamen  episcopum,  Werinfridn  vcnerabili  in  XPO  fiati'i  et  consa- 
cerdoti  saiulis  aeternae  subsidium. 


336  CHAPITRE   XIV. 

poi'um  leodicnshiin,  qui  semble  n'en  être  que  rintroduction, 
et  avoir  été  composé  pour  lui  en  donner  une.  La  Vie  fut 
si  bien  écrite  pour  Stavelot  que,  parlant  de  ce  monastère, 
riiagiographe  l'appelle  nostra  ecclesia  (1),  et  l'on  retrouve 
encore  aujourd'hui  la  trace  de  la  soudure  qui  la  rattache  à 
la  chronique. 

Or,  qui  est  l'auteur  du  travail  de  remaniement  fait  au 
Vita  Remacli  ?  Ce  n'est  pas  Notger  :  il  prend  la  peine  de 
nous  le  dire,  et  cela  dans  le  passage  même  qui  est  souvent 
allégué  pour  lui  en  attribuer  la  paternité.  «  Vous  m'avez 
demandé,  écrit-il  à  l'abbé  de  Stavelot,  de  faire  non  seulement 
amplifier,  mais  retoucher  cet  écrit  au  point  de  vue  du  style  : 
non  modo  examplajH  çenini  aliquanto  lepidius  mandareni 
poliri.  »  Ce  mandareni  marque  avec  la  plus  entière  précision 
la  part  de  Notger  dans  le  travail  entrepris  sous  ses  auspices 
par  son  fidèle  Hériger  (2).  Notger  a  été  l'inspirateur,  si  l'on 
veut,  mais  il  n'a  pas  tenu  la  plume,  et  c'est  son  historiographe 
en  quelque  sorte  attitré  qui  a  d'abord  écrit  la  vie  de  saint 
Remncle,  et  qui  a  ensuite  fondu  ce  travail  dans  sa  compila- 
tion sous  forme  de  chronique  (3). 

Passons  au  Vita  Landoaldi{k).  L'original  de  cet  écrit,  que 
l'auteur  du  Vita  Notgeri,  comme  on  l'a  vu,  avait  lu  vers  la 
fin  du  XI"  siècle  à  l'abbaye  de  Saint-Bavon  à  Gand,  existe 
encore  :  il  est  conservé  précieusement,  comme  je  l'ai  dit 
plus  haut(o),  aux  archives  de  l'État  dans  cette  même  ville. 
L'ouvrage  est  transcrit  tout  entier  sur  une  seule  grande 
feuille  de  parchemin  à  plusieurs  colonnes.  Dans  la  préface, 
Notger,  parlant  en  sonnompersonnel,  envoie  l'ouvrage  à  l'abbé 

(1)  V.  Hériger,  Gesta  epp.  Icml.,  c.  il. 

(2)  Tout  le  inonde  attribue  à  Hériger  la  paternité  du  Gesta  cpp.  Icod.,  et  sur  ce 
point  il  n'y  a  pas  de  doute.  IWais  Hériger  ayant  .traité  le  Vila  Remacli  comme  son 
œuvre  et  Notger  n'en  étant  pas  l'auteur,  la  conclusion  qu'elle  appartient  à  Hériger 
semble  s'imposer  avec  une  double  force. 

(li)  Anselme,  p.  102,  le  dit  lormellement  dans  sa  préface  à  Annon  de  Cologne  ; 
Horum  (gestorum)  quidem  pars  prior  ab  Herigero,  Lobiensis  cœnobii  abbate  absque 
capitulis  est  conscripta;  cui  nos  capitula  praenotanles,  nostram  cum  capitulis  suis 
elucubratiunculam  coaptarc  studuimus. 

(4)  Publié  dans  les  Acta  Sanvttiriini,  t.  III  de  inai's,  pp.  35-42. 

(o)  Y.  ci-dessus,  pp.  329  et  330. 


NOTGER   ECRIVAIN. 


33!/ 


Womar  de  Saint- Bavon;  il  dit  l'avoir  composé  fi  la 
demande  de  ce  prélat;  il  le  date  de  juin  980,  année  même 
de  la  translation  des  reliques  de  saint  Landoald  à  (iand. 
Quelle  paternité  pourrait  send)ler  plus  aullicntu[ue?  Tou- 
tefois, la  question  change  bien  de  face  quand  on  lit  un 
ouvrage  anonyme  :  la  Translaliun  de  saint  Landoald, 
qui  est  contemporain  des  laits  et  dont  l'auteur  est  très 
probablement  un  moine  de  Saint- Jiavon  (1).  Dans  cet  écrit, 
nous  voyons  que  l'abbé  AVomar  avait  envoyé  à  Notger 
quelques  frères  de  sa  maison,  poui'  le  prier  de  recueillir 
de  la  bouche  de  ses  prêtres  et  de  mettre  par  écrit  tout 
ce  qu'il  pourrait  apprendre  de  l'histoire  des  saints  de 
Wintershoven.  L'évéque  réunit  un  synode  où  un  grand 
nombre  de  prêtres  et  de  clercs  vinrent  raconter  les  miracles 
qui  avaient  été  obtenus,  à  leur  connaissance,  par  l'inter- 
cession desdits  saints.  Et,  continue  notre  biographe,  «  sur 
l'ordre  de  l'éminent  pontife,  on  fit  un  recueil  de  tous  les 
miracles  qui  venaient  d'être  divulgués.  Hériger,  le  savant 
musicologue,  en  rédigea  le  récit  en  termes  succincts,  mais 
élégants  et  clairs.  Cette  narration,  garantie  par  l'autorité  de 
l'évéque  et  scellée  de  son  sceau,  fut  envoyée  soigneusement 
à  l'abbé  et  aux  moines  de  Saint-Bavon  «  (2). 

On  le  voit,  ce  simple  récit  met  à  néant  les  titres  de  Notger 
à  la  paternité  du  Vita  Landoaldi,  et  nous  donne  une  idée 
des  plus  nettes  de  la  manière  dont  les  choses  se  sont  passées. 
Notger  a  joué  un  rôle  actif  dans  l'enquête  qui  a  abouti  à  la 
rédaction  du  Vita;  il  a  réuni  un  synode  exprès  pour  cet 
objet,  il  a  fait  parler  de  nombreux  témoins,  il  a  fait  recueillir 
les  témoignages  par  écrit,  puis  il  a  confié  la  rédaction  de  la 
Vie  du  saint  à  son  fidèle  Hériger;  enfin,  pour  donner  à 
l'ouvrage,  ainsi  composé,  toute  l'autorité  possible,  il  a  voulu 
s'en  porter  garant  et  le  revêtir  de  son  sceau.  Quoi  d'éton- 
nant si  une  collaboration  si  intense  a  pu  être  confondue  par 
la  postérité  avec  une  paternité  réelle,  et  si  l'auteur  du  Vita 

(1)  Le  Translatio  sancti  Landoaldi  a  été  publié  à  la  suite  du  Vitti  Ijuidinilili  dans 
les  Acta  Sanctoriim,  19  mars,  t.  III  de  mars. 

(2)  Actn  Siirirlonim.  l.  c.  Sur  l'épisode  des  saints  de  Wintorsliovon,  <f.  ri-dossus, 
pp.  232-2:^,7. 

I,  22 


338 


CHAPITRE   XVI. 


JVotgeri,  qui  a  lu  à  Gand  l'original  du  document,  a  cru 
devoir  l'attribuer  au  grand  cvêque?  Nous  voyons  qu'il  n'en 
est  rien  et  que  le  Vita  Landoaldi  est  de  la  plume  d'Hériger. 
Ainsi  l'on  s'explique  que  la  prélace  de  cet  ouvrage  repro- 
duise presque  mot  pour  mot  celle  du  Vita  Remacli  (1)  : 
l'auteur  croit  pouvoir  se  copier  lui-mcme.  Supposer  que 
Notger,  s'il  était  en  réalité  l'auteur  du  premier  de  ces  écrits, 
eût  été  d'une  telle  indigence  intellectuelle  qu'il  se  trouvât 
réduit  à  se  faire  le  plagiaire  de  son  ami,  c'est  une  hypothèse 


(1)  Vita  s.  Landoaldi,  praefatio  : 


Poslulare,  imnio  exliortari  l'acultalu- 
lam  nosli-ae  modicitatis,  patres  reveren- 
(lissimi,  non  dubitaslis. 

Justa  quidem  petitio  et  dlgna  exlior- 
tatio,  quae  juxta  queiiulam  sapienteni  et 
de  praesentis  honestato  propositi  et  de 
futurae  aetatis  utilitale  conjuncta  est. 


Nisi  enim  gesta  eoriim  inoufiâ  prae- 
decessorum  nostrorum  deperissent,nobis 
hodieque  sufficcrent. 

Positis  ad  haec  in  ancipiti,  quia  prae- 
sulatum  apud  vos  omnium  artiiim 
artem  constat  esse  et  'credi,  suspen- 
sam  mentera  silentium  librabat  iUud- 
que  poelicum  animum  offendens  : 

In  silvam  ne  ligna  feras 
parum  qiiid  diflîdentiae  imporlabat. 


Erat  namque  anle  nos  dii;tum  :  Vires 
quas  imperitia  denegat,  caritas  submini- 
strat,  et  quia  incepto  fantum  opus  est, 
cetera  res  expediet. 

Praesumenti  enim  auctorilas  dalur, 
cuni  crédit  queni  postulat  praestare 
posse  quod  petitur,  et  scienli  econlra 
parère  aequalis  est  glorja  cum  imperanle. 


Vita  s.  Remacli 
dans  Hériger,  Gesta  epp.  leodiens. 
prouemium. 

Simulque  visas  es  ne  dicam  pi'ecari 
sed  potius  exhortari. 

Igitur  adorsus  sum  et,  ut  verbis  cujuP- 
dam  sapienlis  ular  et  ex  illo  quantum 
res  poscit  tollam,  exhortations  tuâ,  quae 
etpraesentis  lionestate  propositi  et  futu- 
rae aetatis  utilitale  conjuncta  est,  nihil 
antiquius  existiniavi. 

Conquestus  propter  incuriam  tamen 
praedecessorum  vestrorum  brevius  quam 
ut  res  expostulat  pro  magnitudine  ges- 
toruni  ejus  esse  editam. 

Sed  ad  haec  dum  te  cum  luis  omnium 
arlium  praesulcm  esse  constarct  iUudque 
Pierium  animo  occurreret  : 

In  silvam  ne  ligna  feras 
et  : 

In  mare  quid  pisces,  quid  aquas  in 

[flumina  mitlis? 

Suspensam  interea  librare  silentia 

[menlem 
coeperani  ,cum  ecce  memoriam  offendebal 
quia  vires  quas  imperitia  denegat,  kari- 
tas  mlnistrat,  et  quia  incepto  tantum 
opus  est,  cetera  res  expediet. 

Praesumenti  enim  auctorilas  datur, 
dum  crédit  praestari  posse  quod  petitur, 
et  parère  scire,  aequalis  est  glnria  cum 
imperanle. 


NOTGER   ÉCRIVAIN.  339 

presque  injurieuse  pour  ce  grand  honune,  et  dont  l'invrai- 
semblance achève  notre  dcnionslralion.  L'histoire  de  la  com- 
position du  Vita  Landoaldi  nous  oîrrc  le  pendant  de  celle 
du  Vita  Remacli.  De  part  et  d'autre,  un  abbé  s'adresse  à 
l'évoque  de  Liège  pour  qu'il  lui  rédige  ou  lasse  rédiger  la 
Vie  de  son  saint;  de  part  et  d'autre,  lévèque  déi'ère  à  ce  va>u 
et  prend  si  bien  sous  son  patroiuige  l'œuvre  de  son  chroni- 
queur, qu'on  la  lui  a  attribuée  à  lui-même. 

Nous  arrivons  au  Vita  Hadalini(i).  Il  est  postérieur  au 
Vita  Remacli,  puisqu'il  y  renvoie  expressément  le  lecteur  (2). 
Chose  curieuse  !  tous  les  érudits,  même  ceux  qui  dénient 
formellement  à  Notger  la  paternité  des  deux  ouvrages  pré- 
cédents, sont  d'accord  pour  lui  laisser  celui-ci  (3).  A  la 
vérité,  les  raisons  qu'ils  en  donnent  ne  sont  rien  moins  que 
probantes,  et  la  meilleure  est  peut-être  qu'ils  ne  trouvent 
aucune  preuve  certaine  qu'il  soit  d'Hériger.  Mais  ce  qui 
plaide  pour  la  paternité  de  ce  dernier,  c'est  d'abord  l'analogie 
des  deux  cas  semblables  que  nous  venons  d'étudier.  S'il  est 
acquis  que  Notger  couvrait  du  patronage  de  son  nom  les 
écrits  de  son  chroniqueur,  n'est-il  pas  vraisendjlable  que  le 
Vita  Iladalini  a  été  de  sa  part  l'objet  de  la  même  faveur 
que  les  Vies  de  saint  Remacle  et  de  saint  Landoald?  Il  y  a, 
d'ailleurs,  une  présomption  grave,  pour  ne  pas  dire  une 
preuve  décisive  en  faveur  d'Hériger  :  c'est  que,  cette  fois 
encore,  la  préface  est  un  emprunt  manifeste  à  celle  du  Vita 
Remacli,  qui  est  de  l'abbé  de  Lobbes,  et  qui  se  trouve  au 
chapitre  40  de  la  Chronique  de  ce  dernier  (4).  Il  faut  redire  ici, 

(1)  Acta  Sanctonim,  t.  I  de  février  (3  février). 

(2)  En  parlant  de  saint  Remacle,  il  dit  :  Porro  cujus  nierili  religionis{[ue,  qiiam 
intègre  in  eodein  eniluit  reginiine,  qualiterve  Stabulaus  et  Malnuindariiim  nionas- 
teria  construxerit  pio  labore,  in  vitaeejus  libro  ([uisquis  velit  poterit  reperire.  Vita 
Hudalini,  I,  3. 

(3)  Boilandus,  AcUi  Sanctorum,  t.  1  de  févr.,  p.  308;  Mabillon,  Acta  Sauct. 
U.  S.  B.  II,  p.  1013;  Histoire  Littéraire,  t.  VII,  p.  214;  Koepke,  préface  à  Hériger, 
p.  148. 

(4)  Pour  ne  pas  allonger  cette  note,  je  nie  borne  à  reproduire  la  préface  du  Vita 
Iladalini  seulement,  soulignant  ce  qui  est  emprunté  textuellement  au  Vita  Heinucli, 
impiimant  en  romain  ce  qui  lui  appartient  en  propre,  et  remplaçant  par  des  tirets 
( )  les  passages  du  Vita  Remacli  qu'elle  n'a  pas  reproduits.  Vita  Iladalini, 


340  CHAPITRE   XVI. 

comme  ci-dessus,  qu'on  n'imagine  pas  Notger  se  faisant  le  pla- 
giaire de  son  historiographe.  Car  pourquoi,  s'il  n'avait  pas 
été  capable  de  tirer  de  son  propre  fonds  les  éléments  d'une 
pauvre  préface,  n'aurait-il  pas  abandonné  à  la  plume  expéri- 
mentée d'Hériger  le  soin  d'écrire  la  Vie  de  saint  Adelin, 
comme  il  avait  écrit  celles  de  saint  Remacle  et  de  saint 
Landoald? 

Il  est  vrai  que  la  préface  de  la  Vie  de  saint  Adelin  parle 
de  Notger  en  termes  d'une  grande  humilité  (1),  et  on  ajoute 
qu'il  est  impossible  qu'un  autre  que  Notger  ait  pu  tenir  ce 
langage.  Nous  en  tombons  d'accord,  aussi  est-ce  bien  Notger 


préface,  p.  372,  copié  sur  le  cli.  40  d'Hériger.  Onmipotens  Domhms,  qui  dires  est  in 

misericordia,  cujks  natitnt  bonitos,  vuluntas  ejjicientia,  opiis  miseriœrdia, hic 

in  mundum  salvandis  omnibus  venit,  quia  a  reatu  primae  praevaricationis  liliernm 
nulhim  invenit,  divitias  longanimilatis  et  bonitatis  suae  omnibus  praerogavit,  volun- 
tatis  umnipotentiam  in  inyrcitis  et  respectum  gratiae  suae  in  indignis  efficacissime 
ejercuit ;   quia   opus  miscricordiae  salvatvicis  t/t  esset  recuperabile  misericoiditer 

etiam  providit. Namque,  ni  non  est  credendum  aliquem  ad  salutem  venire 

nisi  Deo  invitante,  sic  nec  invitatum  qitidem  salUtem  suani  operari  nisi  Deo  auxi- 

liante. hntium  ergo  salutis  nostrae  Deo  miserante  liabemus, qui 

non  modo  fautor  et  adjutor  in  incremento  proficientium,  verum  remediabiliter 
providet  ruenlium  casibus  obviandum,  du  m  et  angelica  nobis  praestat  suflragia  non 
déesse,  et  patrocinia  confert  Sanctorum,  quos  pro  reatibus  intercessores  non  dubi- 
temus  efflagitare.  Quos  cum  passim  et  dirersis  donatos  provinciis  in  commune  conve- 
niat  lionorare,  singulos  tamen  quibusque  locis  misericovditer  provisos  attribuit,  quos 
specialiter  amplectendos  et  propensius  exorandos  voluit.  E  quibus  nobis,  acsi  indignis, 
beatum  Hadelinum  destinuvit,  cujus  gesta  occulere  tanto  culpabilius,  quanto  et 
impium  necessaria  creditis  subtralicre  auditoribus,  et  vobis  id  denegare  invidiosum 
video  petenlibus.  Ingratitudinis  namque  se,  aliquà  pollens  scientiolà,  alligat  vilio 
qui  et  bona  asserere  et  prava  refellere  et  Dei  jnagnalia  pro  modulo  negligit  prae- 
dicare.  Monstrat  lioc  evidens  evangeiicus  sernio ,  reposilum  mina  in  sudario, 
perditionis  aeternae  vindicans  elogio.  Quod  evadere  gestiens,  saltem  in  isto  non 
cunclabor  prol'erre,  si  quae  de  illo  memoriae  occurrerint,  quae  et  noslri  temporis 
homuncionibus  tanto  judico  magis  jure  stupenda,  quanto  moribus  eorum  longius 
considère  fore  imparia.  Adestote  itaque  exactores  devoti,  et  quae  extorque.tis  anxii, 
suscipite  intenti. 

(-1)  Il  ne  s'agit  pas  ici  du  passage  ^obis  acsi  indignis  Hadelinum  destinavit,  oii  le 
nobis  désigne  tous  les  habitants  du  pays  de  Liège  et  non  le  seul  Notger,  mais  du 
suivant  :  Hoc  comperto  qui  lune  temporibus  praesul,  cui  nunc,  Deo  annuentc, 
nomine,  non  (proh  nefas!)  merito  famulamur  sedis,  auctoritate  interminavit  epis- 
copali,  ne  quis  posthaec  oratorii  illius  allingeret  fines.  Vita  s.  Hadalini,  o.  c, 
p.  375  B. 


XOTGER   ECRIVAIN. 


341 


qui  le  tient,  encore  que  ce  soit  par  la  plume  de  son  ami    Ilcri- 

A  la  vérité,  on  ne  comprend  pas  facilement  aujourd'hui 
qu'un  prince  ait  pu  s'attribuer  les  œuvres  dun  de  ses  subor- 
donnés. On  n'est  pas  éloigné  de  considérer  cela  comme  une 
spoliation  et  presque  comme  une  fraude.  Mais  les  gens  du 
X*^  siècle  n'avaient  généralement  pas  nos  préoccupations  litté- 
raires. En  mettant  sous  son  nom  les  productions  d'Hériger, 
Notger  était  convaincu  qu  il  leur  faisait  un  grand  honneur, 
et  c'était  aussi,  à  n'en  pas  douter,  l'opinion  de  llériger  (l). 
Ce  n'est  d'ailleurs  pas  la  seule  fois  qu'au  moyen-àge  un  évc- 
que  en  use  ainsi  envers  un  ouvrage  pour  en  augmenter  le 
crédit.  Lorsqu'on  1120,  les  deux  premiers  livres  delà  Vie  de 
saint  Arnoul  d  Oudenbourg,  écrits  par  Hariulf,  moine  de 
Saint-Riquier,  furent  produits  au  concile  de  Soissons,  Lisiard, 
évoque  de  cette  ville,  consentit,  à  les  laisser  mettre  sous  son 
nom  pour  leur  donner  plus  d'autorité  (2). 

F^aut-il  en  conclure  que  Notger  n'est  pour  rien  dans  le 
triple  travail  hagiographique  dont  il  vient  d'être  question? 
Non.  S'il  n'y  avait  pas  eu  sa  part,  les  écrits  de  Hériger  ne 
figureraient  pas  régulièrement  sous  son  nom,  et  un  patronage 
si  fidèlement  accordé  ne  suppose-t-il  pas  déjà  quelque  chose 
de  plus?  Pourquoi  Notger,  qui  était  grand  clerc  et  qui,  nous 
le  savons,  écrivait  à  ses  heures,  n'aurait-il  point  participé 
aux  œuvres  auxquelles  il  s'intéressait  le  plus?  On  reste  donc 
dans  les  limites  de  la  vraisemblance  en  admettant  qu'il  a  été 
le  collaborateur  de  Hériger  dans  une  mesure  qui  nous  est 
inconnue. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Notger  a  cultivé  les  lettres  avec  ferveur, 
et  on  le  savait  si  bien  dès  les  premières  années  de  son  pon- 
tificat que  de  Saint-Bavon,  de  Stavelot  et  de  Celles  (3),  on 


(1)  W'attenbach,  II,  p.  382,  se  persuade  ([ue  c'est  la  raison  pour  laquelle  Notger 
met  son  nom  en  tête  des  écrits  d'Hériger. 

(2)  Hariulf,  Clinmique  de  l'abbaye  de  Saint-Riiiuier,  p.  XV,  éd.  Lot.  L'éditeur 
rapproche  ce  t'ait  de  ceux  que  nous  étudions. 

(3)  V.  ci-dessus,  p.  340,  à  la  note  4  de  la  page339,  où  l'on  voit  (pie  l'ouvrage  est 
composé  il  la  pi'ière  de  personnes  qui  ne  sont  pas  nommées,  mais  qui  ne  peuvent 
être  que  des  chanoines  de  Celles. 


O  '. 


42  CHAPITRE   XVI. 

s'adressait  à  lui  pour  un  travail  littéraire  dont  on  était 
incapable  dans  ces  maisons.  11  fut  le  Mécène  des  lettrés  de 
son  temps;  c'est  lui,  pourrait-on  dire,  qui  leur  a  mis  la  plume 
à  la  main,  ou  qui,  tout  au  moins,  les  a  puissamment  encou- 
ragés à  écrire.  Quand  Richer  de  Gembloux  écrivit  la  vie  en 
vers  de  l'abbé  Erluin,  (f  986  ou  987)  aujourd'hui  perdue, 
c'est  à  Notger  qu'il  la  dédia  (1).  L'évêque  de  Liège,  par  cette 
protection  qu'il  accordait  aux  travaux  de  l'esprit,  n'était  pas, 
—  quoique  dans  une  mesure  plus  modeste,  —  un  indigne 
successeur  de  Charlemagne  et  de  saint  Brunon. 


(1)  Sigebert  de  Genibloux,  Gcsia  ahh.  Gnnhl.,  p.  ;;23.  Cette  vie  était  perdue  dés 
le  temps  de  Sigeberl,  qui  n'en  a  possédé  (lue  (inelques  fragments;  il  en  reproduit 
un  textuellement,  p.  o23. 


CHAPITRE  XVII. 


VIE    PRIVEE    ET    MORT    DE    NOTGER. 


Nous  ne  connaissons  de  Notger  que  Thoinnie  d'État,  le 
pontife  et  le  lettré;  nous  ne  pouvons  le  suivre  dans  sa  vie 
intime  pour  y  surprendre  le  secret  d'une  nature  si  puissante. 
Il  n"a  pas  eu,  comme  son  ami  saint  Bernward,  un  bio- 
graphe qui  aurait  raconte  sa  carrière  au  lendemain  de  sa 
mort  et  qui  aurait  pu  tracer  de  lui  un  portrait  d'après  nature. 
Mais,  nous  l'avons  vu  plus  dune  fois,  ces  illustres  pontifes  du 
X*'  siècle  sont  des  natures  fraternelles  :  la  pratique  des  mêmes 
vertus  et  l'accomplissement  des  mêmes  devoirs  établit  entre 
eux  des  ressemblances  bien  intéressantes.  Nul  doute  que  si 
nous  étions  mieux  renseignés,  nous  serions  en  état  d'esquisser 
d'une  journée  de  Notger  un  programme  à  peu  près  identique 
à  celui  d'une  journée  de  Bernward. 

Celui-ci,  levé  avant  le  jour,  , vaquait  d'abord  à  l'olUce  de 
matines,  se  recouchait,  se  levait  ensuite  pour  aller  prendre 
part  aux  autres  ollices  de  l'église,  puis  tenait  son  chapitre  où 
il  s'occupait  d'expédier  les  allaires  ecclésiastiques.  A  neuf 
heures,  il  chantait  sa  messe,  après  quoi  il  examinait  les 
causes  qu'on  lui  déférait  et  principalement  celles  des  oppri- 
més. Puis  venait  l'heure  de  l'aumône,  à  laquelle  il  procédait 
avec  le  concours  d'un  de  ses  clercs,  spécialement  chargé  de 
ce  ministère  de  la  charité  :  il  nourrissait  plus  de  cent  pauvres 
par  jour.  Après  cela,  l'ami  des  arts  satisfaisait  sa  passion  en 
allant  visiter  les  divers  ateliers  où  l'on  travaillait  pour  lui  le 
métal  et  appréciait  les  ouvrages  en  cours  de  fabrication. 


344  CHAPITRE   XVII. 

Enfin,  à  trois  heures  de  l'après-midi,  il  prenait  son  repas  avec 
les  chanoines,  en  écoutant  la  lecture  réglementaire  (1). 

La  vie  privée  de  Notger,  si  nous  ne  voulons  pas  en  juger 
d'après  les  lois  de  l'analogie,  nous  restera  inconnue.  Une 
seule  fois  son  biographe  consent  à  lever  le  voile  qui  la 
couvre,  et  alors  se  déroule  devant  le  regard  un  tableau  plein 
de  charme.  Yoici  comment,  deux  ou  trois  générations  après 
sa  mort,  le  Vita  Notg'ei'i  nous  l'esquisse  :  «  Quand  il  pouvait 
se  dérober  au  fardeau  des  afiaires  pour  chercher  un  peu  de 
repos,  il  aimait  à  se  retirer  à  Saint-Jean.  Là,  dans  une  maison 
qu'il  s'était  fait  bâtir  contre  le  cloître  intérieur,  il  était  enfin 
chez  lui.  Il  s'y  retrouvait  comme  à  son  foyer  domestique,  et 
il  s'y  livrait  à  la  prière,  à  l'étude,  à  la  visite  des  malades,  au 
soulagement  des  pauvres.  C'est  là  aussi  qu'il  aimait  à  dicter  à 
ses  notaires  et  à  ses  copistes  w.  C'est  tout,  mais  combien 
expressifs  sont,  dans  leur  simplicité,  ces  souvenirs  recueillis 
tout  chauds  encore,  si  l'on  peut  ainsi  parler,  par  un  narra- 
teur pieux,  dans  l'asile  même  qui  avait  si  souvent  abrité  la 
studieuse  retraite  du  prélat! 

Ainsi  se  laisse  entrevoir  ou  deviner  un  Notger  nouveau, 
ou  du  moins  un  Notger  que  nous  n'avons  encore  connu 
qu'imparfaitement.  Dans  ce  milieu  semi-monastique  de  Saint- 
Jean,  dans  cette  poétique  retraite  aux  bords  de  la  Meuse,  en 
face  des  verdoyantes  collines  qui  y  faisaient  un  coude  comme 
pour  embrasser  le  fleuve  et  le  sanctuaire  dans  ime  étreinte 
joyeuse,  ce  n'est  plus  l'homme  de  gouvernement  et  de  com- 
bat, c'est  le  chrétien  et  le  prêtre  qui  nous  apparaît.  Nous 
aimons  à  découvrir,  sous  la  féconde  activité  de  cette  nature 
intrépide  et  généreuse,  ce  fond  de  piété  fervente  et  de  pur 
esprit  religieux  qui  en  est  l'inspiration  assidue.  Aux  heures 
bénies  de  l'existence  où  il  lui  est  donné  d'être  tout-à-fait  à 
lui-même,  ce  qui  fait  ses  délices,  c'est,  avec  le  culte  des 
lettres,  la  méditation  des  vérités  éternelles  et  la  pratique 
d'une  indéfectible  charité  (2). 

(-1)  Thangniar,  Vita  mncti  Bcrnivurdl,  c.  6,  p.  700. 

(2)  J'ai  fait,  dans  Saint  Boni/ace,  p.  181,  la  même  conslalalion  au  sujet  du  grand 
apùlre  de  la  Cicrmanie;  lui  aussi,  c'est  sa  rciraite  du  Biscliofsberg  ([ui  nous  lo 
montre  dans  toute  la  vérité  de  sa  nature  morale.  Les  historiens  qui  ne  conscnlent 


VIE    PRIVÉE   ET   MORT   DE    NOTGER.  34o 

Il  faut  noter  ce  trait,  qui  éclaire  d'une  chaude  lumière  toute 
la  [)hysionomic  du  i^rand  homme  et  qui  lui  restitue  son  cachet 
de  réalité  historique.  Le  prince  au  bras  Ibrl  et  à  l'esprit  délié, 
le  redoutable  justicier  devant  lequel  tremblent  les  pervers, 
le  démolisseur  de  châteaux,  le  fondateur  de  villes,  le  conseil" 
1er  des  empereurs,  l'infatigable  ouvrier  de  civilisation  que 
nous  avons  vu  à  l'œuvre  dans  tous  les  domaines,  c'est,  avant 
tout,  un  homme  de  prière  et  de  solitude,  qui  renouvelle  sa 
vigueur  morale  dans  la  retraite  religieuse  et  dont  la  j)cnsée 
est  orientée  sur  l'éternité.  Qu'on  ne  s'y  trompe  point  :  dans 
ces  types  d'évèques  politiques  parmi  lesquels  les  princes  de 
la  maison  de  Saxe  trouvaient  tant  de  zélés  collaborateurs,  et 
en  qui  il  pourrait  sembler  que  le  prêtre  et  le  chrétien  doivent 
être  absorbés  par  l'homme  d'État,  c'est,  en  dernière  analyse, 
la  piété  qui  est  la  ligne  maîtresse  de  la  physionomie  et  le 
principe  de  toute  l'activité.  Ces  ouvriers  du  royaume  de 
Dieu  se  sont  souvenus  de  la  parole  du  Sauveur  :  Regniim 
Dei  intva  vos  est,  et  c'est  l'harmonie  de  leur  vie  intérieure, 
réglée  sur  les  préceptes  divins,  qui  se  ti^aduit  avec  tant  de 
puissance  et  d'éclat  dans  leurs  actes  publics. 

Selon  toute  apparence,  c'est  dans  sa  chère  maison  de 
Saint- Jean,  à  l'ombre  des  voûtes  dédiées  au  disciple  bien- 
aimé,  que  le  vieil  évoque  de  Liège  attendit  la  mort.  Il  avait 
achevé  sa  double  carrière  dans  les  fatigues  et  les  épreuves  : 
maintenant,  ses  labeurs  terminés,  l'œuvre  était  devant  lui 
dans  toute  sa  fraîche  jeunesse,  et  il  pouvait  se  réjouir  des 
proportions  et  de  la  vigueur  qu'il  lui  avait  données.  La  nation 
liégeoise  était  née.  Elle  entrait  dans  l'histoire  pour  s'y 
dérouler,  pendant  huit  siècles,  avec  une  vitalité  merveilleuse. 
Elle  allait  faire  voir  au  monde,  dans  un  petit  pays,  l'alliance 
féconde  de  la  religion  avec  le  génie  de  la  liberté  ;  elle  allait, 
mieux  que  beaucoup  d'autres,  montrer  à  l'Europe  qu'il  fait 
bon  vivre  sous  la  crosse,  et  que  la  houlette  du  pasteur  pèse 
moins  sur  les  peuples  que  le  sceptre  des  rois.  Lorsque,  de  sa 
retraite  située  un  peu  à  l'écart  de  la  ville,   le  créateur  du 

li:is  :i  (Ifisocndie  dans  le  tréfonds  religieux  des  grands  personnages  de  l'histoire  se 
(•nnd;)iiiiicnl  à  ne  jamnis  les  L'Oiii|nTndiv.  cl  à  en  tracer  des  porti-aits  inexacts. 
Celle  remarque  trouve  son  application  dans  un  grand  nombre  de  cas. 


346  CHAPITRE   XVII. 

nouvel  Etat  regardait  vers  sa  cathédrale,  qu'il  avait  en  face 
de  lui,  il  la  voyait  surgir  vers  le  ciel  comme  le  gigantesque 
symbole  de  l'œuvre  à  laquelle  il  avait  consacré  sa  vie,  et  il 
se  disait  peut-être  qu'après  une  existence  qui  avait  valu  la 
peine  d'être  vécue,  il  n'y  avait  pas  d'amertume  à  mourir. 

Au  surplus,  la  mort  ne  le  prit  point  au  dépourvu.  Attentif 
à  tout,  il  avait  eu  soin  de  faire  son  testament;  mais,  par  un 
scrupule  d'humilité,  nous  dit  son  biographe,  il  ne  voulut  le 
montrer  à  personne  de  son  vivant  (1),  et  c'est  sa  mort  seu- 
lement qui  révéla  ses  dernières  volontés.  Il  avait  légué  ses 
cendres  à  l'église  Saint- Jean -Evangéhste  (2).  Parmi  les  sou- 
venirs qu'il  lui  laissa,  il  nous  en  est  resté  un  :  c'est  son  bel 
évangéliaire.  Nous  avons  déjà  décrit  l'ivoire  de  ce  précieux 
manuscrit;  celui-ci  lui-même  nous  offre  une  de  ces  recensions 
du  Nouveau  Testament  que  Gharlemagne  fit  multiplier  par 
ses  copistes  et  qu'il  répandit  dans  tout  son  empire,  pour  éli- 
miner peu  à  peu  les  textes  fautifs  alors  en  usage.  Ce  livre 
doit  être  doublement  cher  au  patriotisme  liégeois,  et  comme 
un  des  plus  anciens  monuments  de  l'art  national,  et  pour 
avoir  été  le  livre  de  chevet  du  père  de  la  patrie.  (3). 


{{)  Quod  nulli,  in  signem  scrvatae  usque  in  linem  humililatis,  [ostendil].  Vita 
N()t(jeri,  c.  10. 

(2)  Vita  Nuùjcri,  c.  -10. 

(3)  L'évangéliaire  de  JN'otger  fut  conservé  précieusement  pai-  les  chanoines  de 
Saint-Jean  jusqu'au  commencement  du  XVIIIe  siècle;  à  cette  date,  ils  se  considé- 
rèrent sans  doute  comme  indignes  de  posséder  pareil  trésor,  puisque,  vers  I71.j, 
ils  TotlVirent  au  baron  de  Crassier,  le  célèbre  antiquaire  liégeois,  «  en  récompense 
d'autres  bienfaits  »,  comme  s'exprime  ce  dernier.  Voir  une  description  de  ce  ma- 
nuscrit par  de  Crassier  lui-même  dans  Montfaucon,  Bibliotheca  DibliothecariDn, 
Paris  -1739,  pp.  G04  et  fiOo,  reproduite  dans  le  Cnlaloriue  des  innintscritu  de  la 
hibliotlièijiie  de  l'université  de  Liéfie,  1873,  p.  9.  On  trouve  aussi  des  échanges  de 
vues  sur  ce  manuscrit  dans  la  correspondance  de  de  Crassier  avec  Montfaucon. 
B!AL,  t.  Il  riSoo),  p.  3o3  et  t.  XXVI  (1897),  pp.  79-81. 

Au  dire  de  Villenfagne,  Mélarnjes  de  littérature  et  d'iiistoire,  Liège,  1788,  |).  227, 
note  GO,  le  volume  passa  de  la  bibliothèque  de  de  Crassier  dans  celle  de  David, 
chanoine  de  Saint-Jean;  après  la  mort  de  ce  dernier,  quelques  années  avant  la 
iiévolulion,  il  devint  la  propriété  d'un  M.  Sacré,  dont  le  fils  le  donna  à  la  biblio- 
thèque de  Liège.  Cf.  le  Catalof/ur  des  Munusrrits  de  lu  Dibliotlièque  de  l'Université 
de  Liège,  Liège  1875,  p.  9.  On  a  longtemps  discuté  sur  la  valeur  des   lettres 


VIE   PRIVÉE   ET   MORT    DE    NOTGER.  347 

Notger  n'oublie  pas  ses  autres  églises;  il  est  fort  probable 
qu'à  toutes  il  voulut  laisser  quelque  libéralité,  [»our  que 
toutes  se  souvinssent  de  lui  dans  leurs  prières.  Du  moins, 
nous  savons  qu'il  avait  fondé  un  anniversaire  à  Saint-Lam- 
bert, imputé  sur  des  vignes  et  sur  des  terres  à  Fragnée  (1), 
et  un  autre  à  Saint-Denis,  exonéré  par  deux  moulins  situés 
sur  le  Torrent,  un  des  canaux  du  bras  de  la  Meuse  appro- 
fondi par  lui,  dans  les  environs  de  l'église  (2).  Le  jour  de  son 
anniversaire,  on  distribuait  aux  chanoines  présents  le  vin 
et  le  blé  de  la  fondation,  ainsi  que  nous  l'apprennent  les 
obituaires  de  ces  deux  maisons. 

Il  mourut  le  10  avril  1008,  après  trente-six  ans  d'épiscopat, 
et  sa  mort  —  est-il  besoin  de  le  dire?  —  fut  un  deuil  public  (3). 

V.  I.  DCCC  qui  se  lisent  en  rubrique  à  la  lin  du  volume.  De  Crassier  y  voyait  la 
(laie  de  l'ouvrage  CVerhi  Inrarnati  \800)  et  imagina  ensuite  de  lire  :  Quintn  Leonis 
ou  iJe  année  du  ijontificat  de  Léon  III.  Dom  Morin,  consulté  i)ar  moi  àccsujel, 
m'écrit  que  «  le  fameux  sigle  est  tout  simplement  une  indication  stichométrique, 
et  nous  apprend  le  nombre  de  lignes  contenues  dans  le  IV":  évangile.  »  (Cf.  S. 
Berger,  Histoire  de  la  r«/f/fffc.  p.366).  Le  même  savant  ajoute  :  <t  Les  prologues, 
sommaires,  etc.,  attestent  que  le  modèle,  probablement  le  texte  aussi,  se  ratta- 
chent à  l'école  de  Tours.  « 

(1)  IIII  id.  april. 

Commemoratio  domni  Notgeri  episcopi  nos! ri,  pro  quo  liabemus  amam  vini  de 
Frangeis  et  duodccim  modios  speltae  in  granario  nosli'o  in  dicto  anniversario 
distribuendae.  (Obituaire  de  Saint-Lambert,  manuscrit  sur  parchemin  du  XlVe  siècle, 
aux  archives  de  l'État  à  Liège.) 

(2)  Aprilis. 
un  nonas. 

Commemoratio  Nogeri  episcopi,  qui  dédit  nobis  duo  molendina  in  Torrente  quà 
die  distribuentur  III  modii  speltae  inter  praescntes,  in  vigiliis  et  in  missà.  Inde 
accipietur  dimidia  iibra  cerae  ad  candelas.  (Obituaire  <le  Saint-Denis,  manuscrit 
sur  parchemin  du  XllIe-XIVe  siècle,  aux  Arcliivos  de  l'État,  à  Liège.) 

(3)  Cette  date  est  absolument  certaine.  Elle  est  donnée  par  Sigebert  de  Gem- 
bloux,  Chronic,  p.  3oi;  par  Lambert  le  Petit,  p.  Giu;  par  les  Annales  de  Hildes- 
heim,  p.  93,  (que  suivent  les  Annales  de  QncdUnbunj ,  p.  79  et  VAnnalista  Saxo, 
p.  658.) 

Le  seul  Vita  Xotrjeri,  c.  lO  (dans  Gilles  d'Orval  II,  S8,  p.  63)  suivi  par  ,Iean 
d'Oulremeuse,  IV,  p.  133  donne  la  date  de  1007,  mais  il  faut  remarquer  que  nous 
ne  possédons  cet  ouvrage  que  dans  la  défectueuse  transcription  que  Gilles  d'Oi'val 
en  a  faite  au  XIII*^  siècle,  et  qu'il  y  a  probablement  ici  une  faute  de  copiste.  En 
ellet,  la  date  de  1008  est  la  seule  ([ui  concorde  avec  les  30  ans  d'épiscopat  donnés 
à  Notger  par  le  Vita  Notgeri  lui-même,  c.  lU,  ainsi  que  par  Anselme,  c.  30,  p.  200, 


348  CHAPITRE   XVII. 

Ce  nest  pas  seulement  la  ville  de  Liège,  mais  toute  la 
nation  qui  voulut  assister  à  ses  funérailles.  Elles  furent 
longues  et  solennelles,  et  elles  eurent  lieu  successive- 
ment dans  toutes  les  églises  rie  Liège  qu'il  avait  fondées, 
chacune  voulant  donner  un  dernier  témoignage  de  recon- 
naissance et  d'affection  à  son  bienfaiteur  en  offrant  pour 
lui  le    sacrifice    divin.    La    funèbre    cérémonie    dura    donc 

cl  par  Ruperl  de  Saint-Laurent,  c.  10,  p.  2G6.  Ces  années,  comme  je  l'ai  établi  plus 
haut,  p.  43-44,  commencent  à  courir  à  partir  du  14  avril  972. 

'Il  est  d'ailleurs  certain  que  Notger  vivait  encore  après  le  10  avril  1007,  puisque, 
le  4  juin  1007,  il  était  intervenant  dans  un  diplôme  impérial  pour  Thorn  (v.  ci-des- 
sus p.  112  et  243)  et  que  Gilles  d'Orval,  qui  le  fait  mourir  le'/iO  avril  1007,  le  monti'c 
participant,  dans  l'été  de  cette  même  année,  à  l'expédition  de  Henri  II  contre  la 
Flandre.  (Cf.  Devaulx,  t.  II,  p.  70  et  Hii'sch,  .hihrbùcher  des  deutsclicn  Iteiclis 
UHter  Heimicli  H,  t.  II,  p.  189.) 

Toutefois,  à  Liège,  oii  toute  l'historiographie  est  restée  ensorcelée  jusqu'à  la  fin 
du  XIXe  siècle  par  Gilles  d'Orval  et  par  Jean  d'Outremcuse,  on  avait  de  bonne  heure 
adopté,  sur  la  foi  de  ces  deux  compilateurs,  la  fausse  date  de  1007;  ainsi  les  cha- 
noines de  Saint-Jean  en  1634,  dans  leur  pétition  à  Ferdinand  de  Bavière  (BIAL, 
t.  II,  p.  2u8);  Fisen,  I,  p.  io9;  Foullon,  I.  p.  202;  de  Reiftenberg,  C.lfiC,  I,  p.  99. 
Ce  qui  a  entraîné  la  conviction  de  Foullon,  d'ordinaire  plus  critique,  c'est  que,  selon 
Jean  d'Outremeuse,  Notger  est  mort  un  jeudi-saint,  et  qu'en  1007  cette  fête  coïnci- 
dail.  en  effet,  avec  le  10  avril,  jour  unanimement  admis.  Mais  comment  Foullon 
n'a-t-ii  pas  vu  que  ce  qu'il  prend  pour  un  témoignage  n'est  que  le  résultat  d'un 
l'aisonnement  de  Jean  d'Outremeuse  qui,  partant  de  la  date  du  10  avril  1007  comme 
acquise,  a  ouvert  son  comput  et  a  constaté  que  ce  jour  co'incidait  avec  le  jeudi-saint  ? 
Cachet  {BAIîB,  XVIIP,  p.  334)  après  avoir  admis  la  bonne  date  de  1008,  se  laisse 
aussi  troubler  par  Jean  d'Oulremeu.se  et  se  remet  à  hésiter. 

Au  surplus,  les  maîtres  de  l'érudition  se  sont  depuis  longtemps  prononcés  pour 
1008;  tels  sont  Mabillon,  A)inale.s  ().  S.  B.,  t.  IV,  p.  201;  le  Gallia  Christiana, 
t.  m,  col.  848;  VHistoire  littéraire  de  la  France,  t.  VII,  p.  210;  Hirsch,  Jahrhucher 
des  deutschen  Beiclis  nnter  Ileinricli  II,  1.  C.  A  Liège  même,  Devaulx,  I.  c.  Bouille, 
t.  I.  p.  78  et  Daris,  p.  312  les  ont  suivis. 

La  date  du  jour  (10  avril)  a  donné  lieu  elle-même  à  des  doutes.  Cachet  s'est 
demandé  si  ce  jour  ne  correspond  pas  à  celui  de  l'enterrement  de  Notger  à  Saint- 
Jean,  !e([uel  avait  été  précédé  par  des  funérailles  solennelles  faites  successivement 
à  la  cathédrale,  à  Sainte-Croix,  à  Saint-Martin  et  à  Saint-Paul.  D'après  cela,  il  fau- 
drait placer  la  mort  de  l'évêque  au  0  avril,  sinon  un  ou  deux  jours  plus  tôt  encore. 
Mais  ce  scrupule  est  écarté  par  l'obituaire  de  Saint-Lambert,  qui,  incontestable- 
luent,  n'a  point  pris  pour  date  celle  de  l'enterrement  a  Saint-Jean,  et  qui  donne  le 
IV  des  ides  il'avril,  c'est-à-dire  le  10  de  ce  mois.  Celte  date,  il  est  vrai,  est  contre- 
dite par  celle  du  nécrologe  de  Saint-Denis  (aux  archives  de  l'État  à  Liège)  qui  donne 
le  IV  des  noncs  d'avril,  mais  tout  semble  lndi([uor  (|uo  mm.  a  été  écrit  pour  id.  par 
sui|c  dune  simple  distraction  de  copiste. 


VIE    PUIVKK    ET    MOUT    I)K    XOTGER.  3i9 

cinq  jours  entiers  (1).  Le  corps,  qui  avait  été  préalahlement 
embaumé  (2),  l'ut  transporté  le  premier  jour  à  la  cathédrale, 
le  second  à  Sainte-Croix,  le  troisième  à  Saint-Martin,  le  qua- 
trième   à  Saint-Denis,   le   cinquième   à    Saint-Jean-Evangé- 
liste  (3).  Ensuite,  les  précieux  restes  furent  déposés  dans  la 
tombe  que  Xotger  avait  choisie  lui-même,  à  l'angle  de  la  crypte 
de  la  chapelle  Saint-Ililaire,  c'est-à-dire  au  côté  septentrional 
de  l'octogone.  Plus  tard,  au  XIP  ou  au  XIIP"  siècle,  on  lui 
érigea  un  cénotaphe  sous  la  tour,  et  ce  monument  fut  renou- 
velé assez  richement  en  1366,  La  création  de  ce  cénotaphe, 
comme  il  arrive  souvent,  fit  oublier  le  tombeau  véritable; 
de  bonne  heure  on  prit  le  cénotaphe  pour  le  tombeau,   et 
Jean  d'Outremeuse,  en  propageant  cette  erreur,  lui  assura 
un  crédit  sans  partage  auprès  des  Liégeois.  Aussi,  lorsqu'en 
1033  on  voulut  exhumer  les  restes  de  Notger,  on  fut  surpris 
de  ne  pas  les  trouver  dans  le  monument  sous  la  tour.  On 
s'avisa  alors  seulement  de  relire  la  vie  de  Xotger,   et  de 
fouiller  à  l'endroit  où  il  avait  été  enterré  en  réalité.  Mais, 
par  une  rare  malechance,  trompés  par  les  documents  altérés 
qu'ils  consultèrent,  les  chanoines  de  Saint-Jean  se  persua- 
dèrent que   le  tombeau   se  trouvait,    non   dans  la  chapelle 
de  Saint-Hilaire,  mais  en  dehors  et  à  côté  de  celle-ci,  et  les 
fouilles   qu'ils  firent  à  cet  endroit  aboutirent   à    l'exhuma- 
tion d'un  squelette  qui  fut  pris  à  tort  pour  celui  de  Xotger. 
On  recueillit  précieusement  ces  ossements  d'un  inconnu  et 


(1)  «  Quand  un  évêque  mourait,  son  corps  était  promené  dans  plusieurs  églises 
avant  d'être  déposé  dans  son  tombeau,  et,  dans  chacune  d'elles,  on  récitait  des 
prières  pour  le  repos  de  son  ànie.  »  De  Cauiiiont,  Courx  d'antùiuitcs  monumentales, 
Ge  partie,  p.  198.  Cf.  Vita  s.  Woljijamji,  c.  \V.),  p.  o  i-i  ;  Vila  s.  Uuirhardi,  c.  23,  p. 
84G.  Il  en  était  de  même  à  la  mort  des  souverains;  ainsi  le  corps  d'Otton  III,  apporté 
à  Cologne,  fut  transporté  à  Saint-Sévei-in  le  lundi  api'ès  les  Rameaux,  le  mardi  à 
Saint-Pantaléon,  le  mercredi  à  .Saint-Géréon,  le  jeudi  à  la  cathédrale;  le  vendredi, 
on  prit  le  chemin  d'Aix-la-Chapelle,  où  il  fut  inhumé  le  samedi.  (V.  Thietmar  de 
Mersebourg,  IV,  33,  p.  783.)  De  même,  le  corps  de  Conrad  II,  revenant  d'Utrecht, 
fut  transporté  dans- toutes  les  églises  O'ionasteriaJ  de  Cologne,  de  Mayence  et  de 
Worms,  au  dire  de  Wipo,  Vita  Cliuonradi,  c.  39,  p.  27i. 

(2)  Au  dire  de  Jean  d'Outremeuse,  1.  c. 

(3)  Vita  Notfjeri,  c.  10,  et,  d'après  cet  ouvrage,  .lean  d'Outremeuse,  IV,  p.  182 
et  Rupert,  Chronic.  s.  Laurentii,  c.  iO,  p.  2UU. 


350  CHAPITRE   XVlt. 

on  les  conserva  dans  un  cofTx'e  dans  la  sacristie,  où  ils  sont 
encore  (1). 

La  terre  continue  donc,  selon  toute  apparence,  de  garder 
les  restes  sacrés  de  riiomme  qui,  au  même  degré  que  suint 
Lambert,  a  été  le  fondateur  de  la  ville  de  Liège.  Enterrée  de 
plus  en  plus  profondément  par  Texliaussement  progressif  du 
sanctuaire  de  Saint-Jean,  qui  était  au  niveau  du  sol  en  Tan 
1000  et  auquel  on  accède  aujourd'hui  par  huit  mai'ches,  la 
tombe  de  Notger  n'a  pas  livré  son  secret  et  le  fondateur  de 
la  principauté  de  Liège  repose  dans  la  paix  inviolée  de  son 
sanctuaire  de  prédilection. 

Notger  laissa  une  mémoire  entourée  d'une  vénération  uni- 
verselle. 

Déjà  ses  contemporains  professaient  pour  lui  ce  senti- 
ment. Folcuin  de  Lobbes,  à  qui  l'on  ne  j)eut  pas  reprocher 
l'adulation,  regrette  de  ne  pouvoir,  parce  qu'il  est  vivant,  le 
louer  selon  ses  mérites,  et  déclare  qu'il  est  rempli  de  l'esprit 
de  Dieu  (2).  Le  meilleur  éloge  que  l'auteur  du  Vita  Balderici 
trouve  à  faire  de  son  héros,  c'est  de  dire  qu'il  marcha  sur 
les  traces  de  son  prédécesseur,  que  la  ville  de  Liège  n'a  pas 
mérité  de  posséder  plus  longtemps  (3).  Anselme,  i,le  chroni- 
queur laconique',  si  pressé  d'arriver  à  son  héros  favori 
Wazon,  s'arrête  en  passant  devant  la  figure  de  Notger  et  lui 
rend  un  témoignage  ému. 

«  Plein  de  mansuétude  pour  les  pauvres  et  pour  les  gens 
de  bien,  terrible  envers  les  riches  et  les  factieux,  digne  à  la 
fois  d'admiration,  de  vénération  et  d'amour,  il  fut  le  patient 
précepteur  des  ignorants,  le  bâton  des  vieillards  et  l'éduca- 
teur de  la  jeunesse.  Prudent,  circonspect,  discret,  éloquent, 
il  inspira  la  plus  grande  confiance  aux  papes  et  aux  empe- 

(-1)  Sur  lout  ceci,  voir,  à  l'appendice,  la  dissertation  intitulée  :  Possédons-nous 
les  restes  de  Notger  '! 

(2)  Cujus  animi  dotes  et  virtutuin  summam  si  pergam  dicere,  quoniiun  adjuic 
superesl,  adulari  videbor.  Unum  pro  certo  dicenduni  est,  quod  vir  sit,  in  queni 
Spiritus  Dei  donum  singulare  contulit  veritatis  et  fidei.  Folcuin,  c.  28,  p.  70. 

(3)  Vita  Balderici,  c.  2,  p.  72o  et  18,  p.  731.  Notgerus  episcopus,  lotus  ex 
sapientiâ  virtutibusque  compositus,  qui  pro  suae  nienlis  industriâ,  quâ  plurimuiu 
claruit,  omnem  in  se  cleri  vel  civium  atlisctum  transfudit,  quem  urbs  nostra  diutius 
liabere  non  meruit. 


VIE    PRIVKK    ET    MORT    DE    NOTGEn. 


351 


reurs.  Jamais  il  n'accorda  la  moindre  place  à  rinacticjii  et  à  la 
torpeur  ni  chez  lui  ni  chez  les  autres,  et  il  laissa  des  disciples 
digues  de  lui,  parmi  lesquels  il  sullit  de  nommer  rincom[)a- 
rable  Wazon  »  (l).  "N'oilà,  en  substance,  le  langage  d'An- 
selme. Sigcbert  de  Gendjloux,  à  son  tour,  paie  à  Notgei"  un 
tribut  d'admiration  et  de  respect  (2).  Un  poète  liégeois  du 
XP  siècle  célèbre  son  zèle  pour  la  prédication  de  l'Evangile, 
son  ardent  amour  de  la  justice,  sa  charité,  son  hospitalité  (3). 
Le  Vita  Notgerl  fait  écho  à  tous  ces  éloges  et  les  reproduit 
a  son  tour  (4).  L'auteur  anonyme  de  la  vie  du  })ienheureux 
Thierry  de  Saint-PIubcrt  vante  la  sagesse  et  la  piété  de 
Notger  (o).  Les  étrangers  ne  sont  pas  moins  enthousiastes 
que  les  Liégeois  :  à  Cambrai,  à  ^'erdun,  dant  tout  llilmpire, 
on  salue  dans  Téveque  de  Liège  un  des  grands  hommes  de 
l'époque  (6).  Plusieurs  écrivains  le  considèrent  comme  un 
saint  et  le  proclament  bienheureux  (7).  Il  ne  s'agit  pas  ici  de 
quelque  exagération  de  langage  comme  l'enthousiasme  popu- 
laire s'en  permet  souvent.  Nul,  assurément,  ne  contestera 
le  témoignage  de  Richard  de  Saint-Vanne,  l'austère  ré- 
formateur clunisien  :  il  se  connaissait  en  sainteté,  et  il  ne 
prodiguait  pas  le  qualilicatil".  Or,  Uichard  raconte,  en  y 
ajoutant  foi,  la  vision  d'un  de  ses  moines  d'Arras  qui,  trois 
ans  après  la  mort  de  Notger,  l'avait  vu  dans  le  ciel  (S). 

(!)  Anselme,  c.  30,  p.  206. 

(2)  Sapientià  et  nobilitate  salis  polIeb;i(.  Sigeberl,  Gc^ta  abb.  Gemblnr.  c.  23. 
(3j  L'hospitalité  est  une  des  vertus  les  plus  souvent  louées  chez  les  évèques  du  X^ 

siècle.  Y. le  Vita  s.'Udalrici,  c.  3,  p.  390  :  llospitcs  auleni  cum  ad  eum  devenissent, 
ti'ipudio  et  tantà  hilaritate  vultus  et  animi  suscepti  sunt  et  in  omnibus  procurali 
velut  eis  optime  conveniebat,  sciens  in  eis  Christum  se  suscepissc,  illo  dicente  : 
llospes  fui,  et  suscepistis  me. 
(4)   Vita  Notger i,  c.  8. 

(3)  Vita  Theoderici  Andarjinemis,  c.  4,  p.  39  :  Notgci'O  magnae  sanctitatls  el  sa- 
pientiae  viro. 

(G)  Gesta  epp.  Caineruc,  III,  ">,  p.  4(>7;  Vita  s.  Adulberti,  c.  22,  p.  391;  Hugues 
de  Flavigny. 

(7)  Nocherum  sanctae  memoriae  episcopum.  Gesta  epp.  Camerac,  I.  c.  Virsane- 
tae  memoriae  Notgerus.  Piupert,  Chronic.  s.  Laurentii,  c.  7,  p.  2(34.  Et  ci-dessus  le 
Vita  Theoderici  Andarjinensis,  I.  c. 

(8)  Lettre  circulaire  du  bienheureux  Richard,  rapportée  par  Hugues  de  Flavigny, 
II,  p.  382  :  In  hoc  refrigerii  loco  Notkerum  recognovit  episcopum. 


îio2  CHAPITRE    XVII. 

Ce  jugement  d'un  contemporain  est  resté  celui  de  la  posté- 
rité. C'est  celui  de  Gilles  d'Orval  qui,  reproduisant  textuelle- 
ment dans  ses  chroniques  le  récit  d'Anselme,  y  intercale,  à 
l'endroit  où  le  nom  de  Notger  est  ramené,  le  titre  de  bien- 
heureux (1).  C'est  celui  de  Jean  d'Outremeuse,  qui,  au  KIY*" 
siècle,  lui  réserve  le  qualificatif  de  saint  à  diverses  re- 
prises (2).  Au  XV*'  siècle,  le  Magnum  Ghvonicon  Belgicwn 
est  le  fidèle  écho  de  la  même  tradition  (3).  Au  XYP,  Pla- 
centius  proteste  contre  l'injustice  quil  y  aurait  à  refuser  à 
Notger  le  titre  de  saint  (4),  et  un  biographe  qui  écrivait  en 
lo66,  Quercentius,  tout  en  reconnaissant  qu'il  ne  figure  pas 
au  bréviaire  de  Saint -Jean  parmi  les  bienheureux,  déclare 
qu'il  mérite  pleinement  ce  titre  que  lui  avaient  attribué  les 
âges  passés  (5).  Au  XVIP  siècle,  Saussoy  l'inscrit  dans  son 
Martyrologe  (6).  Fisen  est  persuadé  de  sa  sainteté  (7). 
Foullon  revendique  pour  lui  le  titre  de  bienheureux  et  ex- 
prime l'espoir  qu'on  pourra  un  jour  le  vénérer  sur  les  au- 
tels, ajoutant  que  c'est  là  le   souhait  de  tout  le  monde  (8). 


(4)  Anselme,  c.  23,  p.  203  :  Substitutus  est  Eraclio  quadragesimus  sestiis  Nol- 
kenis. 

Gilles  d'Orval,  II,  50,  p.  57  :  SubstUulus  est  Eraclio  quadragesimus  sexlus  boaliis 
Notkei'us. 

(2)  Jean  d'Outremeuse,  IV,  pp.  l'il,  142,  144,  151,  153,  et  passiin. 

(3)  Sanclus  Nothgerus.  Dans  Pistorius-Struve,  licruiu  Gerinanicanim  Scripfnrcs, 
t.  111,  Uatisbonne  1720,  p.  90. 

(4)  At  mlhi  nou  videtur  verisimile,  quod  aliquot  historiae  satis  indecore  perhi- 
bent,  tantum  antistitem  propterea  demeruisse  nomen  sanctitatis  quia  arcem  Capri- 
montanam,  ut  diximus,  dolo  et  tecbnis  usurpavit.  Placentius,  article  Notger. 

(5)  Quercentius,  Vie  de  Notger,  injine.  V.  sur  cet  ouvrage  l'appendice  I. 

(6)  A.  Saussoy,  Martyrolofjiwn  Gallicanum,  Paris  1G37.  t.  I,  pp.  200-202  : 
Miraculis  etiam,  quae  sanctitatis  indicia  erant,  plurimis  etiulsit.  Ferunt  anatheniatis 
ab  co  spiculû  perçusses,  ob  induratam  proterviam  poenasetiam  temporales  divinà 
ultione  luisse.  Ipsum  vero  tempore  tamis  annonam  de  coelo  precibus  impetrasse. 
Oratione  suâ  maxima  avertisse  pericula  :  multa  vero  a  Dec  bénéficia  piâ  eftlagitatione 
gregi  suc  conciliasse. 

Le  titre  de  saint  est  encore  donné  à  Notger,  au  dire  de  Fisen,  Flores,  1.  c,  par 
Arnold  Wion  dans  son  Ligninn  Vitae  et  son  Martijrohxjhtvt  Denedictinwii ;  par  Tli. 
Ferrarius  dans  sa  Nova  topographia  et  par  Canisius  dans  son  Martyrologium. 

(7)  Fisen,  Floi-es  eccle.tiae  Leodiensis,  p.  209. 

(8)  Foullon,  I,  p.  203  :  L'I,  si  Pontil'ex  maxinuis  aliquando  annuerit,  solemnibus 


Ali"  rr.ni':i:  i;t  :\i()in'  ni".  .N(>'i(;i:it.  'X'ù\ 

11  n"v  a  pas  de  voix  iliscordaiilc  clans  le  témoipfnaçfe  ([lia 
huit  siècles  ont  rendu  à  ce  grand  houinie. 

Mais  c'est  surtout  à  Saiut-Jean-l''vangéliste  (jue  son  sou- 
venir est  resté  eu  Ijénétliclion.  Dès  ré[)oqiie  la  j>lus  reculée*, 
la  vénération  des  chanoines  do  celte  église  pour  le  saint 
fondateur  a  trouvé  une  expression  aussi  naïve  que  touchante. 
On  peut  voir  encoi'e  atijourd'hui,  sur  l;i  couvertui'e  de  i'évan- 
géliaire  de  Notger,  conscirvé  i)ar  cette  collégiale,  l'auréole 
dont  une  main  pieuse  a  voulu  orner  sa  tète  en  entaillant 
après  coup  la  surfocc  de  l'ivoire  où  il  est  représenté.  Tous 
les  ans,  on  lisait  sa  vie  au  réfectoire  le  jour  de  son  anniver- 
saire, connue  on  aurait  fait  i)oui-  un  bienheureux.  Lorsqu'on 
crut  avoir  retrouvé  ses  ossements,  le  chapitre  pria  le  prince- 
évéque  Ferdinand  de  nommer  une  commission  en  vue 
d'introduire  son  procès  de  canonisation.  Nous  avons  con- 
servé le  texte  de  la  pétilion  du  cha[>ilre,  qui  est  datée  du 
28  août  UuVi.  Le  prince  agréa  cette  demande,  qu'il  a[)oslilla 
dès  le  30  août,  cl  le  nonce  Carafa  ordonna  une  enquête, 
dont  nous  ne  connaissons  pas  les  phases  ni  les  résultats  (1). 
Les  archives  de  Saint-Jean-l']vang'''liste,  soigneusement  com- 
])ul.sées  par  moi,  ne  m'ont  fourni  à  ce  sujet  aucun  rensei- 
gnement (2). 

lionoribus  colaninr  exuviae  pracsiilis Vivil  ac  vigel  hortipriiip  illius  apiid 

omnes  jiicumiissima  recortlatio,  beatum  Nolgenun  vulgo  appellanles,  vovento.'^qiic 
ut  sanclum  libero  ore  iiivocaniii  a  stiniino  Pontldce  acccilat  auctoiilas.  CF.  Mr-lail. 
Histoire  de  Ut  fille  et  cliiistcuK  de  Uni/,  l.it'gr,  Hii  I.  p.  (J.'j. 

(l)  Voir  rappendice  V. 

(5)  Certains  écrivains  semblent  cmire  ciiu',  sans  la  ]é,^ent]e  lie  (llièvromont, 
Xolger  aurait  été  canonisé.  Foullon,  I,  liM),  le  |)remier,  a  ma  connaissant  e,  ([ui 
l'(ii-iimle  celle  manièi'e  île  voie,  ne  l'énonce  (pie  (Tune  manière  va.i^ue.  Parlant  île  la 
mort  (lu  sire  de  Cliévrenionl,  il  ajoute  :  l'.vori'in  ciiui  iiifauliilo  relit  ttnn  tlesilitisxr, 
ithiue  ol'slitisse,  fjiKDniîiii.s  niuticii  \iirtjeri  iii  ttiranmi  Jttsta  rejerretur,  fiibiilu  ext  tib 
ip.io  Pl(tcentii)  explosa.  Mais  Placentiiis  est  loin  d'être  si  cal(''gori(pic;  il  se  borne  à 
dire  (lue  Notger  ne  mérite  pas  de  perdre  le  nom  de  saint  à  cause  de  riiisloire  de 
Clièvremont  :  At  mihi  nott  vitletiir  verisintilc  iiutitl  aUipiot  liisttiritie  sutis  ititlecorr 
perliibent,  tantitm  tinlistitein  pruptereti  tleiiternixse  iiinitiu  stiurtittitis,  t/iiitt  tirtcin 
Ciipriiiionteni  fut  di.cimus).  tUilu  et  teclinis  nsuriKiiit.  On  le  voit,  il  n'est  pas  iniestion 
là  de  canonisation,  mais  simplem'^nt  du  jugement  de  l'bistoire.  Tout  cela  n'a  pas 
empêclié  V.  Henaiix,  Histoire  dit  piii/s  de  Liège,  t.  I,  p.    lOS,  d'écfii'e  ces  lignes  : 

I,  23 


3o4  CIIAPIÏUE    XMÙ 

Le  l'ayonnement  de  lu  gi-aiide  mémoire  de  Notger  devait 
cependant  connalLi'c  une  éclipse  :  ce  fut  la  calaniiteuse 
époque  du  XYIII*^  siècle.  A  cette  date,  on  voit  sallaiblir 
partout,  jusqu'au  sein  du  clergé,  le  sens  religieux  et  le 
respect  du  passé.  Croirait-on  qu'à  Saint-Jean,  dans  ce  sanc- 
tuaire de  la  mémoire  de  Notger,  on  poussa  si  loin  le  mépris 
des  traditions  de  la  maison,  qu'on  ne  craignit  pas  d'aliéner  le 
plus  précieux  trésor  que  possédait  encore  cette  église  :  je 
veux  dire  son  évangéliaire,  le  livre  doublement  saint  que 
ses  mains  avaient  feuilleté  tous  les  jours,  et  entre  les  pages 
duquel  il  semblait  que  son  souvenir  dût  vivre  avec  une  éter- 
nelle fraîcheur  (1)? 

La  reconstruction  de  l'église,  en  1759,  ne  contribua  pas 
peu,  de  son  côté,  à  oblitérer  le  souvenir  de  Notger  et  à 
refroidir  la  ferveur  pour  sa  mémoire.  Le  niveau  de  l'église 
fut  exhaussé  ;  l'emplacement  supposé  de  son  tombeau  n'en 
garda  plus  aucune  trace,  le  cénotaphe  sous  la  tour  disparut, 
la  statue  de  Notger  qui  le  surmontait  alla  rejoindre  dans  la 
sacristie  le  coffre  qui  contenait  ses  ossements  supposés. 
Il  ne  restait  plus  qu'à  profaner  ceux-ci,  et  les  révolution- 
naires s'acquittèrent  de  celte  tâche,  moins  barbares  en  cela 
que  les  prétendus  historiens  qui,  de  nos  jours,  ont  souillé  la 
gloire  du  grand  homiiie  par  l'exploitation  d'une  inepte 
légende.  C'est  à  peine  si,  en  l'an  de  grâce  1904,  il  y  a  dans  le 
pays  de  Liège  une  école  où  Notger  soit  connu  autrement  que 
par  l'histoire  apocryphe  du  stratagème  de  Chèvremont.  La 
ville  qui  lui  doit  tout,  selon  le  vers  fameux,  ne  lui  a  pas 
même  érigé  une  statue.  Ce  qui  indignait  Bovy  en  1838  ÇÈ) 
et  de  Gerlache  en  1843  (3)  est  encore  vrai.  Le  modeste  monu- 


«  Le  clergé  liégeois,  en  1G30  fsicj,  supplia  le  pape  de  proclamer  la  sainteté  de  K(A- 
gerCsicJ;  après  examen  (sic),  celte  demande  l'iil  rejclée.  La  justice  de  l'Église  fut, 
en  ce  jour,  d'accord  avec  celle  de  l'Histoire.  » 

Je  ne  me  sens  pas  le  courage  de  plaindre  l'Eglise  d'avoir  manqué  cette  uniijue 
occasion  de  mériter  les  compliments  d'un  historien  aussi  exact. 

(1)  Y.  ci-dessus,  p.  346. 

(2)  Bovy,  Promenades  historiettes  dans  le  pays  de  Lièi/c,  t.  II  (183!)),  p.  20. 

(3)  <c  Notger  n'a  pas  de  monument  dans  la  ville  qui  lui  doit  huit.  «  Do  Gerluclir, 
Histoire  de  Liège,  3^  édition  (1870),  p.  iS. 


VIE    l'HlVÉE    ET    MOUT    DE    XOTGEU.  3oO 

mont  que  lui  a  ilressé  on  l8i).'J,  dans  les  cloîtres  de  Suint- 
Jean,  le  clianoine  Meyers,  ancien  curé  de  la  paroisse,  n'est 
pas  fait  pour  payer  la  dette  de  la  postérité. 

Je  voudrais  me  persuader  que  j'ai  élevé  à  ce  grand  homme 
un  monument  [)lus  durable.  Je  n'ai  pas  la  présomption  de 
le  croire  dclinitiC,  mais,  tel  qu'il  est,  j'espère  qu'il  pourra 
servir  de  point  de  départ  aux  travaux  des  historiens  futurs. 


CONCLUSION. 


Notger  est  une  des  plus  remarquables  figures  du  X''  siècle. 
Dans  cette  série  de  prélats  qui  furent  à  la  fois  des  hommes 
d'Etat  distingués  et  des  pasteurs  d'àmes  dignes  de  leur 
mission,  il  occupe  un  des  premiers  rangs.  La  politique  civi- 
lisatrice des  empereurs  de  la  maison  de  Saxe  ne  connut  pas 
d'instrument  plus  intelligent.  Quatre  voyages  en  Italie  à  leur 
service  et  d'innombrables  séjours  à  leur  cour  attestent 
combien  ils  l'estimaient  et  combien  peu  ils  se  passaient  de 
lui.  Ils  n'eurent  pas  de  serviteur  plus  fidèle;  il  sauva  le  trône 
d'Otton  III,  il  fut  le  négociateur  de  la  paix  entre  Henri  II  et 
le  roi  de  France;  on  le  trouva  toujours  sur  la  brèche  quand 
il  s'agit  de  défendre  leurs  intérêts,  et  c'est  en  grande  partie 
à  lui  qu'est  dû  l'airermissemcnt  du  pouvoir  impérial  dans 
nos  provinces. 

Prince-évcquc  de  Liège,  il  a  créé  sa  principauté.  Sans 
guerres,  sans  intrigues,  il  a  acquis  un  domaine  considérable, 
comprenant  des  villes,  des  abbayes  et  deux  comtés  entiers. 
Il  a  organisé  le  gouvernement  de  ce  tout.  Arrachant  et  plan- 
tant, selon  l'expression  de  son  biographe,  il  a  détruit  les 
chàteaux-forts  et  édifié  les  villes.  Justicier  sévère,  il  n'a  pas 
reculé  devant  les  mesures  de  ré[)ression  énergiques  quand 
elles  lui  semblaient  réclamées  ])ar  le  salut  de  son  peuple,  et 
il  a  légué  à  son  successeur  un  Etat  i)aisiblc  et  heureux. 

Il  n'a  ])as  borné  sa  tache  à  assurer  la  sécurité  et  le  bicn- 
ctre  de  son  j)euple  ;  il  s'est  préoccupé  aussi  de  sa  vie  intel- 
lectuelle. Son  (ouvre  scolaire  est  une  des  plus  belles  qu'il  y 
ait  dans  l'iiistoire.  Grâce  à  lui,  les  écoles  de  Liège  ont  été 
des  pépinières  d'hommes  émincnts  ;  leur  renom  s'est  étendu 
au  loin  ;  de  toutes  parts  on  est  venu  lui  demander,  soit  des 


CONCLUSION.  îio7 

c\  rqucs,  s<;i!:  cîos  jjroresseurs,  et,  par  l'influence  de  ses  dis- 
ciples, qui  coiilinuaicnt  au  loin  son  enseignement,  il  est 
devenu  l'un  des  éducateurs  de  llùirope.  La  première  liisloire 
ilu  pays  de  Liège  a  été  écrite  sous  ses  auspices,  on  pouri'ait 
dire  sous  su  dictée.  Il  a  rempli  ce  pays  de  livres  précieux 
et  d'objets  d'art,  et,  uieltant  lui-iuénie  la  main  à  la  besogne, 
il  s'est  fait  le  collaborateur  de  ses  éeolàtres,  dans  leurs 
classes  comme  dans  leurs  cellules  d'écrivains. 

Pour  juger  de  ce  qu'il  a  fait  pour  sa  principauté,  il  sullit 
de  voir  ce  qu'il  a  fait  pour  sa  cité.  Il  en  a  été  le  second  l'ou- 
dateur;  il  y  a  tout  créé  ou  tout  renouvelé.  La  cathédrale  avec 
ses  dépendances,  quatre  églises  collégiales  nouvelles,  deux 
paroissiales,  les  cloîtres,  le  })alais,  l'hospice,  l'enceinte  for- 
tilîée,  tout  y  est  de  lui.  Avant  lui,  Liège  n'était  qu'une 
bourgade;  après  lui,  elle  prit  rang  parmi  les  grandes  villes. 

Ce  grand  civilisateur,  ce  puissant  manieur  d'hommes  fut 
une  âme  profondément  religieuse.  Regardant  les  choses 
temporelles  du  point  de  vue  de  l'éternité,  il  ne  s'est  pas  laissé 
absorber  par  les  préoccupations  du  siècle  :  le  salut  de  son 
âme  est  resté  son  affaire  principale.  Il  joignait  la  sainteté  au 
"énie.  Il  n'v  a  i»as  une  tache  sur  sa  robe  de  prêtre,  il  nv  m 
]jas  une  souillure  sur  sa  ré])utation  d'homme  d'Etat.  Son  nom 
est  une  des  plus  ])ures  gloires  de  son  pays  d'adoption,  et  un. 
des  plus  grands  de  l'histoire  de  Belgique. 


4 


ADDITIONS    ev;:    CORRECTIONS. 


P.  2.  Sur  les  évèques  de  l'époque  ottonicnne,  il  faut  lire 

riniportant  témoignage  du  Vita  Meinwerci,  c.  192,  p.  151  : 

lUiiis  qiioque  tenipuris  opiscopi  sapicntià  et  scientJà  pracdili,  subjcctoriini 
profcotibus  continue  erant  dediti,  scoimdas  iniporii  partes  sancte  et  juste 
adjuvantes,  sacerdotii  rigoreni  nullatenus  relaxantes.  Intoi'  quos  vitae 
nici'ilo  eniinebat  Treverensis  lur'îropolis,  e.\(iuà  priniuiii  sonus  evangolicao 
praedioationis  intonuit  parti  bus  Teutonicis,  Meingoz  et  Poppo,  Coloniensis 
(IuO(|ao  HorilK'i'tus  et  Pibgrinus,  Mngunticnsis  eecJcsiae  Willigisus  et 
Erchanbaidus,  Arilio  et  Bardo,  Partcnopolitanao  id  est  Magtholiui'gonsis 
(Jero  et  Hunfridus,  Hronicnsis  l'iuiwanus,  Trajeetensis  Ansfridus  et  Alhal- 
baldus,  Mimigardefordensis  Thiedericus  et  Sigifridus,  Osncbruggensis  Thiet- 
marus,  Hiidonesheiincnsis  Beriiwardus  et  (lodehai'dus,  Mindensis  Sil)crtus 
et  lii'uno,  Hurgliardus  Woi'iualicnsis,  studio  suo  in  collcctione  eanonum  in 
Ecclesià  laudabibs,Werinliar(lus  Argentinae  civi^atis,  Meinhardus  et  [îruno 
Wirziburgensis,  et  alii  quamijlures  pontificii  dignitale  vcnerabiles,  sancti- 
tate  iniconiparalMles,  quoi'uiu  nieritis  adeo  illo  in  ienipnir  lloi-uit  Eeclcsia. 
ut  non  sit  hodic  aliqua,  fpiae  iiolns  ojus  lemporis  non  poi'îondat  moruni 
nieritorum  insignia. 

P.  10,  Nul,  à  ma  connaissance,  n'a  mieux  apprécié  que  MoU 

l'iniluence  de  saint  Rrunon  sur  les  prélats  sortis  de  son  école  ; 

les  paroles  suivantes  (Kerkgeschiedenis  van  Nedevland  çôér 

de  Herçorming-,  t.  I,  p.  27G),  trouvent  leur  pleine  application 

en  ce  qui  concerne  Notger  : 

Zoo  kon  het  geschieden,  dat  uit  de  l<\ve(^i<elijigon  van  Bruno,  waar- 
van  vclen  door  keizcr  Otto  en  zijne  jiaaste  opvoJgers  op  de  l)isschopszctc]s 
van  liot  duitsehe  rijk  werden  geplaatst,  eono  eigenaardige  soort  van  geeste- 
lijken  voor-kwaain,  prclaton  die,  hoezecr  sonitijds  doordrongen  van  do 
bowusting  hunner  lioogc  rocping  voor  de  kork,  zicli  ccliter  uitnoniond 
lieioondcn  voor  de  moeijiHjkste  staatsanibten;  mannon  die  van  het  altaar 
naar  het  slagveid  togen,  van  het  kapittel  naar  de  rijksvcrgadering;  praktische 
naturcn,  (he  niet  allcen  korkon  en  kloostcrs  stiehtten,  niaar  ook  torons  en 
\vallen  tôt  verdediging  van  luni  geijied,  don  handc^l  bovordcrden  en  don 
akkerl)ouw  opbeurden  iiiet  be\vondeJ•ens^vaardig  lu'leiii. 

P.  14,  dans  la  note  de  la  page  précédente,  où  il  est  parlé 
de  Clovis  III,  on  a  imprimé  à  tort,  dans  l'antépénultièjue 
ligne,  Cliildéric  II  au  lieu  de  Clovis  III. 


360  ADDITIONS   ET   CORRECTIONS. 

P. 15.  La  donation  de  Lobbes  à  l'église  de  Tongres-Liège,  par 
l'empereur  Arnoiil,  n'est  pas  de  888,  mais  diilo  novembre  889. 
Cf.  Boelimer-Mûlilbacher,  Regesta  Imperii,  I,  1783,  où  cepen- 
dant il  sest  glissé  une  erreur  :  l'éditeur  corrige  à  tort  le  nom 
de  l'abbé  Ilartbert  (sur  lequel  voir  ci-dessus  p.  327)  en  celui 
de  l'intrus  Hubert  (sur  lequel  voir  ci-dessus  p.  o2).  L'acte 
est  dans  Miraeus-Foppens,  t.  I,  p.  650. 

P.  18.  En  écrivant  au  sujet  de  saint  Hubert  :  Jus  civile 
oppidanis  tribuit,  —  —  —  libram  panis,  libram  vini  mo- 
diumque,  quae  nobiscum  persévérant  usque  liodie,  sapienter 
constituit,  Anselme  se  souvient  peut-être  des  paroles  du 
Capitulare  Suessioniciim  de  744,  c.  6  (Boretius,  p.  30)  :  Et 
per  omnes  civitates  legitimus  foras  et  mensuras  faciat  (unus- 
quisque  episcopus)  secundum  habundantiam  temporis. 

P.  23,  note  1.  Il  faut  rapprocher  l'acte  de  Henri  II  don- 
nant un  comté  «à  Meinwerc  de  Paderborn,  «  eâ  ratione  ut  nec 
ipse  Meinwercus  episcopus  nec  aliquis  successorum  suorum 
ullam  potestatem  liaberet  alicui  suo  militi  vel  extraneo  eundem 
comitatum  in  beneficium  dandi,  sed  ministerialis  ipsius 
ecclesiae,  qui  protemporefucrit,  praesit  praedicto  comitatui  ». 
Bresslau-Bloch,  DH.  Il,  p.  :3G2.  Cf.  Vita  Meinwerci,  c.  172, 
p.  145. 

P.  27.  Ajoutez  aux  noms  cités  celui  deWalcher  de  Cambrai 
(1093-1101)  :  «  Hic  multa  praeclare  gessit,  castella  atque  muni- 
cipia  multa  Cambrisiacum  et  civitatem  opprimentia  viriliter 
diruit  ».  Chronicon  Sancti  Andreae,  III,  18,  p,  544. 

P.  53,  note  1.  Le  jugement  de  Folcuin,  qui  peut  paraître 
excessif,  est  confirmé  et  bien  motivé  par  le  Gesta  epp.  Cani. 
I,  15,  p.  531,  qui  apprécie  avec  la  même  sévérité  les  abbés- 
évêques  Francon,  Etienne,  llicliaire,  Hugues  et  Farabert. 

P.  05.  Le  manuscrit  495-505  de  la  Bibliothèque  Royale  de 
Belgique  (cf.  Van  den  Gheyn,  Catalogue  des  Manuscrits  de 
la  Bibliothèque  Royale  de  Bruxelles,  t.  IV,  p.  3)  écrit  au  X* 
siècle  ou  dans  les  premières  années  du  XP,  contient,  fol. 
215''-216,  la  lettre  formée  par  laquelle  Notger  recommande 
son  clerc  Rothard  qui  vient  d'être  nommé  évêque  de  Cam- 
brai, à  son  métropolitain  l'archevêque  de  Reims,  Adalbéron. 
Ce  document  est  daté  du  11  des  nones  (4  avril)  d'avril  980, 


AiibirroNi^  i:t  coniiECTiONs.  301 

indiclion  8.  On  eu  trouvera  le  le\le  ci-dessous,  ù  rup[)eudicc 
VII,  Catalogue  des  actes  de  Xotger,  mais  pour  no  pas 
euconiJjrer  ce  dernier,  je  crois  devoir  présenter  ici  les  obser- 
vations que  me  sut^gcre  le  document  notgcrien. 

Il  s'écarte  des  types  qu'on  trouve  dans  de  Rozièrc,  Recueil 
général  des  formules  usitées  dans  l'empire,  pp.  HOÎ)  et  sui- 
vantes, ainsi  que  des  s[)écimcns  fournis  par  les  lettres  for- 
mées adressées  à  Francon,  évètfue  de  Liège.  (V.  Al^""  jNlon- 
cliamp,  Cinq  lettres  formées  adressées  à  Francon,  évèque 
de  Liège,  BARLi,  1903,  pp.  421-431).  Selon  la  formule  ordi- 
luiirc,  les  évaluations  numériques  de  l'ensemble  desquelles 
devait  résulter  le  chiffre  total  placé  à  la  fin  de  la  lettr-e  for- 
mée devaient  comprendre,  ajirès  les  nond^rcs  représentés 
par  les  lettres  grecques  II  =  80.  Y  =  400,  A  -=  1,  Il  -=  80; 
total  :  oGl,  ceux  qui  représentaient  a)  la  valeur  immérique 
en  grec  de  la  première  lettre  du  nom  de  l'expéditeur;  h)  celle 
de  la  seconde  lettre  du  nom  du  destinataire;  c)  celle  de  la 
troisième  lettre  du  nom  du  porteur;  d)  celle  de  la  quatrième 
lettre  du  nom  de  la  ville  épiscopalc  de  l'expéditeur;  e)  celle 
de  lindiction. 

Ces  règles  produisaient,  dans  le  cas  présent,  la  combinaison 
NDTD        VIII    =  '50  -f  4  +  300  +  4  -  3G6, 

qui,  ajoutée  à  la  somme  oC»!  des  quatre  lettres  ci-dessus  indi- 
quées et  à  la  somme  90  formée  par  la  valeur  numérique  des 
lettres  d'AMHN,  donnerait  un  total  de  102G,  alors  que  la 
lettre  formée  de  Notgcr  ne  donne  qu'un  total  de  OGl.  Le 
texte  lui-même  a  soin  de  nous  montrer  comment  procède 
l'auteur  :  au-dessus  de  toutes  les  lettres  qui  entrent  en  ligne 
de  compte,  on  a  eu  soin  de  placer  leur  valeur  numérique,  à 
savoir  : 

A,  première  lettre  du  nom  d'Adalbéron  =  1 

r,  (^  R  latin)  j)remière  lettre  du  nom  de  RoUiard  -^  100 

rs',  première  lettre  du  nom  de  Notger  =  oO 

P,  première  lettre  du  nom  de  Reims  (en  grec)  =  100 

L,  première  lettre  du  nom  de  Liège  =  30 

K,  ju'emière  lettre  du  nom  de  Candirai  (en  grec)  =  20 

3ÔÎ 


;»()2  ADMITIO.NS    ET    COUHKCTIONS» 

Ce  c-lii!Tre,  plus  celui  Je  oGl  et  celui  de  99,  nous  donne  le 
total  de  i>r>I  ({ui  est  indique*,  en  cdet,  à  la  fin  de  la  lettre  for- 
nu;e.  Vn  d'autres  termes,  au  lieu  de  prendre  respectivement 
la  1"',  la  2%  la  3"  et  la  4^  lettre  des  noms  de  Texpcditeur,  du 
destinataire,  du  porteur  et  de  la  ville  épiscopaîe  de  rexpé- 
diteur,  en  y  ajoutant  le  cliillre  de  Tindiction,  on  a  pris  la 
])remièrc  lettre  de  cliacun  de  ces  noms,  plus  la  première  du 
nom  de  la  ville  épiscopaîe  du  destinataire,  et  on  a  omis  le 
chiilVe  de  l'indiction.  On  voit  cjue  la  cryptographie  des  lettres 
formées  variait  selon  les  temps  et  les  lieux. 

P.  81  infra.  M.  F.  Lot,  dans  ses  Études  sur  le  règne  de 
Hugues  Capet,  p.  11,  dont  je  n'ai  pu  avoir  connaissance 
qu'après  l'impression  de  ce  volume,  émet  l'idée  que  la  lettre 
de  Gerbert  qui  porte  dans  l'édition  de  J.  Havet  le  numéro  182 
]>ourrait  bien  être  adressée  à  Xotger.  Cette  conjecture  est  dilli- 
cile  à  contrôler.  La  lettre  ne  porte  pas  de  nom  de  destinataire 
et  on  ne  sait  au  nom  de  qui  elle  est  écrite;  il  semble  qu'elle 
soit  adressée  à  un  prélat,  voilà  tout,  et  la  date  daoùt- 
septembre  que  lui  donne  Ilavet  ne  repose  sur  aucune  preuve 
positive.  «  Je  songe,  écrit  M.  Lot,  c[ue  ce  destinataire,  lequel 
est  un  étranger  (?)  et  un  évoque,  pourrait  bien  être  Notger. 
Sa  qualité  d'évéque  de  Liège  le  mettait  en  relation  (cf.  lettre 
31)  avec  Charles,  duc  de  Basse- Lotharingie  [qui  semble 
désigné  dans  la  lettre  sous  l'initiale  K],  dont  le  domaine 
s'étendait  de  Liège  à  Bruxelles,  et  le  disposait  peut-être  en 
sa  faveur.  Cette  attitude  ne  surpendrait  pas  de  la  part  de  ce 
]>crsonnage  jadis  ])artisan  de  Henri  de  Bavière  (Derniers 
Carolingiens,  p.  143)  ».  Cf.  ci-dessus,  p.  121,  note  I,  oîi  j'ai 
infirmé  l'argument  que  M.  Lot  croit  avoir  trouvé  en  faveur 
de  son  hypothèse  qui  fait  de  Notger  un  partisan  de  Henri  de 
Bavière. 

P.  Si,  note  10.  Fisen,  I,  p.  154,  induit  en  erreur  par  le 
]iassage  du  Viia  Notgcri,  qu'il  prend  d'ailleurs,  avec  tout  le 
monde,  pour  l'œuvre  de  Gilles  d'Orval,  se  donne  beaucoup 
de  mal  pour  concilier  ce  témoignage  avec  l'instoire.  «  Extra 
dioecesim  etiam  exeruit  se  ejus  religio,  constituto  Wilikae 
ad  Rhenuui  ex  adverso  Bonnae  sanctimonialiuin  monasterio, 
quemadmodum  constare  testatur  Aegidius  e  commcntariis 


Annrrio; 


i;r  (::('»i;r.r:(:rroxft.  3(i^'> 


cjusdem  p;n-l]ienonis  pubîicà  iule  c(ni.sigiKiliri.  Hodie  uihil 
('iusinoili  c  uionasterii  liibulario  poluil  cj-iii.  Nam  ({iioil 
lial)flui'  OUoiiis  rcscriptum  hoc  soliini  inc'.icat  eoeiiobium 
illiul  auto  conclituiu,  jam  Nolgci-i  alioi'unuiue  praesuluin  ac 
j)riuc-ipuiu  eonsilio  ab  Oltone  l'uisse  (•onCu'iiialuin.  Nisi  inalis 
Noli;erinn,  qui  puoritiac  i-egiac  lulor  i'iierat,  OUone  jaiu  in 
ItaîiaDi  prolecto,  Imperii  vicariiun  l'iiisse,  càque  inslruclviui 
aufloi'ilatL',  ^^'ilikae  ({uidpiam  conslituisse  ». 

P.  1U8.  Je  nie  suis  trompé  ou  idcnliliant  le  Souvcrain-Ponl 
nxcc  le  Ponl  «.les  Arelies.  Il  est  assez  diliicile  de  savoir  au 
juste  ce  qu'était  le  Souveraiu-Poiit,  mais  il  est  certain  i\n"d 
ne  doit  pas  être  conlbndu  avec  l'autre.  V.  là-dessus  Th. 
Oobert,  III.  pp.  0-4  et  suivantes. 

P.  193.  L'église  cathédrale  de  Liège  célèbre  tous  les  ans, 
le  'iO  octobre,  l'oliicc  double  majeur  de  saint  Gaprais,  et  ce 
culte  y  est  plus  ancien  que  le  XX'l"  siècle.  Grâce  au  lien  éty- 
mologique établi  entre  Caprais  et  Caprimons,  l'histoire  de 
la  Iranshition  de  ce  culte  de  Chèvremont  à  Saint-Paul,  bien 
(]ue  postérieure  à  Jean  d'Outremcuse,  a  passé  néanmoins 
dans  le  bréviaire  de  Liège.  Voici  comment,  dans  ce  bréviaire, 
se  terminent  les  leçons  consacrées  à  saint  Gaprais  : 

lUijus  claris.-iini  iiiiu-tyris  vcnoratio  Capi'imoiilanis  ai)a(l  l^'huronos  ciliiu 
celélii'iTima  fuit,  teinplo  in  iilins  hoiioreni  ihidoin  licdicaîo;  vcrnm  arec  solo 
hMT.is  por  Xotgcraiii  antisUlciii  orailicatà,  is  ciilliiiii  Laalu  luai'tyri  (l'iiitiiin  ail 
hasilicain  saneti  Pauli  Leodii,  laui  recoiis  oreclaiii,  l'oligioso  transforendimi 
riu'avit  :  eajus  rei  gostao  ineiuoriam,  i!iai'):-niii  Iraditioiic  accoplaiii,  solouuii 
nllii-in  cl  poster]  sei-varc  iiitunfur. 

P.  242,  note  2.  Il  est  à  remarquer  que  la  ville  de  Liège  ne 
possède  pas  une  seule  abbaye  de  l'emmes  sous  le  pontilicat 
de  Notger,  alors  qu'à  la  même  é[)oque  on  en  rencontre  deux 
à  llatisbonne  :  Obermûnster  et  Niedermûnster  (Vila  s.  Wolf- 
gang-'i,  c.  17,  p.  ol33)  et  une  à  Toul  (Vita  s.  Gerardi,  c.  o, 
p.  494),  C'^  sont,  si  je  ne  me  trompe,  les  recluses  et  les 
béguines  qui,  au  moyen-àge,  représentent  les  plus  anciennes 
l'ormes  de  la  vie  religieuse  chez  les  femmes  de  Liège. 

P.  330.  Il  eût  fallu  dire  quelques  mots  de  la  numismatique 
notgérienne,  si  l'on  pouvait  prendre  au  sérieux  ce  qu'en  a 
écrit  le  comte  de  llenesse-Breidbach  dans  son  Histoire  nainin- 


3Gi  ADDITIONS    KT    COKlîKCtiONS. 

maliqiie  de  l'é\>cché  et  principaiiic  de  Liège  (1831),  pp.  2-o, 
y  compris  lu  première  de  ses  i)lanches.  Mais,  des  monnaies 
décrites,  la  plupart  sont  de  Raoul  de  Zahrini^en,  et  celle  qui 
porte  le  nom  de  Notg-ei'iis  est  fausse.  Les  [)lus  anciennes 
monnaies  liégeoises  à  elîigie  épiseopale  sont  de  Réginard. 
La  monnaie  frappée  par  Notger  a  donc  porté  relSigie  impé- 
riale :  il  n'en  serait  pas  moins  intéressant  de  l'étudier,  s'il 
existait  des  pièces  qu'on  put  attribuer  avec  certitude  à 
Notger.  Mallieureusement,  les  plus  anciennes  monnaies 
liégeoises  à  elîigie  impériale  ne  sont  que  de  Henri  II  (1002- 
1024),  et  Notger  n'a  régné  que  jusqu'en  1008.  Au  reste, 
comme  le  dit  M.  le  baron  de  Cliestret,  à  qui  j'emprunte  ces 
renseignements,  «  la  série  épiseopale  liégeoise,  par  son  an- 
cienneté, sa  suite  non  interrompue  et  la  richesse  de  ses 
premiers  types,  n'a  pas  de  rivale  en  Belgique.  Mieux  que 
cela  :  durant  les  XF,  XIP  et  XIIP  siècles,  nous  osons  allir- 
mer  qu'elle  est  sans  égale  dans  aucun  pays  ».  Xamismatlque 
de  la  principauté  de  Liège  et  de  ses  dépendances,  MCAltli, 
t.  L  (1890),  p.  4. 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES 


CITÉS   DANS   l'ouvrage 


Aclalbéron ,     archevêque     de 

Reims,    27,  71,   72,  74,  78, 

79,  85,  88,  186. 
Adalbéron  II,  évêque  de  Metz, 

27. 
Adalbert    (saint),  évêque    de 

Prague,    98,   99,  102,  165, 

196,  239,  244,  290. 
Adalbold,    évêque   d'Utrecht, 

264,  265,  284,  297,  299. 
Adalelm,  archidiacre  liégeois, 

227. 
Adélaïde,  impératrice,  57,80, 

82,  90,  97,  224. 
Adeliu,v.  Vie  de  saint  Addin, 
Adelman,  276,  277,  288,  297. 
Adeltrude  (sainte)  de  Wiuters- 

hoveu,  233. 
Adige  (F),  tieuve,  96. 
Adrien  (saint)  de  Wintersho- 

ven,  233. 
Agilfrid,  évêque   de    Tongres- 

Liège,  15. 


Airs  (rue  des),  v.  Liège. 
Aix-la-Chapelle,  11,51,54,57, 

62,63,64,67,08,85,90,92, 

94,  99,  100,  J07,   108,    109, 

112,  149,  152,  154,  184,  185, 

188,     199,    238,  239,    251. 

(Yais-le-Grain),   297,     308, 

309,310,312,316,319,321. 

L'église    Notre-Dame,   152, 

238,  308,  309. 
Aix-la-Chapelle  (le  concile  d'), 

159. 
Albéric,  patrice  de  Rome,  31. 
Albert,   archidiacre    liégeois, 

227. 
Albert,  comte  de  Namur,  119. 
Alboin,  comte  de  Maestricht, 

21. 
Albold,    archidiacre 

227. 

Alcuin  d'York,  273,  289. 
Aldeueyck,  monastère,  16, 123 
Alétran,  abbé  de  Lobbes,  53, 

253. 
Alger,  écolâtre  de  Saiut-Bar- 

thélemy,  à  Liège,  281,  288. 


liégeois, 


366 


TABLE    DES    NOMS   PROPRES 


Allemagne,  1,  2,  3,  6,  7,  8,  9, 
21,  22,  28,  55,  63,  68.  71, 
72,  76,  80,  81,  90,  92,  93, 
99,  102,  106,  107,  175,  185, 
244, 245,  254,  289,  307,  310, 
316,  322. 

Allemands  (les),  44,  106. 

Alpes  (les),  87,  99,  100,  102, 
239,  296. 

Alsace  (1'),  111. 

Amalgisile,jugede  saint  Lam- 
bert, 126. 

Amand  (saint),  évêque  de 
Tongres,  233,  236,  237.  — 
V.  Vie  de  saint  Amand. 

Amautius  (saint),  de  Winters- 
hoven,  diacre,  233. 

Ambroise  (saint),  évêque  de 
Milan,  273. 

Animer  (1'),  rivière,  106. 

Ammon,  avoué  de  Liège,  67. 

Andernach,  84. 

Angelico  de  Fiesole,  319, 

Angelram,  abbé  de  St-Riquier 
eu  Picardie,  121. 

Angleterre  (1' ),  217,  297. 

Angio-Saron  (un),  signant  B, 
256. 

Annales  de  Hildesheim  (les), 
35,  37. 

Annales  de  Lohhes  (les),  43, 
87. 

Ans,  167. 

Ansbert,  évêque  de  Cambrai, 
25. 

Anselme  (le  chanoine),  chroni- 
queur liégeois,  35,  39,  44, 
47,  48,  141,  150,  151,  186, 
188,  190,  195,  198,199,211, 
247,  248,  255,  261,  265,  266, 
297,  298,  350,  351,  352. 

Ansfrid,  comte  de  Huy,  117. 

Ansfrid  (saint),  évêque  d'LT- 
trecht,  3,  80,  84,  95,  242, 
243. 


Anson,  moine  de  Lobbes,  253. 
Ansterus,  abbé  de  St-Arnoul, 

à  Metz,  305. 
Anvers,  169. 
Aquilée,  88. 

Arator,  poète  latin,  273. 
Arches,    aujourd'hui    Charle- 

ville,  15,  27,  123. 
Ardenelle,  90. 
Ardenne  (T),  13,  27,  218,  231, 

282,  303.  -  V.  aussi  Clodefroi 

d'Ardenne. 
Ardevoor,  119. 
Ardouin,  roi  d'Italie,  106. 
Ai^eudonck,  11,  12. 
Argenti,  40. 
Ai'istote,  281. 
Arles,  21. 
Arnoul    Berthoud,   avoué    de 

Malines,  181. 
Arnoul  de  Carintbie,  roi  d'Alle- 
magne et  empereur,  6,  15, 

52,  201. 
Arnoul,    comte    de    Flandre, 

110. 
Arnoul,  comte  de  Hainaut,  61, 

65,  187. 
Arnoul,  duc  de  Bavière,  134. 
Arnoul   d'Oudeubourg  (saint), 

341. 
Arnoul,  archevêque  de  Reims, 

88,  90,  92. 
Arnoul,  seigneur  de  Rumigny, 

240. 
Ai-ras,  351. 
Artaud,  archevêque  de  Reims, 

184. 
Athènes.  Le  Pécile,  318. 
Athènes  du  Nord  (P),  297. 
Athéniens  (les),  318. 
Augsbourg,  106, 107,  134,  244. 

V.  Ulric  (saint),  Sigefroi. 
Augustin  (saint),  évêque  d'Hip- 

pone,  273,  278. 


TABLE    DES    NOMS   PROPRES 


367 


Aulne,  abbave,  54. 

Aulu-Gelle,  273. 

Aurillac,  v.  (îerbert. 

Autun,  199. 

Aventin  {Y),  98. 

Avezate,  243. 

Avieii,  poète  latin,  271. 

Avroy,  v.  Lié!j:e,  168. 

Aymou,  v.  Ha  y  mon. 

Azelin  de  Tronchiennes,  fils 
naturel  de  Baudouin  de  Flan- 
dre, 96. 


Babylone  (l'irapasse),  v.  Liège. 

Baldéric  I,  évêque  de  Liège, 
29,  30,  53,  254. 

Baldéric  II,  évêque  de  Liège, 
119,  157,  1(50,  191,  197,203, 
298,  320,  321.  Y.  Vita 
B  aider  ici. 

Baldéric,  comte,  318. 

Baldéric,  marchand  liégeois, 
218. 

Bamberg,  112,  296,  297. 

Barse  (v.  Wautier  de) 

Barvaux-en-Coudroz,  118. 

Basse-Italie,  101. 

Basse-Saxe,  326. 

Bastogne,  11. 

Baudouin,  archidiacre  liégeois 
227. 

Baudouin  IV,  comte  de  Flandre 
26,  96,  110,  m,  112,  113. 

Baudouin,  évêque  d'Utrecht, 95 

Bauvechain,  119. 

Bavai,  64,  215. 

Bavarois  (le),  v.  Henri,  duc 
de  Bavière. 

Bavière  (le  duché  de),  80. 

Bavon  (saint),  de  Gaud,  12. 

Bayeux,  v.  Eudes. 

Béatrice,  duchesse  de  Lor- 
raine, 68,  80. 


Béda  le  Vénérable,  273. 

Belges  (les),  81. 

Belgique  (la),  11,  58,  177,  237, 

357. 
Belgique  orientale  (la),  14,302. 
Bénévont,  104. 
Bennou,  évoque  d'Osnabriick, 

305,  306. 
Benoit  (saint)  de  Nursie,   174. 
Benoîte,  tille  de  saint  Ansfrid 

dX'trecht,  242. 
Bérenger,  évêque  de  Cambrai, 

25,  246. 
Bérenger  de  Tours,  288. 
Berg-op-Zoom,  11. 
Bernard,  évêque  de  Gaëte,40. 
Bernard,  seigneur  féodal   en 

Porcien,  27. 
Bernier,  archidiacre  liégeois, 

227. 
Bernward   (saint),  évêque  de 

îlildesheim,  3,  82,  103,  130, 

267,  317,  322,  326,  343. 
Berthold,  archidiacre  liégeois, 

227. 
Berthoud,  v.  Arnoul. 
Béséléel,  306. 
Bessling,  13. 

Biesmel  (le),  ruisseau,  176. 
Binche,  58. 
Binckom,  118. 
Blois  (V.  Eudes  de) 
Bodon,    archidiacre    liégeois, 

227. 
Boèce,  273. 
Bois-et-Borsu,  120. 
Bois-le-Duc,  11. 
Boniface   (saint),   archevêque 

de  Mavence,  3, 
Bonn,  30",  42,  43,  44. 
Boppard,  90. 
Borcette,  11,  316. 
Bornival,  12. 
Boson,    archidiacre    liégeois, 

227. 


368 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


Boson,  evêque  de  Mersebourg, 
39 

Boiiiilon,  11,331. 

Boulogue-sur-mer,  301. 

Boussoit-sur-Haine,  26, 58,  59, 
60. 

Bûvou,  archidiacre  liégeois, 
226,  227.  (Deux  person- 
nages de  ce  nom). 

Bovy  (le  docteur),  354. 

Brabant(le),  59,  118,  211. 

Brabant  septentrional  (le),  11. 

Brabant  (les  ducs  de),  182, 
197,  203,  204. 

Braine-le-Comte,  86. 

Braives,  118. 

Brème,  134. 

Breuner  (le  col  du),  96,  106. 

Brisach,  76,  77,  78. 

Britte,  243. 

Brives,  301. 

Brogne  (abbave  Saint-Gérard 
de),  84,  91,' 123. 

Brugeron  (le  comté  de),  117, 
118, 119,  123,  127,  128. 

Bruges,  169. 

Brunengeruz,  v.  Brugeron. 

Brunon  (saint),  archevêque  de 
Cologne,  2,9,  10,  11,26,28, 
29,38,49,83,244,247,252, 
253,  254,  257,273,  290,  293, 
310.  342. 

Brunon,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Brunon,  v.  Grégoire  V,  pape. 

Brusthem,  218. 

Bruxelles  (la  rue  de),  v.  Liège. 

Burchard,  évèque  de  Worms, 
106,  268,  289. 

Burstàdt,  76. 

Butso,  chevalier  liégeois,  202, 

Buzin  (Verlée),  118. 


Calabre  (la),  v.  Léon  de  Cala- 
bre  256. 

Cambrai  10,  22,  24,  52,  59, 
65,  81,  83,  89,  94,  95,  96, 
112,114,  125,  139,  173,174, 
187,  199,  209,245,259,267, 
281,397,  317,  351.  V.  Dodi- 
lon,  Erhiin,  Gérard,  Ro- 
thard,  Theudon. 

Cambrésis  (le),  66,  110,  139. 

Campine  (la),  41,  59,  225,  303. 

Canigou  (v.  Mont-Canigou). 

Canterbury,  256. 

Capella  (v.  Martianus). 

Capitole  (v.  Sainte-Marie). 

Capoue,  104. 

Carafa,  nonce,  353. 

Carloman,  roi  des  Francs,  19, 
49,  52. 

Carnéade,  281. 

Carolingiens  (les),  14,  28,  125. 

Carolingiens  de  ïVance  (les),  6. 

Carolingiens  d'Outre-Rhin(les) 
6. 

Cassien,  273. 

Cassiodore,  282. 

Caton  (les  distiques  de),  271. 

Celle,  123,  341. 

César  (désignation  de  Tempe- 
reur),  81. 

Charlemagne,  empereur,  3,  6, 
14,  15,  20,  63,  102, 107,  133, 
137,  211,212,226,231,251, 
253,  269,  287,  300,  308,309, 
310,  317,  327,342,346. 

Charles,  duc  de  Lothier,  frère 
du  roi  Lothaire,  61,  62,  72, 
74,  75,  81,  90. 

Charles  -  le  -  Chauve,  roi  de 
France,  26,  52,  177,  180. 

Charles-le-Gros ,  empereur , 
14,  15,  19,  23,  127. 


TABLE    DES   NOMS    PROPRES 


369 


Charles -le -Simple,     roi      de 

France,  15,  16,  21,  50,  181. 
Charles      Martel,     duc       des 

Francs,  19,  196. 
Charleville  (Arches),  15,  27. 
Charpeigne  (le  pays  de),  15. 
Chartres,  258,  259,   263,  264, 

276,  277,  278,  285,  288,  295, 

296.  V.  Fulbert. 
Château-Neuf,  v.  Chèvremont. 
Chauinont,  119. 
Chauvency,  v.  Gautier). 
Chelles,  92. 
Chemin  vert  (le),  215. 
Chéravoie  (rue),  v.  Liège. 
Chèvremont   (le  château    de), 

Novimi  Castellum,    26,  48, 

49,50,51,85,  185,  186,  187, 

188,    189,    190,    238,    354. 

L'église  Sainte-Marie,  49. 
Chiers  (la),  rivière,  26,  67,  91. 
Childèric   II,  roi  des  Francs, 

13,  233. 
Chimay,  11. 
Chiny,  28. 
Chrodegang  (saint),  évêque  de 

Metz,  12,  199. 
Chronique  des  évéques  de  Ton- 

(jres,  268,  335. 
Clirysippe,  281. 
Chrysostome  (v.  saint  Jean). 
Chrysostome  (v.  Pierre). 
Cicéron.  273,281. 
Ciney,  123. 

Clef  (rue  de  la),  v.  Liège. 
Clovis  I,  roi  des  Francs,  14, 

133. 
Clovis  III,  roi  des  Francs,  13, 

16. 
Clunisiens  (les),  246. 
Cluny  (l'abbaye  de),  245,  281. 
Coblence,  216. 
Cologne,  25,  30,  63,  64,  67,  70, 

79,  84,   103,   106,  108,  133, 

199,215,216,217,223,224, 


225,239,  244,  253,  254,  264, 

284,285,307,310,311,316. 

v.Bruuon,  Evergise,  Géron, 

Séverin,    Warin,    évoques; 

Raimbaud,  écolâtre. 
Condroz(le),  27,  118. 
Conrad,  duc  de  Franconie,76. 
Conrad,  duc  de  Lotharingie, 

29    109. 
Constance,  106,  134. 
Constantin,  empereur,  316. 
Corbeek-Dyle,  118,  119. 
Corbie,  327. 

Cosmas  de  Prague,  299. 
Cosme  (les   saints   Cosme   et 

Damien),  157. 
Coucy,  184. 

Crantor,  philosophe  grec,  281. 
Crémone,  97,  99. 
Crescentius,    rebelle  romain, 

87. 
Cugnon  (l'abbaye  de),  334. 


Dagobert  I,  roi  des  Francs,  236. 

Damien  (saint),  v.  Cosme. 

Damme,  216 

Daniel,  fondeur  à  Lobbes,  173. 

Danube,  (le),  fleuve,  107. 

JJestroif  (le),  v.  Liège. 

Deutz,  V.  Rupert. 

Dinant,    123,    125,    170,   210, 

211,  214,  215,  216,  327. 
Dodilon,  évêque  de  Cambrai, 

134. 
Dodon,  domestique,  136. 
Domitien   (saint),    évêque   de 

Tongres,  12. 
Donat,  grammairien  latin,  271 , 

272. 
Dortmund.  109 
Duisbourg,  84,  107. 
Durand,  évêque  de  Liège,  33, 

122,  197,  200,  262,  297. 


370 


TABLE  DES  NOMS  PROPRES 


Diirfoz,  château,  26. 

Dyle  (La),  rivière,  118,  119. 

E 

Eaque,  293. 

Ebbon,  archevêque  de  Reims, 

134,  326. 
Eburons  (les),  11. 
Eeckeren,  11. 
Egbert,  archevêque  de  Trêves, 

2,  70,  71,  78. 
Egbert,  écolâtre  liégeois,  264, 

271,  274,  290,  293,  295,  298. 
Eichstaedt,  3. 
Eloque   (saint),   à    Waulsort, 

240. 
Enée,  292. 
Englebert   de    Saint-Laurent, 

286. 
Eutre-Sambre-et-Meuse     (1') 

228. 
Eracle,  évêque  de  Liège,  22, 

30,  41,  42,  43,  46,  47,  48, 

53,  54,  120,  128,  137,  138, 

143,147,  148,  149,  151,  162, 

173,  197,201,232,235,251, 

254,  255,  256. 
Erard  de  la  Marck,  évêque  de 

Liège,  163. 
Erembert,  abbé  de  Waulsort, 

241,  324. 
Erfurt,  61. 
Erluin,    évêque  de   Cambrai, 

96,  97,  100,  107,  110,  111, 

112,  297. 
Erluin,  abbé  de  Gembloux  et 

de  Lobbes,  53,  86,  95,  299, 

342. 
Ermin  (saint),  abbé  de  Lobbes, 

253. 
Erstein,  111. 
Erinnyes  (les),  293. 
Escaut  (F),  fleuve,  59, 110,1 12. 
Espagne  (1'),  217. 


Ethelgar,  archevêque  de  Can- 
terbury,  256. 

Etienne,  évêque  de  Tongres- 
Liège,  21,  158,  160,  181, 
232,  259,282,  289. 

Etienne,  comte  en  Ardeune, 
28. 

Eudes,  évêque  de  Bayeux,  281 . 

Eudes  de  Blois,  85. 

Eudes  de  Vermandois,  66. 

Eugène  (saint)  de  Tolède,  178, 
273. 

Eupen,  11. 

Europe  (F),  296,  302, 345,  357. 

Europe  occidentale  (Y),  309. 

Everger,  archevêque  de  Colo- 
gne, 224,  225. 

Eythra,  76. 


Fabien  (saint),  martvr  romain, 

105,  153. 
Falaise,  217. 
Falcalin,  moine  de  l'abbaye  de 

Saint-Laurent,     268,     284, 

289. 
Falcon,    évêque   de   Tongres- 

Liège,  223. 
Famenne  (la),  28,  118. 
Farabert,  évêque  de  Tongres- 

Liège,  29,  53,  252. 
Ferdinand,   prince-évêque  de 

Liège,  353. 
Féronstrée  (la  rue),  v.  Liège. 
Feuillien(saint), abbé  de  Fosse, 

177,  293. 
Fiesole,  v.  Angelico. 
Fisen  (le  P.  ),  historien  liégeois, 

37   38  352. 
Flandre  (la),  25,  59,  111,  112, 

113,  114,  182,  232,  304. 

Y.  Arnoul,  Baudouin. 
Flavigny  (v.  Hugues  de). 
Fleurus  (le  doyenné  de),  230. 


TABLE    DES   NOMS    PROPRES 


371 


Flodiims,  doyen  dans  l'Entre- 
Sainbre-et-Mense,  228. 

Floi'hert  (saint),  évô(|ue  de 
Tougres-Liège,  158,  234. 

Florennes,  214,  214. 

Folcmar,  évêqne  d'Utreclit,  69. 

Folcuin,  abl)é  de  Lobbes,  53, 
54,  89,  131,  171,  172,  173, 
174,230,241,253,267,313, 
326,  350. 

Foraunau,  abbé  de  Waulsort, 
240. 

Fosse,  15,  61,  120,  123,  177, 
180,  182,  190,211,214,  230. 
rue  Thée-Dinant,  180.  V. 
Hellin. 

Foullon  (le  P.),  historien  lié- 
geois, 44,  352. 

Foulques,  archev.  de  Reims, 
134. 

Fragnée,  347. 

Fraiture-en-Condroz,  118. 

Francfort-sur-le-Mein,  80,  88. 

France  (la)  6,  7,  21,  44,  49,59, 
61,  62,  63,  64,  65,  67,  71, 
72,  73.  74,  77,  78,  79,  80, 
90,  91,  93,  111,  146,  185, 
316,  356,  V.  Histoire  litté- 
raire. 

Frauchimont  (le  marquisat  de), 
124. 

Francon,  écolâtre  liégeois, 
209,  269,  284,  289,  299. 

Francon,  évêque  de  Tongres, 
15,21,  28,52,  155,158,201, 
252. 

Franconie  (la),  107.  Y.  Con- 
rad. 

Francs  (les),  70,76,  211. 

Frangerus,  maïeur  de  Win- 
tershoven,  234. 

Frédéric,  archevêc|ue  de  Colo- 
gne, 217. 

Frédéric  (saint),  archevêque 
de  Mayence,  244. 


Frédéric,  moine,  305. 
Frise  (la),  80,  84,  242. 
Fulbert,  évèque  de  Chartres, 

244,  258,  285,  296. 
Fumai,  120,  154. 

G 

Gaëte,  40. 

Gand,  26,  58,  59,  60,  67,  112, 
113,  114,  169,233,235,329, 
333,  336,  337,  338.  V.  Saint- 
Bavon. 

Gandersheim  (abbaye  de),  96 
(où  Ton  a  imprimé  a  tort 
Gandenheim),  103. 

Garnier,  comte,  58,  61. 

Gascons,  (les)  44. 

Gaule  (la),  72,  297,  300. 

Gaule  septentrionale  (la)  64. 

Gautier  de  Chauvency  doyen 
du  chai)itre  de  Saint-Lam- 
bert, 160. 

Gedinne,  240. 

Geilon,  évêque  de  Langres, 
134. 

Gélase  I,  pape,  196. 

Geldrad,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Gelinden,  120. 

Gembloux  (abbaye  de),  53, 
120,  123,216,241,268,295. 
V.  Erluin,  Richer,  Sigebert. 

Gengoul  (saint),  240. 

Genville,  119. 

Gérard,  comte,  21. 

Gérard,  évêque  de  Cambrai, 
156,  315. 

Gérard; (saint),  évêque  deToul, 
3,  71,  244,  317. 

Gérard,  deux  archidiacres  lié- 
geois de  ce  nom,  227, 

Gérardrie  (rue)  v.  Liège. 

Gerbald,  évêque  de  Tongres- 
Liège,[251. 


372 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


Gerbert  d'Aurillac,  plus  tard 
pape  sous  le  nom  de  Silves- 
trell,  39,  71,72,  73,74,77; 
78,  79,  80,  85,  90,  91,  92, 
93,  94,  95,  98,  100,  185, 
247,  265,  284,  296. 

Gerlache  (de),  historien,  354. 

Germanie  (la),  23,  306,  316, 
317. 

Germanie  seconde  (la),  11. 

Germigny-des-Prés,  308. 

Géron,  archevêque  de  Colo- 
gne, 42,  43,  224. 

Gesta  episcoporum  leodiensium 
335,  336. 

Gilles  d'Orval,  chroniqueur  lié- 
geois, 113,  114,  151,  190, 
245,  246,  248,  352. 

Giselbert,  évêque  de  Merse- 
bourg,  39. 

Gisell:)ert,  duc  de  Lotharingie, 
26,  29,  49,  50,  321. 

Gisèle,  fille  du  roi  Lothaire, 
11,  15,  120,  177,  178. 

Gisilher,  archevêque  de  Mag- 
debourg,  66. 

Gislebert,  archidiacre  liégeois, 
226  227 . 

Gladbach,  224,  225. 

Glabbeek,  118. 

Glain  (la  forêt  de),  138,  167. 

Gnesen,  102. 

Gobert,  quatre  archidiacres 
liégeois  de  ce  nom,  227. 

Godefroi,  comte  de  Hainaut, 
61,  65,78,  187. 

Godefroi,  duc  de  Brabant,119. 

Godefroi  de  Verdun  ou  d'Ar- 
denne,  comte,  frère  de  l'ar- 
chevêque de  Reims  Adalbé- 
ron,  71,74,  79,  81,  85,94. 

Godefroi,  chef  normand,  177. 

Godefroi,  marchand  liégeois, 
218. 

Godefroi  IV,  dit  le  Barbu  ou 


le  Courageux,  duc  de  Lothier 

28. 
Godehard  (saint),  évêque  de 

Hildesheim,3,307. 
Godescalc,   prévôt   de   Saint- 
Lambert  à  Liège,  121. 
Godescalc,  frère  de   Nithard, 

150,  151. 
Godescalc,  trois  archidiacres 

liégeois  de  ce  nom,  227. 
Godezon,  archidiacre  liégeois, 

227. 
Goslar,  326. 
Gozechiu,  écolâtre,  277,  278, 

280,  288,  298,  297. 
Grand-Rosière,  118. 
Grégoire  V,  paj :e(Brunon),96, 

97,  239,  247,  248. 
Grégoire  -  le  -  Grand    (saint, 

pape),  273,  291. 
Grégoire,   frère   de  l'impéra- 
trice  Théophano,  abbé   de 

Borcette,  316. 
Grifon,  frère  de  Pepin-le-Bref 

et  de  Carloman,  49. 
Grimberghe,  21 1. 
Grimde,  118. 
Grona,  66. 

Gueldre  (v.  Henri  de). 
Guifred,  prieur  de  Mont-Cani- 

gou  en  Languedoc,  275. 
Guillaume,     archevêque      de 

Mayence,  2 
Guillaume  le  Conquérant,  217, 

281. 
Gunther,  archevêque  de  Salz- 

bourg,  283,  297. 

H 

Hadalin,  v.  VU  a  Hadalini. 
Haimon,  v.  Haymon. 
Hainaut  (le  con;té  de),  58,  60, 

61,  64,  71,  2-J6,  227,  330. 

Les  comtes,  175,  183. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


373 


Halle  (la),  v.  Liège. 

Halmael,  217. 

Haiiswyck  (In  porto  (1<>),  à  Mn- 

lines. 
Harburc,  26. 
Hai-<lulfus,  notaire  de  Notger, 

208. 
Hariult",  moine  de  St-Riquier, 

341. 
Hartbert,    abbé    de    Lobbes, 

327. 
Hartgar,  évêque  de  Tongres- 

Liège,  21,  28,  162,  252. 
Hasseline  (la  porte),  v.  Liège. 
Hastière,  16. 
Hastière   (l'abbave   de),   16, 

123,  125,  181.' 
Haute-Italie,  v.  Italie. 
Haute-Sauvenière.  v.  Liège. 
Haymou,  (Haimou  ou  Aymon) 

évêque  de  Verdun,  94,  199, 

297,  306. 
Hedikhuyzen,  154. 
Hedwige,  duchesse  de  Souabe, 

316. 
Heelu,  (V.  Jean  van). 
Heers,  120,  154. 
Heerwaarden,  99,  120,  154. 
Helbert,  moine  de  St-Hubert, 

282,  283. 
Helbig  Jules,  archéologue,  320. 
Hélène(saiute),v. Liège, Sainte- 
Croix. 
Heliin  (l'abbé),  160. 
Hellin,   avoué   de   l'église  de 

Liège,  205. 
Hellin  de  Fosse,  293. 
Hemert,  243. 
Henri,    archidiacre    liégeois, 

227. 
Henri  I,  roi  d'Allemagne,  67, 

175,  288,  318. 
Henri  II,  empereur,  106,  107, 

108,  109,  110,  111,  112,  113, 

122,  149,  239,  296,  298,  356. 


Henri  III,  empereur,  28,  39, 

322. 
Henri  IV,  empereur,  163. 
Henri  V,  em[)ereur,  219. 
Henri,  archevêque  de  Trêves,  2 
Henri,  évêque  de  Wiirzbourg, 

112. 
Henri,  comte,  106. 
Henri  I,  dit  de  Verdun   ou  le 

pacifique,  i)rince-évêque  de 

Liège,  187. 
Henri    II,    dit     de    Gueldre, 

prince-évêque  de  Liège,  183. 
Henri,  duc  de  Bavière,  dit  le 

Querelleur,  69,  70,  71,72, 

73,74,75,76,77,78,80,185. 
Henri,  maïeur  de  Liège,  218. 
Herbert,  comte  de  Troyes,  85. 
Hérent,  12. 
Héribert    (saint),  archevêque 

de  Cologne,  2,  107,  244. 
Héribert,  abbé  de  St-Hubert, 

54. 
Hériger,  chroniqueur,  54,  87, 

89,  173,  174,  234,  267,  268, 

276,  279,  283, 288, 289,  335, 

336,  337,  339,  340,  341. 
Herman,  avoué  de  l'église  de 

Liège,  67. 
Herman,  archidiacre  liégeois, 

227. 
Herman,  duc  de  Souabe,  107, 

109. 
Herman,   évêque  de  Prague, 

299. 
Herstal,  136,  251.  v.  Pépin. 
Herward,  abbé  de  Gembloux, 

86. 
Hesbaye  (la),  27,  60,  64,  118, 

120,215,216,226,227,248. 

L'avoué  de   Hesbaye,  205, 

206. 
Heylissem,  119. 
Hézelon,  évêque  de  Toul,  297. 


374 


TABLE    DES   NOMS    PROPRES 


Hildebold,  évêque  de  Worms, 
83,  97. 

Hildebrand,  prêtre,  234. 

Hildesheim,  3, 36, 82, 130, 134, 
199,  267,296,305,317,323, 
326,  V.  Bernward,Grodehard, 
Annales. 

Hildegaire,  écolâtre  de  Poi- 
tiers, 263. 

Hilduin,  évêque  de  Toiigres- 
Liège,  21. 

Hilsuinde,  242. 

Hincmar,arclievêquedeReims, 
226. 

Hiserelm,  chevalier  liégeois, 
202. 

Histoire  littéraire  de  la  France 
332. 

Hoico,  comte,  82. 

Hollande  (la),  191. 

Houay,  118. 

Hongrois  (les),  58,64,  173, 175, 
234,  318. 

Horace,  poète  latin,  273. 

Hors-Château,  v.  Liège. 

Hougaerde,  119,203. 

Hubert  (saint),  évêque  de  Ton- 
gres-Liège,  18,  125,  126, 
130,  136,  151,  154, 155,162, 
164,  211,  313. 

Hubert,  abbé  laïque  de  Lobbes, 
52. 

Hubald  ou  Hucbald,  clerc  lié- 
geois, 110,  297,298. 

Hugues,  bâtard  du  roi  Lo- 
thaire  H,  52. 

Hugues  Capet,  roi  de  France, 
88,  90,  92,  93. 

Hugues  de  Flaviguy,  chroni- 
queur, 299. 

Hugues,  évêque  de  Tongres- 
Liège,  252. 

Hugues,  évêque  de  Zeitz,  101. 

Humbert,  archidiacre  liégeois, 
227. 


Hutois  (les),  214,  216,  219. 

Huv,  19,  20,  21,80,  117,  118, 
123,  125,  127,  128,  147,  174, 
190,  210,  214,  210,  217,  218, 
219,  220. 

Huy  (le  comté  de),  123,  170. 


Ile  (D,  V.  Liège. 

Immon,  comte,  49,  185,  186. 

Ligelard,  abbé  de  St-Riquier, 
121,  122. 

Ingelheim,  55,  67,  80,  91,  92, 
318. 

Ligobrand,  abbé  de  Lobbes, 
174,  268. 

Isidore  de  Séville  (saint),  273. 

Italie,  22,  34,  55,  67,  83,  87, 
88,95,96,99,100,  101,  102, 
103,  104,106,  114,  173,247, 
207,  286,  300,  322,  323,  328, 
356.  Haute-Italie,  104. 


Jacques  (saint),  217. 

Jean,  châtelain  de  Cambrai, 

139. 
JeanChrysostôme  (saint),  273. 
Jean,  fils  d'Aj-noul  Berthoud 

de  Malines,  181. 
Jean,  frère  de  Nithard,   150, 

151. 
Jean  de  Plaisance,  précepteur 

d'Otton  m,  82. 
Jean    d'Outremeuse,   34,    41, 

142,  151,190,309,349,352. 
Jean  l'Agneau  (saint),  évêque 

de  Liège,  12,  233. 
Jean  XV,  pape,  87,  88,  90,  92, 

96,  172. 
Jean,  quatre  archidiacres  lié- 
geois de  ce  nom,  227. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


375 


Jean,  peintre,  239,  319,  320, 

321. 
Jean  Van  Heelu,  chroniqueur, 

183. 
Jeneffe-en-Hesbaye,  118. 
Jérôme  (saint),  273. 
Jupille,  136,  251. 
Juvénal,273,  274. 


K 


Kessel,  154. 
Kusel,  108. 


Labérius,  273. 

Lactance,  273. 

La  Fère  (le  château  de),  184. 

Lambert,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Lambert,  comte,  arrière-petit- 
lils  de  Régnier  au  Long  Col, 
58,  61. 

Lambert,  comte  de  Louvain, 
119. 

Lambert  de  Huv,  marchand, 
218. 

Lambert  de  Liège,  marchand, 
218. 

Lambert  de  Saint-Laurent, 
moine,  282. 

Lambert  (saint),  évêque  de 
Tongres-Lièfife,  12,  13,  29, 
51,  108,  126^  127,  135,  136, 
152,  155,  157,  168,  169,  232, 
233,  236,  237,  271,  350, 
V.  Vie  de  saint  Lambert. 

Landoald  (saint),  60,  67,  233, 
234,236,237,337,339,340, 
V.  Vita  s.  Landoaldi. 

Laneuville-sur-Meuse,  91 . 

Lanfroi,  marchand  liégeois, 
218. 

Langres,  v.  Geilon. 


Languedoc,  275 

Lanzon,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Laou,  V.  Ruricun. 

Latran  (le  3°  concile  de),  295. 

Légia  (la),  ruisseau  de  Liège, 
135,  136,  137,  140,  141,  167. 

Légia  (la  vallée  de  la),  140, 
141. 

Leibniz,  1. 

Leignon,  118. 

Leodieiis  (viens)  v.  Liège. 

Léodulf,archevèque  de  Trêves, 
94. 

Léon  de  Calabre,  277. 

Léon,  légat  du  pape,  94. 

Léon  III,  pape,  226. 

Leudicus  (viens),  v.  Liège. 

Liber  Hisforiac  Francorum, 
334. 

Liège  (Viens  Leudiens,  137, 
viens  Leodiens,  169) passim, 
et  spécialement  chapitre  x. 
La  Cité,  143,  145,  146,  151, 
154,  165,  212,  214.  L'Ile, 
143,  144,  145,146,  148,  151, 
154,  156,  165,  168,  212. 

Rues,  places  et  quartiers. 
Airs  (des),  141.  Baby- 
lone  (impasse),  141.  Chéra- 
voie,  142.  Clef  (de  la)  141. 
Féronstrée,  138,  141.  Gérar- 
drie,  213.  Gotïé  (quai  de  la), 
141.  Haute-Sauvenière,142. 
Hors-Château,  138, 141,  164. 
Marché  (le),  176,  214.  Mont- 
Saint-Martiu  et  Publémont, 
30,141,  149,  162,167.  Outre- 
meuse,  168.  Pierreuse,  142 
167.  Pissevache,  142.  Ré- 
gence (de  la),  142.  Saint- 
Christophe  (quartier),  168. 
Mont-St-Martin,  30.  Saint- 
Séverin  (place),  141.  Saint- 
Servais  (le  fond),  141.  Sau- 


376 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


venière  (la),  138,  142.  Sur- 
le-Mont,  141.  ïhier  de  la 
montagne,  142.  Torrent  (le), 
347.  Vieux  marché,  157, 
214.  Vivier  (le),  168. 

Eglise  cathédrale  : 
St-Lambert  (Notre-Dame  et 
Saint-Lambert),  15,  17,  18, 
41,  121,  127,  137,  150,  152, 
156,  159,  160,  161,  162,  164, 
197,200,  201,213,241,264, 
266,  271,  284,  286,  296,307, 
311,  320,  347.  Alltel  de  la 
Trinité,  157. 

Eglises  collégiales  : 
Ste-Croix,  109,  132,  140, 

147,  148,  149,  151,  167,200, 
204,  257,  276,  311,  321, 
349.  Autel  Sainte-Hélène, 
149. 

Saint  -  Barthélémy ,     69, 
276,  281,  313,  315,  330. 
Saint-Denis,  132,142,147, 

148,  150,  151,191,200,257, 
311,  312,  315,  321,347,349. 
Autel  Sainte-(jrertrude,  151. 
Chapelle  Saint-Pierre,  151. 

Saint  -Jean-l'Evangéliste- 
en  Ile,  38,  95,  99,  105,  120, 
152,  153,  154,  165,257,276, 
308,  309,  310,  312,  313,  315, 
321,322,323,331,346,349, 
352,  353,  355.  Chapelle   St- 

Hilaire,  349. 

Saint-Martin,  39, 120,132, 
137,  138,  141,142,  147,148, 
164,  167,  208,  225,  255,  257, 
321,    349. 

Saint-Paul,  137,  138,  143, 
151,  152,  173,257,321,  329. 
Saint-Pierre,  59,  136,  137, 
151,  167,191,257,275,276, 
277. 


Eglises  paroissiales  : 
Notre-Dame  aux  Fonts,  155, 
165.  St-Adalbert,  165,  239. 
Saint-Christophe,  312.  Saint- 
Michel,  131.  Saint-Servais, 
137,164,166, 167,307.  Saint- 
Séverin,  65.  Sainte-Ursule, 
310. 

Abbayes  :  Saint-Jacques, 
138,  169,268,276,313,315, 
320, 321.  V.  Olbert.  —  Saint- 
Laurent,  38,  138,  190,  197, 
200,  218,  268,  276,  284. 
V.  Lambert,  Englebert.  — 
Autres  édifices  :  La  Halle, 
l42.L'hospiceSaint-Mathieu 
à  la  chaîne,  213.  Le  Palais, 
142.  Le  Perron,  214.  Le 
Destroit,  214. 

Ponts  : 
Pont    d^Avroy,    146.    Pont 
d'Ile,  146.  Pont  des  Arches, 
142,  168,    Souverain    pont, 
161. 
Portes  : 

Hasseline,  141,  Saint-Lau- 
rent, 97. 

Liégeois(les),5, 104,  130,  167, 
170,  187,  188,216,217,218, 
219,273,276,284,286,288, 
289,  292,  349,  351. 

Liégeois  (l'Etat)  115. 

Limbourg  hollandais  (le),  11. 

Limbourg  (les  ducs  dej,  204. 

Lisiard,  évêque  de  Soissons, 
341. 

Liudulf,  évêque  de  Noyon- 
Tournai,  235. 

Lixhe,  152. 

Lobberich,  225. 

Lobbes,  12,  15,  29,  52,  53,  54, 
57,  58,  66,  87,  88,  89,  123, 
124. 125,171, 172, 173, 174, 
177,  180,198,201,208,214, 
229,  232,241,  253,  267, 268, 


TABLE    DES   NOMS   PROPRES 


377 


289,  319,323,  325,  326,  327, 
335,  339,  350.  V.  Folcuin  et 
Annales  de  Lobbcs. 

Lombards  (les),  322. 

Londres,  216. 

Longlier,  13. 

Longueville,  119. 

Looz  (les  comtes  de),  211,218. 

Lorraine,  v.  Charles  de  la,  9. 

Lothaire  I,  emperem',  14,  49. 

Lotliaire,roi  de  France,  26,61, 
64,  66,72,73,76,81,85,  185. 

Lothaire  II,  roi  de  Lotharin- 
gie, 15,  49,  52,  177. 

Lothaire  (les  deux),  19. 

Lothaire  (le   royaume  de),  7, 

9,  177. 

Lotharingie,   3,  4,  6,  7,  8,  9, 

10,  19,  21,  22,  26,  28,  29, 
49,  71,72,77,  100,107,245, 
253,254,  317,  321,322. 

Lotharingie  (les  ducs  de),  204. 

Lotharingiens  (les),  76,78, 101. 

Lothier  (le  duché  de)  9, 10, 31, 
58,  59,  61,  62,  64,  65,  73, 
79,  80,81,  83,  86,  114,281, 
303,  329.  V.Charles,  Otton. 

Louis  V,  roi  de  France,  26. 

Louis  VI,  roi  de  France,  49, 
187. 

Louis  le  Débonnaire,  empe- 
reur, 14,  15,  19,  20,  137, 
327. 

Louis  l'Enfant,  roi  d'Allema- 
gne, 15,  19,  178. 

Louis  le  Germanique,  roi 
d'Allemagne,  134. 

Louvain,  11,  12,  118,  119, 
169,  184. 

Lovenjoul,  118. 

Lucain,  273,  274. 

Lucilius,  273. 

Lucques,  106. 

Luidprand,  évêque  de  Cré- 
mone, 278. 


Lustin,  123. 

Luxembourg  (le  grand-duché 
de),  11.  V.  Sigefroi. 

M 

Mabillon,  37. 
Macrobe,  273,  274. 
Madalulf,  peintre,  317. 
Maeseyck,  242. 
Maeslaud  (le),  242. 
Maestricht,  13,  16,  18,  19,  20, 

21,  64,   108,   123,   125,  126, 

136,  164,  190,  191,214,216, 

233,275,301,307,314,322, 

335.  L'église    Notre-Dame, 

190,  191,  311,  312. 
Matfe,  V.  Somal. 
Magdebourg,  75,  91,  291,  295, 

300,  V.  Gisilher. 
May}tum  Chromcon  Belgicum 

(le),  352. 
Maidières,  15. 
Malines,   123,  180,  181,  182, 

183,  190,  211. 

La  porte  d'Hanswyck,  183. 

La  porte   de   Neckerspoel, 

183. 
Malmedy,  11,  13,  67,  224. 
Malonne,  abbaye,  123. 
Malonne  (le  chapitre  de),  191. 
Marathon,  318 
Mantoue,  99. 
Marc  (la  fête  de  saint),  229, 

230. 
Maren,  154. 
Margut,  67,  91. 
Marianus,  marchand  liégeois, 

217. 
Maro,  Y.  Virgile. 
Martial,  273. 
Martianus  Capella,  272. 
Martin  (saint),  pape,  233,  236. 
Mascelin,  marchand  liégeois, 

218. 


378 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


Matfried,  comte,  21, 
Mathieu  (saint),  161. 
Matbilde,   abbesse    de  Qued- 

linburg,  96. 
Maur,  V.  Rabau. 
Mayeuce,  2,  35,  39,68,  79,  99, 

103,  107,  112,  133,  244,288, 

V.  Willigis. 
Meensel-Kieseghem,  118. 
Meiuerus,  avoué  de  la  ville  de 

Liège,  210. 
Meiningen,  76. 
Meinwerc  (saiut),    évêque  de 

Paderborn,  3,  292,  306,  318. 
Méliu,  119. 

Mérovingiens  (les),  14,  138. 
Mersebourg,  39,  317,  318. 
Metz,  3,  75,  80,  100,  125,  241, 

252,  305.    V.  Adalbéron  II, 

Tbierrv,  Cbrodegang. 
Meuse  (la),  12,26,30,91,  111, 

118,  132,  135,  136,  137,  138, 

140,  144,  152,  167,  168,  170, 

214,217,  223,  242,  307,  308, 

311,    327,  344,  347. 
Mézières,  26. 
Meyers  (le  chanoine),  355. 
Mièrchoule  (la),  168. 
Miltiade,  318. 
Mirwart,  28,  187. 
Mons,  61. 
Mont-Blandin,  59. 
Mont-Canigou,  275,  276,  277. 
Montlhéry,  49, 
Monulfe    (saint),    évêque    de 

Tongres,  12. 
Montagne     (rue    de     la),     v. 

Thuin. 
Montaigu-Rochefort,  211. 
Mont-de-Piété    (rue    du),    v. 

Thuin. 
Morialmé,  211.    La  tour  Mo- 

rialmé,  à  Thuin,  179. 
Mosans  (les),  216,  326. 
Mouzon,  26,  92,  93,  94,  223. 


Miinster  (v.  Suitger  de). 
Musonius,  281. 

N 

Namur,86,  123,  125,  214,  216. 
V.  Albert. 

Neckerspoel  (porte),  v.  Mali- 
nes. 

Neuberg-sur-le-Danube,     107. 

Nicolas  (saint),  291. 

Nimègue,  84,  89,  99,  108. 

Nithard,  chanoine  de  Saint- 
Lambert,  150,  151. 

Nithard,  chantre  de  Saint- 
Lambert,  199. 

Nivelles,  ville  et  abbaye,  11, 
12,  84,  90,  177,  216,  230. 

Nobles  (rue  des),  v.  Thuin. 

Norbert,  chevalier  liégeois, 
202. 

Normandie  (la),  217.  v.  Ri- 
chard. 

Normands  (les)  19,  21,  25,  50, 
137,162,  164,  175,  177,  182, 
234,  252,  253,  319. 

Norticherus,  40,  101,  155. 

Notger,  évêque  de  Liège,  3  et 
passim. 

Notger-le-Bègue,  abbé  de  St- 
Gall,  36. 

Notl:erus  notarius,  34,  35. 

Notre-Dame  (église),  v.  Aix- 
la-Chapelle,  Liège,  Maes- 
tricht,  Tongres. 

Notre-Dame-et-Saint-Lambert 
(églises),  V.  Liège,  Saint- 
Lambert. 

Novuni  Castelhim,  v.  Chèvre- 
mont. 

Noyon-Tournai,  235. 


TABLE    DES    NOMS    PROrRES 


379 


OberzoU  (l'église  d'),  317. 

Odelni,  chevalier  liégeois,  202. 

Odilbert,  abbé  de  Saiiit-Vin- 
cent  à  Metz,  305. 

Odilou,  al)bé  de  Cluiiv,  245, 
246,  247. 

Odilon,  abbé  de  Stavelot,  37. 

Odiilfe,  écolâtre  liégeois,  285. 

Oeren,  100. 

Ohtrik,  écolâtre  de  Magde- 
bourg,  2P1,  295. 

Olbert,  abbé  de  Gembloux  et 
de  Saint-Jacques  de  Liège, 
268,  289. 

Orval  (V.  Gilles  d'). 

Osuabriick,  305. 

Otbert,  evêque  de  Liège,  119, 
152,  217,  330,331. 

Otbert,    prêtre    liégeois,  297. 

Otbert,  trois  archidiacres  lié- 
geois de  ce  nom,  227. 

Otton,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Ottou  1  le  Grand,  empereur, 
9,  16,  22,  34,  35,  39,  40, 
41,  50,  54,  55,  57,  58,  59, 
60,  65,  96,  107,  130,  137, 
251,  286,  300,  322,  326. 

Otton  II,  empereur,  15,  46, 54, 
57,  59,  60,  61,  62,  63,  64, 
66,  68,  69,70,  71,  114,  122, 
171,172,  178,  181,233,316. 

Otton  III,  empereur,  39,  46, 
68,  69,  70,  71,  73,  74,  76, 
77,  79,  80,  82,  83,  84,  86, 
87,  90,  91,  93,  95,  96,  97, 
99,  100,  101,  102,  103,  107, 
109,114,118,  120,  122,  149, 
154,  185,239,242,243,319, 
321,  356. 

Otton  (les),  1,4,  10,  15,  23. 

Otton  de  Vermandois,  61. 


Otton,  duc  de  Lothier,  106. 
Oudenbourg,  (v.  Arnoul  d') 
Outre-Meuse,  v.  Liège. 
Outre-Riiin(v. Carolingiens  d'). 
Oxford,  169. 


Paderborn,  3,  306,  318. 
V.  MeinAverc. 

Palais  (le)  v.  Liège. 

Panaetius,  281. 

Paris,  109,  110,  111,  164,288, 
297,  298. 

Paschase  Radbert,  288. 

Paterno,  103,  104. 

Paul  (saint),  évêque  de  Ver- 
dun, 317; 

Paulin,  273. 

Pavie,    51,   96,   99,    104.    (v. 
Pierre  de) 

Pays-Bas  (les),   25,   44,    169, 
254. 

Pécile  (le),  v.  Athènes. 

Pépin  d'Herstal,  49. 

Pépin  le  Bref,  14,  19. 

Péronne,  58. 

Perpète  (saint),  évêque  de 
Tongres-Liège,  12. 

Perron  (le),  v.  Liège. 

Perse,  poète  latin,  273,  274. 

Phèdre,  fabuliste,  271,  273. 

Philippe  I,  roi  de  France,  49. 

Picardie  (la),  v.St-Piiquier. 

Pierre  (saint),  prince  des  apô- 
tres, 234,  236,  318. 

Pierre  Chrysostome,  273. 

Pierre,  évêque  de  Pavie,  66. 

Pierreuse,  v.  Liège. 

Piligrim,  évêque  de  Passau,  3. 

Pippinsvoort,  118. 

Pissevache,  v.  Liège. 

Pitres  (le  capitulaire  de),  26. 

Placentius,  352. 

Plaisance,  voir  Jean  de. 


380 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


Platon,  280. 

Plaute,  273. 

Pliue  l'Ancien,  273 

Pœhlde,  65. 

Poitiers,  263. 

Polling,  106. 

Pont  d'Avroy,  v.  Liège. 

Pont  des  Arches,  v.  Liège. 

Pont  d'Ile,  V.  Liège. 

Poppon    (saint),    évêque     de 

Stavelot,  299,  306. 
Porcien  (le  comté  de),  15,  27. 
Prague,  244,   297,  298,  299. 

V.  Adalbert,  Cosmas. 
Priscien,  272. 
Procope,  273. 
Provence  (la),  21. 
Prudence,  254,  272,  273. 
Priïm,  21,  29. 
Prusse  (la),  165. 
Prusse  rhénane  (la),  11,  223. 
Publémont,  v.  Liège, 
Publilius  Maximinianus,  273. 
Puiset  (la  tour  du),  178. 
Pythie  (l'oracle  de  la),  301. 


Quedlinburg,v.  Mathilde. 
Quercentius,    chanoine    de 

Saint-Jean-en-Ile.  352. 
Quinte-Curce,  273. 
Quiriacus  (saint),  317. 


Raban  Maur,   273,    278,  280, 

285,  288,  289,  290. 
Radamanthe,  293. 
Radbert,  v.  Paschase. 
Raimbaud    de    Cologne,  264, 

283,  284,  285,  286. 
Raiuald,  comte  de  Hainaut,  61 . 
Raoul   de    Zahringen,  prince- 

évêque  de  Liège,  163. 


Rathier, évêque  de  Tongres- 
Liège  et  de  Vérone,  22,  29, 
30,46,48,  53,  54,  171,  196, 
253,  254, 273,  277,  282,  283, 
285,  288,  289,  292. 

Ratisbouue,3,39,96,  134,299. 

Ravenne,  68,  88,  95,  97,  100, 
104. 

Régence  (rue  de  la),  v.  Liège. 

Regiuald,  évêque  d'Eichs- 
taedt,  3 

Réginard,  évêque  de  Liège, 
168. 

Régnier  au  Long  Col,  8, 10,22, 
26,  29,  30,  58. 

Régnier  III,  comte  de  Hainaut, 
29,  53,62,  71. 

Régnier  IV,  comte  de  Hai- 
naut, 58,  61. 

Reichenau,  37,  317. 

Reims,  26,71,  74,  78,  79,  84, 
90,   93,  94,  108,    199,  209, 

223,  235.  239,  296,  301. 
Reith,  225. 

Remacle  (saint),  évêque  de 
Tongr es-Liège,    12,  13,  38, 

224,  233,  236,  334,  335,336, 
339,  340,  V.  Vita  sancti 
Remacli. 

Remi(saint),  évêque  de  Reims, 

223,  V.  Vie  de  saint  Rémi. 
Renaud,   écolâtre    de   Tours, 

263. 
Renier,  avoué   de  l'église  de 

Liège,  205. 
Rhin  (le),  7,  25,  76,  77,  134, 

223,  307,  308,  311,  316. 
Richaire,  évêque  de  Tongres- 

Liège,  21,  27,  53,  137,  175, 

252,  253,  299. 
Richard,  abbé  de  Saint-Vanne 

à  Verdun,  246,  299,  351. 
Richard,  duc   de  Normandie, 

111. 


TABLE    DES    NOMS    PROPRES 


381 


Riclier,  chrouiqueur  français, 
63,  94. 

Richor,  moine  de  Gremhloux, 
342. 

Robert,  deux  aroliidiacres  lié- 
geois de  ce  nom,  221. 

Robert  prévôt  de  la  cathé- 
drale Saint-Lambert,  140, 
149,  199,  200. 

Robert,  roi  de  France,  92, 
109,  110,  244,  298. 

Rodolphe,  archidiacre  lié- 
geois, 227. 

Rodolphe,  écolâtre  de  Liège, 
264,  283,  284,  285,286. 

Rohr,  76. 

Romains  (les),  11. 

Rome,  28,  68,  88,  90,  97,  98, 
99,  103,  104,  131,  153,  165, 
233,  237,  280,  285. 

Rome  du  Nord  (la),  310. 

Roraulus  (un  certain),  271. 

Roricon,  evèque  de  Laon,  184. 

Rossano,  67. 

Rotfrid,  archidiacre  liégeois, 
227. 

Rothard,  évêque  de  Cambrai, 
27,  65,  66,  71,  81,  89,  94, 
95,  96,  173,  187,  297,  299. 

Roux-Miroir,  119. 

Rozala-Suzanne ,  reine  de  Fran- 
ce, 109. 

Rumigny  (v.  Arnoul  de),  240. 

Rupert,  abbé  de   Deutz,  288. 

Ruremonde,  11,  242. 

Ryen  (  \e  pagiis  de),  60. 


S 


Saint-Adalbert      (église),      v. 

Liège. 
Saint- Alexis  (le  couvent  de),  à 

Rome,  98. 
Saint-Arnoul,  v.  Ansterus. 
Saint-Barthélémy    (église),  v. 

Liège. 


Saint-Basle,  90,  92. 
Saint-Bavon  (l'abbaye  de), 58, 

59,  60,  112,   114,' 233,  234, 

235,  333,  336,  337,  341,   v. 

Womar. 
Saint-Boni  lace  (le  couvent  de) 

V.  Saint-Alexis). 
Saint-(]hristophe,  v.  Liège. 
Saint-Cunil)ert  (l'église  de),  à 

Cologne,  310. 
Saint-Denis  (église),  v.  Liège. 
Saint-Emmeram  (l'abbaye  de), 

à  Ratisbonne,  39 
Saint-Gall  (l'abbaye  de),  34, 35, 

36,  37,  134,  282. 
Saint-Gérard  de  Brogne  (l'ab- 

l)aye  de),  84,  228,  232,  242. 
Saint-Géréon  (église),  à  Colo- 
gne, 310. 
Sainte-Gertrude  (l'autel  de),  v. 

Liège,  Saint-Denis, 
Saint-Jacques  (l'abbaye  de),v. 

Liège. 
Saint- Jean-Evangéliste-en-Ile . 

V.  Liège. 
Saint-Hilaire     (chapelle),     v. 

Liège,    Saint-Jean-Evangé- 

liste-en-Ile. 
Saint-Hubert  (l'abbaye  de),  28, 

124,     187,    218,    241,   269, 

282.    v.  Helbert,  Héribert, 

Thierry. 
Saint-Lamber^:,    église  cathé- 
drale de  Liège,  v.  Liège. 
Saint-Lambert    (l'avoué     de), 

205,  210. 
Saint-Laurent  (l'abbaye  de),  v. 

Liège. 
Saint-Maximin  (l'abbaye  de),  à 

Trêves,  29. 
Saint-Pantaléon  (l'abbaye  de), 

à  Cologne,  90,  310,  316. 
Saint-Paul   (église),  v.  Liège, 
Saint-Pierre  (église),  V.  Liège. 
Saint-Pierre     (chapelle),      v. 

Liège,  Saint-Denis. 


382 


TABLE   DES    NOMS    PROPRES 


Saint-Remi    (l'abbaye    de),  à 

Reims,  84,  108. 
Saint-Riquier    (l'abbaye    de), 

120,  121,202,341. 
Saint-Rombaud  (l'abbaye  de), 

à  Malines,  181,  182." 
Saint-Séverin  (église),  v.  Liège. 
Saint-Séverin  (église),  à  Colo- 
gne, 310. 
Saint-Servais  (église),  v.  Liège. 
Saint-Servais  (église),  à  Maes- 

tricht,  275. 
Saint-Trond  (l'abbaye  de),  125, 

204,241,269,322. 
Saint-Ursule  (église),  v.  Liège. 
Saint- Vanne   (l'abbaye  de),  à 

Verdun,  v.    Richard,    305, 

306. 
Saint- Vincent  (l'abbaye  de),  à 

Metz,  V.  Odilbert. 
Saint- Vital    (l'église     de),   à 

Ravenne,  308. 
Saint- Vith,  11. 
Saint- Wandrille  (l'abbaye  de), 

317. 
Sainte-Afra    (l'église    de),    à 

Augsbourg,  107. 
Sainte-Croix  (église),  v.  Liège 
Sainte -Geneviève    (l'abbaye 

de),  à  Paris,  110,  297,  298. 
Sainte-Marie  au  Capitule  (égli- 
se), à  Cologne,  310. 
Sainte-Marie  (église),  v.  Chè- 

vremont. 
Salluste,  273. 
Salzbourg,  v.  Gunther. 
Sambre  (la),  rivière,  174,  176, 

177,  231. 
Sandrad,  abbé  de  Gladbach, 

224. 
Sarabert,   curé    de    Winters- 

hoven,  233,  234,  235,  237. 
Saussoy,  historiographe,  352. 
Sauvenière  (la),  v.  Liège. 
Saxe  (la),  56,  58,  61,  65,  76, 


79,91,96,99,103,107,114, 

116,  159,  175,  217. 
Saxe  (la  maison  de),  345,  356. 
Saxe  (v.  Basse-Saxe). 
Saxons  (les),  70,  76. 
Scaminus,  moine  de  Lobbes, 

253. 
Scots  (les),  177. 
Sébastien  (saint),  105,  153. 
Sedulius,  poète  irlandais,  162, 

252,  273,  318. 
Seifried,  abbé  de  Tegernsée, 

299. 
Selz  (l'abbaye  de),  90. 
Semois  (la),  rivière,  11. 
Senèque,  273,  279. 
Seraing-le-Château,  118. 
Servais    (saint),    évêque     de 

Tongres,  12,  18,  108,  137, 

276,321. 
Se  ville  (v.  Isidore  de). 
Siccon,   archidiacre   liégeois, 

227. 
Sigebert  de  Gembloux,  1, 178, 

246, 248,  272,  293,  295,  351, 
Sigebert  II,  roi  des  Francs,  13. 
Sigefroi,   comte    de    Luxem- 
bourg, 79. 
Sigefroi,  évêque  d'Augsbourg, 

101,  107. 
Sigehard,   moine   de   Trêves, 

317. 
Silvestre  II,  pape,  39,  95, 100, 

154,  247,  264. 
Socrate,  281. 

Soissons  (le  concile  de),  341. 
Somal,  118. 
Sophie    (la    princesse),   sœur 

d'Otton  III,  96. 
Soracte  (le  mont),  104. 
Souabe  (la),  32,  34,  37,  38,  44, 

107,  245,  282,  316.  v.  Her- 

man. 
Souverain-Pont  (le),  v.  Liège. 
Spolète,  101. 


TABLE    DES    NOMS    TROPRES 


383 


Stace,  poète  latin,  273. 

Stavelot  (l'abbaye  de),  11,  13, 
37,  38,  50,  67,  83,  85,  98, 
204,  269,  271,  292, 306,  333, 
335,  336,  341.V.  Werinfrid. 

Strasbourg,  93,  301. 

Suger,  49. 

Suitger,  évêque  de  Munster, 
94. 

Sulpice  Sévère,  273. 

Sur-le-Mont  (rue),  v.  Liège. 

Sylvestre  II, pape,  v.  Silvestre 
II. 


Tamise  (la),  fleuve,  216. 

Tancrède,  moine,  208. 

Tegelen,  225. 

Tegernsée  (l'abbaye),  en  Ba- 
vière, 299. 

Temploux,  86. 

Thée-Dinant    (rue),    180,   v. 
Fosse. 

Théodard  (saint),  évêque  de 
Tongres-Liège,  17, 126, 135, 
136,  175. 

Théoduin ,  archidiacre  lié- 
geois, 227. 

Théoduin,  moine  de  Lobbes, 
253. 

Théoduin,  évêque  de  Liège, 
277,  288,  330,  331. 

Théophano,  impératrice,  57, 
62,  72,  73,  74,  78,  79,  80, 
82,  85,  87,  88,  89,  172,  186, 
310,  315. 

Theudon,  évêque  de  Cambrai, 
25,  59,  65,  245. 

Theux,  15,  16,  123,  124. 

Thier  de  la  Montagne  (le),  v. 
Liège. 

Thierry  (le bienheureux),  abbé 
de  Saint-Hubert,  187,  269, 
351. 


Thierry,  abbé  de  Waulsort, 
240. 

Thierry,  archidiacre  liégeois, 
227.' 

Thierry,  évêque  de  Metz,  3, 
66,68,70,71,74, 

Thicrs,  ville  d'Auvergne,  301. 

Thietmar,  architecte  à  Stave- 
lot, 306. 

Thomas  (la  fête  de  saint),  89, 
173. 

Thorn  (l'abbaye  de),  112,  242, 
243. 

Thuringiens  (les),  76. 

Thuin  (Tudinio  castello),  11, 
12,  15,  52,  59,  124,  171, 
174,  175,  177,  178,  182, 190, 
198,  201 .  Rue  de  la  Monta- 
gne, 176.  Rue  du  Mont  de 
Piété,  176.  Rue  des  Nobles, 
176. 

Tibulle,  273. 

Tibur,  104. 

Tirlemont,  118,  119. 

Todi,  101,  103. 

Tolède  (v.  Eugène  de). 

Tongres,  11,12,  13,  14,  15,  17, 
18,  21,  64,  123,  125,  127, 
136,164,  190,211,222,233, 
236,  237,  335.  Notre-Dame 
(église),  329.  v.  aussi  Falcon. 

Tongres  (y.  Chronique  des 
évêquesae). 

Torrent  (le),  v.  Liège.     ' 

Toul,  3,  244,  263,  297,  317.  v. 
Gérard. 

Tourinnes-la-Chaussée,    118, 
119. 

Tournai,  209. 

Tours,  263,  301,  v.  Bérenger. 

Traetto,  40,  101. 

Trajan,  133. 

Trajane  (la  colonne),  131. 

Translation    de    Saint-Lan- 
doald,  337. 


384 


TABLE    DES    NOMS   PROPRES 


Trente,  99. 

Trève-Dieu,  27. 

Trêves,  2,   70,   79,    91,    100, 

252,317, V.  Egbert, Léodulf. 
Trêves,  v.  Saint-Maximin,  29. 
Triuito'  (autel  de  la),  v.  Liège, 

Saint-Lambert. 
Tritheim,  36,  38. 
Tronchiennes  (v,  Azelin). 
Trond  (saint),  12. 
Trond,  v.  Vie  de  saint  Trond. 
Troyes  (v.  Herbert  de). 
Tudinio,  v.  Thuin. 
Turnhout,  12. 
Turnus,  292. 

U 


LTrsmer     (saint),    abbé     de 

Lobbes,  173,  175. 
Utrecht,  3,  10,  22,  39,  69,  70. 

83,  100,  108,  114,  243,  252, 

263,  264,  297. 
Utrecht  (v.  Baudouin  d'). 
Ughelli,  40. 
Ulric  (saint),  évéque  d'Augs- 

bourg,  3,  107,  244. 


Valenciennes,   110,   111,  112, 

113. 
Varron,  273. 
Venlo,  11,  225. 
Verden,  301. 
Verdun,  3,  78,  95,  134,  199, 

214,  297,  317,  351.  V.  Gode- 

froi,  Haimon,  Saint- Vanne. 
Verlée,  v.  Buzin. 
Vermandois,  v.  Eudes,  Otton. 
Vérone,  67,  96,  99,   106,  196, 

254. 


Vesdre  (la),  48,  188. 
Vie  de  saint  Adelin,  333,  340. 
Vie  de  saint  Aniand,  334. 
Vie  de  saint  Lambert,  236. 
Vies  de  saint   Lambert  et  de 

saint  Trond,  333. 
Vie  de  saint  Landoald,  329, 

333,  337,  338,  339. 
Vie  de  saint  Remacle,  333, 335. 
Ville-en-Hesbaye,  123- 
Vincent  (saint)  105,  153. 
Vincby,  66,  187. 
Vinciane  (sainte),  233. 
Virgile,  273,  274,  277,  292. 
Visé,  68,  120,  123,  214,  215. 
Vita  Baîderici,  350. 
Vita  Hadaïini,  339. 
Vita  LandoaWi,  235,236,  237, 

336. 
Vita  Notgeri,  35,  42,  47,  102, 

151,  155,  174,179,332,336, 

337,  338,344,351. 

Vita  Remacli,  279,  334,  336, 

338,  339. 
Vith  (saint),  225. 
Vivegnis,  314. 
Vivier  (le),  v.  Liège. 


W 


Walbodon,  évéque  de  Liège, 

39,  268. 
Walcaud,   évéque    de    Liège, 

28,  124. 
Walcher,  élève  de  Gozechin, 

280,  293. 
Waltwilder,  233. 
Warin, archevêque  de  Cologne, 

70   224. 
Wassenberg,  11,  224,225. 
Waulsort  (l'abbaye  de),  125, 


Table  des  noms  propres 


385 


Wautier  Berthoutl,  181,240, 
241,277,324. 

Wautier  de  Barse,  avoué  de 
Huy,  210. 

Wautier,  chevaliLT  iiégeul.s, 
202. 

VVazon,  ôvêquo  do  Liège, 
33,  39,  160,  200,  209,  227, 
260,  268,  276,  277,  283,  284, 
289, 295,  296  297,  298,  350, 
351. 

Wériiilrid,  abbé  de  Stavelot, 
54,  333,  334,  335. 

Wictrid,  évéque  de  Verdun,  3. 

Wiclimann,  comte,  106. 

Wiesme,  118. 

AViger,  avoué  de  Saint-Lam- 
bert, 205. 

Wilderod,  évéque  de  Stras- 
bourg, 93. 

Willich,  84,  97  (où  on  a  im- 
primé à  tort  Viilich). 

Willigis,  archevêque  de  Ma- 
yence,  2,  39,  70,  76,  83,  92, 
96,  98,  103,   107,  156,  244. 

Windéric,  comte,  181. 

AYintershoven;  60,  233,  234, 
235,  236,  337. 


Wolbodon,  v.  Walbodon.  , 
Woli'gang   (saint),  évéque   de 

Ratisbonne,  3. 
Womar,  abbé  doSaint-Iîavon, 

à  Gand,  42,  59,  60,  67,  233, 

234   337 
Worm's,  30,  76,  88,   134,  268. 

V.  LJurcliard,  HiblebobL 
Wiirzbourg,  112,  172. 


Yais-l(^-(!rain,  v.  Aix-Ia-C'ha- 
polle. 


Zacharie,  patriarche,  31  S. 

Zahi'ingen  (v.  Raoul  de). 

Zeitz,  V.  Hugues. 

Zéhmde  (les  îles  delà),  112. 

Zétrud,  119. 

Zénocrate,  philosophe  grec, 
281. 

Z-wentibohl,  roi  de  Lotharin- 
gie, 6,  7,  15,  16,  21. 


TABLE  ANALYTIQUE 


Préface i 

Liste  des  ouvrages  cités  en  abrégé xm 

CHAPITRE  PREMIER. 
Introduction 1 

Prospérité  du  royaume  irAUemagne  au  X^  siècle,  4 .  —  Les  grands  évoques,  2. 

—  Leur  double  rôle  politique  et  religieux,  3.  —  Résumé  de  leur  activité,  A. 

—  Place  occupée  parmi  eux  par  Notger,  3. 

CHAPITRE  II. 

L'État  liégeois  avant  Notger  .    .    .    .    , 6 

Les  destinées  de  la  Lotharingie  aux  IX«  et  X^  siècles,  C.  —  Persistance  du 
sentiment  national  après  l'annexion  à  l'Allemagne,  7.  —  Elle  explique  les 
fréquentes  révoltes,  8.  —  Comment  .saint  Brunon  met  fin  à  celles-ci,  9.  — 
Il  donne  des  contre-poids  aux  ducs  dans  les  évêques,  10.  —  Origines  ecclé- 
siastique de  l'État  liégeois,  et  étendue  du  diocèse,  il.  —  Comment  se 
forme  le  patrimoine  territorial  de  l'église  de  Tongres,  -12.  —  De  quelle 
manière  il  est  constitué.  L'immunité,  IG.  —  Saint  Hubert  transporte  le 
siège  de  l'évêché  à  Liège,  18.  —  Comment  les  évêques  de  Liège  s'achemi- 
nent vers  la  souveraineté  territoriale,  lî).  —  Caractère  féodal  que  revêt 
leur  autorité,  23.  —  Indiscipline  et  ambition  de  leurs  vassaux,  24.  —  Les 
châteaux-forts,  23.  —  L'épiscopat  disputé  entre  les  rois  et  les  grands, 
29.  —  Condition  faite  à  Éracle,  prédécesseur  de  Notger,  30. 

CHxVPITRE  III. 

Notgep  avant  l'épiscopat 32 

Origine  et  extraction  de  Notger,  32.  —  Date  approximative  de  sa  naissance, 
34.  —  Ce  qu'il  faut  penser  de  ses  relations  avec  Saint-Gall,  33,  et  avec  Sta- 
velol,  37.  —  Son  passage  a  la  chancellerie  royale,  38.  —  Son  prétendu 
rôle  en  Italie  on  931,  40.  —  Son  avènement  à  Liège,  41.  —  Date  de  celui-ci, 
42.  —  Dans  quelles  conditions  il  prend  le  pouvoir,  44. 


388  TABLE    AxN'ALYTIQUE. 

CHAPITRE  IV. 

Première  année  d'épiscopat  (972) 46 

(jualilés  de  Notger  comme  homme  d'Elaf ,  46.  —  Répression  des  perturbafeiirs, 
47.  —  Le  château-fort  de  Chévremont  et  son  histoire,  48.  —  Notger  en 
préparc  rannexion,  ol.  —  La  situation  de  l'abbaye  de  Lobbes,  o2.  —  Com- 
nienl  Notger  y  met  bon  ordre,  a4. 

CHAPITKE  V. 
Notger  au  service  d'Otton  II  (973-983) 56 

Faveur  dont  il  jouit  auprès  du  souverain,  57.  —  L'expédition  de  Hainaut  en 
974,  o8.  Notger  au  siège  de  Boussoit,  59.  —  Retour  offensif  des  enfants  de 
Régnier,  01.  —  Charles  de  France  devient  duc  de  Lothier,  62.  —  Le  raid 
du  roi  Lotiiaire,  62,  et  le  rôle  de  Notger  dans  cet  épisode,  63.  —  Inter- 
vention efticace  de  Notger  dans  les  affaires  de  Cambrai,  65.  —  Quelle  place 
Notger  occupe  à  la  cour,  66.  —  Notger  dans  son  diocèse  de  980  à  982,  67. 
—  Notger  en  Italie  en  9S3,  68. 

CHAPITRE  VI. 

Notger  pendant  la  minorité  d'Otton  III  (983-986)  ....  69 
La  minorité  d'Otton  III,  69.  —  La  fidélité  de  l'épiscopat,  70.  —  Le  rôle  de 
Gerbert,  71.  —  Le  point  de  vue  de  Notger,  73.  —  Sa  correspondance 
avec  Gerbert  et  Adalbéron,  74.  —  La  tentative  ambitieuse  du  duc  Henri 
de  Bavièi-e,  75.  —  Les  efforts  de  Gerbert  pour  la  déjouer,  78.  —  Les  pro- 
jets du  roi  Lothaire,  78.  —  Notger  ù  la  cour,  80.  —  Nouvelles  tentatives 
et  JTiort  de  Lothaire,  81.  —  Obscurités  de  l'histoire  de  Notger,  82. 

CHAPITRE  VII. 

Notger  au  service  d'Otton  III  (986-1002) 83 

Influence  de  Notger  à  la  cour,  83.  —  Il  obtient  le  concours  des  armes  impé- 
riales pour  la  prise  de  Chévremont,  85.  —  Il  fait  nommer  Erluin  évoque  de 
Cambrai,  86.  —  Nouveau  séjour  en  Italie  (988-990),  87.  —  Nombreux 
séjours  à  la  cour,  89.  —  Rôle  de  Notger  dans  le  procès  de  Gerbert,  90.  — 
Influence  de  Notger  à  la  cour,  95.  —  Troisième  voyage  en  Italie,  96.  — 
Relations  avec  saint  Adalbert  de  Prague,  98.  —  Notger  dans  son  diocèse, 
99.  —  Quatrième  voyage  en  Italie,  99.  —  Mission  qu'il  y  remplit,  -lOI. 

CHAPITRE  VIII. 

Notger  au  service  de  Henri  II  (1002-1008) 106 

Notger  revient  avec  le  cercueil  d'Otton  111,  106.  —  II  se  prononce  pour 
Henri  II,  i07.  —  Ses  divers  séjours  dans  son  diocèse  et  à  la  cour,  108.  — 
.Son  ambassade  à  Paris,  -109.  —  L'expédition  contre  la  Flandre,  ill.  — 
Dernières  as.scmblées  auxquelles  assiste  Notger,  -112,  —  La  seconde  expédi- 
tion contre  la  Flandre,  113, 


TABLE    ANALYTIQUE.  389 

CHAPITMi:  IX. 
Formation  de  la  principauté  de  Liège 115 

Coiniiienl  l'évèquc  ilc  Liège  devint  prince,  1  Hi.  —  Acquisilion  de  deux 
comtés,  117.  —  Autres  acquisitions,  119.  —  Les  terres  de  Sain(-Ui(iuier, 
■120.  —  Diplômes  impériaux  conlirmant  les  proiiriétés  dt  l'église  de  Liège, 
122.  —  Tableau  émimératil'  de  celles-ci,  123.  —  Importance  de  l'ensemble, 
124.  —  Pourquoi  Liège  ne  ligure  pas  sur  la  liste  des  acijuisilions,  12o.  — 
Double  autorité  de  Nofger,  comme  immuniste  et  comme  comte,  127. 

CIIAPITRI-:  X. 

Notger  second  fondateur  de  Liège 130 

Comparaison  de  Notger  et  de  saint  Bcrnward  de  Hildesheim,  130.  —  Le  pro- 
gramme de  Notger,  131.  —  L'cmbastillemcnt  des  villes  au  X«  siècle,  i32. 
— ■  Les  origines  de  la  ville  de  Liège,  13o.  —  Saint  Lambert  et  les  dévelop- 
pements de  la  ville,  ISiî.  — •  Les  progrès  de  celle-ci  dans  la  première  moitié 
du  Xe  siècle,  137.  —  Comment  Notger  en  écarte  les  dangers  que  lui  font 
courir  les  féodaux,  138.  —  L'enceinte  notgérienne  de  Liège,  141.  —  Com- 
ment il  fait  rentrer  Tlle  dans  le  système  défensif  de  la  ville,  142.  —  La  Cité 
ou  Château  et  l'Ile,  14o.  —  Les  basiliques  notgériennes  :  Ssint-Martin,  147, 
Sainte-Croix,  149,  Saint-Denis,  loO,  Saint-Paul,  loi,  Saint-Jean,  l.'îi.  — 
La  cathédrale,  154.  —  L'hospice,  139.  —  Le  palais  épiscopal,  101.  —  Notre- 
Dame  aux  Fonts,  164.  —  Les  autres  paroissiales,  165.  —  Description  de 
Liège  après  les  travaux  de  Notger,  167. 

chapitrp:  xi. 
Travaux  accomplis  dans  la  principauté 170 

lluy  et  Dinant,  170.  —  Lobbes,  171.  —  Thuin,  17k  —  Fosse,  177. — 
Malines,  180.  —  La  destruction  de  Chèvremont,  184.  —  La  légende  de 
ClièvrenionI ,  188.  —  iMaestricht,  190. —  Note  complémentaire  sur  la  légende 
de  Clièvrcmont,  192. 

CHAPITRE  XII. 
La  principauté 195 

Le  budget  de  la  principauté,  195. —  Le  chapitre  co-seigneur,  201.  —  Les 
vassaux,  202.  —  L'avoué  de  Saint-Lambert,  203.  —  La  cour  de  Notger, 
206.  —  La  chancellerie,  208.  —  L'avoué  de  Liège,  209.  —  Autres  avoués 
locaux,  210. —  L'échevinat,  211.  —  Oii  siégeaient  les  échevins  de  Liège,  212. 
La  situation  économique,  214.  —  Le  commerce  au  pays  de  Liège,  215.  — 
L'origine  de  la  vie  communale,  218. 

CHAPITRE  Xlil. 

Le  diocèse 222 

Son  étendue  cl  ses  contins,  222.  —  Ilèglement  de  frontières  avec  le  diocèse  de 


390  TABLE    ANALYTIQUE. 

Cologne,  223.  —  Les  ardiirliacres,  225.  —  Les  doyennés,  228.  —  Les  ban 
croix,  229.  —  Le  synode  diocésain,  231.  —  La  question  des  saints  de  Win- 
lei'shoven,  232.  —  Notger  et  l'égiise  d'Aix-la-Chapelle,  238.  —  Notger  et 
l'abbaye  de  Waulsort,  240.  —  Notger  et  l'abbaye  de  Thorn,  242.  ^  Notger 
comme  prédicateur,  214.  —  Notger  et  la  fête  des  Trépassés,  2i5.  —  Notger 
et  les  Clunisiens,  24().  —  Notger  et  les  papes,  247,  —  L'histoire  légendaire 
de  Notger,  248.  —  Note  :  le  clergé  de  Notger,  250. 

CHAPITRE  XIV. 

L'Instruction  Publique ,        251 

Les  études  à  Liège  depuis  Charlcmagne,  251.  —  Le  IX«  siècle  et  Sédulius,  252. 

—  Les  études  à  l'abbaye  de  Lobbes,  253.  —  Rùle  de  saint  Brunon,  253.  — 
L'évêque  Ëracle,  254.  —  Les  écoles  de  Liège  sous  Notger,  257.  —  Les 
écolâlres,  258.  —  La  double  école  de  Saint-Lambert  :  intérieure  et  exté- 
rieure, 201.  —  Les  diverses  catégories  d'élèves,  202.  —  Le  personnel 
enseignant,  263.  —  Le  rôle  de  l'évêque,  266.  —  Notger  protecteur  des 
études  à  Lobbes,  207.  —  Aperçu  général  du  programme  des  études  dans 
les  écoles  de  Liège,  209.  —  La  grammaire,  272.  —  La  rhétorique,  278.  — 
La  dialectique,  280.  —  La  musique,  282.  —  L'arithmétique,  282.  —  La 
géométrie,  283.  —  L'astronomie,  285.  —  Autres  branches  d'études,  287. 

—  Le  régime  scolaire,  291.  La  discipline  et  le  rôle  de  la  Térule.  292.  — 
Qualités  de  la  méthode  pédagogique,  294.  —  La  gratuité  de  l'enseignement, 
295.  —  Éclat  des  écoles  de  Liège,  296.  —  Élèves  sortis  de  l'école  de 
Liège,  297. 

CHAPITRE  XV. 
Le  mouvement  artistique 300 

Renaissance  artisti(iue  vers  lan  1000,  300.  l/archilecturc  du  bois,  301,  et 
l'architecture  de  la  pierre,  302.  —  Les  architectes  du  X"  siècle,  305.  — 
1,'architeclure  rhénane  et  l'architecture  mosane,  307.  —  Influence  de  Notre- 
Dame  d'Aix-la-Chapelle,  308.  —  Influence  de  Cologne,  310.  —  Caractères 
de  Tarchitecture  liégeoise  sous  Notger,  311.  —  Les  autres  arts  et  l'influence 
byzantine,  315.  —  La  peinture,  310.  Le  peintre  Jean.  319.  —  La  glyptique, 
321.  —  Les  petits  arts  plastiques,  322.  —  Les  arts  à  Waulsort,  324,  et  à 
Lobbes,  325.  —  L'art  liégeois  est  indépendant  de  celui  de  Hildesheim,  320- 

—  L'ivoire  de  Notger,  327.  —  Le  sceau  de  Notger,  329.  —  Dans  quelles 
circonstances  périrent  les  produits  de  l'art  notgéricn,  330. 

CHAPITRE  XVI. 

Notger  écrivain 332 

Les  occupations  littéraires  de  Noiger,  332.  Il  n'est  pas  l'auteur  de  la  Vie  de 
miiit  [Irmarlc,  333,  ni  de  la  Vie  de  xaiui  IjiniUtahl,  330,  ni  de  la  Vie  de  suint 
Adeliii,  339.  —  Quelle  pari  de  collaboration  lui  revient  dans  ces  œuvres?  341. 


TAni.K    ANALYTIQUE.  ',i\){ 

CHAPITUK  Wll. 
Vie  privée  et  mort  de  Notgep 343 

La  jouriii'C  d'un  évèque  au  \<^^  siècle,  '3Vô.  —  La  vie  de  Noiger  à  Sainl-Jeaii, 
oii.  —  Sa  mort,  3io.  —  Son  testament,  347.  —  La  date  de  sa  mort,  317. 
—  Ses  funérailles,  oiS.  —  Son  tombeau,  349.  —  Vénéialion  dont  on 
entoura  sa  mémoire,  3o0.  —  Souvenir  gardé  de  lui  a  Saint-Jean,  333.  — 
lù-lipsc  temporaire  de  sa  gloire,  35  i. 

Conclusion 3.50 

Jugement  sur  la  personne  et  sur  l'a-uvre  de  Notger,  3o0. 

Additions  et  eoPFeetions 358 

Table  alphabétique  des  noms  propres 365 


DH  Kurth,   Godefroid  Joseph  Franjois 
801  Noiger  de  Liège  et  la 

L562K8  civilisation  au  X^ siècle 
t.l 


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